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ISBN : 2070725480
Éditeur : Gallimard (03/03/1992)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 55 notes)
Résumé :
"Thomas demeura à lire dans sa chambre.
Il était assis sur une chaise de velours, les mains jointes au dessus de son front, les pouces appuyés contre la racine des cheveux, si absorbé qu'il ne faisait pas un mouvement lorsqu'on ouvrait la porte. Ceux qui entraient se penchaient sur son épaule et lisaient ces phrases : " Il descendit sur la plage : il voulait marcher. L'engourdissement gagnait après les parties superficielles les régions profondes du coeur.>Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
blanchenoir
  22 septembre 2015
"Je touche à des régions où ce que l'on éprouve n'a aucun rapport avec ce qui est éprouvé. Je descends dans le bloc dur du marbre avec la sensation de glisser à la mer. Je me noie dans l'airain muet.Partout la rigueur, le diamant, l'impitoyable feu, et pourtant la sensation est celle de l'écume. Absence absolue de désir."
Cinq étoiles ? Non...Insuffisant... Il en faudrait mille...
Mille étoiles pour ce chef d'oeuvre.
Ce roman de Blanchot déconcerte, affole, détrône le sujet qui, au fur et à mesure d'une lecture lente et rêvée, devient un espace de pensée. Un espace vide ? La condition de possibilité d'un espace vide et premier ?
Ici, ce sont les mots qui nous parlent. le Dire est fondateur. Un dire de la nuit infinie et finie, éclairée et cachée qui révèle une extase, dans et de la nuit.
Proche parfois de Heidegger, Blanchot dévoile, insinue, remue le lecteur. Poésie, Thomas l'obscur nous transporte dans un monde où la surabondance de vie côtoie la mort, où la conscience rejoint le néant.
"Je pense donc je ne suis pas" écrit Blanchot.
Lorsque la pensée devient effroi et que la solitude est l'enveloppe de l'existence, l'angoisse s'impose.
"L'espoir se retourne en effroi contre le temps qui l'entraîne. Tous les sentiments rejaillissent hors d'eux-mêmes et convergent, détruits, abolis, vers ce sentiment qui me pétrit, me fait et me défait et me fait affreusement sentir, dans une totale absence de sentiment, ma réalité sous la forme du néant."
Un néant inquiet et doux à la fois, un espace où les contradictions et la logique n'existent pas... Blanchot : un nouvel espace littéraire ? Un écrivain proche de l'être et de son devenir.
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Hammerklavier
  05 janvier 2015
Tout comme le "dernier homme" où j'ai découvert Blanchot, le texte est tourné vers l'intérieur de ses personnages. Intérieur des personnages qui cette fois se reflète carrément dans ce quoi leur corps trempent, la mer brumeuse, la nuit, le plein midi ou le profond minuit, a moins que ce ne soit le contraire, l'intérieur du monde qui se reflète dans le corps.
Cette fois, ce n'est plus un triptyque qui configure le récit, mais pourrait on dire un couple, bien que couple ne soit pas a prendre dans le sens « vivre à deux » ou « ensemble », mais plutôt comme une (tentative de) rencontre, et la encore, ni la rencontre amoureuse, ni le désir des corps, mais la rencontre des êtres qui vont mourir. Thomas l'obscur est surtout il me semble un texte de la mort. L'amour qui y est évoqué prend un sens dans le fait que les êtres qui se rencontrent, Thomas, Anne, sont mourant, et ainsi Anne meurt sous les yeux vivant de Thomas, qui lit le visage sans vie d'Anne comme il lirait un livre dans sa chambre, c'est a dire avec toute l'intensité de la recherche du signe.
Le texte décrit alors un chemin, dont le point d'inflexion est cette mort, et le long duquel la solitude face à la mort se tourne pour se diriger vers l'autre que soi en nous montrant une nouvelle solitude, une autre solitude. L'espèce de mer imaginaire ou le monde (la foule) se baignerait nue, à la toute fin, ne m'est pas vraiment apparut comme une réconciliation de cette solitude à l'autre. Cela reste des solitudes renfermé dans les corps, et qui flottent a la surface d'un océan brumeux, clapotant au rythme d'une houle faible mais suffisante pour imposer la soumission de ceux-ci au mouvement. Toutefois, elle est tout-a-fait différente de la baignade initiale de Thomas qui ouvre le texte. J'ai l'impression qu'exprimer concrètement ce changement, cette différence, serait là toucher à l'essence même du texte, aux nouvelles solitudes.
