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ISBN : 237735243X
Éditeur : Archipoche (02/01/2019)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 221 notes)
Résumé :
Il s'agit de l'un des plus grands classiques du roman anglais. Le XIXe siècle britannique est divisé entre Dickens et Thackeray comme le nôtre entre Balzac et Stendhal. Thackeray (1811-1863) est l'égal de Stendhal et La Foire aux Vanités (1848), son chefs-d'œuvre. Il y utilise un style humoristique ou ironiquement épique pour donner l'un des plus grands romans de satire sociale en langue anglaise. La thèse fondamentale du livre est que, dans la société occidentale, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
kuroineko
  05 octobre 2017
Qu'on vienne me dire que les classiques sont ennuyeux! Balivernes! le format poche de chez Folio peut certes impressionner. Pourtant, il faut sans la moindre hésitation écarter les tentures qui camouflent l'entrée de la Foire aux Vanités. Qu'est ce que mille pages en compagnie d'un maître ès divertissement, tout prêt à nous découvrir les folies, les hypocrisies et les vaines appétences d'une société qui pourrait être la nôtre. Il suffit de changer les costumes.
Qu'il s'occupe de ses personnages ou s'offre quelques digressions, Thackeray garde toujours un ton où perce l'ironie. Il multiplie les figures de style pour soutenir la cause satirique de son roman. S'il n'échappe pas aux préjugés de son époque - principalement envers les femmes - il faut lui reconnaître une assez juste équité quant au traitement de la gente masculine. Lorsque ces messieurs ne sont pas vains ou dissipés, ils sont corrompus ou grotesques.
Difficile cependant de trouver aventurière plus ambitieuse et dénuée de scrupules que cette chère Rebecca Sharp, il est vrai. Elle annonce la couleur dès les premières pages: quittant le pensionnat en compagnie de la douce et naïve Amelia Sedley, la jeune fille née d'un peintre miséreux et d'une danseuse tôt disparue déclare à son compagne effarée qu'elle n'est pas un ange. le reste du récit viendra à grand renfort de péripéties prouver la justesse de cette affirmation.
Cette blonde Vénus au coeur aussi tendre qu'un bloc de marbre est un personnage des plus fascinant de la littérature à mes yeux. Comme son semblable balzacien Lucien de Rubempré, on est sans cesse à se demander, au cours de la lecture, jusqu'où elle va aller, jusqu'où va-t-elle repousser les limites des principes moraux de cette société des faux-semblants. Certes, elle commet des erreurs de parcours mais on doit lui reconnaître une ténacité et un aplomb à nuls autres pareils.
Thackeray oppose dans sa grande Foire aux Vanités - qui aurait pu s'appeler la Foire aux Illusions aussi bien - des caractères fort divergents, s'amusant à les croiser et les manier dans cette vaste comédie sociale qu'il nomme lui-même son théâtre de marionnettes.
Sa langue a toute la vivacité d'un chroniqueur. Son humour acide fait crisser les masques d'un système et d'un monde d'apparences, d'appétit et de jeu de dupes. Ses portraits sont appelés à rester ancrés dans la mémoire de son lectorat. Il ne tombe néanmoins pas dans le sarcasme cynique ou véritablement méchant, pas plus que dans un manichéisme outrancier. Il démontre avec succès les mécanismes et les tartufferies qui règlent ce grand corps social qu'est l'humanité. Et ses vérités égratignent bien des poses chez bien des personnes.
Les habits ont changé, les technologies évolué... Mais la comédie n'en finit pas de tourner.
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PhilippeCastellain
  12 novembre 2017
Voici un pavé qui m'a tenu éloigné de Babelio un bon bout de temps… Et pourtant, je n'ai pas connu une minute d'ennui en le lisant ! Curieux de découvrir celui que Charlotte Brontë présente comme « un titan intellectuel », j'ai opté pour l'une de ses oeuvres majeures, gardant en réserve la plus célèbre, le ‘Barry Lyndon' qui inspira Kubrick.

