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EAN : 9791038802285
356 pages
Ex Aequo (31/10/2021)
4.48/5   31 notes
Résumé :
Ce roman a été récompensé par le Prix du Roman Gay 2022 dans la catégorie Romance. Il en existe également une version audio lue par l'auteur.

356 pages:
Est-ce le hasard qui a décidé que se rencontrent Frédéric le musicien et François l’auteur ? Ils passent à tour de rôle à la radio en direct, non sans une appréhension qui fait naître en eux une empathie réciproque. Ainsi, ce rapprochement sera suivi d’un tête-à-tête au restaurant. Hors Frédé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
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Bonjour à toutes et à tous ! Aujourd'hui, l'heure est grave, j'ai un terrible aveu à vous faire !

François, auteur, était invité à une émission radiophonique, tout comme Frédéric, pianiste ! Les deux ont le trac, mais François ressent une forte attirance, et ils se retrouvent au restaurant après l'émission. Pour résumer, ça va être le coup de foudre, et François va très vite inviter Frédéric à son domicile !

Et vous savez quoi ? Je suis restée l'oeil rivé derrière le trou de la serrure, et j'ai tout épié jusqu'à la fin ! Vous voulez savoir, bande de curieux ? Alors je vous raconte !

Frédéric porte sur ses épaules le poids d'un terrible traumatisme de son adolescence, qui aujourd'hui encore le poursuit et le rend malheureux et réticent en amour.

François, depuis le début est tombé sous le charme de Frédéric, il l'aime mais plus que son corps, c'est le personnage qui l'a ému, et il lui voue une admiration et un amour sans borne, c'est presque de l'adoration ; François adore Frédéric sans rien demander en retour.

Dès le début de leur relation, François qui découvrira peu à peu les souffrances de Frédéric, va décider de l'aider, de le sauver et de lui réapprendre à s'aimer. Il va noter dans un carnet leurs échanges verbaux mais aussi leurs étreintes ; tout y est consigné, les espoirs, les doutes, les propos tenus, les caresses, les espoirs, les déconvenues. Nous assistons donc à un florilège d'émotions, le doute quand Frédéric semble s'éloigner, l'attente, le désir, la joie quand Frédéric accepte le rapprochement, la crainte de l'abandon…

Au cours de cette relation, vont revenir à François, par touches, des souvenirs liés à l'enfance et qu'il n'avait pas compris ou qu'il avait refoulés.

Nous assistons à un combat contre la violence des corps abîmés, traumatisés, pris sans consentement, des corps confisqués sur lesquels ont été laissées des traces indélébiles mais aussi à un amour, un don de soi exceptionnel.

Dominique FAURE écrit à la perfection, ceci dit, avec un Doctorat-es-lettres, elle n'a aucun mérite. Par contre, il se dégage de ce récit, une telle délicatesse, une sensualité à fleur de peau, un panel d'émotions tels que nous ressortons de cette lecture chamboulé(e)s, ravi(e)s, ému(e)s et il faut le dire légèrement émoustillé(e)s.

L'oeil toujours rivé au trou de la serrure, j'ai partagé leur histoire et j'ai formé comme un trio ! Je les ai aimés tous les deux, pour ce qu'ils ont traversé, pour ce qu'ils représentent et pour cet instant magique où l'amour est au-dessus de tout.

Bref, un roman tout en finesse, sur un amour sublimé par une écriture délicate et sensuelle traitant de l'homosexualité et des traumatismes de l'enfance avec intelligence et beaucoup de talent ! À lire de toute urgence !

À lire en écoutant des airs de piano, langoureusement installé(e)s à deux, c'est mieux, sous une couette, en dégustant des crêpes Suzette accompagnées d'un chocolat chaud. Bonne lecture !


