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EAN : 9782823617368
272 pages
Editions de l'Olivier (14/01/2022)
4.37/5   64 notes
Résumé :
« Par une nuit aux étoiles claires, Gabrielle court à travers champ. Elle court, je crois, sans penser ni faiblir, court vers la ferme, la chambre, le lit, s’élance minuscule dans un labyrinthe de maïs, poussée par une urgence aiguë, par le besoin soudain de voir, d’être sûre. Gabrielle sait qu’il est trop tard – ses paumes meurtries le lui rappellent – pourtant elle court, de toute la vigueur de ses treize ans. »

Des premières heures balbutiantes à l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (35) Voir plus Ajouter une critique
4,37

sur 64 notes
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Kirzy
  07 mai 2022
Il est rare de lire un premier roman aussi abouti, j'ai été totalement cueillie par sa sensibilité énergisante qui donne à ressentir, vivre chacune de ses pages.
Dès le premier chapitre, Laurine Thizy déploie un univers singulier qui surprend et magnétise l'attention : une jeune fille de treize ans qui court en pleine nuit dans un champ de maïs, les paumes « cautérisées par les broderies d'un coussin », avant de s'endormir contre le corps de son arrière-grand-mère qui vient de mourir, sous le regard d'une statue de plâtre de la Vierge « désormais muette ». On ne lâchera jamais Gabrielle, adolescente effrontée à la fois conquérante et fragile, animée d'une urgente vitalité depuis sa naissance de très grande prématurée.
Laurine Thizy a construit admirablement son roman, comme un thriller, le nourrissant de mystère et de questions : pourquoi Gabrielle court-elle cette nuit-là ? quel terrible secret cache-t-elle ? celui qui a tout fait basculer ? Qui est le narrateur qui l'appelle affectueusement « ma Gabrielle » mais semble si peu sûr avec ces « je crois », « j'imagine », « je pense » ?
Le suspense est maintenu jusqu'à la fin, jusqu'à un dernier chapitre à la révélation déchirante et tellement éclairante que j'ai juste eu envie de lire à nouveau le roman pour éclairer les subtilités de l'intrigue qui conduisait à elle. Cette histoire construite en boucle est vraiment très puissante, sa force renforcée par une narration à la discrétion ingénieuse.
Les Maison vides est en fait un roman initiatique centré sur le superbe personnage de Gabrielle en pleine épreuve, plus largement une histoire intergénérationnelle entre une adolescente et son arrière-grand-mère qui partagent tant, des yeux verts au caractère rebelle. Et dans ce récit, les personnages sont incroyablement incarnés.
Le travail de l'auteure à décrire les corps est omniprésent : le corps du prématuré qui se bat pour survivre, le corps qui se transforme étrangement à l'adolescence, le corps qui souffre lors d'exigeants entrainements de GRS, le corps qui subit l'asthme, le corps qui s'abime sous le poids de la culpabilité, le corps qui vieillit puis agonise. le corps qui dit la vérité de l'être, la plus profonde, la plus crue, une vérité tellement criante que personne ne la voit telle qu'elle est au départ, lecteur compris. Les mots de l'auteur ont la grande qualité de ne jamais expliquer ce que font les personnages ou pourquoi ils ressentent ainsi, elle donne à voir par la description ciselée de ces corps contraints.
Et puis, il y a ces formidables embardées surnaturelles, décalées, inquiétantes autour des araignées que crachent Gabrielle mais qu'elle seule voit, comme en écho aux nénuphars de Chloé dans L'Ecume des jours. Elles apportent beaucoup au roman en le teintant de singularité.
