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EAN : 9782072847301
152 pages
Éditeur : Gallimard (05/03/2020)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 62 notes)
Résumé :
"J'ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L'espoir m'a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd'hui. Mille fois mon coeur a bondi en croyant t'apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais". Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l'absence q... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
Cannetille
  26 octobre 2020
Se sachant malade et en fin de vie, une femme écrit à son plus grand amour, disparu sans laisser de trace des décennies plus tôt, sans même qu'elle sache si ses lettres seront lues un jour. Un jeune peintre à la recherche d'inspiration voit la silhouette d'une femme inconnue mais familière s'insinuer sous son pinceau et revenir en leitmotiv de ses toiles. Quel est donc le lien entre ces deux personnages ?

Deux aspects m'ont beaucoup gênée dans cette histoire. Sur le fond, elle m'a parue assez peu vraisemblable : je n'ai pas été convaincue par cette disparition quasi sans recherches, par cette résignation si facile et par cette douleur si positivement vécue. Sur la forme, le versant épistolaire du roman m'a vite semblé tourner en rond autour du même message, indéfiniment reformulé pour faire tenir dans la longueur l'alternance des chapitres entre « elle » et « lui ».

Cela n'empêche pas la lecture d'être agréable. le style est fluide. le récit s'organise de façon à ménager un certain suspense entre surprise et fausse piste. le thème de la peinture et de l'inspiration artistique est abordé d'une manière originale, et fait l'objet de quelques réflexions intéressantes. Surtout, il émane de cette histoire une certaine poésie qui vous tient sous son charme, et elle m'a permis de découvrir le tableau de Jan van Eyck intitulé Les Epoux Arnolfini.

Je referme donc ce livre sur une impression mitigée : charmée par la joliesse de son histoire bâtie sur une idée intéressante, je n'ai pu toutefois ressentir de véritable empathie pour son héroïne, trop peu crédible et pas assez consistante à mes yeux. La lecture est agréable, mais j'en attendais un peu plus.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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hcdahlem
  02 mars 2021
Le peintre, la vieille dame et l'île Maurice
Lucie Paye a réussi un premier roman tout en finesse et en poésie en confrontant «lui» et «elle», l'artiste-peintre venu de l'île Maurice et la vieille dame. Deux histoires qui vont finir par se rencontrer.
Ce pourrait être le roman d'une toile sur laquelle on verrait surgir une femme émergeant d'une végétation luxuriante, le visage encore caché par l'ombre reflétée par une grande feuille. Ce pourrait être le roman d'un peintre qui a quitté l'île Maurice pour Paris, où le ciel gris ne l'inspire plus vraiment. «Plus rien ne sort. Plus rien de juste. Il a beau essayer, il a beau forcer la peinture sur la toile. Il fouille, il rampe, il tourne en rond. Il est échoué, à sec sur une plage inconnue. Carcasse pleine d'un grand vide noir.» Ce pourrait être le roman d'une rencontre, celle de Marc le galeriste avec ce peintre qu'il a convaincu de le suivre à Paris. Comme le père de ce dernier venait de mourir, il est vrai qu'il éprouvait le besoin de changer d'horizon. Ce pourrait aussi être le roman d'un amour, du besoin viscéral d'une femme de retrouver celui qui a disparu et auquel elle s'adresse dans des lettres sans adresse de destinataire. « Je ne voyais pas d'autre issue que celle de te retrouver. Je ne pouvais pas mourir, à cause de toi; je ne pouvais pas vivre, sans toi». Mais c'est d'abord le roman de l'absence, de ce terrible manque que chacun va essayer de combler, de transcender. Ou d'oublier quelques heures. Comme quand le peintre retrouve Ariane qu'il avait rencontré à la galerie et avec laquelle il avait entamé une liaison.
Comme quand cette femme, mystérieuse rédactrice d'un courrier qui ne peut être envoyé et qui raconte la vie qu'elle mène depuis la disparition qui l'a anéantie.
