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EAN : 9782823617320
250 pages
Éditeur : Editions de l'Olivier (19/08/2021)
4.23/5   58 notes
Résumé :
« Quand j’ai quitté Atlanta en jurant de ne jamais y revenir, j’ai emporté ce que j’avais cultivé durant toutes ces années : l’évitement muet de mon passé, le silence et l’amnésie choisie, enfouis comme une racine au plus profond de moi. »

Memorial Drive raconte deux quêtes d’indépendance. L’une, celle de Gwendolyn, la mère, échouera, se terminant dans la violence la plus inacceptable. L’autre, celle de Natasha, la fille, sera une flamboyante réussite... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Kittiwake
  20 septembre 2021
Natasha Trethewey est professeure d'université, poètesse reconnue, prix Pulitzer de la poésie en 2007, et métisse. Fille d'un poète canadien et d'une travailleuse sociale, dont le mariage se terminera rapidement, elle sera témoin et victime de la violence de son beau-père, et perdra sa mère à l'âge de 19 ans assassinée d'une balle dans la tête.
Cet épisode de sa vie, profondément traumatisant, elle le met entre parenthèse, une longue parenthèse, entre le meurtre et la décision d'affronter la vérité : années oubliées, comme "calées entre deux serre-livres", attentive à ne pas y toucher.
Mais le passé est là, même occulté, même ignoré et revient malgré tout sous forme de rêves, ou de flashs qui portent en eux un appel au souvenir, ou de malaises physiques inexpliqués :
« Bien sûr, nous sommes faits de ce que nous avons oublié, de ce que nous avons cherché à enterrer ou à retrancher. Une part d'oubli est nécessaire et l'esprit travaille à nous protéger de ce qui est trop douloureux ; cela n'empêche pas certains aspects d'un traumatisme de vivre dans notre corps et de se manifester de façon impromptue. »
A travers cette en(quête), c'est l'enfance qui surgit, celle d'une enfant qui subit les affronts racistes les plus vils, les Etats du sud n'ayant pas intégré la légalité des mariages mixtes.
Les souvenirs affluent, ceux qui ont réellement laissé leur empreinte dans sa mémoire et ceux qui résultent de la mémoire collective familiale, tant racontés qu'ils se sont intégrés et laissent l'impression d'avoir été vécus.
Ce retour nécessaire même s'il est douloureux n'est pas une chemin lumineux, la douleur modifie l'écriture, ainsi certains épisodes nécessitent le recours à la deuxième personne, pour mettre distance l'indicible.
L'écriture exorcise le malheur, et elle est le sens même de cette histoire :
« La mort de ma mère est rachetée par l'histoire de ma vocation, lui donne un sens au lieu de faire quelque chose d'insensé. C'est l'histoire que je me raconte pour survivre. »
Une plume sensible, à vif, illustre ce drame, et porte aussi la parole de toutes ces femmes victimes de violence conjugales.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Zakuro
  28 septembre 2021
Je tiens d'abord à remercier Léa du groupe PicaboRiverBookClub spécialisée en littérature américaine de m'avoir donné la chance de lire cet ouvrage dans le cadre d'un partenariat avec les Éditions de l'Olivier.
Cela fait quelques jours que j'ai refermé les dernières pages et je réfléchis encore aux mots que je vais poser sur ce récit autobiographique bouleversant de Natasha Trethewey traduit par Céline Leroy.
Son histoire lui appartient, et à elle seule.
L'écriture auréolée de justesse et de beauté se bat à sa manière contre les féminicides et les symboles confédérés du Mémorial Drive, la longue avenue traversant le coeur de la Ville d'Atlanta en Georgie.
Je l'ai lu rivée aux pages. Un chant d'amour posthume flamboyant, d'une infinie tristesse contenue et sans pensée vengeresse.
A l'aube de la cinquantaine et trente ans après le drame, Natasha Trethewey revêt les traits de la petite fille qu'elle était, née d'un mariage mixte entourée d'amour puis d'adolescente atrocement meurtrie pour raconter les années passées auprès de sa mère, Gwendolyn Ann Turnbough sauvagement assassinée par son deuxième ex époux le 5 juin 1985.
