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EAN : 9782073015549
528 pages
Gallimard (09/03/2023)
4/5   110 notes
Résumé :
Joseph Kessel - Maurice Druon : retour au pays des grands hommes. C'est encore le temps des héros, des aventuriers, des bâtisseurs. La vie ne leur fait pas peur. Ils la défient, ils la dévorent. Ils la veulent à la mesure de leurs rêves enflammés. L'un est l'oncle, l'autre le neveu. Ensemble, en 1943, ils ont signé les paroles de l'hymne de la Résistance, Le Chant des partisans. Leurs liens familiaux, d'abord tenus secrets, cimentent une relation très forte, marquée... >Voir plus
Que lire après Les partisans : Kessel et Druon, une histoire de familleVoir plus
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C'est en tant que journaliste que Kessel a vécu et commenté la guerre pour Paris-Soir. Son patron Pierre Lazareff sait combien une signature de Kessel fait bondir les ventes d'un journal.

Druon a de la guerre une vision héroïque, très littéraire, qu'il tient de ses lectures l'Illiade et de sa passion pour les récits de la mythologie gréco-romaine. le héros est son type d'homme. Il croit à la grandeur, au dépassement, aux valeurs militaires. Kessel son oncle lui offre Guerre et paix de Tolstoï. Ce sera son livre préféré mais aussi un refuge durant les semaines d'oisiveté et d'inquiétude.

En juin 1940, l'armistice est signé. Germaine Sablon décide de s'enrôler à la Croix-Rouge, qui a besoin de bénévoles. Humanitaire avant l'heure, elle assume différentes tâches. Elle distribue nourriture, vêtements et se démène pour trouver des solutions d'hébergement. En vraie combattante, elle a la volonté de se rendre utile. Avant Kessel et Druon, elle est la première à s'engager dans un réseau de résistance.

Le 16 juin le président de la République nomme Philippe Pétain président du Conseil. le 27 juin après un bref transit à Clermont-Ferrand, le gouvernement s'établit définitivement à Vichy. France-Soir ce fixe à Lyon.

Le 10 juillet l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoir constituants à Philippe Pétain. Pendant l'occupation, les autorités allemandes, recense les ouvrages qui doivent être impérativement retiré de la vente ou sont interdit de publication parce que leurs auteurs sont juifs, communistes ou opposants au nazisme. Parmi eux : Thomas Mann, Stefan Zweig, Louis Aragon, André Maurois, Freud, Trotski, Kessel, …

Germaine Sablon a bien connu André Girard, illustrateur et décorateur de Théâtre. André Girard dit « Carte » dans la clandestinité est le fondateur du réseau de résistance carte. Germaine Sablon était en mesure de rendre service à Carte. Ses tours de chant allaient pouvoir justifier ses déplacements. Toutes ces informations sur le réseau carte ont été puisées dans l'ouvrage de Thomas Rabino. le Réseau Carte. Histoire d'un réseau de Résistance, antiallemand, antigaulliste, anticommuniste et anticollaborationniste. OUF ! Ce même auteur a également écrit un livre, en vérité, passionnant sur le résistant Jean Moulin dont je vous recommande vivement la lecture.

Kessel, Germaine Sablon et ensuite Maurice Druon étaient dans la résistance Carte. Kessel sous le faux nom de « Joseph Pascal » et Germaine sous celui de « Tante Aurélie ».

Dans cette seconde guerre mondiale, une résistance intérieure très active, agit maintenant depuis Londres. C'est le FFL Forces française libres. Kessel devient gaulliste pour la vie. Jugez trop vieux, il se voit refuser de combattre dans l'aviation. Quel rôle assigner ici ou ailleurs à Kessel, sinon écrire. Ecrivez donc quelque chose sur la résistance lui propose le Général de Gaulle. Vous le devinez sans doute, Kessel est à l'écriture à Londres en 1943 pour : L'Armée des ombres.

