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Alzir Hella (Traducteur)
ISBN : 2253146692
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.26/5 (sur 746 notes)
Résumé :
Qui était Marie-Antoinette, faite, l'année de ses quinze ans et par raison d’État, reine de France ? Une débauchée futile piégée dans l'affaire du collier ? La pire ennemie de la Révolution ? Une sainte pour la Restauration ? Marie-Antoinette rétablit la courbe d'un destin obscurci par la passion ou la honte posthumes. Zweig analyse la chimie d'une âme qui, sous le poids du malheur et de l'Histoire, se révèle à elle-même et se rachète, passant de l'ombre de la jouis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (98) Voir plus Ajouter une critique
dgwickert
  12 septembre 2017
Zweig, quelle plume ! Wouah !
Marie-Antoinette de Habsbourg, 14 ans, Autrichienne, est mariée en grandes pompes au dauphin Louis de France, 15 ans, en 1770, afin de préserver la paix entre nos deux pays.
Quel contraste entre ce roi indécis et lourdeau, et cette reine, une biche, reine de la nuit, des fêtes, du faste, et du Trianon ! Stefan Zweig montre, documents et lettres à l'appui, comment, par les temps qui courent, les caractères de ces deux époux si dissemblables ont pu, en partie, les mener à l'échafaud.
L'écriture de Zweig est telle qu'à chaque épisode de la vie de l'archiduchesse, puis dauphine, puis reine, et enfin veuve Capet, le suspense nous fait haleter. Les faits énoncés par nos profs d'histoire férus de révolution, sont plus ou moins connus, mais j'aurais mille fois préféré un enseignant comme S. Zweig pour me conter la vie de cette héroïne !
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Plusieurs remarques :
-- Cette reine, par sa vivacité, son insouciance, et son refus de l'étiquette me fait penser à Sissi, Elisabeth de Wittelsbach, qui elle aussi sera à la tête d'un pays, et mourra dans des circonstances également dramatiques.
-- Grâce à des documents, lettres, témoignages, S.Zweig nous montre la maturation difficile, très réussie, mais tardive de Marie Antoinette devant les événements : les fossettes rieuses de celle-ci deviennent des rides profondes, les magnifiques cheveux blanchissent, et surtout la reine prend des positions énergiques. La cigale mue en fourmi, et sa mère, Marie-Thérèse, qui malheureusement ne verra pas ce changement, et ne cessait de lui répéter : "Quand serez-vous vous- même ?", peut sourire dans sa tombe, et être fière de sa dernière enfant !
-- Zweig explique dans un passage que la situation de classe ( noblesse ), à cette époque, était plus importante que la "nation", donc ça m'étonne qu'à part deux ou trois individus, aucun noble n'ait essayé de sauver Marie-Antoinette.
-- le procès de Marie-Antoinette me fait penser à celui de Jeanne d'Arc : la reine, comme Jeanne, est sure d'elle-même, n'aime pas mentir, et est condamnée d'avance, l'une pour motif religieux, l'autre pour raison politique, deux des principales motivations pour condamner.
-- Ce roi balourd, qui n'aime que la chasse, la forge et l'horlogerie, n'a rien à faire comme roi : c'est un anti-chef qui aime qu'on lui fiche la paix, qui aime surtout manger et dormir. Mille fois, il aurait pu éviter son destin, mille fois il a laissé faire !
-- Couper la tête aussi facilement ? S. Zweig qui, à mon étonnement connait très bien l'histoire de France, explique, dans un passage, qu'il y a deux catégories de révolutionnaires : les idéalistes qui veulent monter la barre pour tout le monde, et ceux qui ont du ressentiment, qui veulent la baisser à leur niveau, et plus bas ( y compris en coupant le cou).
-- On a un peu, dans ce livre, l'explication de l'abandon par Louis XV des territoires américains : Louis XV était un fantôme de Louis XIV : il a gardé l'étiquette, mais ce n'était pas un chef, seule la bagatelle l'intéressait.
