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EAN : 9782916136783
112 pages
Les éditions du Sonneur (23/10/2014)
3.75/5   2 notes
Résumé :
Avec un humour incisif et jubilatoire, l’écrivain hongrois Frigyes Karinthy (1887-1938) démontre dans ce recueil que le sport ne flatte pas les meilleurs instincts de l’homme : l’auteur de Voyage autour de mon crâne raille les sportifs de haut niveau, ces héros des temps modernes, fustige le culte voué à ces dieux du stade, et constate que performance et vitesse ne sont pas forcément l’apanage du progrès.
Course à pied et course automobile, gymnastique, natat... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
VIVE LE SPORT, TOUT LE SPORT... VOUS EN ÊTES CERTAINS ?

Inutile de courir après ce livre ni de sauter à pieds joints dans votre pantalon de jogging ou encore de nager dans la foule à contre-courant ni même de boxer votre libraire préféré s'il n'a pas "Tous Sports Confondus" dans ses rayons si vous êtes un passionné invétéré de 200 mètres nage libre, que vous passez toutes vos soirées à regarder la chaîne beIN sports (surtout pour l'athlétisme) et que vous avez un abonnement dans tous les stades de votre région : l'humour taillé au couteau, le rire acerbe, l'ironie délicieusement subversive du grand romancier hongrois Frigyes Karinthy risque fort de vous éreinter, de vous énerver, de vous mettre hors de vous, et ça n'est certainement pas indiqué pour votre marathon de la semaine prochaine !

En revanche si, comme votre serviteur, la simple évocation d'un spectacle sportif, l'annonce d'un match de première importance pour l'équipe de deux cent douzième division du canton, l'adulation sans partage pour le énième meilleur chrono de tous les temps ou l'engouement obligatoire pour de prochains possibles J.O. parisiens au budget équivalent à celui d'un pays océanien vous laisse non seulement de marbre mais aurait même, à force d'être incontournable et péremptoire, franchement tendance à vous mettre les esgourdes dans le crin, alors ce petit ouvrage indispensable est absolument fait pour vous !

Car notre auteur n'exerce pas seulement son regard critique sur telle ou telle pratique sportive pour en dénoncer l'éventuel ridicule, la probable inutilité, l'insondable ennui, qui ne peut que s'emparer de tout être humain normalement constitué au spectacle, par exemple, de marcheurs de 50km sur toute la longueur de leur exploit - malgré l'indéniable suée que cela provoque -, non ! cela ne suffit pas au regard vif, à la plume incisive et à l'intelligence brillante de Frigyes Karinthy, lequel avait parfaitement compris la vanité creuse, les excès faussement glorieux du spectacle permanent de ces athlètes se comparant pourtant sans sourciller à leurs distingués ancêtres des olympiades grecques.

L'important c'est de participer, proclame-t-on ? A d'autres !

Tel en est-il avec le célèbre coureur de fond finlandais Paavo Nurmi (vingt-deux records du monde, douze médailles dont neuf d'or à différents JO, tout de même) dans un dialogue improbable - mais d'une subtilité affolante - avec le sage Socrate et dans lequel, par le biais d'une approche maïeutique implacable, le père de notre philosophie occidentale fini par clore, et de quelle manière, le bec à notre parangon moderne du culte du corps, à ce modèle alors vivant de ce qu'il est admis de qualifier aujourd'hui encore : "Les dieux du stade ".

Car, nous explique le satiriste par la bouche du grand philosophe, «le corps et l'âme, la matière et la force, la beauté et le bonheur ne sont pas des choses qui dépendent de l'esprit du temps. Deux mille cinq cents ans se sont écoulés, mais si j'en juge d'après ce qui s'est passé, je constate que l'histoire du genre humain est depuis toujours une histoire de pensée et non de muscles - même si le monde est resté le terrain de bataille des forces et celui de jeux des dieux. Ne peut comprendre l'essence du culte du corps que celui qui parvient à voir à travers celui-ci la garantie d'un esprit à venir.» Fin de la messe !

On le comprend, l'auteur génial de Voyage autour de mon crâne ne s'oppose pas par idéologie, dogmatisme ni dépit à ce culte moderne du corps, mais il en désavoue la fatuité, l'inutilité crasse, la bêtise dans la mesure où, du célèbre adage latin tiré de Juvénal «Mens sana in corpore sano» (un esprit sain dans un corps sain), le monde du sport actuel n'a sincèrement retenu que la seconde partie de la sentence. D'ailleurs, et pour la petite histoire, c'est le baron Pierre de Coubertin soi-même, aidé d'un brillant latiniste de son temps, qui avait détourné le sens de cet apophtegme fameux en l'adaptant ainsi : «mens fervida in corpore lacertoso», c'est à dire : un esprit ardent dans un corps musclé ! Convenons-en sans crainte, la formulation nouvelle est fort éloignée de l'imprécation à "muscler" son intelligence et sa pensée tout autant que son physique !

