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Silvia Ferrara (Autre)
EAN : 9782021464122
320 pages
Éditeur : Seuil (07/01/2021)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 7 notes)
Résumé :
« Ce livre n’est pas un livre sur le grec ancien, ni sur l’alphabet. C’est un récit, qui parle d’une invention, la plus grande du monde »
Silvia Ferrara

Pourquoi l’homme s’est-il mis à écrire ? Comment et où cette révolution a-t-elle eu lieu ? Voilà les mystères sur lesquels Silvia Ferrara lève le voile. Pour cela, elle nous fait voyager dans le temps et l’espace comme dans les méandres de l’esprit humain. Ici, elle dresse
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
djdri25
  12 mars 2021
Un grand merci à Babelio ainsi qu'aux éditions du Seuil de m'avoir permis la lecture de cet essai sur l'histoire de l'invention de l'écriture.
Le titre,La fabuleuse histoire de l'invention de l'écriture, résume bien le livre mais Silvia Ferrara, professeure de philosophie et chercheuse à Bologne, émet des hypothèses nouvelles, le livre est agréablement parsemé d'illustrations des propos de l'auteure sur l'invention de l'écriture.
L'auteure fait partie du projet INSCRIBE dont voici les explications :
« Nous nous appliquons à reconstituer cette invention en nous fondant sur une méthode d'analyse qui recourt à diverses disciplines : la linguistique, l'archéologie, l'anthropologie, la perception visuelle, les études cognitives, les humanités numériques. Un des objectifs est de comprendre combien de fois l'écriture a été inventée dans l'histoire du monde, puisque le nombre précis de ces inventions n'a pas encore été établi avec certitude…Nous testons aussi des stratégies de déchiffrage sur les écritures. »
Dans un premier temps Silvia Ferrara fait l'hypothèse de l'existence d'une similitude entre les choses qui nous entourent, les formes de celles-ci, leur contour et la forme des lettres des écritures.
Pour elle nous sommes des êtres qui avons système visuel fortement développé nous permettant de capter les choses et de les retranscrire, les représenter pour les fixer, les objets étant plus permanents que les idées.
L'auteure et son groupe se démarquent des théories de Ferdinand de Saussure pour qui il n'existe aucun lien entre le signifiant (l'objet) et le signifié (le sens, la dénomination de la chose) chez ce dernier, le concept est beaucoup plus abstrait que celui de l'auteure qui au contraire part du principe d'un lien entre la matérialité manifeste des objets qui se concrétise dans l'écriture, les mots. Pour elle, les icônes, les symboles les dessins pour déchiffrer le monde, pour communiquer, laisser une trace préexistent à l'invention de l'écriture plus linéaire que nous connaissons aujourd'hui.
Les icônes, les dessins, les symboles sont d'abord des traces puis ont été exploitées par la bureaucratie, le commerce, la gestion des affaires. Selon les hypothèses de l'auteure, on en trouverait des traces d'abord en Crète, on y trouverait des traces de hiéroglyphes côtoyant un système de signes linéaires qui aurait prédominé ultérieurement jusqu'à nos jours, l'invention des écritures syllabiques remonterait à plus de 5000 ans. A Chypre, les inscriptions sur les beaux objets, vases, bijoux seraient indicateurs de propriété. Ces écritures restent à ce jour indéchiffrées contrairement aux hiéroglyphes égyptiens.
La question posée par les fragments d'écriture trouvés sur l'île de Pâques est : comment une forme d'écriture a-t-elle pu être inventée dans un lieu aussi isolé, aussi aride, coupé du reste du monde, sans influence extérieure ou antérieure, ceci est-il possible ?
Pour L'auteure, l'écriture est d'abord une trace faite pour perdurer dans le temps, elle tient ses origines dans des éléments imagés les icônes, les dessins, les symboles qui deviennent signes, parallèlement existent des systèmes linéaires anciens qui perdurent dans le temps à condition qu'il y ait un fort consensus, une harmonie de groupe, un code commun qui se répète dans le temps et qui se diffuse largement, c'est ce qui fait le succès d'une invention. Bien que le système linéaire domine actuellement en Occident, l'iconicité de l'écriture revient sur le tapis ; l'utilisation actuelle et fréquente des icônes sur le web tendent à rendre les hypothèses de l'utilisation d'une écriture iconique plausibles parallèlement à l'écriture linéaire, selon l'auteure, nous avons toujours besoin des images.
Après les écritures iconiques anciennes indéchiffrées de Crète (le crétois hiéroglyphiques), Chypre (le chypro-minoen) et l'île de Pâques (le rongorongo) ,Silvia Ferrara évoquent les autres écritures iconiques anciennes, inventées de manière autonome sans influence extérieure, elles sont au nombre de quatre, c'est l'exemple de l'Égypte, le Chine, La Mésopotamie (Irak) et le Mexique (l'écriture Maya). Ceci s'oppose donc à l'idée de la mono genèse de l'écriture (une seule écriture inventée, en un seul lieu). On apprend également qu'il existait une écriture égyptienne encore plus ancienne, prédynastique avant les hiéroglyphes entre autres.
