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EAN : 9782369145028
592 pages
Éditeur : Libretto (18/10/2018)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 370 notes)
Résumé :
A propos du livre ...

« … je partage l’humanité en deux catégories fondamentalement différentes : une poignée de gens qui savent ce qu’il en est des réalités et l’énorme majorité qui ne sait pas. »
Retranché dans sa citadelle dominant la plaine, le grand maître Hassan Ibn Sabbâh mène, à la fin du XIe siècle, une guerre sainte en Iran. Il n’a que peu de soldats et seuls ses proches le connaissent intimement. Parti de presque rien, sans armée, sa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Fabinou7
  04 juin 2020
Alamut. forteresse réputée inexpugnable. sorte d'antithèse de la démocratie. Où vivent ceux qui se sacrifient.
Alamut. Roman d'aventure initiatique. Récit historique. Conte philosophique. Manifeste politique.
Vladimir Bartol n'a pas voulu, dans ce roman, paru en 1938, verser dans la caricature. Si les parallèles avec le monde politique dont est témoin l'écrivain slovène à la fin des années trente sont nombreux, il n'en demeure pas moins que c'est en Iran que Bartol plante le décor (décor qui sera d'ailleurs repris par les concepteurs des jeux vidéo Assassin's Creed et Prince of Persia !).
L'ismaélisme, secte iranienne dissidente de Hassan Ibn Sabbâh, installée au nord de Téhéran à l'aube du XIIème siècle, n'est pas qu'un faire-valoir, l'auteur s'attache à faire revivre cette culture perso-musulmane avec son savoir encyclopédique, le raffinement de sa poésie, l'ébullition de sa théologie, la sensualité enivrante de ses harems et son contexte géopolitique complexe sur fond de rivalité entre perses chiites, turcs, calife du Caire et arabes sunnites réunis autour du sultanat de Badgad et son grand vizir Nizam al-Mulk.
Les guerriers d'Alamut ont semé le trouble pendant près de 150 ans en Iran puis en Syrie, ont croisé le fer avec les sunnites mais aussi avec les croisés, Marco Polo lui-même rapporte l'existence de soldats fanatiques, de jardins paradisiaques, de loi du Talion sans pitié. Machiavélique avant la lettre, Seiduna n'hésitait pas, selon la légende, à user de stupéfiants si la ferveur religieuse ne suffisait pas.
D'ailleurs c'est aux fidèles disciples de l'ismaélisme que nous devons le mot « assassin » qui vient de « Hashīshiyyīn » en arabe. Péjorativement désignés par les chroniqueurs ennemis de l'époque comme des fumeurs de haschichs, les assassins sont entrés dans la légende et nous leur devons l'étymologie du terme.
« Rien n'est vrai, tout est permis. » le personnage de Seïduna me rappelle fortement le propos de l'écrivain anglais Jonathan Swift à qui l'on attribue le court ouvrage « l'art du mensonge politique » et qui met en garde, tel un Machiavel à son Prince, le politicien de ne surtout pas croire à son propre mensonge. C'est à coup sûr, pour Seïduna, le moyen de le mettre en oeuvre le plus librement, le plus ambitieusement. Pas de foi sans mauvaise foi.
« En fait, la force de notre organisation repose sur l'aveuglement de ses partisans ». Ceux qui dirigent, qui font les lois juridiques et morales d'une société ne peuvent s'y conformer eux-mêmes, c'est vieux comme le monde. Les prêtres prêchent la chasteté, les conservateurs la fidélité, les socialistes le partage, les économistes l'austérité, les juristes la légalité, les généraux le sacrifice, force est de constater à travers l'histoire que des Borgia à Louis XIV, de Mao à Pétain la vie privée des grands donneurs de leçons du monde était un peu désaxée voire diamétralement opposée à la coercition imposée aux populations par l'usage associé de la force et de la propagande.
Pour Seïduna, qui ne croit pas à l'hérédité (il prend l'exemple du catholicisme, l'élection du Pape est bien plus pérenne pour lui que les diverses dynasties monarchiques héréditaires), il convient, afin de pouvoir mettre ses plans à exécution d'avoir toujours une longueur d'avance, « il suffit de savoir quelque chose de plus que ceux qui doivent croire » pour instrumentaliser leur foi.