Une date marquée au fer rouge à partir de laquelle Natasha Trethewey remonte les années, raconte ses origines et le courage exemplaire de sa mère dans la vie de tous les jours et dans sa vie professionnelle au cours des années 70-80 à Atlanta.
J'ai été bouleversée par le drame. L'écriture profonde émeut par ses aveux de détresse, sa sincérité, la recherche de la vérité sous les silences. La voix lumineuse de Natasha Trethewey, grande poétesse américaine échappe au papier pour pénétrer les tréfonds de l'âme, « mettre des mots sur les maux » prend tout son sens.
La texture des mots de la confession et son authenticité génèrent un apaisement dans la douleur comme si Natasha Trethewey prenait de la distance nécessaire grâce à la résilience de l'écriture.
J'ai lu en une seule fois pour ne pas interrompre la voix intérieure de Natasha Trethewey, le sublime hommage à sa mère, Gwendolyn Ann Turnbough.
A lire absolument.
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JIEMDE
  28 août 2021
Drame ; racisme ; quête identitaire ; écriture rédemptrice…
Il est des thématiques pour lesquelles nous croyons avoir tout lu, tout vu. Et puis un matin d'été, tu ouvres et dévores Memorial Drive, de Natasha Trethewey, traduit par Céline Leroy. Et tu comprends qu'on n'en aura jamais fini d'écrire sur ces sujets. Et tant mieux quand c'est fait avec autant de talent, de puissance, de style et d'intelligence. Car c'est sans doute là qu'on approche de ce qu'on appelle littérature.
Memorial Drive, c'est l'histoire d'un féminicide horrible, celui de Gwendolyn la mère de l'auteure, survenu en 1985 alors que tous les signaux évocateurs auraient permis de l'éviter. Comme tous les autres…
Memorial Drive, c'est une enquête passionnée sur les origines du drame, né dans le racisme latent du Mississippi de l'après-guerre puis entretenu par la violence larvée et manipulatrice de « Big Joe », beau-père psychopathe de l'auteure.
Memorial Drive est une approche chronologique et documentée des paliers successifs qui amènent au drame, mélangeant habilement le récit, les témoignages, les rapports de police et les retranscriptions d'entretiens de menaces, qui additionnés résonnent comme autant d'avertissements sans effets.
Mais surtout…
Memorial Drive est un formidable cri d'amour de l'auteure à cette lignée de femmes Turnbough dont elle est issue : la grand-mère pivot de famille, la grand-tante Sugar, la tante Lizzie et enfin Gwendolyn, mère merveilleuse et protectrice.
Memorial Drive, est un livre catharsis d'une survivante qui malgré les années et les rêves souvent porteurs de signes, n'est pas parvenue à se libérer de sa culpabilisation. Jusqu'à ce que l'écriture fasse son effet, lui faisant remplacer le « je » du récit, avec le « tu » de celle qui a enfin réussi à se placer au-dessus de l'événement, spectatrice-analyste de son propre drame.
Memorial Drive est un livre intelligent dans sa construction, traversant les registres de l'émotion et du sordide dans une montée en horreur qui atteint l'inacceptable et l'injuste, par la seule force de la puissance de l'écriture de Natasha Trethewey.
Memorial Drive est un livre qui t'embarque dans son trauma. Tu grandis avec Tasha, tu aimes et rêves avec elle. Et puis tu souffres, angoisses, enquêtes et analyses avec elle. Et l'inclusion ayant fait son oeuvre, tu te retrouves toi aussi à entrer en totale empathie avec Gwendolyn.
Bref, Memorial Drive est un grand livre de littérature.
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mumuboc
  23 septembre 2021
Il faut parfois du temps pour parler, pour accepter de mettre des mots sur un traumatisme, Natasha Trethewey mettra 30 ans pour exhumer ses souvenirs d'enfance et du drame qui y a mis fin. Ce témoignage est un vibrant hommage d'une rare intensité d'une fille à sa mère à la fois par la sobriété de l'écriture dans laquelle on sent tout l'attachement et l'admiration qu'elle a pour celle mais également les regrets de l'avoir "oubliée" pendant tant d'années. Alors elle revient sur les lieux du crime, refait le chemin en remontant le temps, arpentant son enfance imprégnée de ce que couleur de peau, son métissage faisait d'elle, la mettant en marge parce que ni blanche, ni noire, dans un Mississipi ségrégationniste qui, lui ne fait pas ni dans la demi-mesure ni dans le mélange.
