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Critiques de Wajdi Mouawad (340)
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Anima
  10 juillet 2015
Anima de Wajdi Mouawad
Wahhch Debch, canadien d'origine libanaise, découvre sa femme enceinte assassinée, atrocement torturée. Poussé par une nécessité intérieure qu'il ne comprend pas forcément, il décide de partir à la recherche du tueur. Les premières pistes l'emmènent dans une réserve indienne dans laquelle les autorités n'ont pas droit de cité. Mais plus qu'une chasse à l'homme, c'est une plongée dans sa propre histoire qui attend Wahhch.





C'est un roman étrange que signe le Québécois d'origine libanaise Wajdi Mouawad ! Le trait le plus étrange, et le plus significatif, est bien sûr que l'histoire nous est racontée au travers du regard d'animaux, grosses et petites bêtes, qui croisent la route de notre héros, qui cherche au fond la vérité de sa propre histoire. Seule la quatrième et dernière partie, qui est également la plus courte, nous est contée par un "homo sapiens sapiens" (bien que, dans le roman, la plupart de ceux qui se tiennent sur deux pattes ne méritent pas vraiment le qualificatif de "sage" !!). La violence dans Anima est omniprésente, les actes des hommes sont souvent insoutenables. C'est le regard animal qui donne au lecteur le détachement suffisant pour avancer dans l'histoire. Si les animaux suivent Wahhch, c'est parce qu'ils reconnaissent en lui une part d'eux-mêmes ; certains l'aideront, d'autres seront aidés, d'autres enfin retourneront simplement à l'activité qui est celle de leur race. Ce qui est étrange également dans ce roman, qui saute aux yeux, c'est que l'humanité et la bestialité ne sont pas souvent du côté où on pourrait/devrait les attendre.



S'il faut un peu de temps pour s'habituer aux changements de perspectives liés à la gente animale qui prend parole lors du chapitre (ne maitrisant pas les noms latins, j'ai eu le plaisir de découvrir dans le texte à quelle espèce appartenait le narrateur d'un temps), le livre devient vite difficile à lâcher : envoutant, hypnotisant, repoussant, à la limite du supportable parfois, on s'acharne à suivre notre héros malmené dont on ne fait que deviner les états d'âmes et les raisons qui le poussent à suivre sa quête. Nous, nous poursuivons, dans l'espoir d'un peu de lumière, d'un peu de paix, d'un moment de rédemption, pour lui, pour l'humanité qu'il décrit. Mais Anima est résolument un roman noir d'une très grande force, et le mieux que son auteur semble proposer, c'est regarder en face ce que l'on est, être en accord avec soi-même (quel qu'en soit le prix!), et croiser la route d'un Mason Dixon Line.



Anima est une très belle découverte, noire, envoutante et originale. A réserver aux "âmes insensibles" !
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Anima
  31 août 2012
Anima de Wajdi Mouawad
Comment parler d’un tel monument. J’ai pris un coup de poing dans l’âme à le lire.

De retour à la maison, Wahhch retrouve sa femme morte, poignardée, la dépouille profanée d’une ignoble façon et c’est un doux euphémisme. Fou de douleur, Wahhch part à la recherche de son meurtrier, non pour le tuer mais pour le voir et être certain qu’il n’était pas, lui-même, le monstre. « Cet homme-là, si cela avait pu dépendre de sa volonté, aurait préféré confier sa raison à la démence au lieu d’être mesuré dans sa douleur comme il l’était » raconte le grand corbeau

Les animaux seront les grands témoins de cette fuite en avant et, tout à tour, se relaieront pour raconter l’histoire. Cette figure de style, ces voix hors champ servent de soupape de décompression tant, à certains moments, le livre côtoie l’insoutenable.



Dans les premier et second actes, le titre des chapitres, en latin, est celui de l’animal témoin. Nous croiserons toute une gente ailée, des insectes, des animaux domestiques, sauvages, nocturnes…. Au 3ème, les titres sont ceux des villes traversées ou celles qui sont importantes pour son histoire. Ces villes ont des consonances connues : Oran, Jerusalem, Thebes, Cairo… Il y a là une inversion car c’est un dialogue à deux voix, celle de Wahhch et celle du canis lupus lupus, ce loup devenu chien, qui l’a sauvé d’une mort certaine et de l’enfer. En effet, il va retrouver les témoins de sa prime enfance. Il y a un parallèle entre son sauvetage par le loup-chien et ce qui a déterminé le reste de sa vie.

Dans ce livre, nous passons de la guerre de sécession au martyr de Sabra et Chatila, des réserves indiennes à la Palestine, au Liban. Il faudra à Wahhch Debch traverser les Etats-Unis pour découvrir ce qui le hante, pour fermer les vannes des souvenirs, des questions et, surtout, comprendre. Il y trouvera des êtres immondes et violents, mais également des personnages qui le feront avancer, qui le soutiendront physiquement et moralement.



Wahhch Debch est parti à la recherche de son Anima. Il y a sûrement perdu une partie de son âme, mais il a trouvé la vérité. La route de cette vérité se termine à Animas, petit village au sud du Nouveau-Mexique pour mieux repartir vers d’autres territoires.



A certains moments, je ne pouvais plus quitter ce livre et, à d’autres, un ressort me sortait de ma chaise longue tant il fallait que je marche pour digérer ce que je venais de lire.



C’est vraiment une belle œuvre. « Le fleuve glissait dans son vêtement de khôl, la glace en plaques cadenassait sa puissance. Il était dans sa lenteur et nous dans sa fraîcheur » nous dit le goéland poète. Des phrases belles comme celle-ci, il y en a beaucoup dans ce livre que j’ai aimé car quelle écriture ! C’est un livre dur, quelque fois cruel mais jamais voyeur.



J’avais aimé sa pièce de théâtre « Rêves » jouée, entre autres, par Coline. Dans ce livre, il y a toujours l’urgence, la violence, la réalité, le surréalisme, le fait de passer par des « voix off », mais multiplié par 100 et une telle force dans l’écriture. Oui vraiment un gros coup de cœur.

Je ne suis pas certaine d’avoir réussi à vous parler convenablement de ce livre tant tout se bouscule en moi, mais je vous le recommande chaudement.


Lien : http://zazymut.over-blog.com..
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Le sang des promesses, tome 2 : Incendies
  24 janvier 2018
Le sang des promesses, tome 2 : Incendies de Wajdi Mouawad
Oedipe au Liban. Oedipe sur les routes de Sabra et Chatila.



La quête impitoyable d'une filiation maudite.



Jeanne et Simon, les deux enfants de Nawal Marwan, morte mutique et close sur son secret, pour donner au corps de leur mère une sépulture digne et un repos qu'elle n'a jamais trouvé, remontent le fil du temps, reviennent mettre leurs pas dans ses pas.



Remonter la chaîne de la colère et de la haine pour la briser, enfin. Découvrir la vérité et l'horreur pour les dire et les conjurer, enfin.



De Montréal, dans le cabinet rassurant d'un notaire vaguement ridicule avec son langage imagé et approximatif , à un "pays natal " , qui ne dit pas son nom mais où on reconnaît le Liban si longtemps dechiré par des luttes fratricides-et pays natal de Wajdi Mouawad- Jeanne et Simon remontent à leur naissance, en quête d'un père et d'un frère que leur mère leur a toujours cachés.



