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Alzir Hella (Traducteur)
ISBN : 2253146692
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.27/5 (sur 847 notes)
Résumé :
Qui était Marie-Antoinette, faite, l'année de ses quinze ans et par raison d’État, reine de France ? Une débauchée futile piégée dans l'affaire du collier ? La pire ennemie de la Révolution ? Une sainte pour la Restauration ? Marie-Antoinette rétablit la courbe d'un destin obscurci par la passion ou la honte posthumes. Zweig analyse la chimie d'une âme qui, sous le poids du malheur et de l'Histoire, se révèle à elle-même et se rachète, passant de l'ombre de la jouis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (112) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  20 septembre 2016
De son arrivée en France, jeune adolescente autrichienne admirée par le peuple, à sa fin sur l'échafaud en reine détestée, Stefan Zweig s'attache à réhabiliter Marie-Antoinette sans taire ses erreurs. Il relate ainsi, en détail, sa trop grande distance avec le roi, ses dépenses faramineuses, son amour passionné pour le comte Axel de Fersen ou l'affaire du Collier. Mais il montre aussi que Marie-Antoinette, la belle frivole, dépensière, joueuse et insoumise reine de France s'est révélée à la fin de sa vie (un peu trop tard, il est vrai) une femme réfléchie, courageuse et profonde.
Une excellente biographie de Marie-Antoinette, brillante et documentée, dans laquelle Zweig analyse à la perfection la psychologie de son personnage. Dans ce récit passionnant de la fin d'une époque et d'une vie hors du commun, on comprend aussi les enchaînements qui ont conduit à une mauvaise évaluation des situations et à la prise de funestes décisions.
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saphoo
  19 juillet 2017
Je ne rajouterai pas un résumé supplémentaire à ceux déjà forts bien écrits, mais je m'empresse de conseiller à ceux dont l'histoire les laisse indifférent de se plonger dans cette biographie de Stefan Zweig. Je suis quasi certaine qu'il saura les réconcilier avec cette matière trop souvent déformée ou restreint, rébarbative dans nos cours scolaires. Ici, en lisant l'histoire de Marie-Antoinette, tout s'éclaire, car l'auteur a su nous livre une réelle biographie simple, allant jusqu'à la psychologie des personnages et leurs regrettables conséquences. On cerne parfaitement bien Louis XVI et son épouse, on compatit aux erreurs de leur jeune règne, mais on déplore que peu de gens soient venus leur inculquer plus de rigueur et de détermination dans leurs fonctions. Marie-Antoinette tout comme Louis étaient des enfants quand ils ont été couronnés. Comment juger des enfants de leur incapacité à maintenir un royaume et donner une vie décente à tous les habitants de France et Navarre. Zweig s'emploie à dire sans juger, les erreurs, les abus, mais aussi la bonté des uns et des autres, les qualités. Tout est dit sans prendre partie.
J'ai découvert une autre facette de ces deux personnages, et je ne peux conseiller à tout étudiant de lire ce livre qui lui offrira sans nul doute une belle lumière sur ces ombres de l'histoire trop souvent truquée par de faux écrits et témoignages.
D'ailleurs l'auteur explique à la fin du livre qu'il s'est appuyé sur des archives authentiques et non des faux, ou des trop nombreux couches de mensonges des uns et des autres.
il va à l'essentiel sous une plume romanesque et très agréable, si ce n'est le tragique destin de cette tranche d'histoire, la lecture est un vrai bonheur et plaisir.
Je suis plus enchantée de découvrir cet auteur dans ce genre car les peu de livres que j'avais lu, m'avaient laissé quelque peu mitigée. J'avais adhéré à sa plume, mais pas au sujet de ses romans.
Je vais de ce pas, rechercher les autres biographies de sa plume.