Pour Druon, le roman historique doit coller à la réalité, ne se permettre aucun écart avec elle, aucune fantaisie dans la reconstitution. Pour Les rois Maudits, il a l'idée de s'exprimer sur le plus long procès de l'Histoire, celui que Philippe le Bel intenta à l'ordre du Temple. Ce procès dura sept ans, s'achevant sur le bûcher de l'île de la Cité où périt dans les flammes le Grand Maître de l'ordre, Jacques de Molay. Dans les années soixante-dix, l'adaptation des rois maudits pour la télévision renforce le succès du livre.

Kessel n'a jamais ressenti le désir d'entrer à l'Académie française. Mais ses amis ont eu raison de ses réticences et l'ont convaincu de poser sa candidature. Son neveu Maurice, lui fait valoir le bonheur qu'araient eux ses parents, Samuel et Raïssa, de le voir entrer à l'Académie. Après une courte campagne, Kessel est élu, le 22 novembre 1962. Pour Maurice Druon, son élection à l'Académie française, quatre ans après Kessel, est une apothéose. Il entre fringuant et joyeux, à l'aise sous la cape et le bicorne que son oncle s'était montré timide et gêné.

En 1969, Jean-Pierre Melville adapte au cinéma L'Armée des ombres, roman de Kessel. le casting est impressionnant. Parmi les acteurs ont peut citer : Simone Signoret, Paul Meurisse, Christian Barbier, Lino Ventura.

Kessel tel un vieux lion épuisé ne baisse pas la garde. Il écrit son dernier scénario pour un film documentaire sur Israël, pour Frédéric Rossif, Un mur à Jérusalem.

Lorsque je lis un livre, j'aime déborder, trouver d'autre liens à partir de documents scripturaux ou Internet pour étoffer les données du livre avec un rapport proche ou plus lointain. C'est ainsi que j'ai rebondit sur la magnifique chanson de Rika Zaraï, israélienne, née à Jérusalem. La chanson est Un mur à Jérusalem qu'elle chante en français et en hébreux.

Le général De Gaulle décède le 9 novembre 1979. Ses funérailles à Colombey sont télévisées. « le soir vers 18 heures, la télévision retransmet l'hommage de la ville de Paris au Général. Les officiels puis la foule des Parisiens remontent les Champs-Elysées jusqu'à l'Arc de triomphe, comme le jour de la libération de Paris. A l'antenne les voix de deux commentateurs s'alternent et se répondent. Kessel assiste depuis son fauteuil. Pour lui, l'émotion est particulière : elle ne tient pas seulement aux images qui lui rappellent les temps glorieux. Elle tient à l'une des voix qui s'exprime. C'est en effet « Maurice » qu'il entend en alternance avec « Léon Zitrone. »

Pour ses vieux jours, Kessel se retire, avec son épouse Michèle et son chat Moustapha au calme de la campagne à Avernes situé à près de 50 km de Paris. Il y reçoit Yves Courrière son biographe, Georges Walter, de temps à autres ses neveux. Georges Walter l'incite à écrire, lui prodigue des suggestions mais c'est peine perdue. Il n'en a plus le courage et demande qu'on le laisse en paix. Outre sa phobie de l'écriture, Kessel est rongé par une autre peur, toute aussi obsédante et douloureuse, celle de mourir et de laisser seul son épouse Michèle. Michèle a été marquée par les violences d'un père alcoolique. Elle est elle-même alcoolique et cela tourne en peur, cris, jalousie, pleurs, sentiments d'abandon lorsque Kessel s'adonnait trop à l'écriture. Cela a été un couple aimant. Kessel s'est beaucoup occupé d'elle. Il a été inspiré pour écrire un livre sur les alcooliques anonyme. Michèle a écrit un livre retraçant son enfance et son addiction à l'alcool : La promesse, mais contrairement à l'espérance d'un livre thérapeutique, ce livre n'a pas chassé ses démons.

C'est le quatrième livre que je lis de Dominique Bona. Toutes ces biographies s'articulent sur une grande recherche de supports qui contribuent à un résultat assez complet et de qualité. Les nombreux renvois en bas de page en attestent. En faire une chronique n'est pas aisé car tant de choses paraissent importantes aux lecteurs. Les choix sont subjectifs. Pour compléter mon avis, c'est un livre qui se relit. Pour mieux s'y retrouver on peut imaginer mettre un index des éléments essentiels par exemple, résistance, Académie française, épouse, titre de livre, pays visité... Ce travail important permettrait d'orienter sa lecture, relecture.