La lecture de Blanchot est très particulière, elle me demande une lecture plutôt lente, et pas mal de relecture. Exigeante, mais pas forcement a cause des paradoxes ou des constructions antinomique. C'est tout se mélange de sensation, de réflexion, d'image poétique qui sont tressé de façon très serré par l'auteur, et l'utilisation de mot simple, mais qui dans le contexte des phrases, peuvent prendre de multiple sens. C'est une lecture extrêmement active je trouve. Il s'en dégage un plaisir de lecture ou le lecteur n'as pas la sensation d'être confronté a un texte « trop » compliqué, mais a une découverte permanente. C'est aussi une lecture du retrait, de la confrontation avec des réflexions vertigineuse parfois, angoissante aussi. Ce n'est pas vraiment confortable.
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Marie987654321
  21 juin 2015
Se lancer dans Thomas l'obscur est une expérience de lecture inoubliable mais pour laquelle il faut accepter de quitter sa "zone de confort" , d'oublier ses habitudes et ses repères habituels de lecteur, d'aller jusqu'aux limites du sens des mots sans chercher trop de compréhension au risque de tout perdre.
Thomas l'obscur n'a pas vraiment d'histoire et ne se passe nulle part. C'est une plongée au coeur de mots, mystérieusement agencés pour nous déstabiliser, nous isoler et nous fasciner.
Maurice Blanchot est un auteur peu connu du public ( et franchement ce n'est pas étonnant) mais très commenté par les critiques et les spécialistes érudits de la littérature ( et franchement cela se comprend aussi ). On trouve sur Internet toute sorte de commentaires psychanalytique, philosophique et littéraire... Il compte ses passionnés et ses détracteurs. Aucun des quelques commentaires que j'ai pu lire, après "Thomas l'obscur", ne m'a vraiment donné de "clés" pour mieux approcher ce texte. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire, à mon sens.
La seule chose importante à savoir est que cet ouvrage a été écrit en 39-40 dans sa première version et édité en 1941 puis patiemment réécrit plusieurs fois et réédité en 1950 dans une version beaucoup plus courte, celle que j'ai lue. Il s'agit donc pour Blanchot d'un texte essentiel, d'une oeuvre majeure.
J'ai eu du mal à le lire, me suis parfois agacée devant ses figures de style et ses phrases " oxymoriques" qui prennent plaisir à associer des significations que tout oppose. L'agacement me conduisait à me dire que cette abondance d'opposition devenait une facilité ou un jeu, finalement creux.
"Il retrouvait le souffle dans l'asphyxie. Il retrouvait la possibilité de marcher, de voir, de crier au sein d'une prison où il était confiné dans le silence et le noir impénétrable".
"Au moment où on la voyait s'arrêter; essoufflée et respirant avec peine l'air trop vif qui la frappait, elle pénétrait dans une atmosphère rare où il lui suffisait, pour reprendre son souffle, de cesser toute respiration".
"Elle était toute en soi : dans la mort, surabondante de vie"
"La totalité des choses m'enveloppa et je me préparai à l'agonie par la conscience exaltée de ne pouvoir mourir"
" Ayant deux yeux dont l'un d'une extrême acuité de vision, c'est avec celui qui n'était oeil que par son refus de voir que je voyais tout ce qui était visible"
"Je pense dont je ne suis pas"
" Je touche à des régions où ce que l'on éprouve n'a aucun rapport avec ce qui est éprouvé. Je descends dans le bloc dur du marbre avec la sensation de glisser à la mer"
"Je suis épouvanté par cette paix"
"Il n'est plus rien de moi qui ne s'ouvre à ce vide futur comme à une jouissance affreuse."
La fréquence s'accélère encore à la fin du livre.
Thomas l'obscur parle avant tout de la mort, de la vie qui n'est pas la vie mais la préparation de la métamorphose vers la mort qui serait l'accomplissement ultime. Enfin, je crois car la terme accomplissement n'est probablement pas adapté.
A l'approche de la mort, le corps d'Anne devient un autre corps : "Il lui vint un corps, un corps mille fois plus beau que le sien, mille fois plus corps ; elle était visible, elle rayonnait de la matière la plus inaltérable, elle était au sein de la nulle pensée la roche supérieure, la terre friable, sans azote, celle dont on n'aurait même pu faire Adam; elle allait enfin se venger en se heurtant à l'incommunicable avec ce corps le plus grossier, le plus laid, corps de boue, avec cette idée vulgaire qu'elle avaient envie de vomir, qu'elle vomissait, portant à la merveilleuse absence sa part d'excréments."