Lucie Paye, en alternant les chapitres entre «Lui» et «Elle» a construit un roman qui fait se tisser des liens entre les deux univers, où les fils d'abord ténus, un goût commun pour l'art, vont devenir de plus en plus solides, poussés par un élan, un besoin irrépressible. «Tout ce travail, pour avoir parfois, un court instant, l'impression de saisir quelque chose. Donner un sens. Essayer. À tout prix, pour survivre.»
Bien entendu, les lettres vont finir par trouver leur destinataire et les destins des personnages se rejoindre, mais laissons le mystère entier, d'autant que l'épilogue est très réussi.
Disons en revanche quelques mots de la belle idée de la romancière qui, en situant son roman dans un milieu artistique, nous permet de (re)découvrir quelques oeuvres qui viennent ici souligner les émotions, dégager une atmosphère, rendre encore plus palpables des sentiments qui ne veulent pas se dire.

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Mousquetaire11
  07 février 2021
Pour ma première sélection des 68 premières fois, je commence par le premier roman assez poignant de Lucie PAYE.
Dès le début de l'ouvrage et à chaque chapitre, nous rentrons alternativement dans l'intimité de deux personnages "lui" et "elle".   
 "Lui" est un jeune peintre qui voit son travail évoluer. Après avoir longtemps peint des paysages, sur des toiles apparaissent progressivement le visage d'une femme qu'il semble avoir connu.
"Elle" est une femme qui retranscrit ses souvenirs sur le papier dans l'espoir d'être lue par un destinataire qui se dessine au fil des pages.
Pendant très longtemps un mystère demeure. 
Y-a t-il un véritable lien entre ces deux personnes? Est-il possible que "lui" et "elle" se connaissent ou se soient connus? En avançant dans ce roman, des points communs émergent comme leur passion pour la peinture.
 Pour le premier roman, Lucie Paye nous place en tant que spectateur impuissant du quotidien de deux personnes à la recherche de réponses à leurs interrogations.
Cet ouvrage ne laisse pas indifférent, et même si de nombreuses émotions et sensations s'entremêlent, j'ai refermé cet ouvrage avec un sentiment de paix de d'apaisement...

#68premieresfois
Challenge MULTI-DEFIS 2021_76
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Arwen78
  10 février 2021
L'auteure a choisi un jeune peintre comme l'un des personnages principaux de ce récit à deux voix.
Cette histoire est construite en chapitres alternés. L'un pour lui, le peintre et l'autre pour elle et tous les deux sont visités par les fantômes du passé.
Cette femme ne sait pas mais écrit. Elle écrit sans relâche tous les jours à son bureau, face à la fenêtre du peintre, des lettres à un être évanoui.
Qui est-elle ?
Lui, le peintre ne s'est pourquoi surgit sous son pinceau une femme sans visage.
Leurs quêtes s'entremêlent et se répondent, sans qu'on sache tout d'abord qui ils sont l'un pour l'autre.
D'autres personnages apparaissent : le galeriste, l'amante qui dévoile l'artiste à lui-même, la vieille dame sibylline et enfin, cette femme qui vit de l'autre côté de la cour, troublante et énigmatique.
Ce roman nous parle d'absence, d'arrachement, de mélancolie et d'amour inconditionnel et de soif de vérité.
L'auteur explore le rapport de l'artiste à son oeuvre.
La littérature et la peinture font partie de ces arts qui souvent s'inspirent l'un de l'autre ou se mêlent.
Une forte tension romanesque ressort de ce récit. Ce roman a une écriture subtil, fluide et délicate.
Merci à Babelio et aux éditions Gallimard de m'avoir permis de découvrir ce livre vers lequel je ne serai pas forcément aller.
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Courrege
  25 avril 2021
Un échange qui semble impossible entre deux êtres. A chaque chapitre, l'un prend la parole, Elle et Lui alternent, comme un jeu de miroirs, comme s'ils se renvoyaient la balle.
