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ISBN : 2070401014
Éditeur : Gallimard (12/02/2000)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 599 notes)
Résumé :
Alger. Une charrette cahotée dans la nuit transporte une femme sur le point d'accoucher. Plus tard, naît le petit Jacques, celui-là même que l'on retrouve dès le second chapitre, à 40 ans. Devant la tombe de son père, visitée pour la première fois, il prend soudain conscience de l'existence de cet inconnu. Dans le bateau qui l'emporte vers sa mère à Alger, commence la brutale remontée dans cette enfance dont il n'a jamais guéri. Les souvenirs de l'école, de la rue e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
enjie77
  21 juillet 2017
Le manuscrit du Premier Homme a été retrouvé dans la sacoche de Camus au moment de sa mort. C'est une épreuve originelle d'une très grande qualité et qui permet au lecteur de savourer pleinement l'écriture d'Albert Camus. Elle porte en elle les germes de son oeuvre. Elle permet au lecteur qui ne pouvait apprécier "La peste ou l'Etranger" (comme moi) d'entrer en contact avec sa personnalité. J'ai lu ce roman comme un message d'adieu, comme si l'auteur avait eu besoin de jeter un éclairage sur son oeuvre. C'est très beau, très émouvant. Les mots qui reviennent sont "ignorance, misère, mémoire, racines, révolte, amour, droiture" et pourtant, à lire cette oeuvre autobiographique, sa jeunesse a été heureuse dans un milieu de grande pauvreté et de dur labeur. de cette difficile réalité et de sa soif de vivre, il a su en faire un prix Nobel, sa révolte a été pour lui un moteur. Ce roman démarre avec Jacques Cormery, 40 ans, le narrateur, qui rend visite à un vieil ami ayant pris sa retraite à Saint-Brieuc. L'occasion lui permet de se rendre sur la tombe de son père qui est mort au combat en 1914 et qu'il n'a pas connu puisqu'il n'avait qu'un an. Pour lui cette visite n'a aucun sens mais elle répond à un souhait de sa mère restée en Algérie. Dans son milieu familial, on ne parle pas du disparu. Il ignore tout de son père et à ce moment là, ce n'est pas un souci pour lui jusqu'à ce qu'il découvre l'inscription inscrite sur la tombe de son père "1885 - 1914". "L'homme qui était enterré sous cette dalle et qui avait été son père était plus jeune que lui au moment de sa mort". Cette prise de conscience est comme un déclic. Jacques va alors comprendre que son père a eu une vie avant lui dont il ignore tout, que cet homme a souffert, aimé, qu'il a été un être de chair et de sang, qu'il a connu bien des vicissitudes. Alors devant la virginité de sa mémoire, il va se mettre en quête. Il va tenter de savoir d'où il vient, qui il est. Remplir ces manques c'est se rattacher à une filiation qui ne lui a pas été transmise entre son dragon de grand-mère et sa douce maman, si soumise, sourde et avec une grave difficulté d'expression d'où l'inexistence de la transmission. D'ailleurs il écrit "La mémoire des pauvres est moins nourrie que celles des riches, elle a moins de repères dans l'espace puisqu'ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d'une vie uniforme et grise" C'est ainsi qu'il l'explique. L'écriture de Camus c'est un film qui se déroule sous les yeux du lecteur, c'est assez impressionnant d'entrer ainsi dans l'intimité de l'auteur, c'est une force, une puissance ou une pulsion de vie que sa plume. le lecteur est avec lui. J'ai beaucoup aimé les passages sur sa mère, sur son oncle Ernest, la partie de chasse, le capteur de chiens, le chien de son oncle, ses aventures avec son ami Pierre, mais surtout, son instituteur, Monsieur Bernard (Mr Germain) dont la dernière lettre est annexée au roman. Un vrai "passeur de lumière" que cet instituteur laïc. Dans ce livre, bien sur, Camus parle de la misère, de ces personnes qui travaillaient durement jusqu'à l'épuisement, qui comptaient sous par sous, qui avaient leur dignité, mais à aucun moment on ne tombe dans un pathos outrancier, non, c'est pittoresque, réjouissant, il y a beaucoup d'amour, de reconnaissance, de bonté sous sa plume.
Je tiens ici à remercier une amie Babeliote, Oran, qui m'a incitée à lire ce livre, sans son conseil, je serais passée à côté d'une oeuvre magistrale!
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fredho
  02 décembre 2013
Dans ce roman autobiographique inachevé, Camus évoque son enfance au sein d'une famille pauvre et illettrée au coeur des quartiers populaires d'Alger.
L'auteur trace un portrait aimant et tendre des personnes qui ont de toute évidence occupé une place importante dans sa vie.
Un récit émouvant aux souvenirs détaillés, il dépeint une Algérie ensoleillée, lumineuse, brûlante à l'ambiance joyeuse et chantante, une Algérie aux couleurs flamboyantes et aux senteurs sucrées.
