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EAN : 9782070140367
224 pages
Gallimard (02/09/2013)
3.05/5   70 notes
Résumé :
En gare de Moscou, une jeune Finlandaise s’installe dans le train qui la mènera à travers la Sibérie, puis la Mongolie, jusqu’à la ville mythique d’Oulan-Bator. C’est avec Mitka qu’elle aurait dû réaliser son rêve, mais la voici seule dans ce compartiment n° 6, prête à traverser l’Union soviétique pour rallier les portes de l’Asie. Quelques instants avant le départ, un homme la rejoint et s’installe finalement face à elle. Vadim Nikolaïevitch Ivanov est une véritabl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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A bord d'un mythe, billet en poche, balluchon chargé de vodka, je grimpe pour un long voyage, objectif au-delà de la Sibérie. Un air de Tchaïkovski se balade des hauts-parleurs de la gare, signe annonciateur du départ du Transsibérien. Installé dans le compartiment N° 6, je regarde à travers la crasse d'usure de la fenêtre, les derniers visages restés à quai. Je sais qu'après ce voyage, je serais transformé, on ne voyage pas dans un mythe sans conséquence. Vient s'asseoir dans ce compartiment, une jeune femme, pas un canon, ni une mocheté, simplement une femme avec son charme, une finlandaise même. Je me réjouis déjà de ce long tête-à-tête silencieux que me promet ce voyage. le mythe du cornichon malossol.

Quand un russe, vigoureux et bavard, s'installe dans ce même compartiment, je m'éclipse discrètement pour suivre ainsi leur voyage. Lui est rustre, en plus d'être foncièrement russe. Elle est timide et ne semble parler qu'intérieurement. Ils vont avoir des choses à se raconter et je pressens la cocasserie de leur discussion, car si au final, rien de commun ne semble rattacher ces deux personnages, j'imagine leur destin, le croisement de leurs pensées. Et ces dernières me font sourire, au rythme des cahots du train.

Lui ne pense qu'à boire de la vodka, et à lui en offrir, entre deux tasses de thé noir bien brûlant. Il parle, il parle, insatiable, il ne cesse de discourir sur sa vie, sur son pays, sur ses femmes. Ah oui, c'est un homme qui se dit viril, comme tout bon russe imbibé à la vodka, qui est fier d'être macho, comme tout bon russe après plusieurs verres de vodka. de fait, il parle de ses conquêtes, des femmes en général, des putes russes ou lituaniennes. Il pense au sexe, il pense à la vodka, il pense à la chagatte, il croque dans des cornichons malossols, il croquerait bien dans le sexe de sa voisine. Son sujet favori, le sexe. Il est cru, comme ses cornichons, imbibé autant de vinaigre que de vodka. Elle, difficile à savoir ce qu'elle ressent, vu qu'elle n'est pas très disserte sur ses sentiments, son discours intérieur s'épanche au rythme de la traversée de ces longues plaines enneigées.

Et c'est ce qui me plaît dans ce voyage, la rencontre de deux personnages que tout oppose, en plus du voyage proposé, mythique je me répète. Et entre deux arrêts, nos deux voyageurs de bonne ou mauvaise fortune, s'aventureront dans les villages traversés à la découverte d'une taverne ou d'une babouchka, pour recharger ses stocks en cornichons ou en vodka. C'est un voyage dépaysement proposé par ces deux là, souvent insolite et prêtant à sourire. Il se veut contemplatif et répétitif. Il faut dire que le décor givré proposé est souvent le même dans ces plaines battus par le blizzard, les villes industrielles, minières ou pétrolifères, proposent toujours la même architecture datée de l'ère stalinienne, la même crasse le long des murs, les mêmes ivrognes congelés dans le caniveau.

La septième symphonie de Chostakovitch crachote des hauts-parleurs fatigués, le train va repartir il est temps que je remonte à bord, vite une bouteille de vodka achetée à la vieille babouchka au coin du quai, mon voyage n'est pas fini, comme le blizzard.

