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William Thackeray était un grand contemporain de Charles Dickens, aussi connu de son vivant du public anglais et, désormais, beaucoup moins célébré, notamment hors des îles britanniques. La Foire aux Vanités est son ouvrage réputé maître, même si l'adaptation cinématographique de Barry Lyndon, par Stanley Kubrick, a redonné un certain élan à la vogue pour cet auteur, via cet autre roman. D'autres oeuvres, pourtant de qualité comparable, sont quasi introuvables à l'heure actuelle en français et, de ce fait, assez peu lues.

La Foire aux Vanités nous présente en parallèle la destinée de deux jeunes femmes d'extraction sociale et de tempérament différents, sur une quinze-vingtaine d'années, environ de 1813 à 1830 (la datation n'est pas très précise) : Amélia Sedley et Rebecca Sharp.

(Au passage, je vous invite à soupeser les sonorités employées par l'auteur pour nommer ses deux principales héroïnes : d'un côté, « Amélia Sedley », ça coule paisiblement comme un adorable petit ruisseau au milieu des champs fleuris. de l'autre, « Rebecca Sharp », ça claque mieux qu'un coup de serpe sur un vieux billot de chêne, ça chlic ! et ça chlouc ! aussi net qu'un couperet de guillotine !)

L'une rejoue le thème de l'héroïne positive classique du roman anglais de la fin XVIIIe début XIXe : belle, droite, discrète et vertueuse, un peu à la façon de Clarissa Harlowe de Samuel Richardson ou d'Elinor Dashwood de Jane Austen.

L'autre sera l'archétype de l'héroïne irrésistible et vive, mais vénéneuse à souhait, insensible et prête à tout pour arriver à ses fins. En quelque sorte, une espèce de Milady de Winter d'Alexandre Dumas (Les trois Mousquetaires), une façon de Valérie Marneffe d'Honoré de Balzac (La Cousine Bette) ou un genre d'Hélène Kouraguine par anticipation de Léon Tolstoï (La Guerre et la Paix).

À propos de Léon Tolstoï, peut-être n'est-il pas vain d'évoquer ici l'incipit de son autre fameux roman, Anna Karénine : « Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. » Cette maxime semble résumer parfaitement la thèse de Thackeray dans ce roman : hors d'un certain type de relations entre membres d'une famille, point de salut. D'ailleurs, d'après moi, les échos avec La Guerre et la Paix sont si nombreux qu'ils attestent sans doute que le grand Tolstoï a dû s'inspirer du parfum de cette oeuvre pour bâtir son gigantesque monument.

Outre la Russie, le style de l'auteur m'évoque énormément celui de Charles Dickens, quoique, à certains moments (je pense notamment aux remarques du père d'Amélia à l'adresse de sa femme et de son fils), je croyais dur comme fer retrouver le père des filles Bennet dans l'Orgueil et Préjugés de Jane Austen : c'était à s'y méprendre. Toutefois, dans l'ensemble, le ton et l'humour m'apparaissent extrêmement dickensiens, à la limite près que le narrateur se fait plus présent encore que chez Dickens.

Selon moi, l'excès de présence d'un narrateur, lorsqu'il n'est pas un personnage impliqué dans l'histoire, est plus nuisible que profitable. En effet, je ne dédaigne pas qu'un narrateur nous glisse de temps en temps deux ou trois petites choses ; Dostoïevski, par exemple, sait très bien le faire et Dickens parvient toujours plus ou moins à se maintenir dans des limites acceptables. Thackeray, lui, a la main franchement plus lourde et je trouve ça gênant voire agaçant par moments.

Quelle est l'intrigue de base ? Côté pile, Amélia Sedley : bonne famille, bon caractère, beau parti. Depuis sa plus tendre enfance, elle est promise au beau et brûlant capitaine George Osborne, principal futur héritier de la colossale fortune de son père. S'ils s'unissent ces deux-là, tout devrait bien aller pour eux…

Côté face, Rebecca Sharp : fille d'une pas grand-chose et d'un pas beaucoup mieux, les deux plus ou moins artistes, plus ou moins mendiants. Mais ils lui ont tout de même légué une belle figure, un avantageux physique et une irrésistible propension à s'en savoir bien servir pour parvenir à ses fins.

