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EAN : 9782844853769
64 pages
Éditeur : Allia (01/01/2011)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Interpellé par un article sur la laideur de la banlieue paru dans Télérama, E.Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d’un carnet de notes, à mi-chemin entre l’écrit littéraire et l’enquête ethnologique, il exprime sa révolte contre le jugement de classe émis par des journalistes bien-pensants.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
MarianneL
  18 mai 2015
La zone périurbaine à hauteur d'homme, au-delà de son apparente uniformité.
Ce petit livre singulier et extrêmement subtil de l'anthropologue Éric Chauvier, paru en 2011 aux éditions Allia, souligne la pensée stéréotypée d'un milieu parisien bien-pensant, ses jugements fondés sur des clichés calibrés et des critères uniquement esthétiques sur la zone dite périurbaine, qui éloignent et ne permettent pas de réellement comprendre l'expérience de ceux qui y vivent.
«CLEFS. – Ceux qui observent le monde de façon professionnelle se servent de mots-clefs pour faire autorité. Nous avions décidé de céder à cette habitude afin de consigner certaines impressions sur notre vie périurbaine.»
Éric Chauvier ne nie pas la vie mutilée de ce milieu «formaté» de la zone périurbaine, d'ailleurs désignée comme telle (LA zone périurbaine) tant elle est uniforme en termes d'habitat ou d'environnement, lieu où l'expérience et le contact avec la réalité sont émoussés par la standardisation, où la pensée politique a disparu et où les habitants tentent de recréer, de manière artificielle, un contact avec un monde «authentique» évanoui.
«POLITIQUE. – Ce 2 décembre, au moment d'enregistrer mes achats à la caisse n°34 de l'hypermarché, je repère dans la file de clients trois hommes qui parlent vivement. Ce sont des cadres de l'Aérospatiale. Deux d'entre eux habitent dans mon quartier. Je leur ai parlé, un jour, il y a longtemps. Nous avons échangé des propos banals concernant l'équipe de football locale et les prix du kilo de tomates. Puis j'ai cru bon d'énoncer des lieux communs sur l'état du monde, des pensées «politiques» (autrement dit fabriquées par les médias au sujet de la vie politique) très peu élaborées, que j'ai avancé pour faire consensus, par paresse intellectuelle en définitive. Mais, à ma grande surprise, quelque chose, dans mes propos, les a choqués. Leur regard a biaisé et, ostensiblement, ils n'ont pas répondu. Puis ils ont changé de sujet et sont revenus à leurs tomates. J'ai d'abord pensé qu'ils ne partageaient pas mes idées, mais, avec le recul, leur trouble ne peut en aucune façon s'expliquer de la sorte. L'explication est beaucoup plus édifiante : c'est le fait même de parler de «politique» (avec toutes les réserves faites ici quant à l'usage de ce mot) qui a provoqué chez eux cet état de trouble. Qui étais-je à leurs yeux ? Probablement un trouble-fête, doublé d'un raseur. Ils m'ont salué avec une froide politesse, lourde de sous-entendus. Dans la zone périurbaine que nous occupons et que, bientôt, presque tout le monde occupera, quelque chose nous sépare à jamais.»
En consignant des petits faits et événements, le narrateur, ancien habitant du centre-ville résidant aujourd'hui dans de la zone périurbaine, se démarque de son propre milieu.
Il cherche à sortir des stéréotypes sur ces zones mal-pensées pour montrer, sur la base d'expériences quotidiennes, qu'il se passe quelque chose dans la zone périurbaine pour qui veut bien voir au-delà des clichés véhiculés par les médias, qu'il existe des interstices dans cette vie routinière, fragments où se peuvent se recréer des espaces de pensée et de fiction nouvelle.
«ADOLESCENCE. – Que savons-nous des rassemblements des adolescents périurbains dans ces arrière-places de nos lotissements – des espaces verts, boisés, de forme rectangulaire -, de leurs petits jeux de séduction, de leurs drames à leur échelle, de leur refus du monde adulte et, par là, de leur résistance à une logique de classe qui, bientôt, les absorbera vraisemblablement ? de nos pavillons, nous les entendons crier de façon obscène à notre intention ; lorsque nous les cherchons ils chuchotent et ils disparaissent. En se rendant réceptif à ces hurlements sauvages, l'adulte évite ici de flirter avec une tristesse sans nom. Il éperonne sa mémoire et produit des images, des odeurs et des sons qui délient son potentiel de fiction, autrement dit son aptitude à transgresser les standards de la vie mutilée.»
Petit livre salvateur et indispensable, «Contre Télérama» séduira les amateurs de psychogéographie littéraire, et en particulier les lecteurs de «Un livre blanc» de Philippe Vasset.
Retrouvez cette note de lecture, et toutes celles de Charybde 2 et 7 sur leur blog ici :
https://charybde2.wordpress.com/2015/05/18/note-de-lecture-contre-telerama-eric-chauvier/
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Davjo
  11 juin 2015