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Marple
  02 mars 2014
Encore une fois, je suis impressionnée et charmée par le talent de Stefan Zweig pour la biographie : son art de choisir dans l'histoire des personnages passionnants par leur destinée, leurs qualités ou leurs contradictions, son don pour saisir et transmettre leurs motivations, leurs pensées et leurs sentiments, le tout avec selon les moments le sens de la formule qui fait mouche ou un style si juste qu'il s'efface devant le récit.
De fait, Marie-Antoinette m'a conquise, du début chez l'austère et puissante impératrice Marie-Thérèse à la fin sur l'échafaud. Cette jeune fille tourbillonnante et frivole, incapable de s'appliquer à l'étude ou à tout autre sujet sérieux, est pourtant une femme bonne, aimante et non dénuée d'intelligence. Mais elle est mariée à un roi faible et à un homme peu viril, elle vit loin de sa famille sage et pleine de bon conseil, et la cour de Versailles est faite de faux-semblants et de tentations...
À force de fêtes, de dépenses et d'injustice, "l'Autrichienne" devient très impopulaire auprès des Francais, alors même que le temps, la maternité et l'amour l'ont rendue plus réfléchie, plus économe et plus digne. Trop tard ! La révolution est en route, et ce n'est pas son mari Louis-XVI-Le-mou qui pourra arrêter quoi que ce soit, ni même les familles royales française et autrichienne qui sont trop pressées de ramasser les miettes du pouvoir ou des territoires pour intervenir...
Alors Marie-Antoinette doit se battre seule, ou presque, pour sauver sa couronne, sa famille, sa vie et sa dignité... Courageuse et forte, elle montre au peuple et à l'histoire son vrai visage, celui d'une reine de France et d'une digne fille de l'impératrice Marie-Thérèse, qui garde son bon coeur et la tête haute dans la déchéance, lors de son procès ou devant son bourreau.
Oups, j'ai fait un résumé, pourtant un tel destin ne tient pas en 3 paragraphes... surtout que Stefan Zweig l'enrichit d'analyse psychologique, d'anecdotes piquantes, amusantes ou pertinentes, d'explications sur les événements tels l'affaire du collier ou la fuite à Varenne, d'une foule de portraits de royalistes, de révolutionnaires ou d'hésitants comme La Fayette ou Mirabeau, de quelques clichés sur la sexualité, d'extraits de correspondance, et même de traits d'humour sur le roi, le coiffeur ou Mme Étiquette... En un mot : bravo, à Marie-Antoinette et à son auteur !
Lu dans le cadre du challenge Zweig de Sofy74
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Erveine
  18 janvier 2014
Stéfan Sweig où la réhabilitation de Marie-Antoinette.
Une écriture riche et haletante qui nous conduit dans l'antichambre de la reine à l'époque du déclin royaliste. Passons la tête et nous y découvrons notre jeune roi dont l'esprit encore en culotte courte se joue plutôt des rouages d'une mécanique plutôt qu'à conduire une garde sautant en selle sous l'impulsion d'ordres mystérieux.
La reine guère plus mature n'a pas non plus rangé ses jouets et rêve de liberté. Elle quitte Vienne à 14 ans pour regagner le palais. Port altier et fort belle la dauphine ne passera pas inaperçue, un petit bien pour un grand mal. On aurait mis un laidron c'eut été plus raisonnable, pour le reste fallait demander à Geneviève (de Fontenay voyons !).
Et là, c'est la mise à nue, précisément de la reine, circulez Messieurs y a rien à voir !
Stefan Sweig nous opère un décryptage des sens et coule l'essence de toute l'histoire de France. La transparence des personnages nous éclaire sur bien des points de cette sombre histoire.
Les complots ourdis tour à tour, contre le roi, contre la reine, d'autant que cette dernière tarde maintenant à programmer la gestation du futur héritier. C'est tout de même pour ça qu'elle est là. Pour oeuvrer à la réconciliation des deux pays, en assurer le maintien et asseoir la descendance du roi sur le trône.
