> Anne Plantagenet (Traducteur)

ISBN : 9782081222809
Éditeur : Flammarion (2010)


Note moyenne : 3.86/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
À Madrid aujourd'hui, une adolescente, un cadre au chômage, un vieux professeur de piano et un footballeur argentin vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre. Nourri d une foule de personnages, toutes générations et classes sociales confondues... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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  • Par moustafette, le 01 mai 2011

    moustafette
    Voici un livre que l'on m'a offert pour son titre, titre qui résume joliment ce à quoi se confrontent les personnages de ce roman puisqu'ils "vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre".
    Le cadre de ce roman ne m'aurait pas spontanément attirée, contrairement à la très belle couverture. Quand je vous aurai dit qu'il y est pas mal question de football, vous comprendrez mon scepticisme...
    Sylvia, jeune ado de 16 ans, vit à Madrid chez son père Lorenzo. Plutôt mature, tout en continuant le lycée, elle s'occupe du quotidien face à ce père qui, au chômage et dépressif depuis que sa femme l'a quitté, peine à donner le change. Elle n'en garde pas moins les préoccupations de son âge. Pendant que sa fille se demande qui lui ravira sa virginité et l'enverra au septième ciel, pour Lorenzo c'est la descente aux enfers quand il tue son ancien ami et patron lors d'un cambriolage vengeur qui tourne mal.
    Tout ne va pas pour le mieux non plus pour les parents de Lorenzo. Alors que la santé de la mère se dégrade, le père, Léandro, ancien professeur de piano respectable, est saisi du démon de midi à 73 ans et dilapide les biens familiaux auprès de prostituées.
    Une nuit, Sylvia se fait renverser par un bolide conduit par un jeune et séduisant joueur de foot argentin, Ariel, recruté depuis peu par le club madrilène pour son talentueux coup de pied. Elle s'en sort avec une jambe cassée et une idylle improbable naît entre les deux jeunes gens.
    Si j'ai douté pouvoir arriver au terme de ce livre de 445 pages, mes craintes se sont envolées à mon insu malgré les intrusions fréquentes sur les terrains de foot et les tribulations sexuelles d'un Leandro souvent pathétique. C'était sans compter sur le talent de l'auteur qui distille subtilement la progression de son intrigue, donnant alternativement voix aux quatre protagonistes, et sur laquelle vient se greffer une multitude de personnages secondaires à la fragilité émouvante. Il nous sert sur un plateau un roman social et réaliste où un modernisme plutôt noir se dispute à une nostalgie sépia.
    Exit le mélo, la jeunesse des uns fait la nique à la solitude des autres mais les générations en devenir font preuve d'une lucidité que préfèrent estomper leurs aînés, tout occupés qu'ils sont à colmater les désillusions de leurs vies. Roman du désir et de l'argent qui mènent les personnages par le bout du nez entre nécessité et culpabilité, les hommes n'y ont pas le beau rôle. Déboussolés, ils tentent maladroitement de s'adapter à la force des femmes. le footballeur Ariel est à l'opposé des clichés habituels et réussit même à s'attirer la sympathie du lecteur (en l'occurrence la mienne, un exploit...), l'auteur dénonçant la marchandisation des sportifs.
    Au final un grand brassage sociétal balayant large, du sport ultra médiatisé à la prostitution (la frontière est parfois ténue), de l'émigration clandestine au chômage en passant par le luxe et la précarité érigés en art de vivre, tout nous parle de la fugacité des choses, de la fatalité et du hasard, de l'amour et de la mort. Un brillant instantané de l'Espagne de ce début de siècle où chacun, les nantis comme les moins bien lotis, perd sa vie à la gagner, à moins que ce ne soit l'inverse... N'attendez pas de happy end, la réalité tout simplement.