De même que le fascisme du XXème siècle, ou les macabres tueurs soi-disant au nom d'Allah du XXIe siècle, la théocratie des disciples d'Ali fait la propagande de la puissance de la volonté. Cette volonté de se dépasser, d'organiser l'avènement d'un homme nouveau, implémenté de qualités viriles et supérieures tout en étant irrévocablement soumis à son chef.
Néanmoins, comme le dit le jeune fédayin Ibn Tahir : « la volonté existe, mais l'intelligence résiste ». Toute l'oeuvre est tendue entre ces deux pôles que sont l'aveuglement, « l'orgueil d'obéir » comme disait Cioran, et l'intelligence critique. Extrémités entre lesquelles nous vacillons encore aujourd'hui, au péril de nos libertés individuelles.
« le savoir est effrayant ». Pourtant, une transcendance est possible. Redoutée aussi, car l'ignorance est rassurante, on préfère souvent un mensonge qui conforte, qui donne du sens, qu'une vérité qui ébranle, et nous laisse pris de vertige sur les cimes de l'angoisse. Seuls quelques privilégiés peuvent dépasser le monde des illusions, et par-delà le bien et le mal devenir « aaraf ».
C'est toute l'ambivalence de la personnalité du « vieux fou de la montagne ». Elle n'est pas celle d'un tueur sadique et paranoïaque.
Ainsi, charismatique et éclairé, ami du poète Omar Khayyâm, il a « compris que le peuple est nonchalant et paresseux et qu'il ne mérite pas que l'on se sacrifie pour lui » et loin de vouloir la vérité, le peuple veut « des fables » pour nourrir son imagination. Quant à la justice, « il s'en moque, si tu satisfais à ses intérêts particuliers ». Partant, autant utiliser la faiblesse et l'aveuglement du peuple pour le guider, malgré lui, vers la meilleur gouvernance et organisation sociale possible selon son chef.
« La fin justifie les moyens. Mais qu'est ce qui justifie la fin ? » Albert Camus. Ainsi donc tous les plans, et tous les stratagèmes de Seiduna sont sous-tendus par un motif final impérieux ? Pas du tout : « mais si vous me demandiez quel sens a toute cette action et pourquoi elle est nécessaire, je ne saurais vous répondre. Nous croissons en effet parce que les forces pour le faire sont en nous. Comme la graine qui germe dans le sol et sort de terre, qui fleurit et donne des fruits. Soudain nous sommes ici et soudain nous n'y sommes plus. »
Plus on en sait et plus on est seul. C'est ce que je retiens d'Alamut. le savoir fait peur, c'est un vertige, et plus la connaissance du monde s'accroit, plus le sachant prend ses distances d'avec les autres hommes, et se retrouve isolé, dans la forteresse de la clairvoyance, à envier l'illusion des autres, leur foi inébranlable, leurs paradis artificiels (au sens propre…).
Savoir c'est pouvoir. Dans la polysémie du terme : pouvoir agir et détenir le pouvoir.
Ces réflexions ne doivent pas pour autant donner l'image d'une oeuvre statique ou réflexive. Surtout pas ! le récit est très fluide et se lit comme un roman d'aventure, avec ses faits d'armes, ses stratégies, ses intrigues, sa progression narrative et son suspense. l'immersion dans la forteresse d'Alamut est totale.
Une fois le livre refermé, comme sous l'effet des boulettes de Seiduna, les images se troublent, le souvenir d'Alamut se dissipe comme si la légende l'avait déjà pris dans ses bras de brume.
Qu'en pensez-vous ?
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Dandine
  13 septembre 2020
Un roman historique de caftan et de cimeterre. Pas un roman jeunesse, pourtant. Derriere le roman d'aventures affleure discretement le roman a these. J'ai savoure les divers episodes, les descriptions de lieux et d'actions, j'ai apprecie l'ecriture, fluide et sans trop d'efforts de style, j'ai fini repu, habite des pensees que ce livre suscite.

