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Jacques Tardi (Illustrateur)
EAN : 9782203334014
198 pages
Casterman (04/05/1993)
4.21/5   135 notes
Résumé :
Monsieur Même est un bien étrange personnage, il règne, tel un monarque déchu sur une terre dont il ne possède plus que les murs. Pour emmerder le plus possibles les habitants de ce royaume indépendant du "pays clos", ceux qui ont, selon lui, volé la terre de ses ancêtres, il est devenu le portier de toutes les grilles et passages et fait monnayer leur ouverture
.
Une fois son éreintant boulot achevé, il reste seul dans sa petite maison, posée sur l’ar... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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N'y a-t-il donc à l'orgueil d'autre issue que l'humilité ?
-
Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Avant d'être rassemblées en album publié par Casterman, les planches de ce récit paraissent dans les numéros un à douze de la revue (À Suivre) entre février 1978 et janvier 1979. La première édition en album date de 1979. Il a été réalisé par Jean-Claude Forest (1930-1998) pour le scénario, et par Jacques Tardi (1947-) pour les dessins. Il comprend cent soixante-trois pages de bande dessinée en noir & blanc. En ouverture, se trouve une préface de quatre pages, rédigée par le scénariste évoquant sa collaboration avec l'artiste, ainsi que la question du sens de l'oeuvre.

Arthur Même se tient sur le faîte du mur de séparation, et il s'adresse aux ouvriers en train de réparer un autre mur : il leur demande s'ils veulent boire quelque chose. L'un d'eux répond par la formule de politesse : si M. Même insiste… Arthur indique qu'il ne se souvient pas d'avoir insisté et il ne se souvient pas non plus avoir jamais compris pourquoi les gens boivent tant… Il continue à voix haute : il se demande si un jour quelqu'un lui expliquera ce qu'il y a dans le vin. Pour lui, le vin et l'huile c'est pareil. Avec le vin sur la langue, les gens dérapent de la tête, comme avec l'huile sur le pavé, on dérape de la semelle. Comment discuter avec des gens qui dérapent et qui, à tort et à travers, lui attribuent de l'insistance, pourquoi pas de l'entêtement ? Tout en monologuant, il a débouché une bouteille de vin avec le tire-bouchon passé à l'anneau de son trousseau de clés, et il a servi un verre aux deux ouvriers. Celui avec la casquette s'adresse à lui : il faut qu'il lui dise une chose, une chose qui n'a pas bien d'importance, mais qui l'asticote sérieusement : Gâcher le ciment, bien gras ou maigre (c'est selon), poser une pierre sur une l'autre, etc. tout ça c'est son affaire. Et avant de toucher la truelle pour Arthur Même, il la touchait déjà pour sa pauvre mère. L'ouvrier demande alors : Pourquoi faut-il qu'Arthur soit là à lorgner tous ses gestes, comme s'il passait le plus clair de son temps à se cracher dans les mains ?

Arthur Même répond que l'entretien des murs est à sa charge. Si une pierre se détache, tue une bête ou un enfant, lui Arthur est responsable et au moindre accident, ils essaieront de le chasser des murs. Alors il ne surveille pas les ouvriers, il veille. L'ouvrier lui répond qu'à sa place, il vendrait. Même s'emporte : il est facile de faire l'intéressant lorsqu'il s'agit des affaires des autres. Il continue : Ces collines, cette campagne morcelée, découpée comme bête à l'abattoir, ces propriétés comme des escalopes et qui s'étalent du lac aux coteaux de Machepaille, sans les murs, c'est un seul et magnifique domaine : Mornemont ! Et Mornemont, au début du siècle, appartenait tout entier à sa famille. À la suite de querelles avec les voisins à propos de misérables lopins de terre, sa famille a dû entamer une ribambelle de procès, elle a perdu… Et peu à peu le domaine tout entier a changé de propriétaire !