Aussi Marie-Antoinette voit-elle ses aspirations de liberté contrariées par l'austérité de la demeure et mille yeux rivés sur elle, ceux d'en haut peu bienveillants et ceux d'en bas, le peuple, pourtant plus clément, qui gronde au fur et à mesure que s'édifie sur sa tête, une choucroute ou au choix, une immense pièce montée. Paris a faim et les sans-culottes eux sortent (heu !) les crocs...
Je vous abandonne un moment à la consistance du texte pour revenir à l'ultime tumulte.
Après le passage de cette sanglante révolution, une question subsiste encore. Fallait-il tuer le roi ? Et encore ou encore moins la reine ?
N'était-elle point déjà morte et de la pire façon bien avant de parvenir à l'échafaud. Passée en si peu de temps d'un hôtel cinq étoiles au cachot et séparée de ses enfants.
Tandis qu'on la disait si peu encline aux études et plutôt dissipée, voilà qu'on la découvre entre quatre murs habitée par une vraie intelligence qui transparait dans ses écrits. Son dernier souffle s'exprimant dans une lettre adressée à ses enfants où elle leur déconseille vivement toute idée de vengeance et leur recommande l'espoir. Elle leur rappelle les valeurs qui ont unis leur famille et aspire pour eux à une vie heureuse.
Et puis ce dernier questionnement, hormis bien sûr toute complicité féminine ?
Est-ce Fersen qui alluma cette étincelle qui brilla toujours dans le regard de Marie-Antoinette ? L'amour a-t-il été consommé entre ces deux personnages ? Lecteurs à vos lunettes, démêlons l'intrigue pour répondre à cette question brûlante. Au roi, le tic-tac de l'horloge et à la reine celui du coeur !...
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TheWind
  15 mai 2015
«  Seule la déesse de la liberté, figée dans sa pierre blanche, est restée à sa place immobile, et continue à fixer son but invisible. Elle n'a rien vu, rien entendu. Sévère, elle regarde dans le lointain, par-delà les sauvages et absurdes agissements des hommes. Elle ignore et veut ignorer ce qui se passe en son nom. »
A cette déesse de la liberté, on pourrait opposer Marie-Antoinette. L'une et l'autre suivant leur chemin inexorablement avec toute la dignité et la fierté que leur confère leur statut.
L'une brandissant l'étendard sanglant, l'autre la fleur de lys déjà toute flétrie.

Lire Zweig, c'est toujours accepter les contradictions et les tourments de l'humanité. C'est se laisser emporter par un flot de sentiments discordants, c'est se glisser dans la peau du personnage central et se plier à ses joies tout autant qu'à ses souffrances. Pouvait-il en être autrement avec « Marie-Antoinette » ?
J'ai pourtant lutté, me refusant de compatir aux peines de cette « reine du rococo » ainsi nommée par Zweig, coquette, orgueilleuse, dépensière, frivole et terriblement égocentrique. Je me suis interdite de trouver un quelconque charme à l' « Autrichienne » décrite par Zweig comme pétillante, légère, enthousiaste, débordante de vie et si peu encline à l'Étiquette imposée par la Cour de Versailles.
J'ai pourtant toujours aimé ce contraste saisissant entre les Jardins à la française et le jardin à l'anglaise du Petit Trianon et du Hameau de la Reine. L'un, somptueux, majestueux mais si rigoureux et l'autre beaucoup plus sauvage et pittoresque. Je ne vous le cache pas, ma préférence va nettement au second. C'est bien cela que le Petit Trianon et le Hameau de la Reine représentent : toute la désinvolture, le refus des règles, l'envie de vivre à sa guise de Marie-Antoinette.
Et pourtant...là aussi furent de folles dépenses, là aussi furent caprices de petite fille gâtée..Quand on sait que le hameau n'est qu'un ridicule pastiche où l'on joue à la fermière dans des maisonnettes d'apparence délabrée mais pourvues de toutes les commodités, quand on astique le sol de l'étable, qu'on étrille les vaches avant la venue de ces dames et qu'elles boivent le lait mousseux dans des vases en porcelaine de Sèvres, on comprend bien que le retour à la nature désiré par Marie-Antoinette n'était que pure extravagance et une bien belle comédie ! Alors que Marie-Antoinette s'essayait aux joies champêtres, non loin d'elle, des paysans vivant dans la misère et croulant sous les impôts tentaient de réclamer des conditions de vie plus favorables. Mais cela, Marie-Antoinette n'en avait cure !
