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EAN : 9782707197009
160 pages
La Découverte (12/10/2017)
3.44/5   42 notes
Résumé :
Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l’immense énergie politique qu’on pourrait tirer de leur rapprochement.
D’abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l’explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l’entreprise systématique pour nier l’exi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
jullius
  26 août 2021
Quand c'est Latour (de contrôle ?) même qui demande « où atterrir ? », avouez qu'il y a de quoi s'inquiéter…
Cela dit, Latour propose tout de même une solution : atterrir sur terre, enfin sur le terrestre.
Au-delà de la blague, ce petit ouvrage du grand sociologue des sciences qu'est Latour mérite le détour. Mais m'inspire aussi quelques réticences.
Si je trouve que le diagnostic est bon – avant tout celui de politique fiction qu'il formule au début sur la stratégie de rupture décomplexée des élites financières voire politiques qui les servent, mais aussi celui qui concerne la nécessité d'un redécoupage des clivages politiques – je suis (bien) moins convaincu par les propositions qu'il formule. Proposer de nommer le terrestre ce qui devrait être le nouveau local (pour éviter les dérives « nationalo-identitaires »), je le comprends, mais cela me semble un voeu pieux : je trouve quelque peu malhonnête le portrait que fait Latour sur les risques d'un « retour » en force du local (si tant est qu'il avait d'ailleurs disparu) et notamment son assimilation à une forme d'obscurantisme identitaire.
Car le local ne se réaffirme pas que sous ce masque (même s'il existe et que, malheureusement, tout « localisme » a tendance à être réduit à cet forme d'exclusivisme et de fermeture aux autres – mais par qui ? précisément par des éditorialistes qui sont au service des élites « hors sol »), mais aussi sous celui, bien plus pertinent d'un désir de reconquête de la souveraineté que le global de la « mondialisation moins », comme il dit, a largement battu en brèche.
Et sa conviction dans le fait que l'Europe est la bonne échelle d'une « mondialisation plus », débarrassée de ses illusions et seule à même de lutter contre le local et ses oripeaux nationalistes les plus abjects, me semble vraiment très simplificateur : non seulement l'Europe n'a pas commencé à exister après le second conflit mondial (pour garantir la paix) mais (à l'inverse) elle a « commencé » au moment de la Conférence de Berlin (1885) dans ce grand partage de l'Afrique entre gouvernants blancs et puissants : un projet rien moins que pacifiste, pour les Africains et même pour les peuples européens. Car cette Europe-là, rapidement en crise face aux désordres sociaux de la soi-disant Belle Époque, n'a pas hésité à envoyer ses peuples non plus au charbon mais sous les déluges d'acier pour faire taire les aspirations révolutionnaires.

