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EAN : 9782360570850
224 pages
L'Asiathèque (03/05/2017)
3.95/5   11 notes
Résumé :
Anthologie de nouvelles d'auteurs majeurs de la scène taïwanaise contemporaine offrant un portrait de la ville de Taipei, de son architecture, de ses couleurs, de ses saveurs et de ses parfums.
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique

Arpenter les rues de Taipei n'est pas une mince affaire, la ville est tentaculaire, ses quartiers nombreux. Modernité et traditions s'y côtoient sans toujours se comprendre, il en est de même pour les habitants locaux et les immigrés continentaux.

Ce sont ici les premières impressions recueillies après la lecture de cet ouvrage contenant huit nouvelles aux thèmes souvent sombres, mais séparées par sept lumineuses chroniques culinaires. Sept petites merveilles de plats typiques aux ingrédients goûteux et parfumés comme le curry Wuyün ou le lait de soja. Sept plats servis par le fin gourmet, Shu Kuo-chih, qui vous promènent dans les différents quartiers de la ville et pourraient servir de guide gastronomique.

- le petit bassin (de Jane Jian) retrace les difficultés d'adaptation à la ville de Taipei d'une jeune femme venant de la campagne. Perte de repères, transports bondés, vie trépidante... l'amènent peu à peu vers la solitude que seule l'écriture pourra sauvée. Mais finalement, elle trouvera son point d'ancrage dans la ville près du petit bassin de sa rue autour duquel les habitants multi-ethniques parlent, échangent, tombent amoureux...

- La rue de Lungch'üan (de Lin Yao-tech) raconte les rivalités amoureuses de deux lycéens, prêts à se battre pour l'amour d'une fille. On y découvre ici la vie nocturne dans un quartier de Taipei où règne une atmosphère angoissante et violente.

- Ça, cette pluie de chagrin (de Walis Nokan) est certainement une des nouvelles qui m'a le plus touchée et qui évoque la discrimination et la quête d'identité. On y retrouve un jeune homme venu des montagnes, retrouvant sa soeur à Taipei pour y poursuivre ses études. Il subit les moqueries et les brimades des autres lycéens et comprendra que sa soeur, dans son travail, subit la loi des autres.

- le mémorial de Tchang Kaï-chek (de Lo Yi-chin) est aussi une nouvelle qui parle de discrimination et de quête d'identité, celle des anciens combattants venus s'installer sur l'île et qui se trouvent perdus face aux Taïwanais de souche. Elle prend pour métaphore, dans cette histoire, l'égarement d'un collégien dans Taipei, ville que pourtant il habite.

- Une histoire de toilettes (de Wu Ming-yi) est certainement la nouvelle la plus fantastique de ce recueil. On se prend tout de suite d'amitié pour ce petit garçon, dénommé Moustique, habitant le marché. C'est un lieu qui grouille de monde et dont les habitants doivent partager les toilettes publiques, même la nuit quand leur vient un besoin pressant. le pauvre Moustique devra affronter ses démons pour y parvenir. On y découvre les us et coutumes des habitants, dont le fameux jeu d'échecs, ainsi que les divinités et croyances dont ils tirent leurs enseignements.

- La carte d'identité d'un inconnu (de Chi Ta-wei) ou comment une bavure policière provoquera la mort d'un jeune homosexuel. Une histoire rageante qui remue les tripes et évoque aussi le problème du sida.

- Videoman (de Chang Wan-k'ang) est certainement la nouvelle qui m'a laissé le plus sur le bord de la route. On y rencontre des jeunes gens que rien ne satisfait, critiquant tout et sûrement un peu perdus dans la vie.

- Retour nocturne (de Chou Tan-ying) est un long poème sur l'amour d'un père pour sa fille. Lui, chauffeur de taxi à Taipei ; elle, étudiante à Paris. Malgré la distance et des choix de vie différents, il est certain que ces deux personnages ont des valeurs communes, même s'ils s'en défendent, et que la solitude les ronge pareillement.

