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ISBN : 207013945X
Éditeur : Gallimard (05/02/2015)

Note moyenne : 3.94/5 (sur 213 notes)
Résumé :
1979. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île. Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se trouve la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui, après un meurtre commis sous le coup de la colère, a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révol... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (78) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  28 mars 2016
L'île n'était pas en pleine mer. Mais, c'était tout comme. Elle était séparée de la terre ferme par le Détroit. Sur cette île, se dressait au-dessus de la mer, dans une succession sinueuse de petites baies, la prison de haute sécurité. Une prison qui sentait le sel de mer, le figuier et l'hélichryse.
Luisa s'était levée de très bonne heure, avait trait les vaches pour épargner le travail à ses enfants et avait fait le voyage, en train puis en ferry, pour s'y rendre. En effet, son mari, un homme violent, y purgeait sa peine pour avoir tué à deux reprises.
Cela faisait la quatrième fois que Paolo se rendait sur l'île, qu'il exécrait. Membre des Brigades Rouges, son fils était impliqué dans plusieurs assassinats politiques.
Pierfrancesco Nitti, lui, est gardien dans la prison. Renfermé et taiseux, il tente de se protéger, ainsi que sa famille, de la violence qui règne à l'intérieur.
Francesca Melandri plante son décor sur cette île d'où se dresse la prison de haute sécurité. Durant les années de plomb, c'est ici que se rendent Luisa et Paolo. Elle, paysanne qui se dit inculte, élevant seule ses 5 enfants. Lui, le professeur de philosophie, rongé par le remords. Deux personnes que tout semble opposer mais qui, sur le ferry les emmenant vers l'île, vont se rapprocher. le temps d'une journée et d'une nuit, et leur vie sera à jamais bousculée. L'auteur décrit avec justesse, délicatesse et profondeur les sentiments et les ressentis de chacun mais aussi le portrait d'un pays en pleine crise. Ce roman, aussi doux que cruel, profondément humain, est servi par une écriture poétique et sensible...
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michfred
  03 juin 2016