Un très court essai d'une densité surprenante, comme une bille de plomb qui viendrait étoiler la surface vitrée du réel ou creuser un profond cratère dans le sable...
L'auteur vit dans une zone périurbaine. le magazine culturel Télérama consacre un dossier à cette zone et éveille l'envie de l'auteur de la défendre.
« Qui sont-ils, ces journalistes centralisés pour décréter la laideur de notre périurbanité ? »
Par l'observation et le questionnement, il tente alors de se dégager de la gangue d'un quotidien standardisé, se dépêtrer de la camisole sociale du citoyen ordinaire. Comme un homme qui crierait: je ne suis pas un stéréotype, à l'image du Prisonnier (la série): je ne suis pas un numéro.
Le sociologue se veut modeste et questionne ce qu'il vit au quotidien en ingénu. Sa remise en cause produit un effet stimulant sur le cerveau du lecteur, comme s'il traçait une fenêtre imaginaire et nous invitait à l'observation. En plus, il ne cherche pas à être plus intelligent, il subodore seulement, il met en scène son introspection, avec ses faiblesses (provoquer un malentendu avec un groupe d'inconnus, accuser faussement les enfants).
Son sujet : la vie périurbaine. Défaire l'idée que tout irait de soi.
Y a-t-il une intention cachée, une machination ourdie par des urbanistes et des politiques dans ce monde élaboré par des hommes pour d'autres hommes ?

Sur 23 pages, on s'interrogera sur la perception de deux poules blanches qui occupent indument une grande parcelle, sur les sujets de conversation des cadres de l'aéronautique, sur l'effet clair de lune produit l'éclairage urbain. Est-ce normal de vivre à coté d'un patatoïde explosif ? Comment se comporter quand on rencontre un ancien condisciple dans la médiathèque de la ville ? Est-ce logique de remplacer un joli (ou moche) bois de hêtres par un écoquartier en bois, de reconstituer une ferme dans la galerie marchande l'hypermarché ? Qui a caillassé l'âne qui dérange le voisinage par ses braiements, est-ce la voisine pleine d'animosité ? Il s'interroge sur les zones de franchise et la clandestinité comme une aire dévolue aux rencontres homosexuelles. Il s'interroge sur la logique et les jugements de classe, sur le pouvoir d'achat...Il note
Les êtres que l'on relie à des lieux de façon régulière ont du mal à exister ailleurs. Quelle est le mystère de cette maison aux volets clos depuis des années ?
La lecture de ce petit livre rassure le lecteur, le langage recherché de Chauvier cherche à mettre en mots le monde banal qui est sous nos yeux. En le poussant dans ses retranchements, il le domestique un peu. le verbe console.
Lien : http://killing-ego.blogspot...
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alzaia
  09 mai 2016
Lu ce livre il y a longtemps et découvert ce auteur anthropologue dont j'ai depuis dévorée l'oeuvre entière... je retrouve des notes de lectures :
Eric Chauvier pense qu'il faut convoquer le procédé littéraire pour sortir de la "non-visibilité" (ici dont une réponse sous forme de livre à un article condescendant de Télérama sur les zones péri-urbaines)... des écrits strictement anthropologique n'auraient pas eu cet effet "j'ai fais ce livre pour discuter avec les personnes qui vivent en péri-urbanité; créer des espaces de débat pour ces question là... et pour ça il faut convoquer une raison littéraire"
Sans les réduire, il lui semble que toutes les oeuvres anthropologiques rendent mutique l'observé.
Pour lui (il me semble comme pour Bergounioux) il y a conflit de classe entre les observateurs et les observés
il pense que c'est un problème formel du rendu de la vérité (ici l'article de télérama) des acteurs observés
Qu'être un homme occidental depuis l'outre-monde c'est l'invention, dans les rapports formels, de l'homme mutique.
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YANCOU
  27 mai 2016
Je n'ai par contre pas perdu mon temps à lire cet excellent petit livre d'Eric Chauvier qui en 52 entrées (Culture, Nuit, Musique, ...) dresse un portrait d'une "zone périurbaine". Son regard est celui d'un anthropologue, ses références sont Adorno, Michel de Certeau et Marcuse, et c'est en adoptant le genre de la fiction littéraire qu'il arrive à cerner tout le complexe d'une banlieue pavillonnaire comme il en existe tant dans les pays occidentaux. C'est pour le moins génial.
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Racines
  05 février 2013
Nouvelle incursion dans l'univers d'Eric Chauvier après le fabuleux Somaland. Contre Télérama est un très court livre, écrit, du moins mis en forme et publié en réaction à un article paru dans Télérama et parlant de « La France moche », pour qualifier les zones périurbaines. Mais ce moteur, on ne le découvre qu'au milieu du livre. Contre Télérama est constitué de mots-clés, dont chacun donne lieu à une réflexion tenant sur une ou deux pages.
Lire la suite sur mon site : http://chroniques.annev-blog.fr/2012/10/chronique-livre-contre-telerama/
Lien : http://chroniques.annev-blog..
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
alzaiaalzaia   06 février 2013
p62

