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Jean-Jacques Bretou (Traducteur)
ISBN : 2752601964
Éditeur : L'Aube (12/01/2006)

Note moyenne : 3.89/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Une odyssée de trois ans à travers un pays aux multiples facettes que MA a décidé d'entreprendre à la suite des persécutions d'une autorité répressive et hypocrite.
«Une des voix les plus courageuses et importantes de la littérature chinoise», a écrit Gao Xingjian, prix Nobel de littérature.

«Chemins de poussière rouge» nous entraîne au gré de la quête intérieure de Ma Jian, dans les profondeurs de la Chine, des vastes plaines de l'extrême Oues... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
bilodoh
  18 septembre 2015
Étonnant « road trip » à travers la Chine des années 80.

L'auteur est un artiste, à la fois peintre, photographe, poète et écrivain. C’est donc un suspect, un rebelle qui risque d’être arrêté ou exécuté dans cette période de « lutte contre la Pollution spirituelle ». Le salut est dans la fuite et Ma Jian quitte son travail pour entreprendre un périple aux confins du pays. En bus, en train, mais surtout à pied, il va de Beijing jusqu’aux plateaux du Tibet, en passant par les déserts de la Mongolie intérieure.

Dans son voyage, il rencontrera toute sorte de gens, des amis qui l’aideront et des mécréants qui tenteront de le voler. Il souffrira de la soif dans le désert, suffoquera dans l’humidité de la jungle ou gèlera dans la montagne.

Son voyage met en lumière l’important clivage entre les milieux ruraux et urbains de la Chine, des villages isolés aux coutumes traditionnelles aux villes modernisées de capitalistes avides. C’est un monde de changements sociaux dans lequel il n’est pas facile de trouver son identité.
La longue marche devient aussi une quête spirituelle au fil des visites des lieux sacrés, des temples et des bouddhas.