Pour un écrivain du milieu du XIXème, la fluidité de son écriture est étonnante. Peu de longueurs, des descriptions courtes et précises, des personnalités croquées en quelques traits, et surtout un humour et un second degré permanent qui animent sans cesse le récit ! Une ironie mordante et impeccablement dosée, sans lourdeur ni exagération, une pointe de cynisme et une certaine indulgence pour les petites faiblesses de la nature humaine, voici les épices de ce plat de choix.

Nous suivons donc les tribulations de Rebecca Sharp dans ses tentatives pour se construire une position dans le monde. Née pauvre et de parents obscurs, elle dispose néanmoins de quelques atouts : une grande beauté, une intelligence vive et pratique, et un formidable pouvoir de manipulation qu'elle n'a pas le moindre scrupule à utiliser ! Intriguer ici et là, mener grand train sans un sous vaillant, faire mariner ses créanciers, voici des arts où elle est particulièrement versée. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir ses bons côtés et ses beaux mouvements : Thackeray n'accable pas son héroïne. Il met en exergue son besoin maladif de reconnaissance sociale, le peu de perspective qui s'offrent à elle dans sa position, et l'hypocrisie complète de la société dans laquelle elle vit.

Sur ce sujet là, il est en revanche sans pitié. L'ingratitude, les préjugés, les faux-semblants et l'absence de reconnaissance sont soulignés avec une ironie corrosive, et un humour qui fait plus mouche que l'indignation. Ceux qui affichent leurs grands principes mais ne les mettent guère en pratique prennent également quelques banderilles bien pointues. Enfin, le manque de maturité et l'irresponsabilité de bien des jeunes gens est épinglé sans complaisance.

Thackeray est un observateur minutieux et implacable de son temps, qui croit plus aux qualités humaines qu'aux grandes idées. Il faut d'ailleurs une certaine connaissance du XIXème siècle pour bien rentrer dans ‘La foire aux Vanités', sans quoi certains passages risquent d'être un peu obscurs. Contemporain de Balzac, dont il remplace le lyrisme par l'élégance, il est malheureux que son nom ne soit pas plu connu en France. Car après cette lecture je partage l'opinion de Charlotte Brontë : cet homme fut un titan intellectuel…
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Gwen21
  16 novembre 2017
Il y a des oeuvres qui effraient et fascinent tout à la fois, et ce pendant des années. On les regarde de loin, de près, sous toutes les reliures ; on les épie, on les planque ; elles sont tellement épaisses qu'on les cale bien au fond de sa PAL, telle une solide fondation, et puis un jour, on se lance avec courage et détermination.
"La Foire aux Vanités" de William Makepeace Thackeray est du nombre.
Bien qu'on appréhende sa lecture en raison de son étiquette "classique" et de son volume (plus de 1 000 pages dans la collection Folio), "La Foire aux Vanités" fait également partie de ces oeuvres qu'on regrette de ne pas avoir lues plus tôt une fois qu'on les a entreprises.
Roman qui n'a pas usurpé son label "Incontournable", cette oeuvre dense et colossale est à la fois un récit social, de moeurs, une belle histoire d'amour persévérant et une galerie de portraits extraordinaires bien qu'elle campe des personnages très ordinaires. Tout cela dans le cadre brillant des trente premières années du XIXème siècle.
Contemporain de Charles Dickens, Thackeray n'est pas en reste de par son statut de formidable conteur d'une société anglaise bien propre à s'attirer les foudres de son ironie et de son cynisme. Comme dans les oeuvres du susnommé, l'humour et la moquerie sont omniprésents entre les lignes. Quant au style, c'est un régal à chaque phrase, à tel point qu'on oublie vite le nombre de pages pour profiter de chacune d'elles.
Il est aisé de distinguer et comprendre l'influence énorme que "La Foire aux Vanités" a eu sur la plupart des écrivains anglo-saxons de la période, je ne citerai qu'un seul exemple qui parlera à beaucoup : la pension pour jeunes filles où Amelia Sedley et Rebecca Sharp, nos deux héroïnes, passent leur enfance, ressemble de façon plus que troublante à la pension qui accueillera quarante ans plus tard Sara Crewe (alias la "Princesse Sarah" de la série animée nippone), la plus célèbre héroïne de Frances Hodgson Burnett qui ne s'est pas même donné la peine de modifier les prénoms des pensionnaires.
Comme son titre l'indique, "La Foire aux Vanités" met en lumière le kaléidoscope des ambitions et des aspirations humaines, à travers le destin d'un grand nombre de personnages, tous liés aux existences très contrastées de Rebecca et d'Amelia. Spectacle qui prête à rire (jaune) et à réfléchir sur les vacuités de notre civilisation, hier comme aujourd'hui ; l'auteur l'exprime mieux que moi :
"Et maintenant, disons-le bien haut : Vanitas vanitatum ! qui de nous est heureux en ce monde ? qui de nous arrive enfin au terme de ses désirs, ou, quand il y parvient, se trouve satisfait ? Adieu, adieu, ami lecteur ; rentre maintenant dans la vie réelle où tu verras se dérouler sous tes yeux l'histoire que je viens de te raconter."