Alors la Rebecca, rusée comme une pie, essaie de faire de l'oeil, discrètement, à Joe Sedley, le frère d'Amélia — un gros pansu pleutre et insipide, aussi doué avec les filles qu'un propithèque à jouer du banjo — mais sa manoeuvre ne se révèle pas des plus discrètes, finalement, et Joe, en gros balourd, se saoule avant de lui faire une déclaration et provoque du même coup un scandale dans la bonne société.

Rebecca est alors poliment congédiée et privée de l'aide de sa principale protectrice Amélia. Il va donc lui falloir cheminer seule pour gravir les échelons. Mais il en faut davantage pour l'effrayer notre chère Rebecca, et elle parvient à se faire grandement désirer par quelques mâles de la famille Crawley — une respectable et opulente famille noble siégeant à la chambre des Lords.

Sera-ce le père ? le fils ? l'autre fils ? aucun de ceux-là ? Je n'ose vous le confier. Quant à Amélia, si son père perdait subitement tout ou partie de sa fortune, demeurerait-elle une candidate sérieuse pour le mariage du point de vue du père Osborne ? Et le fils, ce bellâtre de capitaine Osborne, que toutes les femmes couvent d'un regard d'envie, s'il n'était que joueur et volontiers porté sur l'alcool, cela irait encore, mais est-il véritablement si droit, si fidèle, si intelligent qu'on le dit ? Je ne saurais me prononcer…

Je m'aperçois que j'approche dangereusement de la fin de ma recension et que je ne vous ai toujours pas glissé un traitre mot d'un autre et ô combien capital personnage : il s'agit du très discret, très mystérieux, très amoureux major Dobbin. On dirait presque une espèce de réplique du Darcy d'Orgueil et Préjugés, mais dans le fond, qui est-il ? Que veut-il ? Que fait-il ? Alors ça, ça, ce sera vraiment à vous de le découvrir, si vous prenez la peine de lire La Foire aux Vanités.

Ce que j'en ai pensé ? Dans l'ensemble, un bon roman, mais pas un chef-d'oeuvre d'après mes critères. J'en veux pour preuve le fait que j'ai beaucoup mieux aimé la première que la deuxième moitié de l'ouvrage. Autant l'auteur donne du souffle au début, surtout par l'entremise du succulent personnage de Rebecca, autant vous vivez les lignes arrières de Waterloo comme si vous y étiez, autant je trouve que la narration s'essouffle et patine dès la bataille terminée (qui correspond exactement au milieu du roman).

Dans cette seconde partie, l'auteur se fait moins mordant, selon moi, plus moralisateur, ce que j'aime moins. Et, s'il excelle à brosser des personnages secondaires intéressants (ex. Miss Crawley, Rawdon, etc.), des personnages qui reviennent tout au long de l'oeuvre (Mrs Pinkerton, la majore O'Dowd, etc.) donnant une véritable impression d'atmosphère et de système complet, je ne peux dissimuler ma petite déception d'aboutir, finalement, tout bien considéré, sur ce propos moralisateur qui n'est pas de l'envergure qu'on aurait pu espérer, en tout cas que moi j'espérais.

Je signale encore que, d'après moi, l'auteur injecte beaucoup de lui-même dans deux personnages masculins en particulier : Joe Sedley et William Dobbin. Tous deux ont vécu longtemps en Inde, tous deux ont un certain rapport à l'argent, aux femmes, à l'étiquette, etc. Ils sont pourtant extraordinairement dissemblables, voire opposés, un peu comme si l'auteur était parvenu à séparer les différentes strates, les différentes facettes de sa propre personnalité — composé nécessairement complexe et contradictoire —, comme sur une plaque de chromatographie, ce qui est loin d'être simple car il faut être capable de s'observer soi-même à distance et sans parti pris.

Bref, j'en termine en vous indiquant que, selon moi toujours, ce roman, cet auteur constituent une sorte de clé de voûte autour de laquelle s'articule des pans majeurs de la littérature. Il est le pont entre Tolstoï et Austen, le chaînon manquant entre Hugo et Dickens et certainement beaucoup d'autres encore qui m'auront échappé, mais pas à vous, s'il vous prenait idée de lire ce roman. Alors, à vous de jouer, en gardant en tête que cet avis n'est peut-être que vanité, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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“Vanité des vanités, tout est vanité”

La Foire aux Vanités est une longue (très longue) fresque comico-sentimentale, une satire des “snobs”, un sujet de prédilection de son créateur, en safari dans la jungle victorienne du XIXe siècle. Une jungle dont l'auteur connait bien les us, des cavalières oeillades de salons aux parties de whist dispendieuses.

