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ISBN : 2072880114
Éditeur : Joëlle Losfeld (03/01/2020)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 19 notes)
Résumé :
John Smythe, ancien homme de main et boxeur clandestin, emménage avec ses enfants Cathy et Daniel dans le Yorkshire, la région d'origine de leur mère. Vivant en marge des lois et chassant pour se nourrir, ils sont bientôt menacés d'expulsion par M. Price, un gros propriétaire terrien. John décide alors de provoquer l'insurrection populaire. Premier roman.
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
motspourmots
  06 janvier 2020
Elmet est de ces romans qui vous impressionnent longtemps après leur lecture. le temps que l'ensemble infuse, que vous vous rendiez compte de toute la complexité qui sous-tend une histoire a priori très simple et tellement universelle. Car ils existent depuis toujours ceux qui, à l'image de John Smythe voulaient juste vivre tranquillement, respectueusement et en toute liberté. Or, la liberté coûte cher. Les contraintes inventées par l'homme et la société sont partout, contraintes de corps et d'esprit. La loi du plus fort, celle du plus riche bien sûr. Mais également celle, plus insidieuse des jaloux face à ceux qui osent vouloir autre chose, s'affranchir des diktats en tous genres.
C'est tout ça, Elmet. Un homme et ses deux enfants, une maison un peu à l'écart, bâtie de bric et de broc mais un foyer, un vrai. John est une force de la nature, une sorte de géant qui ne rechigne pas à la tâche ni à s'employer lors de combats organisés afin de subvenir aux besoins de sa famille. Mais qui ne veut appartenir à personne, ni à ses employeurs ni à l'homme qui impose sa loi dans le comté. On se doute que cela va lui apporter quelques ennuis. Mais Fiona Mozley ne s'arrête pas en surface. Dans la fratrie, Cathy est la dure, Danny est le sensible. Cathy est habitée par la colère, Danny aime s'occuper de la maison, cuisiner, apprendre. Ils pourraient vivre tous les trois en harmonie avec leur communauté, tout comme ils le sont déjà avec la nature, respectueux de la faune et de la flore dans lesquels ils s'insèrent. Ils pourraient...
C'est simple, on ne lâche pas ce conte moderne, autant pour ces pages empreintes de poésie que pour la menace sourde qui trouve son apogée dans une scène finale d'une terrifiante violence. Ici s'affrontent toutes les contradictions de la nature humaine, ce qu'elle a de plus beau, de plus laid et de plus destructeur. Ce n'est pas un hasard si l'auteure a choisi cette région du Yorkshire, celle des Hauts de Hurlevent ni la légende celte d'Elmet pour titre. Cela offre un souffle épique et une force supplémentaire à son récit épatant. Une superbe découverte !
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Calimero29
  05 janvier 2020
John s'installe avec son fils Daniel, 14 ans, et sa fille, Cathy, 15 ans en marge de la société, dans une forêt du Yorkshire, dans le nord de l'Angleterre sur une terre qui appartient à un riche propriétaire foncier, Price. John gagne sa vie dans des combats à mains nus sur lesquels les paris affluent. le père et ses enfants vivent en presque totale autarcie mais John les confient régulièrement à une amie, Vivien, pour leur éducation.
Elmet, qui donne son titre au roman, est un royaume celte ancien d'Angleterre qui a disparu au 7ème siècle, où se rassemblaient les laissés pour compte, « un sanctuaire pour ceux qui souhaitaient échapper à la loi ». le titre laisse deviner le fil conducteur du roman qui se déroule là où s'étendait Elmet.
C'est sombre, noir, désespérant sans aucune lueur d'espoir d'autant que le narrateur est Daniel, encore naïf. La tension, la violence sont omniprésentes et culminent avec une scène finale d'une rare violence. Elle est bien sûr physique avec le père qui a toujours gagné sa vie avec les poings, parfois comme homme de main à tout faire même la sale besogne et avec la fille, salie par des regards concupiscents et agressée sexuellement à plusieurs reprises. Mais cette violence est aussi sociale car le roman oppose une communauté de pauvres journaliers, d'anciens mineurs, de femmes seules écrasés et exploités par de riches propriétaires terriens qui les brutalisent ; ils essayent de s'organiser et de se rebeller mais la loi du plus fort finit par l'emporter.
Le corps est aussi un thème récurrent : celui de Cathy qui excite les désirs de ses camarades d'école puis, plus tard, des fils Price, celui de John, puissant, qu'il utilise comme outils de travail, celui de Daniel inadapté au milieu sauvage dans lequel il vit et qui ne correspond pas aux normes de son sexe.
Ce roman m'a beaucoup rappelé « My absolute Darling » de Gabriel Tallent même si celui-ci se déroule aux Etats-Unis ; on retrouve la même volonté de vivre en marge de la société pour un père et sa fille, une vie autarcique, une fille qui sait se défendre à laquelle la violence ne fait pas peur, le corps d'une jeune fille comme objet de désir, une scène finale ultra-violente ; néanmoins, la différence essentielle réside dans le fait que dans « Elmet », le père aime ses enfants ce qui n'est pas le cas dans « My absolute Darling » où le père est un prédateur sexuel pour sa fille.