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Et bien sûr, je mets une étoile spéciale pour la narration rocambolesque de l'affaire du collier avec les entreprises de Jeanne-La-Folle, c'est à dire Mme de la Motte-Valois, .... Et une étoile pour le romantisme du Comte de Fersen !
ça fait donc 7 étoiles.... Ahem !
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Marie-Thérèse (il y en a deux), Catherine de Russie, Elisabeth première ("La colonne de feu", KF), Marie Stuart ( par Stefan Zweig), Frédéric II de Prusse : oui toutes ces biographies doivent être passionnantes !
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J'ai retenu un "girlpower" de Stefan Zweig qui dit à peu près ceci : si Marie-Antoinette eut plus de maturité dès son début de règne, l'Europe aurait été dirigée par trois femmes, à cette époque.
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palamede
  20 septembre 2016
De son arrivée en France, jeune adolescente autrichienne admirée par le peuple, à sa fin sur l'échafaud en reine détestée, Stefan Zweig s'attache à réhabiliter Marie-Antoinette sans taire ses erreurs. Il relate ainsi, en détail, sa trop grande distance avec le roi, ses dépenses faramineuses, son amour passionné pour le comte Axel de Fersen ou l'affaire du Collier. Mais il montre aussi que Marie-Antoinette, la belle frivole, dépensière, joueuse et insoumise reine de France s'est révélée à la fin de sa vie (un peu trop tard, il est vrai) une femme réfléchie, courageuse et profonde.
Une excellente biographie de Marie-Antoinette, brillante et documentée, dans laquelle Zweig analyse à la perfection la psychologie de son personnage. Dans ce récit passionnant de la fin d'une époque et d'une vie hors du commun, on comprend aussi les enchaînements qui ont conduit à une mauvaise évaluation des situations et à la prise de funestes décisions.
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Marple
  02 mars 2014
Encore une fois, je suis impressionnée et charmée par le talent de Stefan Zweig pour la biographie : son art de choisir dans l'histoire des personnages passionnants par leur destinée, leurs qualités ou leurs contradictions, son don pour saisir et transmettre leurs motivations, leurs pensées et leurs sentiments, le tout avec selon les moments le sens de la formule qui fait mouche ou un style si juste qu'il s'efface devant le récit.
De fait, Marie-Antoinette m'a conquise, du début chez l'austère et puissante impératrice Marie-Thérèse à la fin sur l'échafaud. Cette jeune fille tourbillonnante et frivole, incapable de s'appliquer à l'étude ou à tout autre sujet sérieux, est pourtant une femme bonne, aimante et non dénuée d'intelligence. Mais elle est mariée à un roi faible et à un homme peu viril, elle vit loin de sa famille sage et pleine de bon conseil, et la cour de Versailles est faite de faux-semblants et de tentations...
À force de fêtes, de dépenses et d'injustice, "l'Autrichienne" devient très impopulaire auprès des Francais, alors même que le temps, la maternité et l'amour l'ont rendue plus réfléchie, plus économe et plus digne. Trop tard ! La révolution est en route, et ce n'est pas son mari Louis-XVI-Le-mou qui pourra arrêter quoi que ce soit, ni même les familles royales française et autrichienne qui sont trop pressées de ramasser les miettes du pouvoir ou des territoires pour intervenir...
Alors Marie-Antoinette doit se battre seule, ou presque, pour sauver sa couronne, sa famille, sa vie et sa dignité... Courageuse et forte, elle montre au peuple et à l'histoire son vrai visage, celui d'une reine de France et d'une digne fille de l'impératrice Marie-Thérèse, qui garde son bon coeur et la tête haute dans la déchéance, lors de son procès ou devant son bourreau.
Oups, j'ai fait un résumé, pourtant un tel destin ne tient pas en 3 paragraphes... surtout que Stefan Zweig l'enrichit d'analyse psychologique, d'anecdotes piquantes, amusantes ou pertinentes, d'explications sur les événements tels l'affaire du collier ou la fuite à Varenne, d'une foule de portraits de royalistes, de révolutionnaires ou d'hésitants comme La Fayette ou Mirabeau, de quelques clichés sur la sexualité, d'extraits de correspondance, et même de traits d'humour sur le roi, le coiffeur ou Mme Étiquette... En un mot : bravo, à Marie-Antoinette et à son auteur !
