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EAN : 9782362240980
Atelier In8 (27/09/2019)
3.87/5   374 notes
Résumé :
La vie de Rose, 50 ans, est faite d'amour des hommes et de soumission à ces derniers. Elle tente de se révolter.
Un roman noir sur la femme, ses désirs et le sexisme, le couple et la dépendance affective, mais aussi sur les épreuves ordinaires de la vie sans relief des invisibles sociaux.
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
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Pas facile d'écrire et publier après l'acmé que constitue l'obtention d'un prix Goncourt, surtout après un si beau roman, si personnel que Leurs enfants après eux. Malin, Nicolas Mathieu se permet une petite respiration, un pas de côté fort réussi avec cette novella résolument noire de 77 pages ciselées chez l'éditeur In8.

L'héroïne, Rose, pourrait être la mère d'un des ados provinciaux de son roman précédent. Elle a 50 ans «  un âge difficile où ce qui vous reste de verdeur, d'électricité, semble devoir disparaître dans le bouillon des jours », une « élasticité d'ensemble qui ressemble à de la jeunesse » mais un visage qui ne tient plus si bien la route. Elle est fatiguée, Rose. Divorcée, deux grands enfants qui font leur vie. Pas d'homme, trop compliqué, une copine avec laquelle elle picole le soir, après le taf, dans un rade comme il y en a plein. Malgré tout, elle se sent forte, surtout depuis qu'elle a acheté un flingue, au cas où un homme lui manque de respect, on ne sait jamais, c'est déjà arrivé et elle ne veut plus se laisser faire.

Nicolas Mathieu dresse un magnifique portrait de femme « ordinaire » avec le sens de la formule qu'on apprécie chez lui, son écriture empathique et sensible, tendre mais sans oeillère. Ses mots disent l'humain avec une acuité amère très juste sur notre époque et les rapports homme – femme.

Dès les premières pages, on l'aime, Rose, le lecteur veut croire à un nouveau bonheur possible lorsqu'elle rencontre Luc. Mais il se sent vite impuissant face à la fatalité en marche. Jusqu'à ce dénouement perturbant. Il m'a ébranlée profondément. Je ne m'y attendais pas , alors que toute la finesse de la construction du texte convergeait vers ce final-là.

Un texte concis, dense et déchirant qui confirme, si besoin, le talent de l'auteur.
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77 pages pour parler d'elle.
Rose.
77 pages pour nommer l'innommable, le manque d'amour, le vide après l'amour. Les espoirs et les désespoirs.
77 pages d'une femme ordinaire.
Rose.

Elle travaille au Royal, un café comme un autre. Sauf que ce jour là, elle sort son arme puis elle rencontre Luc. Tir au coeur.
Ils se revoient. C'est le début d'un amour addictif, d'un je t'aime moi non plus. Relation fuyante, muette, toxique, Rose les connaît bien les hommes. Ils se sont tous tirés. Pourtant à cinquante ans, elle est encore belle avec ses longues jambes effilées.

77 pages, est-ce assez pour raconter une histoire qui prend au ventre ? Il faut un style direct, pas de fioritures, de détails, pas trop de place a des déballages émotionnels. Faut être concis, brut.

J'ai aimé sans aimer cette Rose Royal. Je me suis inventée les sentiments, les émotions, le tintamarre du coeur qui coule à flot. J'ai inventé mais ne l'ai pas vraiment trouvé dans ce livre. Dommage.

C'était mon premier Nicolas Mathieu. Loin de son Goncourt surmédiatisé. Ça se lit mais ça ne marque pas. C'est comme un pétale qui frôle la peau pour s'échouer par terre. Ça passe, ça frôle, mais ça ne bouscule pas. Et j'aime les livres qui nous collent au mur.
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Rose a bientôt la cinquantaine. Mais, elle ne s'en formalise pas. Divorcée, deux grands garçons qui font leur vie, un boulot de secrétaire de direction qui paie les factures. Une silhouette élancée, de magnifiques jambes et des hommes qui se retournent parfois sur son passage. Un mec de temps à autre, au hasard d'un échange sur un site de rencontres. Là non plus, elle ne s'en formalise pas. Tous les soirs, après le boulot, elle va boire un coup au Royal. Il y a Fred, le barman, et surtout sa grande copine, Marie-Jeanne, qui vient les mardi et jeudi. Toujours avec sa paire de ciseaux. le Royal se transforme alors en salon de coiffure. Depuis sa relation avec Thierry, qui était à deux doigts de lui en coller une, Rose s'est offert, sur un site américain, un calibre .38 et cinq cartouches. Ça la rassure. Elle le trimbale d'ailleurs souvent avec elle, dans son sac. Ce qu'elle ne sait pas Rose, c'est qu'il va servir, ce flingue...