Huit nouvelles donc qui m'ont permis une première approche de l'île dont je ne connaissais que la fameuse marque de commerce "made in Taïwan". Huit nouvelles et huit auteurs différents qui permettent de varier les regards et révèlent les problèmes quotidiens dont Taipei est sujet : juxtaposition de l'ancien et du moderne (architecture), origine de ses habitants (émigrations diverses), problèmes de société (discrimination, racisme, mal de vivre). En fait, autant de problèmes différents que Taipei partage avec toutes les autres métropoles du monde. Mais les décors, les us et coutumes, et bien sûr la gastronomie aux effluves délicates vous emportent bien vite vers des horizons inconnus, vous vous perdez dans l'immensité de Taipei et à chaque coin de rue une rencontre vous attend et vous surprend... N'est-ce pas là une belle façon de faire connaissance ?

Je remercie infiniment la maison d'édition l'Asiathèque pour ce voyage en Chine, et plus particulièrement sur l'île de Taïwan, ainsi que le bureau de presse Sabine Arman pour m'avoir offert ce titre de transport.

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Cette anthologie propose plusieurs nouvelles de différents auteurs taïwanais contemporains, avec à chaque fois pour toile de fond la ville de Taipei, cosmopolite, truculente, mais aussi froide et violente. Ces nouvelles reflètent la réalité du monde contemporain ainsi que la complexité de la société taïwanaise, avec ses différents groupes ethniques et linguistiques, ses communautés et ses marginaux. Cette littérature urbaine nous entraîne sur des marchés, dans des toilettes publiques, chez un médium dont les rites et les divinités invoquées sont ceux de la province chinoise du Fujian, à l'arrière d'un taxi, dans des gargotes qui servent de succulents bols de nouilles, dans les rues désertées, la nuit, etc. La littérature taïwanaise étant assez peu traduite, malgré sa grande singularité, les initiatives de l'Asiathèque sont donc à saluer.

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Ce sont des nouvelles qui ne se lisent pas du tout les unes après les autres comme on le ferait des chapitres d'un roman, mais qui se dégustent au plein sens du terme...

En effet, sept d'entre elles sont écrites par Shu Kuo-chih, bien connu à Taïwan pour ses chroniques gastronomiques.

Ces dernières, courtes mais toutes aussi délicieuses, s'intercalent entre les huit autres et nous livrent d'authentiques recettes taïwanaises, tout en nous racontant la vie des différents quartiers et de ces petites échoppes où nombreux sont ceux qui se retrouvent, parfois au coeur de la nuit, pour tromper leur faim. Mais quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, ces échoppes créent surtout du lien social, donnent l'impression d'être encore à la maison et permettent ainsi de tromper angoisse et sentiment de solitude.

Quel que soit le moment où vous lirez ces pages, et même si vous sortez à peine de table, vous saliverez à la lecture de ces ingrédients qui font toute la différence, que vous désiriez prendre...au marché de Huashan, un petit déjeuner avec un lait de soja fumant (et toujours trop chaud) ; un en-cas en milieu de nuit en allant déguster des vermicelles sautés dans l'échoppe du marché de Lungch'üan, à moins que vous ne préfériez le curry Wuyün du marché de nuit de l'Université normale ; une bonne soupe de nouilles au boeuf, réconfortante et parfumée de la rue Chunghsiao ou, un plat de nouilles épicées de la mère Liu de T'ienmu ; ou une simple friandise comme par exemple, une truffe de la chocolaterie artisanale de la rue Yungk'ang.

Je vous assure que vous allez avoir envie de vous rendre sur place sans tarder !