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François est auteur. de lui, de son physique, finalement, on en sait assez peu : couleur des yeux, des cheveux, au point qu'on a du mal à s'en faire une image mentale. On le modèle alors à notre image : il est « nous ». Il est « je ». Dès les toutes premières pages, on suit le flot de ses pensées, de ses réflexions ; on plonge avec lui. L'impression est encore renforcée avec les quelques passages où le narrateur s'adresse à Frédéric à la 2e personne du singulier.
Frédéric est musicien. de son corps, on saura tout, tout ce qu'on ne décrit pas forcément en première intention, tout pressé que nous sommes de réduire une personne à quelques traits physiques comme si l'on cochait des cases. Mais Frédéric ne coche aucune case. Garçon féminin, homme blessé, meurtri dans sa chair, émietté dans son âme après avoir subi l'une des pires choses qu'un être humain peut infliger à un autre : le viol.
Au cours de ce roman que j'ai lu en une seule journée tant il m'était impossible de le lâcher, l'auteur raconte avec une extrême pudeur leur rencontre. L'échange de regards, le dialogue des peaux, la jonction des âmes. Une rencontre de près de 300 pages. Et il n'en faut pas moins pour que les personnages se rencontrent en effet, au sens étymologique du terme : aller contre quelqu'un. Et pour cause : Frédéric est un homme en ruines, un homme qui n'a jamais appris que l'amour n'était pas censé faire mal, un homme que la souffrance morale pousse à chercher la douleur physique extrême. Dominique Faure réussit là avec maestria à décrire de façon délicate, presque ouatée, des élans de violence inouïe, violence des autres, violence contre soi. Cette singulière dichotomie, cette valse sur la suture des sentiments nous emporte dans l'intimité de ces deux hommes sans jamais se faire voyeur. Ses mots soyeux comme des plumules de moineaux vous attrapent le coeur, vous fouillent jusqu'à l'âme ; Iel manie les mots comme on effleure les touches d'un piano, avec une précision folle et une justesse magistrale.
Cette histoire est celle de l'apprentissage de la douceur, un éloge de la lenteur et de l'amour véritable, celui qui fait passer l'autre bien avant soi-même, celui grâce auquel on accepte une personne dans la globalité, avec ses facettes éclatantes et ses lignes de faille, ses inclusions noires comme de la suie qui nous renvoient à nos propres faiblesses. André Breton écrit dans L'Amour Fou : « C'est vraiment comme si je m'étais perdu et qu'on vînt tout à coup me donner de mes nouvelles. » François et Frédéric se rencontrent et, l'un contre l'autre, iront à l'encontre de la part la plus sombre et la plus douloureuse d'eux-mêmes.
Difficile de décrire l'émoi dans lequel ce roman m'a plongé, la manière dont il a fait écho en moi. Ces mots qui m'ont fait un mal de chien, un bien de fou. C'était parfois comme lire un cri de mon propre coeur, un chagrin de mon propre corps qui fut transpercé, comme tant d'autres, comme trop d'autres, et j'ai perçu entre les lignes un reflet réaliste, jamais exagéré, de ma propre violence, celle avec laquelle on punit le corps qui n'a pas su se défendre, qui a attiré le monstre, mais pourquoi ?, celle qui devient parfois le seul langage par lequel on parvient à communiquer avec lui. Une réplique de Frédéric m'a mis à terre : « Tu sais, il y a des moments où je suis fou. Il faut que tu te le dises. Je ne m'adresse pas à toi. Je crie ma souffrance. Elle ne s'adresse à personne. Surtout pas à toi. Ce sont des instants fous, des désirs fous qui passent. Qui me passent vite. »
Un cri de souffrance. Je ne pourrais mieux l'exprimer. Ce roman est un cri de souffrance à tordre tous les barreaux, un cri silencieux. Peut-on réparer les dégâts causés par d'autres ? Peut-on reconstruire quand on nous a laissé à 16 ans en champ de ruines sur un carrelage froid ? Avec la délicatesse des mains qui se font l'amour, des frissons délicieux de l'effleurement, François va s'y employer, bâtissant de sa tendresse et de ses bras un lieu sûr pour Frédéric. Les scènes d'amour, légères comme des nocturnes, d'une décence et d'une justesse rare, tranchent avec les élans funestes de l'âme de Frédéric. Entre douceur et douleur, son corps balance. Notre coeur aussi.
Un roman magnifique, un coup de coeur que je ne peux que vous encourager à lire, pour apprendre ou réapprendre le toucher du cachemire, les frissons de la plume, et ces tout petits riens qui réparent les âmes.
Ces instants de grâce.
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Ah, que c'est (relativement) facile de parler du livre d'un.e parfait.e inconnu.e ! Plus facile, en tout cas, que de présenter celui d'une personne dont on a fait la connaissance, que l'on considère désormais comme un.e ami.e et que l'on apprécie énormément. Comment font ces humoristes et autres imitateurs quand ils jouent leurs sketchs devant la personne (souvent connue) qu'ils vont malmener, humoristiquement ? Je suis sûr que je me mettrais à baragouiner, voire que je perdrais tous mes moyens. Toute cette introduction pour dire que j'ai rencontré son auteur.e Dominique Faure voici peu, avant de lire le livre, et fus conquis dès nos premiers échanges. Oui, je sais, du point de vue de la promo, j'ai tout faux, là. Il est de bon ton de taire que l'on est amicalement lié à un.e auteur.e, car le dire fait flotter, dans la tête de beaucoup de gens, le parfum de la connivence, de la flatterie par amitié, de l'apriori positif. Ajoutez à cela que je viens d'avouer que j'aurais le plus grand mal du monde à formuler des propos critiques, voire négatifs… Mais est-ce forcément plus facile de dire du bien de l'ouvrage d'une personne que l'on apprécie autant que moi, j'apprécie Dominique ? Car oui, vu le personnage, son caractère attendrissant et chaleureux ainsi que sa classe folle dans les gestes, les mots, les échanges, j'avais un apriori positif. Je subodorais que le livre en question n'allait pas être en reste. Je savais à peu près que je n'aurais pas à me forcer pour y trouver quelque chose d'attirant. Nulle surprise, à cet égard, donc, si ce n'est qu'à quel point j'ai été subjugué par cette belle histoire et cette magnifique plume. Je plaide coupable pour vraiment adorer ce roman ; et je clame mon innocence à celles et ceux qui me reprocheraient un parti pris amical. Je vous jure, si je n'avais pas aimé, je me serais fait violence et j'aurais listé les points à critiquer…