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    • Livres 3.00/5
    Par Corboland78, le 26 mars 2012

    Corboland78
    L'Espagnol David Trueba né le 10 septembre 1969 à Madrid est écrivain, journaliste, scénariste et réalisateur. le roman Savoir perdre récemment paru, son troisième livre traduit en français, a remporté un immense succès international.
    L'histoire se déroule de nos jours à Madrid et mêle les destins de plusieurs personnages d'origines diverses, chacun connaissant au moins l'un des autres protagonistes créant ainsi une chaîne de vies ordinaires pour la plupart. Il y a le couple Leandro ancien pianiste et Aurora, des septuagénaires à la vie bien réglée et calme. Lorenzo leur fils au chômage, séparé de sa femme et qui vit avec sa fille Sylvia une adolescente de seize ans. Ariel un jeune footballeur argentin auquel on prédit un bel avenir, fraîchement engagé par un club madrilène (pour les amateurs, les digressions et détails sur la vie des footballeurs et leurs clubs sont particulièrement bien informés).
    David Trueba non sans habilité va faire interagir les uns avec les autres ces personnes, plus quelques seconds rôles non moins nombreux pour former un vaste roman chorale où ces vies vont entrer en résonance et dessiner sous nos yeux une fresque contemporaine de notre monde. Dans le désordre nous suivrons, Leandro qui devient addict d'une maison close et plus particulièrement d'une prostituée africaine avant que sa femme ne soit diagnostiquée cancéreuse en stade terminal. Leur fils Lorenzo commet un crime de sang avant de rencontrer l'amour avec une Equatorienne sans papiers, alors que Sylvia sa fille, connaît son premier amour et deviendra femme dans les bras d'Ariel. Ce ne sont là que quelques exemples de cet imbroglio de pistes qui s'enchevêtrent mais restent claires à suivre car l'auteur change de chapitre à mesure qu'il nous livre un nouveau pan de vie d'un de ses personnages.
    Sans vous dévoiler la fin de ces nombreuses histoires et relations mais sachant que le titre du bouquin annonce la couleur, Savoir perdre, vous imaginez bien que chacun va devoir apprendre à accepter son destin qui est fait de hauts et de bas. Instants de bonheur quand on est en haut, de désespoir quand on est en bas, l'important c'est la tendance ou la ligne générale qui s'en dégage. Pour nous comme pour Ariel, Sylvia, Lorenzo et les autres, le livre se referme sur des expériences arrivées à leur terme, comme souvent c'est triste mais c'est aussi l'aube d'un nouveau départ qui nous voit plus forts.
    Même si j'ai trouvé que quelques passages étaient un peu faibles et convenus ou trop proches des clichés comme lorsque Daniela l'Equatorienne ou Osembe l'Africaine évoquent leurs vies antérieures dans leurs pays, globalement le roman est réussi, très souvent émouvant et prenant.
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    • Livres 5.00/5
    Par lillou, le 08 novembre 2010

