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EAN : 9782823614114
Éditeur : Editions de l'Olivier (19/09/2019)
3.71/5   14 notes
Résumé :
Un ruban vert autour d’un cou est un détail qui a de quoi intriguer, surtout quand la femme qui le porte refuse qu’on y touche, y compris son mari. Que cache ce refus ? Ce ruban est-il une métaphore, un symbole, ou bien plus concrètement la marque d’un danger qui rôde ?
Voilà le genre d’histoires que renferme Son corps et autres célébrations.
Les relations entre hommes et femmes, et le rapport des femmes à leur propre corps, sont au cœur de ces nouve... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  16 février 2020
Pose-toi, ici. Voilà, comme ça.
Entre l'ombre et la lumière devant toi, regarde.
Un livre repose devant ta main qui frissonne, impudique et légère, le long des pages ternes de cet ouvrage si clair. Clair-Obscur. Obscur et noir.
L'américaine Carmen Maria Machado est là, quelque part, derrière ses lignes. C'est son premier recueil de nouvelles que tu tiens entre les doigts. Ton coeur s'étrangle, ta gorge palpite. Pourquoi ?
Huit textes. Huit histoires. Autant de corps et davantage encore. Célébrée par la presse, célébrée par tour, Carmen Maria Machado arrive sans prévenir aux éditions de l'Olivier.
Huit fois. Huit première fois. Huit fois étranges.
Bienvenue dans la chair et l'extraordinaire, la femme et le corps.
Dans Son corps et autres célébrations, l'américaine explore nos sensations. Tactiles. Visuelles. Gustatives. Sexuelles.
Tout commence par l'histoire surréaliste de cette femme au ruban, un simple ruban qui lui entoure le cou, un secret, son secret, sa part à elle d'intime qu'elle ne veut pas laisser à d'autre.
Dans le point du mari, une femme épouse un homme…et elle aurait pu trouver pire. Elle lui donne un fils, elle lui accorde tous les plaisirs sexuels qu'il désire, tous les fantasmes. Elle lui donne tout, sauf ce ruban qui finit par obséder le mari. Ce mari prêt à recoudre le vagin de sa femme après une épisiotomie pour son propre plaisir. Mais la femme l'accepte, car elle l'aime.
Entre deux, elle raconte des histoires, des contes cruels et authentiques où la princesse ne finit pas avec le prince. Son corps exulte, ses histoires grincent.
Puis son fils devient un homme aussi et comme tous les hommes, il pose des questions à propos du ruban. Carmen Maria Machado livre là un conte d'une subtilité magistrale où le féminisme embrasse le fantastique et l'horreur voilée, pour une chute qui fait mal. Un ruban, c'est tout ce qu'elle demande mais même là, l'homme refuse. Malgré l'amour et la vie derrière. le corps, dernier secret inviolable ? Ou le secret du corps de cette femme au ruban qui voulait garder son ruban, handicap ou prodige, personne ne le saura jamais.
Du corps des femmes et des hommes, il est toujours question dans Inventaire. Journal d'une apocalypse où la narratrice énumère ses expériences sexuelles et raconte son ressenti charnel. Où la virginité perdue devient une chose horrible et une note mélancolique. Où la femme rencontre à nouveau la femme, plus douce et moins auto-centrée…ou presque. Postulat inventif et glaçant, certainement la narration d'une apocalypse la plus originale jamais offert au lecteur ces dernières années, ici, le sexe devient le dernier moteur humain devant la fin des temps et une prodigieuse façon de parler de nos expériences intimes.
Puis, viennent les Mères. Deux femmes qui s'aiment et dont Carmen Maria Machado imagine l'avenir avec chaleur et lumière, empoisonné par la question de l'enfant, de la conception, de ce poids fantôme qui pèse sur la femme. Dieu merci, nous ne pouvons pas faire d'enfant. Et si en fait…si ? Qui sera cet enfant ? Les pistes se brouillent et l'écriture de l'américaine s'envole. On ne sait plus bien si la narratrice est folle ou si le monde l'a trahi mais on connaît la fin avant le début. On s'émeut devant la vie de Mara en sachant qu'elle n'existe pas, ou trop. L'histoire d'amour tourne à la déroute, le plaisir des corps féminins s'étiole et l'on reste orphelin à la fin d'une vie que Carmen n'a fait pourtant qu'effleurer.