Courtes ou longues et quel qu'en soit le thème, les huit autres nouvelles nous plongent dans la vie quotidienne des habitants de la ville. Ils sont parfois natifs de l'île et connaissent la ville comme leur poche, ou bien ils arrivent de presque toutes les régions continentales proches. Ils cherchent alors à s'adapter à la ville, à se repérer dans ses douze districts, à poursuivre des études, à trouver des amis, un travail, l'amour parfois...quitte à se battre. Parfois ils ne vont croiser que violence, désillusion, tristesse ou solitude.

Le contraste entre les autochtones et les continentaux venus s'installer récemment est bien décrit, ou parfois simplement suggéré, mais le lecteur ne peut que constater que l'incompréhension règne. Tous les habitants ont en effet une perception bien différente de ce qui les entoure. Il leur faut donc se confronter à cette ville unique en son genre, à la fois engluée dans ses traditions et infiniment moderne.

Toutes les nouvelles reflètent le mal de vivre de ses habitants, de sa jeunesse très souvent désabusée, mettent à jour les problèmes de racisme et d'intégration, la violence des relations, l'incompréhension et la solitude qui en découle. Mais de tout cela naît l'espoir fou de remodeler cette ville afin de faire disparaître ses problèmes.

Ce recueil est une façon originale de découvrir ces écrivains taïwanais. Ils nous font, à travers leurs écrits, visiter la ville pour peu que vous acceptiez de vous y perdre avec eux.

Il est précédé d'une préface très complète.

Je vous invite à lire ma chronique complète sur mon blog...


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Premier ouvrage de L'Asiathèque que je découvre, j'ai été charmée par la qualité des récits proposés. A travers huit nouvelles et sept chroniques culinaires, nous est présentée la ville de Taipei, lumineuse et ténébreuse à la fois, avec ses transformations et son folklore, par la voix de ses résidents venus de tous horizons.

Avec "Le Petit Bassin de Taipei", traduit par Wu Ching-jin Soldani, Jane Jian livre un sanwen - texte poétique d'inspiration autobiographique - où elle relate son départ de la campagne pour la ville à l'âge de quinze ans. Rejetée par les autres, elle a du mal à s'adapter à l'environnement rythmé et au souffle industriel, se perd souvent dans l'immensité des rues et doit s'enduire d'huiles et de crèmes pour gérer son mal des transports. Mais, chaque jour, elle découvre de nouvelles impressions et finit par s'attacher à ce lieu en perpétuelle évolution qu'elle qualifie de théâtral, "or les écrivains aiment par-dessus tout les lieux dramatiques", écrit-elle. C'est sa solitude qui a fait d'elle l'écrivaine qu'elle est aujourd'hui.

Dans "La Rue de Lungch'üan", traduit par Marie Laureillard, Lin Yao-teh dévoile une face plus sombre de Taipei en mettant en scène un personnage demandant vengeance à celui qui fut son ami mais lui "vola" sa petite-amie par un duel. La rue du titre accueille un marché en plein jour mais devient lieu d'affrontement la nuit, où une violence brutale s'opère.

La ville devient triste dans "Ca, Cette Pluie de Chagrin" qui porte bien son titre, de Walis Nokan, traduit par Marie-Paule Chamayou. Ch'en Pao-lo, nostalgique de son village dans les montagnes qu'il a dû quitter pour suivre des études, a du mal à s'intégrer et subit le harcèlement et les discriminations sur ses origines par certains élèves de son école. Sa soeur, avec qui il vit, doit subvenir aux besoins de toute la famille et endure les désillusions d'une vie trop idéalisée.

Lo Yi-chin nous raconte à son tour sa vision de Taipei avec "Le Mémorial de Tchang Kaï-chek", traduit par Lise Pouchelon. le héros, né de parents Continentaux, se pensait intégré à la vie de Taipei mais va se rendre compte, à la suite d'une remarque d'un ami, que les différences entre Continentaux et Taïwanais de souche sont toujours observées. de là, une certaine gêne le gagne et il va se souvenir que, malgré sa vie passée dans cette ville, il peut s'y perdre très facilement et ne la connaît donc jamais vraiment.

