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Grégory Salle (Autre)
EAN : 9782354802233
161 pages
Editions Amsterdam (09/04/2021)
3.5/5   2 notes
Résumé :
Un superyacht, c’est une embarcation dépassant 24, voire désormais 30 mètres, sous l’effet d’une course à l’allongement. Au début du siècle, on comptait environ 2 000 vaisseaux de ce type dans le monde ; deux décennies et une crise financière plus tard, ils sont trois fois plus nombreux. Loin d’être anecdotique, la plaisance de luxe met en évidence la sécession sociale et le gâchis environnemental des plus riches. Simple lubie de milliardaires au mode de vie extrava... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Que les yachts sont une histoire de sous et les superyachts une histoire de gros sous est un truisme, n'empêche que les chiffres avancés par Grégory Salle ont de quoi, purement par leur énormité, vous surprendre sérieusement.

Pour un yacht c'est bien sûr la taille qui compte et pendant longtemps le seuil a été fixé à 24 mètres, au-delà ce sont des superyachts ou officiellement de la "grande plaisance".
Selon l'auteur on assiste actuellement à une course continue à l'allongement. Ainsi, on distingue des mégayachts, de 50 à 75 mètres, et les gigayachts, jusqu'à 100 mètres.
Le détenteur du record depuis 2020 se nomme "Azzam", 180 mètres et appartient au président des Émirats arabes unis, Cheikh Khalifa Ben Zayed al Nahyan.

Le plus grand collectionneur de superyachts s'appelle Roman Abramovitch, l'oligarque russe vivant en Angleterre où il a acheté le club de football Chelsea FC, qui en possède 3 : Pelorus, Grand Bleu et Ectasea de 115, 113 et 86 mètres. le second plus long appartient toutefois au sultan d'Oman (l'Al Saïd, 155 mètres).

Les cheikhs du Moyen-Orient, les oligarques russes, les magnats du Silicon Valley et des figures de l'industrie du divertissement sont les 4 catégories principales de propriétaires de superyachts.
Je ne veux pas vous cacher les noms de quelques "heureux" propriétaires tels l'émir al Maktoun de Dubaï, Nasser al Rashid d'Arabie saoudite, le banquier Andreï Melnitchenko, l'oligarque ouzbek Alicher Ousmanov, le cofondateur de Google Sergey Brin, Paul Allen de Microsoft, Johnny Depp et Steven Spielberg.

Comme illustration quelques spécimens de superyachts :
- "Bad Girl" : 56,7 mètres, 6 cabines, 12 passagers, 14 membres d'équipage, pavillon des Bermudes, prix de location fixé à 225.000 dollars la semaine et "seulement" 205.000 en basse saison.
- " Solandge" : 85 mètres, 12 à 16 passagers, 28 membres d'équipage, location en été 1 million d'euros, en hiver 1 million de dollars, pavillon de Malte. Gagnant du prix du plus beau yacht à Monaco.
- "A" : 119 mètres, 7 cabines, 14 passagers, 42 membres d'équipage. Pavillon des îles Marshall, valeur estimée à 325 millions de dollars. le A ne vient pas d'anarchie bien entendu, mais est l'initiale du prénom de la femme du propriétaire russe, Alexandra Melnitchenko, ex-modèle serbe et chanteuse pop.

La valeur de l'Azzam précité se chiffre à environ 850 millions de dollars. le coût annuel d'un superyacht atteint à peu près 10 % du prix d'achat. Mais comme le remarque Grégory Salle : "La discrétion le dispute aussi à l'ostentation quand il s'agit d'afficher les prix". Ces gros richards sont en effet relativement avares de certaines informations précises.

En dépit de ces sommes fabuleuses le nombre de superyachts a pratiquement sextuplé depuis 1985. En 1988 il y avait 966 superyachts dans le monde, 30 ans plus tard, en 2018, il y en avait déjà 4950.

Cet accroissement et surtout leur concentration dans certaines zones comme les côtes françaises de la Méditerranée, notamment dans la baie de Pampelonne, ont des effets négatifs sur la préservation de la richesse naturelle aquatique et marine. le mouillage des superyachts contribue en particulier à la dégradation des herbiers de posidonie qui sont à la fois uniques et vitaux à la Méditerranée.

