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EAN : 9782756024202
137 pages
Delcourt (21/03/2012)
3.63/5   38 notes
Résumé :
Robert Blancou et Claudine Cartayrade, jeunes instituteurs nommés aux postes de Saint-Maurice-l’Ardoise pour la rentrée de 1967, découvrent une réalité dont ils ignorent tout : la condition des Harkis dans les camps militaires. Sans véritablement mesurer l’impact des traumatismes endurés par les familles, ils tissent des liens privilégiés jusqu’à la révolte de 1975 qui mènera à la fermeture du camp un an plus tard.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  09 avril 2016
Voici un très beau témoignage — un témoignage dessiné, pas une bande dessinée, pas un roman graphique — à propos de l'expérience personnelle des deux parents de l'auteur dans le camps de Harkis de Saint-Laurent des Arbres de 1967 à 1976.
Témoignage de deux témoins, qui étaient aussi des acteurs de ce qui se passait dans ce camp, et qu'on a du mal à imaginer de nos jours si l'on a pas vécu cette situation.
Témoignage d'autant plus fort à l'heure actuelle où l'on entend tellement parler des réfugiés (principalement Syriens mais pas seulement) et de leur accueil problématique.
Ça s'est passé près de chez vous, comme le stipule le titre d'un film devenu culte du début des années 1990, ça s'est passé en France soit disant démocratique et républicaine, siège de l'état de droit. Oui, ça s'est passé…
Daniel et Claudine Blancou, avec respectivement une année et zéro année d'expérience au compteur, ont été débarqués dans un camp militaire où l'on avait parqué des familles de Harkis.
En deux mots et très succinctement, pour ceux qui ne s'en souviennent plus, les Harkis sont des combattants algériens qui ont pris les armes aux côtés de la France au moment de la Guerre d'Algérie (définition extraordinairement faible et insuffisante, j'en conviens, j'ai fait court dans un soucis de concision).
Ils ont donc hérité du remarquable statut de traites et de collaborateurs du point de vue algérien, et d'arabes comme les autres, donc étrangers et méprisables, pour les Français moyens racistes et bas de plafond, qui étaient et qui sont peut-être encore majoritaires dans notre pays.
Que faire de ces Harkis pour la France ? Choix n° 1 du gouvernement français de l'époque : les abandonner à leur triste sort algérien, sachant qu'ils vont s'en prendre plein la gueule, mais c'est pas bien grave, ce ne sont que des Arabes après tout. Choix n° 2 pour les quelques uns qui sont parvenus dans la métropole : les parquer dans des réserves d'Indiens puisque, de toute façon, les rapports avec les autres émigrés algériens sont très mauvais dans les cité-ghettos crées pour stocker la main d'oeuvre bon marché qui était arrivée en masse suite à l'indépendance. La conclusion étant la même : mais c'est pas bien grave, ce ne sont que des Arabes après tout.
Nous avons donc tout lieu d'être particulièrement fiers de notre gouvernement d'alors, sachant que l'économie nationale ne s'est jamais si bien portée qu'à cette période (années 1960) et que l'accueil décent de ces populations n'aurait sans doute pas grevé trop le budget, sachant, au demeurant que le pays connaissait quasiment le plein emploi.
Voici donc l'expérience d'un ghetto de Harkis en pleine campagne gardoise. Un parc à bestiaux clôturé avec des barbelés et encadré par des militaires, donc, à peu de chose près, une prison, pour des gens qui vivaient déjà le traumatisme du déracinement, qui, pour la plupart ne parlaient même pas la langue française.
Si l'on remet en perspective avec ce que nous vivons actuellement, le simple terme de " camp " de réfugiés a de quoi faire froid dans le dos. Des populations aux abois qui quittent en hâte un pays — précision pour ceux qui en douteraient, ce n'est jamais de gaité de coeur que l'on quitte son pays, il faut que la situation y soit devenue particulièrement invivable — et qui se retrouvent parquées… dans des camps !
Ouais…
Témoignage, donc, de ces deux instits qui ont essayé, avec leurs moyens, très limités, de mettre un peu d'humanité là-dedans, de faire leur travail dignement au milieu de cette indignité.
Très beau témoignage, simple, sans emphase, sans pathos, à toujours garder à l'esprit, surtout en ce moment. Mais bien sûr ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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OverTheMoonWithBooks
  31 août 2019
À la fois témoignage et récit biographique, Daniel Blancou racte dans cette bande dessinée le parcours de ses parents : jeunes instituteurs dans un camp de Harkis à Saint-Laurent-des-Arbres.
Débarqués sans être préparer à la situation qui les attendait, ils découvrent petit à petit leurs élèves et les conditions de vie de ces familles dans le camp. Puis après la calme découverte vient le temps où ces familles harkis se rendent compte des promesses que l'État français ne tient pas, notamment celle de les considérer comme des Français à part entière avec les mêmes chances que les autres citoyens.