Le style de Fiona Mozley est très expressif, puissant nous rendant la nature mais aussi la violence très proches.
Malgré et peut-être à cause de toutes les qualités de ce roman, la tension et la violence permanentes m'ont mise mal à l'aise, j'ai lu comme en apnée en me demandant quelle horreur allait se passer et en sachant qu'elle serait inéluctable ; par ailleurs, j'ai trouvé trop de points communs avec « My absolute Darling » ce qui a un peu gâché le plaisir de la découverte d'un nouvel auteur et de son premier roman.
Je remercie Babelio et les Editions Joelle Losfeld pour m'avoir offert l'occasion de découvrir cet auteur et son premier roman, et, cerise sur le gâteau, pour me permettre de rencontrer l'auteur herself pour un échange qui sera certainement passionnant.
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pilyen
  04 janvier 2020

Fiona Mozley a eu la chance de figurer en 2017 sur la dernière liste du Man Booker Prize ( en gros le Goncourt anglais mais doté d'un chèque bien plus important), assurant ainsi à son auteure une extraordinaire visibilité dans les pays anglophones à son premier roman.
Force est de reconnaître qu'après la lecture d'"Elmet" ( nom du village où se déroule le récit) on ne peut qu'être impressionné par le talent romanesque de cette jeune femme .... tellement éloigné de celui de nos primo-romanciers-ères hexagonaux qui, pour la plupart, nous livrent des récits nombrilistes puisés dans leur petite vie.
La couverture cite une phrase du Sunday Times ( rare ce genre d'accroche, souvent posée sur un bandeau mais pas imprimée sur la couverture comme ici) : " Quand Hansel et Gretel rencontrent la mafia". Comme souvent, cela est énormément réducteur et pas vraiment pertinent. Si les deux jeunes héros de ce roman sont bien un garçon et une fille, s'ils habitent pas loin de bois qu'ils connaissent comme le fond de leur poche, même s'ils vivent chichement auprès d'un père, colosse d'une grande douceur, celui-ci ne les abandonnera pas. Quant à la mafia, chassez de votre esprit les désormais incontournables Corleone, et troquez plutôt l'accent italien et le costume trois-pièces pour des hobereaux anglais en tweed et à la morale totalement acquise à un libéralisme à faire baver de plaisir Margaret Thatcher.
Le roman oscille constamment entre le conte, la chronique politico/sociale ( qui n'est pas sans rappeler Steinbeck) et un charme romanesque évident où la nature reste constamment présente. Cette jeune auteure possède un talent bluffant pour mélanger ces univers et les rendre terriblement vivants. Sans jamais lâcher la trame de son récit qui, engrenage merveilleusement huilé, se clôturera par un final à la Tarantino, elle instille au fil des chapitres autant d'angoisse que notations tendres. Apparaît ainsi, en filigrane, un discours sur le bonheur d'une vie simple en harmonie avec la nature ainsi qu'une analyse tout en finesse sur la violence humaine. Cerise sur le gâteau, l'écriture parvient également à semer constamment le trouble quant au narrateur, Daniel, un garçon donc, mais dont l'impression à la lecture nous le renvoie comme féminin.
On comprend donc qu'ici, nous avons affaire à un roman extrêmement bien construit, bien écrit, avec un vrai univers comme on en rencontre rarement dans nos romans français de salons bourgeois. Fiona Mozley est jeune, incontestablement talentueuse et s'affirme dès cette première livraison comme une auteure à suivre de très très près. "Elmet", de toute évidence, se pose comme l'une des très bonnes surprises de cette rentrée d'hiver 2020
Lien : https://sansconnivence.blogs..
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Fuyating
  07 janvier 2020
L'auteure arrive avec beaucoup de brio à mettre en lumière dans ce roman la violence, une violence physique et morale, ainsi que l'exploitation d'autrui, que ce soit lors du travail dans les champs payé trois fois rien ou pendant l'utilisation d'un homme dans des combats. J'ai d'ailleurs était très marquée par une phrase du père dans laquelle il dit qu'il n'a que son corps, et il lui appartient. Il ne veut plus le donner à l'exploiteur.
Nous voyons également dans ce roman les inégalités flagrantes entre les riches propriétaires terriens et les exploités extrêmement pauvres. Il est difficile de payer un loyer, de manger à sa faim.
Mais il y a malgré tout des points un peu plus positifs : la solidarité dans la lutte, l'amour profond que se porte cette famille si particulière, ce père silencieux, souvent absent, Cathy qui semble tellement différente, difficile à cerner, et Daniel auquel nous nous attachons. Ces trois-là vivent une vie atypique, un peu marginale, loin de tout, mais la méchanceté des autres finira par les rattraper.
J'ai aimé la narration, l'alternance de l'espace temps et également les questions que l'auteure laisse sans réponses. Il y a plusieurs points qui auraient demandés à être éclaircis, mais Fiona Mozley semble nous laisser libre d'imaginer la version qui nous convient le mieux, il semble y avoir un pacte passé avec le lecteur.