Dans la citadelle d'Alamut, nid d'aigles inexpugnable, un meneur d'hommes charismatique, Hassan Ibn Sabbah, prepare une poignee de combattants a renverser les turks Seldjoukides qui sont au pouvoir en Perse. A l'aide de drogues et surtout de la promesse d'un paradis auquel il les a fait illusoirement gouter, il en fait des fedayin, qui n'ont plus peur de mourir, mais au contraire cherchent une mort glorieuse pour leur cause, qui leur permettra d'acceder ipso-facto a ce que le Coran a promis aux pieux exemplaires et aux morts en defense de la foi: “jardins et vignes, et belles aux seins arrondis, d'une egale jeunesse, et coupes debordantes" (sourate 78, an-naba). Avec ses fedayin endoctrines, fanatises, manipules en fait, il seme la terreur chez les Seldjoukides. Ce seront les Hashashiyun, la secte chiite-ismailite des Assassins, qui arboreront le fanatisme comme instrument de pouvoir, la terreur comme arme de conquete. Je cite quelques phrases que l'auteur met dans la bouche de Hassan Ibn Sabbah: “Mon plan est gigantesque. J'ai besoin de croyants qui aspireront à la mort au point de n'avoir peur de rien. Ils devront être littéralement épris de la mort! Je veux qu'ils courent à elle, qu'ils la cherchent, qu'ils la supplient de les prendre en pitié, comme ils feraient d'une vierge dure et peu généreuse”. “Mais la force de toute institution repose essentiellement sur l'aveuglement de ses adeptes ! … Plus bas est le niveau de conscience d'un groupe, plus grande est l'exaltation qui le meut. …la mystification et la ruse sont de toute façon indispensables à celui qui veut mener les foules vers un but clair à ses yeux mais que celles-ci seront toujours incapables de comprendre”. “Penses-tu que la grande majorité des gens se soucie de la vérité ? … pour atteindre le but élevé qui est le nôtre, et qui sert aussi bien son intérêt… mais qu'elle est incapable de comprendre! J'ai frappé à la porte de la bêtise et de la crédulité humaine. J'ai misé sur l'appétit de jouissance et les désirs égoïstes des hommes. Les portes se sont ouvertes toutes grandes devant moi. Je suis devenu un prophète populaire…”. Quel but eleve? La domination du monde!: ” Aussi la suprématie appartiendrait-elle à celui qui tiendrait tous les souverains du monde enchaînés par la peur. Mais pour être efficace la peur doit se donner de grands moyens”.

Vladimir Bartol brosse le tableau d'un fanatisme, d'un totalitarisme, qui sert un homme, ou une poignee d'hommes, a tenir sous leur coupe de nombreux autres, qui ne sont qu'instruments a leurs yeux, et dont ils se servent sans scrupules pour atteindre un pouvoir supreme. Il choisit comme cadre et comme epoque la Perse de la fin du XIe siecle, ou se meuvent d'illustres hommes d'etat comme Nizam el Moulk, de grands lettres et poetes comme Omar Khayyam, et aussi le sinistre Hassan qui, ayant fait d'Alamut son repaire, fut connu comme “le vieux de la montagne". Il a de belles pages pour decrire ces hommes, leurs pensees, leurs actes et leurs destins. Il decrit magnifiquement les lieux ou ils se meuvent, villes et campagnes, detaillant specialement Alamut et ses environs. L'endoctrinement, le lavage de cerveau des jeunes fedayin est longuement suivi, en plusieurs chapitres. D'autres sont consacres a l'etablissement de jeunes esclaves vierges dans le jardin cache derriere la forteresse, pour qu'elles servent de “houris" paradisiaques aux fedayin drogues. le tout sert tres elegamment la trame du livre, et son message, habilement masque par un passe historique et geographique lointain, peut etre lu comme une critique, une attaque, aux endoctrinements de son temps (le livre est publie en 1936), nazisme, fascisme, communisme, qui s'avereront tres vite encore plus funestes que l'ismailisme du vieux de la montagne.

Mais these ou pas these, message ou pas message, ce livre est d'une lecture prenante. de belles descriptions, des dialogues interessants, et beaucoup d'action, de peripeties, de rebondissements. Oui, un captivant roman historique de caftan et de cimeterre. Pour adultes (pour que les vieux adultes se sentent jeunes adultes).
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Arakasi
  28 avril 2013
Alamut… Malgré les siècles écoulés depuis sa destruction par les armées mongoles, le nom de la célèbre forteresse n'en conserve pas moins toutes ses sinistres résonnances. Taillée à même la roche des montagnes, elle fut le siège pendant presque deux cents ans de la fameuse secte ismaélienne des Assassins – ou Assassiyoun – qui fit trembler de frousse sur leurs trônes les plus puissants monarques des XIe et XIIe siècles. Même aujourd'hui « le Vieux sur la montagne » et ses tueurs fanatiques et intoxiqués au hashish conservent leur aura de terreur mystique, cette célèbre invincibilité ne pouvant naître que de la foi la plus féroce et la plus intransigante. Mais au fond qu'était vraiment la secte des Assassiyoun ? Au prix de quelles manigances, de quelles manipulations cyniques et brillantes, sa légende fut-elle forgée ? C'est sur ces questions que se penche le romancier Vladimir Bartol en remontant aux sources mêmes du mythe.