« Depuis qu'elle s'impose ce strict régime, Gabrielle constate que les araignées ne s'affaiblissent pas. Au contraire, il semble même qu'elles sont plus grosses, plus velues, qu'elles lui chatouillent la gorge plus souvent qu'auparavant. Parfois, elles restent tranquilles pendant des jours, des semaines. Parfois, des quintes de toux grasse amènent dans ses glaires des spécimens particulièrement dodus. La taille des araignées varie, leur couleur à peine. Leur corps est d'un noir lisse, brillant comme un éclat d'obsidienne, les pattes sont courtes, étrangement courtes si on les compare à l'abdomen enflé, imposant. de minuscules poils noirs saillent autour des mandibules, les yeux son invisibles, noyés dans la pénombre de la tête ; mais Gabrielle les devine, horrifiée. Elle les imagine blancs ou rouges, luisants dans l'obscurité, et l'idée que de tels monstres habitent son corps lui fait horreur. Elle écrase les bêtes entre le pouce et l'index, sent la carapace exploser sous ses doigts, se hâte alors de les jeter ; tire la chasse, se lave les mains au savon et à l'eau brûlante. de temps en temps un fil de soie lui reste coincé dans la gorge, comme parfois ses propres cheveux, qu'elle enroule autour de l'index pour le retirer. Pour cette raison, Gabrielle n'embrasse presque jamais Raph avec la langue. Elle redoute par-dessus tout qu'un pan de toile se noue à leurs bouches unies, les ligote comme une proie. Elle a dans la tête des images de cocon de soie et de langues prisonnières, dévorées. »
Coup de coeur pour ce remarquable roman sur la perte de l'innocence et le passage à l'âge adulte.
Lu dans le cadre de la sélection 2022 des 68 Premières fois #7
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bichonbichette
  25 mai 2022
Je suis le loir qui furète dans la charpente au-dessus de la chambre de Gabrielle. Elle ne me voit pas, mais elle m'entend, je fais un boucan du diable, il me plaît de ne pas la laisser s'endormir le soir.
D'ailleurs, je sais que Gabrielle se sert de moi comme prétexte pour justifier ses yeux cernés.
Malgré ses treize ans Gabrielle porte de lourds secrets, elle ressort la nuit comme une chauve-souris pour aller sur la tombe de son arrière-grand-mère dans le cimetière. Elle se faufile, menue et tremblante dans le froid.
Mais, ne vous y fiez pas, Gabrielle est une forte tête, et au moment où elle l'aura décidé, sa jeunesse et sa beauté vont éclater à la figure de cette famille qui ne sait pas qui elle est. Gabrielle va se dresser devant elle, et ses yeux verts, son port de tête de danseuse, son dos cambré, ses formes naissantes vont bientôt aimanter le regard des hommes.
Gabrielle n'a pas peur du combat, du corps-à-corps, d'ailleurs sa première lutte elle l'a livrée à peine sortie du ventre maternel, seule contre tous, dans sa couveuse, pour sa survie, loin de l'amour et de tendres peau à peau.
Roman sur l'adolescence, les relations avec le corps, tantôt soumis par la gymnastique ou l'anorexie, tantôt corps rebelle lorsque la toux empêche de respirer. Toux, glaires noires, semblables à des araignées qui encombrent la trachée, fils de soie qui cousent la bouche. Mais aussi corps flétri, fatigué, usé, parsemé de taches et de veines de l'arrière-grand-mère.
Un livre étrange, déroutant, très maîtrisé en une boucle parfaite, qui flirte à la lisière du rêve et du cauchemar. Je suis cependant restée un peu sur ma réserve du fait de quelques longueurs, et du procédé narratif par un personnage dont l'identité ne nous est dévoilée qu'à la toute fin. Ce procédé est certes original mais il m'a mis à distance des tourments de Gabrielle.
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Kittiwake
  24 mars 2022
Dès les premières phrases, le récit intrigue. Une jeune fille s'attarde auprès du corps de sa défunte grand-mère.Quelques détails interrogent, et pourtant, relu après avoir tourné la dernière page, ce prologue contient en filigrane tout ce que l'on apprendra peu à peu au fil du roman.
Les époques s'entremêlent, évocation des racines, naissance trop précoce, dons du ciel pour une survivante, famille aussi aimante que vorace…
Alors que viennent faire ces deux clowns, qui parcourent les couloirs d'un hôpital pédiatrique, récompensés par le sourire retrouvé ?
C'est avec retenue et finesse que le portrait de Gabrielle s'étaye au fil des chapitres. L'enfant précaire s'épanouit, avec grâce et compétence, mais un drame, qu'elle porte au plus profond d'elle-même mine ses jours et ses nuits, alors que des araignées velues l'envahissent.