Pour terminer en guise de conclusion les paroles du Chant des partisans nous les devons à Kessel et Druon. La musique est russe. Nous la devons à Anna Marly. Bien des personnes l'ont chanté dont Germaine Sablon en primeur.

C'est un livre à recommander pour les amateurs de biographies, d'histoire et de récits d'aventures.

A la suite d'une opération masse critique privilège, je remercie Babelio, les éditions Gallimard et Dominique Bona. Grâce eux, j'ai passé de passionnants moments et élargi mes horizons culturels et linguistiques.

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Mon admiration pour Joseph Kessel, l'aventurier, le combattant, mais aussi pour l'écrivain magnifique du Lion, des Cavaliers, des Temps sauvages, des Mains du miracle, de l'Armée des ombres, et tant d'autres récits, et mon intérêt pour son neveu, Maurice Druon, l'auteur des Rois maudits, m'ont fait accueillir avec plaisir la proposition de lire et commenter cette biographie croisée de ces deux « grands », écrite par l'académicienne Dominique Bona.

Je ne suis pas un grand amateur de biographies, j'en lis très peu, mais en apprendre un peu plus sur ces deux hommes qui ont écrit ensemble le chant des partisans, cet hymne bouleversant de la Résistance, dont je garde en moi le choc ressenti lors de la retransmission télévisée du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, faisant suite au discours inoubliable de Malraux, oui, vraiment, c'était l'opportunité.

Après un début qui nous fait vivre la traversée des Pyrénées, en 1942, par Kessel et Druon, accompagnés par l'actrice et chanteuse Germaine Sablon, une des nombreuses maîtresses de « Jef », celle qui va immortaliser, un an plus tard, le chant des Partisans, l'auteure nous livre une biographie croisée des deux auteurs, mettant en avant leurs différences de caractère:
Jef, l'aventurier, le bourlingueur, l'homme ouvert aux rencontres et au dialogue avec toutes les cultures, mais aussi plus ténébreux, plus angoissé, plus excessif en tout, y compris la consommation d'alcool.
Maurice, courageux, volontaire, mais, à l'inverse de son oncle, mesuré, aimant son confort, voyageant peu, épris de classicisme et des beautés de l'Antiquité.
Mais aussi, ce qui les rapproche, et au premier plan, la passion de l'écriture et le patriotisme.

Dominique Bona met aussi en avant le personnage attachant de Germaine Sablon, la soeur du célèbre chanteur Jean Sablon, chanteuse et actrice, qui non seulement participera à la création du Chant des Partisans, mais s'engagera dans le corps des infirmières des Armées, d'abord en 1940, puis en 1943, et participera aux combats qui amèneront les Alliés à reconquérir l'Italie, puis à remonter la France jusqu'à Paris. Une femme courageuse, entière, qui veut participer à son niveau à l'effort de guerre comme le font ses fils dans l'armée des Alliés. Mais avec qui Kessel rompra après la guerre.

Dans la vie de Kessel et de Druon, une grande place est donnée à leur création littéraire, inséparable de sa vie chez un Kessel, écrivain solitaire, alors que celle de Druon est plus organisée, plus « pensée ». Maurice Druon s'entoure d'une équipe, il l'appellera d'ailleurs l'Atelier Druon, pour l'aider à préparer sa célèbre saga des Rois maudits, mais aussi la vie d'Alexandre le Grand et bien d'autres livres.

Passionnant de voir comment la vie aventureuse, ou de reportage, alimente les romans de Joseph Kessel, depuis l'Équipage jusqu'à son dernier Les temps sauvages, et en passant par tous ces magnifiques récits, L'Armée des ombres, le Lion, Les cavaliers, Les mains du miracle, etc…Touchant aussi de repenser à son livre Avec les alcooliques anonymes, lui qui souffrit de la terrible addiction à l'alcool de sa dernière épouse Michèle.
Étrange aussi d'apprendre que l'oncle comme le neveu refusèrent d'avoir des enfants. C'est Druon qui s'en expliquera de la façon la plus claire: «La progéniture …..est toujours un aveu d'insatisfaction, d'inaccomplissement de soi, de délégation faite au futur. »
Vivre sa vie, rien que sa vie, sans vouloir un avenir après soi passant par une descendance, voilà une conception assez dure .
Et pourtant l'un comme l'autre firent dans certains de leurs livres des magnifiques portraits d'enfants, surtout Kessel dans le lion ou La passante du sans-souci, mais aussi Druon dans son petit livre pour enfants « « Tistou les mains vertes ».