De tableaux en tableaux où présent et passé se mêlent ou se côtoient , ces modernes enfants de Jocaste reconstituent le puzzle d'une famille tragique. Simon, le boxeur et Jeanne, la mathématicienne auront besoin l'un, de sa pugnacité, et l'autre, des mystères poétiques de la mathématique moderne, pour affronter et pour déchiffrer les vérités dérangeantes - 1+1 font -ils vraiment 2?- ou pour réussir l'impossible reconstitution de leur polygone familial à l'aide d'une " vision périphérique" incomplète ou inopérante.( j'ai découvert, grâce à Jeanne, la théorie des graphes et de la vision périphérique , mais ne suis pas sûre de pouvoir vous l'expliquer!)



Texte génial, à la fois subtil et violent, poétique et politique, éternel, mythique mais évidemment incarné, allusivement historique!



Je ne l'ai pas vu porté à la scène, mais j'ai vu au moins trois fois le formidable film de Denis Villeneuve qui en est l'adaptation.



Et pendant toute ma lecture de la pièce , la "femme qui chante" avait les traits de la superbe Lubna Azabal.



Il faut lire ce grand texte théâtral contemporain... et voir ce film qui l'adapte à l'écran sans le trahir.
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Anima
  10 décembre 2015
Anima de Wajdi Mouawad
Anima comme animisme, des bêtes racontent la course d’un homme à la recherche de l’assassin de sa femme, chacune à leur manière qui est celle de leur espèce. Elles y mettent toute leur « âme » pour témoigner de la quête d’un homme ignorant qu’il poursuit sa vérité et la trouvera au bout du chemin.



Des animaux à qui il ne manque pas la parole, des bêtes meilleures que les hommes, la bestialité étant à mettre du côté des seconds et la sagesse au bénéfice des premiers, voilà les idées jugées originales servies par ce roman racoleur à la violence complaisante. Mais ce n’est après tout qu’un roman policier dont le plus grand défaut est de se prendre au sérieux.

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Anima
  28 octobre 2016
Anima de Wajdi Mouawad
Madame la libraire de Bergerac, vous m'avez chaudement recommandé cet ouvrage et suggéré de vous faire connaître mon ressenti à sa lecture. Je le fais volontiers dans les pages de Babelio. Il me reste maintenant à ne pas trahir ma satisfaction, cette surprise d'avoir apprécié ce roman d'un genre qui n'est pas de ma prédilection.



Je n'ai en effet pas de passion pour le "gore". Je cherche donc encore les raisons qui m'ont poussé à aller au bout de ce road movie sanglant. Mais je vous l'affirme dans ces lignes, Anima fait partie de ceux qui ont rivé mes yeux sur leurs pages au point de mettre ma ponctualité en danger. Force m'est donc de confirmer votre encouragement et de l'applaudir de mes deux mains, ensanglantées, au moment de reposer ce roman sur son rayonnage. Oui, j'ai beaucoup aimé.



Wahhch Debch, son héros, est parti sur les traces de l'assassin de sa femme. Pas pour se venger. Pour le regarder dans les yeux. Pour comprendre. Mettre un visage humain sur la sauvagerie. Une forme d'exorcisme. Tuer est un acte qui doit répondre à une loi occulte. Mais la sauvagerie, trouve-t-elle une justification quelque part ? Il n'y aura que le regard pour le dire.



Sur son chemin les animaux l'observent. Ce sont eux les narrateurs de son parcours en quête d'apaisement. Ils racontent le monde des hommes tel qu'ils le voient. Sans jugement. Des perceptions seulement, selon le sens le plus développé de l'un ou de l'autre. L'odorat avant tout. Il identifie sans faille et décode même les intentions. L'odeur, du sang, des humeurs, des vapeurs artificielles dont s'ennuage l'espèce humaine. La vue, des gestes du prédateur. Les cris, ceux de la victime. Le goût, qu'ils n'ont si peu, parait-il. Le toucher, des matières, la caresse parfois, les coups plus souvent, la déchirure des griffes et mandibules. Et puis ce sixième sens que n'a pas l'homme, la perception du danger. L'intuition.



Point de sagesse, point de sottise chez les animaux. Point d'étonnement ou de contentement. Sur le parcours de qui cherche l'assassin de sa femme, ils observent cet autre animal dont on vante la supériorité de l'intelligence. Et pourtant, ce bipède avide de toujours plus, pétri d'orgueil et de cupidité, si poltron devant la mort, convoite, jalouse, s'arroge des pouvoirs, condamne. De quel droit, quand ce n'est pas pour survivre ?



Le procédé narratif donne à cet ouvrage son originalité. Son "origénialité" me permettrais-je de dire si j'avais le pouvoir d'inventer des mots. De ce procédé narratif, on en tire la conclusion qu'aucune bête au monde, même quand elle se repaît des entrailles de sa proie, ne rivalisera avec la trivialité et la bassesse humaines. Les animaux, qu'ils soient chat, chien, mouche, corbeau, mais aussi blatte ou araignée, souris et tant d'autres encore qui nous racontent le passage de Wahhch Debch dans leur champ de perception nous disent tous que l'horreur est humaine. La vérité quant à elle est animale. Car dénuée de préjugés, de haine. Relisons au passage le monde vu par le poisson rouge dans son bocal. Mémoire de poisson rouge. C'est du vrai talent. C'est avec cette approche de la nature humaine que l'on mesure le génie de ce procédé narratif si original.



Pourquoi l'ai-je donc lu jusqu'au bout cet ouvrage ? Pourquoi m'a-t-il collé aux doigts ? Pas à cause de l'hémoglobine. Car au final j'ai perçu que l'intention n'est pas dans le sordide. C'est un artifice. L'intention est ailleurs. Je l'ai lu jusqu'au bout sans doute parce qu'en qualité de membre d'une espèce capable d'amour, je me suis senti le devoir d'assumer aussi ses manifestations de haine. Peut-être aussi me suis-je dit qu'un monstre sommeille en tout homme et que l'amour que j'ai reçu dans ma vie l'a entretenu en moi dans son hibernation. Quelle chance. Mais plus surement l'ai-je lu jusqu'au bout parce que j'ai moi aussi la conviction qu'on guérit d'autant moins de son enfance lorsqu'elle a été baignée d'épouvante. Ou encore ai-je été fasciné qu'un auteur trouve les mots, le style pour traduire le glauque, le monstrueux, sans révulser son lecteur ?



Anima est un ouvrage certes dur, mais tellement atypique. Le dénouement est superbement amené. Ce roman témoigne d'un vrai talent. Ne vous laissez pas rebuter par le choc des scènes de violence. C'est la nature humaine. Laissez les animaux vous le raconter.



Homo erectus horribilis. Ça aussi je l'ai inventé. Mais ce pourrait être le titre du chapitre dédié à notre espèce.

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Anima
  10 janvier 2021
Anima de Wajdi Mouawad
« Je suis né d’un massacre il y a longtemps, ma famille a été saignée contre le mur de notre jardin (Les 16,17 et 18 septembre 1982, après l’assassinat du président Bachir Gemayel, les miliciens chrétiens, appartenant aux Forces libanaises, sont entrés dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila et ont commis des atrocités) et aujourd’hui, des années plus tard, à des milliers de kilomètres de là, la mécanique du sang semble s’être remise en marche. Je revis un à un les meurtres qui m’ont vu naitre. C’est comme un macabre jeu de piste qui se joue sur la terre d’Amérique où d’autres que moi, Indiens, colons, nordistes ou sudistes, ont traversé les mêmes carnages ».