Challenge PAVES 2017
Challenge ABC 2017 - 2018
Challenge BBC
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PiertyM
  05 mai 2017
Un des classiques les plus plaisants à lire. On ne s'ennuie pas un seul instant. L'auteur nous invite à la préparation de sa sauce. Il prend le lecteur à témoin chaque fois qu'il s'attèle à affiner la vanité de ses personnages. On croit papoter avec lui qu'on tourne les pages sans se rendre compte qu'il faut en tourner mille.
William Makepeace Thackeray nous dépeint avec cette satire sociale toute une flopée de situations et de personnages de sorte qu'on se retrouve dans une foire non pas seulement aux vanités mais aussi à d'autres formes de caractères. Il construit son intrigue sur une espèce de ligne rouge qu'il fait passer ses personnages comme une épreuve, et on se pose la question de savoir qui franchira cette ligne la tête haute? De façon qu'on assiste aux déclins des uns, à l'ascension des autres ou à la constance de quelques uns.
La foire aux vanités nous invite à la fête de l'exhibition et à la vénération du paraitre dans le monde aristocratique de 19e Siècle, un monde dont l'une des règles est : on ne relève pas celui qui tombe, on ne lui tend pas non plus la main. Cette règle s'affiche avec M. Sedley qui est abandonné après avoir connu une fallacieuse banqueroute. Il est même délaissé, ignoré, méprisé par son grand associé M. Osborne, l'homme qu'il a pourtant initié dans les affaires. L'une de nos héroïnes Rebecca est , elle aussi, frappée par cette ignoble règle. Bien qu'elle soit une arriviste, elle est dépréciée, vilipendée, une fois sa réputation compromise.
Tout gravite autour de deux personnages qui symbolisent pour l'une la pure vanité, et pour l'autre la nette modestie. L'auteur les distingue minutieusement dans leur rôle qu'on s'attache à elles. Rebecca, dans toutes ses frivolités, ses infamies, ses folies, ses machinations, est une femme dotée d'une énergie débordante, elle est une acharnée de la réussite, jamais tapie dans des chagrins hallucinants, toujours habile à une nouvelle prépondérance. Elle est une redoutable adversaire, déboussolée, elle est capable de retourner les aiguilles d'une montre, les lois de la société n'ont aucune emprise sur elle. Elle est un tourbillon qui sème le trouble partout où elle foule ses pieds. Sa seule arme, son intelligence, elle en use avec machiavélisme. On l'aime, on la déteste, on la vénère, on la rejette, on l'approuve, on la méprise. Elle est une puce dont on ne sait pas comment s'en débarrasser. Elle sape toutes les calomnies, elle détourne tous les pièges sur sa route, et ça n'en finit pas, comme si le mot échec n'avait aucun pouvoir sur elle. Une bonne joueuse. Par contre, Amélia est une femme sobre, circonspecte, altruiste, elle rêve de bonheur et ne pense qu'à donner du bonheur autour d'elle. Une fois qu'elle se rende compte que ce bonheur est inaccessible, elle s'afflige amèrement. Elle est sans savoir que son monde n'est fait que de fourberie et de duperie à tel point que sa modestie se mue en une naïveté excessive et la plonge dans une forme d'ignorance. Son seul juge devient le temps....