“Vanity Fair” parait en 1848 mais le décor s'inscrit autour des années 1815, à commencer par Waterloo jusqu'aux années 1830.

“Le monde est un miroir qui renvoie à chacun ses propres traits”

Tout au long des plus de 1000 pages que compte ce pavé, le lecteur est invité à suivre les aventures de Becky Sharp et Amelia Sedley, deux jeunes femmes au coeur de ce théâtre monté de toute pièce par William Makepeace Thackeray.

“Ah ! les hommes ne se doutent jamais des souffrances et des sacrifices qui font la vie des femmes”

L'auteur de Barry Lyndon, fait chef-d'oeuvre du cinéma par Kubrick et sa bande originale, nous dépeint le tableau des polissonneries de Becky Sharp, qui veut “parvenir” dans la bonne société avec une volonté de fer et un charme irréfrénable. Nous en sommes renseignés dès le début de l'ouvrage, lorsque dans un scène très cinématographique, Rebecca Sharp jette par la fenêtre du petit carrosse le dictionnaire de Johnson gracieusement offert par la soeur de Miss Pinkerton, un “bold move” d'une audace décapante.
“le remords est de tous les sentiments humains le plus facile à assoupir lorsque parfois il se réveille.”

D'une part, le lecteur est témoin des chassés-croisés, nombreuses péripéties de la théâtrale Becky pour se maintenir, ses revers de fortunes et victoires éclatantes, la vanité des hommes qu'elle peut duper… et de l'autre, le naïf égoïsme d'Amelia dont la candeur n'a d'égale que l'absence de lucidité. Bref, aucun de ces personnages ne nous séduit vraiment, même si, selon la conjoncture dans laquelle ils se trouvent, le lecteur peut être amené à prendre temporairement le parti de tel ou tel, force est de reconnaitre que la vanité est le trait de caractère le mieux partagé par les personnages du roman… Thackeray le sait bien et nous annonce la couleur “A novel without a hero”, pas de héros pour sa fresque.

“En tête de ce chapitre, nous avons annoncé un dîner à trois services, dans le désir qu'il soit tout à fait selon le goût du lecteur, nous laisserons à son imagination le soin d'en composer le menu”

Pourtant, cette pièce maitresse de son oeuvre connaîtra un succès et une aura persistants, redécouverte par le cinéma comme par la télévision, sans doute car cette satire humaine est aisément transposable au monde d'aujourd'hui, à la comédie “corporate” du secteur tertiaire qui reproduit certains phénomènes de cour et autres vanités brillamment décrites par Thackeray. le médecin-philosophe français Henri Laborit, dans Eloge de la Fuite donnait une définition du snob “stérile il ne peut affirmer sa singularité qu'en paraissant participer à ce qui est singulier. Il se rêvet de la singularité des autres et fait semblant de la comprendre et de l'apprécier.” Nous pourrions même aller plus loin en citant Harold Nicolson, l'époux de l'écrivaine britannique Vita Sackville-West, observant que “dès qu'il y a plus de trois poules dans une basse-cour, le snobisme galinacé s'installe.” N'est-ce pas désolant ? Qu'au sein d'un open space, une cour de récréation ou une salle de classe l'humain ait à ce point besoin de stratifier les autres en un battement de cil, de remettre des couches “sociales”, de mettre en place un système de dominance, de distinction basés sur les vanités matérielles et honorifiques, de pousser aux marges les infréquentables, condamnés au désir d'être un jour acceptés dans le premier cercle et prêts, pour cela, à toutes les bassesses.

“ce qui nous préoccupe le plus en effet, n'est point le regret d'avoir mal fait, mais la crainte d'être trouvé en faute et d'avoir à encourir ou la honte ou le châtiment.”

Malgré l'ambition de son propos, la comédie humaine de Thackeray se perd cependant à moultes reprises dans un comique de répétition, au gré de chapitres facultatifs, et d'intrigues qui n'apportent plus rien à l'avancement de la narration et qui au contraire donnent l'impression de différer volontairement l'action… serait-ce pour des raisons bassement matérielles ?