    lillou
    De belles critiques, une couverture énigmatique, un titre plein de sens : j'avais hâte de découvrir cet opus de la rentrée 2010. Savoir perdre fait partie de ces romans qu'on continue à lire en marchant et qu'on aimerait encore plus long pour repousser le moment de le terminer…
    Quatre protagonistes, quatre perspectives, se croisent et tissent ce récit à plusieurs voix.
    Sylvia est une adolescente comme tant d'autres : complexée, empêtrée dans ses envies – tantôt enfantines, tantôt si mâtures –, elle cherche sa place… Au milieu de ses parents qui viennent de divorcer, auprès de son père chez qui elle est restée vivre par loyauté, avec son amie Mai si « libérée » et égocentrique, dans les bras réconfortants de sa grand-mère Aurora, ou dans ceux de premiers flirts maladroits… Elle a seize ans, les malaises et les bonheurs de son âge, et voudrait grandir plus vite – trop vite très certainement – pour s'abstraire de cet univers étriqué.
    Lorenzo, le père, récemment quitté par son épouse Pilar – lassée de la monotonie de leur couple, de la fadeur et du manque d'envies de son mari – tente de se remettre en selle. Ruiné par son associé et soi-disant ami Paco, il cherche désespérément un emploi et finit par se lancer dans un partenariat hasardeux avec Wilson, un Équatorien ingénieux fraîchement émigré. Lorenzo est tout autant démuni dans sa vie personnelle – le néant depuis la séparation – et comble ses manques en se touchant avec une vieille poupée Barbie…! Il met tous ses espoirs dans sa rencontre avec Daniela, jeune sans papier gardant le bébé des voisins, et refuse de voir leurs profondes différences.
    Quant à Leandro, le père de Lorenzo, professeur de piano à la retraite, il disjoncte quand sa femme adorée, Aurora, tombe dans la baignoire et se retrouve à l'hôpital. Lui qui n'a jamais trompé son épouse, se retrouve dans une maison de passes et s'entiche follement d'une jeune prostituée – même pas agréable. Il tente vainement de se raisonner mais dilapide leurs économies dans ces visites tariffées au goût amer. Comme s'il cherchait à rattraper leur jeunesse perdue et à oublier la santé déclinante d'Aurora.
    Et enfin, Ariel, jeune footballeur argentin, débarque en Espagne après avoir été acheté une fortune par un club madrilène. Sans sa famille, ses amis, ni son entraîneur de toujours, il est perdu dans ce nouvel univers, et l'hostilité des supporters ne l'aide pas se sentir plus à l'aise. Loin du stéréotype du sportif décérébré, sa nouvelle vie de paillettes et d'artifices ne lui suffit pas.
    David Trueba nous offre des profils très différents, petites gens et célébrités, expatriés et locaux, jeunes et vieux. Ces histoires en apparence très banales peignent en réalité des portraits subtils et lucides : les espoirs de chacun, les arrangements avec la réalité, les bassesses et les failles, mais aussi les moments de félicité… Et surtout, ce que l'on cache, aux autres et à soi-même.
    La quatrième de couverture nous explicite le titre dès les premières lignes : tous « vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre ». On imagine alors un roman pessimiste et sombre, mais il n'en est rien car, étrangement, une vague d'optimisme se dégage de cette lecture, l'idée que beaucoup de choses sont faisables au final et qu'il est possible de se remettre de tout…
    La structure en roman choral, le rythme soutenu du récit et son caractère éminemment visuel viennent nous rappeler que l'auteur est aussi scénariste et réalisateur. Et c'est tant mieux car on ne s'ennuie pas un seul instant. Et le propos ne perd pas pour autant en épaisseur : le regard sur notre société est acéré, les réflexions sous-jacentes sont fines.
    Sans hésiter, un coup de cœur dans cette rentrée littéraire 2010.


    Lien : http://monbaratin.blogspot.com/
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    • Livres 4.00/5
    Par liliba, le 28 juillet 2010

    liliba
    Sylvia, du haut de ses 16 ans, rêve de rencontrer l'amour. Leandro s'enfonce dans une vie parallèle qui lui fait honte. Ariel voudrait convaincre les espagnols de ses qualités sur le terrain. Aurora supporte avec courage son état. Lorenzo voudrait à nouveau tomber amoureux...

    Ces personnages sont tous liés ou par les liens du sang ou grâce à une rencontre importante et nous les voyons évoluer chacun à leur tour tout au long du roman. D'un chapitre à l'autre, on apprend à les connaître, à les aimer ou à s'énerver sur leur caractère. On revient surtout beaucoup sur leur passé, sur les événements qui les ont fait devenir ce qu'ils sont aujourd'hui et qui influent sur leur personnalité et surtout sur leurs décisions et leurs actes. De très beaux portraits de personnages, avec leurs faiblesses, leurs doutes, leurs angoisses, mais aussi leurs désirs et leurs espoirs. Gagner ou perdre ? Gagner ou se perdre... On apprend avec eux que la victoire n'est pas toujours celle qu'on imagine et que, peut-être, Savoir perdre est une façon de gagner.
    Un livre foisonnant, bourré de vitalité, riche, dense, mais qui se lit facilement puisque, passant d'un personnage à l'autre, on ne rencontre aucune lassitude, mais au contraire l'envie d'en savoir à chaque fois plus sur leur vie. le contraste entre les caractères est passionnant, de même que les rencontres : peut-on concilier deux mondes totalement différents : Sylvia, jeune fille innocente et un footballeur ultra-connu, Léandro, vieil homme respectable et les putes, Lorenzo et les petits malfrats... Une très intéressante étude de l'âme humaine et de ses contradictions !