Malgré cet attachement qu'il lui porte – il transparaît clairement au fil de la biographie- Zweig n'est pas tendre avec Marie-Antoinette. Il la présente avec ses nombreux défauts sans mystification. Néanmoins, il est attentif à rétablir la vérité, à lever le voile sur certaines affaires honteuses, à blanchir la Reine de toutes accusations mensongères, de rumeurs injustifiées.
Il apporte au portrait de Marie-Antoinette toute sa finesse d'analyse, toute son empathie, toute son humanité. Et le lecteur ne peut que succomber !
Comment ne pas s'émouvoir pour cette femme emportée par la tourmente, résistant tant bien que mal, prenant conscience de ses erreurs passées, luttant pour ses enfants, pour son époux- ce débonnaire et pleutre Louis XVI incapable de décision- pour ses amis ! Comment ne pas s'attendrir pour cette femme abandonnée de tous, sauf d' un, Fersen, son amant, son aimé, celui avec qui elle partage un amour insensé. Comment ne pas s'apitoyer sur le sort de cette Reine tombée si bas par la seule volonté des hommes à une époque où pitié et pardon n'avaient pas leur place ? Comment ne pas trouver terrible cette mort ...et toutes celles qui suivront ?

La déesse de la liberté, statue géante de pierre blanche, couronnée d'un bonnet phrygien et l'épée à la main «  ne voit pas les choses humaines autour d'elle, elle ne voit ni la vie ni la mort, cette mystérieuse déesse de pierre aux yeux rêveurs et éternellement adorée. Elle n'entend pas les cris de tous ceux qui l'appellent, elle ne s'aperçoit pas des couronnes qu'on dépose à ses genoux, ni du sang qui fume la terre à ses pieds. Symbole d'une éternelle pensée, étrangère parmi les hommes, elle est là muette et fixe dans le lointain son but invisible. Elle ne sait pas et ne cherche pas à savoir ce qui se passe en son nom. »
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Citations et extraits (112) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   24 février 2014
[...] ... Non moins fatale est l'influence de la défaillance intime de Louis XVI sur le développement moral de Marie-Antoinette. Suivant la loi des sexes, le même trouble provoque chez la femme et chez l'homme des phénomènes totalement opposés. Quand la vigueur sexuelle d'un homme est soumise à des perturbations on voit apparaître chez lui une certaine gêne, un manque de confiance en soi ; quand une femme s'abandonne sans résultat il se produit inévitablement une agitation, une surexcitation, un déchaînement nerveux. Marie-Antoinette, elle, est une nature tout à fait normale, très féminine, très tendre, destinée à une nombreuse maternité, n'aspirant vraisemblablement qu'à se soumettre à un homme véritable. Mais la fatalité veut que cette femme désireuse et capable d'aimer fasse un mariage anormal, tombe sur un homme qui n'en est pas un. Il est vrai qu'au moment de son union elle n'a que quinze ans, que le déséquilibre sexuel de son mari ne devrait pas encore peser sur elle ; qui oserait soutenir qu'il est contraire à la nature qu'une jeune fille reste vierge jusqu'à sa vingt-deuxième année ! Mais ce qui provoque, dans ce cas particulier, l'ébranlement et la surexcitation dangereuse de ses nerfs, c'est que l'époux, qui lui a été