Elle évoque plus loin des expériences isolées d'écriture incluant l'alphabet latin en réinventant une écriture, un alphabet, (c'est l'exemple d'Hildegarde Bingen au moyen âge, d'un analphabète cherokee, pour ce dernier l'écriture donne le pouvoir, au Vietnam c'est celui qui apporte la lumière.) et d'autres écritures tombées dans l'oubli dont certaines (Incas) sont composées de noeuds à déchiffrer, c'est dire la variété des écritures que nous propose l'auteure.
L'écriture du livre est dense, documentée certes mais les idées sur l'invention de l'écriture sont vues sous l'angle spécifique de l'auteure. le ton humoristique du texte, Les mythes et les anecdotes évoqués que nous connaissons tous (le minotaure, Héphaïstos) les voyages dans le temps et dans l'espace que nous fait faire l'auteure (la Crète, Chypre, l'île de Pâques, l'Égypte ancienne, la Chine, la Mésopotamie et bien d'autres contrées lointaines ) par l'évocation des différentes parties du monde où sont trouvées des traces des écritures anciennes et indéchiffrées, inventées et décodées et sur lesquelles portent les études des chercheurs du projet INSCRIBE agrémentent toutefois le texte pour le rendre accessible au grand public.
Les fables, les éléments fictifs, les descriptions d'îles idylliques contrebalançant ainsi les éléments parfois trop techniques dans certains passages.
Les hypothèses sont plausibles, séduisantes, un peu trop emphatiques en début de livre mais des bonnes pistes ensuite qui restent à démontrer, c'est ce que s'efforce de faire l'auteure avec son groupe de recherche travaillant sur les inventions de l'écriture et le nombre de fois où elle a été inventée, Silvia Ferrara est passionnée par le déchiffrage des écritures anciennes et inconnues, en fin de livre elle nous livre les avancées des travaux de recherche sur les écritures.
Le livre est ouvert au grand public, il est très intéressant et instructif et a le mérite de nous interroger sur l'origine, le devenir de l'écriture et de porter à notre connaissance d'autres types d'écriture que nous connaissons peu tout autour du monde et de l'histoire.
La voix et la subjectivité de la chercheuse est présente tout au long du livre, elle le revendique, personnellement, le livre se distingue des exposés purement scientifiques. L'essai mêle donc parfois l'aspect documentaire et la fiction.
J'aime assez l'idée de recherche sur l'écriture inventée en plusieurs endroits et plusieurs fois dans l'histoire de l'humanité et la recherche d'autres formes d'écritures existantes, ailleurs, non encore déchiffrées qui pourraient nous donner des informations sur d'autres civilisations, d'autres histoires de l'humanité comme Champollion l'a fait pour les hiéroglyphes égyptiens, par exemple, mais seul l'avenir le dira.
Bien qu'intéressant quelque chose m'a gênée durant ma lecture, notamment la façon dont il était structuré, la trop grande présence subjective de l'auteure et d'autres choses que je ne peux dévoiler, j'ai eu ma réponse dans le post-scriptum…
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calypso
  25 mars 2021
C'est incontestablement un ouvrage de qualité et certains passages sont très intéressants mais je déplore un certain manque de pédagogie… Silvia Ferrara est passionnée, cela saute aux yeux et c'est très appréciable, elle a plongé dans la marmite quand elle était petite et elle est devenue professeure de philologie, c'est dire si elle connaît bien son sujet. Elle a un don de conteuse assez exceptionnel, ce qui m'a conduite à être happée par ses propos dès les premières pages. Par la suite, ma lecture a été beaucoup plus laborieuse et beaucoup plus morcelée car les informations données sont très nombreuses et demandent un effort de concentration important. L'ouvrage se divise en six parties - « Prémisses », « Ecritures indéchiffrées », « Ecritures inventées, « Expériences », « Découvertes », « La grande vision » - qui sont elles-mêmes divisées en sous-parties, et il faut encore compter des subdivisions supplémentaires. Cette arborescence manque à mon sens cruellement de clarté, d'autant que Silvia Ferrara a une petite tendance à la digression. C'est riche, dense, on prend plaisir à réentendre parler des hiéroglyphes, des racines indo-européennes et du disque de Phaistos, on est surpris par certaines anecdotes racontées ou certains parallèles dressés et, il faut le reconnaître, on n'a pas le temps de s'ennuyer. Pourtant, je ne sais pas si c'est parce que j'étais fatiguée ou parce que j'ai voulu le lire trop vite (un mois de lecture tout de même…) mais j'ai peiné, vraiment peiné, alors même que le sujet me passionne… À redécouvrir, en prenant le temps de picorer davantage !
Merci à Babelio et aux Editions du Seuil pour cette lecture !

