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ISBN : 2264035358
Éditeur : 10-18 (01/03/2002)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 172 notes)
Résumé :
Autrefois, dans des temps oubliés, furent les Grands Anciens : Chtulhu le géant innommable, l'infâme Aztaroth, Subnigurath, la chèvre aux mille rejetons ou leur maître à tous, l'immémorial Nodens blanchi par les âges, le seigneur du grand abîme. Chassés de la terre, ils règnent désormais sur un autre monde. Seules quelques portes cachées s'ouvrent sur notre terre et permettent le passage d'un monde à l'autre. Une porte que trouve Randolf Carter, au fond de ses rêves... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  24 octobre 2016
On dit que Lovecraft est l'écrivain de la science-fiction pessimiste. Bande de veaux. Ne mélangez plus le pessimisme et le nihilisme. Les Grands Anciens parcourent les récits de Lovecraft, sans ne pas nous rappeler les théories sumériennes des Anunnaki. S'ils délabrent très certainement l'humanité, ce n'est pas parce qu'ils ont un conflit à régler. « Autant vaudrait s'imaginer […] qu'un mammouth puisse s'arrêter pour assouvir quelque frénétique vengeance sur un ver servant d'appât au bout d'un hameçon ». Comme le mammouth peut très certainement écraser un ver sans s'en rendre compte, de même les Grands Anciens pourraient nous briser par simple inadvertance, sans état d'âme pour notre maigre engeance.

On s'en fout.

Quiconque veut découvrir Lovecraft devrait commencer par lire ce récit, progression tranquille vers les dimensions élevées aux puissances supérieures de l'univers. Tout commence avec le simple personnage de Randolph Carter. « C'est moi », semblait avoir envie d'écrire Lovecraft. Enfin, c'est ce que j'imagine. Tranquille, la vie, en Angleterre, voilà. Et un jour, Carter perd ses rêves. Ne reste plus que la vie quotidienne. Dire que c'est l'existence de la majorité, aujourd'hui. Allez demander à quelqu'un de vous raconter ses rêves : « je ne m'en souviens pas », répondra-t-il, et le pire c'est qu'il ne sera ni honteux, ni attristé, et qu'il ne cherchera pas à remédier à ce triste état de fait. Carter n'est pas de cet acabit. Une mystérieuse clé lui est donnée, qui lui permet de remonter le temps jusqu'à son enfance, à la source de ses rêves. Il faut lire, alors, la formidable description de ce qui renverrait à l'Unus Mundus qui sert de base à toutes les philosophies spiritualistes.

« Chaque être localisé fils, père, grand-père et ainsi de suite –et chaque phase de l'existence individuelle : petit enfant, enfant, adolescent, homme- ne sont que les phases infinies de ce même être archétypique et éternel, phases causées par une variation dans la position de l'angle du plan de conscience par rapport à cet être archétypique. Randolph Carter à tous les âges. Randolph Carter et tous ses ancêtres à la fois humains et préhumains, terrestres et préterrestres, ne sont tous que les phases d'un « Carter » ultime et éternel qui vit en dehors de l'espace et du temps –ne sont que de fantomatiques projections uniquement différenciées par les angles selon lesquels le plan de conscience coupe l'éternel archétype. »

Notons bien ici que ce ralliement à la Philosophia perennis ne vise pas à exalter la spiritualité de l'homme. Rien qui n'encourage non plus à l'élévation d'une infime parcelle d'intelligence puisque, de toute façon, nous partons de bien trop bas pour que l'amélioration fasse frissonner l'univers. Les hommes, fondamentalement médiocres, ne sont pas destinés à connaître ce qu'expérimente ici Carter. Lovecraft aime quand même un peu l'être humain puisqu'il nous donne la possibilité de découvrir les secrets réservés aux plus sages –ceux qui vivent dans leurs rêves parce qu'ils refusent la réalité.

Le reste du récit, c'est un voyage à travers d'autres mondes, à la rencontre d'autres peuples. Descriptions stupéfiantes : « Cette mer mystérieuse demeur[e] vide sous un ciel noir et parsemé d'étoiles malgré le brûlant soleil qui y brill[e] ». N'y retrouve-t-on pas l'inquiétante étrangeté des actes anodins ? « Ils s'assirent les uns contre les autres sous la tente et mangèrent la viande fumante que de l'un à l'autre ils se passaient. Ils en donnèrent un morceau à Carter qui trouva dans la forme et la dimension de ce morceau de viande quelque chose d'horrible. […] Il repensa alors à ces rameurs invisibles cachés dans les flancs du navire et à la nourriture suspecte dont ils tiraient leurs forces beaucoup trop mécaniques ».