Il serait cependant injuste de faire de ce salvateur opuscule, publié par les - décidément - excellentes Editions du Sonneur, un recueil de textes un rien pompeux et à caractère strictement philosophique. Parce que l'on sourit aussi beaucoup au fil de ces textes rassemblés et traduits avec grande finesse par Madame Cécile A. Holdban - textes par ailleurs épars dans l'oeuvre de nouvelliste du magyar -, et si le thème connait ainsi une grande multiplicité de traitements, on y découvre une sorte d'invariabilité dans la pensée karinthyienne, une pensée salutairement - mais pacifiquement - séditieuse qui tend à faire comprendre à ses lecteurs, à ceux d'hier comme à ceux d'aujourd'hui, qu'il ne faut jamais rien prendre quoi que ce soit, à commencer par ce leurre des célébrités de papier, de ces exploits sans but et de ces médailles en toc, pour argent comptant.

D'avoir compris tout cela et pour l'essentiel avant les J.O. en tout point honteux de Berlin de 1936 (seule une nouvelle est de cette date), sans oublier les quasi-états de guerres sportives que se livrèrent par la suite l'URSS et les USA tout au long de la guerre froide, ce n'est pas uniquement vivifiant, c'est tout bonnement visionnaire.

Un régal !
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Dans la famille Karinthy, je demande le père! le fils, c'est Ferenc, auteur du génial Epépé, mais Frigyes (1887-1938) avec Je dénonce l'humanité m'avait déjà épatée.

Amis sportifs ou non sportifs, bonjour. Parues dans les journaux entre 1912 et 1936, ces nouvelles ont sans doute fait grincer les dents de certains lecteurs et, on le suppose, bien amusé d'autres; un style impeccable mis au service de la causticité et de l'ironie.

"En général, on considère la natation et la course à pied comme des sports d'endurance, par opposition aux exploits sportifs sur place tels que le saut en hauteur, la boxe et les discours parlementaire."

Il ne fait pas que se moquer de certains hongrois ou du sport, il est souvent sérieux, voir philosophique, dans ce dialogue entre Nurmi et Socrate autour du marathon. Ecrit en 1929, on y parle même d'eugénisme.

"Je trouve qu'il est foncièrement injuste de reprocher et de faire grief à l'état hongrois de ne pas laisser nos athlètes participer aux Jeux olympiques américains, ou plutôt de les y laisser aller, mais sans les y aider. (...) Dans le cas présent, il ne s'agit pas d'argent, loin s'en faut, car voilà ce dont il retourne: la Hongrie n'a nullement besoin d'aller concourir contre toutes sortes de nations qui, de surcroit, ne sont même pas hongroises."

Après nous faire assister à un combat de boxe (délirant), voici des interviews de cinq athlètes méconnus, tels Jacob (combat avec l'Ange), Samson secouant les colonnes, Mahomet courant vers Médine.

Terminons avec certains sports, "La course de fond: pour pouvoir la pratiquer, il faut une caisse et deux gendarmes. le sportif emporte la caisse et les gendarmes le poursuivent à bonne distance." et une course de vieilles voitures "Il existe une forme incroyable d'inertie et d'obstination qui fait que les innovations technologiques tentent toujours d'imiter, dans leur aspect extérieur, d'anciens outils obsolètes ont elles diffèrent pourtant par essence." (premières automobiles sur le modèles des anciens fiacres)
Lien : https://enlisantenvoyageant...
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Cela fait quelques semaines - et cela va durer encore quelques semaines - que je piétine et que je marmonne derrière les tribunes d'où sont lancées des hourras et des bravos à tout rompre pour saluer l'athlète qui déchire le ruban de l'arrivée (car il y a toujours quelqu'un qui déchire le ruban de l'arrivée). Je ne m'attends pas à susciter beaucoup d'intérêt, je crains même que si j'annonçais ouvertement une révolution contre l'ordre social établi, il ne se passerait rien, personne ne s'en apercevrait - même le procureur de service ne lit que les rubriques sportives. Néanmoins, cela fait bien longtemps que je considère l'ordre établi comme un spectacle naturel, une sorte de "vue" par la fenêtre donnant non sur un paysage pittoresque, mais sur une région pluvieuse et rocheuse.
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SOCRATE : [...] Mais il y a une chose que je ne comprends pas : comment la perfection du corps peut-elle être opposée à l'art, à la santé de l'âme ? Eugénisme, production, sélection : ces mots, je les connais bien moi aussi, vous utilisez même un terme grec dans le lot. Aristote les utilisait de mon temps, mais il s'en servait pour le règne animal. N'as-tu pas peur de rabaisser l'homme au niveau de l'animal, cet homme dont nous exigions la beauté physique au nom de l'âme radieuse, dans la maison d'Agathon, lors de ce fameux banquet dont Platon a consigné les conversations ?