Lu dans le cadre du challenge Zweig de Sofy74
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Erveine
  18 janvier 2014
Stéfan Sweig où la réhabilitation de Marie-Antoinette.
Une écriture riche et haletante qui nous conduit dans l'antichambre de la reine à l'époque du déclin royaliste. Passons la tête et nous y découvrons notre jeune roi dont l'esprit encore en culotte courte se joue plutôt des rouages d'une mécanique plutôt qu'à conduire une garde sautant en selle sous l'impulsion d'ordres mystérieux.
La reine guère plus mature n'a pas non plus rangé ses jouets et rêve de liberté. Elle quitte Vienne à 14 ans pour regagner le palais. Port altier et fort belle la dauphine ne passera pas inaperçue, un petit bien pour un grand mal. On aurait mis un laidron c'eut été plus raisonnable, pour le reste fallait demander à Geneviève (de Fontenay voyons !).
Et là, c'est la mise à nue, précisément de la reine, circulez Messieurs y a rien à voir !
Stefan Sweig nous opère un décryptage des sens et coule l'essence de toute l'histoire de France. La transparence des personnages nous éclaire sur bien des points de cette sombre histoire.
Les complots ourdis tour à tour, contre le roi, contre la reine, d'autant que cette dernière tarde maintenant à programmer la gestation du futur héritier. C'est tout de même pour ça qu'elle est là. Pour oeuvrer à la réconciliation des deux pays, en assurer le maintien et asseoir la descendance du roi sur le trône.
Aussi Marie-Antoinette voit-elle ses aspirations de liberté contrariées par l'austérité de la demeure et mille yeux rivés sur elle, ceux d'en haut peu bienveillants et ceux d'en bas, le peuple, pourtant plus clément, qui gronde au fur et à mesure que s'édifie sur sa tête, une choucroute ou au choix, une immense pièce montée. Paris a faim et les sans-culottes eux sortent (heu !) les crocs...
Je vous abandonne un moment à la consistance du texte pour revenir à l'ultime tumulte.
Après le passage de cette sanglante révolution, une question subsiste encore. Fallait-il tuer le roi ? Et encore ou encore moins la reine ?
N'était-elle point déjà morte et de la pire façon bien avant de parvenir à l'échafaud. Passée en si peu de temps d'un hôtel cinq étoiles au cachot et séparée de ses enfants.
Tandis qu'on la disait si peu encline aux études et plutôt dissipée, voilà qu'on la découvre entre quatre murs habitée par une vraie intelligence qui transparait dans ses écrits. Son dernier souffle s'exprimant dans une lettre adressée à ses enfants où elle leur déconseille vivement toute idée de vengeance et leur recommande l'espoir. Elle leur rappelle les valeurs qui ont unis leur famille et aspire pour eux à une vie heureuse.
Et puis ce dernier questionnement, hormis bien sûr toute complicité féminine ?
Est-ce Fersen qui alluma cette étincelle qui brilla toujours dans le regard de Marie-Antoinette ? L'amour a-t-il été consommé entre ces deux personnages ? Lecteurs à vos lunettes, démêlons l'intrigue pour répondre à cette question brûlante. Au roi, le tic-tac de l'horloge et à la reine celui du coeur !...
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saphoo
  19 juillet 2017
Je ne rajouterai pas un résumé supplémentaire à ceux déjà forts bien écrits, mais je m'empresse de conseiller à ceux dont l'histoire les laisse indifférent de se plonger dans cette biographie de Stefan Zweig. Je suis quasi certaine qu'il saura les réconcilier avec cette matière trop souvent déformée ou restreint, rébarbative dans nos cours scolaires. Ici, en lisant l'histoire de Marie-Antoinette, tout s'éclaire, car l'auteur a su nous livre une réelle biographie simple, allant jusqu'à la psychologie des personnages et leurs regrettables conséquences. On cerne parfaitement bien Louis XVI et son épouse, on compatit aux erreurs de leur jeune règne, mais on déplore que peu de gens soient venus leur inculquer plus de rigueur et de détermination dans leurs fonctions. Marie-Antoinette tout comme Louis étaient des enfants quand ils ont été couronnés. Comment juger des enfants de leur incapacité à maintenir un royaume et donner une vie décente à tous les habitants de France et Navarre. Zweig s'emploie à dire sans juger, les erreurs, les abus, mais aussi la bonté des uns et des autres, les qualités. Tout est dit sans prendre partie.