L'écologie "c'est bien beau, mais point trop n'en faut" et l'organisation des propriétaires de yachts (l'ICOMIA - International Council of Marine Industry Associations), en fait un groupe de pression puissant, fait du lobbying systématique auprès des institutions européennes à Bruxelles pour éviter que des mesures "hostiles" soient prises à l'encontre des embarcations de grande plaisance. Ces braves gens préfèrent les joies de l'autorégulation. En plus, ils bénéficient de l'appui du commerce et des élus locaux qui craignent la concurrence orientale de la Croatie, la Turquie et le Monténégro.

Si l'on considère que la seule flotte des 300 plus gros superyachts en activité émet annuellement environ 285.000 tonnes de dioxyde de carbone, "soit autant voire davantage que des pays entiers".
Puis il y a la pollution occasionnée par les plaisanciers : rejets d'eaux souillées, de détritus et de détergents. Phénomènes inquiétants d'autant plus que les contrôles sont insuffisants et qu'un constat de flagrant délit rarissime.

Dans une citation du 6 mai dernier j'ai déjà mentionné les pratiques courantes pour payer le moins de contributions et de taxes possibles.
Comme il s'agit du monde fermé des plus riches du globe, l'application des règles minimales sociales du personnel, en nombre pléthorique sur les superyachts d'ailleurs, est difficile à évaluer. D'éventuels abus ne filtrent pas aisément vers l'extérieur. Un avocat américain travaillant en France et spécialisé en la matière a un jour dit en rigolant : si les gens apprenaient comment on vit à bord de ces embarcations géantes "on ressortirait la guillotine".

Le petit livre de Grégory Salle, 163 pages, est bien écrit - avec des pointes d'humour - et solidement recherché et documenté. Il m'a donc permis de beaucoup apprendre en peu de temps, mais honnêtement j'étais content de pouvoir tourner la dernière page et de pouvoir passer à un sujet plus littéraire.
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Sur l'eau et dans les marinas et mouillages de luxe, le concentré de « stade Dubaï du capitalisme » et son séparatisme assumé offert par la grande plaisance motorisée.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2021/05/30/note-de-lecture-superyachts-gregory-salle/

Publié en avril 2021 dans la collection L'ordinaire du capital des éditions Amsterdam, dirigée par Allan Popelard, « Superyachts » est le troisième ouvrage de Grégory Salle, chargé de recherche au CNRS, longtemps spécialiste des questions carcérales, ayant progressivement déplacé ses questionnements vers les criminalités environnementales et vers, selon la belle expression de Michel Foucault, la gestion différentielle des illégalismes. C'est bien par son sous-titre ironiquement baudelairien, « Luxe, calme et écocide », que cet ouvrage plonge au coeur des préoccupations du chercheur et, dans la lignée directe et indirecte du « Stade Dubaï du capitalisme » (2006) de Mike Davis, et du travail des diverses autrices et auteurs rassemblés dans « Paradis infernaux : les villes hallucinées du néo-capitalisme » à la même époque, décortique le mélange performant de distinction suprême, de désinvolture vis-à-vis des lois et de mépris profond vis-à-vis de l'environnement et des humains ordinaires, qui caractérise cette plaisance de grand luxe, et les différents « modèles » de milliardaires qui en sont la condition de possibilité.

En se penchant de près sur certaines caractéristiques de ce marché, sur l'inflation de sa taille et de son aura au cours des quatre dernières décennies, sur le lobbying intense, au niveau global, mais bien davantage au niveau local (mêlant le prestige et le toujours aussi mythologique « ruissellement »), permettant de s'affranchir des législations protectrices de l'environnement chaque fois que nécessaire ou presque, ou – au pire – de profiter tranquillement de l'insuffisance notoire de moyens visant à prévenir et réprimer le délit et le crime écologique (c'est bien là que la gestion différentielle des illégalismes joue pleinement son rôle), en multipliant les exemples et les témoignages sans jamais perdre de vue sa ligne conductrice sous-jacente, éminemment politique et économique, en établissant les passerelles nécessaires avec les fantasmes isolationnistes de l'extrême entre-soi des multi-milliardaires (on songera au « Utopies flottantes » de China Miéville comme au « Agora zéro » d'Éric Arlix et Frédéric Moulin), Grégory Salle nous propose une incision cruelle et salutaire au coeur emblématique du séparatisme des ultra-riches – et des moyens financiers qu'ils se donnent pour y parvenir envers et contre tout.
Lien : https://charybde2.wordpress...
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critiques presse (1)
LaViedesIdees
08 janvier 2022
Dans son livre, Grégory Salle relie ces appareils flottants à toutes ces forces dans lesquels les superyachts puisent, et qu’ils épuisent, pour se maintenir à flot. Les gros bateaux sont donc bel et bien sortis de leur dimension hors-sol et deviennent des nœuds denses du capitalisme.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Pour rendre la TVA moins douloureuse, on peut ainsi moyennant un montage bien rodé, se louer son yacht à soi-même ou bien le faire passer pour un paquebot de croisière ou un navire commercial.