Ce terrible jeu de piste commence par le meurtre de la femme de Wahhch. Eventrée, et violée dans la plaie. Quand Wahhch rentre chez lui et découvre l’ignominie, il s’effondre. Puis il s’en va, sur la piste de l’horrible auteur de ce fait.

Et c’est là que la narration nous entraine dans les yeux des animaux que Wahhch croise au fil de son périple qui l’emmène bien loin de chez lui, jusque dans les réserves indiennes du Canada.

Originalité, sensibilité, poésie, finesse du propos, profondeur des sentiments, terrible dichotomie de l’individu et de l’universel où la cruauté côtoie le désir d’aimer : voilà ce qu’est ce roman extraordinaire, « Anima ».



Si j’ai mis 4 étoiles, c’est parce que j’ai eu quelquefois des difficultés à continuer à lire, tellement c’est dur. Etre immergée des jours dans ces bas-fonds de l’humanité, même si des gens bienveillants brillent par moments, c’est difficile.



Mais je le répète, « Anima », c’est atypique et exceptionnel.

« Ce n’est pas fini parce que ça continue à hurler et ça semble m’appeler de plus en plus, ça semble me nommer par mon propre nom ».

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Anima
  04 janvier 2013
Anima de Wajdi Mouawad
Oh, comme il est dur, noir, beau et glaçant, ce roman… Dès les premières lignes – le moment fatal où le personnage principal, Wahhch Debch, découvre sa femme assassinée – « Anima » nous prend aux tripes, une griffe d’acier qui s’enfonce dans notre estomac et nous entraîne de page en page, fascinés et révoltés à la fois. Lecture difficile donc, presque insupportable par moment dans sa brutalité sans fard, mais quelle épopée pourtant ! Quelle sanglante et magnifique odyssée !



Mais commençons par le commencement. Et le début de toutes choses, c’est Wahhch tétanisé devant le corps monstrueusement massacré de son épouse, si assommé de douleur que plus rien ne semble pouvoir l’atteindre, ni la compassion des amis, ni la souffrance de la famille, ni les regards investigateurs de la police. Wahhch dans l’esprit duquel s’insinue un doute affreux : et si c’était lui ? Si c’était lui qui avait fait cela à Léonie ? Lui qui l’avait violée, tuée, avait assassiné l’enfant qu’elle portait dans son ventre ? Soupçon horrible qui le ronge jusqu’à la folie et dont le seul moyen de se défaire est de partir sur les traces du meurtrier, non pour se venger, ni même pour le livrer à la police, mais pour voir son visage et se prouver qu’il n’est pas responsable de la mort de sa femme. Commence alors une quête éprouvante qui mènera Wahhch à travers tout le nord de l’Amérique jusqu’à la mystérieuse ville d’Anima où violences passée et présente se mêleront dans un final aussi splendide que violent.



Cette chasse sanglante ne nous sera pas contée par Wahhch lui-même, mais – et c’est là, l’idée géniale de Wajdi Mouawad qui hisse ce roman au statut de chef d’œuvre – par une multitude de narrateurs : les animaux ! Chiens errants, goélands planant au dessus de la ville, lucioles dansant dans le crépuscule, chats, renards, mouches, chevaux… C’est par leurs yeux et leurs oreilles que le lecteur suit l’odyssée de Wahhch, partage ses peines et ses terreurs. Une intuition brillante, fabuleuse même, qui, loin d’alourdir le récit, lui donne une toute autre dimension et insuffle aux scènes les plus épouvantables une troublante beauté. Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, ce procédé ne semble jamais artificiel : chaque scène et chaque point de vue animalier s’enchaînent avec une étonnante fluidité et contribuent à rendre le roman impossible à lâcher.



Brutalité candide du monde animal et violence perverse des hommes, beauté brulante des paysages et immobilité glaçante des villes… « Anima » est un roman tout de contrastes, d’échos et de subtilité : un merveilleux voyage aux confins de la bestialité et de la sauvagerie, parsemé d’éclats de tendresse et de douceur parfois plus cruels que les pires des crimes. C’est beau, poétique, effrayant, incontournable. Je n’aurais pu trouver meilleur livre pour débuter cette année 2013 !

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Anima
  19 janvier 2015
Anima de Wajdi Mouawad
Un livre époustouflant!

Wahhch Debch retrouve sa femme abominablement assassinée. Meurtri jusqu'au plus profond de lui-même, il se lance à la poursuite de l'assassin, moins poussé par un désir de vengeance que par une absolue nécessité. En effet, le meurtre de Léonie, sa femme, a rouvert une blessure antérieure, jusque là recouverte par les évènements de la vie. Traversant plusieurs états d'Amérique, c'est pourtant sur les chemins de sa mémoire enfouie que Wahhch voyagera surtout, jusqu'à l'ultime explication. Il découvrira alors sa propre vérité.

Incroyable narration où ce sont les animaux qui témoignent des agissements du héros! Les descriptions sont instinctives, ressenties: odeurs, couleurs, sensations...

C'est un roman noir, un voyage au cœur de la souffrance d'un homme; une œuvre où la barbarie côtoie la sagesse amérindienne. L'histoire d'une résilience au prix d'une victoire sur ses peurs les plus terrifiantes.

Un chef d’œuvre!
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Le sang des promesses, tome 2 : Incendies
  30 avril 2018
Le sang des promesses, tome 2 : Incendies de Wajdi Mouawad
C'est grâce à ma fille que j'ai découvert cette pièce de théâtre. Elle l'a étudiée en classe, l'a beaucoup aimée et m'a conseillé de la lire.



C'est en effet une très belle pièce. Il s'en dégage une atmosphère forte en intensité dramatique.





L'auteur Wajdi Mouawad, comme il l'explique dans la préface, a écrit cette pièce en s'inspirant du jeu et des envies des comédiens. Au fur et à mesure des répétitions, il écrivait le texte, influencé par la personnalité de chacun. Cela peut paraître surprenant mais pas tant que cela finalement. Certains auteurs de cinéma écrivent bien des scénarii en s'inspirant de la personnalité des acteurs déjà choisis.

Si le texte s'en trouve enrichi, il ne faut cependant pas négliger l'influence de l'expérience propre de Wadji Mouawad, homme de théâtre québécois, qui a dû quitté son pays natal, le Liban, à l'âge de dix ans. La guerre civile y faisait alors rage.





En faisant quelques recherches sur Internet, je me suis aperçue que cette pièce avait également été adaptée au cinéma et que le film avait reçu de nombreuses récompenses.

Ce qui n'est guère étonnant au vu du caractère poignant de l'histoire que nous raconte Wajdi Mouwad.





Cette histoire repose bien évidemment sur la terrible répression subie par les habitants lors de la guerre civile au Liban mais prend toute son essence dans la tragédie grecque. Je ne vous dirai pas de quels personnages de mythologie elle s'inspire car cela dévoilerait l'intrigue finale.





Deux fils de narration composent cette pièce. On suit tout d'abord Jeanne et Simon. Leur mère, Nawal, vient de mourir et leur lègue un testament des plus surprenants. Par les dernières volontés de Nawal, ils apprennent que leur père qu'il croyait mort est bien vivant et qu'ils ont un frère dont ils ignoraient l'existence. S'ensuit une quête à la recherche de leur père et de leur frère qu'il les mènera jusqu'au Liban.