Ce travail m'a beaucoup rappelé celui d'Etienne Davodeau. En soit, c'est donc un récit intéressant. Mais le fait de ne voir cette histoire que du point de vue extérieur m'a gêné et au final, le fait de ne voir ces familles que d'un point de vue externe donne une froideur presque gênante.
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Erik_
  02 septembre 2021
Le sujet semblait très intéressant dans le style qu'on a crée des sortes camps de concentration pour les exilés revenant de la guerre d'Algérie mais sans les tortures. Les fils de fer barbelés et les miradors sont présents ainsi qu'un couvre-feu le soir. On envoie également des instituteurs dans ces baraques afin d'éduquer les enfants car ils ne savent pas lire et ils ont été déraciné de leur culture. La France a une responsabilité dans l'abandon et le massacre des harkis après avoir accordé l'indépendance à l'Algérie. Oui, elle perd sur tous les tableaux.
Certes, la condition des Harkis a été difficile. Mais quand on vient de lire Passage Afghan, on se rend compte que dans le monde, les conflits peuvent générer des situations d'inconforts encore plus délicates ce qui n'est certes pas une raison. Pour autant, petit à petit une reconnaissance a vu le jour. Par exemple, une loi datant de 2008 permet d'ailleurs aux descendants de harkis de devenir fonctionnaire sans passer de concours dans le cadre des emplois dits réservés ce que n'a pas manqué de faire un descendant que je connais. C'est une forme de discrimination positive ou d'un droit à réparation pour ce qu'une autre nation souveraine a commis comme exactions et massacres. Dur à cautionner...
Il est vrai que certaines personnes auraient honte de bénéficier d'un droit parce qu'un grand-père a été blessé sur un champ de bataille ou victime d'un génocide non reconnu et contesté. Cela s'appelle la dignité. Cependant, notre gouvernement actuel ira plus loin dans la revalorisation d'une allocation de reconnaissance pour une communauté estimé à 500.000 membres. Des versements revalorisés et de plus en plus d'aides dans un contexte de caisse vide et de hausse d'impôts mais il faut ce qu'il faut dans le cadre d'un solde de tout compte d'une autre époque coloniale. Cela me rappelle le débat où les allemands devraient payer pour les grecs par rapport à ce qu'ils ont commis au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Ma position est très ferme: il faut passer l'éponge afin d'avancer sur le chemin de la paix et de la prospérité mondiale.
Sur la forme de cette bd, le dessin est vieillot. C'est terne et cela manque de couleur. le reportage n'est point dynamique. C'est une compilation de témoignages notamment d'enseignants à la retraite. Une bd émotionnelle pour compatir et pour se repentir. Très peu pour moi sur ce sujet précis, désolé !
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Lilou789
  29 janvier 2016
Ce roman graphique relate l'histoire du camp d'accueil de réfugiés Harkis, à Saint-Laurent des Arbres dans le Gard, dans les années 60.
A travers le regard de ses deux parents, anciens instituteurs dans ce camp, Daniel Blancou retrace une expérience forte de manière sobre. Il allie flashbacks et témoignages croisés de sa mère, de son père, tout en revenant sur les lieux cinquante ans après.
Le graphisme et le découpage très régulier contribue à transmettre de manière neutre une histoire qui continue à déchaîner les passions. Elle met en scène l'incapacité d'un pays à intégrer et accueillir dignement des étrangers, mais aussi les souffrances de ces familles et de ces jeunes laissés à l'abandon.
Les deux témoignages sont d'autant plus intéressants qu'ils permettent avec les années de recul, de porter un regard éclairé et honnête sur cette époque et sur le comportement des familles, des autorités, des protagonistes. Il est intéressant aussi de découvrir le cheminement des deux parents, passés de la naïveté à une prise de conscience qui les amènera à résister et à agir selon leurs convictions les plus profondes.
Le travail journalistique proposé par Daniel Blancou est excellent. Loin d'être déprimante, cette lecture est surtout instructive, humaine et passionnante.
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cleomine
  03 novembre 2012
Reprenant la démarche de Davodeau (et quelques autres) d'aller interviewer des proches pour recueillir leur récit de vie, l'auteur s'est intéressé à la jeunesse de ses parents à la fin des années soixante. Sa mère, institutrice débutante, est envoyée à la « cité d'accueil Saint Maurice l'Ardoise », sur la commune de Saint Laurent des Arbres, dans le Gard. Elle raconte qu'en arrivant, elle ne voit pas le mirador ni les barbelés à cause du brouillard. le poste, présenté comme « normal », est cependant atypique : Claudine arrive dans un camp de harkis. C'est là qu'elle rencontre son futur mari, François. Tous deux vivent dans l'enceinte militaire, vivent dans les mêmes conditions matérielles que les familles, apprennent leur métier d'enseignant avec ces enfants qui parlent peu ou pas du tout le Français, mais tissent des liens avec la population, jusqu'à la révolte qui mènera à la fermeture du camp en 1975.