Nous sommes en 1090 et Hassan ibn al-Sabbah vient de s'emparer par la ruse de la forteresse d'Alamut, au nez et à la barbe de sultan de Bagdad. de cette plate-forme, il s'apprête à lancer une entreprise qui ébranlera tout le monde musulman, du Caire à Damas. Grande ambition que d'espérer dominer le monde quand on ne possède qu'une poignée de guerriers et deux ou trois châteaux ! Mais al-Sabbah possède entre ses mains un atout redoutable : au sein des montagnes qui cernent Alamut, il a fait creuser dans la pierre des merveilleux jardins et, dans ses jardins, enfermer de splendides esclaves toutes plus voluptueuses les unes que les autres. Il peut ainsi envoyer ses adeptes – drogués préalablement jusqu'au yeux – goûter aux délices de ce qu'ils pensent être les jardins d'Allah. Persuadés d'avoir séjourné au Paradis, les jeunes gens n'auront plus qu'un désir : y retourner le plus vite possible en mourant pour la sainte cause de l'ismaélisme. Et que ne pourrait pas faire un homme décidé et habile avec une meute de jeunes martyrs enragés à ses ordres… ?
La moindre des choses est de dire que « Alamut » m'a grandement et très agréablement surprise. En l'ouvrant, je m'attendais à lire un récit d'aventure, bourré de rebondissements, de coups de poignards et de jeunes houris dénudées, mais le roman de Vladimir Bartol s'est révélé bien plus que cela ! Fable politique et philosophique, « Alamut » nous offre également une analyse des dessous d'une dictature absolument renversante d'intelligence (il ne faut pas oublier que le roman a été écrit en 1938 quand l'Europe n'avait guère de raisons de plastronner de ce côté-là…). Une grande partie du roman est en effet consacré à l'endoctrinement des jeunes fedayin destinés à devenir des assassiyoun : un vrai cours de manipulation des masses en dix leçons ! Avec ironie, mais aussi compassion et pitié, Bartol dissèque le processus de fanatisation d'un petit groupe d'individus, pourtant cultivés et intelligents. Des thématiques, hélas, toujours d'une attristante actualité.
Autre coup de génie de l'auteur : la caractérisation du personnage central du roman, l'imam Hassan ibn al-Sabbah – entré dans la postérité sous le pseudonyme du « Vieux sur la montagne ». Loin de le présenter comme un fou de Dieu assoiffé de sang, Vladimir Bartol en a fait un septique ! Et pas un agnostique indécis, attention : un athée pur et dur dont la seule doctrine pourrait être résumée par « Rien n'est vrai, tout est permis » – je n'invente pas, je cite. Plus charlatan que fanatique, plus illusionniste que prophète, cet homme aussi brillant que cynique a vite compris qu'aucune puissance ne peut égaler celle de la foi… à condition que celle-ci soit solidement contrôlée par des mains pragmatiques. « J'ai frappé à la porte de la bétise et de la crédulité des gens ; de leur concupiscence, de leurs désirs égoïstes. Et les portes se sont ouvertes en grand. » clame-t-il devant un disciple effaré. Il y a quelque chose d'infiniment fascinant à voir cet escroc de génie tissait sa propre légende, entrelaçant complots, machinations et subtiles manipulations avec la dextérité d'un artisan accompli. Ai-je déjà confessé que j'étais charmée par les salopards astucieux ?
Roman politique, récit d'aventure, fable philosophique… « Alamut » est donc une oeuvre complète, un livre à lire et à recommander sans restriction ! (Et pas de chance, mon exemplaire appartient à un copain – rien qu'à l'idée d'avoir à le rendre, je me sens déjà un peu orpheline…)
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nadiouchka
  20 mai 2020
Au XIe siècle, un lieu de délices, de plaisirs dans une citadelle « imprenable » (en Iran), c'est « Alamut » (un véritable "nid d'aigle"), qui a donné le titre au roman de l'écrivain italo-slovène Vladimir Bartol et qui nous entraîne chez les Haschichins (ou « Assassins »).
