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ISBN : 2800149507
Éditeur : Dupuis (18/02/2011)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Précipité dans le bruit et la fureur d'un monde pressé de se meurtrir et de se détruire, Heinz le peintre nous conte son errance à la recherche d'une innocence à jamais broyée par la folie des hommes. Récit de voyage, chronique de guerre et manifeste esthétique, cette oeuvre inclassablerésonne du chant de l artiste brisé par la brutalité de son temps.Embarqué comme peintre officiel dans une ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
alouett
  17 juin 2011
En 1913, le peintre Heinz von Furlau embarque à bord d'un navire de guerre allemand qui fait route vers la Papouasie. Jeune soldat, son rôle consiste à peindre ce voyage et rapporter ainsi un témoignage visuel de cette expédition colonialiste. La traversée est rude, les matelots n'ont de cesse de le rudoyer jusqu'à ce que, petit à petit, il trouve sa place au sein de l'équipage. Lorsqu'ils accostent enfin, ils découvrent un paysage luxuriant, Heinz est sous l'émerveillement.
Le jeune artiste part avec la première équipe chargée de faire une reconnaissance du terrain. Les hommes sont aux aguets, apeurés par les légendes sur les Papous cannibales. La tension est à son paroxysme lorsque les Allemands découvrent un lieu de sacrifices : une prairie ornée de pieux surplombés de crânes humains. Cette macabre découverte met les hommes sur le qui-vive. Peu après, les soldats rencontrent une jeune indigène. Certains tentent de la violer mais Heinz s'interpose. La rixe verbale vire au cauchemar lorsque la troupe est la cible des lances des guerriers papous. Heinz et ses compatriotes tentent de fuir, en vain. Nombre d'entre eux seront tués mais Heinz fait partie des rares captifs. Lorsque qu'arrive le moment de son exécution, la jeune femme qu'il avait protégée prend à son tour sa défense. Dès lors débute une nouvelle vie pour le peintre puisqu'il va s'installer dans la tribu et vivre avec eux pendant quatre ans.
Mais en 1914, les troupes Australiennes envahissent la Nouvelle-Guinée allemande. Ils déciment la tribu, capturent Heinz et le libèrent peu de temps après. A son retour en Allemagne, il est décoré pour fait d'armes, obtient le grade de Lieutenant et est aussitôt renvoyé sur le front, c'est la Première guerre mondiale. En 1919, Heinz tente de s'intégrer dans la nouvelle Allemagne. Mais se profile déjà le spectre du nazisme. Il reprend la route en 1923 et tente de retrouver la tribu qui l'avait accueilli quelques années plus tôt.
Je retourne où je suis né. Au pays des couleurs. Au pays du silence.
C'est la première fois que Thierry Bellefroid réalise un scénario de BD (si on exclut Quatuor qu'il a co-scénarisé avec quatre autres auteurs). Plus habitué à l'écriture de romans, ce journaliste est l'un des plus grands spécialistes belges de la bande dessinée (plus de détails sur la fiche auteur de BDGest). Avec cet album, il nous propose une réflexion sur la guerre et ses conséquences désastreuses sur l'homme. Au travers d'un peintre fictif, il examine l'homme et son penchant pour la violence. le regard qu'il pose passe par le prisme de son personnage. Ce dernier, quasi mutique, extériorise ses émotions dans ses tableaux. Nous le voyons en difficulté dans son rapport aux Autres et en proie à un sentiment d'incompréhension majeur quant aux événements dont il est témoin. A l'aide d'une voix-off, le scénariste nous fait part de ses interrogations sur la nature humaine et sa capacité à nier son humanisme au profit d'attitudes bestiales (violence, racisme, haine de l'autre en général). Ce récit se nourrit des réflexions du personnage principal, tour à tour philosophiques, artistiques ou altruistes. Il peut s'apparenter à un journal intime, les toiles et carnets de croquis du personnage étant autant de souvenirs l'aidant à faire le bilan de sa vie.
Mes carnets de croquis sont remplis. Je dois trouver de nouveaux supports. Malgré les puces, les sangsues, les serpents. Malgré la dureté de l'existence, l'humidité permanente, la précarité du campement, mlgré l'éloignement, la nostalgie des vieux amis… Malgré tout cela, je suis heureux.
Le fait que le scénario se situe dans trois espaces – temps différents le rend difficile d'accès. C'est en premier lieu une voix-off et un vieillard solitaire qui nous accueillent dès la première page. Celle-ci tournée, nous partons en 1913 aux prémices de l'expédition, sans que toutefois l'ambiance graphique ne change (teintes, luminosité), sans lien apparent avec le vieux loup de mer barrant son bateau. Enfin, la dernière période s'imbrique sporadiquement entre les deux précédentes et relate la vie de soldat allemand pendant la Première Guerre Mondiale. Les faits sont ensuite relatés chronologiquement pour chaque époque. A chaque saut de temps, j'ai mis un temps à me situer dans l'histoire. Passée la première moitié de l'album, cette difficulté s'estompe, les changements d'ambiances graphiques aidant. On assiste au cheminement de cet homme, on comprend comment sa personnalité s'est construite à travers le temps. J'ai apprécié ce personnage sombre, désabusé, qui plie sous le poids de sa vie et qui va jusqu'à renoncer à ses idéaux humanistes et artistiques. de plus en plus extérieur aux choses, de plus en plus critique sur « son Allemagne » et les agissements de ses compatriotes, il lâche lentement prise, jusqu'à en perdre la raison.
Mon ignorance est un sauf-conduit. Elle m'empêche de devenir fou.
Excepté pour la première transition, les ambiances graphiques guident le lecteur dans le récit. Ainsi, le lecteur voyage entre des ocres tantôt chaleureux tantôt agressifs et des gris verts accentuant la laideur de la guerre et la souffrance des hommes. de plus, j'ai trouvé qu'elles donnaient du liant, de la consistance et de la profondeur à la narration dont la compréhension nous échappe par moments. Joe G. Pinelli a réalisé les visuels de l'album au pinceau, dans une veine fauviste. J'ai trouvé ce travail magnifique. Certains lecteurs déploreront surement la difficulté de reconnaître les personnages. le graphisme matérialise l'âme de son personnage et répond en écho à la voix du narrateur, transmettant ses doutes et ses émotions. Loin d'en être à son premier coup d'essai, cet auteur a débuté en publiant des oeuvres autobiographiques puis n'a eu de cesse de renouveler et d'affiner sa technique de dessin (plus de détail sur l'article de Dominique Bodson). Dans Féroces tropiques, son trait est instinctif et nerveux. Il nous offre tantôt la scène telle que le personnage la voit (une réalité qui peut lui échapper et se tordre sous l'effet d'hallucinations visuelles). J'ai pris beaucoup de plaisir à naviguer entre ces scènes tantôt descriptives tantôt intimistes. Régulièrement, l'auteur délaisse les fonds de cases ce qui a pour effet de prendre à partie le lecteur puisqu'il se retrouve régulièrement en face à face avec les personnages.
Il y a certes la difficulté de situer les personnages sur la première moitié d'album et l'impossibilité de maîtriser les tenants et les aboutissants de l'intrigue avant son dénouement. Mais je n'ai pas trouvé, au final, que cela était dommageable. Les bribes de récit convergent pour n'en former plus qu'un seul dans les cinq dernières planches et nous permettent enfin de comprendre qui est l'homme que nous avons vu en première page.
Un album étrange, une ambiance mélancolique, un magnifique voyage dans la vie d'un homme.
Lien : http://chezmo.wordpress.com/..
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melina1965
  06 juillet 2013
La difficulté d'être un artiste allemand au début du 20ème siècle.
En 1913, le peintre Heinz von Furlau embarque à bord d'un navire de guerre allemand qui fait route vers la Papouasie. Jeune soldat, son rôle consiste à peindre ce voyage et rapporter ainsi un témoignage visuel de cette expédition colonialiste.