J'ai découvert une autre facette de ces deux personnages, et je ne peux conseiller à tout étudiant de lire ce livre qui lui offrira sans nul doute une belle lumière sur ces ombres de l'histoire trop souvent truquée par de faux écrits et témoignages.
D'ailleurs l'auteur explique à la fin du livre qu'il s'est appuyé sur des archives authentiques et non des faux, ou des trop nombreux couches de mensonges des uns et des autres.
il va à l'essentiel sous une plume romanesque et très agréable, si ce n'est le tragique destin de cette tranche d'histoire, la lecture est un vrai bonheur et plaisir.
Je suis plus enchantée de découvrir cet auteur dans ce genre car les peu de livres que j'avais lu, m'avaient laissé quelque peu mitigée. J'avais adhéré à sa plume, mais pas au sujet de ses romans.
Je vais de ce pas, rechercher les autres biographies de sa plume.
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Citations et extraits (103) Voir plus Ajouter une citation
KATE92KATE92   30 juillet 2013
La messe commence aux sons de l’orgue ; au Pater Noster on tend un baldaquin argenté au-dessus du jeune couple ; alors seulement le roi signe le contrat de mariage, et après lui, selon un ordre hiérarchique soigneusement observé, tous les parents les plus proches. C’est un document prodigieusement long, plusieurs fois plié ; aujourd’hui encore, sur le parchemin jauni, on lit, maladroits et trébuchants, ces quatre mots : Marie-Antoinette-Josepha-Jeanne, péniblement tracés par la petite main de la fillette de quinze ans, et à côté – « mauvais signe », murmure-t-on une fois de plus – une énorme tache d’encre jaillie de sa plume rebelle, et de la sienne seule parmi tous les signataires.
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ladesiderienneladesiderienne   19 janvier 2014
Aucun poète ne saurait imaginer contraste plus saisissant que celui de ces époux ; jusque dans les nerfs les plus ténus, dans le rythme du sang, dans les vibrations les plus faibles du tempérament, Marie-Antoinette et Louis XVI sont vraiment à tous les points de vue un modèle d’antithèse. Il est lourd, elle est légère, il est maladroit, elle est souple, il est terne, elle est pétillante, il est apathique, elle est enthousiaste. Et dans le domaine moral : il est indécis, elle est spontanée, il pèse lentement ses réponses, elle lance un « oui » ou un « non » rapide, il est d'une piété rigide, elle est éperdument mondaine, il est humble et modeste, elle est coquette et orgueilleuse, il est méthodique, elle est inconstante, il est économe, elle est dissipatrice, il est trop sérieux, elle est infiniment enjouée, il est calme et profond comme un courant sous-marin elle est toute écume et surface miroitante. C’est dans la solitude qu’il se sent le mieux, elle ne vit qu'au milieu d'une société bruyante. Il aime manger abondamment et longtemps, avec une sorte de contentement animal, et boire des vins lourds ; elle ne touche jamais au vin, mange peu et vite. Son élément à lui est le sommeil, son élément à elle la danse, son monde à lui, le jour, son monde à elle, la nuit ; ainsi les aiguilles au cadran de leur vie s’opposent constamment comme la lune et le soleil.