Wu Ming-yi narre ensuite avec sa plume de conteur pleine d'une jolie poésie "Une Histoire de Toilettes", traduit par Gwennaël Gaffric. Parler de toilettes publiques ? quelle idée ! Et pourtant il parvient non seulement à nous offrir une drôle de fable aux penchants surnaturels, à raconter tout ce qui peut arriver dans ce genre de lieu, mais nous décrit également avec justesse l'implantation de tout un quartier. le héros, un enfant surnommé Moustique, vit avec ses parents quincaillers et sa soeur en plein coeur d'un marché. L'exiguïté de leur lieu de vie les oblige à utiliser les toilettes publiques, et c'est en pleine nuit que Moustique doit aller seul y soulager un besoin pressant. Fortes de légendes sur les démons, le garçon y vivra un bouleversement. Par cette histoire, l'auteur nous présente la vie commerçante mais aussi l'entente d'un voisinage nombreux et le pouvoir des croyances en des divinités.

La construction de "La Carte d'Identité d'un Inconnu", de Chi Ta-wei, traduit par Olivier Bialais, est très intelligente et m'a totalement séduite. Un policier effectue des contrôles d'identité sur un pont quand un jeune homme en scooter arrive. Il n'a pas ses papiers sur lui et, aux questions de l'officier nerveux, il ne répond que brièvement. Mais, en pensées, celles qu'il tait au policier de peur de ce qui pourrait alors en découler, le jeune homme se dévoile, s'explique, et c'est de cette façon que nous apprenons à le connaître et comprenons que ce jeune homosexuel est dans l'attente fébrile et désespérée de résultats d'un test sanguin. C'est triste, tragique, et paradoxalement très beau à lire.

Dans "Videoman", traduit par Damien Ligot, Chang Wan-k'ang nous fait suivre les pensées d'une jeune serveuse d'un café où se rencontrent "bachoteurs et vieux taros" (étudiants pour les premiers, Continentaux âgés émigrés à Taipei pour les seconds). Par sa voix désabusée - ne se plaisant pas vraiment dans ce travail - et parfois naïve - elle enchaine les relations sans que nous comprenions ce qu'elle recherche vraiment -, nous entendons également plusieurs avis politiques.

Enfin, Chou Tan-ying termine cette anthologie avec "Retour Nocturne", traduit par Mélie Chen. Une épopée dans la vie d'un père et de sa fille, lui chauffeur de taxi de nuit à Taipei, elle étudiante et donnant des cours particuliers à Paris. Cette nouvelle est à la fois triste et paisible, au final assez touchante. Les deux protagonistes principaux, solitaires, pensent chacun à l'autre mais aussi aux valeurs de la vie qu'ils ont choisi de suivre.

Entre chacun de ces récits, pour la plupart sombres et mélancoliques, sont disséminés des délices culinaires de Shu Kuo-chih, traduits par Coraline Jortay. de "La Soupe de Nouilles au Boeuf Halal de la Rue Chunghsia" aux "Vermicelles Sautées du Marché de Lungch'üan", en passant par "Le Lait de Soja du Marché de Huashan", faisant partie du copieux mais délicieux petit-déjeuner taïwanais, "Les Nouilles de la Mère Liu de T'ienmu" avec ses nouilles pimentées dites tan-tan, "une institution, un monstre sacré", qui sont à l'honneur, "Les Nouilles de Fuzhou de la rue Yenp'ing" avec leur restaurant qui a résisté et résiste encore aux changements du temps, puis "Le Curry Wuyün du Marché de nuit de l'Université Normale", pour finir avec le meilleur (pour la gourmande que je suis): "Le Chocolat Artisanal Truffe One de la Rue Yungk'ang", une chocolaterie implantée dans une rue chic d'un quartier huppé proposant des truffes au chocolat fourrées de pâtes de fruits (mangues, kiwis...). Spécialiste des chroniques gastronomiques, Shu Kuo-chih nous fait saliver de gourmandise avec, pourtant, un style simple mais addictif. En énumérant les ingrédients, détails de préparation, textures, saveurs, sans oublier (et en insistant même sur ce point) l'environnement et l'ambiance des échoppes culinaires qu'il visite, il nous donne envie de nous rendre sur place afin de goûter chacun des plats présentés. Plus que de simples repas, ce sont des expériences qu'il nous propose: "Ces pâtisseries pétries minute, tout juste sorties du four, ce lait de soja fumant, cette atmosphère où flotte une délicieuse odeur de cuisson, ces employés qui s'affairent de concert comme une grande famille... tout excite les papilles."