Croire que l'Europe est un projet pacifique me semble une parfaite foutaise. L'Europe n'a jamais été, ni de près ni de loin, un projet de rassemblement des peuples derrière un projet de paix universelle (affiche de propagande qui ne berne que ceux qui veulent y croire), mais est une stratégie de gestion des obstacles de l'impérialisme capitaliste de ses élites. Croire que l'« Europe » peut devenir autre chose, qu'elle puisse soudain se parer de bons sentiments (politiques et écologiques) et que les peuples y verront soudain la lumière tant attendue (eux qui ont été bernés depuis près de 150 ans sur le sujet – ce que Latour reconnaît d'ailleurs honnêtement, mais comment faire autrement…), c'est effectivement, comme il l'admet (mais sans doute avec un peu de fausse modestie puisque l'objet de son ouvrage est bien politique), être bien « fragile » comme analyste du politique (au sens moins de l'étude des rapports de pouvoirs – science politique à papa - que de celui de l'étude des liens sociaux – la politique au sens premier du terme, et une science politique, donc, qui se nourrit de toutes les sciences humaines).
Finalement, qui a besoin d'atterrir ? Précisément ces élites qu'il identifie justement comme « hors-sol ». La plupart des individus, eux, ceux qui n'ont donc pas de pouvoir, réclament qu'on cesse de les obliger à décoller (pour le pays imaginaire du « libéralisme » où la dernière liberté qui leur reste est d'aller se faire exploiter par des multinationales dont l'universalisme n'est rien d'autre qu'un United Colors of Benetton - fait pour gagner du fric) : non pas par racisme (même s'il en est parmi ceux-là, il ne faudrait pas non plus être angélique) mais parce que sans « enracinement », comme disait Simone Weil, l'homme se perd… et avec lui, toute politique (être ensemble) digne de ce nom.
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antimatiere2
  10 novembre 2017
Un nouvel acteur politique : la Terre elle-même
Dans ce court essai percutant, Bruno Latour développe la réaction à chaud qu'il avait publiée dans le Monde au lendemain de l'élection de Donald Trump. Il voit dans l'évènement le sauve-qui-peut de masses qui ne croient plus à la mondialisation et se réfugient dans un passé idéalisé. Sans voir - ou plutôt en refusant de voir - la crise écologique qui change tous les repères.
L'humanité désorientée…
« Où atterrir ? » La question titre est devenue cruciale. Embarqués dans une course folle à la croissance mondialisée, nous découvrons qu'elle n'est pas soutenable et qu'il va falloir revenir sur Terre. Ceux qui en profitent le plus veulent poursuivre le voyage le plus loin et le plus longtemps possible, sans se soucier des dommages collatéraux qui, comme ceux infligés au climat, forcent de nouveaux flux de migrants à se mettre en marche. Mais la multitude des autres sent confusément qu'on les mène en bateau. Ils veulent retrouver la terre ferme – leur identité, leur sécurité, leurs certitudes, alors que le sol n'est plus assuré. Il se dérobe, car la crise écologique, dont le volet climatique n'est que le plus criant, va rendre la planète de moins en moins habitable. Elle rend déjà caduque l'espoir d'un accroissement du bien-être pour tous.
…quand la Terre se rebiffe
« Comment s'orienter en politique ? » le sous-titre du livre rend compte de son objet : penser une nouvelle géographie politique et dresser une ébauche de carte. Une fois exposée l'impasse de la polarisation actuelle entre local et global, l'auteur tente d'expliquer pourquoi l'écologie n'a pas réussi à s'imposer dans le paysage politique. Son erreur, pense-t-il, a été de vouloir se situer sur l'axe qui servait et sert toujours de repère à la confrontation entre droite et gauche. Résultat : le mouvement écologiste, constamment ballotté entre les deux pôles, a fini par être laminé. Alors que, suggère-t-il, il fallait faire émerger un nouveau pôle. Ce nouvel attracteur, qu'il nomme faute de mieux « le Terrestre », consiste à donner toute sa place au nouvel acteur politique qui s'est imposé, la Terre, qui rue dans les brancards d'être ainsi malmenée et éreintée. La Terre, qui n'est plus la scène immuable sur laquelle l'homme pouvait tranquillement développer ses activités. C'est comme si, dit-il, le décor s'était mis à jouer dans la pièce.
Bruno Latour, qui n'est pas toujours facile à lire, a pris ici le parti de s'adresser à un large public. Fort heureusement, car ce qu'il a à dire nous concerne tous. Son style est imagé et les formules font mouche. Exemple : [Le retrait par les Etats-Unis de l'accord de Paris], « une déclaration de guerre qui permet d'occuper tous les autres pays, sinon avec des troupes, du moins avec le CO2 que l'Amérique se garde le droit d'émettre ». Dommage toutefois qu'il ne soit pas parvenu à s'affranchir complètement du jargon ni des références en usage dans son domaine de spécialité… C'est peut-être pour le prochain livre, qu'on ne peut qu'espérer, car après avoir répondu à la question « Où atterrir ? », il faudra bien répondre à celle-ci : « Comment s'organiser après l'atterrissage ? »

Lien : http://www.ouvertures.net/un..
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Didjmix
  23 juillet 2021
Voilà un essai (très ! trop ! ) Intelligent. Que de réflexions sur le monde contemporain. La Guerre froide, l'opposition Est-Ouest, ou même Nord-Sud, sont devenues plus insuffisantes on le voit. B. Latour nous propose une opposition Local-Global très intéressante (même si pas toujours facile à suivre). L'élection de Trump, époque de l'écriture de ces lignes, a mis l'accent sur le sujet d'opposition central : le climat. Il nous montre aussi a quel point l'élite se protège, se met à l'abri, de tout ce qu'elle est en train de détricoter. Ça fait froid dans le dos d'actualité.
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Passemoilelivre
  31 janvier 2021
L'humanité est désorientée, une mondialisation effrénée qui devient insoutenable et le sentiment de plus en plus partagé qu'il va falloir atterrir, retrouver « le terrestre », c'est ce que Bruno Latour nous explique dans cet essai. Les inégalités qui s'accroissent, les privilégiés qui profitent le plus longtemps possible d'un système qu'ils ont établi sans tenir compte des dégâts collatéraux (le climat, les migrations..), le mouvement écologiste, ballotté entre la droite et la gauche ne sait plus ou il habite ! L'auteur, philosophe n'est pas toujours facile à suivre, mais il fait malgré tout un effort de pédagogie qui devrait profiter au plus grand nombre, tellement les enjeux sont importants.
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Camille-Gqr
  27 octobre 2020
Il y a quelques semaines j'ai lu ce bouquin, que je n'ai pas commenté parce que je n'avais ni le recul ni toutes les clés pour comprendre. C'était une lecture fort intéressante mais quelque peu compliquée par moment. J'ai pour certains passages du m'y reprendre plusieurs fois pour les saisir.
Latour est un auteur que nous abordons souvent dans mes études et j'ai donc voulu en savoir plus, comprendre ce que je peux retirer de la pensée de l'auteur par moi même et aller plus loin des quelques pages qu'on nous proposent ça et là.
On a donc un exposé des différents ingrédients qui nous ont menés là ou nous en sommes en termes de catastrophe climatique et tout ce que cela implique au niveau politique, économique et social.
Latour propose un schéma de compréhension qui nous permet de resituer les enjeux actuels non plus sur l'axe et l'opposition Gauche/Droite en politique, cet axe qui serait dépassé et qu'on ne sait plus vraiment positionner sur une conception Local/Global. A cet conception linéaire il ajoute le "Hors sol", à savoir, les élites, qui fuient et usent tout ce qu'ils peuvent user pour accroître leur capital au détriment du reste du monde - on connait la chanson - et le "Terrestre" ou la Terre prend un rôle actif et devient une entité qui réagit aux actions des êtres qui vivent sur son sol.
Pour expliquer et étayer ce schéma Latour distingue le local +/-, la mondialisation - globalisation +/- afin de mettre en avant les effets pervers de chaque concept dans leurs applications concrètes. L'idée serait d'en tirer le bon tout en excluant le mauvais, pour construire le Terrestre.
Il faut que nous sachions à nouveau définir et décrire, quels sont nos territoires pour adopter les meilleures politiques pour gérer ceux-ci, et ce, main la main avec ceux-là même que l'on considère comme nos ennemis, les réorienter et les mobiliser autour d'une conception du Terrestre et non plus du Local/Global. L'idée c'est de créer un système d'engendrements, système dans lequel les animés, dépendent les uns des autres et ont tous leur propre conception de leur territoire, ce système d'engendrement permet de les prendre en considération et de cohabiter entre Terrestres en faisant fi d'une domination de l'Homme sur la Nature.


