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EAN : 9782070441457
560 pages
Éditeur : Gallimard (02/02/2011)
4.34/5   19 notes
Résumé :

Après René Char (Commune présence), Henri Michaux (L’espace du dedans), Paul Éluard (J’ai un visage pour être aimé), voici en Poésie/Gallimard, L’encre serait de l’ombre, l’anthologie personnelle de Philippe Jaccottet. Un choix qui reprend l’ensemble d’un parcours, mais qui apparaît surtout comme la reprise continue d’une suite de questionnements. Car si la voix de Philippe Ja... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Franz
  01 juillet 2020
« Je recommence lentement dans l'air »
Comment aborder une anthologie poétique aussi dense conçue par son auteur, Philippe Jaccottet, courant de 1946 à 2008 ? Peut-être en picorant, en glanant, indépendamment de la logique temporelle ? le lecteur saura peut-être mieux ressentir les dernières proses poétiques du poète suisse, les « Notes du ravin » et « Ce peu de bruits… » datées d'après 2000. Des miettes de texte lancées par des Poucet rêveurs permettraient de jalonner les itinéraires suivis par le poète dans sa Drôme adoptive, ses déambulations attentives à recommencer encore et toujours au rythme des saisons et des élans malgré la faim d'ogre d'un temps, dévoreur aveugle et béant. Penser que le poète disparaîtra sème l'effroi et sa survivance par les livres paraît bien pauvre. Pourtant, quelle belle manière d'honorer Philippe Jaccottet en prenant ses sentes de funambule et des notes extraites de ses « Semaisons » sur un papier volant ou un carnet de route pour tout viatique ? : « Herbe vue à contre-jour, naissante encore, peu dense, fine et droite : presque un filtre, une harpe… ou, tout près de la terre, ma dernière lyre. Pour faire entendre la lumière du soir qui est comme dorée, dans les rafales du vent déjà froid. » Ainsi soit-il !
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frandj
  15 octobre 2020
Ce recueil est l'un des plus gros volumes édités dans la collection Poésie/Gallimard. Il contient de la prose et de la poésie, choisies par l'auteur lui-même. La date de ces textes est comprise entre 1947 et… après l'an 2000, Il s'agit donc d'une vue d'ensemble sur la production de l'auteur. Il inclut, par exemple, "A la lumière de l'hiver" dont j'ai déjà rendu compte sur Babelio.
La poésie de Philippe Jaccottet est loin d'être facile à apprécier: elle est sobre, délicate et allusive. On peut être perplexe ou rester de glace devant ces poèmes. En tout cas, je regrette ici l'absence de toute préface qui serait bien utile aux lecteurs, en éclairant le parcours de l'auteur.
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Sinjord
  26 août 2013
Je ne connaissais pas Philippe Jaccottet avant d'ouvrir cette anthologie composée par le poète. Je dois tout d'abord lui dire merci, merci pour la justesse de ses mots, l'expression de ces sentiments si humains que je n'arrivais pas à formuler moi-même. Merci pour cette balade fantastique entre ombre et lumière, dans la contemplation de la nature et dans la sublimation de la douleur. Je craignais une poésie trop joyeuse et trop colorée, mais chaque poème contient, parfois sous un vernis de lumière, une face plus sombre plus ou moins cachée derrière les mots.

Je me dois ensuite de le remercier de m'avoir réconciliée avec le genre poétique avec lequel j'étais fâchée depuis quelques années. Je ne pense pas saisir toutes les nuances de ses mots mais son message m'est parvenu.

Je conseille évidemment la lecture de cette anthologie, pour ceux ou celles qui, tout simplement, cherchent à être surpris à chaque nouveau poème, à être séduit par l'esthétique d'un langage simple et frappant de beauté.
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critiques presse (2)
Lhumanite   30 juillet 2012
Avec lui, nous nous sentons à nouveau vivants, et comme assurés de nous-mêmes et du monde. Un peu moins lourds, un peu moins sérieux, un peu plus légers. Toujours plus résistants. Debout. Encore.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
LeFigaro   29 novembre 2011
C'est toujours difficile d'expliquer pourquoi est-on attiré par les écrits d'un poète. Parfois, même, on reste subjuguer par des mots, une phrase, un vers sans pour autant tout comprendre.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   20 décembre 2011
LUNE A L'AUBE D'ETE

Dans l'air de plus en plus clair
scintille encore cette larme
ou faible flamme dans du verre
quand du sommeil des montagnes
monte une vapeur dorée

Demeure ainsi suspendue
sur la balance de l'aube
entre la braise promise
et cette perle perdue
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nadejdanadejda   20 décembre 2011
LE LIVRE DES MORTS (1956)

II (...) Ame soumise aux mystères du mouvement,
passe emportée par ton dernier regard ouvert,
passe, âme passagère dont aucune nuit n'arrêta
ni la passion, ni l'ascension, ni le sourire.

Passe : il y a la place entre les terres et les bois,
certains feux sont de ceux que nulle ombre ne peut réduire.
Où le regard s'enfonce et vibre comme un fer de lance,
l'âme pénètre et trouve obscurément sa récompense.