Jane Jian décrit bien cette ville: "Taipei fait disparaître les quatre saisons et rend plus floues les frontières nationales, il embrasse à la fois le classique le plus local et le moderne le plus avant-gardiste. Il aime se transformer avec audace, répare maladroitement les catastrophes causées par les bouleversements du temps, jusqu'à ce qu'enfin une logique unique émerge dans la ville: se servir du changement pour rétablir l'ordre, résoudre les problèmes anciens avec du neuf et, pour affronter les nouveaux défis qui se présentent à elle, se remodeler de façon encore plus créative. Et ainsi les problèmes semblent disparaître."

Taipei se réinvente donc chaque jour tout en restant fidèle à elle-même. Cette ville où une perpétuelle évolution côtoie de près les traditions ne vit pas de la même manière le jour et la nuit, mais cet ouvrage prouve surtout qu'elle est faite par l'esprit de ses habitants et différemment perçues selon les visions qu'ont ces derniers de ce qui les entoure. Découvrir ces différentes opinions est instructif et intéressant, et le talent de chaque auteur et caractéristiques de chaque récit sont naturellement mis en avant.


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Découvrir Taipei en passant par le biais de sa littérature est une idée originale. Taipei, histoires au coin de la rue, paru aux éditions l'Asiathèque, est une anthologie où les écrivains contemporains marquant de leur empreinte la scène littéraire taiwanaise ont fait renaître leur ville.

Découvrir Taipei de jour comme de nuit en tournant des pages

Taipei : histoire au coin de la rue, est composé de textes qui présentent la ville de1001 façons. de nuit, les voyous en prennent possession. de jour, c'est un secret de famille qui éclate à la face d'un jeune garçon. On y découvre la peur de la différence, ici la non-appartenance à un genre et la peur du sida qui refait surface. Très original également, une histoire de toilettes où l'on nous parle des choses de la nature en nous présentant les toilettes publiques de l'ancien marché de Chungwa.

Ces nouvelles, écrites par des auteurs reconnus Lin Yao-teh, Jane Jian, Lo Yi-chin, Wu Ming-yi ou encore Chi Ta-wei, auteur du roman de science-fiction Membrane qui vient de paraître aux éditions le Livre de Poche.

Mon avis :

C'est avec plaisir que j'ai découvert cette anthologie et que je me suis perdue dans le dédale des rues de Taipei. On y découvre une atmosphère étrange faite de déambulation, d'endroits peu fréquentables et d'odeurs de cuisine. Une ville moderne qui a su garder des recoins semblant figés dans le temps.

L'une de mes nouvelles favorites s'intitule, « Ça, cette pluie de chagrin » de Wallis Nokan, un auteur aborigène appartenant au groupe des Atayal. L'histoire est celle d'un jeune garçon venu vivre chez sa soeur à Taipei pour pouvoir suivre une scolarité normale. Un jour, il souhaite lui offrir un petit présent et...