Merci à William Makepeace Thackeray, pour ce beau et grand voyage!
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Bruidelo
  06 novembre 2017
« Foire aux Vanités - Roman sans héros », l'oeuvre de Thackeray est d'abord une critique de la société anglaise du début XIXème, et d'une certaine façon de l'humaine condition, ici-bas, au point qu'il n'y a pas vraiment de personnages attachants : l'homme est une vaine marionnette et le romancier ne peut qu'adopter une distance ironique face à ce spectacle farcesque de l'agitation humaine.
S'attaquant à l'hypocrisie et aux contradictions des hommes, Thackeray excelle à nous faire éprouver à l'égard de ses personnages des sentiments complexes et ambivalents, mouvants. Becky Sharp en particulier est une figure marquante, un personnage très intéressant, de ceux qu'on n'oublie pas. Rebecca est belle, intelligente, douée, vive et séduisante mais sa pauvreté et sa volonté de se faire une place au soleil dans cette foire aux vanités qu'est le monde la conduisent à abandonner tout scrupule, voire toute capacité à aimer - on ne peut pas lui donner tort lorsqu'elle se dit:
« je crois que je pourrais être vertueuse si j'avais cinq mille livres sterling de revenu »
Admirable et détestable manipulatrice, coupable et victime, la brillante Becky fait éclater l'hypocrisie de la foire aux vanités qui la pousse à adopter un comportement que cette même société condamne ... chez elle, mais évidemment pas chez le riche marquis de Steyne.
La Foire aux Vanités nous offre le passionnant spectacle d'une comédie humaine, trop humaine, où l'analyse sociale et psychologique met en relief avec humour et finesse l'effet délétère de la place donnée à l'argent, la laideur et l'hypocrisie d'une société qui n'assume pas sa profonde immoralité.
Merci Arabella!
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Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
Cricri124Cricri124   12 avril 2019
La Belgique n’est pas du reste, par elle-même, fort belliqueuse, car son histoire atteste, depuis des siècles, qu’elle se contente de fournir un champ de bataille aux autres nations.
Ce riche et florissant royaume présentait aux premiers jours de l’été de 1815, un air de bien-être et d’opulence qui rappelait les plus beaux temps de son passé. Ses vastes campagnes et ses paisibles cités s’animaient de la présence de nos beaux uniformes rouges ; ses magnifiques promenades étaient sillonnées en tout sens par de fringants équipages, par de brillantes cavalcades ; ses rivières côtoyant de riches pâturages, d’antiques et pittoresques hameaux, de vieux châteaux cachés sous d’épais ombrages, promenaient doucement sur leurs ondes la foule indolente des touristes anglais ; le soldat buvait à l’auberge du village et, chose plus rare, payait libéralement sa dépense ; le Highlander, logé dans les fermes flamandes, berçait le nouveau-né, tandis que Jean et Jeannette allaient rentrer les fourrages. Un pinceau délicat trouverait là un charmant sujet comme épisode de la guerre à cette époque. On eût dit les préparatifs d’une revue inoffensive et brillante. Cependant Napoléon, abrité par une ceinture de forteresses, se préparait, lui aussi, à envahir ce pays.
