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Peggy Sastre (Traducteur)
EAN : 9791037505316
434 pages
Les Arènes (04/11/2021)
3.96/5   12 notes
Résumé :
Comprendre l'irrationalité du monde et devenir soi-même plus rationnel.
Dans le domaine scientifique, l'humanité ne cesse de progresser. Mais partout ailleurs, elle semble perdre la tête. Comment une espèce capable d'explorer Mars et de développer des vaccins en moins d'un an peut-elle produire autant de fake news et de théories du complot, qui prolifèrent même dans les milieux les plus éduqués ? L'humain est-il un animal irrationnel et incorrigible, victime ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Le professeur Pinker est un des grands penseurs de notre époque, et dont nous avons bien besoin dans le climat intellectuel actuel.

Le présent livre est sans doute le plus ardu, et je suis un peu en peine de le commenter, mes connaissances en statistiques et logique formelle étant bien inférieures à ce requérait une parfaite compréhension de l'ouvrage. Cependant il est écrit de manière très claire, en évitant le jargon trop fréquent dans les ouvrages de ce genre, parfois très drôle (illustrant même son propos avec des BD insérées dans le texte et illustrant de manière imagée certaines erreurs cognitives.

Aussi est-il d'une lecture accessible et bien utile pour détecter les erreurs cognitives, y compris les siennes propres.

J'ai particulièrement apprécié la démonstration de l'impossibilité de nier le principe de rationalité puisqu'on ne peut le faire sans recourir à une forme de rationalité, ou le non-sens de la proposition sur l'absence d'une vérité objective, puisque cette affirmation postule sa propre vérité objective. Selon Pinker, la seule affirmation possible en la matière est : "il existe une vérité objective, je ne la connais pas, et vous non plus".

Le livre de Pinker n'est pas le premier à se livrer à une critique des erreurs cognitives, mais il est le seul jusqu'ici à l'avoir fait de manière systématique et ordonnée. Par exemple Nissim Taleb a écrit d'excellents livres à ce sujet, mais ses ouvrages sont principalement consacrées à la façon de déjouer ces erreurs et leurs conséquences dans la gestion de l'entreprise, ce qui en limite la portée (et l'intérêt pour ceux que le management ne passionne pas). D'autres ouvrages intéressants ont été écrits dans le même esprit.

L'ouvrage de Pinker paraît d'autant plus utile aujourd'hui dans un climat intellectuel de montée de l'irrationnel. A ce sujet, l'auteur prend cependant le contre-pied de la thèse courante qui en rend largement responsables les réseaux sociaux. S'il ne leur tresse certes pas de couronnes, il pense que leur responsabilité est finalement minime. En revanche il considère comme beaucoup plus grave la perte de rationalité dans les milieux intellectuels et universitaires, causée notamment par la montée du wokisme, qui paralyse la recherche et la réflexion scientifique.

Il souhaite, sans trop d'illusions, la mise en place dès l'école élémentaire d'un enseignement des principes de la rationalité, élément fondamental dans l'acquisition de connaissances non biaisées, au même titre que la lecture, l'écriture et les mathématiques.

On peut toujours espérer.

A noter qu'il ne faut pas confondre rationalité et rationalisme : la rationalité n'est pas une idéologie, c'est simplement un ensemble de règles irréfutables lorsqu'elles ont été correctement expliquées et intériorisées.

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Je ressors un peu déçu de la lecture, partielle, du dernier essai de Steven Pinker. Ayant affecté de meilleurs anges en nous au rang des essais monuments mes expectatives étaient peut être trop élevées ou ma connaissance du sujet plus avancée. Il n'en reste pas moins que je n'ai pas appris grand chose, la plupart des sujets abordés étant depuis longtemps des tartes à la crème de la psychologie rationnelle (les biais cognitifs connus, le raisonnement bayésien, le prix cumulé de la balle et la bate, l'implication contraposée etc.). Pour un lecteur qui ignore tout de ces sujets cela reste probablement une très bonne introduction, bien illustrée d'exemples sur la mise en oeuvre de la rationalité. Mais pour ceux qui cherchaient à retrouver la richesse d'analyse documentée et sourcée de son étude sur la violence, il faudra repasser.

