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EAN : 9782914467582
256 pages
Chèvre-feuille étoilée (01/09/2009)
3.29/5   7 notes
Résumé :
Après « Itinéraire d'une délinquante juvénile », Eugénia Patrizia Solda continue pour nous son parcours et nous plonge dans la France des années 60. A dix-sept ans, elle étouffe dans une famille dont elle ne peut accepter l'étroitesse et l'hypocrisie et se retrouve aussi confrontée à une société de classes, encore bardée de rejets et où elle, la Ritale, peine à trouver des repères. Avec une finesse et une justesse qui donnent le ton de ce livre, elle nous décrit une... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Sharon
  03 février 2011
Qu'évoquent les années 60 pour vous ? Les yéyé, mai 68 ? Une époque insouciante et heureuse ? Ce sont du moins les clichés véhiculés de nos jours. N'avez-vous pas entendu, parfois, des soupirs de nostalgie, des "c'était mieux avant' ?
Ce livre va à contre-courant. Patrizia, la narratrice, nous livre, dans une écriture à vif, heurtée, un mois de sa vie de jeune femme, un mois où elle a vécu une vie d'errance dans Paris. Des termes très contemporains me viennent à l'esprit pour qualifier ce qu'elle a vécu : "précarité, SDF". Ils sonnent fades et creux par rapport à l'intensité de ce qui est raconté. Patrizia a connu l'enfermement, dans une maison de redressement, elle est toujours enfermée dans un carcan familial et bien pensant. le temps qui a passé semble ne pas avoir cicatrisé ses blessures et la révolte est toujours là, brûlante. Elle l'emporte toujours car jamais la narratrice ne cherche à attirer notre compassion.
Patrizia est triplement prisonnière. Elle est mineure, donc ses parents peuvent disposer d'elle à son gré. Ses peurs n'ont rien de chimériques. Elle est femme, donc son corps est étroitement surveillé, suspecté par les femmes (sa mère en tête), désiré avec brutalité par certains hommes (il n'est pas question d'amour). Elle est immigrée italienne, et s'accroche à ses papiers qui lui permettent de rester en France. Pour ses compagnons d'infortune, ceux qu'elle retrouve au Vert-Galant, ce n'est en rien péjoratif au contraire, Dick lui trouve même un air de "madone italienne". Pour les autres (et ils sont nombreux), cet état de fait est une source perpétuelle de brimades et de vexations, un motif supplémentaires de suspicions.
Le récit ne dure qu'un mois, pourtant il donne l'impression que le temps a été dilaté, tant un mot, un geste, a pu raviver chez la narratrice un souvenir, souvent celui d'une rencontre ou d'un événement pénible. S'il est vrai que je trouvais désagréable au début de croiser ses personnes, et de ne plus les revoir (Paulette est une exception), j'ai eu l'impression que grâce à eux, Patrizia dressait un état des lieux des carences affectives, des souffrances familiales. Les siennes d'abord, entre un père dépressif, une mère et une soeur qui ne comprennent pas ses aspirations. Celles de ses compagnes d'infortunes ensuite. Les familles décomposées ne sont pas l'apanage des années 2000, et les enfants avaient encore plus de mal à trouver leur place. Que dire de Paulette, préférant changer d'identité la nuit, métisse et enfant illégitime ? Sa petite soeur, qui n'a aucun prénom, sans doute pour compenser la double identité de sa soeur, est élevée par une nourrice, à la campagne, comme dans les romans du XVIIIe siècle. Quant à Dick, qui veut vivre son amour pour Karine librement, il endurera la même souffrance que les amoureux ordinaires. J'ai une tendresse particulière pour lui, car il est un des rares personnages entièrement désintéressé de ce récit.
La narratrice ne nous épargne rien - mais devait-elle nous épargner quelque chose ? Trouver un lieu où dormir, sans crainte du froid, des rafles est une préoccupations première - une question de survie. Se nourrir ensuite - un acte si simple en apparence. J'ai eu des crampes d'estomac à chaque fois qu'elle rappelait qu'elle n'avait pas mangé à midi, ou qu'elle n'avait rien mangé de la journée. Avoir de vêtements propres, pouvoir se laver, bref, garder sa dignité sont des combats quotidiens. La solidarité vient de ses compagnons de la rue, ceux dont la précarité est encore plus palpable que la sienne, ou de rencontres de hasard. J'avoue que certaines situations m'ont choquées, notamment celles qui sont liées au monde du travail.
Oui, le travail se trouvait facilement, dans ses heureuses années soixante : Patrizia ne retrouve-t-elle pas un emploi de couturière en une semaine ? S'il est si facile à trouver, c'est parce que l'être humain est jetable et consommable, surtout s'il s'agit d'une femme. Il est facile de la "consommer", comme elle a failli l'être par le fils du chocolatier, ou d'en avoir "deux pour le prix d'une, comme dans cet hôtel, où la fille et la mère, en situation précaire car immigrées, travailleront de concert.
Patrizia ne se résigne pas, c'est pour cette raison que son mariage m'a étonnée. Son mariage est un rachat, dit-elle, pourtant l'angoisse sourd dans ses trois dernières pages. Patrizia sera-t-elle heureuse ? Celle que son père chosifie en la traitant de "colis", celle qui, mécaniquement, a fait le ménage chez Phaït, se comportant comme une bonne ménagère avant d'être sa femme, pourra-t-elle oublier ses aspirations ?