"Elle savait aussi qu'en tant qu'enfant métisse - à mi chemin entre eux deux -, je serai au bout du compte seule dans ce voyage pour comprendre qui j'étais, quelle était ma place dans le monde, tout en portant les fardeaux invisibles de l'histoire, à cheval sur la métaphore. Elle savait aussi qu'on se servirait du langage pour me nommer donc tenter de me limiter - bâtarde, mulâtresse, métisse, négresse - et que, comme avec la mule, cela m'entraverait et m'éperonnerait. Ma mère voulait juste que cela ne me détruise pas.(p52)"
Natasha Trethewey se souvient de son enfance heureuse entre des parents instruits et lui faisant découvrir la culture, le rôle des métaphores, lui montrant le chemin à prendre pour s'élever au-delà de la place qu'on lui assigne par sa couleur. Elle se souvient qu'elle est trop petite pour comprendre leur séparation, se souvenant avec émotion du duo qu'elle forme avec sa mère à leur arrivée à Atlanta même si elle continuait à la pousser à exceller dans toutes les matières afin d'ensuite rien se refuser dans ses choix. Mais Gwendolyn, sa mère, fera, elle, un mauvais choix en se liant à un homme, Big Joe, qui très rapidement va se révéler loin de l'image idéal du mari et du beau-père, un manipulateur et tortionnaire qui deviendra un assassin.
A la manière d'une enquêtrice elle relèvera les indices laissés, les avertissements tus, les souvenirs, mais aussi les sentiments comme la culpabilité ressentie, de n'avoir pas agi ou de l'avoir abandonnée à cette violence qui mettra fin à son existence, son admiration pour cette femme qui avait réussit à sortir de sa condition, à s'élever mais qui devra plier face à une folie, celle d'un homme dont elle avait pourtant réussi à divorcer mais qui se retrouva seule face à lui et ses menaces malgré les signalements et avertissements à l'image de Cassandre, auprès des autorités.
"Puisque personne ne veut entre ses avertissements, peut-être se dit-elle que son silence pourra empêcher le destin de s'accomplir. Mieux vaut garder certaines choses pour elle plutôt que d'appeler la catastrophe en parlant. (p81-82)"
Elle entremêle les formes pour réussir à aller au bout de son travail de mémoire, entremêlant les transcriptions des dernières conversations de sa mère et son beau-père, ses annotations et réflexions dans son difficile d'écriture, elle emploie le "tu" quand la distance est nécessaire et que le "je" devient trop lourd, mais ne résout en rien de la douleur d'avoir su, senti, tu tous les signes annonciateurs :
"Regarde-toi. Aujourd'hui encore tu cris que tu peux prendre tes distances avec cette petite fille par l'écriture, en recourant à la deuxième personne du singulier, comme si tu n'étais pas celle à qui tout cela est arrivé. (p13)"
mais également laisse transpirer l'hommage qu'elle veut rendre à celle qui, malgré son discernement, son intelligence est "tombée" entre les mains d'un homme qui a décidé de son destin.
En quelques 200 pages l'auteure fait le portrait d'une Amérique pas si lointaine (et encore actuelle) où tout vous ramène à la couleur de peau (même au dos d'un chèque) mais également d'un fléau mondial, la violence sur les femmes dans le cadre familial en particulier, où rien, ni les signalements, ni l'éloignement, ne vous protège.
J'ai beaucoup aimé.
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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AudreyT
  28 septembre 2021
****
En juin 1985, Natasha perd sa mère. Elle est assassinée par son ex-mari, de 2 balles tirées à bout portant. C'est dire la violence qui hante cet homme. Natasha l'appelait Big Joe, car il n'était pas son père, mais son beau-père. Devenue femme, écrivain de surcroît, elle décide de mettre des mots sur cette femme qu'elle chérit toujours, sur ce manque et cette douleur profonde…
Natasha Trethewey est une auteur reconnue aux États-Unis. C'est une poète qui a reçu plusieurs prix. le récit qu'elle nous offre ici est rempli de ce talent pour les mots, cette musique de la langue et la force son univers.