Un homme perché sur un mur, des ouvriers qui réparent un autre bout de mur, un domaine dont les demeures et les terrains appartiennent à différentes familles, mais les murs d'enceinte appartiennent à un unique individu qui a en charge d'ouvrir et de fermer les portails qui constituent autant de péages dont encaisse l'argent. À l'évidence, une métaphore… Grossière erreur !!! Dans son introduction, Jean-Claude Forest pose clairement les choses : Mais qu'on ne vienne pas lui écrire dans le dos ce qu'il n'a pas écrit. Ni travestir par rajouts, en filigranes ou estampilles, la mise en images. Qu'on n'aille pas voir dans Ici Même un pamphlet, une satire de la société ou des représentants de son régime politique. Il n'a pas eu davantage l'intention particulière de tourner en dérision l'attachement à la propriété. […] Il veut dire qu'à la tradition, aux habitudes culturelles qui toujours poussent le lecteur à être un raisonneur s'ajoute une incitation renforcée à chercher dans la moindre idée, dans le moindre récit, la morale, l'idéologie clairement ou obscurément véhiculées. Il faut donc au lecteur une belle indépendance d'esprit pour s'accrocher au seul récit et jetant la leçon aux orties, ne tirer parti que du charme des situations et de la surprise des rebondissements, sinon du rêve offert en prime. Pourtant il lui serait malvenu de critiquer ce type de lecture orientée.

Ainsi averti, le lecteur se garde bien de passer en mode analytique et il suit la recommandation du scénariste à la lettre en restant au premier degré. Il plonge donc dans un monde en noir & blanc (non, pas d'interprétation sur ce choix) : des images avec un fort contraste. Des traits de contour fins, parfois un peu tremblé, plus comme vivants que comme mal assurés. Un usage des aplats de noir important pour le costume noir de monsieur Même, pour des chevelures, pour des ombres portées, pour le relief des objets et des décors, ce qui donnent une consistance visuelle à chaque planche. Bien sûr, le lecteur peut se demander si l'histoire d'un type qui se balade sur des murs va être visuellement intéressante… sauf s'il a déjà lu des oeuvres de ce bédéiste. Indépendamment de l'interaction limitée entre scénariste et dessinateur évoquée dans l'introduction, le lecteur éprouve la sensation qu'il s'agit de pages d'une seule et même personne. le scénariste a visiblement pensé à la dimension visuelle de son histoire, variant régulièrement les décors grâce aux séquences consacrées à des personnages secondaires, et il parvient même à introduire de la diversité dans l'arpentage des faîtes de mur grâce à des éléments inattendus. le lecteur commence par admirer la variété des tuiles et des sommets de mur, exigeant parfois un excellent équilibre de la part de Même. Il jette régulièrement des coups d'oeil aux différents jardins, pelouses et arbres, et aux demeures. Il apprécie le goût de l'artiste pour la pierre, la brique, les ferrures, les persiennes, les toitures, les portails, les colonnes, et même une serre de jardin.

Le récit s'aventure donc dans d'autres endroits, décrits avec autant de soin : un cimetière, l'intérieur de la chambre de Julie Maillard, le petit bateau à moteur de l'Épicier, le palais présidentiel, les appartements du Président, la salle du conseil des ministres, et l'intérieur de la petite guérite servant d'habitation au personnage principal. Il prend le temps de regarder les accessoires : l'antique modèle de téléphone de Même, son trousseau de clés, un chevalet de peinture, les stèles des tombes, le lustre à pendeloques dans la salle du conseil des ministres, la plante verte en pot dans la chambre du Président, le bidet dans la salle de bain de Julie, les marchandises de l'Épicier, etc. Il découvre ou il retrouve la capacité surnaturelle de Tardi à donner des trognes à chacun de ses personnages, à la limite du plausible sans jamais franchir la ligne de la carricature, des visages très expressifs, des silhouettes diversifiées, chacune en disant long sur la personnalité de l'individu. le lecteur se dit qu'un personnage servile à sa manière comme Arthur Même ne pouvait qu'avoir une constitution longiligne, que Julie se devait d'être solidement charpentée du fait son assurance et de son indépendance, les petits yeux et les grandes oreilles de l'Épicier insensible au regard des autres, etc.

