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EAN : 9782213679235
287 pages
Fayard (27/09/2017)
4.09/5   65 notes
Résumé :
Pendant 99 % de l'histoire de l'humanité, l'homme a été chasseur, pêcheur et cueilleur. Il y a douze mille ans seulement, les humains, au nombre de quelques centaines de milliers, nomadisaient par petits groupes. Aujourd'hui, sept et bientôt neuf milliards d'humains, presque tous sédentaires, peuplent la terre. Leurs sociétés sont très inégalitaires, puisque environ 1 % d'entre eux possèdent la moitié de la richesse mondiale.Comment en est-on arrivé là ? Que s'est-i... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Voici un (gros) livre de référence pour une vision d'ensemble de cette période de l'histoire dont, faute de documents écrits, les noms de la plupart des héros et héroines ainsi que leurs hauts faits resteront a jamais inconnus. Partagé en thématiques distinctes elles-memes partagées en courts chapitres faciles a lire, ce livre vous donnera peut-etre envie d'en savoir plus, notamment sur les deux grands éléments interconnectés qui sont a la base des civilisations humaines et sur lesquels vous ne trouverez ici que des généralités: le passage d'une culture de chasse-cueillette a une culture sédentaire agricole et la constitution des États plus ou moins centralisés. Pour ces deux grands sujets, je ne saurais trop recommander "Homo Domesticus" de James C. Scott (préfacé par Jean-Paul Demoule, auteur du présent ouvrage) ainsi que "Au commencement était..." de David Grueber et David Wengrow.

Les thématiques du livre sont: l'agriculture; l'apparition de la maison et des villages; l'invention des outils, du métal et de la roue; la religion; l'art; les chefs; la guerre; les rites funéraires; la domination masculine; les migrations; l'organisation sociale en peuples, ethnies et nations. le choix de raconter les "dix millénaires oubliés" du néolithique (et un peu plus) au-travers de ces themes généraux et donc selon une perspective anthropologique offre en principe l'avantage pour le lecteur de pouvoir lire les parties du livre consacrées a telle ou telle thématique dans n'importe quel ordre, mais avec l'inconvénient de rendre difficile la compréhension selon une perspective historique. Contrairement donc a ce que pourrait suggérer le titre du livre, celui-ci ne traite pas tant d'histoire que d'anthropologie.

La critique que je ferais a cet excellent ouvrage de vulgarisation est qu'il nie expressément (chap. 9, sous-chap. "Une Europe matriarcale et pacifique ?") ce qui fut probablement l'événement de cette période ayant le plus de portée historique, anthropologique, génétique, sociale et linguistique pour l'Europe, a savoir sa conquete - que l'on suppose violente - débutant il y a environ 5000 ans et se déroulant pendant environ 500 ans. Les conquérants étaient le peuple, aujourd'hui disparu, des Yamnayas. Originaire des steppes d'Eurasie centrale, ce peuple fut parmi les premiers a domestiquer le cheval et utiliser le char a roues. Des 2015 (deux ans avant la parution du présent ouvrage) il a été mis en évidence que les gènes yamnayas sont présents dans la majorité des européens d'aujourd'hui, au point par exemple que plus du tiers du génome des Francais est estimé provenir de ce peuple. A ce sujet, on pourra consulter, entre autres, ces documents internet:

https://rage-culture.com/les-yamanayas-le-peuple-a-lorigine-de-la-majorite-des-europeens-modernes/
https://www.ancient-origins.net/ancient-places-europe/yamnaya-culture-0012105
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-chronique-de-la-terre-au-carre/la-saga-des-humains-les-yamnayas-8688950
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Cet ouvrage de Jean-Paul Demoule, préhistorien et archéologue, grand spécialiste du néolithique, est absolument essentiel pour qui veut tenter de comprendre l'évolution des sociétés et civilisations qui se sont succédées entre les débuts de l'agriculture et notre période actuelle .
On doit donc à l'auteur de décrypter ces 10000 ans , curieusement oubliés et se situant grossièrement entre la fin du paléolithique ( et les grottes ornées qui nous fascinent tant !!) et l'entrée dans L Histoire ( prise au sens strict du terme) .
Ces temps ont néanmoins fortement contribué à la construction , aux "choix" civilisationnels , des modèles sociaux (et sociétaux ) dans lesquels nous évoluons encore aujourd'hui.
Le style de l'auteur est clair, le contenu compréhensible par tout un chacun....Jean-Paul Demoule est un formidable "passeur"!
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"Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres (...) Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux." Etienne de la Boëtie, Discours de la servitude volontaire.

