AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2844852270
Éditeur : Allia (25/08/2006)

Note moyenne : 4.62/5 (sur 4 notes)
Résumé :
A mi-chemin du récit et de l'enquête de terrain, Anthropologie propose une investigation en creux, née de l'impression suscitée par le regard d'une jeune Rom qui s'adonne à la mendicité devant un centre commercial. Troublé par ce visage, qui éveille en lui toutes sortes d'interrogations, l'auteur évite d'abord la rencontre. Il se contente d'analyser les propos que tiennent ses proches au sujet de cette fille. Cette expérience lui semblant insuffisante, il décide fin... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Davjo
  11 juin 2015
Encore un petit livre étonnant et stimulant d'Eric Chauvier. Une aventure mentale dans un quotidien connu de tous, entre roman et sociologie.
« J'ignore si elle est encore en vie »
Elle, c'est la mendiante qui vend des journaux au-milieu de la circulation automobile. le narrateur est frappé par la voix de cette ado qui, selon lui, cache une fêlure. Il se permet d'extrapoler à partir d'un rien. Il ressent ce qu'il nomme “une familiarité rompue“.
Dans sa voiture, il provoque les réactions d'autres personnes à la vue de cette jeune fille, à la manière d'une expérience de psychologie sociale. Il perçoit de l'offuscation, du refus de communication, de la fausse générosité de la part d'un intellectuel qui veut bien faire profiter de ses théories mais a peur de se confronter à une rencontre.
Puis il part à la recherche de cette jeune fille qui a disparu du jour au lendemain. Il se heurte à l'indifférence, à la méfiance et constate combien le mot anthropologie, sa force soudaine, peut débloquer une situation.
Il constate combien la recherche de cette jeune fille sans trace sur la scène sociale lui renvoie une image de lui-même en déformé, celle de sa présence sociale avec tous ses numéros, banque, sécurité sociale, identité...et une image de son pays, son administration, les rapports entre les gens. Il révèle ce formatage dont nous sommes les victimes consentantes.
Qu'est ce ce petit livre ? Une histoire vraie, une fiction, un essai, un roman ? On ne sait pas vraiment. le lecteur est troublé, il suit la réflexion de l'auteur, il est gêné parfois, il se demande si les gens testés et observés existent en vrai. Eric Chauvier est devenu maître de l'extrapolation singulière.
Lien : http://killing-ego.blogspot...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2
  05 juin 2017
Anthropologie sauvage et quête de soi dans les méandres de l'imagination et de la projection
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/06/05/note-de-lecture-anthropologie-eric-chauvier/

Lien : http://charybde2.wordpress.c..
Commenter  J’apprécie          20
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
alzaiaalzaia   22 mars 2013
P44 - 45

...Ma question est simple et pragmatique : pourquoi enseigner et pratiquer la sociologie de Maurice Jeanjean (pseudo) alors qu'elle ne peut intitier celui qui s'y adonne au mystère d'une rencontre ordinaire ? (...) Cette observation s'inscrit dans un argumentaire plus large, selon lequel les vérifications d'un système théorique par la réalité doivent inspirer de la méfiance : la réalité vous semble-t-elle devoir se justifier de perdre et gagner dans cette conversion ? Et si cela se fait, qu'avez-vous l'impression de perdre et de gagner dans cette conversion ? Peut-être que certains pans de votre mémoire sensible, certains reliefs de votre capital biographique, ce qui vous constitue en propre, se trouveront escamotés. Pourtant, les système classificatoires de la sociologie finiront par avoir raison de vous.

Biens sûr, vous ne les appellerez pas par leurs dénominations savantes, mais ce n'est pas grave au fond puisque des cabinets-conseils sauront vous les rendre intelligibles. Au moment de devenir des cibles, l'enjeu ne vous semblera même pas important, qu'il s'agisse d'acheter de l'alimentation surgelée ou de scruter, en expert bien sûr, la situation de X.

Proposer des classements sociologiques des pratiques humaines, contenus dans de systèmes binaires et prétendument universels, permet dans une large mesure de vendre de l'alimentation surgelée - produisant également de la pensée surgelée.

La pratique de l'universalité est devenue un plan marketing. La récupération est aisée puisque les outils qui servent l'universalité sont tout à fait simplifiés.(...) Je ne soutiens pas que la sociologie telle que la pratique Maurice est inutile ou inadéquate -(...)- mais plutôt qu'elle corrompt la perception que les individus ont de leur monde ordinaire.

Cette dérive des outils objectivant et neutralisant de la sociologie classique trouve des illustrations ad hoc à travers le témoignage de George (...) Si les profanes ont des tendances naturelles à simplifier les choses en les classifiant, ce phénomène a largement été accentué par la dérive des outils sociologiques, au point de confondre la modélisation de l'expérience de vie en communauté avec la neutralisation pure et simple des formes de vie qui la constituent.

