AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782070140367
224 pages
Éditeur : Gallimard (02/09/2013)
3.08/5   56 notes
Résumé :
En gare de Moscou, une jeune Finlandaise s’installe dans le train qui la mènera à travers la Sibérie, puis la Mongolie, jusqu’à la ville mythique d’Oulan-Bator. C’est avec Mitka qu’elle aurait dû réaliser son rêve, mais la voici seule dans ce compartiment n° 6, prête à traverser l’Union soviétique pour rallier les portes de l’Asie. Quelques instants avant le départ, un homme la rejoint et s’installe finalement face à elle. Vadim Nikolaïevitch Ivanov est une véritabl... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
3,08

sur 56 notes
5
1 avis
4
7 avis
3
5 avis
2
3 avis
1
0 avis

le_Bison
  29 août 2021
A bord d'un mythe, billet en poche, balluchon chargé de vodka, je grimpe pour un long voyage, objectif au-delà de la Sibérie. Un air de Tchaïkovski se balade des hauts-parleurs de la gare, signe annonciateur du départ du Transsibérien. Installé dans le compartiment N° 6, je regarde à travers la crasse d'usure de la fenêtre, les derniers visages restés à quai. Je sais qu'après ce voyage, je serais transformé, on ne voyage pas dans un mythe sans conséquence. Vient s'asseoir dans ce compartiment, une jeune femme, pas un canon, ni une mocheté, simplement une femme avec son charme, une finlandaise même. Je me réjouis déjà de ce long tête-à-tête silencieux que me promet ce voyage. le mythe du cornichon malossol.
Quand un russe, vigoureux et bavard, s'installe dans ce même compartiment, je m'éclipse discrètement pour suivre ainsi leur voyage. Lui est rustre, en plus d'être foncièrement russe. Elle est timide et ne semble parler qu'intérieurement. Ils vont avoir des choses à se raconter et je pressens la cocasserie de leur discussion, car si au final, rien de commun ne semble rattacher ces deux personnages, j'imagine leur destin, le croisement de leurs pensées. Et ces dernières me font sourire, au rythme des cahots du train.
Lui ne pense qu'à boire de la vodka, et à lui en offrir, entre deux tasses de thé noir bien brûlant. Il parle, il parle, insatiable, il ne cesse de discourir sur sa vie, sur son pays, sur ses femmes. Ah oui, c'est un homme qui se dit viril, comme tout bon russe imbibé à la vodka, qui est fier d'être macho, comme tout bon russe après plusieurs verres de vodka. de fait, il parle de ses conquêtes, des femmes en général, des putes russes ou lituaniennes. Il pense au sexe, il pense à la vodka, il pense à la chagatte, il croque dans des cornichons malossols, il croquerait bien dans le sexe de sa voisine. Son sujet favori, le sexe. Il est cru, comme ses cornichons, imbibé autant de vinaigre que de vodka. Elle, difficile à savoir ce qu'elle ressent, vu qu'elle n'est pas très disserte sur ses sentiments, son discours intérieur s'épanche au rythme de la traversée de ces longues plaines enneigées.
Et c'est ce qui me plaît dans ce voyage, la rencontre de deux personnages que tout oppose, en plus du voyage proposé, mythique je me répète. Et entre deux arrêts, nos deux voyageurs de bonne ou mauvaise fortune, s'aventureront dans les villages traversés à la découverte d'une taverne ou d'une babouchka, pour recharger ses stocks en cornichons ou en vodka. C'est un voyage dépaysement proposé par ces deux là, souvent insolite et prêtant à sourire. Il se veut contemplatif et répétitif. Il faut dire que le décor givré proposé est souvent le même dans ces plaines battus par le blizzard, les villes industrielles, minières ou pétrolifères, proposent toujours la même architecture datée de l'ère stalinienne, la même crasse le long des murs, les mêmes ivrognes congelés dans le caniveau.