Et l'autrice nous raconte ainsi dans le détail toute la vie de ces deux grands hommes et de cette femme exceptionnelle qu'était Germaine Sablon.

Mais cette volonté d'exhaustivité nuit, je trouve, à cette biographie. En effet, ce sont déjà des vies bien remplies que celles-là, surtout celle de Joseph Kessel, mais Dominique Bona veut aussi nous raconter les histoires de personnages qui ne font qu'apparaître et disparaître dans le récit, ou dont l'histoire ne mérite pas, à mon avis, de tels développements, telle celle de Jean Sablon en Amérique pendant la seconde Guerre Mondiale, le détail des origines familiales de personnages secondaires, etc…Cela rend souvent le récit parfois lassant, on en perd le fil.

Et puis, il y a des redites de phrases, voire d'anecdotes complètes, et de nombreux clichés.
En définitive, cette fresque, malgré toutes ses qualités, m'a donné le sentiment d'un récit écrit trop vite, sans une relecture attentive, un peu bâclé.
C'est dommage, car ce récit représente une masse considérable d'informations, et l'analyse psychologique de nos deux « héros », ainsi que celle de Germaine Sablon, est pleine de finesse et d'acuité.

Un grand merci, néanmoins, à Babelio et aux Éditions Gallimard de m'avoir proposé cette lecture d'un livre dont je relirai volontiers certains chapitres.











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Dominique Bona a écrit des romans (Malika, Prix Interallié 1992, le Manuscrit de Port-Ébène, prix Renaudot 1998...), mais ce qui décrit le mieux sa vocation, comme elle le dit dans « Mes vies secrètes », ce sont ses biographies. Elle y met toute sa passion, tout son coeur, avec cette capacité à rendre la vie aux personnages du passé que le temps a figés ou éloignés. Dans cette famille choisie – où les femmes tiennent une grande place – apparaîtront au fil du temps : Romain Gary, les soeurs Hérédia, Gala, Stephan Zweig, Berthe Morisot, André Maurois, Camille et Paul Claudel, Clara Malraux, Yvonne et Christine Rouart, Paul Valéry, Jacqueline Gallimard, Colette...

La famille s'agrandit avec Joseph Kessel, l'aventurier qui dévore la vie, et Maurice Druon, son neveu, bâtisseur de légendes. Kessel et Druon écrivaient à quatre mains des poèmes, des chansons (Leib Polnareff, le père de Michel Polnareff au piano…). L'Histoire retiendra d'avoir signé ensemble, en 1943, les paroles du Chant des partisans (sur une musique d'Anna Marly, adapté d'un chant russe très ancien !), à la demande d'un chef de la Résistance, Emmanuel d'Astier, persuadé qu'une guerre se gagne aussi en chanson, parce qu'il faut « un symbole fort et un repère unificateur ».

Le livre est un beau pavé et une fois encore le style enlevé de l'autrice m'a emporté. Équilibre des chapitres, musique égale et fluide permettent d'entrer rapidement dans les destins singuliers de ces célébrités dont la mémoire s'efface peu à peu. Elle parvient à nous les rendre proches. L'intérêt de lecture est augmenté à la découverte, pour moi, d'une femme remarquable, vedette de la chanson, actrice, résistante héroïque, injustement oubliée : Germaine Sablon. C'est elle qui a chanté pour la première fois le Chant des partisans. de second rôle, elle éclipse même souvent les deux grands hommes. le choix de Germaine Sablon est clair, elle déteste la guerre mais ne veut pas rester sans rien faire alors que ses deux fils sont au combat… Elle s'engage dans l'Ambulance Hadfield-Spears, service chargé de récupérer et soigner les blessés à proximité des premières lignes de combat. Elle participera, en mars 1945, à un gala présidé par De Gaulle, au théâtre des Champs-Élysées, au côté de Joséphine Baker. Elle sera « la plus décorée des artistes de variétés » : médaille de la Résistance, croix de guerre et Légion d'honneur.

