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EAN : 9783831327997
214 pages
Éditeur : Editions Wartberg (03/10/2016)

Note moyenne : 4.62/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Dans les montagnes du Jura, par un long hiver enneigé, on tue des familles de façon particulièrement violente. Un tueur en série d'un genre nouveau... En temps normal, une telle affaire mobiliserait les foules et la police. Sauf que dans une société en pleine dégénérescence où seul compte un jeu de téléréalité qui obsède la nation, personne ne s'inquiète de ce qui se passe au fin fond de la Plouquie... Seul un adjudant de gendarmerie et ses subordonnés décident de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Walkyrie29
  09 octobre 2016
Dans les arbres en hiver, Patrick Eris raconte au premier abord une enquête d'un gendarme à la poursuite d'un tueur en série qui commet des familicides dans un Jura campagnard et paisible. Mais, finalement cet aspect passe au second plan, car l'auteur profite surtout de cette histoire pour amener des réflexions judicieuses et intelligentes sur une société dégénérescente ou peuplée de dégénérés (c'est selon les points de vue) mais aussi développer l'apprentissage d'un simple gendarme qui n'a pas les épaules taillées pour faire ce genre d'enquête, mais qui, lâché par tous, se voit dans l'obligation de s'y mettre. Ajoutez à cela, une poésie naturaliste, une évocation de la nature, de la forêt, de l'âme qu'elle recèle, douce, pacifique, paisible et cela donne un contraste intéressant entre la violence humaine et la douceur de la nature.
Dans un petit village du Jura en plein hiver, un gendarme et deux de ses adjoints passent leur journée dans la routine quotidienne de la gendarmerie. Rien ne se passe si ce n'est quelques querelles de couples ou des animaux disparus, rien de bien passionnant à l'horizon. le « scooby Gang » amputé depuis peu d'un membre, se retrouve bien malgré eux à gérer des meurtres de familles entières violents et macchabrement mis en scène.
« Leurs têtes sont tombés en avant, leurs cous flasques incapables de les tenir, comme s'ils contemplaient les horribles plaies qui leur ont enlevé la vie. Des coupures profondes cisaillent les chairs violacées faites à l'aide d'un instrument tranchant bien aiguisé. »
Décontenancés, perdus, ils ne reçoivent aucune aide des autorités supérieures et n'ont pas d'autre choix que d'enquêter dans l'indifférence la plus extrême. Les médias et la curiosité du peuple sont tous tournés vers « le rameau doré », une émission de télé-réalité qui captive les foules bien davantage que les faits divers extrêmes, surtout quand ceux – ci se passent au fin fond du Jura. Quand on vit dans la Plouquie jurassienne, les meurtres, on ne connaît pas, quand en plus ils s'accumulent et ciblent des familles entières : père, mère et enfants, ce devrait être l'attraction, la chose qui traîne sur toute les langues alimentant les cancans campagnards et pourtant là ce n'est pas du tout le cas. C'est l'indifférence générale. Alors l'équipe de la gendarmerie se retrouve seule à gérer ces drames et à tenter de trouver le coupable.
« Je crois que nous avions encore du mal à admettre la réalité. Un massacre ici, en plein coeur de la grande Plouquie internationale ? »
Notre narrateur, le chef de la gendarmerie locale est un personnage à part, s'étant perdu plus jeune dans la forêt où il vécut une semaine en osmose voire en symbiose avec cette forêt profonde et mystérieuse, depuis il s'est éloigné du contact humain. Il est un peu dans son monde, solitaire, rejoignant souvent cette forêt pour quelques moments de plénitude et de sérénité. Un étroit lien semble les lier, un rappel à la simplicité, à la nature, face aux horreurs qu'il doit vite affronter seul. On sent là aussi que l'auteur connaît son sujet, les descriptions sont superbes et poétiques, on s'évade avec notre gendarme dans cette forêt ou aux abords de ce lac décrit avec précision, tellement que l'on a l'impression d'y être.
« Une assurance totalement irrationnelle, mais je sentais que la forêt était à nouveau avec moi. J'étais son chevalier blanc, celui qui allait la purger de cette corruption qui la minait (…). »
Car le héros va vite se prendre au jeu de l'enquêteur, parler avec un journaliste de l'affaire, chercher des indices, faire des recherches sur internet. Des recherches qui amèneront à des réflexions et à un apprentissage sur les tueurs en série, le narrateur apprend mais le lecteur aussi. Un aspect, ma fois très sympathique, il y a un côté éducatif, avec des faits réels, des hommes ou femmes bien réels aussi, l'auteur nous plonge ainsi dans les tourments que vit son personnage principal, avec au passage quelques clins d'oeil bien connus.