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Titine75
  07 janvier 2020
John Smythe est venu s'installer dans le Yorshire avec ses deux enfants : Cathy et Daniel. le père ramène ses enfants sur les terres rurales de leur mère pour essayer de les protéger du monde. Ils vivent à la lisière d'un bois. John a construit de ses propres mains leur maison et il apprend à ses enfants à chasser et à profiter de ce que leur offre la nature. Mais l'on ne peut pas vivre en ermite bien longtemps. le passé de John finit par le rattraper. Il gagnait sa vie dans des combats illégaux et servait parfois d'homme de main. C'est l'un de ses anciens employeurs qui va venir perturber le quotidien de la famille. Mr Pryce, propriétaire du terrain où les Smythe se sont installés, voudrait à nouveau profiter de la force incommensurable de John.
Le premier roman de Fiona Mozley, qui a été retenu sur la liste du Man Booker Prize 2017, a des allures de conte gothique. le récit , dont le narrateur est Daniel, semble intemporel malgré quelques indications nous permettant de savoir qu'il se déroule à notre époque (comme les migrants qui se cachent dans un camion de marchandises). le père est un homme dont la force est mythique, légendaire, le battre est de l'ordre de l'impossible. Il y a également dans le roman de Fiona Mozley des références à la littérature : « Les Hauts de Hurlevent » d'Emily Brontë avec les descriptions des paysages et Cathy qui évoque Heathcliff par sa rage ; Ted Hughes et ses « Vestiges d'Elmet ».
A côté de cela, l'auteure aborde des thématiques contemporaines. La petite communauté du Yorshire où la famille s'installe a été marquée par la révolution industrielle. de fermiers, ils sont devenus mineurs et aujourd'hui ils peinent à survivre dans une région où le travail manque. La terre ne leur appartient plus. Se dessine entre les pages de « Elmet » une confrontation des classes sociales. Autre sujet moderne dans ce conte : l'inversion des rôles, des genres entre Cathy et Daniel. La première est tournée vers l'extérieur, elle a de la force alors que Daniel, aux cheveux et aux ongles longs, préfère rester à la maison et discuter autour d'une tasse de thé.
Fiona Mozley est originaire du Yorkshire, elle est née à York et elle rend un vibrant hommage à la campagne de sa région d'origine avec de lyriques descriptions : « le printemps surgit pour de bon, chargé de nuages de pollen et de martinets qui dansaient dans le ciel. Après un vol de plusieurs milliers de kilomètres, ces oiseaux se laissaient flotter dans le vent qui soufflait le chaud et le froid et détachait des chatons des arbres. (…) Les martinets planaient, plongeaient et traversaient cette masse d'air, qui pour eux devait rugir et gémir aussi fort qu'un océan, de façon à attraper le prochain courant d'air chaud et s'élever jusqu'à la crête. Ils étaient experts en ce domaine. Ils amenaient le véritable printemps ; pas celui qui faisait franchir à de timides pousses un sol encore pris par le givre, mais celui qui surgissait avec une féerie de couleurs, un ciel lumineux, des insectes qui déployaient leurs ailes et ces oiseaux qui nous avaient tant manqué et revenaient en force grâce à ce vent dominant de sud-ouest. »
En dehors d'une fin un peu excessive, j'ai beaucoup aimé me plonger dans l'univers de Fiona Mozley et de son Yorkshire aussi brutal que beau.
Lien : https://plaisirsacultiver.co..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
FuyatingFuyating   08 janvier 2020
Je sais assez bien lire pour comprendre les mots. Ce que je comprends pas, c'est qu'il y ait un bout de papier pour dire qu'une terre qui vit et qui respire, qui évolue, qui se mouille et sui sèche, appartient à quelqu'un et que cette personne peut en faire ce qu'elle veut, ou rien en faire, et aussi empêcher les autres de s'en occuper. Tout ça à cause d'un bout de papier.
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cathulucathulu   05 janvier 2020
Le sol regorgeait d'histoires brisées qui tombaient en cascade, pourrissaient puis se reformaient dans les sous-bois de façon à mieux resurgir dans nos vies. on racontait que des hommes verts avec des visages en feuille d’arbre et des membres en bois noueux scrutaient depuis les fourrés.
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MysstiqueMysstique   04 janvier 2020
ELMET étais le dernier royaume celtique indépendant d'Angleterre. A L'origine, il s'étirais jusqu'au val d'York...
Au XVIIe siècle ,cette étroite vallée avec ses rebords et ses landes glaciaires était encore une "mauvaise terre", un sanctuaire pour ceux qui souhaitaient échapper à la loi.

TED HUGUES
Vestiges d'Elmet
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Video de Fiona Mozley (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fiona Mozley
[PENSEZ A ACTIVER LES SOUS-TITRES]
Entretien avec Fiona Mozley à l'occasion de la rencontre entre l'auteur et les lecteurs de Babelio.com le 7 janvier 2020. Découvrez les mots choisis par l'auteur pour évoquer son roman 'Elmet', paru aux éditions Joëlle Losfeld.
Retrouvez toutes les critiques de 'Elmet' sur Babelio : https://www.babelio.com/livres/Mozley-Elmet/1188335
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