« Je crois à un monde où l'impossible se réalise. Où l'amour surpasse la violence, la neutralise comme si elle n'avait jamais existé, ou la transforme en quelque chose de nouveau, de plus beau. Où l'amour peut l'emporter. »
Des vies effleurées, gaspillées, ce recueil en est plein.
Dans À corps perdus, une étrange maladie transforme les femmes en fantômes, spectres translucides dont on ne sait pas vraiment si elles existent encore ou non. La femme invisibilisée, la femme-objet incapable de survivre autrement que par les choses de sa vie d'hier. Cousues dans des robes, les femmes s'accrochent et c'est à nouveau l'histoire d'amour de deux d'entre elles qui capotent. Parce que l'une s'efface et l'autre reste. C'est beau, doux, subtil, formidable. À travers ce texte, la femme devient esclave de la mode et prolonge son calvaire dans Huit bouchées, où une nouvelle narratrice décide de recourir à la chirurgie bariatrique pour être aussi mince et fine que ses soeurs, fatiguée d'un monde qui la juge sur ses kilos et sur son apparence physique. Mais que reste-t-il de ce conte où les soeurs maigrissent et trouve chez elle un corps qu'elles ont laissé en pâture au Diktat de la société moderne ? Que reste-t-il de cette mère incapable de dire à sa fille qu'elle sera toujours belle malgré ses kilos et que ce n'est pas ce qu'elle veut en vérité, au fond, dans les replis de son corps où huit bouchées suffisent maintenant.
Grandiose encore cette lesbienne-clichée-gothique qui vit en dehors d'elle-même jusqu'à cette résidence d'écrivain qui semble faire rejaillir les souvenirs cruelles de son enfance où la propre découverte de son corps est devenu un Enfer refoulé loin, très loin dans sa mémoire. En résidence raconte une communauté d'artistes d'où pourrait jaillir un Frankenstein mais cette Mary Shelley-là s'appelle Lucille, ou peut-être pas. Elle aime les filles et on s'est moqué d'elle, devenue esclave et lutin dans un conte cruelle, piégé dans sa propre prison mentale.
Enfin, on peut être Pénible en soirée chez Carmen Maria Machado. Pénible parce qu'on cache les bleus de son mari ou d'un autre, parce que l'on entend des voix dissonantes dans les films érotiques et pornos pour couples que personne d'autre n'entend et qui nous rappelle des choses terribles, horribles. Dans la cassette vidéo, le corps devient un objet pour passion et pour fusion, dégueulasse et excitant, amoureux et langoureux.
Mais…mais, Carmen Maria Machado atteint le sommet de son art étrange avec Particulièrement monstrueux, monument de weird fiction où horreur, science-fiction, thriller, policier, féminisme et séries télé entrent en collision sans prévenir.
Imaginez ça un peu : un texte écrit comme une série télé, séparé en douze parties comme douze saisons. Dans chaque partie, des sous-parties où chaque paragraphe est nommé par le titre de l'épisode de…New York Unité Spéciale correspondant.
Oui, vous connaissez New York Unité Spéciale, cette série d'enquêtes sur des crimes sexuels particulièrement monstrueux. Avec Benson et Stabler, la femme et l'homme, les deux policiers. Et les personnages annexes : les criminels, les procureurs, les stagiaires…
Carmen Maria Machado commence par donner le pitch de quelques enquêtes sordides puis les choses se tordent. Benson et Stabler croisent leur double maléfique et parfaits, Benson et Stabler entendent des secousses qui annoncent violence et carnages.
Benson voit des filles-aux-yeux-en-clochette qui sont des victimes de viols et d'autres atrocités et qui cherchent à la posséder. Benson tente de tuer son double.
Stabler découvre que sa femme a été enlevé par des extra-terrestres…à moins qu'elle n'ait été elle aussi violée et torturée. Stabler veut Benson mais il ne peut pas.
Et les choses empirent, avec un arrière-goût de la folie cryptique et glauque de 300 millions de Blake Butler. En moins incompréhensible et en plus retors. C'est prodigieux, scotchant, épatant. Une expérience littéraire totale où l'écriture de Machado explose et où votre pauvre cerveau de lecteur finit en compote.
Célébrez Carmen Maria Machado. Célébrez le corps féminins libéré des contraintes masculines, apaisé par la douceur d'autres femmes.
Ce premier recueil à la fois terrifiant, doux, renversant, féministe, intelligent et subtil, ce premier recueil est un délice où le masculin se conjugue au féminin. Un tour de force littéraire, rien de moins.
Lien : https://justaword.fr/son-cor..