Le deuxième fil de narration nous transpose bien des années auparavant alors que Nawal n'est qu'une jeune fille que l'on suivra ainsi jusqu'à ses soixante ans, ce qui permet de dévoiler au lecteur/spectateur les différents éléments de réponse aux interrogations de Jeanne et Simon.





Cette composition renforce bien sûr le côté tragique et intense de l'histoire, chaque époque se renvoyant l'une à l'autre. Les personnages des deux époques se croisent, s'interpellent dans une sorte d'intemporalité qui crée de l'angoisse. Les dialogues se percutent, se fracassent, se révèlent les uns aux autres pour finalement se rejoindre, ne faire plus qu'un lorsque vient l'heure de la révélation des secrets...

Toutes les vérités sont dites. le rideau peut alors se fermer.

Et le spectateur, encore abasourdi, d'applaudir.
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Le sang des promesses, tome 2 : Incendies
  17 août 2015
Le sang des promesses, tome 2 : Incendies de Wajdi Mouawad
A la mort de leur mère, Simon et Jeanne, des jumeaux âgés de 22 ans, découvrent que cette dernière leur a caché l’existence de leur père, qu’ils croyaient mort depuis longtemps ainsi que celle d’un frère aîné. Afin de répondre aux dernières volontés de Nawal, Simon est chargé par le notaire de remettre une lettre à leur frère tandis que Jeanne se voit confier une lettre pour leur père. Si le jeune homme laisse éclater sa colère face à cette demande incongrue, sa sœur en revanche voit dans cette requête l’occasion de lever le voile sur le passé obscur de cette mère secrète et tourmentée et ainsi de remonter aux sources de leurs origines. Du Québec au Liban, le voyage s’avèrera riche en surprises et en révélations. Une quête d’identité menée tambour battant, qui pourrait bien changer l’avenir des jumeaux à jamais…





J’avais été marquée il y a quelques années par l’adaptation cinématographique de la pièce de Wajdi Mouawad par Denis Villeneuve. L’histoire, terriblement sombre et glauque, m’avait vraiment perturbée à l’époque et je dois dire qu’en lisant cette fois la pièce d’origine je me suis de nouveau retrouvée imbibée par ce malaise et cette tension ambiants. N’ayant pas l’habitude de lire des pièces de théâtre, contemporaines du moins, je ne m’attendais pas à subir un choc aussi violent à la lecture de celle-ci…



Dès les premières phrases, je me suis trouvée emportée par la beauté et la puissance de l’écriture. Sa justesse et son souffle dramatique m’ont donné des frissons, rendant les personnages terriblement vivants et l’histoire encore plus terrible. Wajdi Mouawad, à travers le récit de cette tragédie familiale, nous fait naviguer entre passé et présent et c’est pour lui l’occasion d’explorer et de mettre à jour les souffrances d’un pays déchiré, défiguré par les guerres et par la haine et d’où l’espoir a déserté. Les secrets sont déterrés au fur et à mesure, révélant leur horreur dans un final époustouflant et extrêmement intense. « Incendie », qui est le deuxième volet d’une tétralogie, est un texte brillant et percutant et restera l’une des lectures fortes de cette année 2015. A découvrir absolument !





Challenge Variétés : Une pièce de théâtre
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Anima
  24 septembre 2012
Anima de Wajdi Mouawad
Baudelaire avait pris de la boue pour en faire de l'or. Wajdi Mouawad est le nouvel alchimiste. Les plus extrêmes violences du XX° siècle se métamorphosent en un récit poétique qui donne voix aux animaux qui nous entourent, nous hommes aveugles à eux.

Peu à peu, l'acte de sang individuel va céder la place aux tueries collectives (guerre de Sécession, guerre d'Algérie, massacre de Sabra et Chatila) pour revenir à un nouvel acte individuel, acte ultime qui unit Wahhch l'humain au chien monstre.

Il en faut des voix pour relater la quête de Wachhch et de sa douleur. De la fourmi au corbeau, du cheval d'abattoir au chat domestique, de la blatte à la colombe, chacun a une perception propre, tous ont une voix singulière.



Jamais Wajdi Mouawad ne cède à la facilité. Chaque phrase vibre, la beauté sourd de partout. Chaque évènement résonne. La violence est partout.



Et dire que ce livre fait partie de la rentrée littéraire 2012 et que l'on ne parle pas de lui...



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Anima
  24 juillet 2020
Anima de Wajdi Mouawad
Dix ans, dix ans, c’est le temps qui a été nécessaire à Wajdi Mouawad pour écrire ce roman. Tout part du meurtre de Léonie, compagne de Wahhch Debch. Un meurtre innommable.



Wahhch quittera tout pour se mettre à la poursuite de l’assassin. Il est intouchable, car il est indien, et toute personne étrangère à la réserve, ne peut y entrer, quel que soit le crime commis. L’assassin est donc à l’abri des autorités, d’autant plus qu’il est « protégé ».



Cette quête va mener Wahhch Debch au bout de lui même, non seulement, il trouvera ce qu’il cherchait, mais cela ouvrira chez lui d’autres plaies qui le suivent depuis l’enfance. Un écran s’est déchiré en lui depuis le crime. Des bribes de souvenirs que son esprit avait occulté jusqu’à présent reviennent à sa mémoire. Il devra tirer le fil d’airain afin de comprendre ce qu’il a vécu étant petit.



Ce que va découvrir Wahhch Debch est plus effroyable que tout ce qu’il a pu imaginer.



Chaque page de ce livre est une plaie ouverte. Par-ci, par-là, une poche s’ouvre pour permettre au lecteur, pour une courte durée, de reprendre son souffle, avant de le replonger dans l’ignominie. Il n’y a pas de limite à la cruauté de l’homme et de sa capacité à plonger au pire de l’humanité.



J’en ai lu des histoires qui racontent l’atrocité dont sont capable les hommes, mais là j’ai encore découvert un pas de plus vers ce qu’il y a de plus abjecte en l’homme. Wajdi Mouawad imagine son histoire d’abord à Montréal et ensuite en Amérique, dans les réserves d’Indiens, mais cela aurait pu être dans n’importe qu’elle autre partie du monde. Car, une guerre n’est et ne sera jamais propre. Où que l’on soit, une guerre est une atrocité et reste une atrocité et laisse place à ce qu’il y a de plus cruel et de plus vil en l’homme.



Car ce à quoi fait référence Wahhch Debch, c’est la guerre au Liban et notamment le massacre de Sabra et Chatila pour laquelle une amnistie générale a été déclarée. Aucun procès ne peut et n’aura jamais lieu.



Un livre fort, puissant, de part les mots et de part l’histoire. La spécificité de ce roman est que les narrateurs sont les animaux croisés par Wahhch Debch, lors de ses quêtes, que ce soit des mammifères ou des insectes. Ils n’ont pas d’état d’âme sur les actes des hommes. Ils se contentent de narrer ce qu’ils voient. En cela, ils reconnaissent Wahhch Debch comme l’un des leurs. Chaque chapitre commence par le nom d’un animal en latin. J’ai découvert, par ce biais les noms scientifiques du monde animal qui nous entoure. Alors, Wahhch Debch saura-t-il retenir la bête qui est en lui, la maîtriser, la rendre docile ou au contraire lui laisser libre court ? Le monde étant ce qu’il est, tout n’est jamais blanc ni jamais gris.



Un livre inoubliable, qui m'a remué jusqu'au fond de l'âme. magnifique !