Opposition de style mais proximité et amour pour la vie, Kessel et son neveu Druon ont mêlé leur vie d'un bout à l'autre, tous les deux écrivains et académiciens. Pourtant des caractères bien différents. Dominique Bona n'a pas les mêmes mots pour l'un et l'autre, tout en gardant la bienveillance, la douceur que j'aime chez elle. C'est un Druon « peu porté à l'indulgence » dont l'auteure rapporte les affirmations en les accompagnant d'une ironie contenue « il le dit lui-même avec son habituelle modestie » alors que Jef a une vie « romanesque et fiévreuse, aussi généreuse que son oeuvre ».

L'architecture du livre est remarquable avec ce chapitre d'introduction lançant le récit comme le roman d'aventure qu'il est, en partie. L'auteure se met dans les pas du baroudeur, grand reporter, romancier prolixe, Joseph Kessel qui prend le premier rôle dès le départ. Décembre 1942, deux jours avant Noël, une nuit sans étoiles, Kessel et une de ses deux maîtresses, Germaine Sablon, accompagnés de Maurice Druon et d'un passeur, gagnent à pied l'Espagne, et ensuite la France libre via le Portugal. Jef, comme il se fait appeler, a 44 ans et Maurice 20 ans de moins. Tous les deux sont écrivains, avec une oeuvre beaucoup plus fournie et célébrée pour le plus âgé. Autour de ces péripéties marquant leurs vies respectives d'un tournant décisif, viendront ensuite le récit de leur généalogie compliquée avant de dévoiler leur destin d'après guerre, dans une alternance qui va d'un personnage à l'autre sans hacher le texte. La fin du livre est consacrée à Maurice Druon, décédé en 2009, trente ans après Jef Kessel, comme une dilution des rêves enflammés…

Je me suis demandé comment elle avait fait pour que le lecteur ne soit jamais perdu dans la multitude de personnages et évènements relatés dans le détail, cette précision donnant une crédibilité à l'ensemble. Il y a là un travail considérable et je me suis posé la question du temps à passer afin de réunir autant d'informations et les organiser ainsi. le résultat est très impressionnant ! J'ai découvert une foule d'informations peu connues. Par exemple que Henri Bergson et Vladimir Jankélévitch s'étaient vu proposer un statut d'« Aryen d'honneur », une catégorie de « bons juifs » qu'ils avaient refusée... Que Les Rois maudits de Druon ont inspiré Game of Thrones... J'ai pu imaginer la vie de ces français exilés à Londres, avec la diffusion d'émissions quotidiennes de radio auxquelles participe Maurice « en dilettante », dit l'auteure, ajoutant même : « Druon eut-il un véritable rôle ? Rien n'est moins sûr. » Toujours cette retenue par rapport à un personnage prompt à bâtir lui-même sa légende !

Je remercie le site Babelio et les éditions Gallimard pour cette lecture qui constitue une somme passionnante sur le rôle des artistes, autour d'une période tragique et héroïque de l'histoire récente. Seule Dominique Bona pouvait parvenir à écrire un tel récit où elle nous dit pudiquement, entre les lignes, ses rêves et sa façon d'être au monde.
******
Chronique complète avec illustrations (composition photo personnelle + le chant des partisans par Camélia Jordana + La complainte du partisan par Anna Prucnal sur Bibliofeel. Lien direct ci-dessous :
Lien : https://clesbibliofeel.blog/..
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Pour avoir lu de nombreux ouvrages de et sur Joseph Kessel, cette biographie me n'a apporté que peu de nouvelles informations, en revanche, je ne connaissais pas une grande partie de la vie de Maurice Druon, voilà qui m'en dit plus et qui me donne envie d'en savoir un peu plus.
Mais , une fois de plus, j'ai apprécié grandement le personnage de Germaine Sablon et son engagement sans réserve dans la Résistance et dans le corps sanitaire au moment de la libération du pays. Elle mériterait une biographie encore plus développée, mais celles qui existent déjà la mettent en lumière et permettent de ne pas oublier cette femme d'exception qui sut se faire aimer de Kessel.
Un beau moment de lecture. Oui, j'ai noté , à mon tour, quelques répétitions et des occurrences (déréliction maintes fois utilisée) mais elles n'enlèvent rien à la qualité de l'écriture.
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Dominique Bona, historienne, membre de l'Académie française, connue pour plusieurs de ses biographies sur des personnalités du 20e siècle, a consacré sa dernière oeuvre à un oncle et son neveu, ayant tous deux également été membres de l'Académie française, dans Les partisans, Kessel et Druon, une histoire de famille.