Vers – 10 000 l'invention de l'agriculture marque le début du néolithique. Cette période décisive pour l'humanité et la planète est peu enseignée et peu connue du grand public, ce que déplore Jean-Paul Demoule qui nous présente ici, de façon très accessible, les bouleversements essentiels qui l'ont marquée. L'ouvrage est présenté sous la forme d'une dizaine de grandes questions : Qui a inventé l'agriculture (et l'élevage) ? Qui a inventé les dieux (et Dieu) ? Qui a inventé les chefs (et la servitude volontaire) ?...

Dans Sapiens, Yuval Noah Harari qualifie la révolution néolithique d'escroquerie. Jean-Paul Demoule confirme que la découverte de l'agriculture, outre la sédentarisation, a entraîné l'allongement de la journée de travail, une croissance démographique hors de contrôle, le développement des inégalités au point qu'aujourd'hui 1 % des individus possède la moitié des richesses mondiales. Au début du 7° millénaire, les communautés agricoles du Moyen-orient ont crû en nombre et formé des villes de plusieurs milliers d'habitants. Elles sont alors touchées par un effondrement dont les causes ne sont pas bien connues. Les grandes agglomérations disparaissent et une partie de la population émigre vers les régions environnantes puis l'Europe qui est colonisée et se met aussi à l'agriculture.

J'ai été particulièrement intéressée par les éléments de réponse apportés à la question Qui a inventé la domination masculine ? L'auteur réfute les théories selon lesquelles il aurait existé au paléolithique un matriarcat primitif. L'ethnographie montre que les femmes n'ont le pouvoir politique dans aucune des 10000 sociétés humaines passées ou présentes recensées. En ce qui concerne les représentations féminines datant du paléolithique -statuettes aux caractères sexuels exagérés baptisées "Vénus"- il y voit plutôt "un point de vue essentiellement masculin, préoccupé par la compréhension et le contrôle de la sexualité féminine".

C'est donc une lecture que j'ai appréciée. Jean-Paul Demoule explique clairement et ne se contente pas de parler du passé : il fait des liens avec l'époque contemporaine dans une optique de critique sociale. Les millénaires zappés, nous dit-il, sont ceux où les sociétés ont faits certains choix, et tout n'est pas forcément allé de soi. Toutes les sociétés n'ont pas fait les mêmes choix, d'autres étaient possibles, d'autres le sont encore, pourquoi pas.
Lien : http://monbiblioblog.revolub..
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Cet ouvrage de vulgarisation met en lumière le Néolithique, soit les derniers millénaires de la Préhistoire, une période peu étudiée à l'école et peu médiatisée. Pourtant de nombreux bouleversements ont eu lieu durant celle-ci : naissance de l'agriculture, apparition des villages puis des villes, émergence de la hiérarchie et des inégalités sociales... Les chapitres sont thématiques et peuvent se lire indépendamment les uns des autres (d'où certaines redites).