A noter, grand prix du jury au Festival de Cannes 2021.
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S'éloignent les fumées des usines aveugles et les nuages de pollution réchauffés par le printemps. S'éloignent la terre tuée par l'industrie lourde et les raffineries de pétrole, la pesante cité entourée de plaques de béton armé pourries, les ruelles écartées où les femmes se promènent en chaussures de fourrure à talon haut. S'éloignent un combinat urbain en débâcle construit avec de l'acier chinois et une nauséabonde conserverie de poisson. le train accélère. Des hauts parleurs déversent la grande musique romantique russe, Chostakovitch, Tchaïkovski,…. Khatchatourian, aussi bien sûr.

Dans le compartiment numéro 6, ils sont deux : une brute épaisse nationaliste, violent et porté sur le sexe et la boisson, et une Finlandaise qui semble fuir Moscou. Il va rejoindre le chantier où il travaille à l'autre bout de l'URSS. On ne sait pas ce qu'elle fuit, est-ce sa belle-mère incestueuse ou le poids de sa bissexualité tout juste révélée ou peut-être un petit ami un peu niais et maladroit (mais là j'invente)… Entre les deux, l'ambiance est étouffante. Lui qui, entre une bonne cuite à la vodka et les exercices de musculation matinaux, ne pense qu'à coucher avec elle ; elle qui ne supporte pas la présence de cet homme frustre et insultant. Contraste saisissant entre cet huis-clos insupportable et les grandes étendues sauvages de la fascinante Sibérie.


Arrive la vaste ville, une parmi tant d'autres dans ces provinces éloignées, sa place centrale et sa grande tête de Lénine. Les freins du train grincent et le train s'arrête avec un grand fracas dans la gare désertée. Je suis assise sur un banc, emmitouflée dans ma chapka et ma redingote fourrée, je lis la gazette du jour. On y parle d'un road movie ferroviaire, quasi spirituel, un film de Kuhosmanen basé sur le livre de Rosa Liksom, Compartiment numéro 6. Vais-je aller le voir ? Je me tâte encore …
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Une jeune finlandaise fuyant une sombre douleur et un homme russe à l'âme lourde prennent place dans le compartiment n°6 du train qui les mènera de Moscou à Oulan Bator. Le train part…

Une belle invitation au voyage malgré un contexte rude, celui de l'Union soviétique des années de guerre en Afghanistan. Un voyage et un récit tout en contrastes, jeune femme tout en intériorité (elle ne prononce pas un mot) face à l'homme bavard, buveur et tonitruant, voyageuse étrangère contre âme russe partout chez lui, dynamique du train qui avance versus action statique, beauté des paysages russes contre laideur crasse des villes soviétiques, Irkoutsk, Novossibirsk, si semblables et si différentes, climat sibérien hivernal opposé à la chaleur étouffante du compartiment.

La puissance d'évocation du texte a plutôt bien fonctionné sur moi, je me suis laissé bercer par le rythme du train, et les images qui défilent ont un goût de réel, rude et beau.
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La jeune femme ne sera jamais nommée. C'est une étudiante Finlandaise qui s'installe dans le compartiment n° 6 du train Moscou- Oulan-Bator. Ce voyage elle devait le faire avec Mitka, son amoureux, étudiant comme elle à l'Université de Moscou. Seulement voilà nous sommes en Russie en 1986 et Mitka n'a pas voulu partir en Afghanistan. Elle va devoir passer plusieurs jours dans ce compartiment avec Vadim Nikolaïevitch Ivanov qui lui aussi traverse la Sibérie et la Mongolie pour travailler sur un chantier.