Cette biographie s'attache aux deux hommes, Joseph Kessel, l'oncle, journaliste et écrivain aventurier, et Maurice Druon, son neveu, plus sédentaire, qui sera un temps ministre des Affaires culturelles sous la présidence de Georges Pompidou, mais également à Germaine Sablon, soeur de Jean Sablon, chanteuse et longtemps compagne de Joseph Kessel.

Le titre, Les partisans, fait référence au Chant des partisans, l'hymne de la Résistance française durant l'occupation par l'Allemagne nazie, dont les paroles ont été écrites par Joseph Kessel et Maurice Druon, sur une musique composée par Anna Marly à partir d'un air russe, et interprété pour la première fois par Germaine Sablon.

Le livre débute le 23 décembre 1942, date à laquelle Joseph Kessel, soumis aux lois antisémites, part, accompagné de Maurice Druon et Germaine Sablon, de Collioure pour l'Espagne afin de rejoindre l'Angleterre et la France Libre.

Deux parties se distinguent. La première se déroule pendant la deuxième guerre mondiale avec des retours en arrière sur l'enfance et la jeunesse des trois protagonistes. La deuxième relate la vie de Joseph Kessel et de Maurice Druon, après la guerre et jusqu'à leur mort, dans leurs succès publics, leurs épreuves privées et leur lien filial.

La structure de la première partie m'a paru plus difficile à suivre en étant moins chronologique et en entremêlant les trois destins, avec l'impression d'un attachement particulier de l'autrice à Germaine Sablon, femme engagée, au coeur de l'action dans ses fonctions d'ambulancière. Elle apporte néanmoins de nombreux détails pour une bonne compréhension de l'engagement dans les Forces Françaises Libres (FFL).

Je ne m'attendais pas aux développements de la deuxième partie au regard du titre de l'oeuvre et de sa quatrième de couverture (même si une phrase mentionne effectivement le lion et Les cavaliers de Joseph Kessel ainsi que Les Rois maudits de Maurice Druon). J'ai trouvé très instructif et plus facile à mémoriser cette progression chronologique, montrant à chaque fois les similitudes et différences entre les deux hommes et donnant un éclairage captivant sur leur bibliographie.

Pour résumer, c'est une biographie croisée, passionnante, avec de nombreuses ramifications. Elle plaira à mon sens à ceux qui veulent en savoir plus sur la France Libre et sur ces deux écrivains qui ont marqué leur siècle. le changement de traitement entre les deux parties peut étonner, mais permet finalement de redonner un nouveau souffle, ce qui peut être nécessaire dans une biographie de plus de cinq cents pages. Une très belle découverte !

Je remercie Babelio et les éditions Gallimard pour cet envoi dans le cadre d'une masse critique privilégiée.


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critiques presse (2)
OuestFrance
27 décembre 2023
Dans une généreuse biographie, l’académicienne Dominique Bona s’attache à raconter le lien familial de Kessel et Druon, l’oncle et le neveu, tous deux écrivains et résistants.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
LeMonde
20 mars 2023
Entre un Kessel fougueux à l’excès et un Druon fatalement plus terne, Germaine Sablon se révèle la plus attachante des trois protagonistes de ce livre. La plus loyale. Et la première à s’engager dans la Résistance, dès juillet 1941.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
De La Boisserie, sa maison à Colombey-les-Deux-Eglises, le Général lui adresse le 6 juillet sa toute dernière lettre. Il le remercie de tout coeur de lui avoir envoyé Les Fils de l'impossible, et de la dédicace qui accompagne le livre.
Mon cher maître et ami, vous avez vu, vous faites voir, vous avez senti, vous faites sentir, vous avez compris, vous faites comprendre, le tout simplement, fortement, directement. Telle est la marque de votre si grand talant. Soyez assuré, mon cher Joseph Kessel, de mon amitié fidèle et dévouée.
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"Chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève...

Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe.
Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute...

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh... "

https://resister-art-litterature.jimdofree.com/resister-en-france-libre/le-chant-des-partisans/
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Cette Russie de Kessel, même embellie à travers les yeux de l'enfance, n'était décidément pas littéraire, confinée à des romans, à des récits, à des nouvelles qui en portaient la trace. Elle débordait sur sa vie, expliquait bien des folies, bien des extravagances. Elle l'exaltait, lui faisait du bien, en partie. Mais elle contenait en même temps, et Druon, en avait la plus claire conscience, sa part de malheur. Kessel, il n'en doutait pas, était habité par les dibbouks, ces esprits malins qui, dans la mythologie juive, pénètrent le corps et l'âme des vivants et ne les lâchent plus. Les dibbouks insinuent en vous le remord de la faute, le regret de ce qui n'est plus ou de ce qui aurait pu être, jusqu'à votre fin dernière.

De ces démons qui le terrifiaient et avaient sur lui une emprise obsédante, Jef voulait protéger Maurice. Il avait l'espoir de lui épargner ce qui avait conduit Lola (Lazare - père de Maurice) au suicide et qui le tourmentait lui-même, menaçait forcément Georges aussi, la maléfique influence qui avait toujours plané sur eux trois. Elle polluait leur esprit avec les miasmes d'un imaginaire plein de progroms, de villages incendiés, de tribus enterrées vivantes dans la neige, et de cavaliers kirghizes qui chevauchent la nuit, alors qu'ils sont morts.

page 115 -
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Le jeune homme derrière lui (Kessel) pourrait être son fils. Quoique beaucoup plus mince avec des cheveux roux, un teint très pâle, marqué de traces roses par l'effort, leur ressemblance est frappante.

Ils ont le même masque aux traits sculptés, la même implantation de cheveux, drue et léonine, et puis ce regard clair, à nuance de vert chez Kessel, nettement bleu chez lui. A l'allure aussi, on leur reconnaît un semblant de parenté, car ces deux marcheurs traqués, ces fugitifs, évoquent plutôt, par leur solidité, leur manière de porter haut le regard, des seigneurs de la steppe, d'indomptables nomades. Kessel, tout en puissance, avance en écrasant le sol tandis que le jeune homme, élégant en toutes circonstances, a plutôt l'air d'un cavalier tenant par la bride un cheval imaginaire.

page 15
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Mon cher Joseph Kessel,

"Le Lion" est magnifique. C'est peut-être le plus beau de vos livres. Cela marche, court, s'émeut, éclate et retentit. Votre talent est très grand et vous en distribuez les fruits, largement, tout de go, sans artifices apparents de la pensée ou du style. Merci.

Croyez bien, mon cher Joseph Kessel, que je vous tiens pour un des miens, aujourd'hui autant que jamais.

Bien amicalement vôtre.

Charles de Gaulle
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Les Partisans : Kessel et Druon une histoire de famille de Dominique Bona aux éditions Gallimard https://www.lagriffenoire.com/les-partisans-kessel-et-druon-une-histoire-de-famille.html • Stefan Zweig de Dominique Bona aux éditions Tempus https://www.lagriffenoire.com/stefan-zweig-l-ami-blesse.html • • • Chinez & découvrez nos livres coups d'coeur dans notre librairie en ligne lagriffenoire.com • Notre chaîne Youtube : Griffenoiretv • Notre Newsletter https://www.lagriffenoire.com/?fond=n... • Vos libraires passionnés, Gérard Collard & Jean-Edgar Casel • • • #lagriffenoire #bookish #bookgeek #bookhoarder #igbooks #bookstagram #instabook #booklover #novel #lire #livres #conseillecture #editionsgallimard #editionstempus
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