La septième symphonie de Chostakovitch crachote des hauts-parleurs fatigués, le train va repartir il est temps que je remonte à bord, vite une bouteille de vodka achetée à la vieille babouchka au coin du quai, mon voyage n'est pas fini, comme le blizzard.
A noter, grand prix du jury au Festival de Cannes 2021.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          506
Allantvers
  23 janvier 2017
Une jeune finlandaise fuyant une sombre douleur et un homme russe à l'âme lourde prennent place dans le compartiment n°6 du train qui les mènera de Moscou à Oulan Bator. Le train part…
Une belle invitation au voyage malgré un contexte rude, celui de l'Union soviétique des années de guerre en Afghanistan. Un voyage et un récit tout en contrastes, jeune femme tout en intériorité (elle ne prononce pas un mot) face à l'homme bavard, buveur et tonitruant, voyageuse étrangère contre âme russe partout chez lui, dynamique du train qui avance versus action statique, beauté des paysages russes contre laideur crasse des villes soviétiques, Irkoutsk, Novossibirsk, si semblables et si différentes, climat sibérien hivernal opposé à la chaleur étouffante du compartiment.
La puissance d'évocation du texte a plutôt bien fonctionné sur moi, je me suis laissé bercer par le rythme du train, et les images qui défilent ont un goût de réel, rude et beau.
Commenter  J’apprécie          352
traversay
  20 septembre 2013
Une jeune femme, finlandaise, et un homme, russe, partagent le Compartiment N°6. En route pour Oulan-Bator par le transsibérien. C'est encore le temps de l'URSS. le paysage défile. le train s'arrête souvent. Parfois une journée entière. L'homme boit énormément. de la vodka, quoi d'autre ?. Et il parle. Il vocifère plutôt. le sexe est son sujet favori. Il l'évoque avec les mots les plus crus. Grossier personnage. Est-il censé représenter l'âme rustre ? La jeune femme, pour ne pas l'écouter, se réfugie dans ses pensées. Ses années d'études à Moscou, ses amitiés, ses amours. le voyage lui pèse et son compagnon lui fait peur. Est-ce la raison pour laquelle elle l'accompagne parfois au dehors lorsque le train reste à quai pour un long moment ? Et le paysage défile toujours. L'homme continue de débiter ses insanités. Une sorte de train-train s'est installé. Compartiment N°6 est un livre contemplatif et répétitif. de quoi traite t-il exactement ? D'une rencontre entre deux individus qui n'ont rien à se dire. L'écriture de Rosa Liksom passe facilement du lyrisme à la vulgarité. le lecteur s'ennuie comme dans un fastidieux voyage ferroviaire. La destination atteinte, on ne se retournera pas vers les personnages du roman. On les oubliera. Très vite.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          131
Fortuna
  11 juillet 2014
Je me suis laissé bercer par le charme de ce récit de voyage en train à travers la Sibérie puis la Mongolie et par la rencontre improbable entre deux êtres que tout sépare – âge, sexe, pays, milieu social, niveau culturel.
Il nous rappelle ces rencontres qui étaient fréquentes avant l'ère des trains à grande vitesse et de l'omniprésence des écrans portables, et étaient souvent l'occasion pour deux inconnus, qui savaient cette relation éphémère, de se raconter leur vie de manière parfois très intime et de se séparer sans regret à la fin du voyage. le temps du voyage étant une parenthèse, peut-être une occasion de faire le point, de parler sans contrainte, d'aller vers l'ailleurs.