Entre cette jeune femme fraiche et ce soudard quarantenaire un lien va se créer, indéfinissable. Vadim parle et en se racontant il raconte l'histoire de la Russie d'après-guerre. La jeune femme écoute silencieuse, elle recueille les mots de l'homme Russe d'habitude taiseux. Tendresse, empathie, reconnaissance, la jeune femme pense à son homme disparu dans un asile psychiatrique.
Quelle puissance dans ce beau livre triste, Rosa Liksom retrouve l'âme Russe du grand roman classique et le marie avec une écriture très contemporaine. Nous sommes au plus près des deux héros, dans une description hyperréaliste du quotidien soviétique et le lecteur sent battre leurs coeurs et vit leurs regrets, leurs envies et leurs espoirs.

Un verre de vodka au poivre, « Les bateliers de la Volga » de Repine en toile de fond, la mélancolie de Chostakovitch, le voyage peut commencer.
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Une jeune femme, finlandaise, et un homme, russe, partagent le Compartiment N°6. En route pour Oulan-Bator par le transsibérien. C'est encore le temps de l'URSS. le paysage défile. le train s'arrête souvent. Parfois une journée entière. L'homme boit énormément. de la vodka, quoi d'autre ?. Et il parle. Il vocifère plutôt. le sexe est son sujet favori. Il l'évoque avec les mots les plus crus. Grossier personnage. Est-il censé représenter l'âme rustre ? La jeune femme, pour ne pas l'écouter, se réfugie dans ses pensées. Ses années d'études à Moscou, ses amitiés, ses amours. le voyage lui pèse et son compagnon lui fait peur. Est-ce la raison pour laquelle elle l'accompagne parfois au dehors lorsque le train reste à quai pour un long moment ? Et le paysage défile toujours. L'homme continue de débiter ses insanités. Une sorte de train-train s'est installé. Compartiment N°6 est un livre contemplatif et répétitif. de quoi traite t-il exactement ? D'une rencontre entre deux individus qui n'ont rien à se dire. L'écriture de Rosa Liksom passe facilement du lyrisme à la vulgarité. le lecteur s'ennuie comme dans un fastidieux voyage ferroviaire. La destination atteinte, on ne se retournera pas vers les personnages du roman. On les oubliera. Très vite.
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critiques presse (2)
Lexpress
23 décembre 2013
Au fil des villes ouvrières et des paysages traversés, le huis clos oppressant se fait bizarrement chaleureux, voire poétique. La brute n'est pas sans rappeler les héros de Tolstoï. Le lecteur sort sonné et séduit de cette plongée dans le délabrement de l'âme soviétique.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte
30 septembre 2013
La lumière de Sibérie, le soleil, le grésil, la neige et la glace, le brouillard, accompagnent le voyageur sans répit, donnent aux paysages de taïga des lueurs et des couleurs profondes et sublimes, mélancoliques mais capables d'embellir les cheminées d'usines, [...] capables même de donner l'envie DU voyage.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Un heure plus tard, l'homme ouvrit une deuxième bouteille. Puis une troisième, la dernière. Il remplit son verre, mais au lieu de l'écluser cul sec, il n'en but qu'une gorgée. il posa la bouteille vide par terre.
"Je ne te flatte pas pour rien. C'est pourquoi je vous le dis franchement, chère compagne de voyage, vous pourriez me laisser vous baiser au moins une fois. Ce n'est pas ça qui vous userait la chagatte."
Un sourire timide passa sur son visage. La jeune femme se redressa, s'assit au bord de la couchette. Un océan de forêt enneigée s'étendait à l'infini, emplissant tout la paysage. Ses vagues moutonnaient jusqu'à l'horizon, descendaient dans les vallées, épousaient les pentes douces des collines. Entre deux versants serpentait une petite rivière. Une épaisse eau rouge coulait dans ses endroits les plus profonds, là où la glace avait fondu. L'homme jeta à la jeune femme un regard sagace, teinté de fierté.
"Allez, juste un peu..."
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« Nous avons cherché du pétrole pendant des mois, loin dans le Nord. Cette fois nous n’en avons pas trouvé.»
[ … ]