Mais voilà, cette diversité des personnages met en lumière l'ouverture vers l'extérieur : ces familles qui vivent dans toutes ces demeures (une dizaine d'évoquées même si elles n'apparaissent pas toutes : Maillard, Gandelut, Pouilleron, Sergy-Merival, Michelot, La mère Linéa, Morleboeuf, Gandelu, Maury-de-Nancelles, Clairbeaux), le Président et ses ministres (Harlan, Badinski, Debarandon, Hayouli-Hayounberg, plus quelques autres non nommés), Gisèle la première dame, Georges le valet particulier, de Barandon, le général Desgriottes, le colonel Demalpine, Harlan ministre des armées. Il faut encore ajouter les avocats (Maître Roubillard, Maître Bougreval, Maître Patelot, la secrétaire mademoiselle Mireille) et l'espion Quatre-Septembre. Alors, même s'il veut bien faire l'effort de ne tirer parti que du charme des situations et de la surprise des rebondissements, le lecteur reste incapable de s'arrêter là. Quand même, il est question de gouvernement, d'élection et de leur résultat à venir, de propriétaires qui profitent, d'une guerre même. Et puis le scénariste lui-même titille le lecteur : Qu'est-ce que c'est que ce nom de Quatre-Septembre pour l'espion ? Cela ne peut que renvoyer à la date du 4 septembre 1870, quand Léon Gambetta proclame la Troisième République, à la suite de la défaite de Sedan et de la chute du Second Empire. Puis cette reprise de la formule Aujourd'hui rien, attribuée à Louis XVI dans son journal pour le 14 juillet 1789. Mais quel rapport avec la situation d'Arthur Même ? Et aussi ce nom de pays Mornemont, quelle similitude avec l'adverbe Mornement. En outre à plusieurs reprises, la narration visuelle glisse vers la fantasmagorie : Arthur Même recouvert par des insectes, une oreille géante qui empêche le cheminement sur le mur, deux coureurs avec dossard portant au-dessus de leur tête le lit d'Arthur avec lui et Julie dedans, le macabre carnaval venant menacer Arthur. Tout cela revêt l'apparence de métaphores visuelles, et même d'allégories parfois. Sans même parler de la mise en scène de la sexualité, avec une touche d'ondinisme, ou encore de la relation à la mère. Heureusement que le scénariste accorde que pourtant il serait malvenu de de critiquer ce type de lecture orientée…

Un monsieur dégingandé qui parcourt le faîte des murs d'enceinte pour aller ouvrir des portails : assurément il s'agit d'un conte. La narration visuelle s'avère d'une justesse extraordinaire, entre description factuelle et prosaïque et éléments décalés s'intégrant parfaitement. L'histoire au premier degré se dévore comme un feuilleton, chaque chapitre bâtissant sur le suivant, avec une logique interne et une progression d'une solidité inattendue. Mais quand même, il y a matière à interprétation de ce conte, et même à interprétations multiples, et peut-être même à psychanalyse de ce conte même s'il est dépourvu de fées.
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Que le roman graphique soit! Et le roman graphique fut. C'était en 1979. Forest avait écrit, Tardi avait dessiné. Ici Même était né. Une déflagration dans l'univers de la BD, une explosion qui lissait la houppette tintinesque, déculottait Sylvain, déplumait la mouette rieuse, passait au bulldozer toutes les cours de récré.
Soudain, la bande dessinée faisait les yeux doux du côté de Kafka. Sans cafards, sans château, sans procès (ou presque). Avec des murs, des grilles, des clés, des bouts de propriété, des politiciens véreux. La bande dessinée glissait vers un absurde en noir et blanc , piétinait les plates-bandes d'Ubu, dynamitait les clichés de la vieille école à lorgnon et blouse grise. La bande dessinée se hissait vers les sommets.