« Rien n'est vrai, tout est permis. » (épigraphe- principe supérieur des ismaéliens – Omnia in numero et mensura.)
Un certain Hassan Ibn Sabbâh s'est emparé de cette forteresse et toute une légende s'est formée autour de lui. On y trouve, autour de lui, des jeunes fedayin dont Hassan veut en faire des « assassiyoun » (حشاشين « ḥašašyīn ) - toute une cour qui se plie à ses exigences – mais aussi de belles jeunes femmes qu'il transforme en des « houris ».
Il les fait enlever et leur donne tout ce qu'elles peuvent désirer. Elles sont plus belles et jeunes les unes que les autres, mais il y a une privilégiée : Myriam d'une beauté sans égale qui donne également des conseils à Hassan car il la consulte souvent.
D'un autre côté, se trouve l'ancienne favorite Apama, qui a vieilli mais qui est toujours là : « Apama. Il est encore plus dangereux de parler d'elle que de Myriam. Myriam est bonne et nous aime. Au contraire, Apama est méchante et nous déteste. Elle connaît aussi bien Seïduna.) (p.32)
Dans cette citadelle, entourée de montagnes, des jardins magnifiques ont été faits et c'est là que se trouvent les merveilleuses esclaves (par exemple, Myriam à la tête d'elles – Halima – Zeynab – Sara, et d'autres...), avec toute leur volupté, pour faire croire à certains fedayin (d'abord drogués avec une boulette de haschich), qu'ils se trouvent au Paradis, dans les jardins d'Allah.
Une fois que le charme est rompu et qu'ils retournent dans leur vie quotidienne, au milieu des autres compagnons, leur seul désir est de renouveler l'expérience, quitte à mourir si on le leur demande, afin de démontrer leur participation à la cause de l'ismaélisme.
Hassan (appelé aussi « Le Vieux sur la montagne »), se désigne comme un prophète et possède un immense pouvoir sur ses hommes – mais c'est de la tyrannie qu'il use. Il cultive même un champ de chanvre (qu'il pourra transformer en du haschich).
Cette terrible histoire est parsemée de poèmes – on y voit la force des uns ou des unes comme leur faiblesse – de l'amour - mais il y a aussi des drames terribles – de la guerre – de la religion - de l'horreur….
On ne ne peut pas considérer « Alamut » comme un conte (bien que souvent j'avais à l'esprit « Les Contes des Mille et une Nuits »), mais le contexte n'a rien à voir….
Un extrait d'un poème composé par Ibn Tahir qui a connu le Paradis avec Myriam et dont il est resté amoureux :
« Quand j'imagine, Myriam, ton visage,
Des doutes étranges pèsent sur mon coeur.
Es-tu vraiment un être semblable à moi
Qui pense, ressent, désire comme nous les terriens ? » (p.427)
Ainsi, même si cette terrible histoire comporte des poèmes, Vladimir Bartol a écrit « un impitoyable plaidoyer contre le fanatisme  qui démasque les promesses frauduleuses des despotes d'hier comme d'aujourd'hui.» On pense évidemment à l'islamisme et ses monstruosités.
« Alamut », qui a été écrit en 1938, a été réédité par la collection « Libretto », avec la si douce couverture simili-cuir.
Une bien agréable relecture d'un livre qualifié de «culte » et je vais continuer sur ma lancée de cette maison d'éditions, avec un autre ouvrage.
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cmpf
  31 mai 2018

Au XIe siècle, Hassan ibn al-Sabbah veut s'imposer. Pour cela, bien que totalement incroyant ”rien n'est vrai, tout est permis”, il utilise le biais de la religion pour créer une petite unité de soldats prêts à mourir. Il s'installe donc dans la forteresse d'Alamut où il a créé deux univers étanches. Dans l'un, ses lieutenants préparent des jeunes gens tant physiquement que sur le plan religieux, dans l'autre, dans des jardins évoquant le paradis tel que décrit dans le Coran des jeunes filles apprennent leur rôle de houris. Parmis ces fedayin, certains sont drogués au haschich et endormis puis sont convoyés dans ces jardins merveilleux, et rencontrent les houris. Car “le vieux de la montagne” les persuade qu'il a le pouvoir de leur ouvrir les portes du paradis d'Allah.