Il évoque son père, mort alors qu'il n'avait qu'1 an, ce père absent qui malgré tout occupe en silence une place au coeur du foyer, personne n'en parle, le sujet est tabou mais la douleur est intacte. Il décrit une grand-mère tyrannique qui endosse le rôle de matriarche, elle gouverne ce clan familial avec une ténacité inépuisable. Il parle de sa mère avec une tendresse bouleversante, cette mère résignée certainement depuis la mort de son mari, une mère effacée, soumise mais aimante qui abandonne son rôle de maman pour le confier à la grand-mère, mais Camus ne la juge pas au contraire il lui voue presque un culte. Il rend également un bel hommage à son instituteur M. Germain, un homme investi qui va l'encourager et l'aider à poursuivre ses études, il devient un peu ce père qui a manqué à Camus.
Très différent des romans que j'ai lus de Camus, j'ai toutefois apprécié ce très beau texte à l'écriture somptueuse, j'ai été fortement impressionnée par le détail des lieux, des paysages, des souvenirs, des odeurs, de l'ambiance que décrit l'auteur.
C'est un retour vers son enfance, même si le récit est largement consacré à l'absence du père, Camus nous fait partager avec beaucoup d'émotion et de nostalgie une enfance miséreuse mais heureuse.
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Cath36
  29 décembre 2012
Lire Camus, c'est toujours entrer en paradis, paradis terrestre, s'il en est.
Dans ce texte autobiographique et dense rôde, comme en urgence, la volonté de ne rien se laisser perdre de l'instant vécu, la tentative de fixer les souvenirs pour l'éternité afin de transmettre la surabondance et le mouvement de la vie au coeur même de la pauvreté..
Camus manie son stylo comme une caméra : tout y est décrit avec une précision incroyable et le plus petit détail est mis en valeur à la lumière de sa mémoire, que, à l'image de la lumière d'Algérie, il sait si bien faire vibrer. Paysages, hommes, animaux, sensations, odeurs, sentiments, situations et contextes, tout est décrit dans cet amour de la vie qui les englobe dans une écriture serrée, énergique et hâtive, un peu dans un style "A bout de souffle". Roman nouvelle vague ? Il y a un peu de cela dans cette urgence à dire et à décrire -comme si Camus pressentait qu'il ne finirait pas ce texte- et dans ce réalisme où la grande générosité de l'écrivain s'ouvre sur un appel à vivre pleinement et profondément la vie.
Peut-être faut-il avoir un peu vécu et parvenir à la cinquantaine pour aimer vraiment Camus et sentir pour lui de la reconnaissance pour cet hymne à la vie, ce livre testament d'où se dégage un amour profond du monde et des êtres.
Et donc, en ces temps de sinistrose où on perd le sens de l'homme et de la beauté au profit du fric, j'aime. Passionnément.
Comme on se désaltère au cours d'une halte en milieu torride.
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Fortuna
  03 janvier 2016
Années 20. Les rues d'Alger poussiéreuses sous le soleil de l'été, des bandes d'enfants courant vers la plage, les jeux, les bains de mer, la liberté. Jacques vit dans un quartier populaire avec sa grand-mère, femme autoritaire, sa mère murée dans le silence de sa surdité, son frère, un oncle, sourd également. L'existence est dure, pauvre mais heureuse ; la lumière du ciel, la proximité de la mer, font oublier les soucis. le père a été tué, loin de sa terre natale, durant la première guerre mondiale, en Bretagne. Jacques avait un an. Il se rendra sur sa tombe 40 ans plus tard puis partira à la recherche de ses traces. Qui était cet homme qu'il n'a pas connu ?
En septembre l'école reprend. C'est là que Jacques va découvrir la passion d'apprendre, de connaître le monde, de s'ouvrir vers l'ailleurs. Enfant doué et aimé par son instituteur, qui se consacre particulièrement aux orphelins, il va obtenir une bourse pour le lycée. Et devenir un élève brillant sans jamais renier ses origines...
Ce dernier roman d'Albert Camus, en fait sa biographie, resté inachevé à cause de sa mort prématurée, est intéressant à la fois pour mieux connaître l'écrivain mais également la vie des Français d'Algérie, loin des clichés qu'on a pu en faire par la suite. Beaucoup de gens pauvres y ont immigré pour tenter de mener une vie meilleure, des populations y vivaient qui n'avaient qu'un rapport lointain avec la France, dont les ancêtres avaient fuit l'Alsace, l'Espagne, la Russie...Une population qui n'était ni arabe ni française mais dont la terre était l'Algérie. Et ce pays qui n'était pas chargé d'Histoire comme la France, dont la chaleur était écrasante durant les mois d'été, dont les populations appartenaient à des cultures très différentes, dont la capitale, Alger, s'ouvre sur la mer et sur l'horizon, a profondément marqué la pensée de Camus.
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Tempuslegendae
  17 décembre 2013
Désormais, nous le savons, les grands principes de CAMUS s'intègrent profondément dans une réflexion qui ne s'éloignera jamais de la réalité concrète. Ce sera en quelque sorte «la marque de fabrique» de toute son oeuvre.