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critiques presse (2)
NonFiction   07 février 2018
Un essai politique reliant questions sociale et écologique et invitant à la description de nos « terrains de vie » en prélude à de nouvelles luttes.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Lexpress   22 novembre 2017
Qu'on le veuille ou non, suggère Bruno Latour dans son nouvel essai, Où atterrir?, l'idéologie dualiste de la modernité nous empêche de répondre au défi environnemental.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   16 décembre 2017
Chacun de nous se trouve donc devant la question suivante : " Est-ce que nous continuons à nourrir de rêves d'escapade ou est-ce que nous nous mettons en route pour chercher un territoire habitable pour nous et nos enfants ?"

Ou bien nous dénions l'existence du problème, ou bien nous cherchons à atterir. C'est désormais ce qui nous divise tous, bien plus que de savoir side droite ou de gauche. (p. 15)
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PassemoilelivrePassemoilelivre   31 janvier 2021
Le talon d’Achille de tout texte qui prétend canaliser des affects politiques vers de nouveaux enjeux, c’est que le lecteur est en droit de demander à la fin : « Tout cela est bien joli. L’hypothèse est peut-être attirante à défaut d’être prouvée, mais qu’est-ce qu’on en fait pratiquement et qu’est-ce que ça change pour moi ? »
« Est-ce que je dois me lancer dans la permaculture94, prendre la tête des manifs95, marcher sur le Palais d’Hiver, suivre les leçons de saint François96, devenir hacker, organiser des fêtes de voisins, réinventer des rituels de sorcières97, investir dans la photosynthèse artificielle98, à moins que vous ne vouliez que j’apprenne à pister les loups99 ? »
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RaviRavi   11 août 2020
Que faire? D'abord décrire. Comment pourrions-nous agir politiquement sans avoir inventorié, arpenté, mesuré, centimètre par centimètre, animé par animé, tête de pipe par tête de pipe, de quoi se compose la terre pour nous? (p.119)

Il existe ... un épisode de l'histoire de France qui pourrait donner une idée de l'entreprise: l'écriture des cahiers de doléances, de janvier à mai 1789, avant que le tournant révolutionnaire transforme la description des plaintes en une question de changement de régime ... Figure que l'on retrouve aujourd'hui dans l'immense et paralysante question de remplacer le Capitalisme par un autre régime. (p.122)
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PassemoilelivrePassemoilelivre   31 janvier 2021
les élites ont été si bien convaincues qu’il n’y aurait pas de vie future pour tout le monde qu’elles ont décidé de se débarrasser au plus vite de tous les fardeaux de la solidarité — c’est la dérégulation ; qu’il fallait construire une sorte de forteresse dorée pour les quelques pour-cent qui allaient pouvoir s’en tirer — c’est l’explosion des inégalités ; et que pour, dissimuler l’égoïsme crasse d’une telle fuite hors du monde commun, il fallait absolument rejeter la menace à l’origine de cette fuite éperdue — c’est la dénégation de la mutation climatique.
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PassemoilelivrePassemoilelivre   31 janvier 2021
Les partis verts restent partout des partis croupions. Ils ne savent jamais sur quel pied danser. Quand ils mobilisent sur des questions « de nature », les partis traditionnels s’opposent à eux au nom de la défense des intérêts humains. Quand les partis verts mobilisent sur des « questions sociales », ces mêmes partis traditionnels leur demandent : « De quoi vous mêlez-vous ? »
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Videos de Bruno Latour (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Bruno Latour
Extrait de "Où atterrir ?" et "Où suis-je ?" de Bruno Latour lu par Christophe Brault et l'auteur. Deux titres disponibles dans un coffret numérique. Parution le 21 juillet 2021.
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