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ledevorateur
  23 septembre 2019
J'ai pris énormément de plaisir à lire ces nouvelles ! C'est un des livres les plus innovants, les plus surprenants que j'ai lu depuis un moment. Certaines de ces nouvelles touchent au génie. Une seule d'entre elles m'a laissé dubitatif (Particulièrement monstrueux), mais je pense que c'est aussi parce que je manquais les codes (pop culture américaine) pour l'apprécier véritablement. Toutes les autres sont à mes yeux parfaites ! Mes préférées sont Inventaire, À corps perdu, le point du mari et Pénible en soirée.
Son corps et autres célébrations est le premier livre de l'autrice américaine Carmen Maria Machado. C'est un recueil de huit nouvelles innovant, jouant avec les codes littéraires, à rebours de ce qu'on a l'habitude de lire en matière de littérature contemporaine. Mais c'est aussi un recueil politique et féministe : en interrogeant les corps féminins et le désir – vers des hommes ou vers d'autres femmes – Machado a écrit un très bon premier livre.
Il n'y a pas une histoire, mais huit. Ce serait sans doute fastidieux de revenir sur toutes les histoires. D'autant que ce qui fait la force des nouvelles, c'est l'effet de surprise. Donc je vais taire les intrigues de chacune des histoires.
Ce que je peux faire en revanche, c'est parler des thèmes qu'on retrouve dans chaque nouvelle, et qui vous donneront peut-être envie de les lire. Dans plusieurs nouvelles, Carmen Maria Machado interroge le désir féminin. Chaque narrateur ou presque est une femme, beaucoup vivent en couple (avec des hommes ou des femmes), et Machado nous fait nous poser des questions sur les relations amoureuses, hétérosexuelles ou lesbiennes. Quand la narratrice part s'isoler un moment, ou qu'une autre rêve une vie qui n'a pas existé, quand une autre n'est pas épanouie, et qu'une autre encore voit sa compagne disparaître. Ce qu'on retrouve aussi beaucoup, c'est le thème de la fuite, de la perte, des rencontres et des ruptures. Tout ça m'a plu, parce que c'est très proche de nous, ça nous touche toutes et tous.
Mon avis complet se trouve sur mon blog :
Lien : https://ledevorateur.fr/son-..
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mathildecotton38
  29 mai 2020
Un recueil de nouvelles époustouflant où l'étrange, le fantastique, l'horreur, la décompensation psychique, la schizophrénie, le choc post-traumatique sont autant de façon d'approcher au plus près la réalité. "Le point du mari" ou le parcours en apparence on ne peut plus banal d'une femme de la classe moyenne si ce n'était cet étrange ruban vert...
"Inventaire" ou la liste des conquêtes sexuelles de la narratrice, liste réalisée au moment d'une effroyable épidémie.
"Mères" ou quand deux femmes peuvent procréer naturellement. Ce n'est pas la seule bizarrerie...
"Particulièrement monstrueux" ou les douze saisons d'enquêtes d'un duo, non de deux duos de policiers...
"À corps perdu" ou quand les femmes sont frappées d'une étrange maladie qui les fait disparaître.
"Huit bouchées" ou quand la gastroplastie débouche sur une variation du thème du double.
"En résidence" ou quand les lieux font resurgir les souvenirs et que ce qui doit sortir sort...
"Pénible en soirée" quand le choc post-traumatique se fixe sur des obsessions étonnantes.
Bref, j'ai adoré, il est magistral et très étonnant. J'ai beaucoup aimé le mélange entre la banalité et l'extravagance qui donne l'impression qu'on est proche de la folie.
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Aderu
  09 octobre 2020
Une lecture ébouriffante !
S'il y a une chose que j'apprécie tout particulièrement, c'est de me faire surprendre par une forme narrative. Et là Carmen Maria Machado ne m'a pas seulement eu une fois, mais deux ! Et en un seul recueil !
"Inventaire" et "Particulièrement monstrueux" sont les deux nouvelles en question. Si la première citée est trop courte pour que j'en dévoile le délicieux procédé, la deuxième se sert ni plus ni moins des titres des 272 épisodes d'une fameuse série télé pour déployer une histoire fantastique, cryptique, piégeuse, inquiétante, j'en passe et des meilleurs !
Au-delà de ces deux pépites, le reste oscille entre le superbe et le franchement bon. Et toujours farouchement féministe.
Si toutes les nouvelles du recueil ne sont pas totalement fantastiques (en terme de genre), l'ensemble pourra ravir aussi bien les amateur.trice.s du genre que les allergiques.