Alors, l'intrigue ? Celle d'une rencontre fortuite suivie d'une des plus belles histoires d'amour jamais lues. François, un homme de la mi-trentaine, quoique pas mélomane, juste amateur de belle musique, assiste à un concert et se trouve sous le charme du pianiste, Frédéric. Leurs chemins se recroisent par hasard lors d'une émission de radio à laquelle ils assistent tous les deux. François prend son courage à deux mains et invite Frédéric à manger un morceau. Leur premier tête-à-tête se passe paisiblement, sans qu'aucun des deux ne se lance dans le jeu de la séduction. Frédéric est trop éthéré, trop discret, trop insaisissable pour que l'on s'y amuse avec lui. Puis, François ne se considère pas homo ; il ne comprend même pas pourquoi il se sent si attiré par ce musicien au physique fort plaisant, pas tout à fait homme, pas tout à fait femme, en même temps un peu les deux à la fois. Car oui, attirance il y a, indéniablement, et ce des deux côtés. Ainsi, quand Frédéric accepte une invitation au domicile de François, les dés sont jetés, et la première approche, faite. Petit à petit, les deux vont tomber sous le charme de l'autre, intellectuellement, émotionnellement. Mais, chacun à sa manière, ils portent un lourd fardeau, un historique douloureux, et surtout Frédéric est inhibé, comme handicapé, au niveau sexuel, par son vécu. Il va falloir à François beaucoup d'amour, beaucoup de patience pour finir par construire quelque chose de solide et de durable avec cet homme qui, de plus en plus, l'envoûte…