Prends le chemin que t'indiqua le suspens de ton coeur,
tourne avec la lumière, persévère avec les eaux,
passe avec le passage irrésistible des oiseaux,
éloigne-toi : il n'est de fin qu'en l'immobile peur.
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gauthiermylenegauthiermylene   27 avril 2018
" Beauté : perdue comme une graine, livrée aux vents, aux orages, ne faisant nul bruit, souvent perdue, toujours détruite; mais elle persiste à fleurir, au hasard, ici, là, nourrie par l'ombre, par la terre funèbre, acceuillie par la profondeur. Légère, frêle, presque invisible, apparemment sans force, exposée, abandonnée, livrée, obéissante — elle se lie à la chose lourde, immobile; et une fleur s'ouvre au versant des montagnes. Cela est. Cela persiste contre le bruit, la sottise, tenace parmi le sang et la malédiction, dans la vie impossible à assumer, à vivre; ainsi, l'esprit circule en dépit de tout, et nécessairement dérisoire, non payé, non probant. Ainsi, ainsi faut-il poursuivre, disséminer, risquer des mots, leur donner juste le poids voulu, ne jamais cesser jusqu'à la fin — contre, toujours contre soi et le monde, avant d'en arriver à dépasser l'opposition, justement à travers les mots — qui passent la limite, le mur, qui traversent, franchissent, ouvrent, et finalement parfois triomphent en parfum, en couleur — un instant, seulement un instant. À cela du moins je me raccroche, disant ce presque rien, ou disant seulement que je vais le dire, ce qui est encore un mouvement positif, meilleur que l'immobilité ou le mouvement de recul, de refus, de reniement. Le feu, le coq, l'aube : saint Pierre. De cela je me souviens. "
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gauthiermylenegauthiermylene   18 mai 2018
Je pense quelquefois que si j'écris encore, c'est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d'une joie dont on serait tenté de croire qu'elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. Qu'un peu de cette poussière s'allume dans un regard, c'est sans doute ce qui nous trouble, nous enchante ou nous égare le plus; mais c'est, tout bien réfléchi, moins étrange que de surprendre son éclat, ou le reflet de cet éclat fragmenté, dans la nature. Du moins ces reflets auront-ils été pour moi l'origine de bien des rêveries, pas toujours absolument infertiles.
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nadejdanadejda   20 décembre 2011
LES GITANS

Il y a un feu sous les arbres :
on l'entend qui parle bas
à la nation endormie
près des portes de la ville.

Si nous marchons en silence,
âmes de peu de durée
entre les sombres demeures,
c'est de crainte que tu meures,
murmure perpétuel
de la lumière cachée.
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Videos de Philippe Jaccottet (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Jaccottet
Philippe Jaccottet : Entretien avec Alain Veinstein (2001 - Surpris par la nuit / France Culture). Alain Veinstein nous propose ici l'extrait d'un entretien avec Philippe Jaccottet du 12 février 2001 (c'était dans "Surpris par la nuit"), – et ceci à l'occasion de la sortie en Pléiade Gallimard des "Œuvres" de Philippe Jaccottet... Philippe Jaccottet a lui-même choisi les œuvres rassemblées dans ce volume, y recueillant tout ce qu’on pourrait qualifier d’écriture « de création » et laissant de côté son travail de critique et de traducteur, ainsi que certains textes de circonstance liés à des voyages ou à des hommages ; il a veillé à ce que ses livres apparaissent selon la chronologie de leur publication initiale, qui était jusqu’alors parfois masquée par des regroupements éditoriaux ultérieurs. Recueils de poèmes et livres de prose alternent d’abord, bientôt ponctués à intervalles plus ou moins réguliers par les notes de carnets qu’égrènent les différentes livraisons de "La Semaison". Retrouvant leur titre unique, celles-ci sont ici restaurées dans toute la cohérence de leur projet et complétées par les "Observations, 1951-1956", longtemps inédites et qui sont comme l’amorce de ces semences littéraires rassemblant choses vues, choses lues et choses rêvées. L’évolution des poèmes est frappante : des sonnets rimés de "L’Effraie" (1953) aux pièces brèves et épurées d’"Airs" (1967) se fait sentir l’influence des révélations majeures que furent les paysages de Grignan et les haïkus japonais. Par les chants plus tourmentés des livres de deuil qui se succèdent ensuite, de "Leçons" (1969) à "Pensées sous les nuages" (1983), le poète tente de maintenir le flux des mots malgré la mort qui semble faire vaciller jusqu’au langage. À partir de "Cahier de verdure" (1990), proses poétiques et vers se mêlent au sein d’un même recueil. Une forme éminemment personnelle s’invente, se concentrant sur les éclats de joie épars dont il s’agit de restituer la lumière. Comment embrasser à la fois le clair et le sombre, le grave et le léger, le tout et le rien ? L’œuvre de Jaccottet s’impose par l’exigence de sa quête, la pureté rayonnante et sans affectation de son chant – « L’effacement soit ma façon de resplendir », écrivait-il dès "L’Ignorant" (1957). Sans céder jamais à l’épanchement, se refusant autant au nihilisme qu’à l'exaltation – à « l'écœurant brouillard d’un certain lyrisme » –, elle trouve certes dans la beauté subtile et poignante de la nature – lumière d’hiver, vergers en fleurs – une réponse vitale à la violence du monde et au désenchantement. Mais cette beauté n’a rien d'un refuge éthéré ; elle est comme une lame qui permet de creuser dans l’opaque. Cette poésie, nourrie d’ombre, s’écrit avec le vide et contre lui.
Source : France Culture
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