La progression du trivial au fantastique s'accomplit modestement et, sans que nous ne le remarquions, nous finissons par choir dans un monde puéril où les chats récompensent les hommes qui ont accepté de leur témoigner leur amitié. Comme lorsque je jouais à la dînette, enfant, avec mes animaux en peluche, et que ceux-ci devenaient vivants dans mes rêves la nuit, pour me remercier et me rendre glorieuse, en récompense de mon intérêt pour ceux qui n'ont pas d'importance dans le monde. C'est à la fois mégalo et terrifiant, volonté de puissance accordée aux faibles –ce que Nietzsche aurait détesté- mais rendus réellement puissants de ce fait –ce que Nietzsche n'avait pas prévu.

« Carter conversait à présent avec les chefs dans le doux langage des chats et il apprit bientôt que sa vieille amitié pour leur espèce était bien connue et qu'on en parlait souvent dans ces lieux où se tiennent les assemblées des chats. Sa traversée de l'Ulthar avait été fort remarquée et les vieux chats se souvenaient de la façon dont il les avait caressés après qu'ils eussent surveillé les zoogs en colère qui regardaient méchamment un chaton noir. Ils lui rappelèrent aussi comment il avait accueilli le tout petit chat venu le voir à l'auberge et comment, le matin avant de partir, il lui avait donné une assiette de riche crème. le grand-père de ce tout petit chat était le chef de l'armée maintenant assemblée. »

C'est avec un certain dégoût qu'on lit ce texte au ton monotone et pourtant émaillé de folie, d'imagination, de larmes et de haine. Encore un truc qui fera peur aux lecteurs qui veulent juste qu'on leur serve la soupe au miel. On réclame de l'optimisme, et on ne voit pas qu'il se dissimule derrière –par exemple- le renoncement consenti. Puisque, haut ou bas, l'on finit toujours par retomber dans la merde, puisque seuls l'enfance et les rêves procurent quelque satisfaction, cédons à leur sérénité simple, sans grandeur, sans gloire : « Fuyez donc les enfers extérieurs et fixez-vous dans les lieux calmes et tranquilles de votre jeunesse. Continuez votre quête de la cité merveilleuse et chassez-en les Grands Anciens paresseux pour les renvoyer avec diplomatie à ces paysages qui furent les témoins de leur propre jeunesse et qui attendent impatiemment leur retour ».

Puisque vous crèverez quand même, rabaissez-vous déjà, et redevenez enfant. Ainsi vous serez grand, disait je ne sais plus quel épître à la mer, dans la Bible. « Sachez que votre merveilleuse cité d'or et de marbre n'est que la somme de ce que vous avez aimé dans votre jeunesse… »

Lien : http://colimasson.blogspot.c..
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Luniver
  08 mars 2013
Après avoir découvert Lovecraft à travers le mythe terrifiant de Cthulhu, je le retrouve avec « Démons et merveilles », espérant recevoir les mêmes frissons.
Seule la première nouvelle a été à la hauteur de mes espérances : le témoignage de Randolf Carter, qui a accompagné un ami excentrique dans un ancien cimetière. Ami qui disparaît dans une crypte en poussant des hurlements d'horreur. Très vieux livres écrits dans une langue inconnue, entités ancestrales bien décidées à se rappeler à notre bon souvenir si l'on tente de découvrir leurs secrets... tous les ingrédients étaient réunis.
Mais tout le reste du livre parle de la quête de Carter pour atteindre Kadath, une ville qu'il visite régulièrement dans ses rêves. S'ensuit toute une série d'aventures dans un univers étrange et onirique, peuplé de créatures inquiétantes.
Je n'ai pas du tout accroché à cette quête. Sans doute parce que j'espérais tout autre chose, et que depuis temps, et tout à fait par hasard, je ne tombe que sur des auteurs qui m'entraînent dans des univers incompréhensibles. Trop c'est trop ! Ça vaudrait sans doute la peine de le relire après un excès d'auteurs très terre-à-terre.
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Tesrathilde
  02 août 2015
Je ressors de ce recueil plutôt soulagée – d'habitude j'apprécie autant le Lovecraft qui nous écrit des récits d'horreur que celui qui se prend à rêver à des contrées inconnues (les Chats d'Ulthar, Polaris, font partie des textes que j'ai retenus comme très beaux), mais ici ma lecture a été très clairement usante sur la fin !
Pourtant, cela ne démarrait pas si mal… Et je ne retiens pas non plus que du mauvais.

