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ISBN : 2707173479
Éditeur : La Découverte (20/09/2012)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Le spectre de la modernisation hante la planète. On compare les sociétés en fonction de leur plus ou moins grand degré de modernisation ; on s'interroge sur ses vertus, ses dangers, son degré d'universalité ou son obsolescence.

Or, chose étrange, on manque d’une description anthropologique de ceux qui se désignent comme étant à l’origine de ce mouvement. Que nous est-il donc arrivé ? De quoi pouvons-nous hériter ? Comment bien nous présenter face aux... >Voir plus
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
hupomnematahupomnemata   06 novembre 2012
Ils sont assis autour d'une table circulaire, une quinzaine d'industriels français, responsables du développement durable dans différentes sociétés. En face d'eux, un chercheur du Collège de France, Spécialiste des questions de climat. Nous sommes à l'automne 2010 alors que fait rage la querelle sur l'origine humaine ou non du bouleversement climatique. L'un des industriels pose au professeur une question que je trouve quelque peu désinvolte: "Mais pourquoi faudrait-il vous croire, vous plus que les autres?" Je m'étonne. Pourquoi met-il sur le même pied, comme s'il s'agissait d'une simple bataille d'opinions, les spécialistes du climat et ceux qu'on appelle les climatosceptiques - en dévoyant quelque peu le beau vocable de "sceptique"? Disposerait-il par hasard d'un instrument de mesure supérieur à celui du spécialiste? Comment ce simple apparatchik pourrait-il être en position de balancer les positions des experts selon un calcul par moins? Mais, surtout, comment ose-t-il parler de "croyance" à propos des sciences du climat? Décidément je trouve la question presque choquante, surtout de la part de quelqu'un dont le métier consiste à s'intéresser de près à la question écologique. La controverse a-t-elle tellement dégénéré au point que l'on puisse parler du sort de la planète comme si l'on était sur le plateau d'une joute télévisée en faisant semblant d'égaliser les positions?
Je me demande comment le professeur va répondre : est-ce qu'il va remettre à sa place le fâcheux en lui rappelant qu'il ne s'agit pas de croyance mais de fait? Est-ce qu'il va résumer à nouveau les "données indiscutables" qui ne laissent guère de place au doute? Or, voilà qu'à ma grande surprise, il répond dans un long soupir : "Si l'on n'a pas confiance dans l'institution scientifique, c'est très grave." Et de se mettre à déployer devant son auditoire le grand nombre de chercheurs impliqués dans l'analyse du climat, le système complexe de vérification des données, des articles et des rapports, le principe du jugement par les pairs, l'immense réseau des stations, des bouées dérivantes, des satellites, des ordinateurs qui assurent le flux des informations -puis il se met à expliquer, debout au tableau, les pièges des modèles nécessaires à la rectification des données ainsi que les doutes successifs qu'il a fallu lever sur chacun des points. "Et, dans l'atre camp, ajoute-t-il, qu'est-ce qu'on trouve? Aucun chercheur compétent dans le domaine disposant de l'équipement idoine." Pour répondre à la question posée, le professeur s'est donc servi de la notion d'institution comme du meilleur instrument pour mesurer le poids respectif des positions. Il ne voit pas de cour d'appel plus élevée. Et c'est bien pourquoi il ajoute que "perdre confiance" dans cette resource serait, pour lui, "très grave".
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hupomnematahupomnemata   29 novembre 2012
Les paroles amoureuses ont ceci de particulier qu'elles donnent à la personne à qui elles s'adressent l'existence et l'unité que celle-ci n'avait pas. "je me sentais loin", "j'étais indifférent", "j'étais comme mort", "le temps ne passait pas, maintenant je suis là, présent, à tes côté", "Nous voilà ensemble", "Nous nous sommes beaucoup rapprochés". L'erreur d'adressage serait ici de croire que ces paroles ne nous visent pas, qu'il faut les éviter, comme s'il s'agissait des autres paroles, celles qui permettent de s'adresser aux êtres de la métamorphose. Or, là, au contraire, se fermer à ces paroles - ou ne jamais les prononcer pour les autres -, c'est disparaître pour de bon - ou faire disparaître les autres pour de bon. Quel plus grand malheur pour quelqu'un que de n'avoir jamais été visé par une parole amoureuse : comment se sentirait-il une personne s'il n'avait reçu de tel dons? Qui se sentirait quelqu'un sans avoir été ainsi adressé? Quelle misère de n'avoir jamais suscité que l'indifférence! Ce dont l'expérience donne l'assurance toujours à reprendre, c'est que cette certitude d'exister et d'être proche, d'être uni et complet, nous ne la tirons pas de notre propre fond mais qu'elle vient d'ailleurs, qu'on la reçoit, que c'est un don toujours immérité qui circule par l'étroit canal de ces mots salutaires.
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hupomnematahupomnemata   23 novembre 2012
Entrée en scène de l'Homo faber qui moule ses besoins à travers des outils par une "action efficace sur la matière". Cinq petits mots aussi parfaitement innocents que parfaitement inadéquats pour saisir un tel zigzag : il n'y a pas de matière, on n'agit pas "sur" elle, l'action n'est pas "efficace" (elle le sera peut-être, mais plus tard) et, enfin, comme nous allons le voir, il n'est pas sûr du tout que ce soit une "action", en tout cas pas l'action de "quelqu'un".
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hupomnematahupomnemata   29 novembre 2012
Quelle misère de n'avoir jamais suscité que l'indifférence! Ce dont l'expérience donne l'assurance toujours à reprendre, c'est que cette certitude d'exister et d'être proche, d'être uni et complet, nous ne la tirons pas de notre propre fond mais qu'elle vient d'ailleurs, qu'on la reçoit, que c'est un don toujours immérité qui circule par l'étroit canal de ces mots salutaires.
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hupomnematahupomnemata   28 novembre 2012
L'intelligence de l'organisme prépare celle du logos. Par lui nous sommes inévitablement attachés par ceux dont venons et dont nous sommes, au sens strict, l'énonciation risquée par-dessus l'abîme de la reproduction. Ils persistent en nous, mais seulement si nous parvenons nous-mêmes à persister dans d'autres (presque) semblables (y compris en restant nous-mêmes, un peu plus longtemps, à force de vieillissement).
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Videos de Bruno Latour (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bruno Latour
Retour sur le débat «Une anthropologie de la nature : face à Gaïa » .Retour sur les meilleurs moments du Mardi des Bernardins du 31 mai 2016, consacré à la relation qu?entretient l?homme à la nature. Pour (re)voir la première partie du débat, c?est par ici : https://vimeo.com/169099604 Pour l?écouter en intégralité, c?est par là : https://soundcloud.com/college-des-bernardins/une-anthropologie-de-la-nature-face-a-gaia-les-mardis-des-bernardins Avec la participation de : - Pierre-Yves Condé, professeur en science politique - Philippe Descola, professeur au Collège de France, Chaire d?anthropologie de la nature - Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, professeur à Sciences Po et auteur de Face à Gaïa (La Découverte, 2015)
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