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WolandWoland   24 février 2014
[...] ... Première question : en admettant, d'accord avec la morale bourgeoise, l'idée de faute si Marie-Antoinette s'est donnée complètement à Fersen, qui l'accuse de ce don complet ? Parmi ses contemporains il n'y en a que trois, des hommes d'importance, il est vrai, et non de vulgaires bavards ; ce sont même des initiés à qui on peut reconnaître une connaissance parfaite de la situation : Napoléon, Talleyrand et Saint-Priest, le ministre de Louis XVI, ce témoin quotidien de tous les événements de la cour. Tous trois soutiennent sans réserve que Marie-Antoinette a été la maîtresse de Fersen, et ils le font de façon à ne laisser aucun doute. Saint-Priest, le plus au courant de la situation, est le plus précis dans les détails. Sans animosité contre la reine, parfaitement objectif, il parle des visites nocturnes de Fersen à Trianon, à Saint-Cloud et aux Tuileries, dont l'accès secret avait été permis par La Fayette à Fersen seul. Il parle de la complicité de la Polignac, qui paraissait fort approuver que la faveur de la reine fût tombée justement sur un étranger, qui ne chercherait à tirer aucun avantage de sa situation de favori. Ecarter trois témoignages de cette importance, comme le font les défenseurs enragés de la vertu, accuser de calomnie Napoléon et Talleyrand, il faut pour cela plus d'audace que pour un examen impartial. Mais, deuxième question : quels sont les contemporains ou témoins d'après qui accuser Marie-Antoinette d'avoir été la maîtresse de Fersen serait une calomnie ? Il n'y en a pas un. Et il est à remarquer que les intimes évitent justement, avec une singulière unanimité, de citer le nom même de Fersen : Mercy, qui pourtant retourne trois fois chaque épingle à cheveux de la reine, ne mentionne pas une seule fois son nom dans les dépêches officielles ; les fidèles de la cour ne parlent jamais, dans leur correspondance, que "d'une certaine personne", à qui on aurait confié des lettres. Mais personne ne prononce son nom ; une conspiration du silence suspecte règne à son sujet pendant tout un siècle, et les premières biographies officielles oublient de propos délibéré de le citer. On ne peut donc pas se défendre de penser qu'un mot d'ordre a été donné après coup, afin que soit oublié aussi radicalement que possible ce destructeur de la romantique légende de la vertu absolue. ... [...]
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WolandWoland   24 février 2014
[...] ... Non moins fatale est l'influence de la défaillance intime de Louis XVI sur le développement moral de Marie-Antoinette. Suivant la loi des sexes, le même trouble provoque chez la femme et chez l'homme des phénomènes totalement opposés. Quand la vigueur sexuelle d'un homme est soumise à des perturbations on voit apparaître chez lui une certaine gêne, un manque de confiance en soi ; quand une femme s'abandonne sans résultat il se produit inévitablement une agitation, une surexcitation, un déchaînement nerveux. Marie-Antoinette, elle, est une nature tout à fait normale, très féminine, très tendre, destinée à une nombreuse maternité, n'aspirant vraisemblablement qu'à se soumettre à un homme véritable. Mais la fatalité veut que cette femme désireuse et capable d'aimer fasse un mariage anormal, tombe sur un homme qui n'en est pas un. Il est vrai qu'au moment de son union elle n'a que quinze ans, que le déséquilibre sexuel de son mari ne devrait pas encore peser sur elle ; qui oserait soutenir qu'il est contraire à la nature qu'une jeune fille reste vierge jusqu'à sa vingt-deuxième année ! Mais ce qui provoque, dans ce cas particulier, l'ébranlement et la surexcitation dangereuse de ses nerfs, c'est que l'époux, qui lui a été imposé par la raison d'Etat, ne lui laisse pas passer ces sept années dans une chasteté entière, c'est que chaque nuit, ce lourdaud, cet empoté s'essaie en vain et sans cesse sur son jeune corps. Pendant des années sa sexualité est ainsi infructueusement excitée, d'une façon humiliante et offensante qui ne l'affranchit point de sa virginité. Il n'est donc pas nécessaire d'être neurologue pour affirmer que son funeste