La construction est superbe, laissant le mystère bien à l'abri derrière les pièces du puzzle qui trouvent lentement leur place. Beaucoup d'émotions et d'empathie pour cette enfant si prompte à se sacrifier, pour une performance, pour sa famille, ou pour porter la voix des générations de femmes qui l'ont précédée et ont fait d'elle ce qu'elle est aujourd'hui.
Un premier roman remarquable.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Ptitgateau
  04 mai 2022
Curieux roman qui pousse le lecteur au questionnement permanent : qui est ce narrateur qui emploie de temps à autre la première personne du singulier ? Que fait cette enfant près d'une aïeule morte dès le début du roman ? Qui sont tous ces personnages rencontrés au cours du roman. Fort heureusement ils nous seront présentés et on comprendra que se succèdent pour converger ensuite, les épisodes de la vie de Gabrielle : Gabrielle, bébé né prématurément, Gabrielle, jeune fille et gymnaste pleine de vie, Gabrielle singulière adolescente secrète et dévouée aux siens, Gabrielle qui porte et subit sa prématurité.
Un récit riche par les sujets abordés : la prématurité et la délicate mission confiée aux parents qui rentre avec un bébé qui a terminé sa maturation en couveuse, la maladie de l'enfant délicatement amenée par la présence des clowns en milieu hospitalier, mais également la famille et l'héritage des femmes qui en se succédant assument la gestion de la famille, la difficulté d'être parents et de se sentir impuissant face au mal être de son enfant, le deuil des parents comprenant que leur enfant va s'envoler et prendre des chemins différents de ceux qu'ils avaient imaginés.
Deux personnages me paraissent marquer le roman, les grands-mères : effacées parfois, et qui surgissent soudain pour un avis, pour une action précise, omniprésentes dans la famille.
J'ai personnellement apprécié la grand-mère espagnole avec son parler mitigé dans les deux langues, son assurance et les idées l'amenant à des gestes ou des actions brutales qui m'ont fait sourire même si l'humour n'est pas de mise dans le roman.
Un beau roman assaisonné à la sauce tradition chrétienne qui rythme la vie et qui montre l'évolution d'une famille en dépit des attaches religieuses que celle-ci possède.
Lien : http://1001ptitgateau.blogsp..
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Mousquetaire11
  13 mai 2022
Sophie Durant se prépare, et Gabrielle Pradier se présente sur le praticable B...bip...🎵
Derrière les sauts cosaques, les tours illusions et des roulades exécutées à la perfection que ce soit lors de l'entraînement ou en compétition, Gabrielle semble être une jeune fille épanouie.
Pour en arriver là, il a fallu de nombreuses heures de travail qui ont fait disparaître les handicaps de sa naissance. Pourtant, malgré tout, la perte de la Maria, son arrière grand-mère va basculer son quotidien et lui faire quitter le monde insouciant de l'enfance...
Laurine Thizy nous propose ici un remarquable ouvrage d'une très forte intensité. A sa lecture j'ai été impressionnée de voir à quel point la plume de l'auteure est aussi travaillée alors qu'il ne s'agit que de son premier roman ! Une étoile montante de la littérature est née. Laurine Thizy, à la lecture des maisons vides a su me procurer de nombreuses sensations que ce soit de la joie, de la tristesse ou encore de l'espoir... L'auteure a su aborder ces thèmes principaux avec une grande sensibilité qui ne vous laissera pas indifférent.
Les 68premièresfois je tiens à vous féliciter pour votre choix qui est un véritable coup de coeur pour moi. Ancienne gr et sensible à la question de la prématurité et de la mort, ce roman restera longtemps gravé dans ma mémoire...
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critiques presse (2)
RadioFranceInternationale   21 mars 2022
La primo romancière Laurine Thizy nous présente son roman « Les maisons vides », le destin de Gabrielle l'héroïne qui, avec une énergie prodigieuse, grandit, lutte, s'affranchit.
Lire la critique sur le site : RadioFranceInternationale
LeFigaro   18 février 2022
Un remarquable premier roman, porté par une écriture accomplie et délicate.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
nineentreleslignesnineentreleslignes   25 juin 2022
Laisser au clown l’émerveillement. Laisser au clown la détresse. Laisser au clown l’impatience. C’est la première chose que j’ai apprise : le nez protège. On – Off. Avec son nez, le clown est clown. Sans son nez, le clown n’est plus clown. Laisser au clown l’impatience.