En effet, ce recueil rassemble les nouvelles en lien avec l'inaccessible Kadath, la cité des Grands Anciens, des premières recherches empiriques de Randolph Carter (le héros de cette « saga ») à son voyage final au-delà de toute contrée physique, et à la conclusion de sa quête.
Cette édition présente les différentes nouvelles sous forme de « parties », comme les chapitres d'une histoire complète (ce qu'elles sont, au final), mais le lecteur averti remarquera les quelques coupures structurelles très nettes qui les caractérisent chacune comme une nouvelle à part entière – ou bien se souviendra les avoir lu dans le désordre, disséminées dans d'autres recueils !
– le Témoignage de Randolp Carter : En quelques pages, Lovecraft nous dresse une des nouvelles horrifiques, à coups d'expériences pseudo-scientifiques sur fond de cimetière, dont il a le secret. Efficace !
– La Clé d'Argent : Nouvelle fantastique à la limite de la science-fiction, entre légende, conte onirique, et voyage dans le temps. Rien de résolument horrifique dedans, mais une idée bien menée – cette Clé est certainement très intrigante, et Lovecraft laisse suffisamment d'ombre pour nous donner envie d'en savoir plus à la faveur d'une autre nouvelle. Une autre très bonne nouvelle.
– A travers les portes de la Clé d'Argent : Cette grosse nouvelle en huit parties a un rythme un peu plus lent, et aussi un aspect légèrement déphasé, car le récit alterne entre un « présent » dans les années 1920, dans lequel les héritiers de Randolph Carter discutent de sa disparition – dont les circonstances vont être finalement explicitées par un mystérieux Hindou -, et ce récit justement, qui se déroule dans le passé. On apprend plus exactement ce à quoi la Clé donne accès (un monde onirique), et le voyage de Randolph Carter dans des plans très différents de la réalité.
C'est là que j'ai commencé légèrement à décrocher. Même si les descriptions sont parfois magnifiques, et que la structure et la chute du récit sont typiquement lovecraftiennes – et j'aime beaucoup, je n'ai pas toujours accroché ni les raisonnements de M. Carter (mais sans doute faut-il être en train de rêver pour y trouver une logique ?), ni ses déplacements et actions qui m'ont malheureusement semblé plus d'une fois sortir d'un livre d'aventures pour enfants un peu vieillot. Heureusement ces scènes sont relativement peu nombreuses… dans cette nouvelle. Peut-être est-ce le style qui a mal vieilli, ou moi qui n'accroche pas du tout ce type de « littérature vintage » – mais je trouve néanmoins que les alternances de descriptions se voulant impressionnantes et de scènes d' »action » un peu ridicules et schématiques ne vont pas ensemble. Je n'aime pas par exemple Robert Howard (Conan le Barbare), pour reprendre un exemple de cette époque (et grand ami de Lovecraft) pour cette raison.
– A la recherche de Kadath : Et cela m'amène à la dernière et plus longue (140 p. environ, loooooooooongue dans mon cas) nouvelle, qui avec un peu de recul me semble pouvoir être parfaitement adaptée en comics, et c'est peut-être une volonté très consciente de la part de l'auteur d'avoir choisi ce style, mais qui ne m'a pas du tout plu parce que justement j'alternais entre le rire et les larmes (de désespoir frustré à la lecture de Carter machinant des plans avec ses potes les vampires et maigres bêtes de la nuit. Si, si.) Tout ça pour accéder à Kadath l'inconnue qui abrite les Grands Anciens, parce qu'aller voir les Dieux, c'est cool. Bref, je me souvenais de ce nom de nouvelle comme d'un pilier de l'oeuvre de Lovecraft, je reconnais – bien forcée ! – sa grande originalité et particularité au milieu du reste de l'oeuvre du Maître mais franchement je n'ai pas réussi à lire ce récit comme je pense que l'auteur voulait qu'on le prenne, menée sur une fausse route par les récits qui l'introduisent, qui eux ne font pas du tout dans le second degré ni dans l'humour léger. J'en viens à me demander si ce n'était pas une des seules oeuvres de l'écrivain que je n'avais jamais lues, car je ne me souvenais pas d'une telle singularité.
Pourtant Lovecraft utilise aussi, de temps en temps non négligeable, des descriptions réellement d'ordre traumatisant, sérieux, soigné, des éléments que l'on est plus habitué à trouver chez lui. Il en profite aussi pour intégrer des personnages de ses autres nouvelles (Pickman, les chats d'Ulthar…) – dans le cadre du récit plus « cartoonesque ». Cela reste donc un texte assez riche même si disparate, et j'imagine sans peine que d'autres que moi y trouveront leur bonheur.
Lien : https://croiseedeschemins.wo..
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hellza24
  13 août 2014
Un petit mot tout d'abord de l'introduction, écrite par Jacques Bergier , que j'ai beaucoup apprécié. Il est agréable d'avoir la vision de l'un de ses contemporains.
Ce recueil est composé de quatre textes écrits entre 1919 et 1933 dont le personnage principal est Randolph Carter.
C'est le récit de sa quête de Kadath "la ville inexplorée [qui] cache dans ses murs le château d'onyx des grands anciens". Il veut y trouver la direction d'une autre cité, encore plus mystérieuse, celle de ses rêves.
Un voyage hallucinatoire à travers des contrées magiques, étranges, terrifiantes, qui commence dans un cimetière mystérieux pour s'achever à la fois plus loin et plus près que Randolph ne l'a rêvé.
"L'indescriptible" comme moteur de la peur : c'est un procédé qu'aime utiliser Lovecraft qui il sous entend des horreurs , et laisse notre imagination créer nos horreurs, celles qui nous sont propres. "Démons et merveilles", le titre est bien trouvé. On va des uns aux autres, parfois ils se mélangent jusqu'à être indiscernables. le laid est agréable, la beauté est mortelle, c'est un vertige des sens : on se noie dans la prose vénéneuse de Lovecraft.