Lien : http://aperto-libro.over-blo..
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Tetrizoustan
  11 avril 2021
𐘞𐘘𐙼𐚙𐙙𐛙
J'aurais bien écrit toute la critique en linéaire A, mais ça risque d'être fatigant pour vous, d'autant qu'on ne l'a pas encore complètement déchiffré.
Les écritures indéchiffrées, c'est un peu le début du livre, elles peuvent être très anciennes, comme ce linéaire A minoen, récente comme le rongorongo ou énigmatique comme le manuscrit de Voynich, l'auteure nous fait partager de son excitation et sa passion sur le sujet.
Une passion communicative, et communiquée dans un style discursif très oral qui fait appel à des introductions et comparaisons parfois déroutants, comme les pokemons ou Donald Rumsfeld. Ca doit être bien de l'avoir comme prof, mais sur un support écrit, c'est assez perturbant, d'autant que j'ai eu l'impression plusieurs fois qu'il manquait des précisions pour bien comprendre, mais elle revendique elle-même ce style paradoxal.
On y trouvera aussi des précisions sur les inventions des grands systèmes d'écriture, sur les caractéristiques communes de naissance de ces systèmes, finalement très variés et pas si variées. Sur l'invention solitaire d'un système d'écriture qui peut finir par s'imposer (comme l'écriture cherokee). Sur ce qui fait le succès ou le déclin d'un système d'écriture.
Des considérations sur la théorie de l'écriture apparaissant comme nécessité de l'état centralisé (il y a eu des grandes civilisations sans écriture, et de nombreuses utilisations de l'écriture dans des sociétés sans centralisation). Sur la découverte et l'invention. Décidément il est toujours intéressant de remettre ses idées scientifiques au goût du jour. Sur la lecture des glyphes mayas, fascinant exemple chocolaté.
Un long développement sur la manière de déchiffrer une écriture, les différents cas, les étapes. le plus grand obstacle est parfois une certitude qui n'était qu'une simple hypothèse, comme ce hollandais qui a tenté de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens en étant convaincu qu'ils servaient à noter du néerlandais, wtf.
Alors qui a inventé l'écriture ? Des comptables ou des poètes ?
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dlcb26
  08 mars 2021
Reçu dans le cadre de la Masse critique, je remercie Babelio et les éditions du Seuil pour m'avoir fait découvrir cet essai.
L'autrice réussit à rendre l'histoire de l'invention de l'écriture amusante, drôle tout en proposant une lecture érudite sur la question. le ton dynamique fait que les pages ont défilé assez vite une fois que j'ai commencé ma lecture !
J'y ai retrouvé des échos de mes cours d'archéologie, de langues anciennes, de hiéroglyphes, d'histoire antique, de langues (européennes, arabe).
J'ai aussi appris beaucoup de choses sur des civilisations que je connais moins (Amérique centrale notamment, îles du Pacifique), ma curiosité attisée m'a poussée à faire quelques recherches supplémentaires !
Ce n'est pas un ouvrage de vulgarisation à proprement parler: il faut quand même avoir quelques bagages ou une bonne curiosité pour suivre. Mais la lecture est plaisante et instructive.
Mon seul bémol ? Des illustrations parfois trop petites et/ou peu "lisibles"/visibles pour accompagner le propos.
J'en retiens une dernière chose ( ;-) ): pour ceux qui en douteraient, le chat est bien depuis des millénaires le maître du monde, puisque son miaulement est reproduit de manière quasi identique dans toutes les langues anciennes et actuelles, ce qui veut dire que tous les peuples qui ont cotoyé des chats leur ont accordé suffisamment d'importance pour créer un signe écrit pour en parler et en garder trace et les ont perçus de la même façon ! et toc !
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
TetrizoustanTetrizoustan   06 avril 2021
Les divisions n'ont guère de sens en général, mais c'est encore plus vrai dans le cas de Chypre, où tout a toujours été mélangé : ethnies, couleurs, religions, nourriture, dans un désordre ordonné, dans une cohérence bouillonnante. Chypre a sa propre logique, c'est une Grèce qui fonctionne, dit-on.