Sans être aussi riche que « La montagne de l’âme » de Gao Xingjian, la balade sur ces Chemins de poussière rouge présente un panorama intéressant des mutations du pays de Mao.
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gonewiththegreen
  17 mai 2018
Ma Jian travaille pour la propagande chinoise . parallèlement , c'est un artiste (peintre, poète). de moins en moins en phase avec son métier et la dictature qui entoure ses fonctions, il décide de quitter son poste et de parcourir son pays.
Ce récit auto biographique possède plusieurs intérêts. D'une part, on y découvre des lieux méconnus des touristes , on peut apprécier toute la diversité du l'empire du milieu , que ce soit en termes de paysages , coutumes , ethnies , mode de vie, religion. Il n'y a que le fuseau horaire qui est commun à tout le monde.
Mais , dans ce road trip un peu particulier, on retiendra surtout la vision du pays par ses habitants et aussi bien que celle l'auteur (qui finira par décamper en 1997).
On est en 1983 au début d'un voyage qui durera trois ans et Deng Xiaoping fait souffler un vent nouveau , à travers ses quatre modernisations . Ouverture de quelques lieux aux touristes étrangers, assouplissement religieux , métamorphose économique pour un pays qui a pris un siècle de retard . le symbole de cette Chine nouvelle : Shenzhen . Dans ce livre , on va croiser une quantité de Chinois attirés par ce symbole de liberté : des riches , des pauvres, des intellectuels, de laisser pour compte. Shenzhen , c'est le graal du Chinois des eighties (tandis que nous , ceux qui peuvent se coiffent comme Robert Smith :))
L'évocation de minorités est très poignante : leur combat quotidien,l'incompréhension du monde communiste : Les Miao, les Wa, les Tibétains , les Li, les Hui..., ce livre est un mine culturelle.
On peut aussi s'intéresser à la quête personnelle de l'auteur , moi je m'en fiche un peu , il se cherche , je ne suis pas sur qu'il se soit trouvé à la fin, il a des relations compliquées avec les femmes mais ne crache pas dessus quand l'occasion se présente...
Beau roman donc , foisonnant de culture, dont l'apogée se trouve lors de la traversée du Yunnan et du Tibet. Bel instantané de la Chine des années 80, de sa société , de son écologie flageolante , de ses minorités.
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Bibliolibra
  27 janvier 2012
Magnifique récit autobiographique qui nous offre l'opportunité de réaliser plusieurs voyages en un seul....
Un voyage dans le temps et dans une contrée lointaine:
Ce récit nous plonge dans la Chine des années 80 sous le régime de Deng Xiaoping qui a succédé à Mao. L'auteur raconte alors son périple de trois ans à travers un pays au bord de la crise mais en même temps d'une grandeur exceptionnelle.
Un voyage personnel:
Ce périple, résultant des affres d'une politique se voulant à la fois communiste et capitaliste, requiert à la fois un aspect collectif en ce sens que c'est l'histoire de tout un peuple qui est en train de se jouer mais également un aspect individuel: on pénètre, durant ces centaines de pages, la vie, l'esprit, les pensées, les idées et les choix d'un individu qui de parfait inconnu devient au fur et à mesure de ce voyage une infime partie de nous-mêmes. En effet, on partage les mêmes jours et les mêmes nuits, parfois même les mêmes pensées. On voyage à travers son être, on s'imprègne de ses souvenirs...
Un voyage spirituel:
Un voyage personnel qui se mue en une véritable quête spirituelle. Une réflexion sur nos croyances et sur la vie qui mène le lecteur à s'interroger, à méditer et à prendre du recul sur sa propre existence. Certaines choses qui pouvaient nous paraître importantes voire vitales deviennent alors superficielles et inversement. C'est alors qu'on se rend compte que la vie représente un tout et qu'il faut savoir l'apprécier à sa juste valeur. On se rend compte qu'il est important de savoir écrire soi-même les propres lignes de son existence et ne pas laisser de place à un destin déjà tout tracé d'avance.
Historique, politique, spirituel, philosophique et j'en passe... Ce récit brille par son étonnant mélange de raffinement et de simplicité. J'ai adoré ce voyage dans le temps, j'ai beaucoup apprécié le regard du narrateur et j'ai aimé sa philosophie de la vie. Bref, que du positif pour ce roman que je conserve précieusement dans ma bibliothèque personnelle.
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LePamplemousse
  24 août 2013
Pendant trois ans, l'auteur a parcouru la Chine, des vastes plaines de l'extrême Ouest jusqu'au Tibet,en passant par les côtes du Sud.
Il a rencontré aussi bien des paysans dépossédés de leurs terres que des poètes, des danseuses, des militaires, des étudiants…
De cette expérience, il en tire ce récit palpitant, véritable odyssée à travers un pays ravagé par la misère et la corruption où transparaît cependant une formidable énergie.
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Fleitour
  04 mai 2016
Chemins de Poussières Rouges ou les tribulations d'un Chinois en Chine. Ma Jian lui même raconte son odyssée terrestre, parti libre de Pékin démissionnant de son poste " de photographe au département de la propagande étrangère", il terminera son périple, plusieurs milliers de km, comme un fugitif recherché par la police.
Le lancement de la "campagne contre la pollution des esprits" va l'achever.L'achever de le convaincre de partir.Fuir comme le suggère Laborit dans l'Éloge de la Fuite.
Que lui reproche t-on ; « dites moi si j'avais imprimé le titre en blanc sur fond noir m'aurait-on accusé de vouloir blanchir le noir ?
Destinée loufoque où page 48 il doit se mettre à « l'écriture de mon autocritique », comme photographe pour la presse étrangère il doit veiller à publier le large sourire des ouvriers, même devant des hauts fourneaux.
Et devant la sécurité , il clame " je n'ai rien à cacher" ajoutant goguenard,  "si je devais choisir quelqu'un pour le titre de travailleur modèle à Pékin j'inscrirai mon nom en début de liste".
Cet étonnant voyage depuis Pékin jusqu'au Tibet sans oublier Shenzhen tout proche de Hong Kong, et Qingtao sa ville natale, est aussi un voyage dans le temps,le pays est si vaste que les nouvelles dispositions « libertaires » du gouvernement communiste ne sont pas encore connues ou appliquées.
Des règlements stupides mais source de taxes sont parfois encore en vigueur comme cette interdiction de coucher à l'hôtel avec une personne si vous avez avec elle moins de 70 ans d'écart d'age.
Les verbalisations sont alors fréquentes, tout à la joie des autorités locales qui se gavent sur les gens de passage.
Plus glauque est ce village de lépreux loin de tout qui doit vivre en totale autarcie. Désespérant aussi sont ces villages où des enfants glanent dans la rue les moindre grains de riz.
Il va réussir a vivre de ses écrits, grâce à ses amis qu'il rencontre ça et là car la littérature se vend bien et surtout la poésie, malgré ses vraies fausses lettres d'introduction, il sera aussi mis en cause par ses écrits subversifs car exposant la réalité.
La boucle sera bouclée avec sa nouvelle philosophie « Le bouddhisme qui enseigne à l'homme la transcendance du monde matériel et lui apprend à considérer que la vie et la mort sont sans importance. ».
Il prend peu à peu ses distances avec la vie, trop c'est trop, il doute de l'espérance, quand depuis des mois on lui interdit de voir sa fille,
« Le christianisme qui pousse l'homme à chérir la vie et à craindre la mort », est il louable dans ce pays ou l'individualisme a gangrené tout un peuple ?
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
PilingPiling   18 février 2011
Devant moi se dresse le versant à pic des collines du Sable chantant, reliées par de nombreux dédales aux célèbres grottes de Mogao. Du quatrième au dixième siècle, des communautés de moines bouddhistes taillèrent ces châsses dans la falaise, puis les décorèrent de peintures murales et de statues colorées. J'en ai vu d'innombrables représentations dans des livres d'histoire de l'art. Je sais que sur ces murs sont peints de gracieuses apsaras, des scènes de la vie du premier bouddha, Sakyamuni, et des portraits de marchands de la route de la Soie qui participèrent financièrement à la construction des grottes pour s'assurer un voyage en toute sécurité à travers le désert. Je sais que dans l'une de ces grottes se trouve une statue de trente-trois mètres de haut d'Amitabha, le disciple de Sakyamuni, dont la sagesse rayonnante transformait les désirs ardents en lumière infinie. J'ai vu une photographie de l'immense bouddha, allongé, attendant la mort, un sourire sur le visage. Son expression tranquille m'a touché plus profondément que le regard torturé du Christ que j'ai pu voir sur des images. Le bouddhisme enseigne à l'homme la transcendance du monde matériel et lui apprend à considérer que la vie et la mort sont sans importance. Le christianisme lui, pousse l'homme à chérir la vie et à craindre la mort.