imposé par la raison d'Etat, ne lui laisse pas passer ces sept années dans une chasteté entière, c'est que chaque nuit, ce lourdaud, cet empoté s'essaie en vain et sans cesse sur son jeune corps. Pendant des années sa sexualité est ainsi infructueusement excitée, d'une façon humiliante et offensante qui ne l'affranchit point de sa virginité. Il n'est donc pas nécessaire d'être neurologue pour affirmer que son funeste énervement, sa constante insatisfaction, sa course effrénée aux plaisirs, sont les conséquences typiques d'une perpétuelle excitation sexuelle inassouvie. Parce qu'elle n'a jamais été émue et apaisée au plus profond d'elle-même, cette femme, inconquise encore après sept ans de mariage, a toujours besoin de mouvement et de bruit autour d'elle. Ce qui au début n'était que joyeux enfantillage est peu à peu devenu une soif de plaisirs, nerveuse et maladive, qui scandalise toute la cour et que Marie-Thérèse [= mère de Marie-Antoinette et impératrice d'Autriche] et tous les amis cherchent en vain à combattre. Alors que chez le roi une virilité entravée trouve un dérivatif dans le rude travail de forgeron, dans la passion de la chasse et la fatigue musculaire, chez la reine le sentiment, dirigé sur une voie fausse et sans emploi, se réfugie en de tendres amitiés féminines, en coquetteries avec de jeunes gentilshommes, en amour de la toilette et en autres satisfactions insuffisantes pour son tempérament. Des nuits entières elle fuit le lit conjugal, lieu douloureux de son humiliation, et, tandis que son triste mari se repose des fatigues de la chasse en dormant à poings fermés, elle va traîner jusqu'à des quatre ou cinq heures du matin dans des redoutes d'opéra, des salles de jeux, des soupers, en compagnie douteuse, s'excitant au contact de passions étrangères, reine indigne, parce que tombée sur un époux impuissant. Mais certains moments de violente mélancolie révèlent que cette frivolité, au fond, est sans joie, qu'elle n'est que le contrecoup d'une déception intérieure. Qu'on pense surtout à ce qu'elle écrit à sa mère, à ce cri du coeur, quand sa parente, la duchesse de Chartres [= future duchesse d'Orléans et épouse de celui qui deviendra le tristement célèbre "Philippe-Egalité"] accouche d'un enfant mort-né : "Quoique cela soit terrible, je voudrais pourtant en être là." Mettre au monde un enfant, fût-il mort. Sortir de cet état malheureux et indigne, être enfin comme toutes les autres, et non plus vierge au bout de sept ans de mariage. Qui ne voit pas un désespoir féminin, derrière cette rage de plaisir, ne peut ni expliquer, ni concevoir la transformation extraordinaire qui s'opère dès que Marie-Antoinette devient enfin épouse et mère. Aussitôt ses nerfs se calment sensiblement, une autre Marie-Antoinette apparaît : celle de la seconde moitié de sa vie, volontaire, audacieuse, maîtresse d'elle-même. Mais ce changement vient trop tard. Dans le mariage comme dans l'enfance les premiers événements sont décisifs. Et les années ne peuvent pas réparer la moindre déchirure dans le tissu extrêmement fin et hypersensible de l'âme. Les blessures du sentiment, les plus profondes, les moins visibles, ne connaissent pas de guérison complète. ... [...]