Le recueil alterne nouvelles et critiques gastronomiques rédigées par Shu Kuo-chih, très connu à Taiwan. Ce qui m'a paru étrange — vous en conviendrez lire une critique gastronomique, puis deux, puis trois, peut sembler bizarre — est devenu un réel plaisir. La façon dont cet homme parle des plats de nouilles, des ingrédients qui sautent dans le wok, de l'esprit des petits restaurants ou même des marchands ambulants a été pour moi une vraie révélation. de ces petits textes ressortait ce qui pour moi est la base du mode de vie asiatique, la cuisine.

Comme en littérature japonaise, la cuisine se décrit

En littérature japonaise aussi, on s'aperçoit que la préparation du repas est très présente. Dans 1Q84 d'Haruki Murakami, je me souviens encore des soupes Miso que ce préparait le personnage principal. L'auteur avait même énuméré les ingrédients de la recette tout comme il avait établi la liste des ingrédients qui se trouvaient dans le réfrigérateur de l'appartement où se cachait l'héroïne.

Je me suis régalée avec ces petites critiques où les nouilles sont à l'honneur et qui parlaient autant des lieux que des plats.

J'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture. Les nouvelles abordent des thèmes actuels tout en restant fortement ancrée dans les traditions. Ce sont des visions différentes d'une seule et même ville où les habitants semblent ancrés dans un certain mal-être. Ville majoritairement peuplée de migrants, Taipei semble flotter entre le passé et le présent.

Pour terminer, je dirais que cette anthologie rassemble bien plus que des nouvelles. On y découvre une préface très complète qui parle de l'histoire de la ville et donne une explication sur chaque texte se trouvant dans le livre.


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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
"Aie, tu ne sais pas, n'est-ce pas? - Comment pourrait-on savoir quand on n'est pas concentré en cours ?- Il faut connaître l'histoire de notre pays. - Un élève sans conscience historique est un cancre, plus tard, il sera la lie de la société.
"Ca, cette pluie de chagrin" de Wallis Nokan
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Le village pauvre mais attachant où j'ai grandi m'a permis de m'affirmer pour la première fois. Il a façonné imperceptiblement mon tempérament, ma personnalité et ma dignité, il m'a incitée à rechercher la beauté et l'amour. Surtout l'amour.
[...]
Tout ce que ce modeste village m'a enseigné me permet aujourd'hui de vivre avec honneur et d'être moi-même, quelles que soient les difficultés que je rencontre dans l'endroit où je me trouve.
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Ne me demandez pas quelle partie du corps de l'autre j'ai touchée. Je n'ai pas bien vu.Ne me demandez pas non plus qui est cet homme sur lequel j'ai tiré. Je n'en suis pas sûr...Je sais simplement que je suis très fatigué, que je n'ai plus qu'à attendre de me retrouver face à la solitude d'un bol de nouilles instantanées. Je n'ai que vingt-cinq ans.
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Pouvoir observer Taipei avec le regard de l'écrivain est l'une des raisons pour lesquelles je reste ici. Ce tout petit bassin, pour une raison inexplicable, possède une longue histoire, il y afflue des migrants et des gens de passage venus des quatre coins du monde...
Tous ces gens sont venus à Taipei avec leurs racines culturelles propres, sans avoir à l'origine l'intention d'y demeurer, mais ils ont fini par donner naissance à une deuxième génération, puis à une troisième...
De part son destin particulier, Taipei possède une fascinante nature théâtrale. Or les écrivains aiment par-dessus tout les lieux dramatiques.
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L'écriture implique une distance, elle nous invite, après avoir donner libre cours à nos émotions, à faire la part des choses, à réfléchir sur les causes de cette barrière psychologique qui se dresse entre nous et les autres, à dépasser les tensions entre villes et campagnes...
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Videos de Gwennaël Gaffric (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gwennaël Gaffric
A l'occasion des Utopiales 2022, nous avons pu rencontrer Chen Qifuan avec qui nous sommes revenus sur L'île de Silicium, un roman d'anticipation offrant la vision réaliste d'un désastre environnemental dans la Chine de demain.
La rencontre est traduite par Gwennaël Gaffric.
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