(page 73).
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Ce n’est pas parce que les vaisseaux de luxe s’affranchissent de la présence commune qu’ils sont un en-dehors du monde. Ici comme ailleurs, la dignité du slogan tient en un renversement : plutôt que le monde des superyachts, les superyachts et leur monde. Dérisoire, la plaisance de luxe ? À bien y regarder, elle condense des traits essentiels de ce qui fait l’époque : l’envolée des inégalités économiques, l’accélération du désastre écologique, la persistance de l’iniquité juridique. Elle vient nourrir le constat du durcissement de la ségrégation spatiale comme les débats autour de la constitution d’une classe dominante transnationale. Nous voici même à l’intersection de ces logiques, dans le nœud de leur entrelacement.
Une poignée de super-riches s’égaye en mer, et alors ? Et alors : tout.
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Il faut en quelque sorte se forcer pour prendre les superyachts au sérieux, ne serait-ce qu’au titre du pouvoir de révélation que recèlent les faits extrêmes ou les phénomènes exceptionnels.
Une manière spontanée de le faire est de pousser un cran plus loin le jugement critique formulé en termes de démesure, jusqu’à rejoindre l’idée d’anormalité. On verra alors dans cette pratique une manifestation non seulement ostentatoire mais pathologique de consumérisme et, à travers lui, d’affirmation individuelle et sociale ; on inclinera à la trouver moralement choquante et socialement indécente ; en conséquence de quoi on envisagera éventuellement d’y mettre fin, selon le degré de gêne éprouvé à l’idée d’une telle interdiction. C’est mieux sans doute que le seul embarras devant l’excès de frivolité, mais ce n’est pas suffisant. C’est raisonner sur le mode de l’excroissance et ainsi dédouaner l’ensemble dont elle procède, comme si n’était en jeu qu’une affaire de proportion. Plutôt qu’avancer, peut-être faut-il carrément renverser la perspective et prendre à contre-pied les représentations convenues – un peu comme Dubaï, à plus large échelle, peut être figurée comme un stade du capitalisme plutôt qu’un isolat extravagant. Et si, au lieu de penser en termes de caprice, d’excentricité, de dérive, nous disions plutôt reflet, expression, indice ? Nous dirons alors pierre de touche et non anomalie, échantillon fiable et non aberration. Mesure plutôt que démesure – une manière de prendre la mesure du délire général qui a pour nom ordre social.
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Parlons franchement, nous sommes entre nous.
Quoi de plus anecdotique en apparence que la plaisance de luxe alias superyachting ? Et même : ne faut-il pas être un peu tordu, voire carrément irresponsable, pour s’intéresser à pareille futilité ? A moins de nourrir une passion pour la navigation dévoyée par un intérêt suspect pour la vie des nababs, difficile a priori de l’envisager autrement que comme un phénomène insignifiant, périphérique tout au plus, ne serait-ce qu’en termes numériques. Par définition, cette pratique ne concerne qu’une fraction infinitésimale de l’humanité, dont le mode de vie a presque littéralement rompu toute attache avec le monde social ordinaire. En première approche, la plaisance de luxe, hors du commun, ne concerne pour ainsi dire personne.
En 2010, le rédacteur en chef (toujours en poste dix ans plus tard) de l’influente revue scientifique The Lancet invitait ainsi à la décontraction sur la question, au moins par comparaison avec le seul sujet qui vaille à ses yeux, celui de la santé. À la différence des inégalités sanitaires, aucunement souhaitables, arguait-il, les inégalités économiques peuvent s’avérer bénéfiques, de sorte que les yachts ne seraient pas un grand mal et même, pourquoi pas, un petit bien. Circulez, il n’y a rien à voir. Plus encore, l’ignorance favorise le préjugé selon lequel une fois dépouillée de ses atours les plus luxueux, la grande plaisance concilierait goût esthétique et souci écologique – une activité noble en tous les sens du terme, en somme.
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Une poignée de super-riches s'égaye en mer, et alors ? Et alors : tout.
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