Le lexique chypriote est parsemé de termes anglais et turcs, un dialecte grec aux sonorités archaïques, mêlées à des sons doux et ronds, qui semblent danser entre la langue et le palais. Le café a maints épithètes : il est turc, chypriote, grec ou arabe, mais c'est toujours le même café, un mélange dense, préparé dans le cezve, laissé à décanter, aussi âpre que les citrons. Nombreuses aussi ont été les langues parlées sur cette terre au cours des siècles. Aux Temps modernes, un dialecte grec et le turc ; dans l'Antiquité, un autre dialecte grec, coexistant avec le phénicien, mais chacun dans son coin, chacun avec son propre système d'écriture.

Creusons encore le passé. Peut-être existe-t-il une langue encore plus ancienne, dans une enclave isolée et confinée, l'éthéochypriote : /eteos/, le "vrai" chypriote. La langue mère. Elle n'est connue que par quelques inscriptions du Ier millénaire av. J.C., il y a donc près de deux mille cinq cents ans. L'éthéochypriote est une langue que nous savons lire, car elle est écrite dans un syllabaire chypriote dit classique (ou chypro-grec) qui a également enregistré, à la même période, un dialecte grec local : l'arcado-chypriote. Une écriture pour deux langues, l'une grecque et l'autre pas, de toute évidence. La langue mère semble inconnue : qu'y a-t-il là-dessous ?

Pour le comprendre, il faut remonter encore plus haut dans le temps, il y a trois mille cinq cents ans. Nous débarquons sur une île qui était alors heureuse et prospère, avec des centres urbains sur la côte et un système géopolitique dans lequel personne n'occupait une place prépondérante : une hétérarchie, donc, au pouvoir également réparti ; des ressources en cuivre (qui en latin s'appelait aes cuprum, précisément en référence au nom de l'île), une marchandise qui s'échangeait dans toute la Méditerranée orientale. Les Crétois minoens, qui poussaient leur expansion sur la mer Egée jusqu'aux côtes d'Anatolie, semblent avoir également fréquenté et visité Chypre, bien que leur passage ait laissé peu de traces de leur culture. Le linéaire A des Minoens fut adopté pour enregistrer la langue chypriote, peut-être aussi une autre langue. La langue chypriote et l'écriture minoéenne s'entremêlent ; l'alliage qui en résulte est le chypro-minoénne. L'écriture de l'île est celle de tout le monde et de personne.
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TetrizoustanTetrizoustan   10 avril 2021
Gwynethpaltrow I prend le métro au vol, rentre chez elle et surprend son fiancé avec une autre femme. Elle le met à la porte, se coupe les cheveux courts style urban chic années 1990, devient une femme d'affaires à succès et trouve l'homme de sa vie. Gwynethpaltrow II, en revanche, loupe le métro, continue à être trompée par son fiancé infidèle, ne fait pas grand-chose de son existence et meurt écrasée par un bus. Je vous présente les Gwynethplatrow I et II de l'alphabet : Abjab et Halaham. Ces deux alphabets dérivent du protosinaïtique. Nous les trouvons attestés au moins cinq siècles plus tard et l'alphabet qu'ils utilisent tous deux est formellement le même. La seule différence est l'ordre des lettres dans les séquences. (...)

Le trait d'union de ces deux ordres alphabétiques est une ville de Syrie appelée Ougarit. A Ougarit, à la fin du IIe millénaire av. J.-C. (..) les deux ordres alphabétiques, abjab et halaham, se rencontrent et, même si c'est pour une courte durée, coexistent dans les mêmes écoles.

Mais une rafale de vent, un coup du sort, un carrefour inattendu séparent bientôt leurs chemins et leurs destins.