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Pour survivre en ces temps de post-vérités et autres fadaises qui nous font prendre les plus plats mensonges pour des vérités révélées. S Pinker nous fait un point très complet sur les multiples manières de prendre nos affirmations pour des démonstrations, sur la difficulté d'atteindre la rationalité. Et sur la prudence dont nous ne faisons pas souvent cas, prenant si facilement une séduisante fable pour une solide vérité. Facile à lire. Une pensée aujourd'hui malheureusement devenue rare…

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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation

Lorsqu’il s’agit d’argumenter contre la raison, dès que vous commencez, vous avez perdu. Disons que vous affirmiez que la rationalité n’est pas nécessaire. Est-ce que cette proposition est rationnelle ? Si vous admettez qu’elle ne l’est pas, alors il n’y a aucune raison pour que je la croie – vous venez de le dire vous-même. Mais si vous voulez que j’y adhère parce qu’elle est rationnellement convaincante, vous avez concédé que la rationalité est le mètre-étalon de l’acceptation des croyances, auquel cas cette proposition-là est forcément fausse. De la même manière, si vous prétendiez que tout est subjectif, je pourrais demander : « Cette proposition est-elle subjective ? » Si c’est le cas, alors vous êtes libre de la croire, mais je ne suis pas obligé de le faire. Ou supposons que vous affirmiez que tout est relatif. Cette proposition est-elle relative ? Si c’est le cas, alors elle peut être vraie pour vous, ici et maintenant, mais pas pour quelqu’un d’autre ou après que vous vous êtes tu. C’est également la raison pour laquelle le cliché de l’« ère de la post-vérité » dans laquelle nous vivrions ne peut être vrai. S’il était vrai, il ne le serait pas, car il affirmerait quelque chose de vrai sur l’ère dans laquelle nous vivons.

Cet argument, exposé par le philosophe Thomas Nagel dans The Last Word, est certes non conventionnel, comme devrait l’être tout argument sur l’argument lui-même. Nagel le compare à l’argument de Descartes selon lequel notre propre existence est la seule chose dont nous ne pouvons douter, car le fait même de se demander si nous existons présuppose l’existence de quelqu’un qui se pose la question. Le fait même d’interroger le concept de raison à l’aide de la raison présuppose la validité de la raison. Étant donné cette inconventionnalité, il n’est pas tout à fait juste de dire qu’il faut « croire en » la raison ou « avoir foi en » la raison. Comme le souligne Nagel, c’est « une pensée de trop ». Les maçons (et les francs-maçons) ont vu juste : nous devrions suivre la raison.

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En définitive, même les relativistes pour qui une vérité objective est impossible et toute proposition le récit d’une culture située n’ont pas le courage de leurs convictions. Les anthropologues culturels ou les théoriciens littéraires qui prétendent que les vérités de la science ne sont que des constructions culturelles préféreront toujours que l’infection de leur enfant soit traitée par des antibiotiques prescrits par un médecin plutôt que par le chant de guérison d’un chaman. Et bien que le relativisme se pare souvent d’un halo moral, les convictions morales des relativistes dépendent d’un engagement envers la vérité objective. L’esclavage était-il un mythe ? L’Holocauste n’a-t-il été qu’un récit parmi d’autres ? Le changement climatique est-il une construction sociale ? Ou bien la souffrance et le danger qui définissent ces événements sont-ils vraiment réels (des propositions dont nous savons qu’elles sont vraies en raison de la logique, des preuves et du savoir objectif) ? Voilà que les relativistes cessent d’être aussi relatifs

Pour la même raison, il ne peut y avoir de compromis entre la rationalité et la justice sociale ou toute autre cause morale ou politique. La quête de la justice sociale commence par la conviction que certains groupes sont opprimés et d’autres privilégiés. Il s’agit de propositions factuelles, qui peuvent être erronées (comme le soulignent les défenseurs de la justice sociale eux-mêmes lorsqu’ils rétorquent que non, les hommes blancs hétérosexuels ne sont pas opprimés).