En effet, et cela se ressent, comme beaucoup d'ouvrages de l'époque, la Foire aux Vanités n'est pas un roman longuement mûri de fond en comble par son auteur avant d'être délivré au public mais un feuilleton, livré par l'écrivain et publié dans une revue, chapitre après chapitre sur plus d'un an… c'est donc une expérience de lecture au compte goutte pour le lecteur de l'époque, différente d'une lecture de tous les épisodes mis bout à bout de nos jours. Comme dans toute série un peu longue aujourd'hui, certains épisodes du livre ne sont là que pour meubler et faire gagner son pain à Thackeray, assidu abonné des casinos et autres jeux d'argent qui avait bien besoin d'éponger ses dettes.

Ces contingences peuvent paraitre éloignées de la qualité littéraire intrinsèque du livre, néanmoins elles font partie des conditions matérielles d'apparition d'une création littéraire. A signaler également, quelques petites libertés prises par le traducteur de l'époque avec la version originale, ajouts ou retraits de paragraphes entiers… le roman n'ayant jamais été retraduit en français depuis 1853.

“Je vois d'ici la Foire aux Vanités qui en bâillerait d'avance”. Bref un ouvrage plus ramassé, plus maitrisé aurait sans aucun doute été d'autant plus redoutable à la fois sur l'effet d'effroi et d'amusement qu'il peut produire sur la bonne société d'époque mais aussi sur les leçons intemporelles qu'il peut nous léguer, mais à trop jouer sur la même tonalité, à savoir cette satire distanciée de personnages cristallisés dès le départ dans leur caractère et englués dans leur caricature, loin des romans initiatiques qui nous entrainent dans la progression des personnages, l'auteur dilue un peu son talent et il y a incontestablement un peu de gras dans cet ouvrage.

“Tout lecteur d'un caractère sentimental, et nous n'en voulons que de ce genre, doit nous savoir gré du tableau qui couronne le dernier acte de notre petit drame.”

Cela étant dit, c'est un bon divertissement, où le rire n'est jamais gratuit et les péripéties (lorsqu'elles arrivent enfin…) bien construites et surtout, le narrateur omniprésent accompagne de son esprit affuté et de ses saillies bien pensées la lecture pour notre bonheur, “By Jove !”