Lui, c'est un jeune peintre qui a quitté son île natale, Maurice, pour la France, après la mort de son père. Marc, qui anime une galerie d'art, l'a fait venir à Paris après avoir remarqué la qualité de sa première exposition. Alors qu'il a l'habitude de peindre des paysages mauriciens, apparait subitement sur ses toiles une femme dans différentes attitudes mais dont il n'arrive pas à dessiner les traits du visage. Perturbé, hanté par ce qu'il peint, il recommence à plusieurs reprises sa toile pour tenter de comprendre le pourquoi de la présence de cette femme. Les toiles sont sublimes, une exposition est programmée. Il travaille nuit et jour dans son atelier négligeant son amie Ariane qui estime que sa « peinture est sa rivale ». Il remarque cependant par la fenêtre la présence dans l'immeuble voisin d'une femme, d'une belle femme d'une cinquantaine d'années, qui l'intrigue et le captive même.
Elle, c'est une femme qui écrit une lettre à son amour perdu. Au fil des pages, il apparaît qu'il ne s'agit pas d'un homme mais de son fils enlevé enfant par son mari jaloux, enfant qu'Elle n'a jamais revu malgré toute une vie consacrée à sa recherche. Elle est à présent malade, Elle va mourir et toujours confiante de le retrouver Elle lui laisse un message à travers ses différentes lettres. Au début les écrits d'Elle sont très courts et plus le temps passe et plus Elle se confie, s'épanche, sentant sa fin proche.
Ce livre par son contenu très orienté peinture me fait penser à celui de Maylis de Kérangal « Un monde à portée de main » avec de très beaux ressentis de l'artiste - « l'oeil du peintre » - dans la réalisation de ses oeuvres. Lucie Paye explore le rapport de l'artiste à son oeuvre et la part de l'inconscient dans le processus de création. Il y est fait plusieurs fois allusion au tableau d'un artiste flamand, Jan van Eyck, représentant un couple austère, les Arnolfini. Lucie Paye n'a pas choisi par hasard ce tableau. En faisant quelques recherches, j'ai découvert que comme dans l'agencement de ce livre, il y a un miroir dans ce tableau qui montre ce que le spectateur ne peut voir de sa position.
Qui est-Elle ? Qui est-il-Lui ? le lecteur connait à mi-parcours leurs secrets, alors qu'eux doivent encore le découvrir, et cela nous tient en haleine jusqu'à la toute dernière page du livre. J'ai beaucoup aimé l'architecture du livre, ce dialogue distant dans l'espace et le temps, entre deux coeurs inquiets, envahis par l'absence, le mystère de l'autre, une quête sourde. J'ai été séduite par la plume de Lucie Paye, si poétique, si mystérieuse à la fois.
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Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
cathfdcathfd   29 avril 2021
La toile écume sous les coups de pinceau. Un flot en nuances de vert, brouillé par les vents. Une chape épaisse agitée de courants. Sous sa pression,  la paroi s'ouvre sur une image : un jardin. Il y force son chemin , aveugle et voyant à la fois. Le grain de la toile, la pâte sortie des tubes deviennent écorce, tige, herbe, feuille, mousse. Au centre de ce jardin,  une silhouette.  Il n'y en a encore jamais eu dans ses paysages.
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cathfdcathfd   29 avril 2021
Les questions me taraudent. Aujourd'hui je commence à comprendre que leur réponse ne me sera pas donnée. Alors je vais tenter de t'en donner quelques-unes, à toi  mon bel et unique amour.
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CannetilleCannetille   26 octobre 2020
Marc a tort de chercher dans le monde l’explication de ses toiles. Celle-ci réside ailleurs. Elle est dans ce magma intérieur où il se laisse glisser. Une autre réalité accessible seulement par cet autre langage. Un langage vivant, spécifiquement humain, celui de la peinture, de la musique, de tous les arts. Sans frein, sans interdit, sans limite que celle imposée par l’honnêteté. Et ce n’est pas un soliloque. Tout juste un monologue. Parler seul, mais s’adresser à tous. Oui, il faut écarter le rideau, sans gêne, car ce n’est pas du narcissisme. Ce n’est pas de l’amour pour soi. Non, ce n’est même pas l’excuse de prétendre passer du particulier à l’universel. C’est une compulsion, une nécessité humaine. La respiration de notre grand bordel intérieur d’humains. Sans quoi l’on ne vit pas. Il faut l’offrir, généreusement, et que d’autres en prennent possession. C’est pour ça qu’il peint, qu’il enfante ses toiles. Le reste n’a pas de sens, pas de valeur. Il ne sait faire que ça de vrai.