Ici c'est pour plusieurs jours que le hasard va réunir nos deux voyageurs dans le même compartiment. Mais le principe est le même.
L'homme est un Russe d'un certain âge, porté sur la vodka et qui a besoin de parler. C'est un long monologue d'un être parfois vulgaire, grossier, parfois touchant, qui plonge dans les méandres d'une vie difficile marquée par l'absence d'affection, l'alcoolisme, la pauvreté. A l'image d'un pays cynique et corrompu mais auquel il reste viscéralement attaché.
La jeune femme écoute. C'est une étudiante finlandaise qui a quitté Moscou pour entreprendre ce périple vers Oulan-Bator, capitale de la Mongolie. Elle aurait dû le faire avec un ami mais les choses ont tourné autrement. On en comprendra les raisons par bribes au cours du récit. Elle est silencieuse, résiste aux avances alcoolisées de son compagnon de voyage, le suit lors des arrêts du train dans les villes sibériennes. C'est le printemps mais la neige est toujours au rendez-vous. La beauté des paysages reflète sa tristesse et sa passivité. Ils défilent comme ses souvenirs au rythme du vieux transsibérien.
J'ai beaucoup aimé ce livre, très poétique, teinté de nostalgie, évoquant la nature sauvage des vastes plaines du nord et une difficulté d'être à la résonnance universelle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
kathel
  25 octobre 2013
Une jeune fille finlandaise s'installe dans un wagon-lit pour une traversée de la Russie soviétique, jusqu'à Oulan-Bator. Juste au moment du départ, un homme rejoint le compartiment et y prend ses aises. Admettant le fait de cette promiscuité forcée, le lecteur se trouve coincé lui aussi dans ce compartiment, heureux d'y échapper lors des arrêts ou quand la jeune femme regarde le paysage par la vitre maculée. En effet, l'homme est un rustre, ou du moins se complaît à passer pour tel, se curant les ongles, mangeant salement, assenant ses avis, racontant des histoires vécues plus dérangeantes les unes que les autres. La jeune fille s'échappe en pensée, revient aux derniers temps qu'elle a passés à Moscou.
J'ai été gênée par une certaine complaisance dans le sordide, notamment avec les éructations verbales de l'homme, mais pas seulement. Les descriptions sont aussi bien « chargées » et cela ne me semble pas très justifié, que, pour contrebalancer les beaux paysages naturels, les évocations de lieux habités soient trop souvent alourdies d'adjectifs à connotation négative, que la neige soit forcément souillée de cadavres d'animaux ou d'urine de chien ! D'ailleurs, d'une manière générale, ce roman est trop chargé d'adjectifs, ce qui me rend toujours méfiante.
Il s'en dégage toutefois un certain charme, un peu vénéneux, assez typiquement russe, dû davantage au rythme de l'écriture, aux images évoquées, qu'aux personnages, qui n'attirent pas la sympathie… Une sorte de film lent, contemplatif, se déroule sous les yeux du lecteur, rendant assez bien compte, j'imagine, du lent et long voyage à travers la Sibérie. Je reste un peu mitigée à l'issue de cette lecture, que j'ai toutefois poursuivie jusqu'au bout. J'ai même préféré la fin, sans que cela vous incite à croire à une fin qui sorte de l'ordinaire : non, elle est à l'image du reste du roman, avec un petit quelque chose en plus dans l'atmosphère, très ténu, qui laisse à penser que les personnages ont évolué… C'est assez subtil, et prouve aussi que l'écriture et la traduction sont les atouts principaux de ce texte.
Lien : http://lettresexpres.wordpre..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80