Arrivés sur place les soldats allemands, rapidement débordés par les autochtones défendant leurs terres, se voient dans l'obligation de battre en retraite laissant Heinz sur l'île. Contre toute attente, il sera recueilli par les Papous, deviendra l'un des leurs, trouvera une femme au sein de la tribu, et vivra des jours heureux dans ce paradis tropical.
Mais, en 1914, les troupes australiennes envahissent la Nouvelle-Guinée allemande. Ils déciment la tribu, capturent Heinz et le libèrent peu de temps après. A son retour en Allemagne, il est aussitôt renvoyé sur le front, c'est la Première Guerre mondiale.

En 1919, il tente de s'intégrer dans la nouvelle Allemagne. Mais se profile déjà le spectre du nazisme. Il reprend la route en 1923 et tente de retrouver la tribu qui l'avait accueilli quelques années plus tôt.


A la fois carnet intime, chronique de guerre et récit de voyage, l'histoire de ce peintre fictif se veut une réflexion sur le colonialisme, la guerre et leurs conséquences désastreuses sur l'homme. le texte dialogue avec les peintures de Pinelli aux formes héritées du fauvisme et de l'expressionisme. Les changements d'ambiance graphique correspondent à des changements d'époque.

Un album dont les images submergent le lecteur le plongeant au coeur de la réflexion politique et artistique qui sous-tend le texte.
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Aveclesourire
  15 janvier 2017
Une BD-peinture. le travail remarquable de Joe Pinelli pour rendre l'oeuvre et la vie du peintre allemand Heinz von Furlau. Une aventure intérieure, une longue errance dans le XXe siècle des colonies et des deux guerres mondiales, une réflexion d'artiste qui cherche du sens à tout ce chaos et de l'amour dans les couleurs fortes, au-delà des mers et des barrières de la langue. Une peinture poétique et pacifiste.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
alouettalouett   17 juin 2011
Méfie-toi le peintre, t’es trop sensible pour la vie en mer. Un vrai marin, ça ne regarde pas le matelot. Un vrai marin ça lui parle pas. Ça lui hurle. Toi, le peintre, t’écoutes trop dans ta tête. Tu vois avec les yeux du cœur. Ici, c’est quand il s’arrête de battre qu’on sait qu’on en avait un
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alouettalouett   17 juin 2011
Il y a des moments dans la vie où l’on sait qu’on n’est pas dans le camp des plus forts. On sait avec conviction qu’on est dans le camp des justes. Il faut simplement avoir le temps de savourer son triomphe, fût-il modeste
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AveclesourireAveclesourire   15 janvier 2017
Je ne comprends pas ce que veut dire "Atua Tzipu".
Je ne comprends pas davantage le cubisme.
Il y a des choses qui doivent rester dans la sphère du mystère.
C'est le jour de mon mariage.
Ni robe blanche, ni alliance.
Ni témoins.
J'ignore le nom de la femme que j'épouse.
J'ignore que nous serons séparés peu de temps après.
J'ignore mon propre nom dans la langue de ce peuple de peintres.
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AveclesourireAveclesourire   15 janvier 2017
Je ne comprends rien à cette guerre.
Comment suis-je arrivé là ?
Je ne comprends rien aux hommes.
Mon ignorance est un sauf-conduit; elle m'empêche de devenir fou.
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alouettalouett   17 juin 2011
Le monde n’aime pas les hommes comme nous, il s’en fout. Je connais le regard que vous portez sur les choses. Il ressuscitera l’homme quand les canons se seront tus
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