[ ] Chacun, dans ce tourbillon joyeux, dont le centre était à Bruxelles, se laissait entraîner à la poursuite des plaisirs ou par le cours de ses pensées intimes. Il semblait qu’on ne voulût point voir l’avenir avec ses menaces, apercevoir l’ennemi qu’on avait devant soi.
Livre 1, Chapitre XXVIII. Amélia arrive en Belgique.
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Eric76Eric76   08 octobre 2016
William Dobbin se retira dans un coin de la cour, où il passa le reste de la récréation en proie à la plus vive tristesse, au chagrin le plus cuisant. Qui parmi nous ne se rappelle ces heures pénibles et amères, ces douleurs de notre enfance ? Qui mieux qu’un enfant ressent l’injustice ? Qui tremble plus devant la raillerie ? Qui a un sentiment aussi pénétrant du mal qu’on lui fait, une gratitude aussi expansive pour un acte de bonté ? Et vous ne craignez pas de flétrir, de torturer ces jeunes âmes ! et pourquoi, mon Dieu ? pour une malheureuse erreur d’arithmétique, pour l’amour de ce damné latin.
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Gwen21Gwen21   11 octobre 2017
Que miss Sharp ait résolu au fond de son cœur de faire la conquête de ce gros et gras garçon, nous n’avons, mesdames, aucun droit de l’en blâmer. Car, si le soin de la chasse aux maris est généralement, par un sentiment de modestie très-louable, départi par les jeunes filles à la sagesse de leurs mères, il faut se souvenir que miss Sharp n’avait nul parent d’aucun genre pour entrer à sa place dans ces négociations délicates. Si donc elle ne cherchait un mari pour son propre compte, il y avait peu de chance qu’elle trouvât, dans tout l’univers, quelqu’un qui s’en occupât pour elle. Qu’est-ce qui engage toute notre belle jeunesse à aller dans le monde, si ce n’est la noble ambition du mariage ? Qu’est-ce qui fait partir toutes ces bandes pour les eaux ? Qu’est-ce qui fait danser jusqu’à cinq heures du matin dans une saison mortelle ? Qu’est-ce qui fait travailler les sonates au piano-forte et apprendre quatre romances d’un maître à la mode, qu’on paye une guinée le cachet ; jouer de la harpe quand on a le bras joli et bien fait, et porter des chapeaux et des fleurs vert Lincoln, si ce n’est l’espérance qu’avec tout cet arsenal et ces traits meurtriers on frappera au cœur quelque souhaitable jeune homme ?
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stcyr04stcyr04   01 mai 2012
Mistress Rebecca Crawley habitait le même hôtel que ces dames, et,
jusqu'à cette époque, elles s'étaient efforcées de part et d'autre
à se prouver, dans leurs moindres rapports, combien elles se
détestaient. Si, par hasard, milady Bareacres rencontrait mistress
Crawley dans l'escalier, aussitôt elle détournait la tête avec
affectation. Toutes les fois qu'on prononçait devant elle le nom de sa
voisine, elle avait mille petites infamies à raconter sur sa conduite.
La comtesse ne pouvait digérer les familiarités du général Tufto avec
la femme de l'aide de camp, et lady Blanche la fuyait comme si c'eût
été la peste ou la vermine. Le comte seul échangeait volontiers
quelques paroles avec elle toutes les fois qu'il pouvait échapper à la
surveillance de ces dames.