"Mon journal", p 49.
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Je bondis de ma chaise : Cini [Le fils de l'auteur, futur écrivain lui-même], apercevant mon geste menaçant, comprend que je m'apprête à décrocher le record du monde de la gifle la plus rapide et détale donc sans demander son reste en direction de Marathon ; si l'on en juge à son départ fulgurant, il va y arriver en un temps record. Ce gamin tient une forme du tonnerre.

Olympiade II, p61
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2. La course de fond : pour pouvoir la pratiquer, il faut une caisse et deux gendarmes. Le sportif emporte la caisse et les gendarmes le poursuivent à bonne distance.

Sport et étude du corps, p 93.
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Video de Frigyes Karinthy (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frigyes Karinthy
Dans cet épisode, nous vous présentons des livres qui nous ont fait rire. Huit propositions de lectures pour différents âges : de l'humour, fin ou gras, des jeux de mots, de l'absurde, du comique de situation, de la satire sociales... Des livres que nous avons beaucoup aimés, auxquels nous repensons avec le sourire et que nous adorons mettre entre les mains des lecteurs. Une liste à garder précieusement, concoctée par nos libraires Laure, Rozenn, Nolwenn, Jérémy, Nicolas et Adeline !
Voici les livres cités dans cet épisode :
Un ours, un vrai, de Stéphane Servant et Laëtitia le Saux (éd. Didier Jeunesse) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/23128786-un-ours-un-vrai-stephane-servant-didier-jeunesse ;
Horace. Tome 1, Cheval de l'Ouest, de Poirier (éd. Revival) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/23359947-horace-tome-1-poirier--revival ;
Les Culs-reptiles, de Mahamat-Saleh Haroun (éd. Gallimard/Folio) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/22745328-les-culs-reptiles-mahamat-saleh-haroun-folio ;
Admirable, de Sophie Fontanel (éd. Seghers) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/22540820-admirable-l-histoire-de-la-derniere-femme-ride--sophie-fontanel-seghers ;
Chroniques du Château faible, de Jean-Christophe Mazurie (éd. Fluide Glacial) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/23032241-1-chroniques-du-chateau-faible-tome-01-jean-christophe-mazurie-fluide-glacial ;
Stella et l'Amérique, de Joseph Incardona (éd. Finitude) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/23109474-stella-et-l-amerique-joseph-incardona-finitude ;
Le Rire des autres, d'Emma Tholozan (éd. Denoël) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/23030426-le-rire-des-autres-emma-tholozan-denoel ;
Roman fleuve, de Philibert Humm (éd. des Équateurs/Folio) : https://www.librairiedialogues.fr/livre/23286751-roman-fleuve-philibert-humm-folio.
Et quelques autres titres qui auraient pu faire partie de cette sélection de livres drôles :
Le Discours, de Fabrice Caro (éd. Gallimard/Folio) ;
Miracle à la tombe aux Aspics, d'Ante Tomi (éd. Libretto) ;
N'essayez jamais d'aider un kangourou !, de Kenneth Cook (éd. Autrement) ;
Je dénonce l'humanité, de Frigyes Karinthy (éd. Viviane Hamy) ;
Le Chien de madame Halberstadt, de Stéphane Carlier (éd. le Tripode) ;
Roulio fauche le poil, de Julia (éd. le Tripode) ;
La Vie est une corvée, de Salomé Lahoche (éd. Superexemplaire) ;
Idées noires, de Franquin (éd. Fluide Glacial) ;
#Les Mémés, de Sylvain Frécon (éd. Fluide Glacial).
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Les Éclaireurs de Dialogues, c'est le podcast de la librairie Dialogues, à Brest. Chaque mois, nous vous proposons deux nouveaux épisodes : une plongée dans le parcours d'un auteur ou d'une autrice au fil d'un entretien, de lectures et de plusieurs conseils de livres, et la présentation des derniers coups de coeur de nos libraires, dans tous les rayons : romans, polar, science-fiction, fantasy, BD, livres pour enfants et adolescents, essais de sciences humaines, récits de voyage…
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