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EAN : 9782021451139
256 pages
Éditeur : Seuil (26/08/2021)
4/5   1 notes
Résumé :
Salamé ? Présente. Starck ? Présent. Pinault, Seydoux, Badinter, Goldman ? Présents ! Faire l’appel des anciens élèves de l’École alsacienne, c’est passer en revue des milliers de patronymes illustres dans tous les domaines : politique, affaires, médias, édition ou encore cinéma.
Si une grande majorité des Français n’en a jamais entendu parler, à Saint-Germain-des-Prés, tout le monde connaît cette école qui plaît aux intellos chics notamment pour sa pédagogie... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Calimero29
  26 septembre 2021
Je n'aurais très certainement pas lu ce livre s'il ne m'avait été offert; je remercie mon ami car cette enquête sociologique approfondie sur l'Alsacienne, l'école du Gotha dont je n'avais jamais entendu parler, est passionnante.
Cette école privée et laïque, d'influence protestante, du très chic et cher VIème arrondissement, a été fondée en 1874 par des protestants alsaciens, surnommés "les optants" qui avaient choisi de rester français après la perte de l'Alsace et de la Lorraine en 1870; ils avaient du quitter leur région et ceux qui s'installèrent à Paris constatèrent que la majorité des écoles étaient catholiques ce qui les a conduits à fonder l'Alsacienne.
Cette école, très sélective, accueille 1800 élèves de 3 à 18 ans, qui sont encadrés par 138 enseignants; elle est sous contrat avec l'état donc financée à hauteur de 40% par l'État. La majorité des élèves y fait toute sa scolarité de la maternelle au bac.
Quelques chiffres posent la thématique qui fait de cette école un symbole de discrimination sociale et scolaire : 68% des parents appartiennent à la catégorie sociale "cadres et professions intellectuelles supérieures" alors que seuls 21,6% de la population française entre 25 et 49 ans en font partie.
1% de ses élèves viennent de milieux sociaux très défavorisés. Les frais de scolarité s'élèvent à 5000-6000€ par an sans compter les à-côtés. On y entre par cooptation; les frères et soeurs d'élèves déjà inscrits sont prioritaires, puis les enfants d'anciens élèves ce qui, compte tenu du peu de places offertes, ferme pratiquement la porte aux autres. C'est l'école de l'entre-soi, où tout le monde, ou presque, connaît implicitement les codes et les perpétuent.
L'Alsacienne a été source d'inspiration pour l'école publique car elle a toujours été en avance sur son temps comme l'exprime sa devise "Vers le nouveauté par la tradition". Elle a institué la mixité en primaire dès 1905 et en collège en 1908 alors qu'il a fallu attendre 1965 pour que l'école publique généralise la mixité. Dans les petites classes, il n'y a jamais eu de notes.
A l'image du protestantisme qui rejette la hiérarchie verticale, où le croyant est en prise directe avec Dieu, sans l'intervention d'un clergé omniscient et répressif, l'école a toujours mis l'accent sur la responsabilisation et l'émancipation des élèves et pas sur la discipline et l'excellence. Aucune matière n'est prééminente, aucun coefficient ne les distingue et le sport ainsi que les arts sont une priorité. L'école favorise un rapport horizontal entre parents partenaires, élèves et enseignants. L'école rejette la rivalité prônant que les enfants doivent se dépasser mais pas dépasser les autres.
La plupart des anciens élèves sont entrepreneurs, artistes, membres d'une profession libérales, pratiquement aucun n'a rejoint un grand corps de l'État ou la fonction publique, ce qui s'expliquerait par l'enseignement qui développe une grande confiance en soi donc une prise de risque plus facile et plus naturelle.
Ce que d'anciens élèves reprochent à l'Alsacienne, c'est une certaine endogamie des élites des média, du cinéma, de la politique, de la culture, du monde économique. Les élites de la gauche (caviar???) et de la droite s'y retrouvent rassemblées sous la bannière du libéralisme, de la mondialisation et du progressisme.
Lucas Bretonnier, journaliste, ancien collaborateur de Marianne, est arrivé à rendre intéressante une enquête sur un microcosme parisien très fermé et très élitiste à la provinciale que je suis, qui n'a connu que l'école publique ce qui m'a fort bien réussi. L'enquête est vivante car l'auteur a intégré des témoignages d'anciens élèves qui ne rentraient pas totalement dans le moule. Néanmoins, de nombreuses répétitions d'informations et de faits auraient pu être évitées pour rendre la lecture encore plus dynamique. L'auteur reste factuel même si, par moments, on sent un peu d'ironie, ce qui permet à chacun de se faire sa propre opinion.
Une bonne surprise donc!
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marcbali
  24 octobre 2021
Aujourd'hui je vais évoquer L'école du gotha l'enquête de Lucas Bretonnier. L'ouvrage est sous-titré Enquête sur l'Alsacienne. Il s'agit d'une école parisienne fondée à la fin du dix-neuvième siècle et dont les élèves appartiennent majoritairement aux classes sociales favorisées.
