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Claudine Richetin (Traducteur)
ISBN : 2253145130
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Je suis née en 1940 dans un harem à Fès." Ainsi commence le récit de Fatima Mernissi, évocation d'une enfance dans la médina d'une des cités les plus prestigieuses du Maroc.

À travers le regard curieux et volontiers frondeur d'une petite fille, c'est à une plongée dans l'univers clos des femmes que nous convie l'auteur. Des plus traditionnelles aux déjà féministes, anciennes esclaves ou combattantes contre les Français ou les Espagnols, conteuses pui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
DanD
  19 février 2017
Fatima Mernissi se rememore dans Reves de femmes son enfance a Fez, dans la maison ou vivaient sa grand mere paternelle, ses oncles, cousins, et autres parents, avec sa petite famille nucleaire. Un patio carre, avec une fontaine en son centre, entoure de chambres. Les portes et fenetres des chambres donnaient toutes sur ce patio. Aucune n'etait ouverte vers l'exterieur. Une maison aux allures de forteresse. C'etait un harem. Pas un harem imperial, cher a l'imaginaire et aux phantasmes des occidentaux, mais un harem familial, c.a.d. une maison ou vivait une famille elargie.
Decrit-elle un monde revolu? Peut-etre ce genre de harem domestique existe encore en quelques endroits. Mais j'arrete d'extrapoler et me reporte au recit de Mernissi. Ce sont les annees 40 du XXe siècle. C'est une fillette qui apprend comment s'affirmer en tant que femme dans un monde qui la confine a l'interieur de frontieres antiques, demodees, donc craquelantes. Ces frontieres, ce ne sont pas seulement les hauts murs qui entourent la maison d'ou elle ne peut sortir que par permission speciale ou par effraction. le "houdoud", la frontiere, c'est surtout le respect aveugle de normes de conduite traditionnelles. Sa maitresse le lui enseignait: respecter le houdoud c'est avant tout obeir. Sans poser de questions.
Mais Mernissi est une petite fille curieuse de tout, qui s'etonne de tout, veut tout comprendre. Pourquoi sa mere deteste le harem familial et reve d'un petit appartement pour sa famille restreinte, son mari et ses enfants. Pourquoi sa mere, analphabete, lutte pour la faire passer de l'ecole coranique traditionnelle a une ecole moderne. Pourquoi elle lui rabache sans arret qu'elle se doit de devenir une femme moderne, independante, forte, surtout pas soumise comme elle. Pour comprendre, la petite Fatima s'appuie sur sa tante Habiba, divorcee et d'autant plus recluse. Habiba a le "hanan" (=affection, et surtout tendresse), qu'elle donne Inconditionnellement, sans demander contrepartie. Et en plus c'est une grande conteuse. Les contes de la tante Habiba, tires des mille et une nuits, eveillent en elle des reves de femmes fortes et sages qui arrivent a etre les egales des hommes. Des reves d'avenirs fantastiques pour elle-meme. Ces contes sont doubles de petites saynetes qu'organise sa cousine Chama, admiratrice des premieres femmes "feministes" de Turquie et d'Egypte. Chama ne se revolte pas seulement contre le harem familial, comme la mere de Fatima, mais contre la condition de la femme au Maroc. Elle a une autre conseillere, aimee et admiree, en la personne de sa grand-mere maternelle, Yasmina, qui vit dans une ferme a la campagne. Cette ferme est aussi un harem dans le sens que plusieurs femmes partagent le meme mari, mais comme c'est a la campagne chacune d'elles est beaucoup plus libre de faire ce qu'elle veut et d'aller pratiquement ou elle veut. Comme il n'y a pas de murs, de frontieres physiques, les frontieres sociales sont aussi beaucoup plus laches. Mais Yasmina explique a sa petite fille que rien n'est jamais accorde sans un peu d'affirmation de volonte, sans un certain entetement, bref sans lutte.
A travers ses souvenirs Mernissi transmet non seulement le quotidien des femmes qui entourerent son enfance, mais aussi et surtout leurs reves, leurs esperances. Elle fait aussi allusion a la situation historique des annees 40: la partition du Maroc en protectorats francais et espagnol, le nationalisme (moderne) grandissant, la guerre entre chretiens qui fait rage hors du pays, l'arrivee de soldats americains. le tout vu par ses yeux de petite fille, et plus ou moins explique (et moins ou plus compris) par les grands.