C'est un chant plus qu'humain,dédié à l' extra-terrestre, à l'essence spatiale, cosmique de chaque homme. Lovecraft, avec de simples mots, repousse les frontières du connu,de la logique et même de l'imaginable : il veut nous emmener aux confins de l'univers, qui sont aussi ceux de notre inconscients.
Plus que des pages, plus que des mots. L'infini, le rêve, l'enfance,la foi.
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Skritt
  06 septembre 2010
Ce roman n'est pas à l'origine un roman. Lovecraft l'a écrit en plusieurs morceaux publiés les uns après les autres dans une publication de l'époque, et ce bouquin reprend chaque morceau et nous les fait découvrir dans l'ordre de leur publication.
C'est certainement l'histoire la plus bizarre, la plus farfelue et la plus aboutie de l'écrivain. C'est l'histoire de Randolph Carter, un rêveur qui voyage dans l'univers des rêves à la découverte de la fabuleuse Kadath... Je ne vous en dis pas plus si vous voulez lire l'histoire. Mais je me pose tout de même une question, elle devait vraiment être de la bonne bien pure celle qu'il fumait, parce que certains passages sont vraiment... bizarres, tarabiscotés, du grand n'importe quoi...
Un peu déçu par ce roman d'un auteur que j'adore lire. Je le connaissais un peu, même beaucoup, un auteur très spécial, mais ce roman ne réfutera pas cette affirmation, la confirmant d'autant plus plutôt...
Je m'attendais à un truc de grand malade comme à chaque fois, et là, c'est vrai, c'est un truc de grand malade...
Lien : http://skritt.over-blog.fr/a..
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
lehibooklehibook   17 juin 2019
Un zoog très ancien rappela alors un fait dont les autres n'avaient pas entendu parler.Il dit que par delà la rivière Skaï subsiste en core dans l'Ulthar la dernière copie des Manuscrits pnakotiques , copie d'un âge inconcevable rédigée par les hommes du monde de l'éveil originaires des royaumes oubliés des régions boréennes et apportés au pays des rêves quand les cannibales velus envahirent la terre aux nombreux temples d'Olathoë et massacrèrent les héros du pays de Lomar.
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MarpesseMarpesse   05 octobre 2012
Randolph Carter connaissait à présent presque parfaitement le langage des chats, aussi dans ce terrible lieu perdu, poussa-t-il le cri qui convenait. (...) Il vit des ombres vives sur les étoiles et de petites formes gracieuses, qui, en rangs serrés, sautaient de collines en collines. L'appel du clan avait été lancé et avant que l'ignoble procession ait eu le temps de s'en effrayer, un nuage de douces fourrures et une phalange de griffes meurtrières était sur elle, comme une marée, comme une tempête. Les flûtes s'arrêtèrent et il y eut des hurlements dans la nuit. Les formes presque humaines criaient en mourant, les chats crachaient, grondaient, mais les êtres aux corps de crapaud n'émettaient aucun son tandis que leur sanie verdâtre et puante se liquéfiait horriblement sur la terre poreuse et les champignons obscènes.
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colimassoncolimasson   22 novembre 2016