« Soudain, je revis un passage d'un vieux film que j'avais vu lorsque j'étais encore à l'école de police, où Alain Chabat énonçait d'un air pénétré : « Je suis quasiment sûre que nous avons affaire à un sérial killer » ces deux derniers mots avec un horrible accent. (…) Mais ce soir-là, cela n'avait rien d'amusant. »
Ce n'est donc pas tant l'enquête qui emporte le lecteur mais son personnage principal, un personnage un peu spirituel avec son lien avec la forêt mais aussi intelligent et ayant une soif d'apprendre, s'intéressant aux choses, se lançant corps et âmes dans une enquête qui le dépasse, pourchassant un tueur monstrueux qu'il ne sait où chercher. L'auteur dresse une évolution très intéressante de son personnage.
On s'immisce également dans les pensées du tueur ? D'une de ses proies en captivité ? Un profil psychologique trouble. C'est diabolique, on y parle de monstre, d'enfermement, de manipulation, on ne sait plus trop s'il s'agit de songes ou plutôt de cauchemars, de pensées d'un aliénés ou juste du ressenti d'une victime. L'auteur aime ça et le fait très bien, jouant sur la corde sensible entre la psychologie et le paranormal.
« Je cours, cours dans un labyrinthe écarlate fait de troncs ressemblants à des coulures de sang séché. Tout autour de moi, une respiration haletante qui est peut-être la mienne. Ou celle de mon poursuivant. Car quelqu'un me traque dans ce décor sanguinolent. Quelqu'un qui marque de son empreinte ce paysage à vif. Quelqu'un qui, avec la logique aberrante propre aux rêves , semble capable d'entrer et sortir d sol lui-même tel un requin dans l'océan. »
En bref, un roman noir sombre et efficace, qui sous ses airs de polar régional, dresse avant tout avec intelligence une peinture bien navrante d'une société qui peu à peu se perd dans ses propres bêtises. Les dernières phrases de l'auteur sont teintées d'un futur peut-être pas si lointain, un regard avant gardiste et alarmant du devenir possible de notre société. Inquiétant mais tellement réaliste.
« Selon un rituel bien élaboré, la populace s'empressait de brûler ce qu'elle avait adoré. Et au passage découvrir ce que le gouvernement avait fait passer en douce pendant qu'ils dormaient. »
Je remercie l'auteur pour ce généreux cadeau qui m'aura fait passer un très bon moment !
Lien : https://songesdunewalkyrie.w..
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paulmaugendre
  08 mars 2018
Une semaine parfois c'est long, surtout lorsqu'on attend un événement, de préférence heureux.
Une semaine, ce n'est rien comparé à une espérance de vie de, soyons modeste, soixante-quinze ans. Cela ne représente qu'une semaine sur près de quatre-mille que nous serons sur Terre, et quelques fois dans la Lune.
A sept ans, le narrateur s'est perdu dans les bois, dans le Jura, une semaine à déambuler et vivre en osmose avec l'air, les plantes, les animaux, une communion qui pourrait ressembler à celle qu'a pu enregistrer Mowgli, l'enfant de la jungle De Rudyard Kipling ou Greystoke, le Tarzan d'Edgar Rice Burroughs. Lorsqu'il a été retrouvé et ramené à ses parents, l'enfant a ressenti comme un manque, un vide. Il avait perdu ses amis qu'il s'était forgé durant une semaine.
Les années passent. L'enfant grandit, vieillit, va à l'école, obtient ses diplômes, et entre à la gendarmerie, comme son père, et obtient de rester sur place chez lui dans le Jura. Mais il est différent, ne se sentant pas à l'aise en compagnie, solitaire avec ancré dans l'esprit sa forêt qui lui manque. Il y retourne parfois afin de se vivifier le cerveau.
A la gendarmerie de Clairvaux-les-Lacs, les effectifs sont réduits, Garonne a pris sa retraite deux mois auparavant et il n'a pas été remplacé, réduction du budget oblige. Il ne reste donc que Caro, une autochtone comme lui, et Serge. le Scooby Gang.

Un horrible crime vient d'être découvert dans une petite ferme des environs. C'est un voisin intrigué par une fumée annonçant un début d'incendie qui a prévenu la maréchaussée. La scène de crime est comme une représentation pour le Musée Grévin. Quatre personnes, le père, la mère et les deux adolescents, un garçon et une fille, égorgés, habillés normalement et attachés sur leurs chaises devant la table de la cuisine.
Ce n'est pas le premier massacre ainsi perpétré. Une semaine auparavant, près de Saint-Claude, le préposé à la distribution du courrier, en langage clair le facteur, a découvert une famille, deux adultes et un ado attachés et placés devant la table de la salle à manger. Les coups de couteau assenés ne se comptent plus, ou alors il faut du temps.