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Le sang des promesses, tome 2 : Incendies
  30 octobre 2020
Le sang des promesses, tome 2 : Incendies de Wajdi Mouawad
Complexe, compliqué, difficile, délicat, malaisé... Ce sont les adjectifs qui me poursuivent (après un détour par un dictionnaire des synonymes, il est vrai) depuis que je me suis dit que j'allais devoir m'attaquer à la critique d'Incendies de Wajdi Mouawad. En l'occurrence, la difficulté pour moi vient de la nécessité de rendre compte de ce que la pièce m'a fait ressentir, mais aussi de dépasser ça pour atteindre une relative objectivité me permettant d'esquisser mon analyse de la pièce. J'essaie souvent de me détacher un minimum de mes sensations de lecture pour écrire mes critiques - ça doit être mon côté psychorigide. Et puis quand j'ai adoré un livre, une pièce, j'ai toujours peur que mon enthousiasme ait pour conséquence une grosse déception chez ceux qui les découvriront après que les y ai poussés. Bon, je ne fais que tergiverser et retarder l'inéluctable. Incendies, c'est une pièce qui prend aux tripes, dont on ne sort pas facilement indemne. le seul autre exemple que j'ai en tête pour cette année, c'est Un Sang fort de Wole Soyinka, et c'est déjà pas mal. Trop d'émotion de ce genre serait préjudiciable (préjudiciable à quoi, je sais pas trop, mais préjudiciable, c'est certain).





Incendies peut se lire indépendamment de Littoral, qui était la première pièce du cycle le Sang des promesses de Wajdi Mouawad. Mais les thèmes se recoupent : mort d'un des deux parents, découverte du pays d'origine, découverte de l'histoire familiale, quête d'identité. Et la guerre, bien entendu, qui a ravagé le Liban. Ainsi que la référence au théâtre antique, que Mouawad s'approprie de façon à la fois étonnante et percutante ; je ne peux en dévoiler plus sur ce point, ce serait gâcher complètement la pièce à ceux qui vont la découvrir.





Jeanne et Simon sont des adultes d'environ trente ans, jumeaux, qui viennent de perdre leur mère, après qu'elle se soit murée durant cinq ans dans le silence le plus complet. le testament qu'elle laisse est des plus étranges : un document pour chacun des deux jumeaux ; rien que le terme "jumeaux" utilisé dans le testament , qui semble dénué d'émotivité, est curieux, déstabilisant, et provoque la colère bien compréhensible de Simon. Mais il y a plus. Leur mère leur demande de retrouver deux personnes : leur père, censé être mort, et leur frère, dont ils ne connaissaient pas l'existence. À chacun de mener sa mission, à chacun de porter sa croix séparément. Pour Jeanne, ce sera le père. Pour Simon, le frère. Si Jeanne, qui enseigne les mathématiques, et plus particulièrement la théorie des graphes - ce qui se révélera essentiel -, se montre curieuse et décidée à suivre les directives de sa mère, Simon s'y refuse nettement, jusqu'à ce que le notaire se propose de l'accompagner, arguant du fait que rechercher son frère l'aidera peut-être bien à avancer dans la vie. Et les voilà embarqués chacun de leur côté dans un voyage au Liban, pays natal de leur mère. Une mère qu'ils ne connaissaient finalement pas, ne sachant rien de son passé avant son arrivée au Québec. Or, ce passé implique la guerre civile des années 70-80. Il n'est quasiment habité que par la mort et la violence. Mais aussi par l'amour.





Ce que découvriront Jeanne et Simon, c'est l'histoire d'un pays en guerre, c'est l'histoire d'une société qui refoule les réfugiés et les assassine, de réfugiés qui deviennent à leur tour des assassins, c'est l'histoire de ceux qui veulent résister à la violence et qui basculent à leur tour dans la violence ou cherchent une autre voie ; c'est l'histoire des crimes perpétrés par l'humanité tout entière. C'est aussi l'histoire de Nawal, la mère, et l'histoire de Jeanne et Simon, qui vont être confrontés à leurs origines - ceci impliquant des révélations traumatisantes, au point qu'on se demande si cette quête aura été salutaire ou destructrice pour eux. le choix leur est en quelque sorte laissé, un choix dont on ne sait s'ils pourront l'assumer, ni s'ils pourront porter le poids qui sera désormais le leur.





La composition de la pièce n'est en rien linéaire. Elle est parsemée d'allers-retours dans la vie de Nawal en parallèle au voyage initiatique des jumeaux, ainsi que de retours sur l'histoire d'autres personnages. Certains personnages morts côtoient par moments les vivants, sans que les uns et les autres puissent communiquer. Et bien que cette construction n'ait rien de linéaire, Mouawad nous mène, presque malgré nous, tout droit vers la fin de cette tragédie aussi bien antique que contemporaine. Intemporelle, universelle, pourrait-on dire. Chaque personnage a sa raison d'être, et la plupart sont plus complexes qu'ils n'en ont l'air - même le notaire, par exemple, qu'on pense avoir un rôle d'abord très secondaire, mais qui part au Liban avec Simon alors qu'a priori, ça n'est en rien son affaire. C'est une force de la pièce d'avoir donné une double identité à la plupart de ses personnages - à commencer par la présence de jumeaux (jumeaux qui sont une des références au théâtre antique, je peux au moins dire ça). Et c'est une force de Mouawad que d'avoir utilisé d'une manière aussi personnelle sa passion pour le théâtre antique.





Une pièce sur la quête d'identité, sur le mal en germe chez l'être humain et sur sa capacité à le dépasser ou non, sur la possibilité ou au contraire l'impossibilité d'échapper à l'histoire familiale, sur la question du destin et de la fatalité. Tout ça impeccablement maîtrisé, au point que vous en aurez, peut-être, un noeud dans la gorge.





Ah, j'oubliais : lisez la petite préface de Wajdi Mouawad ; le coup du clown triste (que malheureusement Denis Villeneuve a évacué de son film, pour des raisons que je ne m'explique pas) vous reviendra en tête plus tard, et vous comprendrez comment Wajdi Mouawad travaille pour créer ses pièces, et comment la participation des comédiens a pu nourrir celle-ci et lui apporter un élément éminemment saisissant.





Enfin, une fois n'est pas coutume, merci à Meps pour m'avoir poussée à lire Mouawad (oui, même Littoral), à Bruidelo, pour m'avoir poussée à écrire cette critique-ci, et à bookycooky, qui me soutient tout le temps... ainsi qu'à tous les autres, car pourquoi être mesquin et se limiter à trois remerciements seulement ??? Bon, là, j'ai comme le sentiment d'être une femme politique cherchant à se faire (ré)élire, ou encore Molière léchant les bottes de Louis XIV, le talent en moins (et non, soyons clairs, je ne dis pas ça pour que vous me répondiez "Mais si, tu es aussi douée que Molière, et même davantage" ; cependant vous êtes autorisés à le faire et je vous croirai alors sur parole).


Lien : https://musardises-en-depit-..
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Le sang des promesses, tome 2 : Incendies
  20 janvier 2019
Le sang des promesses, tome 2 : Incendies de Wajdi Mouawad
J’aime les textes riches avec des mélanges étonnants, remuants, et avec Incendies, je suis servie! Tout s’y mêle, l’Histoire, le mythologique, l’intime, le présent et le passé, la haine et l’amour... Wajdi Mouawad réussit à évoquer les horreurs bien réelles de la guerre du Liban en s’affranchissant de la pesanteur de l’anecdotique, dans une tragédie moderne où l’histoire d’amour fait penser à Roméo et Juliette, où le recours à la mythologie grecque nous fait ressentir à quel point la guerre est folie.