Dominique Faure présente cette histoire hors du commun sous forme d'un récit à la première personne – c'est François, apprenons-nous au bout d'un moment, qui la note dans des carnets. Puisqu'il griffonne le déroulé des événements ainsi que ses pensées, ses envies, ses peurs tels des entrées d'un journal intime, il parle tantôt de Frédéric à la troisième personne (il), et tantôt il semble s'adresser à lui directement, le vouvoyant au début, le tutoyant par la suite. Au début, j'ai été quelque peu déconcerté de retrouver des « tu » et « toi » dans le texte, mais rapidement, cette sensation d'étrangeté a cédé la place à un sentiment d'immersion totale : François ne me parlait plus à moi, lecteur, mais m'a fait me glisser dans sa peau, réussissant ainsi à me laisser ressentir les scènes et me faisant comprendre que ces notes de carnet, il ne les écrivait pas pour lui-même, mais pour et à Frédéric. Très habile, surtout que la prose est vraiment de toute beauté, en phrases courtes où l'on entend la respiration, le souffle de l'auteur, où l'on perçoit sa personnalité bienveillante, ses goûts, ses propres blessures, ses propres forces.

Et ces deux protagonistes, François et Frédéric… Ah mon Dieu, ils m'ont fait vivre des enfers, m'ont fait vibrer, espérer, désespérer, espérer à nouveau. Pourtant, l'histoire se déroule sans énormes retournements, sans électrochocs, d'une façon fluide, linéaire, comme préordonnée, sans être tout à fait prévisible. Avec une infinie douceur, une infinie tendresse, une infinie patience, ces deux êtres font connaissance, de leurs caractères, lentement de leurs corps, de leurs vécus, de leurs envies, de leurs besoins, de leurs freins aussi. Ils tombent en amour, comme disent les Canadiens, traduisant littéralement cette belle expression de l'anglais. Ils s'éveillent, ils se réveillent, ils se révèlent ; ils s'apprivoisent petit à petit, ils s'apprennent, dans les deux sens que l'on peut donner à ce verbe réflexif : chacun apprend à l'autre, chacun aussi apprend l'autre. C'est beau, c'est tellement beau, malgré les noirceurs de leurs récits.

Même si le protagoniste principal – celui qui donne son titre à ce roman – est Frédéric, que j'ai trouvé attachant au point de vouloir le serrer dans mes bras, j'ai surtout eu un faible pour François. Quelle gentillesse, quelle constance, persévérance, constance. Quelle force des sentiments et des convictions, quel courage. Un homme avec un trop-plein d'amour qui n'attendait que la bonne personne pour se déverser, non pas en torrent, d'un seul coup, mais en rivière salvatrice, purifiante, curative même.

Allez, il faut que je me freine, sinon, je vais encore écrire des pages et des pages. Notons enfin que tout le livre vibre et grésille d'érotisme (un des sujets principaux est, après tout, comment aimer son corps, comment faire aimer son corps à quelqu'un d'autre). Il s'agit de scènes d'apprentissage, d'apprivoisement, et loin de toute pornographie vulgaire et tape-à-l'oeil, on a là la preuve que l'érotique peut être raconté avec discrétion, subtilité, sublimation même. En résumé, vous l'aurez compris, c'est un magnifique roman, un de ceux que l'on n'oublie pas de si vite. Une histoire qui aurait pu être sombre, pesante, plombante, mais qui s'avère être tout le contraire : lumineuse dans son espoir, stellaire dans son amour, réconfortante dans sa force tranquille (désolé de reprendre ce slogan politique) et patiente. Un roman que je recommande vivement.
Lien : http://livresgay.fr/frederic..
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« Cette ambiguïté des moments de désirs inavoués, mais bien perceptibles, ne faut-il pas les préserver, précieusement les entretenir, le temps que tout cela pourra encore durer… C'est un thème qui revient souvent dans mes livres. Et les lecteurs regrettent parfois qu'il n'y ait pas d'aboutissement. Devrais-je aller plus loin dans mes récits ? »