Oui, des sommets! D'ailleurs, Arthur Même vit sur des murs. Exclusivement sur des murailles élevées et dans un mirador. Arthur Même surveille le domaine de Mornemont, véritable camp retranché, composé de parcelles labyrinthiques aussi closes que des oubliettes royales. Nul habitant ne peut franchir les grilles sans l'assentiment d'un Arthur, dépositaire des clés. Aristocrate de naissance, Arthur fut dépossédé des terres familiales mais conserva la jouissance des murs. Amer, revanchard, Arthur taxe les propriétaires d'un morceau du domaine à chaque ouverture de grille… Aux fins de financer un nouveau procès qui lui restituerait son dû. C'est dire que l'on se déteste à Mornemont. Fort heureusement, la propriété a les pieds dans l'eau d'un lac, ce qui permet l'approvisionnement du roi Arthur (sans couronne) par bateau épicier, sans danger. le mur touche le lac.
S'obstiner c'est se condamner au funambulisme mural. A aimer Julie, l'unique amie qui l'aime bien comme elle aime les hommes. A échanger deux mots avec maman au téléphone. A rompre la solitude avec un épicier poursuivant le destin familial "de lac en lac, toujours plus à l'ouest" avant naufrage. A se faire chahuter par le président de la république dans un épisode surréaliste.

Lire Ici-même, c'est se frotter à des dialogues improbables et savoureux:

"- Vous voulez boire quelque chose ?
- Bah , si vous insistez …
- Je ne me souviens pas avoir insisté et je ne me souviens pas non plus avoir jamais compris pourquoi les gens boivent tant … je me demande si un jour quelqu'un m'expliquera ce qu'il y a dans le vin … Pour moi le vin et l'huile c'est pareil … avec le vin sur la langue les gens dérapent de la tête comme avec l'huile sur le pavé on dérape de la semelle ! Comment discuter avec des gens qui dérapent et qui, à tort, m'attribuent de l'insistance … Pourquoi pas de l'entêtement ?  »

La littérature a ses classiques. La bande dessinée également. Cette BD parue initialement dans "A suivre" me suit encore.
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Jean-Claude Forest (1930-1998) est un auteur de BD français, célèbre pour son imagination débordante, la finesse de son dessin et le sex-appeal de ses héroïnes telle Barbarella (portée à l'écran en 1968 par Roger Vadim avec Jane Fonda
dans le rôle-titre)
Il a participé au bouleversement de la BD francophone, en particulier de la bande dessinée dite « adulte » (voir Pif-Gadget, Pilote, L'Echo des Savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial…)
Ici avec le talent immense de Tardi il signe avec brio une BD-Roman graphique magnifiquement drôle, étrange, déjantée, onirique, politique style IVème république, érotique et héroïque avec ce Monsieur Même, incroyable personnage inattendu et si attachant! Une superbe découverte!
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Monsieur Même est un personnage bien étrange. Pas seulement à cause du chapeau melon et de sa redingote élimée. Peut-être parce qu'il marche sur les murs avec sa casserole au bout d'un manche à balai. Il passe ainsi ses journées à ouvrir des portails sans descendre à terre. Ladite casserole servant à la pièce de monnaie rétribuant son étrange service.
Un ermite sur les murs.
L'impudique Julie va le sortir de sa torpeur en le faisant souffrir d'amour. Mais ça c'est compréhensible.

Mais que viennent faire un marinier-épicier et un président de la 3ème république avec son gouvernement et son armée dans cette histoire?

Pour cela il faudra lire ou relire ce que Tardi et Forest ont concocté il y a bien longtemps. Ce roman graphique, devenu un classique, où un homme se retrouve esclave d'une situation kafkaïenne.
Un chef d'oeuvre ici même.







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De toutes les BD de Tardi, Adèle Blanc sec ou Nestor Burma, adaptations de Léo Mallet ou mises en perspectives d'une période de l'histoire -14-18 , 39-45, la commune...- Ici-Même reste celle que je préfère.

Poétique, inventive, à la fois décapante d'ironie et pleine d'imagination, cette saga du haut des murs, cet enfermement perché (à tous les sens du mot) est un ...monument de fantaisie et de profondeur! Le scénario, absurde et décalé, est de J. Forest et la mise en images, lunaire et mélancolique, est de Tardi.

"Même"- c'est le nom du héros- arpente son territoire de faîtes-de-murs labyrinthique: il s'est fait gentiment spolier, depuis des générations, de tous ses terrains, il ne lui reste en (nue) propriété que les murs.