Une île-prison au large d'une autre grande île. Une tempête et un fort coup de mistral. Plus personne n'aborde, plus personne ne repart.
Non, ce n'est pas Shutter Island. Ce n'est pas Suskwann Island non plus.
C'est une île italienne sans nom, transformée, pendant les années de plomb, en quartier de haute sécurité pour y enfermer les multi-récidivsites, les gros maffieux et les terroristes noirs et rouges de ces sombres années-là.
Évitant l'écueil de son premier roman, "Eva dort", qui se transformait en dépliant touristique du Haut-Adige, puis de toute l'Italie vue du train, Francesca Melandri gomme, dans ce deuxième roman bien plus réussi, toute notation géographique trop précise, toute référence historique trop nette. Si on connaît un peu l'Italie, on reconnaît la grande île: la Sardaigne, et on trouve vite la petite, l' île-prison des années 70 : Asinara. Et on y sent la marque douloureuse de la mort d'Aldo Moro. Mais l'histoire ou la géographie ne sont pas le sujet.
Un cadre à la fois flou et resserré. Une période violente et traumatisante. C'est tout.
Le lieu et le moment d'une brève rencontre intense et déterminante entre un homme et une femme. Paolo et Luisa.
Non, non, pas chabada bada..pas chabada bada du tout. L'amour n'est pas non plus le sujet. C'est beaucoup plus fort et beaucoup plus profond que cela. Même si malheureusement la fin du livre, hélas, cède à la facilité habituelle de donner la trajectoire sentimentale de chaque personnage.
Une rencontre et un échange, donc.
Un homme, un veuf, un intellectuel, qui est le père d'un terroriste rouge aux mains pleines de sang, et une femme, une fermière, mère de six enfants, toute simple, femme maltraitée et brutalisée par un mari ultra-violent qui est lui aussi sous les verrous pour longtemps. Lui cherche dans l'éducation qu'il a donnée à son fils ce qui a fait de celui-ci un meurtrier sans conscience. Elle cache son soulagement d'être protégée de ce mari brutal par les barreaux d'une prison.
Tous deux sont en visite. Tous deux sont immobilisés par la tempête, 24 heures, sur l'île. Avec eux, pour les surveiller, Nitti, un jeune maton dont la femme est institutrice des enfants du personnel pénitentiaire et qui ne supporte plus ce que son travail est en train de faire de lui, insidieusement.
Je n'en dis pas plus: de magnifiques paysages marins, des personnages très réussis, peu nombreux, humains et vrais, et un questionnement tellement juste sur la violence- celle des maris brutaux, celle des idéologues enfermés dans leur système de pensée, celle de certaines professions qui à force de côtoyer la violence tous les jours dérivent dangereusement vers elle.
Sur ces maux du siècle, Francesca Melandri tente de mettre des mots, mais elle dit aussi que parfois les mots, sans la réalité qu'ils évoquent, deviennent une espèce de novlangue pire encore.
Un beau récit, philosophique et simplement humain, vibrant d'empathie, qui aurait dû s'arrêter- c'était parfait- quand repart le ferry.
Un prix Strega mérité!
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isabelleisapure
  12 octobre 2015
"Si on veut garder quelqu'un vraiment à l'écart du reste du monde, il n'y a pas de mur plus haut que la mer"
Entourée de courants dangereux, une île aménagée en prison de haute sécurité pour les membres des brigades rouges ou les criminels dangereux.
Après un long voyage en train et bateau, les visiteurs arrivent par la navette. Bien qu'il ne comprenne ni n'admette ses agissements, Paolo continue venir voir à son fils, révolutionnaire fanatique impliqué dans des assassinats politiques. Rongé par la culpabilité, il porte sur lui la photo de la fille d'une victime de son fils.
Luisa, femme d'un homme violent qui a tué plusieurs fois sous l'emprise de la colère, voit la mer pour la première fois. Travailleuse et femme de devoir, elle pense qu'elle « a de la chance » parce qu'elle a cinq beaux enfants et que ses séances au parloir ne se passent pas trop mal.
Bloqués sur l'île par une tempête, ils sont surveillés par Pierfrancesco Nitti, un agent carcéral que ses années de service ont peu à peu déshumanisé. le temps d'une nuit et d'un repas partagé, des liens se tissent entre ces trois personnages.
Francesca Melandri nous livre un roman subtil et délicat avec beaucoup de non-dits, les personnages sont magnifiques, le décor grandiose et angoissant.
Après « Eva dort », je suis totalement conquise par la plume de Francesca Melandri.
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tynn
  31 octobre 2015
Coincés pour cause de tempête sur une ile pénitentiaire, Paolo et Luisa mêlent pour quelques heures leur solitude de parents de prisonniers. Elle est venue visiter un mari "droit commun", lui un fils détenu politique des années de plomb italiennes. Ils cohabitent par obligation sur ce bout de nature majestueuse, pris en charge par un gardien de prison, épuisé par l'ingratitude de son métier et sa dépendance à la brutalité.
Francesca Melandri aime les personnages. Elle a le talent d'en créer de magnifiques, attachants, cabossés par la vie, malmenés par des événements qu'ils ne maitrisent pas. Cette prison en ciel ouvert ne parle pas de prisonniers mais du sort des familles, coincées entre leur douleur, leur devoir d'assistance, l'amour qui s'étiole, la peine de la séparation, la honte et la culpabilité. La parole au quotidien leur est peu donnée, comme celle de ceux qui portent le trousseau de clés dans un monde de violence larvée.