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WolandWoland   24 février 2014
[...] ... Première question : en admettant, d'accord avec la morale bourgeoise, l'idée de faute si Marie-Antoinette s'est donnée complètement à Fersen, qui l'accuse de ce don complet ? Parmi ses contemporains il n'y en a que trois, des hommes d'importance, il est vrai, et non de vulgaires bavards ; ce sont même des initiés à qui on peut reconnaître une connaissance parfaite de la situation : Napoléon, Talleyrand et Saint-Priest, le ministre de Louis XVI, ce témoin quotidien de tous les événements de la cour. Tous trois soutiennent sans réserve que Marie-Antoinette a été la maîtresse de Fersen, et ils le font de façon à ne laisser aucun doute. Saint-Priest, le plus au courant de la situation, est le plus précis dans les détails. Sans animosité contre la reine, parfaitement objectif, il parle des visites nocturnes de Fersen à Trianon, à Saint-Cloud et aux Tuileries, dont l'accès secret avait été permis par La Fayette à Fersen seul. Il parle de la complicité de la Polignac, qui paraissait fort approuver que la faveur de la reine fût tombée justement sur un étranger, qui ne chercherait à tirer aucun avantage de sa situation de favori. Ecarter trois témoignages de cette importance, comme le font les défenseurs enragés de la vertu, accuser de calomnie Napoléon et Talleyrand, il faut pour cela plus d'audace que pour un examen impartial. Mais, deuxième question : quels sont les contemporains ou témoins d'après qui accuser Marie-Antoinette d'avoir été la maîtresse de Fersen serait une calomnie ? Il n'y en a pas un. Et il est à remarquer que les intimes évitent justement, avec une singulière unanimité, de citer le nom même de Fersen : Mercy, qui pourtant retourne trois fois chaque épingle à cheveux de la reine, ne mentionne pas une seule fois son nom dans les dépêches officielles ; les fidèles de la cour ne parlent jamais, dans leur correspondance, que "d'une certaine personne", à qui on aurait confié des lettres. Mais personne ne prononce son nom ; une conspiration du silence suspecte règne à son sujet pendant tout un siècle, et les premières biographies officielles oublient de propos délibéré de le citer. On ne peut donc pas se défendre de penser qu'un mot d'ordre a été donné après coup, afin que soit oublié aussi radicalement que possible ce destructeur de la romantique légende de la vertu absolue. ... [...]
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KATE92KATE92   30 juillet 2013
La messe commence aux sons de l’orgue ; au Pater Noster on tend un baldaquin argenté au-dessus du jeune couple ; alors seulement le roi signe le contrat de mariage, et après lui, selon un ordre hiérarchique soigneusement observé, tous les parents les plus proches. C’est un document prodigieusement long, plusieurs fois plié ; aujourd’hui encore, sur le parchemin jauni, on lit, maladroits et trébuchants, ces quatre mots : Marie-Antoinette-Josepha-Jeanne, péniblement tracés par la petite main de la fillette de quinze ans, et à côté – « mauvais signe », murmure-t-on une fois de plus – une énorme tache d’encre jaillie de sa plume rebelle, et de la sienne seule parmi tous les signataires.
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ladesiderienneladesiderienne   19 janvier 2014
Aucun poète ne saurait imaginer contraste plus saisissant que celui de ces époux ; jusque dans les nerfs les plus ténus, dans le rythme du sang, dans les vibrations les plus faibles du tempérament, Marie-Antoinette et Louis XVI sont vraiment à tous les points de vue un modèle d’antithèse. Il est lourd, elle est légère, il est maladroit, elle est souple, il est terne, elle est pétillante, il est apathique, elle est enthousiaste. Et dans le domaine moral : il est indécis, elle est spontanée, il pèse lentement ses réponses, elle lance un « oui » ou un « non » rapide, il est d'une piété rigide, elle est éperdument mondaine, il est humble et modeste, elle est coquette et orgueilleuse, il est méthodique, elle est inconstante, il est économe, elle est dissipatrice, il est trop sérieux, elle est infiniment enjouée, il est calme et profond comme un courant sous-marin elle est toute écume et surface miroitante. C’est dans la solitude qu’il se sent le mieux, elle ne vit qu'au milieu d'une société bruyante. Il aime manger abondamment et longtemps, avec une sorte de contentement animal, et boire des vins lourds ; elle ne touche jamais au vin, mange peu et vite. Son élément à lui est le sommeil, son élément à elle la danse, son monde à lui, le jour, son monde à elle, la nuit ; ainsi les aiguilles au cadran de leur vie s’opposent constamment comme la lune et le soleil.