Qu'en pensez-vous ?
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Vanity Fair ! La chasse aux snobs est ouverte.
Une chasse à la cour, forcément, car ce chef d'oeuvre absolu d'ironie de l'époque victorienne ne traque que la futilité et l'hypocrisie des milieux qui s'estampillent distingués.
Thackeray, considéré comme l'égal de Dickens à son époque et fils spirituel de Swift n'a eu de cesse de fustiger dans son oeuvre la noblesse de sang et de promouvoir l'aristocratie de coeur.
Son héroïne, Becky Sharp, est une aventurière imprévisible, guère encombrée de sentimentalisme, peu avare de ses charmes et d'une redoutable intelligence. J'ai adoré cette femme irrésistible, sorte de soeur aînée d'Anna Karénine. Pas assez bien née, rebelle à un destin de gouvernante, Becky décida de gouverner les hommes. Dans le roman, le cygne noir barbote au côté d'un cygne blanc, Amélia Sedley, fille de bonne famille, douce, naïve, amoureuse d'un prince pas si charmant. J'ai détesté ce modèle de vertu, fille désespérante de passivité.
le roman commence à leur sortie d'un pensionnat pour jeune fille. le destin croisé de ses deux femmes, entre confitures, tasse de thé, déconfitures et vaisselle cassée, structure ce récit où les autres personnages caricaturent la bonne société. Pour visualiser les portraits accrochés dans l'escalier du manoir, citons Joseph, le frère obèse d'Amélia, un mondain falot et pleutre, toute la petite famille Osborne, nouveaux riches arrivistes dont le fils George, égoïste et noceur va épouser Amélia, la lignée des Pitt, fourbes qui se battent pour hériter d'une vieille tante et Rawdon Crawley, neveu déshérité de la douairière à cause de son mariage avec Becky. J'oublie, l'ami, l'amoureux transi d'Amélia, le capitaine William Dobbin, héros militaire et seule âme noble du récit. Tout ce petit monde va se recevoir et se fréquenter à défaut de se parler vrai et de s'aimer. La bise est distanciée, le masque inutile sur les favoris.
Chez Thackeray, les gentils se font dévorer, les amoureux sont trompés, tous les bons sentiments sont sacrifiés à l'obsession de paraître. La morale de cette histoire, c'est qu'il n'y en a pas. Pour s'élever dans cette bonne société londonienne du début du 19ème siècle, il fallait la corrompre. Pour dépasser le plafond de verre, il fallait briser le miroir… où la coupe en cristal. Il y a du Rousseau chez cet auteur anglais. L'homme ne reste bon que le temps de sa naissance.
Ce n'est pas la lecture de cette merveille qui va me rabibocher avec l'insignifiance des repas mondains. Malgré sa longueur et sa qualité, je n'emporterai pas ce livre sur une île déserte, je le prendrai plutôt pour m'occuper l'esprit pendant un pince-fesses.
Né aux Indes dans une famille aisée, Thackeray fit de mauvaises affaires et se retrouvera ruiné. Marié à une jeune femme qui sombra dans la démence après la perte d'un enfant et fut internée plusieurs dizaines d'années, l'auteur consacra sa vie à l'écriture. le livre des Snobs, puis la Foire aux vanités, parus en feuilletons lui apportèrent ensuite gloire et fortune. l'homme eut une vie malheureuse et son ironie grinçante, son humour distancié était une protection contre sa vision désenchantée du monde.
Ce roman nous fait aussi témoin de la Grande Histoire avec une petite virée militaire passionnante à Waterloo et une escapade aux Indes britanniques.
Lucide sur lui-même, Thackeray se considérait comme le premier des snobs et si l'on peut faire un reproche à ce pavé de 1000 pages, ce sont les leçons de morale que l'auteur dispense aux lecteurs après les méfaits de ses personnages. Une écriture très classique qui n'échappe pas à son siècle et l'écrivain reste très puritain. Les bougies sont soufflées dans les chambres à coucher. So chocking ! Mais son rejet de l'entre soi et des castes, sa capacité à ridiculiser les préjugés se révèlent d'une extrême modernité. Et quelle irrésistible satire des moeurs de l'époque … et d'aujourd'hui, la classe en plus. Pour exposer nos vanités, nous sommes passés du crâne allégorique des natures mortes aux selfies ridicules qui défigurent les monuments.
Ce n'est pas pour rien que vanité tire sa racine de vain et je ne peux que terminer ce billet par une citation que j'adore et que Thackeray ne pourrait que faire sienne :
« La vanité consiste à vouloir paraître ; l'ambition, à vouloir être ; l'amour-propre, à croire que l'on est ; la fierté, à savoir ce que l'on vaut. »
Difficile de ne pas se mettre aussi à pontifier après cette lecture inoubliable.
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La foire aux vanités est un concept issu de « The Pilgrim's Progress » de John Bunyan. Une définition de l'existence, évidemment pertinente. L'Histoire (avec un grand H) a son importance, car c'est à Waterloo que George meurt ainsi que la géographie, car c'est en Allemagne que le noeud se défait. L'argent, un peu comme chez George Gissing, dispose d'un pouvoir dominant tout comme il le fut dans la vie de l'auteur. On observe que le romancier a une certaine tendresse pour les enfants. On dit que sa femme était dépressive et, faute de moyens, il a dû confier ses enfants à sa mère à Paris. Un mot encore sur Rebecca ce personnage ambigu par excellence : son vice est justifié en grande partie par sa situation de départ défavorable.

Un très bon livre pour les challenges pavés, n'hésitez plus !
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Qu'on vienne me dire que les classiques sont ennuyeux! Balivernes! le format poche de chez Folio peut certes impressionner. Pourtant, il faut sans la moindre hésitation écarter les tentures qui camouflent l'entrée de la Foire aux Vanités. Qu'est ce que mille pages en compagnie d'un maître ès divertissement, tout prêt à nous découvrir les folies, les hypocrisies et les vaines appétences d'une société qui pourrait être la nôtre. Il suffit de changer les costumes.

Qu'il s'occupe de ses personnages ou s'offre quelques digressions, Thackeray garde toujours un ton où perce l'ironie. Il multiplie les figures de style pour soutenir la cause satirique de son roman. S'il n'échappe pas aux préjugés de son époque - principalement envers les femmes - il faut lui reconnaître une assez juste équité quant au traitement de la gente masculine. Lorsque ces messieurs ne sont pas vains ou dissipés, ils sont corrompus ou grotesques.