Entre la femme paysanne abandonnée et mal aimée par un mari violent et le professeur pétri de solitude, la tristesse et l'abattement vont s'entremêler, trouvant un réconfort et une solidarité dans le miroir de leurs peines. Comme un "lâcher prise" d'espérance.
En marge des personnages, l'ile est omniprésente, la mer Mediterranée, la beauté des paysages, les oiseaux et les poissons, comme en décor de beauté pernicieuse et imposée.
Le livre est très descriptif, construit sur peu de dialogues, accentuant les sentiments d'intimité, d'humanité. Je l'ai dévoré d'une traite, aidée par ses 200 pages et cette atmosphère particulière de tristesse et de beauté mêlées.
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Archie
  17 juillet 2016
Ce roman magnifique, superbement écrit, m'a captivé et bouleversé.
Une île italienne, montagneuse, rocheuse, tout près de la Sardaigne. le soleil fait étinceler les roches au dessus d'une mer bleu intense, virant au turquoise à l'approche des plages de sable blanc. La faune est incroyablement riche : des ânes albinos, des chevaux sauvages, des mouflons, des sangliers, toutes sortes d'oiseaux aquatiques... L'accès est très difficile : juste une passe étroite et peu profonde balayée par des rafales de mistral.
A la fin des années soixante-dix, existait sur cette île aujourd'hui classée parc national et réserve protégée, un ancien et vaste complexe pénitentiaire comportant une prison de haute sécurité. Car pour maintenir des détenus très dangereux à l'isolement, il n'est pas de mur plus haut que la mer.
Parfois, le soir, orage et tempête habillent de sombre le ciel et la mer. N'apparaissent plus, par intermittence, que les zébrures lumineuses des éclairs et l'écume des crêtes de vagues en forme de virgules blanches. Impossible alors de quitter l'île.
Un homme et une femme sont ainsi contraints d'y passer une nuit. Une rencontre fortuite qui va leur permettre de rompre des chaînes invisibles. Ils ne viennent pas du même monde, ils n'ont rien en commun, si ce n'est d'être tous deux venus rendre visite à un proche, détenu à l'isolement, en régime spécial.
Lui, Paolo, a enseigné la philosophie dans une grande ville. Son fils unique a été condamné trois ans plus tôt pour assassinat. Des meurtres froidement exécutés, sans remords, au nom de la révolution. Ce sont les « années de plomb » en Italie.
Elle, Luisa, est une paysanne. Depuis que son mari, violent, a tabassé à mort il y a dix ans un camarade de beuverie, puis récidivé sur un gardien de prison, elle élève seule ses cinq enfants en faisant tourner la petite exploitation agricole familiale.
Paolo sait manier les idées et les mots. Il peut donc identifier son enfer personnel. Il exècre de toute son âme ce que son fils est devenu. Dans le même temps, il lui voue une sorte de fidélité paternelle quasi charnelle ; une raison unique de vivre depuis que le chagrin a emporté sa femme. Symbole de ce sentiment paradoxal, une coupure de journal qu'il conserve sur lui et qu'il contemple souvent, avec la photo d'une petite fille de trois ans en manteau noir, posant une fleur sur le cercueil de son père « exécuté ».
Luisa n'a pas la même éducation. Sa vie frustre lui a appris à prendre les choses comme elles viennent. Son mari est emprisonné à vie ? Tant pis ! Peut-être même tant mieux, compte tenu de ce qu'elle n'a jamais dit – car il y a des choses qu'on ne dit pas ! Et puis, il faut bien survivre, élever les enfants, et pour cela, travailler dur. Et compter, tout compter, pour ne pas se laisser gruger par des hommes qui pourraient la sous-estimer...
Au cours de cette nuit sur l'île, où rien n'est organisé pour héberger des visiteurs, Paolo et Luisa vont s'observer ; chercher à comprendre et à partager ce qu'il leur manque. Luisa surprendra Paolo à contempler longuement la photo de la petite fille en manteau noir... Il expliquera... Elle se mettra à pleurer en silence sans pouvoir s'arrêter ; toutes les larmes qu'elle n'avait pas pleuré depuis son enfance. Lors du départ, le lendemain, elle emportera la coupure de journal. « C'est moi qui la porte, maintenant » déclare-t-elle. Partage, libération...
Par le choix de ses mots, par la justesse et la percussion de son écriture, Francesca Melandri nous fait vivre sur l'île, entendre le ressac de la mer ou le vacarme de la tempête, respirer l'odeur du sel et des figuiers. Elle nous fait partager des sentiments que ni Paolo ni Luisa ne peuvent exprimer, faute de trouver eux-mêmes les mots qu'il faudrait.
Accessoirement, elle nous fait aussi percevoir les états d'âme silencieux d'un troisième personnage, un jeune agent carcéral, installé dans l'ile avec femme et enfants. Il doit composer entre l'indicible – la violence nécessaire pour maîtriser certains détenus – et l'inavouable – les transgressions que lui dicte son empathie. Son silence effraie sa femme. Mais comment pourrait-il lui en parler ?... Vous avez dit partage ?...
Certains livres comme celui-ci témoignent du pouvoir magique de la littérature.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Citations et extraits (76) Voir plus Ajouter une citation
FleitourFleitour   26 août 2015
Luisa oublia d'expirer. Ses épaules restèrent levées et,
un long moment, elle fut en apnée.

