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EAN : 9782804024420
Éditeur : Luc Pire (26/06/2006)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Dans une Algérie gangrenée par l'extrémisme islamique, Zohra partage son temps entre le foyer familial et l'école du village où elle enseigne. Une nuit, son quotidien bascule dans l'horreur. Comment mettre des mots sur l'innommable ? Dans un premier temps, Zohra tente d'échapper aux questions en fuyant son pays natal pour Paris. Ce n'est qu'auprès de sa belle-fille, Hanna, assistante sociale, que la jeune femme trouvera la force de revenir sur son passé.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
verobleue
  12 mai 2011
Zohra est une jeune femme qui vit un islam serein à Médéa, dans la campagne algérienne où elle partage son temps entre le foyer familial et l'école où elle enseigne. Mais l'Algérie est gagnée peu à peu par l'extrémisme islamique et des massacres sont commis dans plusieurs villages. Des élèves de sa classe sont tués et son frère aîné, Nabil, qu'elle chérit tant entre également dans cette mouvance terroriste.
La nuit où son quotidien bascule dans l'horreur, elle est kidnappée avec d'autres filles de son village par ces intégristes. Elle survit miraculeusement en occultant inconsciemment ce qui s'est passé cette nuit-là Elle ne peut ni ne veut en parler parce qu'elle en a refoulé le souvenir. « je me suis évanouie sur le trajet et ils ont cru que j'étais morte ».
Elle fuit son passé et quitte sa famille et son pays pour un mariage avec un veuf inconnu installé en France.
Elle se réfugie dans le silence et la piété religieuse (« la foi est le garrot de son hémorragie, un barrage dans son esprit » ) essayant d'entrer dans la normalité mais son mal-être est si pesant qu'il interpelle sa belle fille, assistante sociale, qui travaille dans un centre d'aide aux femmes en détresse.
On comprend au fur et à mesure de la lecture du livre qu'elle a subi une expérience d'une cruauté insoutenable.
« Les silences de Médéa » est un roman terrible et poignant de l'écrivain belge d'origine algérienne Malika Madi. C'est le récit du drame d'une femme mais aussi d'un pays, victimes tout deux de violences extrêmes.
L'auteur dénonce les malheurs de la guerre, on tue, on enlève, on torture, on pille. Et on viole.
C'est une réalité,que la guerre soit civile, ethnique, religieuse des femmes sont violées. Au Rwanda, au Darfour, au Kosovo, au Congo, en Tchétchénie, Auparavant, le silence était de mise. Depuis le choc des atrocités ethniques commises, au coeur de l'Europe, par les Serbes sur les femmes bosniaques, les tribunaux pénaux internationaux sanctionnent les viols de guerre comme des crimes contre l'humanité.
Malika Madi réussit parfaitement à décrire le personnage de Zohra, paralysée par la peur et l'horreur de ce qui lui est arrivé et son évolution psychologique qui l'amène à pouvoir affronter la vérité.
L'auteur souligne le travail des centres d'aide aux femmes en détresse qui gèrent la grande demande chez les femmes qui ne trouvent pas autour d'elles de soutien et qui ressentent un grand sentiment d'échec. Les femmes en détresse souvent sont enfermées dans leur solitude et vivent souvent une longue période de culpabilisation et d'angoisse avant de pouvoir demander de l'aide.
Malika Madi détaille également les problèmes rencontrés par les jeunes femmes étrangères de deuxième génération. le fait qu'elles soient émancipées, éduquées et indépendantes, normal dans le pays d'adoption mais conflictuel pour certains parents.
« Les silences de Médéa » de Malika Madi est réellement un livre que je conseille, une révélation pour ma part.

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Elsaragon
  09 juillet 2019
Zora, musulmane, riche de son Islam, coule des jours plus ou moins tranquilles à Medea, dans une Algérie qui se cherche.
Et puis un jour, le viol collectif et lé déni. Elle part pour Paris, mariée, afin de laisser tout cela derrière elle, mais impossible. Elle finit par devenir cette petite souris silencieuse, besogneuse, de plus en plus pratiquante afin de ne pas se souvenir, échapper à son cauchemar.
Mais un bruit, une odeur, un corps finissent par réveiller ce qu'elle a enfoui au plus profond d'elle, ce qu'elle ne veut pas connaître, reconnaître.
Oui, cette histoire se passe entre l'Algérie et la France, mais ne peut-on transposer celle-ci à toutes les femmes qui se murent dans le silence après des abus ? Certaines trouveront une issue, telle Zora, mais tant d'autres vivront à tout jamais avec un cauchemar permanent, qui les touche là et quand elles ne s'y attendent pas.