J'achète un billet d'entrée chinois et prends la file de droite. Les étrangers prennent le chemin de gauche. Je suis le flot de touristes, pointant à chaque grotte où nous passons. La plupart des grottes sont fermées et il est interdit de même jeter un œil à travers les grilles. Les gens, devant et derrière moi, discutent et mangent. Quelques-uns ont des radio-cassettes portables et écoutent des hymnes révolutionnaires ; lorsque les piles sont déchargées, ils règlent la radio sur un programme de la rivière Jaune. Quatre grottes sont ouvertes au public, mais, comme elles ne sont pas éclairées, je ne peux pas voir les fresques. Au cours des siècles, les temples troglodytes ont été érodées par le vent et salis par la fumée des feux de bois allumés par des générations de squatters. Il est difficile de ressentir la sainteté de ces lieux. Je ne vois que des murs écroulés. La statue de Vajrapani en colère, jetant des regards noirs, est cassée à hauteur des lèvres, ce qui lui donne un air ridicule. Lorsque j'atteins la grotte d'Amitabha assis haute de neuf étages, la foule converge. Les hommes et les femmes du groupe de touristes japonais portent des chapeaux blancs et tiennent des drapeaux rouges. Les blonds Américains avec leurs appareils photos suspendus à leur épaule encerclent le bouddha et le scrutent, la bouche ouverte.