Le haut des murs, exactement. Il relève inlassablement les taxes, les péages de ses murs, c'est son seul revenu, son gagne-pain, toute sa journée y passe mais au péril de sa vie, toujours: en bas l'attendent chausses-trappes et chiens féroces... Donc jamais un pied à terre, il y a danger!!

Il est le funambule maniaque des créneaux, l'acrobate tâtillon d'un domaine en pointillé...

C'est aussi l'histoire d'une névrose qui guérit, d'un repliement qui s'ouvre, d'un solitaire quasi-autiste qui découvre l'autre, le sexe, l'amour, la vie..et redescend sur terre...

Une petite merveille en noir et blanc. A déguster avec immodération!
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
On dit toujours : Rien ne va plus !… mais un Rien vaut mieux que deux tu l’auras…. (comme aurait dit l’épicier), au moins on sait à quoi s’en tenir… parce que si jamais Ça va allez savoir où ?… (Évidemment pas loin, mais pas loin, où ça ?) D’abord pour que ça ait des chances d’aller un peu loin, faudrait avoir une idée de ce qui va, exactement… et dans quel sens ! Aujourd’hui, c’est galimatias et brouillamini ! Parfois je me dis : pour y voir clair, il faudrait poser tout ça, là, bien à plat… Je veux dire le coucher sur le papier, avec des mots et des virgules… avec des points, des tirets, des guillemets, des parenthèses… beaucoup de parenthèses…
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Depuis ce matin six heures, pas un mot, pas une syllabe, rien ! Cette fois, j’en prends le mur à témoin, six heures durant, silence… Quand je veux, je peux ! Qui aurait voulu m’arracher une parole m’aurait arraché la langue plutôt. Parce que je parle qu’il dise… Je parle tout seul et je dis des choses – sans m’en rendre compte – et ils se marrent paraît-il, mais ça les dégoûte en même temps, paraît-il encore… C’est comme une femme qui a des pertes celui qui parle comme ça tout seul, ou à ses pieds. Parce que je parle à mes pieds quand je marche, dit-on… Je regarde mes pieds (j’aime savoir où je les mets) et, par ailleurs je parle : voilà la vérité ! j’ajouterai que ni mes pieds ni le mur en dessous n’entendent un mot de mon discours, j’en mets mon œil à couper. Pour entendre, il faut écouter. (un tant soit peu…) J’imagine mal mes pieds ou le mur dressant l’oreille, et que la chose m’échappe. Je n’en dirai pas autant de tous ces voleurs – coalition de canailles – ceux-là doivent en permanence tenir un des leurs aux aguets. Il y a celui qui se cache dans ‘ombre ou le fourré et qui chemine (sous moi) comme la fouine ou la taupe, et il y a celui fait l’innocent.
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Mon ami, il est facile de faire l’intéressant lorsqu’il s’agit des affaires des autres. Mais puisqu’il vous plaît de vous en mêler, prenez au moins la peine de vous informer. Vous voyez ces collines, cette campagne morcelée, découpée comme bête à l’abattoir, ces propriétés comme des escalopes et qui s’étalent du lac aux coteaux de Machepaille ! Enlevez tous les murs, et vous n’aurez plus qu’un seul et magnifique domaine : Mornemont ! Mornemont, au début du siècle, appartenait tout entier à ma famille. À la suite de querelles avec les voisins à propos de misérables lopins de terre, ma famille a dû entamer une ribambelle de procès – foutus procès mal engagés et mal soutenus – et nous avons perdu… Et peu à peu le domaine tout entier a changé de propriétaire ! Ces gens, nos cousins par alliance – funeste alliance – se sont liés de la manière la plus basse pour abattre mon père, et avant lui mon grand-père. Ils m’ont volé Mornemont. Ce que vous ne savez pas, c’est que la situation n’est plus ce qu’elle était il y a vingt ans : depuis trop longtemps de sordides questions d’intérêt les poussent à se marier entre eux… et leurs rejetons sont dégénérés ! Dégénérés, leurs enfants pervers ou tuberculeux, voilà ce qu’ils sont ! Et moi, Arthur Même, je tiens bon ! Ils pourrissent et moi je veille et je m’enrichis ! Avant l’hiver, je demanderai la révision des procès perdus par mes ancêtres.