Cette phrase, extraite de « Frédéric, Instants de grâce », me semble illustrer fidèlement la proximité de l'auteure avec ses personnages, le « mood » de leur sensibilité :

Subtilité, douceur, élégance, inachèvement corrélé au plaisir de l'attente ; Imaginaire débordant progressivement le réel et, telle la vague plus haute que les autres, recouvre la plage immaculée du subconscient d'autant de désirs irrépressibles.

François & Frédéric : deux hommes qui se cherchent, d'abord par l'extase de leurs rêves à demi éveillés, sur la crête des fantasmes. Plus tard au pays de leurs corps, dans cet absolu no man's land où les certitudes n'ont plus leur place, où la fantaisie règne en Souveraine.

Frédéric cache une blessure majeure : alors qu'il était en classe de seconde au Lycée à l'âge de seize ans… C'est si difficile pour lui d'en parler… Son physique juvénile presque féminin attirait les moqueries, les lourdeurs de ces ados si brutaux. À ce propos Claudel qualifiait l'adolescence de « Lion à tête de porc » … Et un jour, il tombe dans une embuscade, un camarade de classe lui indique un local où serait entreposé un piano, son instrument de prédilection, il a tellement envie d'en jouer ! Mais c'est un guet-apens et trois grands l'attendent pour… le violer.

Se remet-on d'un viol ?

C'est avec beaucoup de douceur, de pudeur dans la sensualité, que François son nouveau compagnon va l'aider à assumer son passé douloureux et à se réapproprier son corps meurtri.

Mais cette résilience peut-elle être aussi facile, aussi rapide avec « Des mains qui enchantent lorsqu'elles s'envolent sur le clavier du piano. Des mains qui émerveillent, et peuvent aussi faire mal. » ?

Quant à François, pourquoi cette si grande proximité au traumatisme de Frédéric ? Est-ce parce qu'à l'âge de 4 ans un ami de la famille, Noël, l'a fait asseoir sur ses genoux pour l'inciter, à quoi ? Aurait-il ouvert la braguette de son pantalon ? François ne s'en souvient plus, peut-être a-t-il été abusé ? Mais le temps laverait-il les outrages, ou bien protège-t-il la mémoire d'un petit enfant ?

Pause : l'opus de Dominique Faure me fait penser à certains moments de « la crucifixion en rose », trilogie d'Henry Miller dans laquelle le romancier américain raconte ses expériences à New York et à Paris fondées sur des souvenirs ou fantasmes dont l'intensité est parfois borderline mais in fine sublimante. Mais finalement, je trouve l'écriture de Dominique plus fine et nuancée que celle de Miller. Car l'art de notre auteure ExAequo réside dans ces glissements subtils qui nous transportent, sans que l'on s'en rende compte, dans les circonvolutions du temps, par de lentes métamorphoses.

Cette attirance réciproque de Frédéric envers François me paraît être comme un jeu de miroirs kaléidoscopiques dont les désirs de l'un, se mêlant à ceux de l'autre, finissent par composer un prisme changeant aux facettes colorées. Comme si leurs égos se muaient en un alter égo commun, les transcendant vers un ailleurs toujours renouvelé. Interdépendants ils l'étaient, inter-amants, interprètes mutuels de leur âme commune comme ce pas de danse idéal dont rêve le chorégraphe !