Le livre charme. Il est bien ecrit (malgre quelques passages longuets). En plus, bien qu'on n'entende que la voix d'une petite fille, on sent les preoccupations (sinon les jugements) de la sociologue universitaire, de la feministe engagee qu'est devenue Mernissi. Il faut dire que son parcours de vie peut etre edifie en modele: fille et petite fille de femmes analphabetes, elle n'a parle que l'arabe jusqu'a ses vingt ans. Decidee a franchir – entre autres frontieres – la barriere de la langue, elle a reussi a en dominer plusieurs, ecrivant – apres des etudes en Sorbonne et a Brandeis – exclusivement en francais et anglais. Et je le repete: ecrivant bien. Ce livre est bien ecrit (ce n'est pas que mon avis. D'autres critiques le partagent). Il charme et fait grincer les dents en meme temps. Que peut-on demander de plus?
.
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Pchabannes
  03 août 2010
Courte, dense, passionnante, fiction et réalité, histoire d'une femme, histoire d'une famille, histoire du Maroc vers l'indépendance et le nationalisme apportant dans ses bagages, un combat en entraînant un autre, l'éducation et sa conséquence l'émancipation des femmes et l'ouverture d'une société vers ce qui n'était pas là hier. Des yeux d'une petite fille décrivant son monde, le livre devient lutte contre une société luttant contre les droits de la personne, commencé comme un conte avec Shéhérazade, l'ouvrage devient instrument de combat contre le pouvoir caché derrière la tradition.
Pour raconter cette période, Fatima Mernissi ( فاطمة مرنيسي), née à Fès dans un harem au sein d'une famille de la haute bourgeoisie marocaine, universitaire et sociologue reconnue internationalement autant de par ses ouvrages que par son action civique. Tout, dans sa délicate écriture, démontre son amour et son respect pour sa famille, le Maroc, son histoire et sa religion.
Mais l'amour se nourrit de liberté. Cet appel à la liberté individuelle, liberté de choix devient un combat lorsque la société refuse à l'amour, la liberté, et lui offre l'enfermement. La magie des mots portera son rêve : “Je me ferai magicienne. Je cisèlerai les mots, pour partager les rêves avec les autres et rendre les frontières inutiles”.
Fatima Mernissi nous prend par la main nous entraînant dans un monde inconnu et pourtant aujourd'hui si proche. Il faudra de l'attention au lecteur occidental pour ne pas caricaturer de par ses propres grilles de lecture les propos et les situations.
Ce livre est un ouvrage incontournable pour tous les européens qui voudraient tenter de comprendre nos voisins.
Lire l'article complet sur le blog.

Lien : http://www.quidhodieagisti.fr
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JMLire17
  04 juillet 2017
Une phrase de ce récit le résume bien :" Je cisèlerais les mots, pour partager le rêve avec les autres et rendre les frontières inutiles ". Fatima Mernissi a ciselé les mots pour décrire la vie dans le harem Marocain d'une famille de Fès, dans les années 1940/1950. Elle montre magnifiquement les conditions de vie des femmes, les couleurs, les parfums, les rites, le poids des traditions, et surtout les rêves des femmes qui tentent, par le rêve, d'abattre les murs que les hommes ont élevés pour les enfermer. Ce n'est pas le harem d'un sultan avec un grand nombre de femmes lascives, attendant le bon vouloir du maître, image d'Epinal du harem dans l'esprit des occidentaux, mais plutôt la vie dans la maison d'une grande famille, ou les hommes, père, oncle de l'enfant narratrice, sont entourés de plusieurs épouses, mères, tantes, grand-mères. Les femmes y sont enfermées et sur la terrasse elles tiennent des conversations, elles commentent leurs conditions, s'affrontent entre générations construisent autour des conteuses des pièces de théâtres, lisent et relisent les contes des Mille et une nuits, font l'éducation des enfants, et rêvent de cinéma, de chansons, de danse, de vie à l'occidentale, de liberté, d'éducation. Il y a des pages très fortes sur l'origine du harem, sur le poids des traditions qui forme autour de ces femmes un harem invisible, sur la vision musulmane des communautés juives et chrétiennes, sur la présence des français colonisateurs. Il y a des pages très belles, sur la vision du ciel depuis la cour carrée, sur les rites de leur vie , la cuisine, la broderie, le hammam, sur la vie dans la médina de Fès, sur la ville de Marrakech, sur les montagnes de l'Atlas. Fatima Mernissi a publié ce livre dans les années 90, depuis elle a continué à écrire sur la condition des femmes dans le monde musulman.