énervement, sa constante insatisfaction, sa course effrénée aux plaisirs, sont les conséquences typiques d'une perpétuelle excitation sexuelle inassouvie. Parce qu'elle n'a jamais été émue et apaisée au plus profond d'elle-même, cette femme, inconquise encore après sept ans de mariage, a toujours besoin de mouvement et de bruit autour d'elle. Ce qui au début n'était que joyeux enfantillage est peu à peu devenu une soif de plaisirs, nerveuse et maladive, qui scandalise toute la cour et que Marie-Thérèse [= mère de Marie-Antoinette et impératrice d'Autriche] et tous les amis cherchent en vain à combattre. Alors que chez le roi une virilité entravée trouve un dérivatif dans le rude travail de forgeron, dans la passion de la chasse et la fatigue musculaire, chez la reine le sentiment, dirigé sur une voie fausse et sans emploi, se réfugie en de tendres amitiés féminines, en coquetteries avec de jeunes gentilshommes, en amour de la toilette et en autres satisfactions insuffisantes pour son tempérament. Des nuits entières elle fuit le lit conjugal, lieu douloureux de son humiliation, et, tandis que son triste mari se repose des fatigues de la chasse en dormant à poings fermés, elle va traîner jusqu'à des quatre ou cinq heures du matin dans des redoutes d'opéra, des salles de jeux, des soupers, en compagnie douteuse, s'excitant au contact de passions étrangères, reine indigne, parce que tombée sur un époux impuissant. Mais certains moments de violente mélancolie révèlent que cette frivolité, au fond, est sans joie, qu'elle n'est que le contrecoup d'une déception intérieure. Qu'on pense surtout à ce qu'elle écrit à sa mère, à ce cri du coeur, quand sa parente, la duchesse de Chartres [= future duchesse d'Orléans et épouse de celui qui deviendra le tristement célèbre "Philippe-Egalité"] accouche d'un enfant mort-né : "Quoique cela soit terrible, je voudrais pourtant en être là." Mettre au monde un enfant, fût-il mort. Sortir de cet état malheureux et indigne, être enfin comme toutes les autres, et non plus vierge au bout de sept ans de mariage. Qui ne voit pas un désespoir féminin, derrière cette rage de plaisir, ne peut ni expliquer, ni concevoir la transformation extraordinaire qui s'opère dès que Marie-Antoinette devient enfin épouse et mère. Aussitôt ses nerfs se calment sensiblement, une autre Marie-Antoinette apparaît : celle de la seconde moitié de sa vie, volontaire, audacieuse, maîtresse d'elle-même. Mais ce changement vient trop tard. Dans le mariage comme dans l'enfance les premiers événements sont décisifs. Et les années ne peuvent pas réparer la moindre déchirure dans le tissu extrêmement fin et hypersensible de l'âme. Les blessures du sentiment, les plus profondes, les moins visibles, ne connaissent pas de guérison complète. ... [...]
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dgwickertdgwickert   09 septembre 2017
... Jusqu'à ce que finalement l'empereur Joseph se rende en personne à Paris pour persuader son peu courageux beau-frère de la nécessité de l'opération ( 1 ). Alors seulement ce triste César de l'amour réussit heureusement à franchir le Rubicon. Mais le domaine psychique qu'il conquiert enfin est déjà dévasté par ces sept années de luttes ridicules, par toutes ces nuits pendant lesquelles Marie-Antoinette a enduré, comme femme et comme épouse, la suprême mortification de son sexe.

( 1 ) NDL : il s'agit de l'impuissance du dauphin, futur Louis XVI.
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Vidéo de Stefan Zweig
Stefan Zweig, écrivain, journaliste et biographe autrichien, est né le 28 novembre 1881 à Vienne. Il assiste avec horreur à l’arrivée au pouvoir d’Hitler (1933). Sa judéité, jusque-là peu revendiquée, devient plus présente à son esprit et dans son œuvre. La persécution des juifs et le déchirement imminent de l’Europe le plongent dans une dépression dont il ne sortira plus. Il fuit l’Autriche en 1934, se réfugie en Angleterre puis aux États-Unis. En 1942, il se suicide avec sa femme à Petrópolis, au Brésil.
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Politiciens, économistes, juristes, enseignants (844)
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