    Lien : http://liliba.canalblog.com/archives/2010/07/13/index.html
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    • Livres 3.00/5
    Par Inextenso, le 24 août 2010

    Inextenso
    "Savoir perdre" est l'histoire de la fin, de la chute.
    Chaque personnage rencontre dans ce livre sa propre fin, sa propre chute : fin d'une histoire d'amour , fin d'un rêve, fin d'une vie, fin des illusions...
    Il raconte de façon subtile comment la déchéance finit toujours par arriver. C'est triste et un peu pesant mais c'est plutôt bien écrit. Passées les 60 premières pages (la mise en place) que j'ai trouvé un peu fastidieuses je me suis laissée porter par le récit et j'ai apprécié cette galerie de personnages bien choisis, loin des clichés et liés entre eux par des liens subtils: la jeune fille amoureuse mais sans illusions, le footballeur qui rêve d'autre chose, la grand-mère discrète, la grand-père qui ne veut pas vieillir, le père paumé.
    De plus, le roman se passe à Madrid ce qui je trouve ajoute un charme supplémentaire pour moi lectrice française, qui découvre une part de la réalité sociale espagnole par le biais de ce roman.
    Je suis plus réservée sur certains passages que j'ai trouvé un peu inutiles et gratuits. Je pense notamment aux longues descriptions dans la "maison close". Ce roman aurait, à mon sens, gagné en légèreté (dans tout les sens du terme, 444 pages tout de même) et en vivacité si l'auteur avait taillé dans le vif certains passages pesants.
    Dernière chose, une très mauvaise note pour la maison d'édition et le relecteur qui ont laissé passer une faute d'orthographe d'anthologie avec la page 322 où on peut lire "un cauchemard"...

    Lien : http://www.quartier-livre.fr/post/2010/09/21/Savoir-perdre-David-Tru..
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Citations et extraits

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  • Par Corboland78, le 26 mars 2012

    Leandro se souvient en détail d’un soir, de nombreuses années auparavant : il était rentré du conservatoire et Aurora lui avait demandé comment s’était passée sa journée. Bien, avait-il répondu laconiquement. Un léger gémissement de sa femme avait alors brisé le silence et Leandro avait découvert qu’elle pleurait. Il lui avait demandé pourquoi. Elle avait mis du temps à le lui dire. Lorsqu’elle s’intéressait à sa journée, elle attendait un peu plus qu’un « bien » pour toute réponse, avait simplement avoué Aurora. Elle s’était retirée dans leur chambre et n’avait jamais reformulé ce reproche de manière si explicite. Leandro sait que le compte à rebours instauré par la maladie ne compensera pas une vie entière. Il espère que tous les bons moments additionnés constitueront pour Aurora un bilan positif de leur vie en commun, mais personne ne pourra jamais lui pardonner ce qu’il en a soustrait, l’épargne stupide de ses émotions. Elle ne le méritait pas, elle avait oeuvré pour bâtir quelque chose de plus ardent, de plus riche.
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  • Par moustafette, le 01 mai 2011

    Le professeur de mathématiques développe sur le tableau un problème de vecteurs. Le début du cours a été magnifique, la passion intacte après de années d'enseignement. Tout est mathématiques, leur a-t-il dit. Quand vous achetez, quand vous vendez, quand vous grandissez, quand vous vieillissez, quand vous partez de chez vos parents, quand vous trouvez un travail, quand vous tombez amoureux, quand vous écoutez une chanson inconnue, tout est mathématiques. La vie est mathématiques, additions et soustractions, divisions, multiplications, si vous comprenez les mathématiques vous comprendrez un peu mieux la vie.
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  • Par moustafette, le 01 mai 2011

    Le désir travaille comme le vent. Sans effort apparent. Voiles déployées, il file à une vitesse folle. Portes et volets clos, il cogne en quête de brèches ou de rainures pour s'infiltrer. Le désir associé à un objet nous condanne à lui. Mais il peut prendre une autre forme, abstraite, déconcertante, qui nous enveloppe comme un état d'âme et annonce que nous sommes prêts. Il nous reste alors juste à attendre, toutes voiles dehors, qu'il souffle vers nous. C'est le désir de désirer.

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  • Par moustafette, le 01 mai 2011

    Lorenzo s'est enfui avec les yeux gris de Paco cloués dans les siens. Ce n'est pas facile de tuer un homme qu'on connaît, de se battre avec lui. C'est sale. Ca tient du suicide, de sa propre mort, on tue quelque chose de soi, tout ce qui a été partagé.
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  • Par Inextenso, le 23 août 2010

    Les gens croient que les journalistes qui insultent sont plus libres, plus indépendants, mais ils ne voient pas qu'ils insultent toujours celui qui n'a pas de pouvoir. Ils crachent vers le bas.
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