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AllantversAllantvers   14 septembre 2017
C'est presque toujours un destin secret qui règle le sort des choses visibles et publiques; presque tous les événements mondiaux sont le reflet de conflits intimes. Un des plus grands secrets de l'Histoire est de donner à des faits infimes des conséquences incalculables; et ce n'était pas la dernière fois que l'anomalie sexuelle passagère d'un individu devait ébranler le monde entier (...) Car l'Histoire se sert de fils d'araignée pour tisser le réseau de la destinée. Dans son mécanisme merveilleusement agencé la plus petite impulsion déclenche les forces les plus formidables; ainsi, dans la vie de Marie-Antoinette,, les frivolités prennent une importance capitale, les événements apparemment ridicules des premières nuits, des premières années conjugales, façonnent non seulement son caractère, mais déterminent l'évolution de l'univers.
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Videos de Stefan Zweig (32) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Stefan Zweig
Chaque vendredi matin, Valérie Expert vous donne rendez-vous avec Gérard Collard pour leurs coups de c?ur... Voici les références des livres présentés dans l'émission du 14 décembre 2018 :
Mujirushi ou le signe des rêves (Tome 1) de Naoki Urasawa et Ilan Nguyên aux éditions Futuropolis https://www.lagriffenoire.com/121681-livres-mangas-musee-du-louvre---mujirushi-ou-le-signe-des-reves-tome-1.html
Mujirushi ou le signe des rêves (Tome 2) de Naoki Urasawa et Ilan Nguyên aux éditions Futuropolis https://www.lagriffenoire.com/128090-livres-mangas-mujirushi-ou-le-signe-des-reves-tome-2.html
Les Premiers voyageurs photographes: 1850-1914 de Olivier Loiseaux et Gilles Fumey aux éditions Glénat https://www.lagriffenoire.com/130050-livre-d-art-et-histoire-de-l-art-les-premiers-voyageurs-photographes---1850-1914.html
90 ans du Midi Olympique 1929-2019 le meilleur du rugby de Bruno Fabioux et Jean michel Baylet aux éditions Hugo Image 9782755639315 (pas de lien sur lagriffenoire.com)
Concours pour le Paradis de Clélia Renucci aux éditions Albin Michel https://www.lagriffenoire.com/121084-divers-litterature-concours-pour-le-paradis.html
Le dernier Vénitien: roman de Gilles Hertzog aux éditions Grasset https://www.lagriffenoire.com/129308-divers-litterature-le-dernier-venitien---roman.html
Casanova: Mes années vénitiennes de Michel Delon aux éditions Citadelles & Mazenod https://www.lagriffenoire.com/125796-romans--casanova---mes-annees-venitiennes.html
L'embaumeur - ou L'odieuse confession de Victor Renard de Isabelle Duquesnoy aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/116284-divers-litterature-l-embaumeur---ou-l-odieuse-confession-de-victor-renard.html
Les Confessions de Constanze Mozart de Isabelle Duquesnoy aux éditions Points https://www.lagriffenoire.com/57737-poche-confessions-de-constanze-mozart-les.html
Valentine ou la belle saison de Anne-Laure Bondoux aux éditions Fleuve https://www.lagriffenoire.com/127219-divers-litterature-valentine-ou-la-belle-saison.html
Mezze : Assiettes du Moyen-Orient à partager de Salma Hage aux éditions Phaidon https://www.lagriffenoire.com/126116-livres-de-cuisine-mezze---assiettes-du-moyent-orient-a-partager.html
Rosalie Lamorlière Celle qui accompagna Marie-Antoinette à l'échafaud Ludovic Miserole aux éditions French Pulp https://www.lagriffenoire.com/134875-romans--rosalie-lamorliere---celle-qui-accompagna-marie-antoinette-a-l-echafaud.html
Zamor, le nègre républicain de Ludovic Miserole aux éditions French Pulp https://www.lagriffenoire.com/134874-romans--zamor---le-negre-republicain.html
L'Affaire Rose Keller - tome 1 Les crimes du Marquis de Sade de Ludovic Miserole aux éditions French Pulp https://www.lagriffenoire.com/12418
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