Difficile cependant de trouver aventurière plus ambitieuse et dénuée de scrupules que cette chère Rebecca Sharp, il est vrai. Elle annonce la couleur dès les premières pages: quittant le pensionnat en compagnie de la douce et naïve Amelia Sedley, la jeune fille née d'un peintre miséreux et d'une danseuse tôt disparue déclare à son compagne effarée qu'elle n'est pas un ange. le reste du récit viendra à grand renfort de péripéties prouver la justesse de cette affirmation.
Cette blonde Vénus au coeur aussi tendre qu'un bloc de marbre est un personnage des plus fascinant de la littérature à mes yeux. Comme son semblable balzacien Lucien de Rubempré, on est sans cesse à se demander, au cours de la lecture, jusqu'où elle va aller, jusqu'où va-t-elle repousser les limites des principes moraux de cette société des faux-semblants. Certes, elle commet des erreurs de parcours mais on doit lui reconnaître une ténacité et un aplomb à nuls autres pareils.

Thackeray oppose dans sa grande Foire aux Vanités - qui aurait pu s'appeler la Foire aux Illusions aussi bien - des caractères fort divergents, s'amusant à les croiser et les manier dans cette vaste comédie sociale qu'il nomme lui-même son théâtre de marionnettes.

Sa langue a toute la vivacité d'un chroniqueur. Son humour acide fait crisser les masques d'un système et d'un monde d'apparences, d'appétit et de jeu de dupes. Ses portraits sont appelés à rester ancrés dans la mémoire de son lectorat. Il ne tombe néanmoins pas dans le sarcasme cynique ou véritablement méchant, pas plus que dans un manichéisme outrancier. Il démontre avec succès les mécanismes et les tartufferies qui règlent ce grand corps social qu'est l'humanité. Et ses vérités égratignent bien des poses chez bien des personnes.

Les habits ont changé, les technologies évolué... Mais la comédie n'en finit pas de tourner.
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Il y a des oeuvres qui effraient et fascinent tout à la fois, et ce pendant des années. On les regarde de loin, de près, sous toutes les reliures ; on les épie, on les planque ; elles sont tellement épaisses qu'on les cale bien au fond de sa PAL, telle une solide fondation, et puis un jour, on se lance avec courage et détermination.

"La Foire aux Vanités" de William Makepeace Thackeray est du nombre.

Bien qu'on appréhende sa lecture en raison de son étiquette "classique" et de son volume (plus de 1 000 pages dans la collection Folio), "La Foire aux Vanités" fait également partie de ces oeuvres qu'on regrette de ne pas avoir lues plus tôt une fois qu'on les a entreprises.

Roman qui n'a pas usurpé son label "Incontournable", cette oeuvre dense et colossale est à la fois un récit social, de moeurs, une belle histoire d'amour persévérant et une galerie de portraits extraordinaires bien qu'elle campe des personnages très ordinaires. Tout cela dans le cadre brillant des trente premières années du XIXème siècle.

Contemporain de Charles Dickens, Thackeray n'est pas en reste de par son statut de formidable conteur d'une société anglaise bien propre à s'attirer les foudres de son ironie et de son cynisme. Comme dans les oeuvres du susnommé, l'humour et la moquerie sont omniprésents entre les lignes. Quant au style, c'est un régal à chaque phrase, à tel point qu'on oublie vite le nombre de pages pour profiter de chacune d'elles.

Il est aisé de distinguer et comprendre l'influence énorme que "La Foire aux Vanités" a eu sur la plupart des écrivains anglo-saxons de la période, je ne citerai qu'un seul exemple qui parlera à beaucoup : la pension pour jeunes filles où Amelia Sedley et Rebecca Sharp, nos deux héroïnes, passent leur enfance, ressemble de façon plus que troublante à la pension qui accueillera quarante ans plus tard Sara Crewe (alias la "Princesse Sarah" de la série animée nippone), la plus célèbre héroïne de Frances Hodgson Burnett qui ne s'est pas même donné la peine de modifier les prénoms des pensionnaires.