«Et lui aussi, plus qu'elle peut-être, puisque né sur une terre sans aïeux et sans mémoire, où l'anéantissement de ceux qui l'avaient précédé avait été plus total encore et où la vieillesse ne trouvait aucun des secours de la mélancolie qu'elle reçoit dans les pays de civilisation […], lui comme une lame solitaire et toujours vibrante destinée à être brisée d'un coup et à jamais, une pure passion de vivre affrontée à une mort totale, sentait aujourd'hui la vie, la jeunesse, les êtres lui échapper, sans pouvoir les sauver en rien, et abandonné seulement à l'espoir aveugle que cette force obscure qui pendant tant d'années l'avait soulevé au-dessus des jours, nourri sans mesure, égale aux plus dures des circonstances, lui fournirait aussi, et de la même générosité inlassable qu'elle lui avait donné ses raisons de vivre, des raisons de vieillir et de mourir sans révolte.» le symbole […] signifie que des mots n'ont pu être identifiés ni même devinés dans le contexte du paragraphe.
Cela vous surprendra-t-il si je me pose la question suivante: à qui devons-nous ces belles phrases? Á CAMUS lui-même? Ou à Francine, le dernier amour de sa vie, qui au moment de son récent veuvage maniait aussi bien le clavier de dactylographie que celui du piano ou bien la calculette de la mathématicienne? Car, rappelons-le, c'est bien la mère de Catherine et Jean qui trouva au fond de la sacoche usager d'Albert les quelques cent quarante quatre pages d'un brouillon parfois indéchiffrable qui allaient donner naissance à sa dernière oeuvre, une autobiographie intitulée «Le Premier homme». Un manuscrit écrit à la hâte, dépourvu de ponctuation, tel qu'on le rédige urgemment afin que son auteur puisse lui-seul se relire et aller plus loin. En quelque sorte, une oeuvre qui deviendrait posthume…
Car si CAMUS ne cherche par les phrases ni l'héroïsme ni la sainteté, il se révèle un précurseur du bonheur à hauteur d'homme. Aussi se défit-il de tous les systèmes abstraits qui promettent beaucoup mais subordonnent toujours l'instant du bonheur à la réalisation de la société sans classes ou à la vie éternelle. La société idéale et le royaume céleste sont des «arrière-mondes» que gouvernent trop d'arrière-pensées, telle est sa philosophie. Et sa pensée persiste en disant ceci: «L'avenir est la sorte de propriété que les maîtres concèdent de bon gré aux esclaves».
Quand on lit une phrase du prosateur Claudel («Rien ne vaut contre la vie humble, ignorante, obstinée…), on se demande si ces deux- là, même de générations décalées, n'ont pas cherché à être amis.
«La noblesse du métier d'écrivain est dans la résistance à l'oppression, donc au consentement à la solitude.» Une pensée de CAMUS qui, après réflexion, ne peut être écrite qu'au crépuscule d'une vie. Une vie inachevée.
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Citations et extraits (106) Voir plus Ajouter une citation
A_fleur_de_motsA_fleur_de_mots   09 décembre 2018
La misère est une forteresse sans pont-levis.
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A_fleur_de_motsA_fleur_de_mots   09 décembre 2018
(...) et que sa faiblesse exceptionnelle devant lui était après tout fort commune, qu’elle nous amollit tous plus ou moins, et délicieusement d’ailleurs, et qu’elle contribue à rendre le monde supportable, c’est la faiblesse devant la beauté.
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A_fleur_de_motsA_fleur_de_mots   09 décembre 2018
La mémoire des pauvres déjà est moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise.
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A_fleur_de_motsA_fleur_de_mots   09 décembre 2018
(...) et aussi une méfiance résignée à l’égard de la vie, qu’ils aimaient animalement mais dont ils savaient par expérience qu’elle accouche régulièrement du malheur sans même avoir donné de signes qu’elle le portait.
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A_fleur_de_motsA_fleur_de_mots   09 décembre 2018
Ils se faisaient du mal les uns aux autres sans le vouloir et simplement parce qu’ils étaient chacun pour l’autre les représentants de la nécessité besogneuse et cruelle où ils vivaient.
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Videos de Albert Camus (126) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Albert Camus
Le 1er décembre dernier, nous recevions à la librairie Le Merle moqueur Jacques Ferrandez. Il nous a présenté sa BD "Le premier homme" paru chez Gallimard BD, adaptée de l??uvre d'Albert Camus.
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// nous trouver // 51, rue de bagnolet paris 20e
// nous suivre // www.lemerlemoqueur.fr FACEBOOK : http://facebook.com/LibrairieLeMerleMoqueur TWITTER : http://twitter.com/MerleMoqueur51 INSTAGRAM : http://instagram.com/lemerlemoqueur.librairie SOUNDCLOUD : http://soundcloud.com/user-701360985
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