Rebecca allait pouvoir enfin se venger de tant d'outrages. Tout
l'hôtel savait que les chevaux du capitaine Crawley étaient restés à
l'écurie. Et, dès le commencement de l'alerte, lady Bareacres avait
daigné envoyer à Rebecca sa femme de chambre pour lui présenter ses
compliments et lui demander le prix qu'elle voulait de ses chevaux.

Mistress Crawley lui retourna ses compliments dans un billet où elle
lui faisait savoir qu'il n'était pas dans ses habitudes de traiter
avec des femmes de chambre.

À la suite de cette brève réponse, le comte en personne fut dépêché
auprès de Becky, mais son ambassade n'obtint pas plus de succès que la
précédente.

«M'envoyer une femme de chambre, à moi! s'écriait mistress Crawley
simulant la fureur. Pourquoi lady Bareacres ne m'a-t-elle pas fait
dire tout de suite de mettre les chevaux à sa voiture? Est-ce milady
ou sa femme de chambre qui veut prendre la fuite?»

Telles furent les seules paroles que le comte put arracher à mistress
Crawley, et qu'il alla reporter à la comtesse.

Mais à quoi la nécessité ne peut-elle nous réduire? Après ce second
échec, la comtesse alla trouver elle-même mistress Crawley; elle la
supplia de lui céder ses chevaux, lui promit de les payer ce qu'elle
voudrait, s'engageant même à recevoir Becky à l'hôtel Bareacres si
celle-ci consentait à lui procurer tel moyens d'y rentrer.

Mistress Crawley partit d'un éclat de rire.

«Je me soucie peu de connaître la couleur de votre livrée, lui
dit-elle d'un ton moqueur; quant à vous, ma belle dame, vous ferez
bien de faire votre deuil de l'Angleterre, ou pour le moins de vos
diamants. Soyez tranquille, les Français s'en accommoderont. D'ici à
deux heures, vous les verrez à Bruxelles; pour moi, je serai déjà
à moitié chemin sur la route de Gand. Vous m'offririez, pour mes
chevaux, les deux gros diamants que Votre Seigneurie portait au bal,
que je n'en voudrais pas, entendez-vous, ma très-noble lady.»

Lady Bareacres frémissait de rage et d'effroi; elle avait cousu une
partie de ses diamants dans la doublure de sa robe, et caché le reste
dans les habits et les bottes de milord.

«Madame, reprenait-elle, mes diamants sont chez le banquier, et
j'entends avoir vos chevaux à l'instant.»

Rebecca se mettait à rire de plus belle.

La comtesse redescendit, toute bouleversée par la fureur, et elle
rentra dans sa voiture. La femme de chambre, le valet de pied et le
mari furent expédiés dans des directions opposées, pour tâcher de se
procurer une rosse quelconque. Malheur à qui manquerait à l'appel!
Milady était décidée à partir impitoyablement dès qu'elle aurait des
chevaux: tant pis pour son mari s'il ne se trouvait pas là.

Rebecca, de sa fenêtre, eut la satisfaction de voir milady assise dans
sa voiture toute prête à partir, sauf les chevaux, et de lui adresser
de railleuses condoléances, tandis que la comtesse s'emportait contre
les lenteurs de ses maladroits émissaires.

--Ne point trouver de chevaux! disait mistress Crawley, il y a de quoi
se désoler, lorsqu'on a tant de diamants cousus dans les coussins de
sa voiture! Les Français auront à se réjouir d'une si belle prise! je
ne parle que des diamants, bien entendu.

+ Lire la suite
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Gwen21Gwen21   27 octobre 2017
Miss Crawley n’avait point vu son neveu depuis cet âge ingrat où la voix varie, du ton grave aux notes aiguës, à travers un enrouement rauque et désagréable, où les jeunes adolescents se rasent en cachette avec les ciseaux de leurs sœurs, et où la vue des personnes d’un autre sexe produit sur eux des sensations de terreurs indéfinissables ; alors que de grandes mains et de grands pieds se rattachent, sans qu’on sache trop comment, à des vêtements qui semblent tous les jours se raccourcir un peu plus ; alors que, dans le salon, la présence des mêmes adolescents après dîner effarouche les dames qui, à la faveur des premières ombres du crépuscule, se disent tout bas leurs secrets à l’oreille ; alors qu’un certain respect pour leur innocence fort contestable, empêche entre les hommes l’échange de ces grosses plaisanteries qui ont la prétention d’être spirituelles ; alors que le père ne se gêne pas encore pour dire à son fils : Allons, Jacques, mon garçon, va voir de l’autre côté si j’y suis ; et que le jeune homme, à moitié content de retrouver sa liberté, à moitié blessé de ne pas être traité en homme, laisse les messieurs vider quelques bouteilles.
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Videos de William Makepeace Thackeray (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de William Makepeace Thackeray
Bande annonce VO de la série Vanity Fair (2018), adaptation du roman de William Makepeace Thackeray, paru en français sous le titre La foire aux vanités
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