Même si j'ai appris des choses très intéressantes dans ce livre, celui-ci pose bien plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Et c'est bien normal, entre le manque de traces archéologiques, des historiens qui ne sont pas d'accord entre eux, de nouvelles découvertes faites chaque année qui remettent en cause les théories avancées... Un vaste domaine qui reste à découvrir.
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Il paraît que c'est la philosophie grecque... non, l'Empire Romain... non, la découverte (par les européens) des Amériques... non, la Renaissance... non, l'ère industrielle... non, la mondialisation récente... non, l'informatique... non, le transhumanisme à venir, qui ont été l'époque charnière dans l'histoire de l'Humanité. Bon, chaque nouvelle époque a toujours dénigré la précédente pour se valoriser...
Et si ce n'était pas en fait le néolithique qui avait été le plus grand bouleversement? L'invention de l'agriculture et de l'élevage sédentaires, qui ont engendré la civilisation urbaine, l'écriture, l'explosion démographique, l'accumulation, les inégalités, les guerres, les épidémies...
Ça vaut la peine de se poser la question, non? Jean-Paul Demoule, en bon vulgarisateur, nous y invite, sur un mode précis et aisé à lire.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Le plus ancien animal jamais domestiqué ne l'a pas été pour sa viande : il s'agit du loup, qui, au fil des générations et des sélections, est l'ancêtre de toutes les races de chien actuelles, du caniche nain au saint-bernard. Ce sont des groupes de chasseurs-cueilleurs qui l'ont domestiqué, de manière certaine autour de -10000 ans, dans tout le nord de l'Eurasie, du Japon à l'Angleterre, mais aussi au Proche-Orient - mais peut être bien avant : on en discute. Le cas du chien prouve que la domestication n'a pas toujours été un processus de prise de contrôle brutale sur une espèce animale. Les meutes de loups et les groupes d'hommes chassaient de la même façon : en bande. Leur association a rendu la chasse plus efficace.
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Une autre forme de violence particulière, également cérémonielle, est celle des sacrifices humains, volontaires ou subis. Ils ne sont pas toujours aisés à identifier, et restent parfois discutés. Un des cas les plus évidents réside dans ce qu'on appelle les "morts d'accompagnement", ceux que l'on retrouve dans la tombe d'un personnage visiblement important, ou à proximité immédiate.
[...] L'archéologie en a retrouvé plusieurs exemples, comme dans la tombe du Néolithique italien, creusée dans le tuf à Ponte San Pietro près de Viterbe : un homme d'une trentaine d'années est déposé au centre de la cavité, le visage peint à l'ocre rouge, accompagné d'une hache de guerre en pierre et d'une autre en cuivre... Le corps d'une femme au crâne fracassé, gît à ses côtés, recroquevillé contre la paroi.
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Ainsi, ce que l`on zappe sans doute, en toute bonne foi, c`est l`idée que tout n`est pas allé forcément de soi. Que les deux grandes ruptures de l`histoire humaine - l`émergence de sociétés agricoles sédentaires, a la source de l`explosion démographique humaine (la révolution industrielle, puis numérique, n`en sont que la conséquence technique a long terme), puis l`émergence de sociétés de plus en plus inégalitaires - n`étaient pas les seules solutions. Que toutes les sociétés n`ont pas fait les memes choix. Qu`elles ont régulierement lutté, violemment ou pacifiquement, activement ou passivement, contre pouvoirs et inégalités.
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(Chapitre sur l’art) la dernière constante est la figuration de femmes, sculptées, gravées ou peintes, aux caractères sexuels exagérés. Plutôt que la fertilité ou la fécondité, c’est bien la sexualité qui paraît en condition par ces images, sexualité à se représenter, à comprendre, voire à contrôler, plutôt d’un point de vue masculin.
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En parant son corps, on s'individualise, on construit son identité, en même temps qu'on en fait un objet esthétique.
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Videos de Jean-Paul Demoule (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Paul Demoule
Conférence proposée par le Conseil Scientifique
Intervenant: Jean-Paul DEMOULE, préhistorien et professeur émérite à Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Si l'on ne connaît pas de pratiques funéraires de la part de nos cousins primates ni des formes humaines les plus anciennes, des homo erectus en Espagne et des homo naledi en Afrique du sud ont entrepris il y a quelque 300.000 ans de déposer les morts de leur communauté dans des grottes, au fur et à mesure des décès. Puis les hommes de Néandertal, tout comme les premiers sapiens, ont commencé à creuser des tombes, déposant parfois des objets auprès du défunt, indice probable de croyances en un au-delà de la mort. Avec le néolithique et la sédentarisation des vivants, les morts aussi se sédentarisent dans les premières nécropoles, tandis que les pratiques funéraires ne cessent de s'enrichir, reprises des ossements ou modelage d'un visage d'argile sur le crâne récupéré du défunt. Les sociétés agricoles se hiérarchisant, les morts importants emportent aussi des richesses nouvelles, quand on ne leur construit pas d'imposants monuments mégalithiques, affirmation de la puissance des dominants. de fait, les tombes, en associant un individu aux objets témoignant de son statut, sont-elles des documents essentiels pour la compréhension des sociétés passées – même s'il existe malheureusement (pour les archéologues) des pratiques funéraires qui ne laissent que peu ou pas du tout de traces.
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