Je regarde Amitabha, moi aussi : ses sourcils délicats, ses yeux en amande, un air de sublime compassion, et je me sens minuscule, insignifiant. Lorsque je psalmodiais son nom au temple de Jushilin, je sentais parfois mon esprit s'élever de mon corps et entrer dans un autre monde. L'impression de calme et de vide me libérait.

Je dois m'asseoir. Je suis bouddhiste. Mon esprit doit se concentrer sur ce point. J'ai lu les Écritures et je comprends le concept de réincarnation et la loi du juste châtiment. Je suis venu ici pour apaiser mon cœur et me débarrasser des préoccupations. Je jette un regard à la peinture représentant le paradis de l'ouest d'Amitabha, mais les scènes de vêtements poussant sur les arbres, de pommes volant jusqu'à la bouche ne satisfont pas mon désir de renaître ici. Les touristes bavardent comme des singes en grimpant les marches ; ils regardent d'un air bête le bouddha, assis, immobile et oublieux. Je regarde à nouveau son visage et, soudain, il me rappelle Mao Zedong. J'ai dessiné le portrait du président des centaines de fois, de l'école primaire jusqu'à treize ans, Et plus j'observe Amitabha, plus je trouve qu'il ressemble au vieux Mao.

Je sors hébété. C'est le plus grand bouddha que j'aie jamais vu de ma vie, mais je ne me souviens de rien. Je suis plus troublé que lorsque je suis arrivé. Peut-être devrais-je acheter un billet pour étranger et y retourner ? Certes, il est évident que les étrangers visitent les plus belles grottes. Mais je n'y reviendrai pas aujourd'hui. Je me souviens encore du regard ahuri du garçon de Hong Kong ; je laisse les grottes derrière moi et marche vers les dunes désertes.
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PilingPiling   11 février 2011
Incipit :
L'an passé, au cours du printemps 1981, je quittai, sur décision de mon unité de travail, l'immeuble où résidait le personnel pour emménager dans une petite maison du passage Nanxio, au numéro 53. Elle est coincée entre la onzième et la douzième rue de Dongsi, dans le quartier est de Pékin, à une centaine de mètres de l'ancienne résidence de Liang Quichao, l'un des membres du mouvement réformiste de 1898, dont les appels à la modernisation mirent l'impératrice Cixi dans une telle rage qu'il dut s'enfuir du pays et passer quatorze ans en exil. Devant la porte de sa demeure, un vieux caroubier a poussé en vrille dans un minuscule espace serré entre le mur et un poteau télégraphique. Ma maison s'élève au fond d'une étroite impasse, à une vingtaine de mètres de ce passage Nanxiao. Celui-ci est tout juste assez large pour que deux bus puissent se croiser sans se toucher. À huit heures du matin et à quatre heures de l'après-midi, le passage s'emplit de tant de monde et de bicyclettes que plus personne ne peut avancer.
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bilodohbilodoh   18 septembre 2015
La campagne contre la Pollution spirituelle […]

— Combien d’arrestations?

— Plus d’un million, et vingt-quatre mille exécutions. Mais n’en parle pas avant que cela ne paraisse dans les journaux
(J’ai Lu, p. 272)
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BibliolibraBibliolibra   27 janvier 2012
"Lorsque l'imprévu arrive, les gens cherchent des réponses dans les pierres, les arbres et les étoiles. La peur des choses que nous pouvons voir nous détourne de la crainte des choses que nous ne pouvons voir. Chaque fois que je suis perdu dans les montagnes la nuit et qu'une lumière apparaît devant moi, je commence par penser que mon grand-père est venu à ma rencontre pour me porter secours."
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bilodohbilodoh   17 septembre 2015
On aimerait tous vivre une vie de rêve dans une beau jardin secret. Mais quand les rêves se brisent, on se réveille et l’on voit à travers la poussière rouge de l’illusion.
(J’ai Lu, p. 362)
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