Je ne sais comment Maurice (..) en est venu a théoriser le monde environnant sans observer X (...) à considérer qu'il n'avait pas à rencontrer X au moment d'apporter à son sujet un commentaire théorique. Et il y a là (...) un authentique gâchis. La peur de se confronter au mystère d'une rencontre en est peut être la raison - le visage de X pourrait effectivement faire vaciller la théorie de Maurice Jeanjean. La théorie du sociologue se dresse sèchement face à ce chaos inimaginable : le regard de X.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
DavjoDavjo   11 juin 2015
Dans les romans de science-fiction des années 60, la quintessence de la modernité prenait l'aspect d'un assujettissement total des sujets à un état totalitaire par le biais d'une hypertraçabilité des pratiques individuelles. Les procédés d'identification devaient cerner les êtres jusqu'à ne plus leur laisser d'espace d'autonomie. Les robots (ou toute autre entité coercitive non humaine), en supplantant les dirigeants traditionnels de l'État, devaient exercer un contrôle intégral des êtres. C'était même la condition de toute fiction de ce genre. L'humain fantasmait la perte de son autonomie. Le cas de X tend à montrer que ces romans se sont trompés sur toute la ligne – il est vrai que leurs auteurs sortaient historiquement de dictatures sanglantes et étaient, pour la plupart, au service d'une idéologie libérale s'opposant à la perspective d'un état providence : la modernité occidentale a au contraire pris la forme d'un renoncement de l'État vis-à-vis des individus, qui, pour exister, doivent désormais tâcher de conserver, coûte que coûte, des traces de leur inscription dans la communauté. C'est admettre une traçabilité stratégique des êtres, produite non plus pour les contrôler, mais établie en fonction des situations économiques de chacun, et perçue comme un avantage social considérable. La trace identificatrice (écrite, numéraire ou numérique) légitime l'espace d'existence de chaque individu selon des critères divers, tels le crédit à la consommation, la participation à la vie locale, l'abonnement au téléphone, le lien officiel avec des parents ou des amis, etc.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2Charybde2   05 juin 2017
Mais une contradiction s’impose à tout observateur un tant soit peu sceptique, autant dire doté d’une disposition à douter des procédés que la communication humaine donne pour évidents. Si n’importe quel interlocuteur de George peut imaginer les échantillons de référence – une population de mendiantes et une population d’observateurs de mendiantes, ceux-ci ne préexistent pas réellement à l’assertion. George ne se justifie pas de cela, et sans doute ne le peut-il pas. Il ne peut pas citer de sources fiables validant ces échantillons. Il n’a pas non plus pris le soin de constituer lui-même ces échantillons. En fait, George n’a pas besoin de fournir autant d’efforts puisqu’il peut présupposer son échantillon en adoptant l’intonation commune qui sied à l’établissement d’un principe prévisionnel. C’est le ton neutre de la prévision météorologique (le temps qu’il fera), économique (la croissance que l’on aura), zoologique (la description du parcours qu’empruntera le rat dans le labyrinthe). Celui-ci est sociologique : le corps que X vendra demain. L’effet de science de ce discours repose sur son principe d’économie intonative et, notamment, sur la blancheur du phrasé : ici, ce n’est pas X en particulier qui vendra son corps, mais bien une population que je suis censé référer à X, une population qui s’adonne sans doute à la prostitution. À peine entend-on un soupir en début de phrase, mais il s’agit moins d’une hésitation que d’une reprise de souffle destinée à introduire au mieux la sentence à venir. Voilà ce présent universel qui s’impose au sujet de X, susceptible de déterminer des profils similaires dans l’espace et dans le temps. Dans cette mesure, George ne peut introduire d’alternative à la prostitution programmée de X. Mendier à un carrefour doit immanquablement, pour X, mais surtout pour la typologie que représente X, mener à cet autre commerce, celui du corps. Il n’y a pas d’autre issue.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Charybde2Charybde2   05 juin 2017
C’est admettre une traçabilité stratégique des êtres, produite non plus pour les contrôler, mais établie en fonction des situations économiques de chacun, et perçue comme un avantage social considérable par ceux qui ont à se battre pour l’obtenir ou pour la conserver. La trace identificatrice (écrite, numéraire ou numérique) légitime l’espace d’existence de chaque individu selon des critères divers, tels le crédit à la consommation, la participation à la vie locale, l’abonnement au téléphone, le lien officiel avec des parents ou des amis, etc. Par opposition, la véritable misère est sans trace : peu à peu l’être est non seulement déchu de ses droits mais aussi privé de traces relatives à son existence quotidienne, comme si, du point de vue du pouvoir d’État, ne pas écrire la misère revenait à ne pas la reconnaître, à ne pas la faire exister.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2Charybde2   05 juin 2017
J’ignore si elle est encore en vie. J’ignore comment elle a disparu. N’ayant pas trouvé de données tangibles à son sujet, pas de registres, pas d’archives, pas même de sources orales dignes de foi, je n’ai abouti qu’à des suppositions. Je n’ai pas trouvé de causes physiques à sa disparition, tel un réseau mafieux venu de l’Est, l’un de ceux qui ont occupé un temps les médias de ce pays. J’ai d’abord pensé que ceux qui la croisaient au quotidien étaient responsables : ceux qui ne la voyaient pas, ceux qui en parlaient sans la voir, ceux qui la voyaient sans en parler. Mais cette piste était inconséquente, parce qu’elle recouvrait une hypothèse que j’ai mis du temps à reconnaître et à accepter : la disparition de cette fille a été le fait de circonstances sur lesquelles j’ai pesé d’une façon regrettable. Celles-ci, une fois avouées, m’ont obligé à ne plus la chercher, mais à trouver les façons de la faire « réapparaître », si bien que finalement l’objet de l’enquête s’est confondu avec l’enquête elle-même.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Lire un extrait
Videos de Eric Chauvier (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Eric Chauvier
Le 16 décembre 2016, Mathilde Serrell et Martin Quenehen recevaient Eric Chauvier dans Ping Pong, aux côtés du journaliste et écrivain Philippe Vasset et de Jean-Claude Poisron, documentariste.
autres livres classés : anthropologieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Pas de sciences sans savoir (quiz complètement loufoque)

Présent - 1ère personne du pluriel :

Nous savons.
Nous savonnons (surtout à Marseille).

10 questions
292 lecteurs ont répondu
Thèmes : science , savoir , conjugaison , humourCréer un quiz sur ce livre