critiques presse (2)
Lexpress   23 décembre 2013
Au fil des villes ouvrières et des paysages traversés, le huis clos oppressant se fait bizarrement chaleureux, voire poétique. La brute n'est pas sans rappeler les héros de Tolstoï. Le lecteur sort sonné et séduit de cette plongée dans le délabrement de l'âme soviétique.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte   30 septembre 2013
La lumière de Sibérie, le soleil, le grésil, la neige et la glace, le brouillard, accompagnent le voyageur sans répit, donnent aux paysages de taïga des lueurs et des couleurs profondes et sublimes, mélancoliques mais capables d'embellir les cheminées d'usines, [...] capables même de donner l'envie DU voyage.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   02 août 2021
Une piquante odeur de kérosène flottait dans le compartiment. Elle montait du verre de vodka plein qui tressautait sur la table au rythme des cahots du train. La jeune femme le repoussa. L'homme suivit son geste du regard.
"Vous, l'étrangère, vous me blessez profondément en ne buvant pas avec moi."
Il croqua dans un cornichon malossol et fixa la jeune femme d'un air mauvais. Elle lui lança un regard noir et détourna les yeux.
"Ma mère me donnait de la vodka chaque fois que j'étais malade. Je me suis habitué à son goût quand j'étais encore bébé. Je ne bois pas parce que je suis malheureux ou parce que je voudrais l'être encore plus, mais parce qu'un serpent, à l'intérieur de moi, le réclame à grands cris."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          183
le_Bisonle_Bison   24 juillet 2021
"La Géorgienne, dit-il, a des jambes de girafe et sait si bien se vendre qu'on oublie l'avoir achetée. L'Arménienne est une humble gouine piétinée par l'histoire et une bonne copine qui ne sait pas punir ses enfants. La Tatare n'aime que les Tatars, la Tchétchène est un bon croisement de mère lapine et de trafiquante de drogue, la Daguestanienne est petite, maigre et laide et sent la camphre, et l'orgueilleuse Ukrainienne fomente dans un patois atroce d'éternels complots nationalistes. De quoi rendre tout Russe sourd. Et puis il y a les Baltes. Toutes finies à la pisse. Aucun mystère. Trop pragmatiques. Elles marchent droit devant elles en faisant la gueule, sans un regard de coté."
L'homme pianota sur la table. La jeune femme toussota, excédée, mais il n'accorda pas la moindre attention à cette manifestation d'humeur.
"Je n'ai jamais baisé de Russe qui soit ne serait-ce qu'un instant contente. Et j'ai pourtant fait sauter sur ma bite des milliers de chagattes de tout poil."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          121
le_Bisonle_Bison   03 août 2021
Un heure plus tard, l'homme ouvrit une deuxième bouteille. Puis une troisième, la dernière. Il remplit son verre, mais au lieu de l'écluser cul sec, il n'en but qu'une gorgée. il posa la bouteille vide par terre.
"Je ne te flatte pas pour rien. C'est pourquoi je vous le dis franchement, chère compagne de voyage, vous pourriez me laisser vous baiser au moins une fois. Ce n'est pas ça qui vous userait la chagatte."
Un sourire timide passa sur son visage. La jeune femme se redressa, s'assit au bord de la couchette. Un océan de forêt enneigée s'étendait à l'infini, emplissant tout la paysage. Ses vagues moutonnaient jusqu'à l'horizon, descendaient dans les vallées, épousaient les pentes douces des collines. Entre deux versants serpentait une petite rivière. Une épaisse eau rouge coulait dans ses endroits les plus profonds, là où la glace avait fondu. L'homme jeta à la jeune femme un regard sagace, teinté de fierté.
"Allez, juste un peu..."
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          127
le_Bisonle_Bison   30 juillet 2021
La jeune femme sortit dans la nuit, avec pour seule compagnie, dans la ville silencieuse plongée dans le sommeil, un ciel délavé, sans nuages, où ne brillait aucune étoile. Elle poussa la porte d'un bar à bière d'une ruelle écartée. Une âcre odeur de cigarette lui sauta au visage. Elle hésita un instant, mais entra par curiosité. Sur le sol boueux gisaient deux moujiks ivres morts. La jeune femme commanda une bière, mais n'obtint qu'une chope de bibine violacée, imbuvable. Elle la reposa sur la table et s'en fut.
L'épaisse nuit déserte l'enveloppa. Seul le vent animait l'obscurité dans laquelle s'enfonçait la ville, le vent nocturne, et le murmure de la neige.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
le_Bisonle_Bison   28 juillet 2021
La babouchka avait posé sur la table une jatte de kacha de sarrasin, une soupière de bortch gras et fumant et, devant l'homme, un verre de crème aigre et une belle bouteille de vodka. La jeune femme buvait du thé, la vieille du tchaï, l'homme essuya la transpiration de son front, but une gorgée de crème, rota, satisfait, et se servit de la vodka dans un autre verre.
" Buvons à toutes les femmes du monde. A la sagesse de la vieillesse, à l'intelligence du cœur et à la beauté de la jeunesse, à votre hospitalité, ma petite mère, et aux goujons aux flancs argentés !"
Après avoir bu, il mordit dans du pain noir sur lequel il avait étalé de la moutarde, du sel et du poivre. Il remplit son verre de vodka et se leva.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          101

Videos de Rosa Liksom (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rosa Liksom
Découvrez l'entretien accordé par Rosa Lisom à l'occasion de la parution de la colonelle.
Rosa Liksom évoque l'héroïne de son nouveau roman, un personnage féminin très fort. Avec La colonelle, elle livre le portrait d'une femme complexe, à la fois libérée sexuellement et ouverte aux tendances les plus autoritaires, à la fois soumise à son mari et sujette à de véritables extases dans la nature. Dans un style âpre et lumineux, c'est l'histoire d'une femme qui, très tôt, a perdu le contrôle de son avenir. C'est le destin d'une femme emblématique de l'histoire de la Finlande, pays forcé de combattre à la fois la Russie et le Troisième Reich. Que peut-on pardonner ? Et combien de fois peut-on recommencer sa vie ?
En savoir plus : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/La-colonelle
+ Lire la suite
autres livres classés : littérature finlandaiseVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Voyage en Italie

Stendhal a écrit "La Chartreuse de ..." ?

Pavie
Padoue
Parme
Piacenza

14 questions
515 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , voyages , voyage en italieCréer un quiz sur ce livre