Alors pourquoi Frédéric veut-il qu'on lui inflige la douleur, est-ce parce qu'il revit son viol ? Ou veut-il à force de le revivre, l'exorciser, le diluer dans l'espace et le temps ? François cherche à l'aider, mais la guérison s'annonce longue, il faudra beaucoup de patience aux deux amoureux. La douleur et le désir seraient donc liés ? Pourtant, ni l'un ni l‘autre ne sont disciples de Sacher Masoch. Ou alors cherchent-ils juste à réécrire leur histoire personnelle, l'infléchir jusqu'à ce qu'elle leur convienne, leur ressemble, comme dans un miroir approbateur et complice ? Ou est-ce pour se punir d'être si imparfait, de ne pas ressembler à l'image idéale que la Société propose, mais qui ne cesse de se déformer à mesure que les rêves et les fantasmes déferlent sur les plages de notre subconscient.

Ils choisiraient d'oublier la Société et de s'écouter eux-mêmes pour pouvoir mieux se réparer… Ils sont tous deux artistes, pianiste et écrivain alors ils trouveront le chemin de la re-création.

Rester dans l'enfer de la victime qui fait souffrir l'autre à son tour, ou bien sortir du cercle de la violence et poser un nouvel acte résilient ?

François et Frédéric choisissent bientôt de suivre cette voie :

« Et je t'ai expliqué alors que pour moi le genre des personnes n'était pas important… Oh oui, tu comptais déjà beaucoup ! Par la suite, j'ai découvert avec toi, par toi, la douceur, la douceur extrême. Apprécier la douceur… ce qui ne m'était jamais arrivé. »

Oui, la douceur entre hommes, faire émerger la part féminine de leur être, se débarrasser définitivement du macho en eux : déconstruits/reconstruits pour le meilleur… En fait, ils avaient tout simplement oublié le genre, comme si la divinité était devenue androgyne… La lune et le soleil ensemble, dans cette mosaïque entrelacée du Yin & du Yang.

Épilogue : oui ce roman est lumineux, de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Dominique y convoque ses merveilleux talents d'auteure-protraitiste et de mélodiste. Les palettes de sentiments qu'elle dessine avec élégance et subtilité ajoutent des couleurs au couchant, et transfigurent la Lune en déesse scintillante dans sa nuisette de rosée blanche à l'heure de l'aube où elle disparaît.

Ne nous y trompons pas, c'est une histoire d'amour d'une prouesse rare, celle de conjuguer le sensuel et le spirituel dans la même étreinte.

Savourer avec délectation, le bonheur est un fruit qui ne se livre que lorsqu'il est totalement mûr, arrosée au préalable de patience et de persévérance.

Nous avons bien fait d'attendre…

« Frédéric, Instants de grâce » : une merveilleuse histoire ! Oui, la sensibilité n'a pas de genre, l'amour s'exprime de toutes les manières avec tout le monde, un réalisateur de cinéma l'a dit :

« L'important c'est d'aimer ! »