Embringués dans le vertige des engrenages, sangs, beauté, horreur mêlés, dans le grand jeu du balancier d’amour et haine, on apprend qu’1 + 1 ne font pas toujours 2, on suit Jeanne et Simon dans leur quête, on découvre la femme qui chante, qui malgré l’effroyable continue à se demander comment, dans l’escalade monstrueuse et démente de la violence, tenir la belle promesse, sortir de la haine, comment « Ne haïr personne, jamais, la tête dans les étoiles, toujours ».

Wajdi Mouawad, tout en faisant preuve d’une « volonté têtue d’interroger sur scène les brutalités du monde contemporain, tel qu’il a été façonné par la violence démesurément meurtrière des guerres qui ont émaillé le long XXème siècle », veut tenter de trouver, derrière la dune la plus sombre, la source de beauté, et c’est fort, émouvant, poignant.
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Anima
  28 septembre 2019
Anima de Wajdi Mouawad
En rentrant chez lui, Wahhch découvre sa femme assassinée d’une manière horrible.

Il va sillonner les routes du Canada aux Etats-Unis en passant par des réserves indiennes pour retrouver l’homme capable d’un tel crime, uniquement pour voir son visage.

Quel livre époustouflant

C’est un cheminement d’écriture d’une rare originalité.

L’histoire est racontée par tous les animaux témoins de la progression de Wahhch : chiens, chats, serpent, araignée, mouche, renard……

J’ai été subjuguée par la puissance, la profondeur de cette histoire

Violence et beauté se côtoient.

Animalité et humanité.

Quelle part d’animal dans l’homme ?

Quelle part d’homme dans l’animal ?

C’est un bonheur rare de tomber sur un livre qui impressionne autant.

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Anima
  15 janvier 2021
Anima de Wajdi Mouawad
Pour ceux qui ne connaissent pas l'auteur, Wajdii Mouawad est né au Liban et a quitté sa terre natale, suite à la guerre civile pour s'installer, d'abord en France, puis au Canada. Ses oeuvres engagées s'articulent autour de thèmes liés à son histoire personnelle : la guerre, le poids des souvenirs traumatiques, la quête d'identité, le devoir de mémoire.

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Lorsque Wahhch Debch retrouve le cadavre de sa femme, sauvagement assassinée, le lecteur est loin de se douter qu'« Anima » n'est pas un roman policier, il ne soupçonne pas qu'il a entre ces mains un roman noir, psychologiquement dur, dont les images marquent dès les premières lignes.

« Anima » est un voyage dans la violence, au plus profond de l'âme humaine.

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Wahhch veut se libérer de la culpabilité de ne pas avoir réussi à protéger sa femme. Il décide de traquer le meurtrier, un homme dont on connaît l'identité très rapidement. Mais cette course-poursuite ira bien au-delà d'une simple traque. Elle le bousculera dans son être, dans ses convictions les plus profondes, et son passé le rattrapera.

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Ce qui m'a beaucoup plu, outre l'écriture de l'auteur, à la fois poétique et glaciale, c'est l'originalité du procédé narratif. Je l'ai trouvé astucieux, surprenant, totalement innovant. En effet, ce sont les animaux qui racontent l'histoire. Chiens, chats, chevaux, oiseaux, poissons, insectes, serpent, araignée… rapportent ce qu'ils ont vu, entendu, perçu, flairé, senti, ressenti.

Les chapitres courts s'ouvrent sur un nouveau témoin de l'intrigue, un animal qui croise le temps de quelques secondes ou de plus, la route de Wahhch Debch. A chaque animal, un regard différent.

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Chaque chapitre a pour titre le nom scientifique de l'animal narrateur : des animaux domestiques, felis silvestris catus (le chat), passer domesticus (le moineau) …, mais aussi des animaux sauvages, vulpes vulpes (le renard), strix varia (la chouette), procyon lotor (le raton laveur), ...

Le lecteur devient spectateur à travers le regard que portent les animaux sur nous : le rat et sa peur instinctive de l'homme, le chien et sa fidélité à notre égard, la sensibilité du cheval, l'indépendance du chat, l'appétit vorace de l'araignée qui ne souffre aucune inattention…

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Certains lecteurs pourraient penser que l'auteur fait preuve d'anthropomorphisme. Je ne l'ai pas ressenti, dans la mesure où les animaux ont une perception différente et des sens plus développés que l'homme : ils sont sensibles aux intonations de voix, aux odeurs, ils perçoivent certaines émotions humaines (la peur, le chagrin, la joie), … Leur instinct leur permet de voir au-delà des apparences.

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Quoiqu'il en soit, ce procédé aurait pu entraîner une distance entre le lecteur et le personnage principal de cette histoire, nous faire éprouver moins d'empathie pour lui. Mais il n'en est rien. Au contraire. Wahhch Debch n'en apparaît que plus touchant, plus humain, car les animaux perçoivent ses blessures intérieures, son chagrin, et nous les communiquent.

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« L'homme est un loup pour l'homme à l'état de nature ». Cette phrase m'est apparue comme une évidence à la lecture de ce roman. Quand on fait fi de le loi, l'homme est un animal qui peut faire preuve d'indifférence, de monstruosité, de sauvagerie.

Faire des animaux les narrateurs de cette intrigue met les hommes sur le banc des accusés, les mettant face à leur violence, leur haine, faisant resurgir leur part d'animalité. Certains passages sont très durs, les animaux sont aussi spectateurs que victimes de la violence des hommes.

Les chapitres courts s'enchaînent sans temps mort, à un rythme palpitant et nerveux. La fin du roman m'a laissé sans voix. Les dernières pages sont aussi bouleversantes qu'éprouvantes, la beauté du récit se mêlant aux atrocités, l'humanité se fondant dans la bestialité.

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Wajdi Mouawad propose un roman unique, étonnant, puissant, très bien construit. Si vous recherchez un roman qui n'est pas ordinaire et si vous n'êtes pas trop sensible, je ne peux que vous conseiller « Anima ».

Un chef d'oeuvre ? Je le pense. En tout cas pour moi, c'est un très gros coup de coeur, un roman qui restera gravé dans ma mémoire.

Je remercie infiniment Levant pour sa critique qui m'a donné envie de découvrir ce livre et cet auteur, je ne regrette pas d'avoir suivi son conseil !
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Rêves
  30 avril 2021
Rêves de Wajdi Mouawad
Après avoir terminé la tétralogie du Sang des promesses (Littoral, Incendies, Forêts, Ciels) et en attente d'une suite à ce qui est promis d'être un quintette domestique (Seul(s) et Soeurs qui devraient se compléter par Frères, Père et Mère), il me reste à explorer les pièces "solitaires" de Mouawad.



Solitaire est bien le mot ici puisque Mouawad explore avec Rêves les abîmes de la création. Lui qui explique régulièrement dans ses préfaces à quel point ses textes de théâtre sont le plus souvent le fruit du travail avec ses acteurs, qui sont presque ainsi ses co-auteurs, cherche ici à décortiquer l'inspiration et le processus d'écriture d'un roman, en se penchant sur Willem, double de Wajdi, qui s'isole dans une chambre d'hôtel de seconde zone hors saison pour écrire un roman. Comme Mouawad convoque ses acteurs à sa création, Willem ne peut que s'entourer de personnages qui lui servent de miroir pour avancer dans l'écriture.