Un troisième tome de récit nous apportera sans doute la réponse.
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Jemlyre
  21 février 2011
Avec cette lecture, j'ai découvert un auteur et une maison d'édition.
Récit autobiogaphique faisant suite à: Itinéaire d'une délinquante juvénile, ce livre se laisse lire facilement. le style clair et concis contribuant à en rendre la lecture plus qu'agréable.
Assoifée de liberté et désirant quitter le carcan familial, tout en ne sachant pas précisément ce qu'elle recherche, Patrizia fugue. Elle va à Paris, cumule les postes de travail épuisants et temporaires et expérimente la précarité.
N'ayant souvent pas de toit pour s'abriter la nuit, la quête d'un lit sera à chaque fois pour elle une occasion de faire des rencontres.
Il faut dire qu'elle a bien de la chance de rencontrer des gens plutôt bienveillants car nous n'osons pas imaginer tous les dangers qui guettent une jeune fille seule dans une si grande ville. Les choses étaient-elles différentes dans les années soixante ? Y avait-il plus de sécurité ?
La question de la sexualité est à peine effleurée mais l'épisode du rapport avec l'homme oriental met l'accent sur le droit féminin au plaisir sexuel. Patrizia s'affirme en tant qu'être maître de ses désirs même si le poids des convenances reste fort ne serait-ce qu'inconsciemment.
Au delà de ses péripéties en France, j'aurais aimé en savoir plus sur la pensée de Patrizia. Elle semble être une personne intéressante ne manquant pas de conversation.
Elle lit des auteurs réalistes, ce qui n'est certainement pas étranger à son désir d'émancipation.
De ce côté là, je trouve que le livre manque de profondeur. Nous en savons également très peu sur elle et Phait. La fin du livre est assez rapide et peu détaillée.Peut-être ceci sera-t-il fait dans le prochain tome ? J'ai cru comprendre qu'il y en avait un.
En somme un grand merci à Babelio pour cette sympathique découverte et ces bons moments de lecture agrémentés par les photos de Patrizia et son joli sourire.
Je pense lire « itinéraire d'une délinquante juvénile » dès que possible.
Lien : http://partage-lecture.over-..
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manoloula
  28 août 2010
Ce livre est la suite de l'itinéraire d'une délinquante juvénile publié aux mêmes éditions. Si vous aimez l'atmosphère des années 68 à Paris, allez-y, vous en serez pas déçus !!
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Stemilou
  13 novembre 2010
Récit d'une ado, italienne, qui débarque à Paris et dont la seule issue apparente est le boulot de couturière au fond d'un atelier.
Alors elle fugue, se retrouve dans la rue à dormir à droite et à gauche, à manger quand elle le peut. Une vie difficile mais une vie libre, libre de tout lien. Peu importe l'inquiétude des siens la seule chose qui compte c'est de pouvoir être libre de rêver.

Très beau roman sur l'égarement d'une jeune fille dans le Paris des années 60, de la loi de la jungle qui fait rage dans la rue et des préjugés.
Un récit dur et triste et pourtant voilé d'une rage de vivre ; et d'un espoir, celui de découvrir un ailleurs, peut être impossible à atteindre.
Lien : http://www.stemilou-books.co..
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sylvieb
  06 février 2011
Journal intime d'une jeune fille dans les années 60. C'est le ton du livre…un ton qui date un peu, poétique parfois, mais très fleur bleue…elle passe par toute la gamme des émotions qu'on éprouve à l'adolescence; je l'ai lu comme un témoignage sur cette période -ni plus ni moins -témoignage d'une jeunesse révoltée contre la société, le manque de liberté, l'injustice, l'intolérance .
Lien : http://sarawastibus.wordpres..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
SharonSharon   30 janvier 2011
On pose des ventouses, des cataplasmes à la moutarde, on vous fait avaler de l'huile de ricin ou du sirop à base de sang de cheval pour vous maintenir en vie, en bonne santé et on vous prive pourtant d'oxygène, on réduit vos envies à néant, on attaque vos idées et vos goûts, car ils paraissent à coup sûr douteux et du plus mauvais effet.
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manoloulamanoloula   26 août 2010
Je me sentais comme un chien prêt à mordre et aussi, l'instant d'après, vide, hébétée, perdue. je savais ce que je voulais, je savais ce que je rejetais, mais j'étais privée de moyens et me cognais comme un hanneton contre les vitres.
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SharonSharon   30 janvier 2011
J'avais à prendre en main ma destinée, à résister, ne pas me laisser cahoter, bousculer, sombrer. Oui, je devais trouver un chemin dans ces miasmes, pour rejoindre la lumière.
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MadimadoMadimado   26 janvier 2013
Ce jour-là donc, chez Chantal, nous étions cinq filles ; il n’y avait qu’un garçon, le frère d’une Micheline qui se faisait appeler Sylvie comme Vartan, mais qui aimait mieux imiter Sheila, car elle se coiffait avec des couettes liées par des rubans en velours rouge qui lui retombaient sur les joues toutes les fois qu’elle se mettait à twister.
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Christine53Christine53   23 novembre 2010
Elle était seule, encore plus seule que quand elle prenait le métro jusqu'en fin de ligne, le midi à la sortie du travail !
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