« Frédéric Instants de grâce » de Dominique Faure

éditions ExAequo, collection Vibrato
Lien : https://editions-exaequo.fr/..
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Découvrir « Frédéric – Instants de grâce » c'est comme laisser de côté son enveloppe corporelle pour ne ressentir qu'avec son coeur et son âme. le lecteur est à nu.
D'une écriture minutieuse l'auteur traite d'un sujet sérieux, violent mais aussi avec un grand espoir de rédemption, d'acceptation de soi. Un chemin de résilience pour enfin trouver la paix, la lumière éblouissante de l'Amour, oui Amour avec un grand A car c'est ça qui va lier férocement François et Frédéric.
Au-delà de l'histoire très poignante que nous relate Dominique Faure c'est sa plume qui m'a envoutée, cette écriture que je qualifierais de précieuse comme les manières de François. Ces vouvoiements qui pourraient paraitre désuets de prime abord dont cet écrit de François en est le parfait exemple et qui a un tel écho en Moi :
« le non-retour. Nous pourrions nous vouvoyer longtemps. Ce n'est pas de la distance. Nous en avons parlé. le passage au tu n'est pas infranchissable. Nous le franchirons un jour. Mais il sera irréversible. Pas de retour possible en arrière, de retour au vous. C'est un chemin de non-retour. Dans une relation, les rapprochements, particulièrement ceux qui touchent au physique, aux corps, sont sans retour. Peut-on toujours concevoir, éprouver, le désir de la découverte lorsque l'on a déjà tout découvert ? »
Ca m'a fait penser à Crébillon ou Chaderlos de Laclos dont l'écriture du 18ème siècle est un régal et qui en justifie à elle seule la lecture, avec « Frédéric – Instants de grâce » c'est le même sentiment, cette même fascination pour une plume riche et exquise, des mots antédiluviens (effleurante, de guingois ..) dont la musicalité transporte, transcende le lecteur. Les thèmes traités comme la fluidité des genres sont modernes et viennent percuter cette écriture ciselée, profonde et un tantinet surannée.
L'écriture est à l'image des deux personnages : délicate, masculin-féminin dont le genre exact importe peu, tendre, fragile, raffinée comme cette Frivolité faite au crochet ou à la navette mais tellement résistante. Oui je l'avoue plus que l'histoire (même si ça peut ne pas plaire à l'auteur et à l'éditeur) c'est la phraséologie, le style qui m'ont bouleversée. On ne trouve plus d'auteurs de nos jours qui ont ce style si particulier, si élégant avec cette finesse dans les dialogues, dans les échanges, la seule description des personnages laisse notre imagination s'envoler et visualiser Frédéric et François ; François et Frédéric.
La description des scènes de coeur et de corps sont poétiques, pleine d'émotions, de candeur, de grâce, des moments « plumeux » pris dans l'instantané, la douceur du toucher, du ressenti de leurs rencontres, de leurs rapprochements. J'ai vécu cet écrit épisodial de façon intense en étant tour à tour François et Frédéric, portant avec eux leurs peines, leurs apprentissages cordiaux et cardiaques, l'horreur des révélations de l'un et de l'autre et enfin le chemin lumineux des Sentiments Amoureux, ensuquée par votre récit.
Merci Dominique pour vos « instants de grâce », je ne manquerai pas de relire ce roman et de vous suivre. J'attends avec fébrilité la sortie audio.
Je terminerai par ses paroles de Frédéric : "J'apprends tellement avec toi qui me dis avoir si peu d'expérience. J'apprends de toi sans besoin d'expérience. C'est l'affection, l'amour qui te sert d'expérience. Avant toi, je survivais. Avec toi, je vis !"
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Nous parlons à deux voix. Nous jouons à quatre mains. Harmonie des sons, mêlés aux voix qui disent, aux mots qui expriment. Les notes qui ondoient sous tes doigts, sur ces touches que nous partageons, sont le reflet de nos instants de grâce. Nous disons ensemble aussi, par cœur, le regard loin devant, l’avenir...
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Je crois bien que de ma vie je n’ai connu un bonheur aussi absolu, celui avec toi de pouvoir entrer là où tout était absolument fermé, inaccessible, interdit. J’en retire un plaisir infini, dans mon corps, dans ma bouche, en même temps qu’une immense fierté parce petit à petit, patiemment, doucement, amoureusement, je suis parvenu à apprivoiser l’endroit qu’on t’avait tant meurtri.
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Sur ta hanche , ma main serre ta main qui serre la mienne , dans une immense communion de tendresse. Je reviens me glisser le long de ton dos pour approcher mon visage du tien. Tu te retournes vers moi. Nous nous tenons toujours la main, contre ta poitrine maintenant. Tu me dis merci et du plus profond de mon corps et de mon esprit, c'est moi qui veut te dire merci !
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— Tu sais, il y a des moments où je suis fou. Il faut que tu te le dises. Je ne m'adresse pas à toi. Je crie ma souffrance. Elle ne s'adresse à personne. Surtout pas à toi. Ce sont des instants fous, des désirs fous qui passent. Qui me passent vite.
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Nous allons nous apprendre, ensemble, la douceur, apprendre à nouveau ce qu'on nous a volé.
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