Culture. - Les bulls déchiraient le bois* de hêtres (ce bois que nous apprécions tout de même beaucoup, cela, maintenant nous sautait aux yeux) et les amoncellement de ronces hautes comme des immeubles de trois étages qui suscitaient autrefois notre effarement régulier ; des panneaux publicitaires jonchaient le sol,ou bien étaient enfouis, semblant déjà appartenir à une autre époque ; des promoteurs donnaient leurs ordres aux chefs de chantiers en balayant l'horizon par de grands gestes. Nous en avons reparlé le soir de ce que nous avions vu, tenant une sorte de "comité d'urgence" (nous avons ri de ces mots qui nous donnaient une importance démesurée) où chacun pouvait faire une proposition qu'il jugeait adaptée. Mais notre colère n'était pas assez canalisée pour s'exprimer distinctement. Quant aux habituelles pétitions ou doléances, elles n'étaient pas assez puissante pour exprimer ce que nous ressentions. Certains ce sont lancés dans des métaphores emphatiques, où il était question de "beauté foudroyée", d'"ennemis définitifs" et de "destructions massives", mais ça ne tenait pas. Avant même de parler, ils savaient que leurs mots étaient trop lourds et trop loin de notre monde vécu. Nos voix ne porteraient pas, et cette impossible conversion de l'intime en politique nous préoccupaient au plus haut point. Avec ce rapt de notre raison anthropologique, nous avons pressenti l'avènement d'une nouvelle "crise culturelle", qui nous est apparue comme "la faillite de tous les modèles de transcription usuels de notre ordinaire". Finalement, pour être prise avec la zone périurbaine qui s'étendait un peu plus chaque jour autour de nous et en nous, il fut décidé de reprendre les notes que nous avions consignées depuis des mois - ces "outils" étaient à taille humaine - , puis de les organiser à la seule mesure de la colère qu'avait initialement déclenchée la lecture de l'hebdomadaire. Tout autre choix de vie nous semblait faux et impraticable -définitivement impraticable.

__________________________________________________________________

note personnelle et non pas de l'auteur, pour aider à la lecture de cette citation
* au début du texte il est question d'un espace boisé qui va être destiné à la construction de nouvelles constructions, source de discordes
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YANCOUYANCOU   27 mai 2016
"TEMPS. - Un peu comme on se réveille d'un mauvais rêve, nous nous sommes rendu compte, après avoir décidé de nous arrêter sur notre mode de vie et de réfléchir à notre existence dans ce cadre périurbain, que notre temps s'égrenait au rythme du flux des voitures circulant dans notre rue. Nous avions, certes, des repères de type chronologique, mais ceux-ci n'étaient que la surface illusoire de notre existence. De façon plus profonde, notre temps est rythmé de manière quasi inconsciente par les bruits des voitures aux heures de pointe ou bien le calme total qui, aux heures creuses, s'abat sur notre rue comme sur un enterrement."
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Videos de Eric Chauvier (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eric Chauvier
Dans son dernier roman Laura, Eric Chauvier met en scène les retrouvailles d'un homme avec un ancien amour de jeunesse. Tout les oppose aujourd'hui, et leur situation sociale, professionnelle et affective dresse entre eux un gouffre en apparence infranchissable. S'engage alors un dialogue décousu, drôle et tragique à la fois, qui les rapproche le temps d'une soirée. le narrateur, double littéraire de l'auteur, interroge ainsi ce qui les sépare et raconte, par le prisme de deux personnages qui ne peuvent ni communiquer ni s'aimer, les fractures qui divisent la France d'aujourd'hui. Au-delà de ce roman, et depuis Anthropologie, son premier livre, Eric Chauvier croise la littérature avec les outils des sciences humaines et réinvente sa pratique scientifique dans cette hybridation. Cette rencontre en « chantier de fouille » est une occasion d'éclairer la démarche singulière d'un auteur attentif au langage et à nos façons d'être au monde.
Retrouvez notre dossier "Plongée littéraire dans le réel" sur notre webmagazine Balises : https://balises.bpi.fr/litterature/plongee-litteraire-dans-le-reel
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