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bichonbichettebichonbichette   31 mai 2022
Alors Gabrielle déshabille le petit frère et le glisse dans les bras de la mémé. Les voici, la vieille espagnole et le petit frère de dix-huit mois babillant, là tous les deux, blottis l'un contre l'autre dans l'eau claire, l'enfant dans son éclatante jeunesse avec sa peau rosée qui repose sur la poitrine distendue, au creux des bras veinés. Ils sont tournés l'un vers l'autre badins, sourire radieux du petit Jean, joues rondes, incisives flambantes, à peine poussées, sous le regard voilé de la Maria - sourire partiellement évidé comme celui du petit frère. Gabrielle observe l'enfant et la mémé, la vieille peau molle, les réseaux de veines qui saillent sous la peau, les poils filasse presque inexistants au bas du ventre ; et par contraste cette fraîcheur hallucinante du petit frère. Son sexe d'oisillon fait rire sa mère et tout le monde. Il bat des mains dans l'eau, enfant de lumière posé contre le sein antique d'une madone nue. (p.232)
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KittiwakeKittiwake   24 mars 2022
Par une nuit aux étoiles claires, Gabrielle court à travers champs. Elle court, je crois, sans penser ni faiblir, court vers la ferme, la chambre, le lit, s'élance minuscule vers un labyrinthe de maïs, poussée par le besoin soudain de voir, d'être sûre. Gabrielle sait qu'il est trop tard - ses paumes meurtries le lui rappellent-, pourtant elle court, de toute la vigueur de ses treize ans.
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AntoineRichelieuAntoineRichelieu   21 avril 2022
L'ncipit

Par une nuit aux étoiles claires, Gabrielle court à travers champs. Elle court, je crois, sans penser ni faiblir, court vers la ferme, la chambre, le lit, s’élance minuscule dans un labyrinthe de maïs, poussée par le besoin soudain de voir, d’être sûre.
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joellebooksjoellebooks   22 février 2022
Quand Suzanne retrouve une sorte d’équilibre des fluides, l’hôpital lui autorise la sortie – pour Gabrielle, il faut attendre. La mère réintègre son domaine, maison étrangère, maison silencieuse qui lui rappelle son ventre vide et cette enfant qui se débat, ailleurs. Elle s’empresse de fuir. Débutent alors les allers-retours quotidiens sur la route de l’hôpital. Le temps que dure l’hospitalisation de Gabrielle, Peyo, puis Suzanne avec lui, observent les maïs pousser.
Au moment de l’accouchement, les semis s’élèvent de quelques centimètres ; à la sortie de la pédiatrie, trois mois plus tard, les plants d’un vert ciré, avec leur fleur mâle dressée comme une plume d’Apache, auront atteint un mètre soixante et seront prêts à être castrés. Entretemps, les parents apprennent par cœur le trajet vers le sud, ils constatent chaque jour davantage la fonte des neiges et l’avancée du printemps. Parfois, lorsque le ciel est voilé, les montagnes paraissent s’évanouir. D’autres jours, elles se détachent du ciel, scintillantes, si nettement qu’on les croirait accessibles à pied.
Suzanne en devient superstitieuse. Maintenant, elle fait des paris sur l’état de santé de Gabrielle selon la netteté de l’horizon. Montagnes invisibles : Gabrielle a des difficultés respiratoires. Ciel dégagé, montagnes claires : Gabrielle a un problème de température. Maigres nuages accrochés aux sommets : Gabrielle a des soucis cardiaques.
Car Gabrielle – ma Gabrielle sauvage et bagarreuse, fine comme un bébé sirène – n’est pas encore sauvée. Elle court le risque d’être aveugle, ou stupide. Elle se bat pour respirer, elle se bat pour manger, elle se bat pour grandir.

Je crois que le rapport à la douleur de Gabrielle se forge là, dans ces premiers jours où elle s’emploie à vivre avec son corps en avance. Pas complètement mûre pour la vie à l’air libre, Gabrielle apprend en urgence à oublier les eaux placentaires ; elle découvre la résistance sans en avoir les armes. Je me demande quel genre d’entêtement, quelle sorte d’effronterie on acquiert en commençant ainsi à vivre.
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Terrain Social #29 - IVG : une parole discrète - Laurine Thizy
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