Cette autobiographie est la quête que Natasha Trethewey a entrepris pour retrouver les souvenirs de sa mère.
Bien des années après sa disparition, alors qu'elle refusait de retourner sur les lieux du drame, Natasha Trethewey rencontre un officier présent le jour funeste de juin 1985. Il lui donne l'ensemble du dossier d'instruction. C'est alors que Natasha se rend compte de tout ce qu'elle a enseveli, tout ce qu'elle s'est forcé à oublier, pour survivre.
Mais c'est aussi sa mère qu'elle a effacé. L'auteur fait alors revivre sous nos yeux, son enfance, son adolescence, les bons comme les mauvais jours. Comme elle, on constate que les choses auraient pu être différentes. Que sa mère aurait pu être sauvée.
Triste histoire de violences conjugales, émouvant retour à la vie, poignants souvenirs qui émergent de l'obscurité, Natasha Trethewey porte avec courage et force le douloureux chemin du deuil. Elle nous offre avec beaucoup de justesse et de pudeur sa propre route vers l'acceptation du manque…
Lien : https://lire-et-vous.fr/2021..
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critiques presse (2)
NonFiction   27 septembre 2021
Mêlant souvenirs, rêves, dossiers d’enquête, enregistrements, l’auteure explore les violences conjugales et la question raciale aux États-Unis.
Lire la critique sur le site : NonFiction
FocusLeVif   17 septembre 2021
Dans un récit bouleversant, la poétesse américaine surmonte son déni et sa douleur pour se souvenir de sa mère, assassinée en 1985 par son ex-conjoint.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Fanfan-DoFanfan-Do   23 octobre 2021
Quel que soit l’espoir qu’elle avait pu nourrir au début, quand ils sont tombés amoureux, pensant que l’amour suffirait à contrer les défis créés par le racisme, le pays lui avait démontré qu’elle avait eu tort : que l’amour seul serait incapable de ma protéger.
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Fanfan-DoFanfan-Do   23 octobre 2021
Voilà comment le photographe l’a portraiturée : sa robe est aussi noire que la toile derrière elle si bien que, à l’exception de son visage, tout son corps fait partie de cette obscurité dont elle émerge comme des profondeurs de la mémoire.
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gromit33gromit33   10 octobre 2021
J'ai toujours aimé le contact des livres, cette façon qu'ils donnent littéralement du poids aux mots et d'en faire un objet sacré que je peux tenir entre mes mains. p116
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Alice_Alice_   02 septembre 2021
Sugar ne s'exprimait pas comme mon père, mais elle aussi recourait aux idiotismes et aux métaphores. Elle me faisait taire à l'église en me disant d'être "aussi silencieuse qu'un rat pissant sur du coton". Le moindre secret commençait par "Motus et bouche cousue mais...". Quand elle a appelé son petit chien Toby en référence, m'a-t-elle expliqué, au terme vaudou qui désigne une amulette, j'étais ravie, persuadée qu'elle avait des pouvoirs magiques et était capable de changer d'apparence. Elle aimait la poésie des psaumes qu'elle récitait souvent en effectuant ses tâches ménagères. Des années plus tard, quand la démence l'a empêchée de parler normalement, elle psalmodiait ce qu'elle avait besoin de dire en adoptant cette même cadence. Bien avant que nous reconnaissions les signes de sa maladie, Sugar se présentait tous les jours à la porte de derrière en chantant mon nom à travers la moustiquaire, me tendant trois figues encore vertes au creux de sa paume : une offrande. Attends, semblaient dire les fruits, sois patiente et la douceur viendra. Sans prononcer un mot, elle m'apprenait le pouvoir figuré des objets, leurs juxtapositions riches de sens. (page 40)
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KittiwakeKittiwake   20 septembre 2021
Bien sûr, nous sommes faits de ce que nous avons oublié, de ce que nous avons cherché à enterrer ou à retrancher. Une part d’oubli est nécessaire et l’esprit travaille à nous protéger de ce qui est trop douloureux ; cela n’empêche pas certains aspects d’un traumatisme de vivre dans notre corps et de se manifester de façon impromptue.
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