Quand on en trouve, on rase le village à la tractopelle et on construit des derricks à la place. On abat les chiens, parce qu’on n’en a plus besoin. On transfère les habitants ailleurs, dans le village voisin, qui peut être à trois cents kilomètres. Il n’y a bien sûr pas de routes. »
[ … ]
« Cette fois, nous avons dû repartir les mains vides. On n’a laissé derrière nous qu’un village dévasté par les quatre-quatre, les tracteurs et les véhicules de transport chenillés. Ses habitants ont eu de la chance, nous pas. Je vais maintenant prendre l’avion pour me reposer à Moscou, j’ai trois mois de vacances. J’irai me promener dans la rue Mir avec des amis désœuvrés, et nous passerons des heures dans des cafés à bavarder avec esprit de choses futiles. …  » 153
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Une piquante odeur de kérosène flottait dans le compartiment. Elle montait du verre de vodka plein qui tressautait sur la table au rythme des cahots du train. La jeune femme le repoussa. L'homme suivit son geste du regard.
"Vous, l'étrangère, vous me blessez profondément en ne buvant pas avec moi."
Il croqua dans un cornichon malossol et fixa la jeune femme d'un air mauvais. Elle lui lança un regard noir et détourna les yeux.
"Ma mère me donnait de la vodka chaque fois que j'étais malade. Je me suis habitué à son goût quand j'étais encore bébé. Je ne bois pas parce que je suis malheureux ou parce que je voudrais l'être encore plus, mais parce qu'un serpent, à l'intérieur de moi, le réclame à grands cris."
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En 41, Staline s’est trouvé dans la merde. Les nazis étaient à trente kilomètres de la place Rouge et leurs avions de reconnaissance volaient déjà au-dessus de Stalingrad. Dans le pétrin où il était, le généralissime a décidé de libérer définitivement tous les criminels des camps de travail forcé qui jureraient être prêts à monter en première ligne pour défendre la patrie. Et donc, si tu partais pour le front, le passé t’était pardonné et, après la guerre, tu étais un homme libre. Le vieux a gobé l’hameçon et a été libéré, comme des dizaines de milliers d’autres. Tous ces assassins, voleurs et autres bandits ont été entassés dans des wagons de prisonniers et conduits sur le front. … » 122
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"La Géorgienne, dit-il, a des jambes de girafe et sait si bien se vendre qu'on oublie l'avoir achetée. L'Arménienne est une humble gouine piétinée par l'histoire et une bonne copine qui ne sait pas punir ses enfants. La Tatare n'aime que les Tatars, la Tchétchène est un bon croisement de mère lapine et de trafiquante de drogue, la Daguestanienne est petite, maigre et laide et sent la camphre, et l'orgueilleuse Ukrainienne fomente dans un patois atroce d'éternels complots nationalistes. De quoi rendre tout Russe sourd. Et puis il y a les Baltes. Toutes finies à la pisse. Aucun mystère. Trop pragmatiques. Elles marchent droit devant elles en faisant la gueule, sans un regard de coté."
L'homme pianota sur la table. La jeune femme toussota, excédée, mais il n'accorda pas la moindre attention à cette manifestation d'humeur.
"Je n'ai jamais baisé de Russe qui soit ne serait-ce qu'un instant contente. Et j'ai pourtant fait sauter sur ma bite des milliers de chagattes de tout poil."
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Vidéo de Rosa Liksom
Découvrez l'entretien accordé par Rosa Lisom à l'occasion de la parution de la colonelle.
Rosa Liksom évoque l'héroïne de son nouveau roman, un personnage féminin très fort. Avec La colonelle, elle livre le portrait d'une femme complexe, à la fois libérée sexuellement et ouverte aux tendances les plus autoritaires, à la fois soumise à son mari et sujette à de véritables extases dans la nature. Dans un style âpre et lumineux, c'est l'histoire d'une femme qui, très tôt, a perdu le contrôle de son avenir. C'est le destin d'une femme emblématique de l'histoire de la Finlande, pays forcé de combattre à la fois la Russie et le Troisième Reich. Que peut-on pardonner ? Et combien de fois peut-on recommencer sa vie ?
En savoir plus : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/La-colonelle
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