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Mercredi 29 mai 10h du matin. Il a sa tête des mauvais jours. Autre-Septembre a cru bon de le faire attendre (le bossu est rentré furieux de son expédition). À 7h30, Madame a téléphoné de Castelvignc. Peur panique des élections. Persuadée qu’il y aura des émeutes dimanche soir après la proclamation des résultats. Elle a rêvé des fontaines de la capitale crachant du sang… hémoptysie urbaine pour le grand soir. Elle a raccroché à 7h42. N’a pas parlé des enfants. À 7h43, Ghislaine appelle de Saint-Paul-en-Mer. Elle demande si l’avion personnel du Président est vraiment complet, ou s’il y a encore de la place dans les soutes pour deux ou trois valises – celles de sa mère. À 8h06, il appelle De Brandon et Badinski à leur domicile. Le Garde des Sceaux et le Ministre de l’Intérieur sont convoqués pour 14h et 14h30.
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Mais qu’on ne vienne pas m’écrire dans le dos ce que je n’ai pas écrit. Ni travestir par rajouts, en filigranes ou estampilles, la mise en images – j’allais dire la mise en scène – de Tardi. Qu’on n’aille pas voir dans Ici Même un pamphlet, une satire de notre société ou des représentants de son régime politique. Je n’ai pas eu davantage l’intention particulière de tourner en dérision l’attachement à la propriété. Si cet attachement conduit ici à des situations grotesques, c’est au même titre que la politique, la loi, l’épicerie ou la fornication, il servait par ses errements un récit, une intrigue dont le fondement est ailleurs et qui devrait selon moi, parler de tout autre chose. […] Je veux dire qu’à la tradition, aux habitudes culturelles qui toujours poussent le lecteur à être un raisonneur s’ajoute une incitation renforcée à chercher dans la moindre idée, dans le moindre récit, la morale, l’idéologie clairement ou obscurément véhiculées. Il faut donc au lecteur une belle indépendance d’esprit pour s’accrocher au seul récit et jetant la leçon aux orties, ne tirer parti que du charme des situations et de la surprise des rebondissements, sinon du rêve offert en prime. Ajoutons pourtant qu’il serait malvenu de critiquer ce type de lecture orientée. C’est plutôt une certaine écriture qu’il faudrait incriminer, puisqu’à présent on met couramment la charrue avant les bœufs, c’est-à-dire l’idéologie avant l’imaginaire. Quand ça n’est pas les attitudes et les slogans avant le senti et le vécu. – Jean-Claude Forest, octobre 1979
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Vidéo de Jean-Claude Forest
Max Cabanes est un grand nom de la bande dessinée et un témoin privilégié des grandes heures de la production française. L?homme natif de Béziers a la gouaille du sud mais la modestie et la discrétion d?un auteur inconnu. Et pourtant, quelle carrière ! Remarqué dans la série "Dans les villages", il travaille avec Jean-Claude Forest, scénarise ou dessine des récits fantasmagoriques et réalise une superbe fresque dans la ville d?Angoulême. Il obtient même le Grand Prix d?Angoulême en 1990 grâce à une carrière accomplie où il s?est essayé à tous les genres et tous les styles graphiques avec une inventivité surprenante. Il prend ensuite un virage serré avec l?adaptation de trois célèbres polars du maître du genre, Jean-Patrick Manchette : la fusion entre deux monstres artistiques, rendue possible par le fils de Manchette, Doug Headline, donne forcément un rendu explosif. Dans son style graphique unique où le dessin crève la planche et les couleurs marquent les esprits, Cabanes parvient à égaler Jacques Tardi dans le même exercice. Nous avons eu la chance de l?interviewer lors du festival Quai des bulles, peu de temps après la publication de "Nada". « Rencontre du 3ème super type » en exclusivité pour Planetebd?
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