Quand elle respira à nouveau, ses yeux étaient remplis de larmes.
Elle leva un bras. Elle tendit la main.
Elle l'approcha du visage de Paolo et l'effleura. Tout doucement,
du bout de ses doigts.

Paolo ferma les yeux. Il pencha légèrement la tête
comme pour mieux l'appuyer sur ces doigts. Il resta
immobile, les paupières baissées, la joue enveloppée dans
la main de Luisa. Puis il la saisit et la pressa sur sa pommette.

Il resta longtemps ainsi, serrant cette paume pour
consoler son visage, sans ouvrir les yeux qui gardaient au
secret sa douleur comme une boîte fermée.
Enfin, toujours brusquement, toujours les yeux fermés, il l'entoura
de ses bras et l'attira contre lui.

Luisa ne lui opposa aucune résistance. Elle se laissa
aller à cette étreinte, posa la tête sur son épaule et éclata
en sanglots. Tout son corps en fut secoué... P161
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YukoYuko   26 avril 2016
Paolo se tourna vers la femme qui était assise à côté de lui.
Un fils. C’est moche.
C’est ce qu’elle lui avait dit. Et Paolo avait senti un souffle chaud se répandre entre ses côtes. Il n’aurait su expliquer pourquoi, ou peut-être que si. Au fil des ans, les gens lui avaient offert consolation, pitié, certains conseils – car il se trouve des gens pour donner des conseils même à un homme dont la femme s’est laissée mourir parce que son fils était un assassin. Mais personne jusqu’alors ne lui avait donné l’impression d’être compris, avec autant de simplicité.
« Oui, dit-il, c’est moche. »
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Dixie39Dixie39   26 juillet 2018
La peur de mourir était bien là, et pourtant en entrant dans le ventre de l’hélicoptère ils avaient tous levé les yeux vers le ciel. Il était noir de nouvelle lune. On avait veillé à ça aussi en montant l’opération : qu’une mer claire ne révèle pas d’en haut les contours de la côte. Mais les agents secrets de l’impérialisme et du capitalisme n’avaient pas réussi à éteindre les étoiles qui étaient donc là, palpitantes et précises. Certains d’entre eux ne les avaient pas vues depuis des mois, d’autres depuis des années. Qui sait s’ils les reverraient un jour.
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FleitourFleitour   28 août 2015
le gardien chargé de la réception des visiteurs était obligé de refuser
certains cadeaux .

Ils devaient vérifier la liste .
Luisa et Paolo savaient désormais que le choix exact des
noms était essentiel.

Le poisson était interdit, peu importe s'il était cuit ou
cru, mais si un risotto à la marinara était décrit comme
étant « à 1'ail et au persil ››, alors il passait.
Les gâteaux étaient interdits, mais baptisés « galettes» ils étaient
acceptés.
Pourtant, un jour, Paolo se vit refuser un gâteau
à la pâte d'amande parce qu'il dégageait une odeur semblable
à celle du cyanure. Être suspecté de vouloir empoisonner son fils le blessa profondément, mais il n'y eut rien à faire : le gâteau finit à la poubelle.

Aujourd'hui, Paolo avait apporté un peignoir à son fils,
même s'il savait que c'était interdit. Mais sur la liste, il
avait écrit astucieusement: « numéro 1 serviette-éponge
avec manches ››. Le gardien le laissa passer.
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michfredmichfred   02 juin 2016
Un fils. C'est moche.
C'est ce qu'elle lui avait dit. Et Paolo avait senti un souffle chaud se répandre entre ses côtes. Il n'aurait su expliquer pourquoi, ou peut-être que si. Au fil des ans, les gens lui avaient offert consolation, pitié, certains conseils - car il se trouve des gens pour donner des conseils même à un homme dont la femme s'est laissée mourir par ce que son fils était un assassin. Mais personne jusqu'alors ne lui avait donné l'impression d'être compris, avec autant de simplicité.
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