L'enjeu du début de l'ouvrage est de montrer en quoi l'Alsacienne est différente de ses concurrentes. En effet : « l'Alsacienne est une école privée parisienne comme il en existe des dizaines. Maternelle, primaire, collège et lycée, elle accueille 1800 élèves, de 3 à 18 ans. Pourquoi, dès lors, préciser qu'une personnalité publique l'a fréquentée ? Qu'a-t-elle de particulier ? » A la différence d'autres institutions privées ou de lycées publics parisiens prestigieux l'Alsacienne ne se présente pas comme une école championne de l'intégration de ses élèves dans les meilleurs cursus des grandes écoles. Bien entendu la réussite est élevée mais pourtant ce n'est pas cela qui fait le succès de l'Alsacienne. Lucas Bretonnier pour conduire son enquête multiplie les entretiens de parents d'élèves, d'anciens élèves et de professeurs. Il fréquente un bar voisin de l'établissement et écoute les conversations. L'Alsacienne doit sa renommée à sa pédagogie d'avant-garde et au régulier égrenage des noms des élèves ou des parents des élèves. le taux de personnalités politiques, médiatiques, culturelles ou économiques issues de cette école est impressionnant. Malgré les efforts d'ouverture c'est bien la progéniture du gotha parisien (et parfois international) qui se retrouve sur ces bancs ouatés du VIe arrondissement. le journaliste a accès à des données statistiques et propose une esquisse d'analyse sociologique. Il écrit : « si l'on résume, l'École Alsacienne, c'est 1800 élèves de milieux très favorisés, recrutés par réseau, qui reçoivent une éducation de luxe, en partie financée par le contribuable, et ce, au coeur de Paris, à quelques kilomètres d'établissements difficiles. (...). L'École reflète la gentrification parisienne, donc s'embourgeoise ; puis son endogamie attire les plus fortunés et accentue la gentrification du quartier. » Force est de constater une forte endogamie, d'ailleurs un des critères d'accessibilité au lieu est une forme de cooptation puisque : « l'Alsacienne fonctionne en réseau – dans tous les sens du terme. » L'école du gotha a parfois la saveur excessive du « name dropping » comme s'il était de bon ton de lister tous les fils et filles de qui y sont inscrits. Tout un chapitre est consacré à la rivalité entre Juan Branco et Gabriel Attal qui y ont été élèves ensemble. Ces pages sont intéressantes et montrent à l'instar de l'ouvrage que les anciens de l'Alsacienne gardent toujours une certaine connivence et des codes communs acquis lors des études, des voyages et des activités proposées au sein de l'école.
L'école du gotha est une plongée à distance au coeur de l'Alsacienne et des légendes et rumeurs entourant cette école où une partie de l'élite cherche à placer ses enfants. L'auteur explore ce microcosme parisien et le rend intéressant pour le plus grand nombre alors que cela ne concerne qu'une petite minorité privilégiée et souvent fortunée.
Voilà, je vous ai donc parlé de L'école du gotha de Lucas Bretonnier paru aux éditions du Seuil.

Lien : http://culture-tout-azimut.o..
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ChCh1
  15 octobre 2021
Je suis issue de la classe moyenne, première de la famille à avoir fait des études supérieures, diplômée d'une grande école de commerce. Je suis fière de l'école de la République (j'entends : celle qui m'a permis de m'instruire et de m'émanciper). Mes enfants ont connu l'école publique, puis l'école privée catholique car l'ecole publique du quartier n'était malheureusement pas du tout au niveau.
Une de mes filles est rentrée à l'école alsacienne.
A la lecture du livre L'Ecole du Gotha (que j'ai tenu à lire jusqu'au bout malgré la médiocrité du propos et les colères qui m'ont prises à plusieurs reprises), je découvre que je suis, aux yeux du journaliste, soit une bobo écervelée fan d'innovations pédagogiques, soit une parvenue qui veut « singer les élites ». Qu'importe la bêtise de cette catégorisations facile et sans nuance !
Ce qui est essentiel pour moi, c'est l'énorme différence d'approche pédagogique et relationnelle mise en place par cette école. Et c'est un grand soulagement de savoir que ma fille a eu la chance d'y entrer. Pour la première fois de sa vie d'élève, elle va a l'école sans appréhension, elle s'épanouit, je sens que cette école est « son » école, et nous mêmes en tant que parents nous y sentons accueillis.
Bien sûr, rien n'est jamais parfait. Je serai vigilante, notamment sur le niveau académique dispensé par l'école (puisque le journaliste semble s'en inquiéter).
Mais à ce stade, je souhaite simplement que tout continue à bien se passer, et que le plus grand nombre d'établissements scolaires s'inspirent des méthodes de l'école alsacienne. Car comment ne pas souhaiter, pour ses enfants, qu'ils s'instruisent tout en explorant davantage qui ils sont, en développant des qualités de coopération et pas seulement de compétition, et en se sentant « bien dans leurs baskets » ?
PS : le journaliste s'est il retrouvé dans la situation de décider du choix d'une école (autrement que par pure idéologie ou idéal, mais sur la base de critères objectifs) ? Moi aussi je rêvais, pour mes enfants, de l'école publique exigeante et émancipatrice que j'avais connue. Je ne l'ai plus retrouvée.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Calimero29Calimero29   26 septembre 2021
La sociologue Nathalie Heinich analysait comment l'élite artistique à l'ère médiatique construisait son pouvoir, non plus sur son œuvre, mais sur une audience - followers. La renommée paye, aujourd'hui plus que jamais. Ainsi naissent les élites aujourd'hui. Et ainsi bascule-t-on, lentement, d'un modèle à un autre; du culte du savoir-faire (le mérite) à la prédominance du faire-savoir - le réseau.
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