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La disponibilité, bien sûr, n’est pas le seul facteur de distorsion de la perception du risque. Paul Slovic, un collaborateur de Tversky et Kahneman, montre que les gens surestiment également le danger des menaces qui sont nouvelles (le diable inconnu est pire que le diable familier), hors de leur contrôle (comme s’ils pouvaient conduire leur voiture de manière plus sûre que le pilote de ligne aux manettes de l’avion), créées par l’homme (ils évitent donc les aliments génétiquement modifiés mais avalent les nombreuses toxines qui ont évolué naturellement dans les plantes) et inéquitables (lorsqu’ils ont le sentiment d’assumer un risque au profit de quelqu’un d’autre)

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Et qu’on réserve un cercle spécial dans l’enfer des journalistes aux scribouillards qui, en 2021, alors qu’étaient déployés des vaccins contre le Covid efficaces à 95 %, ont sorti des articles sur des vaccinés ayant contracté la maladie. Par définition, cela n’avait rien d’une nouvelle – on savait bien qu’il allait y en avoir – tout en garantissant de faire fuir des milliers de personnes loin de ce traitement salvateur.

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Une version plus lapidaire de l’argument bayésien contre les affirmations paranormales a été énoncée par l’astronome et vulgarisateur scientifique Carl Sagan (1934-1996) dans le slogan qui sert d’épigraphe à ce chapitre : « Les affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires. » Une affirmation extraordinaire a une faible probabilité a priori bayésienne. Pour que sa confiance a posteriori soit supérieure à la confiance a posteriori de son opposé, la vraisemblance des preuves étant donné que l’hypothèse est vraie doit être beaucoup plus élevée que la vraisemblance des preuves étant donné que l’hypothèse est fausse. En d’autres termes, les preuves doivent être extraordinaires.

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Videos de Steven Pinker (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Steven Pinker
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Comment une espèce capable d'explorer Mars et d'inventer des vaccins peut-elle produire autant de fake news et de théories du complot ? Tout simplement parce qu'il existe des failles dans notre mode de raisonnement. C'est notamment ce qu'on appelle les biais cognitifs, qui trompent notre cerveau. Mieux les décoder permet de comprendre pourquoi on est leurré, manipulé. Et surtout comment se protéger et aiguiser notre esprit critique.
Pour nous éclairer nous avons rencontré l'un des penseurs les plus influents de notre époque : Steven Pinker. Il est une star outre-atlantique et son livre « Le triomphe des Lumières » (Les Arènes, 2018) avait été désigné par Bill Gates comme son « livre préféré de tous les temps ».
Dans cette vidéo, le psychologue cognitiviste et professeur à Harvard, nous explique d'où viennent les théories conspirationnistes et comment notre cerveau nous trompe. Enfin, il nous donne des clés pour devenir plus rationnel, dans ce monde menacé par l'irrationalité.
#cerveau #psychologie #fakenews
00:00 introduction 00:42 Pourquoi la rationalité est-elle essentielle ? 03:15 Quelles sont les principales erreurs de raisonnement ? 04:46 Comment notre cerveau nous trompe ? 08:26 Comment repérer nos erreurs de raisonnement ? 12:38 D'où viennent les théories conspirationnistes ? 15:20 Vivons-nous une période irrationnelle ? 16:18 Est-il irrationnel d'avoir peur des vaccins ? 18:14 Est-ce la faute des réseaux sociaux ? 20:07 Comment être plus rationnel ? 23:18 Vous arrive-t-il d'être irrationnel ?
Entretien réalisé par le journaliste Thomas Mahler.
Pour aller plus loin, le dernier livre de Steven Pinker « rationalité » est disponible en librairie https://tinyurl.com/37rt987t
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#LesArènes #LesArènesduSavoir
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