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salmat
  13 mars 2014
Je suis bien étonnée de lire Mernissi écrire un truc pareil, en général elle est beaucoup moins critique dans de genre de contexte. Je trouve son analyse assez simpliste et pas du tout réaliste dans le contexte schizophrénique marocain. Ici, l'habit ne fait pas le moine ..
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naimak
  27 avril 2014
Un très beau livre où plane un souffle de poésie. Sur fond de l'Histoire dans le Fès des années 1940, les yeux d'une petite fille nous font découvrir un monde de femmes pleines d'espoir sur leur avenir
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
PchabannesPchabannes   03 août 2010
Laissons terminer Fatima Mernissi décrire son combat qui est aussi le nôtre :
“Le concept de harem est intrinsèquement spatial, c’est une architecture où l’espace public, dans le sens occidental du terme, est inconcevable, car il n’y a qu’un espace intérieur où les femmes ont le droit d’exister et un espace masculin extérieur d’où les femmes sont exclues. C’est pour cela que la bataille actuelle de la démocratisation du monde musulman se focalise et tourne jusqu’à l’obsession autour du voile et l’enfermement symbolique des femmes (le monde arabe a l’un des prolétariats féminins les plus misérables du monde), et que dans les sociétés où la crise de l’Etat et sa remise en question sont radicales comme en Algérie, on n’hésite pas à tirer sur celle qui se dévoilent. Car l’accès des femmes dévoilées à la rue, l’école, le bureau et le Parlement est un acte hautement politique et révolutionnaire, comme une revendication immédiate, non-voilée d’un espace public. Une femme voilée accepte la règle, le voile signifie :“ je traverse rapidement et secrètement cet espace que je reconnais être masculin”. Celle qui se dévoile se revendique comme citoyenne, et bouleverse du coup toute l’architecture non seulement sexuelle mais aussi politique, recréant donc par ce petit geste symbolique un Etat musulman qui reconnait l’existence d’un espace public. […]

On peut résumer la bataille qui se déroule de nos jours dans le monde musulman autour de la démocratie et des droits de la personne, comme une bataille pour la création d’une espace public, chose totalement étrangère à la culture politique musulmane. Dans e modèle, l’homme est aussi politiquement voilé, car l’espace public est rejeté comme étranger à la nature du système.
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zaarmazaarma   29 août 2013
La dignité c'est d'avoir un rêve, un rêve fort qui vous donne une vision, un monde où vous avez une place, où votre participation, si minime soit-elle, va changer quelque chose.
Vous êtes dans un harem quand le monde n'a pas besoin de vous.
Vous êtes dans un harem quand votre participation est tenue pour si négligeable que personne ne vous la demande.
Vous êtes dans un harem quand ce que vous faites est inutile.
Vous êtes dans un harem quand la planète tourne et que vous êtes enfouie jusqu'au cou dans le mépris et l'indifférence
Une seule personne a le pouvoir de changer cette situation et de faire tourner la planète en sens inverse, et c'est personne c'est vous.
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PchabannesPchabannes   03 août 2010
Debout et libre

“Il faut que tu lui tiennes tête les cheveux découverts. Il ne sert à rien de se couvrir la tête et de se cacher. Ce n’est pas en se cachant qu’une femme peut résoudre ses problèmes. Elle devient au contraire une victime toute désignée. Ta Grand-mère et moi avons assez souffert avec cette histoire de masque et de voiles. Nous savons que cela ne marche pas. Je veux que mes filles aillent la tête haute sur la planète d’Allah en regardant les étoiles.”
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PchabannesPchabannes   03 août 2010
”Tant elle (sa mère) était soucieuse de me voir échapper à la tradition : Les projets d’une femme se voient à sa façon de s’habiller. Si tu veux être moderne, exprime-le dans les vêtements que tu portes, sinon tu te retrouveras enfermée derrière des murs. Certes les caftans sont d’une beauté inégalable, mais les robes occidentales sont le symbole du travail rémunéré des femmes”.
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JPBouzacJPBouzac   02 novembre 2015
Tante Habiba était persuadée que si les hommes portaient des masques de beauté au lieu de masques de guerre, le monde serait bien meilleur.
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