C'est formidable, c'est à lire !
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TmbM
  20 septembre 2019
Si ce n'est que sa couverture pique salement les yeux et que j'ai rêvé d'être daltonien à chaque fois que j'ai posé le regard dessus, le premier livre de Carmen Maria Machado est plutôt réussi. C'est une littérature propre, un brin formatée - on sent que l'auteur sort d'un atelier d'écriture - mais qui montre une capacité à varier les thématiques, à adopter un style différent à chaque nouvelle et à s'adapter à son sujet.
L'article complet sur Touchez mon blog, Monseigneur...
Lien : https://touchezmonblog.blogs..
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   16 février 2020
Notre fils n’en finit pas de grandir. Il a huit ans, dix ans. Au début, je lui lis des contes de fées — les très anciens, pleins de douleurs, de mort et de mariages forcés qui s’étiolent comme des feuillages jaunis. Il pousse des pieds aux sirènes et ça fait rire. Les méchants cochons repentis quittent de grands banquets sans avoir été mangés. Les vilaines sorcières partent du château et s’installent dans des chaumières où elles passent leurs journées à peindre des portraits de créatures des bois.
En grandissant, cependant, il commence à poser trop de questions. Pourquoi ils ne mangent pas le cochon, alors qu’ils ont si faim et qu’il a été si méchant ? Pourquoi la sorcière a-t-elle le droit de s’en aller du château après avoir été aussi affreuse ? Et l’idée de nageoires transformées en pieds étant trop atroce, il la rejette catégoriquement après s’être coupé la main avec une paire de ciseaux.
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JustAWordJustAWord   16 février 2020
Debout devant la casserole vide, je me suis sentie fatiguée. Fatiguée des femmes ultra-minces à l’église qui gazouillent en se touchant le bras et le disent que j’ai une belle peau, et aussi de devoir traverser les pièces en pivotant sur les hanches comme si je progressais le long d’une rangée de spectateurs au cinéma. Fatiguée de l’éclairage fade, implacable des cabines d’essayage ; fatiguée de me regarder dans le miroir, d’attraper des vêtements que je déteste, de les lever et de les tenir serrés avant de les lâcher ; fatiguée que tout soit douloureux.
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rkhettaouirkhettaoui   15 octobre 2019
Ce n’est pas à la fille d’apprendre les choses à son petit ami, normalement, d’ailleurs je ne fais que lui montrer ce que je veux, ce qui se joue au-dedans de mes paupières quand je m’endors. Il finit par saisir sur mon visage l’ombre du désir qui me traverse et je ne lui interdis rien. Quand il me dit qu’il veut ma bouche, la profondeur de ma gorge, j’apprends à réprimer les haut-le-cœur et je l’absorbe entièrement alors que se répand une saveur salée qui me fait geindre. Quand il me demande quel est mon pire secret, je lui parle du professeur qui m’a cachée dans l’armoire en attendant le départ des autres élèves pour ensuite m’obliger à le toucher, de mon retour à la maison, où je me suis récuré les mains jusqu’au sang avec un tampon métallique, un souvenir qui fait vibrer une corde lourde de colère et de honte, et provoque des cauchemars pendant un mois, après cette confidence.
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JustAWordJustAWord   16 février 2020
Nous nous sommes déshabillés. Il a déroulé le préservatif et s’est laissé tomber sur moi. J’ai eu mal comme jamais. Il a joui, moi pas. Quand il s’est retiré, le préservatif était couvert de sang. Il l’a enlevé et l’a jeté. Tout mon corps pulsait. Nous avons dormi dans un lit trop étroit. Le lendemain, il a insisté pour me ramener en voiture à la résidence universitaire. Je me suis déshabillée dans ma chambre puis me suis enveloppée dans une serviette. Je sentais encore son odeur, nos odeurs réunies, et je voulais davantage. Je me sentais bien, comme une adulte qui fait l’amour de temps en temps, qui a une vie. La fille qui partageait ma chambre ma demandé comment ça s’était passé et m’a serré dans ses bras.
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rkhettaouirkhettaoui   15 octobre 2019
Elle me fascine, c’est tout ce que je peux dire. Elle est accommodante, mais pas à la manière dont je l’étais – dont je le suis. Elle est comme de la pâte, avec une façon de se laisser pétrir qui masque sa robustesse, ses propriétés. S’il m’arrive de détourner les yeux puis de la regarder à nouveau, elle a l’air d’avoir doublé de volume.
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