Mais qui peut s'intéresser à ces deux faits divers d'hiver, qui se sont déroulés dans un coin perdu de la province française ? Sûrement pas les médias car sévit un jeu à la télévision qui accapare l'attention de la population. Un jeu débile de téléréalité avec des concurrents pas très futés, et cela fait des années que ça dure. Et pour donner du piment à ce jeu, les téléspectateurs peuvent parier sur l'un ou l'autre des rivaux, et naturellement l'appât du gain entretient l'intérêt dans les chaumières, dans les cafés, à la télé, dans les journaux.
Seul le journaliste local suit la progression de l'enquête par les gendarmes livrés à eux-mêmes, car les autorités compétentes et la capitale ont d'autres préoccupations en tête. Economiser dans tous les domaines étant le maître mot. Les ordinateurs rament sauf lorsqu'ils se plantent, le véhicule de fonction devrait être à la retraite depuis longtemps, et la caserne, comme bien d'autres, est insalubre. L'avantage est de pouvoir vivre chez soi, et faire taire les mauvaises langues (si, si , ça existe !) qui considèrent que le logement gratuit était un privilège éhonté et exorbitant.
Il faut au gendarme et ses deux collègues essayer de dénicher le lien entre ces deux, non trois, drames. Car un nouvel assassinat de groupe est signalé près de Macon. Les modalités ne sont pas tout à fait les mêmes, le meurtrier ayant employé une arme à feu à la place du couteau, tout de même moins bruyant.
C'est le journaliste ami du gendarme qui met le doigt sur le lien existant entre ces trois affaires. du moins le suppose-t-il. Mais le tueur n'apprécie pas que l'on s'occupe de ses petites affaires de meurtres en série.

Patrick Eris nous propose deux pistes de lectures dans ce roman. L'appel de la nature, l'appel de la forêt, symbole cher à Jack London, qui scande la vie du gendarme, lequel se rend dans ce refuge boisé afin de se ressourcer, de réfléchir, de se recomposer, de communier en paix.
Mais également Patrick Eris, dans ce roman légèrement anticipatif, la date n'est pas précisée, dénonce la déliquescence, la dégénérescence de la société plus passionnée par un jeu de téléréalité que par les affaires graves qui la secoue.
Les moyens octroyés pour enquêter sont réduits au strict minimum. L'on ne peut même pas parler de portion congrue, puisque la définition de portion congrue est quantité de ressources versées mais qui est à peine suffisante pour vivre. Dans ce cas, les ressources financières et les aides en logistique et en matériel sont réduites à néant.
Laisser pourrir pour ensuite obtenir sans trop de remous ce qui a toujours été le but du jeu est une vieille tactique à laquelle les politiciens sont rompus.
L'auteur aborde également un sujet d'actualité, touchant de nombreuses communes françaises. La Poste et son désengagement dans le courrier. Il n'y a qu'à lire les compte-rendu dans les quotidiens locaux actuellement.
Ce facteur que les décideurs des villes voudraient voir supprimé au nom de la modernité.
Et bien entendu le problème de l'information mâchée, formatée, est abordé.
La forêt est la parabole du silence, de la quiétude, de la paix, de la sérénité, du retour vers des choses moins frelatées que la politique (par exemple). le gendarme y retourne souvent avec en tête les variations Goldberg qui lui permettent de se déconnecter d'une réalité trop anxiogène.


Lien : http://leslecturesdelonclepa..
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catcap
  09 août 2020
Entrer dans la tête d'un pauvre adjudant de police abandonné de tous tandis qu'il est confronté à des meurtres sans rime ni raison et surtout qui ne sont pas de son ressort ... où l'absurdité d'un jeu télévisuel lobotomise l'espèce humaine et cela au fin fond du Jura ...voilà ce que nous propose Patrick Éris... Cet homme n'a que la forêt pour réconfort , elle seule lui parle et quelque part le pousse à mettre « la bête » hors de nuire et à aller au bout de lui même quoiqu'il lui en coûte ... une écriture directe , une ambiance glacée fort bien rendue ... une ouverture sur un avenir planétaire bien sombre , voilà un voyage qui nous amène à réfléchir sur le monde de demain !
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
EmilieQuerbalecEmilieQuerbalec   14 décembre 2016
Les arbres n'étaient pas encore entièrement dénudés, et une première ligne de hêtres dépenaillés se découpaient sur la crête sombre des conifères aux sommets déchiquetés. Le soleil apparaissait souvent entre des nuages échevelés d'un beau gris-bleu, et ses rayons illuminaient les flots tout en créant mille jeux d'ombre et de lumière dont la beauté me saisit les entrailles.
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Vidéo de Patrick Eris
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