Après cela, Thomas continue son chemin vers la métamorphose, c'est à dire la mort . le dernier chapitre est rempli d'une joie de renaissance. " Thomas s'avança dans la campagne et il vit que le printemps commençait. Au loin, les mares étendaient leurs eaux troubles , le ciel était resplendissant, la vie jeune et libre." "L'idée de périr pressait la chrysalide de devenir papillon, la mort pour la chenille verte consistait à recevoir les ailes sombres du sphinx, et il y avait dans les éphémères une conscience superbe de défi qui donnait l'impression enivrante que la vie durerait toujours"
Et pourtant à la fin, étonnamment : "Thomas aussi, regarda ce flot d'images grossières, puis quand ce fut son tour, il s'y précipita , mais tristement, désespérément, comme si la honte eût commencé pour lui.
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5Arabella
  23 juillet 2016
Etrange livre. Déjà parce qu'il trouble de façon délibérée et pleinement préméditée les genres littéraires. Est-ce un roman, un poème, une réflexion philosophique, un essai sur la nature du langage et/ou littérature ? Un peu tout cela sans doute. Comme si le fait de s'enfermer dans un genre littéraire donné n'était plus de mise, et que brouiller les frontières l'évidence. Car toutes les frontières sont brouillées systématiquement et en permanence.
Dans les deux premiers chapitres (pour simplifier à l'extrême), Blanchot s'attaque aux frontière du sujet. D'abord Thomas se confond avec la mer :
"Il poursuivait, en nageant, une sorte de rêverie dans laquelle il se confondait avec la mer. L'ivresse de sortir de soi, de glisser dans le vide, de se disperser dans la pensée de l'eau, lui faisait oublier tout malaise."
Puis il marche la nuit :
"Il descendit dans une sorte de cave qu'il avait d'abord crue assez vaste, mais qui très vite lui parut d'une exiguïté extrême : en avant, en arrière, au-dessus de lui, partout où il portait les mains, il se heurtait brutalement à une paroi aussi solide qu'un mur de maçonnerie ; de tous côtés la route lui était barrée, partout un mur infranchissable, et ce mur n'était pas le plus grand obstacle, il fallait aussi compter sur sa volonté qui était farouchement décidée à le laisser dormir là, dans une passivité pareille à la mort. Folie donc ; dans cette incertitude, cherchant à tâtons les limites de la fosse voûtée, il plaça son corps tout contre la cloison et attendit. Ce qui le dominait, c'était le sentiment d'être poussé en avant par son refus d'avancer."
Ce que je trouve très étrange, c'est qu'en recopiant cet extrait, la difficulté que j'éprouve à décider d'arrêter à un moment. Comme si l'impossibilité de trouver les limites entre le monde et Thomas se retrouvait dans le texte lui-même où il devient impossible de trouver un moment d'arrêt, de limite, de frontière, tout coule du mot, de la phrase précédente comme une évidence, comme un ensemble organique qu'il devient presque impossible d'arrêter à moment donné. le rythme de la phrase, sa continuité font sens en eux-mêmes.
Et donc après ces expérience extrêmes, Thomas ne voit plus les autres comme avant, eux aussi ont du mal à avoir des limites, et donc des existences clairement définies. C'est là qu'intervient la relation amoureuse avec Anne (si on peut utiliser ce genre de formulations). Mais toute relation avec autrui, encore plus que tour contact avec l'environnement, a comme première conséquence de questionner le sujet sur lui-même, sa finitude et son existence même.
"En vérité, il marchait réellement et , avec un corps pareil aux autres, quoiqu'il fût aux trois quart consumé, il pénétrait dans une région où, si lui-même disparaissait, il voyait aussitôt les autres tomber dans un autre néant qui les éloignait plus de lui que s'ils eussent continué à vivre. Chaque homme, si Thomas détournait les yeux, mourait avec lui d'une mort, qu'aucun cri n'annonçait.
Dans cet abîme, Anne, seule résistait. Morte, dissipée dans le milieu le plus proche du vide, elle y trouvait encore des débris d'êtres avec lesquels elle entretenait, durant le naufrage, une sorte de ressemblance familiale sur ses traits."