Beaucoup de pudeur dans ce livre pour décrire l'innommable, et en bout de ligne un espoir ....
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Lalivrophile
  15 octobre 2011
Le titre illustre bien ce qui se passera dans la vie de Zora. le silence y est lourd, oppressant, chargé de tout ce qu'on ne peut dire. Zora s'y enfermera de plusieurs façons. À chaque attaque, elle tentera de s'y réfugier. Elle contribuera à y précipiter quelqu'un qui souhaitait crier son horreur et sa détresse, quelqu'un que le silence étouffait. Plus tard, pour préserver un semblant d'existence, Zora se murera dans le silence. Elle préfèrera même l'amnésie et l'exil, ne pouvant être confrontée à la trop grande douleur des mots. Ne pas dire une chose, c'est un peu faire comme si elle n'avait pas existé. Zora va plus loin en oubliant. Seulement, cet oubli se rappelle à elle tous les soirs, avec cette odeur d'herbe mouillée. Cette amnésie la surprend lorsqu'elle se gratte la joue. C'est cette fuite dans l'oubli qui la confinera dans un rôle de petite souris très pieuse, et qui la fera s'écrouler uniquement parce qu'elle a vu son beau-fils nu.
Zora devra franchir des obstacles, apprendre que son silence n'a pas fait que la desservir, pour tout affronter... même l'inavouable.
[...]
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Lien : http://www.lalivrophile.net/..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
verobleueverobleue   11 mai 2011
Toute sa vie, une femme, quelle que soit la société dans laquelle elle vit et même lorsqu’elle a l’impression que tout lui réussit, restera la victime privilégiée de l’homme. Être une femme est une bataille de tous les instants. Et plus l’homme est un homme de pouvoir, plus il a la certitude que la femme est à sa disposition. Quand je parle de pouvoir, je ne parle pas uniquement d’un pouvoir effectif, ce peut-être un pouvoir affectif, moral, économique, intellectuel… Quelles que soient les intentions de l’homme de pouvoir, il reste dangereux pour la femme. Il pense soigner, par la sexualité, cette pathologie incurable que sont ses peurs et ses angoisses, mais la sexualité n’est qu’un analgésique ; une fois les effets dissipés, il se retrouve face à sa détresse. Son seul but alors, est de repartir à la recherche d’un nouveau sédatif. La femme n’est pas une potion magique. La seule personne qui peut le guérir, c’est lui, lorsqu’il en prend conscience.
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verobleueverobleue   11 mai 2011

Tu ne peux pas changer l’homme et le monde. Il y a des hommes qui ne toucheraient pas à l’aile d’une mouche en temps de paix et qui pourtant, une fois guerriers, kidnappent, violent et tuent. Ils parlent de cette jouissance violente comme d’un bonheur ineffable, qui apaise leurs blessures de guerre, jugule, pour un temps, la passion et la haine qui les animaient. Les conflits ont toujours été et resteront des situations exceptionnelles dans lesquelles l’homme est aussi en confrontation avec lui-même. Pour lui, la femme restera l’exutoire le plus tentant, avec ou sans son consentement
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verobleueverobleue   11 mai 2011
Combien de temps penses-tu pouvoir tenir de cette façon ? faire corps avec chacune des victimes. T’impliquer dans leur malheur sans prendre de distance. Alimenter chaque jour un peu plus une compassion qui se veut illimitée. Si tu refuses d’établir des frontières, tu prends de grands risques. Le premier sera ton incapacité à te reconstruire après t’être éclatée en chacune d’elles. Tu dois, dans l’urgence, créer une autre Hanna. Celle que tu prêtes à cet endroit, pendant que, précieusement, tu gardes l’original pour toi…
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verobleueverobleue   10 mai 2011
Il rencontrait des gens, pétris de désenchantement, allergiques à tout pouvoir et de ceux qui leur sont complaisants, sensibles à la mélodie laconique d' un retour aux sources, d'un retour à Dieu. Des hommes qui l'initièrent aux subtilités du Coran, celles qui échappent aux lecteurs modernes repus d'esprit critique.
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verobleueverobleue   10 mai 2011
Il y avait en lui une terrible ambition de grandeur, qui le hantait, qui le rongeait, mais qu'il savait, dans l'Algérie d'aujourd'hui, impossible à assouvir. Il était un bloc de rancoeur, le champ de bataille d'aspirations contradictoires. Ce même jour, il avait confié à Zohra, que depuis peu, il s'était lié avec d'autres jeunes, tourmentés par les mêmes interrogations. Ils se réunissaient sous la conduite d'un penseur, un érudit à la parole merveilleuse, qui leur ouvrait les yeux, qui leur ouvrait l'âme pour que l'emplisse l'abolue grandeur de Dieu.
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