Abjab se transmet à la langue des marchands phéniciens, devient un entrepreneur prospère, gagne de l'argent en vendant son produit, économique, fonctionnel, efficace, ouvre des franchises dans le monde entier, arrive chez les Grecs et apprend, au cours des siècles, des centaines de langues. Il devient monsieur Alphabet.

Halaham quitte Ougarit et part vers le sud, meurt dans les caravanes de la péninsule arabique et ses traces se perdent dans les dunes du désert. Seules quelques pierres tombales avec de rares inscriptions éparses conservent son souvenir. Belles, mais provinciales, périphériques. Cette écriture devient la niche de prédilection de rats de bibliothèque et de professeurs aux yeux globuleux qui s'enthousiasment devant une étrange inscription (moi, par exemple). Halaham est destiné à l'oubli, à son corps défendant. C'est une victime du hasard, d'un coup de dés malheureux.
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calypsocalypso   25 mars 2021
Je suis en CM2. La maîtresse écrit au tableau des signes étranges que je n'ai jamais vus. C'est un beau jour du printemps 1986, j'ai dix ans et je sais à peine lire. Je suis en retard sur le rythme normal : apprendre à écrire a été pour moi une longue entreprise, à pas lents.
Mais, en ce moment, la maîtresse écrit et, sans le savoir, elle appose un sceau sur ma vie. Je me rappelle qu'elle était vêtue de blanc, comme les inscriptions à la craie sur le tableau noir. Alpha bêta gamma. Je cherchais à déchiffrer. Rares sont les instants, dans l'existence, où un geste s'empare de tout l'espace et le transporte avec lui dans le temps. Au fil des années, la mémoire réélabore, infléchit, aplatit bien souvent. Mais ces gribouillages m'ont marquée au fer rouge.
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TetrizoustanTetrizoustan   11 avril 2021
On constate une magnifique convergence dans de nombreuses langues du monde. Peut-être est-ce un hasard, mais le miaulement du chat est presque toujours rendu de la même façon. Cela ne vaut pas pour les autres animaux : le coq allemand fait kirikiki et l'anglais cock-a-doodle-do. Le chien russe fait gav et l'indonésien fait guk. Le chat, en revanche, est oecuménique : il fait miaou en français, miao en italien, meo en vietnamien, myau en russe, etc. La différence est minime. Le constat s'applique également - c'est incroyable ! - aux langues anciennes. Vous voyez où je veux en venir.

Si j'étais un chat minoen, avec mes belles syllabes ouvertes et simplifiées, presque toutes formées d'une consonne et d'une voyelle, comme dans le linéaire B (et le linéaire A), que ferais-je ? Si j'étais un chat minoen, je ferais /ma/. Un beau maaa au mufle de tous les taureaux minoens qui gambadent dans les palais.

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djdri25djdri25   10 mars 2021
Nous créons des choses qui n'existent pas dans la nature, comme les symboles. Mais aussi les histoires, les lois, les institutions, les gouvernements. Autant d'artifices. Et tout tourne autour de l'échange d'informations : raconter, nouer des alliances, établir ou perturber des équilibres sociaux, cancaner.
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Vidéo de Silvia Ferrara
« Ce livre n'est pas un livre sur le grec ancien, ni sur l'alphabet. C'est un récit, qui parle d'une invention, la plus grande du monde » Silvia Ferrara
Pourquoi l'homme s'est-il mis à écrire ? Comment et où cette révolution a-t-elle eu lieu ? Voilà les mystères sur lesquels Silvia Ferrara lève le voile. Pour cela, elle nous fait voyager dans le temps et l'espace comme dans les méandres de l'esprit humain. Ici, elle dresse le fascinant inventaire des graphies non encore élucidées ; là, elle retrace les multiples apparitions de l'écriture dans l'histoire. Car tout laisse penser qu'elle a été découverte et s'est effacée, sans laisser de traces, à plusieurs reprises. Sa naissance en Mésopotamie au quatrième millénaire avant notre ère n'aurait été qu'une occurrence parmi tant d'autres. Pris par un récit vertigineux, qui nous transporte du Mexique aux pourtours de la mer Égée, de la Chine aux Îles de Pâques, nous suivons pas à pas les progrès d'une recherche qui a considérablement progressé dans les dernières décennies. Enrichie d'illustrations, cette Fabuleuse Histoire… nous instruit autant qu'elle nous fait rêver.
Retrouvez les informations à propos de "La Fabuleuse Histoire de l'invention de l'écriture" de Silvia Ferrara sur notre site : https://bit.ly/3oF47lc
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