La mort, la non existence, la dissipation du sujet dans le tout et donc dans le rien, sont présentes, ou tout au moins sous-jacentes dans tout le livre. Comme si tout le travail d'écriture ne menait qu'à cela, et donc finalement comme si le langage n'aboutissait inévitablement qu'au néant, était une négation de l'existant. L'expérience du langage est donc une expérience de la mort. La lecture en devient la plus dangereuse des expériences, et certainement pas une distraction, ni une fuite, elle nous met en face de notre finitude d'une façon impitoyable.
Enfin voilà, quelques réflexions parmi des centaines d'autres qu'amène ce livre, impossible à résumer, à enfermer dans une structure, dont le contenu s'échappe à tout moment de toute interprétation, mais qui en même temps provoque plein d'interprétations, parfois contradictoires, qui comme la prose de Blanchot amènent l'une à l'autre dans un flux qu'il est difficile d'arrêter un fois qu'il est lancé. Quel sens donner de toute façon à un auteur qui semble faire du néant et du non-sens le coeur de son univers ? Mais en même temps, quelle fascinante expérience que de se livrer au pouvoir des mots qui se dévorent eux-mêmes et qui dévorent leur lecteur ?
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LucienRaphmaj
  11 mars 2013
Thomas, te souviens-tu de ta chevelure de flammes noires en 1941 ? Rien à voir avec ta coiffure gominée, laquée de Néant, dans ta « nouvelle version » 1950. de l'hybride monstrueux de Maldoror et de Giraudoux, tu deviens le fils spirituel d'Igitur, l'ÜberGeist. Belle métamorphose.
J'ai assisté à ton procès comme héros nihiliste, parangon de la métaphysique du vide, mystique négatif et j'en passe. Tu as eu raison de ne pas répondre – et comment le pourrais-tu, toi qui a fait de l'inexistence une manière d'être et de penser… N'importe, le texte est là, conjuguant l'élémental à l'abstrait, la philosophie à la métaphore, dans un cheminement tantôt anarchique tantôt fluide, selon.
Thomas, ton histoire dit-on est difficile à suivre. Moi j'ai lu cela avec passion, et j'ai été porté par cette mer de texte dans laquelle tu te baignes au début et dans laquelle tu conduis les hommes à la fin. Je sais qu'au début tu te voulais roman : mais étant miné d'oxymores, de lyrisme, de réflexion, cela ne pouvait pas tenir. Fort peu héros métaphysique ou prophète, tu vas à la plage, dans une auberge, tu lis un texte qui te lit, tu te ballades, tu rencontres une fille, qui meurt, etc. Pas ultra-rocambolesque, je l'avoue, qu'à cela ne tienne, mes yeux captent les pensées invisibles que tu distilles sans cesse, ô penseur radioactif. Ton apparition épurée dans la collection « L'Imaginaire » de Gallimard était donc à point nommé : tu appartiens bien à cette nuit étrange de l'imaginairelittérature, poésie, philosophie, trouvent un espace commun.
Du coup, bien sûr, dans la nuit, on ne trouve pas aisément son chemin. Son chemin ! toi tu le traces, Thomas, tu vois Anne qui crève à côté de toi, proche d'un état d'extase mélancolique qu'on s'amuse à appeler amour, mais tu continues à réfléchir sur ton non-être.
Ah, Thomas, j'aime beaucoup ton humour d'antiphilosophe pince sans rire qui a tant crispé Sartre. Tu peux bien affirmer littéralement dans le texte : « Je pense, donc je ne suis pas », c'est une proposition amusante, et finalement, au-delà de ce que cela peut avoir de bouffon à la première lecture, on sent bien s'affirmer un réseau de réflexions qui viennent donner à cette assertion improbable une profondeur. Oui, quelque chose comme le négatif s'affirme réellement et tu arrives à cerner par l'imaginaire ce qu'est cette étrangeté de la pensée, nuit comme « sortie d'une blessure de la pensée qui ne se pensait plus, de la pensée prise ironiquement comme objet par quelque chose d'autre que la pensée.»
Des fois, comme d'autres, je me demande si Blanchot n'as pas théorisé l'entrée dans « l'espace littéraire » comme le lieu de la passivité et du danger de la fascination de l'image d'après toi. C'est bête, mais si humain.
Thomas, je relis souvent tes non-aventures, pour le plaisir de la phrase, comme chez Proust, je savoure tes métamorphoses, et je sens mon coeur (eh oui, j'en ai un, cher Thomas) se serrer à la mort d'Anne, à la lecture de vos rapports lointains, silencieux et impossibles.
Lien : http://lucienraphmaj.wordpre..