Comme son titre l'indique, "La Foire aux Vanités" met en lumière le kaléidoscope des ambitions et des aspirations humaines, à travers le destin d'un grand nombre de personnages, tous liés aux existences très contrastées de Rebecca et d'Amelia. Spectacle qui prête à rire (jaune) et à réfléchir sur les vacuités de notre civilisation, hier comme aujourd'hui ; l'auteur l'exprime mieux que moi :

"Et maintenant, disons-le bien haut : Vanitas vanitatum ! qui de nous est heureux en ce monde ? qui de nous arrive enfin au terme de ses désirs, ou, quand il y parvient, se trouve satisfait ? Adieu, adieu, ami lecteur ; rentre maintenant dans la vie réelle où tu verras se dérouler sous tes yeux l'histoire que je viens de te raconter."


Challenge PAVES 2017
Challenge ABC 2017 - 2018
Challenge BBC
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Voici un pavé qui m'a tenu éloigné de Babelio un bon bout de temps… Et pourtant, je n'ai pas connu une minute d'ennui en le lisant ! Curieux de découvrir celui que Charlotte Brontë présente comme « un titan intellectuel », j'ai opté pour l'une de ses oeuvres majeures, gardant en réserve la plus célèbre, le ‘Barry Lyndon' qui inspira Kubrick.

Pour un écrivain du milieu du XIXème, la fluidité de son écriture est étonnante. Peu de longueurs, des descriptions courtes et précises, des personnalités croquées en quelques traits, et surtout un humour et un second degré permanent qui animent sans cesse le récit ! Une ironie mordante et impeccablement dosée, sans lourdeur ni exagération, une pointe de cynisme et une certaine indulgence pour les petites faiblesses de la nature humaine, voici les épices de ce plat de choix.

Nous suivons donc les tribulations de Rebecca Sharp dans ses tentatives pour se construire une position dans le monde. Née pauvre et de parents obscurs, elle dispose néanmoins de quelques atouts : une grande beauté, une intelligence vive et pratique, et un formidable pouvoir de manipulation qu'elle n'a pas le moindre scrupule à utiliser ! Intriguer ici et là, mener grand train sans un sous vaillant, faire mariner ses créanciers, voici des arts où elle est particulièrement versée. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir ses bons côtés et ses beaux mouvements : Thackeray n'accable pas son héroïne. Il met en exergue son besoin maladif de reconnaissance sociale, le peu de perspective qui s'offrent à elle dans sa position, et l'hypocrisie complète de la société dans laquelle elle vit.

Sur ce sujet là, il est en revanche sans pitié. L'ingratitude, les préjugés, les faux-semblants et l'absence de reconnaissance sont soulignés avec une ironie corrosive, et un humour qui fait plus mouche que l'indignation. Ceux qui affichent leurs grands principes mais ne les mettent guère en pratique prennent également quelques banderilles bien pointues. Enfin, le manque de maturité et l'irresponsabilité de bien des jeunes gens est épinglé sans complaisance.

Thackeray est un observateur minutieux et implacable de son temps, qui croit plus aux qualités humaines qu'aux grandes idées. Il faut d'ailleurs une certaine connaissance du XIXème siècle pour bien rentrer dans ‘La foire aux Vanités', sans quoi certains passages risquent d'être un peu obscurs. Contemporain de Balzac, dont il remplace le lyrisme par l'élégance, il est malheureux que son nom ne soit pas plu connu en France. Car après cette lecture je partage l'opinion de Charlotte Brontë : cet homme fut un titan intellectuel…
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Oulala, c'est du lourd ! Et quand j'écris cela, ce n'est pas en pensant au poids de ce pavé qui ne compte pas moins de 1071 pages, mais bien à la qualité de ce que je viens de lire.
Car oui, là je viens de terminer la lecture de ce que je n'ai pas peur de qualifier de petit bijou. Je précise que petit est pour ma part un terme affectueux, car ce livre est à ranger parmi les grands, en tout cas selon mes critères fort personnels.
Soyons clairs, je ne suis pas sure que sans le challenge BBC, je me sois un jour lancée dans cette lecture. Non pas pour des raisons liées à des préjugés, mais plutôt par ignorance. Avant ma lecture, je connaissais vaguement le titre de ce roman, sans pour autant être capable de citer le nom de son auteur, qui est aussi, comme je l'ai découvert, des Mémoires de Barry Lyndon, dont Stanley Kubrick a tiré un film à l'esthétique fort marquant. Donc, une fois de plus, je ne peux que remercier celle qui est à l'origine de ce challenge, à savoir Gwen !
J'ai adoré le style de l'auteur, qui persifle, ironise, se moque avec beaucoup de talent des habitudes et des travers de ses différents personnages. Pas un n'échappe à sa plume acérée et féroce pour mon plus grand plaisir de lectrice. Il égratigne avec art les vaniteux et leurs vanités et je trouve cela tout simplement jubilatoire.
Malgré la taille de ce livre, je n'ai pas ressenti un seul moment d'ennui, car j'ai vraiment été emportée par la qualité de l'écriture.
Et quelle histoire ! Et quels personnages ! Comment ne pas avoir envie de savoir ce qu'il advenir de la trop lisse et parfaite Amelia, mais surtout de l'ambitieuse et sans scrupules Becky Sharp ? Et ne parlons pas de tous les snobs qui les entourent car il y en a pour tous les gouts, il faut le dire…
Une très belle découverte…