Si Vladimir Bartol a écrit ce livre en pensant à la montée des dictatures de la décennie 1930, on ne peut que faire un rapprochement avec tous ces jeunes qui tuent des inconnus en criant “Allah Akbar”, persuadés qu'ils sont, quel que soit d'ailleurs leur connaissance de l'Islam, d'aller directement au paradis.
Je suis contente d'avoir lu ce roman que je conseille.
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critiques presse (1)
Lexpress   09 novembre 2012
Voici, sous une plume rougie au fer de la satire, la description quasi clinique de ce qui se trame dans les fiefs islamistes d'aujourd'hui, comme si la fiction devançait les monstruosités de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (84) Voir plus Ajouter une citation
NuageuseNuageuse   19 juin 2016
Allez d'homme en homme et essayez de convaincre chacun. La première chose à faire est d'obtenir sa confiance. Ne soyez pas doctrinaires, adaptez votre façon d'agir à chaque cas. Si vous voyez que quelqu'un est rigoureusement croyant et qu'il a une confiance illimitée dans le Coran, montrez-vous, vous aussi, sous ce jour. Dites lui que la foi décline sous le sultan seldjoukide et que le calife de Bagdad est devenu son valet. S'il vous répond que l'imam du Caire est un étranger et un usurpateur, approuvez-le, mais insistez sur le fait que tout n'est pas rose avec le plénipotentiaire de Bagdad. [...] Là où vous tombez sur un homme plus sagace qui se moque du Coran et de la doctrine religieuse en cachette ou même en public, dites lui que, dans son essence, l'ismaélisme est identique à la libre-pensée et que la reconnaissance des sept imams n'est que de la poudre aux yeux et un appât pour les masses ignorantes. Traitez ainsi chaque individu suivant son caractère et ses opinions et amenez-le insensiblement à mettre en doute la justice de l'ordre établi. Par ailleurs, montrez vous humbles et satisfaits de peu, comportez-vous selon les us et coutumes de sa région et de son groupe et, dans toutes les choses non essentielles, cédez à votre interlocuteur. Il doit avoir l'impression que vous êtes savants et expérimentés, que pourtant vous l'apprécie au plus haut point et que vous êtes nombreux à pouvoir lui faire prendre le bon chemin.
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mesrivesmesrives   19 novembre 2015
Après le dîner Ibn Tahir, n'en pouvant plus de fatigue, renonça à accompagner les autres dans leur promenade du soir. Il se retira au dortoir et s'allongea sur sa couche. Il mit du temps avant de pouvoir fermer les yeux. Tout ce qu'il venait de vivre depuis son arrivée à Alamut défilait devant ses yeux en une succession d'images violentes. L'affable dey Abu Soraka et le sévère capitaine Minutcheher lui rappelaient encore tant soit peu la vie extérieure. Mais l'énigmatique et bizarre Al-Hakim, et le dey Abdul Malik, doués tous deux de si prodigieuses facultés, et plus encore peut-être le mystérieux et sombre dey Ibrahim l'avaient introduit dans un monde entièrement nouveau. Et il commençait déjà à se rendre compte que ce monde nouveau avait ses lois propres, strictes et inflexibles; qu'il était organisé et dirigé de l'intérieur, de dedans vers le dehors, achevé et se suffisant à lui-même, logique et sans faille. Il n'y entrait pas sur la pointe des pieds. Il s'y trouvait projeté avec une brutalité inouïe. Et maintenant il y baignait tout entier. Oui, hier encore, il était là-bas, de l'autre côté. Et aujourd'hui, il le sentait bien, il appartenait tout entier à Alamut.
Une tristesse profonde s'empara de lui, car il avait dit adieu à tout un monde. Il avait l'impression que le chemin du retour lui était à jamais barré. Mais il sentait dans le même temps s'éveiller en lui l'impatience grisante du lendemain, la curiosité passionnée des mystères qu'il devinait partout autour de lui, et la ferme volonté de n'être en rien inférieur à ses compagnons.
- Me voici donc à Alamut, dit-il à haute voix pour lui-même. Qu'ai-je donc encore à regarder en arrière?
Cependant il évoqua encore une fois en pensée le souvenir de la maison natale, de son père, de sa mère, de ses soeurs. Et il leur dit adieu dans le secret de son coeur. Après quoi ses songeries s'embrumèrent, et il s'endormit dans une heureuse attente de l'inconnu.