Un récit simple, documentaire, sur cette réalité qui m'était totalement inconnue. A découvrir !
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critiques presse (4)
BDGest   29 mai 2012
Loin d’être monotone et triste, le récit alterne judicieusement témoignages et flashbacks rendant passionnante la mise en lumière d’un élément tragique constitutif de l’échec de la capacité d’intégration de notre société actuelle.
Lire la critique sur le site : BDGest
Sceneario   06 avril 2012
A sa manière, Retour à Saint-Laurent des Arabes [nous fait] porter sur la question un regard nouveau, intéressant, personnel et original.
Lire la critique sur le site : Sceneario
BoDoi   20 mars 2012
La force du livre […] réside dans la sincérité et la précision du récit vécu, ainsi que dans l’humilité de ses protagonistes.
Lire la critique sur le site : BoDoi
LeMonde   19 mars 2012
Autant que le portrait documenté que l'auteur fait des harkis de l'époque, le livre vaut par le cheminement personnel de ses parents tout au long des neuf années qu'ils ont passées sur place.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   10 avril 2016
LA MÈRE : Est-ce qu'à un moment donné de ma vie, je ne vais pas me dire : « J'ai été du côté de ceux qui ont opprimé cette population ? » J'espère que non, parce qu'au fond de moi je les respecte. Je les ai aimés, mais est-ce que pour l'Histoire je ne vais pas être assimilée à ceux qui étaient du côté de l'oppression ?
LE FILS : Mais par ignorance.
LA MÈRE : Oui, mais enfin, c'est tout de même grave d'être dans l'ignorance.
LE FILS : Tu n'excuses donc pas ceux qui disent : « Je ne savais pas. »
LA MÈRE : Non, parce que je ne m'excuse pas moi-même d'avoir été ignorante. C'est peut-être pour cela qu'ensuite je me suis tenue au courant de tout. Je crois que ça m'avait stimulée. Il y a des choses que je n'avais pas vues, et je ne veux pas que ce soit pareil pour d'autres événements.
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Nastasia-BNastasia-B   14 avril 2016
LE PÈRE : « Messieurs, j'accepte de répondre à votre interview mais je n'ai pas à me soumettre à une inspection de mon directeur. Puisque c'est comme ça, les enfants, rangez vos livres de lecture. La télé, c'est fini. Tant pis, les journalistes embarquent leur matériel et s'en vont. »
Il n'y a pas eu d'interview et laisse-moi te dire : heureusement ! Ce que j'aurais dit aurait peut-être été coupé, monté… On pouvait me faire dire des âneries. Ça se serait retourné contre moi. Les journalistes sont capables de te faire dire ce que tu n'as pas dit.
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Nastasia-BNastasia-B   14 avril 2016
LE FILS : Savez-vous un peu comment sont arrivés en France les harkis et leurs familles ? À Saint-Maurice surtout ?
LE PÈRE : Par les parents d'élèves, on n'a rien su.
LA MÈRE : Comme on te l'a dit, ils ne nous ont pas trop raconté ces événements.
LE PÈRE : Bien sûr, ils ont fui les représailles du FLN et les massacres. Il y a eu des règlements de comptes d'une horreur absolue contre hommes, femmes et enfants. J'ignore le nombre de victimes.
LE FILS : On ne sait pas exactement mais j'ai souvent lu entre 60 000 et 80 000 morts. Le gouvernement ne tenait pas à rapatrier les supplétifs. Il ne s'occupait que des pieds-noirs. D'ailleurs, il ne pensait pas qu'il y en aurait tant. Un million de pieds-noirs et 20 000 " français musulmans ".
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Nastasia-BNastasia-B   11 avril 2016
LA MÈRE : Rappelle-toi aussi que l'administration imposait des prénoms français à certains enfants. La Cécile que tu avais en classe s'appelait Malika à la maison.
LE PÈRE : C'est vrai…
LA MÈRE : Pire, cette petite inscrite sur nos registres sous le sigle S.N.P. : " Sans Nom Patronyme ". Un collègue a eu l'idée de l'appeler Snep. C'était quand même mieux que S.N.P.
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Nastasia-BNastasia-B   08 avril 2016
Un jour, l'un d'eux m'a demandé : « Est-ce que vous avez déjà embrassé madame Blancou ? » Je lui ai répondu : « Oui. » Et il m'a dit : « Combien de fois ? » Je lui ai fait cette réponse un peu poétique : « Peux-tu compter le nombre des étoiles ? » Il est resté pensif et a conclu : « Alors, vous n'avez pas acheté votre femme, vous l'aimez. »
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Videos de Daniel Blancou (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Daniel Blancou
Des livres et Vous (Saison 7) Episode #040​ (avec Daniel Blancou pour Un Auteur de BD en Trop)
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