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
HammerklavierHammerklavier   03 septembre 2015
Il poursuivait, en nageant, une sorte de rêverie dans laquelle il se confondait avec la mer. L'ivresse de sortir de soi, de glisser dans le vide, de se disperser dans la pensée de l'eau, lui faisait oublier tout malaise. Et même, lorsque cette mer idéale qu'il devenait toujours plus intimement fut devenue à son tour la vraie mer où il était comme noyé, il ne fut pas aussi ému qu'il aurait dû l'être: il y avait sans doute quelque chose d'insupportable à nager ainsi à l'aventure avec un corps qui lui servait uniquement à penser qu'il nageait, mais il éprouvait aussi un soulagement, comme s'il eût enfin découvert la clé de la situation et que tout se fût borné pour lui à continuer avec une absence d'organisme dans une absence de mer son voyage interminable.
L'illusion ne dura pas.
Il lui fallut rouler d'un bord sur l'autre, comme un bateau à la dérive, dans l'eau qui lui donnait un corps pour nager. Quelle issue ? Lutter pour ne pas être emporté par la vague qui était son bras ? Etre submergé ? Se noyer amèrement en soi ? C'eût été certes le moment de s'arrêter, mais un espoir lui restait, il nagea encore comme si au sein de son intimité restaurée il eût découvert une possibilité nouvelle.
Il nageait, monstre privé de nageoires. Sous le microscope géant, il se faisait amas entreprenant de cils et de vibrations. La tentation prit un caractère tout à fait insolite, lorsque de la goutte d'eau il chercha à se glisser dans une région vague et pourtant infiniment précise, quelque chose comme un lieu sacré, à lui-même si bien approprié qu'il lui suffisait d'être là, pour être ; c'était comme un creux imaginaire où il s'enfonçait parce qu'avant qu'il y fût, son empreinte y était déjà marquée.
Il fit donc un dernier effort pour s'engager totalement. Ce fut facile, il ne rencontrait aucun obstacle, il se rejoignait, il se confondait avec soi en s'installant dans ce lieu où nul autre ne pouvait pénétrer.
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PilingPiling   14 juillet 2010
Incipit :
Thomas s'assit et regarda la mer. Pendant quelque temps il resta immobile, comme s'il était venu là pour suivre les mouvements des autres nageurs et, bien que la brume l'empêchât de voir très loin, il demeura, avec obstination, les yeux fixés sur ces corps qui flottaient difficilement. Puis, une vague plus forte l'ayant touché, il descendit à son tour sur la pente de sable et glissa au milieu des remous qui le submergèrent aussitôt.
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CorinneCoCorinneCo   31 octobre 2013
A force d'épier, il découvirt un homme qui nageait au loin, à demi perdu sous l'horizon. A une pareille distance, le nageur lui échappait sans cesse. Il le voyait , ne le voyait plus et pourtant avait le sentiment de suivre toutes ses évolutions : non seulement de le percevoir toujours très bien, mais d'être rapproché de lui d'une manière tout à fait intime et comme il n'aurait pu l'être davantage par aucun autre contact.
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blanchenoirblanchenoir   18 septembre 2015
Il poursuivait, en nageant, une sorte de rêverie qui le confondait avec la mer. L'ivresse de sortir de soi, de glisser dans le vide, de se disperser dans la pensée de l'eau, lui faisait oublier tout malaise.
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blanchenoirblanchenoir   20 septembre 2015
Il fut pris, pétri par des mains intelligibles, mordu par une dent plein de sève ; il entra avec son corps vivant dans les formes anonyme des mots, leur donnant sa substance, formant leurs rapports, offrant au mot être son être.
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Leslie Kaplan L'excès-L'usine éditions P.O.L: où Leslie Kaplan tente de se souvenir comment a été publié "L'excès-L'usine" en 1982 aux éditions P.O.L/Hachette, puis ré-édité aux éditions P.O.L en 1987, et où il est notamment question de Paul Otchakovsky-Laurens, de Maurice Blanchot et de Marguerite Duras, à l'occasion de la parution en 2018 de Mai 68, le chaos peut être un chantier, à Paris avril 2018 "L?excès-l?usine montre de face l?usine, le travail à l?usine et le devenir de ceux qui y vivent, leur enfermement dans cet espace immense, dans « la grande usine univers », infini en morceaux. L?usine est vécue au féminin, ce qui rend son impersonnalité d?autant plus impersonnelle (le « je » cède la place au « on ») et le « cela » vécu dans l?usine dépasse, excède tous les mots qui pourraient le décrire, ces mots sont en trop."
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