La damnation […] n’est qu’un mot qui court, lancé par ceux que leur aveuglement conduit à condamner tous les gens qui peuvent voir fût-ce avec un seul œil. Il s’étonna de la grande vanité de ceux qui avaient stupidement parlé de la malveillance des Anciens, comme si ces derniers pouvaient sortir de leurs rêves éternels pour assouvir sur l’humanité un quelconque courroux. Autant vaudrait s’imaginer […] qu’un mammouth puisse s’arrêter pour assouvir quelque frénétique vengeance sur un ver servant d’appât au bout d’un hameçon.
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AdrasteAdraste   13 juin 2015
Une fois de plus, la pauvreté et la maladie opposèrent des barrières à son génie. Il paraît invraisemblable, dans un pays où l'argent est aussi facilement gagné qu'aux États-Unis, qu'un homme de la culture de Lovecraft ne soit jamais arrivé à gagner plus de 15 dollars par semaine. Un laveur de vaisselle dans un restaurant en gagnait, à l'époque, 60 à 70 et ceci pour un travail bien moins pénible que celui de Lovecraft qui passait plus de 10 heures par jour à remettre en bon anglais des nouvelles et des romans destinés aux magazines américains. Plus d'une fois, ses amis essayèrent de lui faire gagner davantage en lui faisant directement écrire ces récits dont la trame est souvent simple. Les magazines américains de l'époque (c'était avant la télévision et la grande vogue des bandes dessinées) étaient spécialisés. Il y avait des magazines consacrés aux histoires de cow-boy, aux histoires d'amour, aux histoires policières, aux histoires de pompiers, aux histoires du Grand Nord, aux histoire de la jungle, etc. On fit essayer à Lovecraft tous ces genres. Chaque fois, les éditeurs durent lui renvoyer ses récits. Il s'agissait d’œuvres qui semblaient avoir été écrites par un martien. Dans un anglais parfait, l'auteur des récits révélait son ignorance des détails les plus normaux de la vie quotidienne. Il ne savait pas ce qu'était un homme, une femme, l'argent, le métro, un cheval, il ignorait même les réalités les plus fondamentales de la vie américaine : la situation (job), la position (standing), la nécessité du confort et du progrès matériel. Aux lettres étonnées des éditeurs, il répondit : « Je m'excuse, mais la pauvreté, le chagrin et l'exil m'ont fait sortir tout cela de la tête .»

(Jacques Bergier, Introduction)
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colimassoncolimasson   09 novembre 2016
Dans ce chaos de vide et d’agitation Carter essaya de vivre en honnête homme de bonne pensée et de bonne famille. Ses rêves se flétrissant sous le ridicule de l’âge, il ne lui fut plus possible de croire, mais son amour de l’harmonie le garda tout près des chemins de sa race et de sa condition. Impassible, il marchait à travers les cités des hommes, soupirant parce qu’aucune échappatoire ne lui semblait réelle, parce que tout éclair de soleil sur les hautes toitures et tout clin d’œil, au ras du soir, sur les plazzas à balustrades, ne servaient qu’à lui rappeler les rêves autrefois vécus et à le faire se languir des contrées éthérées dont il avait perdu le secret.
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