Pour moi qui ait découvert l'auteur par son roman Anima, publié en 2015, il est intéressant de constater que dans cette pièce de 2002 figure certains éléments rappelant particulièrement la construction du roman. Le travail de Mouawad frôlant très souvent l'autobiographie, on ne peut que se demander quelle chambre d'hôtel a pu accueillir l'auteur dans ses premières recherches autour d'Anima. Il ne s'agit là que d'éléments très partiels mais l'importance donnée aux formes animales dans le roman écrit par Willem ne peut que faire écho à Anima.



Dans sa préface cette fois-ci, Mouawad nous explique comment le texte s'est petit à petit condensé au fil des représentations de la pièce (passant de 2h40 pour la création en 1999 à 1h20 en 2000, réduction de moitié tout de même !) et comment il a aussi fait évoluer la répartition des passages entre les personnages, donnant notamment plus de corps à celui de l'hôtelière. Cela prend place dans la réflexion de l'auteur qui cherche à imaginer comment ses créations peuvent être accueillies et comprises par les "gens qui disent ne rien connaître de tout ça" comme il le dit lui même. C'est parfaitement louable de se poser ce genre de question en tant qu'auteur d'un théâtre contemporain qui a parfois tendance à s'écarter du commun par un élitisme assez hermétique.



Le théâtre de Mouawad sait amener le spectateur à une forme très moderne de théâtre mais en passant toujours par des histoires concrètes, un humour qui permet d'accrocher et amène à des moments beaucoup plus subtils, une approche de la folie intérieure de l'Homme , de la violence subie et de comment elle peut être retranscrite sur scène. Pour avoir vu sur scène Mouawad lui-même interpréter un de ces textes (Seul(s) à Sète, en 2019), ces moments de "folie" sont d'une intensité impressionnante, et il faut débrancher sans doute un peu la raison pour apprécier ces moments dans leur sincérité.
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Le sang des promesses, tome 2 : Incendies
  14 mars 2021
Le sang des promesses, tome 2 : Incendies de Wajdi Mouawad
« Les miliciens jettent les enfants contre les murs. »

Ce livre est une bombe !

La mère, Nawal, meurt. Elle demande sur son testament, aux enfants Simon et Jeanne, de retrouver leur grand frère et leur père.

Cette pièce de théâtre commence tout doux avec les gros mots de Simon, mais c'est une bombe.

Il laisse le lecteur désemparé, écartelé par mille questions.

Désemparé par la violence des miliciens, de la guerre : l'homme n'est pas un loup pour l'homme, c'est une machine dressée par une religion, une politique ou un exemple, pour tuer sans distinction d'âge, de sexe, de parenté.

La guerre est une bombe qui dévaste des familles ;

ce livre est une bombe qui dévaste, déconstruit son plan d'écriture ;

ma critique, que j'essaie de chiader un minimum d'habitude, eh bien là, je la laisse à vif, à l'emporte-pièce et sans organisation, explosée comme une bombe. Je vous laisse mes impressions brûlantes telles quelles...

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Mouawad nous livre ses tripes. Je trouve que son talent est de noyer l'horreur dans l'humour, c'est-à-dire dans le caractère bougon de Simon.

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Flash back : « Nawal, tu ne peux pas garder ce bébé, tu n'es pas mariée, les hommes vont te tuer ; alors tu t'enfuis ou nous te cachons, nous, les femmes, et l'accoucheuse emmènera ton bébé. »



Bien plus tard. D'après les gros mots de Simon, le fils, nous sommes au Québec. Le notaire convoque les enfants de Nawal, Simon le boxeur, et Jeanne la prof de maths. Nawal, 64, vient de mourir. Nawal a fait une promesse à sa grand-mère mourante.

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C'est une drôle de pièce de théâtre, avec

des inter-pénétrations de dialogues,

avec des inter-pénétrations de dates (des flash back ),

avec des gros mots québécois de la part de Simon, le fils,

des discours très Asperger de la fille Jeanne, prof de math,

et tout ça avec le notaire, qui, au milieu de ces deux excités, essaie de calmer le jeu,

mais en même temps, apparaît Nawal, la mère, au milieu des miliciens, quand elle avait 19 ans...

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Ça se lit facilement, malgré le bazar et la déconstruction voulus dans les dialogues entre Simon et Jeanne, … Jeanne qui veut retrouver son père en retraçant le chemin de sa mère d'une part, alors que surgit la discussion entre Nawal et Sawda qui, des années auparavant, subissent la guerre civile de plein fouet. Nawal cherche son premier fils qu'on lui a volé à la naissance : c'était ça ou la mort, car avoir fait l'amour sans être mariés n'était pas permis dans son pays, le Liban.

Alors, en compagnie de Sawda, elle recherche son fils.

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Plus tard, prisonnière à Kfar Rayat, quand elle découvre la vérité sur son premier fils volé, Nihad / Tarek, Nawal est victime d’un horrible déchirement de conscience, en ce qu’elle ne peut concilier la promesse d’amour sans réserves faite à son fils et le désir de justice qu’elle réclame, pour elle-même et pour les autres victimes des tortures de ce même fils.

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C'est un livre où les gens courent à la recherche les uns des autres, pour essayer de réunir la famille que la guerre a explosée ;

C'est un livre de plus qui raconte les dégâts de la guerre, dégâts physiques et psychologiques...

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La guerre du Liban, ou guerre civile libanaise, est une guerre civile ponctuée d’interventions étrangères qui s’est déroulée de 1975 à 1990 au Liban en faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles.

Wajdi Mouawad, Libanais d'origine, a été très marqué par ce conflit, même s'il a quitté son pays pour le Québec en 1978, à l'âge de dix ans.

Autour des années 2000, l'auteur a rencontré la résistante libanaise Souha Bechara, dont le combat fut une source d'inspiration pour Mouawad.

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Pourquoi ce titre, « Le sang des promesses » ?

Parce que, je pense que, malgré la guerre, l'horreur, les viols et les assassinats, Nawal, dans le sang versé, tient ses promesses faites à sa grand-mère mourante.

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J'ai passé un moment inoubliable, malgré la tristesse du sujet, car le style de l'auteur est très.... comment dire ? Euh... « aérien », comme s'il avait voulu se détacher d'une gangue qui le tenaille aux tripes.

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Le sang des promesses, tome 1 : Littoral
  21 août 2020
Le sang des promesses, tome 1 : Littoral de Wajdi Mouawad
Ayant lu Incendies, qui m'avait laissée sur les fesses, avant Littoral, je dois bien dire que Littoral m'a déçue ; et pourtant, les deux textes possèdent de fortes connexions, au point qu'un cycle de quatre pièces est finalement né, le Sang des promesses. Littoral est le premier de ces textes, écrit en 1997 puis publié en 1999, et revu en 2009 pour une mise en scène de la totalité du cycle. Ce que j'ai lu, c'est le le texte initial.