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hcdahlemhcdahlem   02 mars 2021
INCIPIT
Lui – Prologue
La toile écume sous les coups de son pinceau. Un flot en nuances de vert, brouillé par les vents. Une chape épaisse agitée de courants. Sous sa pression, la paroi s’ouvre sur une image : un jardin. Il y force son chemin, aveugle et voyant à la fois. Le grain de la toile, la pâte sortie des tubes deviennent écorce, tige, herbe, feuille, mousse. Au centre de ce jardin, une silhouette. Il n’y en a encore jamais eu dans ses paysages. Il croit d’abord à un jeu de la lumière, fruit d’une percée mouvante du soleil parmi les arbres, mais la forme se dessine : une femme marche vers lui. Les ombres de la végétation la dissimulent encore sous un manteau de taches sombres. Son visage, encadré de longs cheveux, reste à demi caché par la courbure d’une palme. Sa main s’est levée pour la repousser, mais le geste resté suspendu masque ses yeux. Il devine sa bouche. Il suit le tracé de ses lèvres. L’impatience le rend malhabile. Il sait que ce n’est qu’un début. Viendra le moment où ces lèvres s’ouvriront pour lui murmurer leur secret. Il sait que les yeux, à leur tour, sortiront de l’ombre. Alors, peut-être, aura-t-il trouvé ce qu’il cherchait.

Elle – Prologue
Lorsque je rêve, lorsque je suis éveillée, seule ou accompagnée, à une terrasse, dans un jardin, je ne cesse de te croiser. Je te vois devant moi, un instant vivant, avant que la réalité ne revienne s’imposer pour te voler à moi, une nouvelle fois. J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi, croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain ; le jour où je te reverrais. J’ai embaumé jusqu’au plus petit souvenir. Il m’est arrivé de douter. Douter de te reconnaître : ton front, ton nez, ta bouche. Beau front, nez cancan, bouche d’argent, menton fleuri... Mon tout amour. Mais ton regard, non, il n’aurait pas changé. Ton regard, je le reconnaîtrais.

Lui
Il pousse la porte de la galerie avec peine. Il a failli ne pas venir. Au dernier moment, prétexter un oubli. Ou ne rien prétexter du tout. Rester à peindre à l’atelier, en oubliant le monde acharné à tourner. Il lui semble que l’exposition était hier. Plusieurs mois ont passé. La galerie paraît plus vaste.
Un franc sourire aux lèvres, Marc vient à lui de sa démarche élastique et l’embrasse avec effusion. Il reçoit la chaleur de cet accueil avec gêne, comme un cadeau immérité.
— On se met dans mon bureau ? Tu veux un café ?
— Oui, merci.
— Installe-toi. J’arrive.
Marc sort. Lui reste debout, hésite à s’asseoir. L’imposant fauteuil que lui a désigné Marc le toise. Finalement, il se décide, s’assied au bord, puis au fond, puis au bord. Il renonce à poser les bras sur les accoudoirs et ramène plutôt ses mains sur ses cuisses. Des taches de peinture y font comme des écorchures qui se prolongent sur son jean. Il n’a pas pensé à se changer. Il regarde la pièce, comme s’il la voyait pour la première fois : catalogues ordonnés, ordinateur récent, stylo élégant en diagonale noire sur le papier blanc. Ses yeux glissent, incapables de s’accrocher aux surfaces lisses, anguleuses et brillantes. Marc réapparaît en lui tendant une petite tasse d’un blanc immaculé, puis s’assied à son bureau avec son large sourire.
— Ça me fait plaisir de te voir. Comment vas-tu ?
— Bien.
Marc lui pose alors des questions sur sa vie, sa santé, ses journées, des questions préliminaires qui sont une antichambre. Il patiente, tendu, l’esprit à la fois vide et tout occupé de ce qui est à venir.
— J’espère que tu ne fais pas que travailler !
— Si, en quelque sorte.
— Et tu es content de ce que tu fais ?