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OrpheaOrphea   05 juillet 2012
-- ... Ce ne sont point les choses en elles-mêmes qui nous rendent heureux ou malheureux, rêvait Hassan à voix haute, tandis que ses deux amis l'observaient, allongés sur les coussins... mais seulement l'idée que nous nous en faisons, et les fausses certitudes dont nous nous flattons. L'avare cache son trésor dans quelque endroit ignoré de tous : il simule la pauvreté en public mais jouit en secret de se savoir riche. Un voisin découvre la cachette et lui prend son trésor... Cela empêche-t-il le ladre de jouir de sa richesse tant qu'il n'a pas découvert le vol ? Et si la mort le surprend avant qu'il ait eu vent de son infortune, il rendra le dernier soupir avec l'heureux sentiment de posséder le monde ! Il en ainsi de l'homme qui ne sait pas que sa maîtresse le trompe. S'il ne le découvre pas, il continuera de goûter en sa compagnie des instants exquis. Supposons maintenant que son épouse chérie soit la fidélité même, mais que des lèvres mensongères parviennent à le persuader du contraire... il subira les tourments de l'enfer. Ce ne sont donc ni les choses ni les faits réels qui font le départ entre notre bonheur et notre malheur, mais seulement les représentations que nous propose notre conscience vacillante. Chaque jour nous révèle à quel point ces représentations sont mensongères et trompeuses. Notre bonheur ne repose sur rien de solide. Et combien peu justifiées sont souvent nos plaintes ! Quoi d'étonnant que le sage soit indifférent à l'un comme aux autres... et si seuls les rustres et les imbéciles peuvent jouir du bonheur !
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stcyr04stcyr04   19 janvier 2015
Protagoras disait que l’homme est la mesure de toute chose. Ce qu’il perçoit existe, ce qu’il ne perçoit pas n’existe pas. Dans les jardins, nos trois garçons, leur corps, leur âme et tous leurs sens vont jouir du paradis. Le paradis existe donc pour eux. Toi, Buzruk Umid, tu t’indignes de la supercherie dans laquelle j’ai attiré les fedayin. Ce faisant, tu oublies que nous sommes nous-mêmes victimes des illusions de nos sens. Dans ce domaine, je ne serai en rien pire que cet être supposé au-dessus de nous qui, comme l’affirment les différentes religions, nous a créés. Démocrite savait déjà que nous sommes victimes de nos sens. Pour lui, il n’y a ni couleurs, ni sons, ni douceur, ni amertume, ni froid, ni chaleur mais seulement des atomes et de l’espace. Et Empédocle a constaté que seuls nos sens assurent la liaison avec notre savoir. Ce qui n’est pas en eux n’est pas non plus dans notre pensée. Si nos sens mentent, comment notre connaissance, qui procède d’eux, pourrait-elle être juste ? Regardez ces eunuques dans les jardins ! Ils ont les mêmes yeux que nous, la même bouche et les mêmes sens. Et pourtant ! Une petite mutilation de leur corps a suffi pour que leur image du monde change fondamentalement. Qu’est pour eux le parfum enivrant d’une peau de jeune fille ? une odeur repoussante de peau en sueur. Et le contact des seins fermes d’une vierge ? la sensation désagréable d’un membre étranger adipeux. Et l’accès secret au summum de la volupté ? un drain malpropre. Telle est, vous le voyez, la fiabilité de nos sens. L’aveugle n’a que faire de la beauté colorée d’un jardin en fleurs. Le sourd est inaccessible au chant du merle. Le charme des vierges n’excite pas l’eunuque. Et le nigaud se moque de toute la sagesse du monde.
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nadiouchkanadiouchka   21 mai 2020
- Allah a a créé Adam à partir de quatre éléments. D’abord il a eu besoin d’une matière solide.Celle-ci étant cassante et friable,il l’a réduite en poussière et un autre élément lui a été nécessaire, l’au. Il l’a mélangée à la poussière et a obtenu de l’argile. De l’argile, il a pétri la silhouette de l’homme. Mais cette silhouette était molle et sa forme se modifiait à chaque contact. Il a donc créé le feu avec lequel il a séché la couche externe de l’homme dont, dès lors, la peau
a été souple. Comme il était très lourd, il a enlevé un peu de matière de sa poitrine. Pour que les parois externes ne s’effondrent pas en raison du vide créé, il a rempli la cavité du quatrième élément, l’air.Ainsi, a été achevé le corps humain, et encore aujourd’hui il se compose de ces quatre matières premières, la terre, l’eau, le feu et l’air. P.88/89
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