Wilfried, un jeune homme d'une vingtaine d'années, apprend en pleine nuit que son père, qu'il ne connaît pas, vient d'être retrouvé mort sur un banc. Une fois à la morgue, on lui demande ce qu'il a décidé à propos du corps : doit-on l'incinérer, l'enterrer, l'exposer, etc . ? Complètement dépassé par les événements, il se tourne vers sa famille maternelle, qui l'a élevé (car sa mère est morte à sa naissance), et cela bien qu'il sache parfaitement que ses oncles et tantes ne portaient pas leur beau-frère dans leur coeur. Or l'hostilité est plus grande qu'il ne s'y attendaient et il n'est pas question de trouver une place au père de Wilfried dans le caveau familial. Que faire de ce corps ? C'est en prenant connaissance de l'histoire d'amour entre son père et sa mère (nous reparlerons du procédé dramaturgique qui lui permet d'accéder à cette histoire) qu'il se décide à aller ensevelir le cadavre dans le pays natal de son père – qui est le Liban, mais le pays n'est jamais nommé et tout ce qui le concerne reste très flou, si bien qu'on peut facilement s'imaginer ailleurs. C'est un pays qui a connu la guerre, et dans lequel il n'y a pas plus de place pour le corps du père de Wilfried que dans le caveau familial. Un pays qui ne fait guère de place non plus à la génération de Wilfried. Transportant son cadavre de village en village, son parcours sera parsemé de rencontres, soit temporaires comme avec l'aveugle Ulrich, soit définitives comme avec Simone, Amé, Sabbé, Massi et Joséphine, qui ont le même âge que Wilfried, et qui ont tous à porter une histoire qui concerne leur père, voire leur mère ou leur famille entière, mais surtout cette guerre qui a bouleversé leurs vies. Tous accompagneront Wilfried dans sa quête pour un endroit digne d'une sépulture, et, pour dire les choses clairement, dans son voyage initiatique, qui deviendra aussi le leur.





Comme ça, ça a l'air tout aussi émouvant et prenant qu'Incendies. Ça ne l'a pas été pour moi. C'est que c'est écrit très différemment, mais aussi que si c'est foisonnant d'idées et de thématiques, au point que je trouve ça assez foutraque. Et pour l'essentiel, il faut bien dire que je n'ai pas été convaincue par cette quête d'identité que revendique Mouawad pour son personnage ; ça m'a presque paru artificiel, tout au contraire de la quête des personnages d'Incendies. Et puis j'ai trouvé tout une partie des dialogues inutiles, comme le monologue de la première scène où Wilfried raconte qu'il était en pleine scène de baise, avec plus ou moins de détails à l'appui, quand il a appris la mort de son père. Alors évidemment, ça permet de faire le lien très facilement avec Sophocle et Oedipe, puisque Wilfried dira qu'il a couché avec son père (parce qu'il éjaculait au moment où son père mourait, ouais, bon) et qu'il a tué sa mère, qui est morte en accouchant de lui - on reviendra sur Sophocle. On a aussi droit à toute une dramaturgie qui confine parfois volontairement au grotesque, par exemple avec les tantes de Wilfried qui poussent sans cesse des petits cris, mais surtout avec l'apparition de personnages tout droit sortis de l'imagination de Wilfried, tels le Chevalier Guiromelan ou une équipe de cinéma qui suit Wilfried dans ses pérégrinations, et encore davantage avec le cadavre du père de Wilfried qui se déplace avec lui, parle, pue (la décomposition, forcément!), etc. Cela alternant avec des passages plus oniriques, ce qui est le cas avec l'apparition de la mère de Wilfried, ou bien avec des monologues qui tendent vers le théâtre grec.





Et donc là, vous avez compris à quel point Mouawad est influencé par la tragédie grecque, et surtout par Sophocle, et surtout par Oedipe Roi. Ce dont il ne se cache pas, bien au contraire, puisqu'il dit que son projet, né de discussions avec Isabelle Leblanc, s'est ensuite enrichi de ses lectures d'Oedipe Roi, de Hamlet et de L'Idiot, le point commun étant la relation au père pour les personnages principaux. C'est tout de même essentiellement Sophocle qui transparaît tout au long de la pièce, les personnages de Mouawad endossant les rôles de son illustre prédécesseur. Si Ulrich l'aveugle est évidemment Tirésias, Wilfried est aussi bien Oedipe qu'Antigone, Joséphine est appelée Antigone par Ulrich, Amé est évidement Oedipe, lui aussi, et le père de Wilfried est tour à tour Jocaste, Laïos, Oedipe, le coryphée et beaucoup d'autres, vu qu'il incarnera le père de chacun des jeunes gens.





Ces références à Sophocle ne me gênent pas en elles-mêmes, c'est même le contraire, d'autant qu'on sait que Mouawad est féru de Sophocle – il va d'ailleurs les réutiliser dans Incendies -, mais je ne les trouve pas extrêmement subtiles, peut-être parce que Mouawad a cherché à instaurer le grotesque dont je parlais plus haut dans sa pièce. Ce mélange des genres m'a plutôt semblé pénible en l'occurrence, et passer de la bouffonnerie à des histoires extrêmement sordides sur la guerre (au point que c'est quelquefois difficilement soutenable), du langage réaliste à une espèce de prose poétique, ça n'a pas fonctionné pour moi. Et puis toutes ces thématiques qui s'accumulent, la relation au père, au pays d'origine, la quête d'identité, la quête d'un avenir, la guerre, la question de la mémoire... J'ai trouvé que c'était trop, et finalement pas très approfondi dans chacun des cas.





Du coup, alors que j'avais prévu de lire Littoral avant Incendies, et que je me suis retrouvée à faire l'inverse, c'est finalement pas plus mal. Incendies m'a poussé à lire Littoral, alors que Littoral, si je l'avais lu en premier lieu, m'aurait sûrement freinée et aurait probablement retardé ma lecture d'Incendies.







Challenge Théâtre 2020

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Anima
  18 juin 2013
Anima de Wajdi Mouawad
Je vais m’appliquer ici à vous donner envie de lire «Anima » de Wajdi Mouawad. Comment trouver les mots pour y parvenir ? Je ne suis pas sûre d’être à la hauteur du challenge… Beaucoup de critiques en ont fait l’éloge : qualifié d’unique dans la rentrée littéraire 2012, puissant, terrifiant, à la limite parfois du soutenable. Tout cela effraie quand même un peu le lecteur…Je viens de le refermer et je suis effectivement sous le choc, mais quel livre !

La quête de Wahhch, le héros (quête du meurtrier de sa femme sauvagement assassinée, quête de son propre passé oublié qui resurgit à la suite du drame) : un road movie à travers l’Amérique jusqu’au dénouement qui nous dévoile les terribles secrets liés à son enfance en nous plongeant dans l’horreur des massacres de Sabra et Chatila.

Un thriller ? Oui, un récit initiatique ? Oui, mythique? Oui, ce qui lui confère une dimension universelle. L’auteur n’épargne pas le lecteur ? Certes et il convient d’attacher sa ceinture avant de s’embarquer avec lui. Mais ici aucune violence gratuite : elle sert à la démonstration de l’inhumanité de l’homme envers l’homme, envers les animaux (ce sont eux qui nous content l’épopée de Wahhch et, par eux, Mouawad témoigne de la violence inhérente à toute vie).

J’ai ouvert le livre, je ne l’ai plus lâché, hormis quelques pauses… pour encaisser : j’ai été prise aux tripes, mais aussi émue par les belles rencontres qui sillonnent le roman et l’écriture de W. Mouawad magnifique, puissante, poétique aussi, fait accepter l’indicible. J’espère avoir convaincu quelques-uns d’entre vous que c’est un livre à ne pas laisser de côté… Sauf état dépressif ! ! !

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