Voilà l’invitation à quitter l’antichambre. Il reste bloqué sur le mot « content », un mot qui ne convient pas et l’empêche de répondre. Marc l’encourage :
— Je peux venir voir un de ces jours, si tu veux.
— Je ne préfère pas. Pas encore.
Marc attrape le stylo noir et doré, se met à jouer avec.
— Bon, mais tu as envie qu’on en parle quand même un peu ?
— Pourquoi pas.
Qu’y a-t-il à dire ?
— Tu as commencé de nouvelles toiles ?
— Oui.
— Et alors ?
La tasse est en suspens devant les lèvres de Marc. Aucune réponse ne vient ; alors la tasse est vidée d’une traite puis repoussée sur le bord du bureau, comme on écarte une idée pour faire place à la suivante.
— Est-ce que tu te souviens de la collectionneuse qui t’a acheté la vue du jardin avec le bassin ? Tu sais, la grande brune pas mal avec un petit cheveu sur la langue ?
Il se rappelle bien la toile, mais pas la femme.
— Elle m’a demandé si tu avais d’autres choses dans le même genre. Une de ses amies est intéressée. L’amie, je ne la connais pas, mais si tu veux mon avis, c’est une occasion à ne pas rater. Est-ce que tu as quelque chose à lui montrer ?
— Je ne crois pas.
— La dame en question est collectionneuse, elle aussi ; une femme de goût d’après son amie. Je suis tout disposé à le croire puisqu’elle s’intéresse à ton travail...
Il se force à sourire pour remercier Marc de sa partialité.
— Il faut que je réfléchisse.
— Elle ne demande pas la lune, rassure-toi. Pas besoin que ce soit nouveau. J’ai pensé que tu pourrais simplement leur montrer ce que tu as en stock. Elles proposent de passer à l’atelier. Une courte visite. Ça leur plairait de voir comment tu travailles : un petit échantillon de la vie d’artiste.
Il observe Marc, son air amène, la solidité de sa pose, son buste dans le cadre de cuir noir du fauteuil, coupé à la taille par le plan lisse du bureau. Il pourrait dessiner le galeriste à cet instant et ce serait un portrait vrai.
— Non, Marc. Je n’ai rien à leur montrer.
— Allez, juste cette fois, tu leur ferais tellement plaisir. C’est le vieux fantasme de la bohème. Comprends-les ! Une petite visite sans chichi et elles seront au paradis.
— Non, vraiment. Je ne peux pas. Je suis désolé.
Il voudrait développer, cherche, mais ne trouve rien. Son regard fuit par la fenêtre. Des gens passent derrière la vitre, en silence. Le soleil pisse un carré jaune pâle sur le mur d’en face. Une passante le fait éclater. Il aimerait qu’elle éclate aussi, cette bulle dans laquelle il se sent enfermé. Une douleur le pince à la tempe. Il y porte la main. Marc se lève et fait quelques pas nerveux dans l’espace restreint du bureau.
— Ce n’est pas grave. On fera autrement.
Il se rassied.
— Tu ne veux pas qu’on vienne dans ton atelier, je le conçois tout à fait... mais dis-moi juste une chose : est-ce que tu as un truc en cours ? Je te connais un peu maintenant.
Le regard de Marc fouille le sien.
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hcdahlemhcdahlem   02 mars 2021
Il est un parmi des milliers de peintres. Il appartient à leur confrérie insensée. Oui, il est comme eux. Fou comme eux. Acharné à faire émerger quelque chose. Il ne sait même pas quoi. Il ne se le demande pas. Tout ce qu’il sait, c’est la solitude, l’insatisfaction permanente, l’acharnement, la rage de l’impuissance, l’inabouti perpétuel, l’âme toujours inquiète. Tout ce travail, pour avoir parfois, un court instant, l’impression de saisir quelque chose. Donner un sens. Essayer. À tout prix, pour survivre. Oui, sa famille, c’est eux : les sans-repos, les possédés, les obstinés. Ceux qui esquissent, biffent, modèlent, détruisent, et recommencent, sans fin, en quête d’une vérité. Une putain de vérité qui n’existe peut-être pas. p. 120
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