Challenge BBC
Challenge Pavés 2023
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Je poursuis ma découverte de la littérature anglaise avec un plaisir croissant.

J'aime beaucoup relire les livres. Cette relecture fait suite à la série homonyme diffusée au début de l'année sur Arte. Je l'ai relu en anglais, alors que ma première lecture était en français. Donc, lisant plus lentement, sous un nouvel éclairage, je l'ai beaucoup plus savouré!

Ce livre incroyable met en scène tout un univers de personnages, pendant plusieurs années, sans aucune longueur de texte. Pendant la première moitié du 19ème siècle, en Angleterre et en Europe.

Pas un instant d'ennui : le rythme est très intelligent et confère beaucoup de suspense. J'emmenais mon livre partout avec moi ( ceci dit, en confinement, c'est tout de suite moins extraordinaire!)

J'ai relu plusieurs passages maintes fois, en ai recopié beaucoup.

J'encourage tout le monde à lire dans le texte. Si je peux le faire, tout le monde le peut! Comme beaucoup, j'ai commencé avec Harry Potter.
Du français à l'anglais, je trouve la plume moins acérée (j'espère que ce n'est pas un manque de compréhension^^). Les tableaux de personnages sont toujours très humains et réalistes. Mais l'humour anglais est plus doux, plus élégant, plus pudique que son homologue français dans mon souvenir, et nous rend les personnages plus attachants, sans rien perdre de leur drôlerie.
Ou peut-être que c'est la relecture qui me fait cette impression.

J'ai souvent pensé aux misérables lors de ma lecture. L'oeuvre française est plus noire, plus violente, plus affreuse.

J'ai lu que le personnage d'Amélia agaçait beaucoup de babelionautes. Moi, je l'adore, comme tous les personnages de cette grande fresque.
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(Attention ma critique risque de jeter un froid dans la foule de louanges autour de ce bouquin)

Long roman (plus de mille pages) que j'ai trouvé d'un ennui mortel. Parce qu'il n'y a pas de véritable héros mais cinq ou six personnages principaux, qui sont d'une vanité et d'une platitude épouvantables ? Ou parce que l'auteur distille ici et là des leçons de morale, époque victorienne oblige ? Ou encore par l'univers qui y est décrit, celui des personnages riches et influents de l'Angleterre des années 1815-1845 dont la seule préoccupation dans la vie est le qu'en dira-t-on, me laisse indifférente ?

On tourne les pages en espérant un rebondissement, on replace l'oeuvre dans son contexte historique, on fait fi des remarques misogynes (j'ai beaucoup aimé, on se comprend, la phrase « une femme vertueuse est le plus beau cadeau que le Ciel puisse faire à un mari ») et des pensées racistes et antisémites. Mais on reste au bord de l'histoire sans vraiment y rentrer, regardant les héros se démener avec leurs démons sans vraiment éprouver quoi que ce soit pour eux.

La seule note positive, c'est la proximité de l'auteur, qui se pose en chroniqueur des faits, quand il prend de la distance vis-à-vis de son récit et s'adresse en direct au lecteur pour critiquer les faits … C'est surprenant au début, surtout pour un roman du XIXème siècle, et puis on se lasse aussi de ces digressions et ces prêchi-prêcha murmurés au creux de l'oreille.

Bon, un classique de la littérature britannique, tout à fait dispensable pour moi.
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