Nicolas Mathieu dresse, tout en finesse et sensibilité, le portrait, un brin amère, de Rose. Une femme lambda, presque la cinquantaine, une belle silhouette mais une femme abîmée qui ne croit plus vraiment en rien et n'attend plus grand-chose. Une femme avec un flingue dans le sac, des fois qu'un homme lève la main sur elle. Une femme qui tombe amoureuse, une dernière fois... Dans cette nouvelle, l'auteur distille peu à peu un léger sentiment de malaise, d'étouffement, une violence sourde. Un texte court mais dense qui dépeint, avec pessimisme, ces relations hommes/femmes. Une fin inattendue qui ébranle. Un portrait émouvant de femme qui croyait encore à l'amour...
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Sombres, inquiétantes, désenchantées sont les novellas que propose Nicolas Mathieu dans ce recueil.
2 histoires cruelles et terriblement crédibles :
Celle de Rose, quasi quinquagénaire, divorcée, 2 grands enfants, qui veut croire quand elle rencontre Luc, que l'amour est toujours à portée de main.
Celle du juge Wagner, retraité, qui, pour vaincre sa trop grande solitude, va se prendre d'amitié pour un jeune délinquant.
Des rencontres, des attentes et des fins réalistes.
Bien trop réalistes.
Et une écriture au cordeau👌🏻
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Avant que Rose ne s'étiole

Le Prix Goncourt 2018 nous offre un court roman noir qui prouve une fois encore son formidable talent. le portrait de Rose, quinquagénaire qui rêve d'un nouveau printemps, est aussi lucide que cruel.

Il paraît que pour un Prix Goncourt, il est très difficile de reprendre la plume. Il est vrai qu'après le formidable succès de Leurs enfants après, Nicolas Mathieu était très attendu. Avec Rose Royal qui, rappelons-le, n'est que sa troisième oeuvre publiée, il se remet doucement en selle, dans un format court, qui par parenthèse permet à IN8, un éditeur régional (basé à Serres-Morlaàs dans les Pyrénées-Atlantiques) de s'offrir une plus grande visibilité.
Rassurons d'emblée tous ceux qui ont aimé ses précédents livres, sa plume est toujours aussi aiguisée, son regard sur la société toujours aussi percutant.
Nous avons cette fois rendez-vous avec Rose dans un café de Nancy. Au Royal elle a pris ses habitudes, s'offrant quelques verres avant de rentrer chez elle, commentant l'actualité avec le patron, croisant la coiffeuse et sa meilleure copine. Bref, elle n'attendait plus grand chose de la vie, même si son physique conservait quelques atouts: «Rose aurait bientôt cinquante piges et elle ne s'en formalisait pas. Elle connaissait ses atouts, sa silhouette qui ne l'avait pas trahie, et puis ses jambes, vraiment belles. Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route.»
En attendant un très hypothétique miracle, elle avait réglé sa vie sur ce rituel qui la mettait à l'abri d'une relation décevante, comme celles que les réseaux sociaux offraient et à laquelle elle s'était quelquefois laisser aller quand la solitude devenait trop pesante. Car après tout, elle ne s'en était pas si mal sortie jusque-là. «Rose s'était mariée à vingt ans. Elle avait eu deux mômes dans la foulée, Bastien et Grégory, et un divorce sans complication majeure.»
L'événement qui va changer son quotidien survient au Royal un soir où le patron a joué les prolongations. En milieu de nuit un homme y trouve refuge avec dans les bras le chien qui vient d'être victime d'un accident. Rose ne le sait pas encore, mais cet homme meurtri est son nouveau compagnon. Ensemble, ils vont faire un bout de chemin, chacun voulant croire à une seconde chance «ne sachant que faire de ce nouvel âge de la maladresse». Après quelques mois, Rose va choisir de quitter son emploi pour seconder Luc et emménager chez lui. Un choix réfléchi? La suite va prouver que non.
Dans une ambiance proche de Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu sait parfaitement installer ces petits détails qui montrent que la mécanique s'enraye, que la belle histoire est un voeu pieux, que peu à peu Rose entre dans «cette escroquerie de la dépendance». Avec un épilogue glaçant que je me garde bien de de dévoiler. En revanche, ce bonbon acidulé est parfait pour nous mettre l'eau à la bouche et faire encore grandir notre impatience de nous plonger dans le prochain grand format de mon compatriote lorrain !

Lien : https://collectiondelivres.w..
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critiques presse (1)
Liberation
04 octobre 2019
Rose Royal, en 77 pages, raconte de façon implacable la tragédie des féminicides qui, l’an dernier, a entraîné la mort de 121 femmes en France et cette année déjà 113 aux premiers jours d’octobre.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
INCIPIT
Rose sauta du bus et traversa la rue d’une traite, courant presque, sans se soucier de la circulation qui était pourtant dense, et à double sens. Ce jour-là, elle portait une jupe de coton clair et un joli petit haut qui laissait voir ses épaules. Une veste noire pendait en travers de son sac à main, ses talons étaient d’un beau rouge cerise qui piquait l’œil. À distance, il était difficile de lui donner un âge, mais elle conservait une silhouette évidente, une élasticité d’ensemble qui ressemblait encore à de la jeunesse. Ses jambes, surtout, restaient superbes. Sur son passage, le flux automobile fut pris d’une hésitation, une ride dans l’écoulement de 18 heures, et un barbu en Ford Escort klaxonna pour la forme. Mais Rose ne l’entendit pas. Elle poursuivit du même pas rapide, indifférente et vive, glissant ses lunettes de soleil dans son sac au moment où elle poussait la porte du Royal. Dans sa course, elle avait laissé derrière elle un ricochet de talons qui s’éteignit dans la pénombre familière du rade. Elle regarda sa montre. Il était encore tôt. Rose était contente, elle avait soif. 
– Salut la compagnie. 
– Salut, répondit Fred, le patron. 
Tandis qu’il lui servait un demi, Rose déplia le journal du jour. Elle venait là chaque soir, en sortant du boulot, et s’asseyait toujours au bar, croisait haut ses jambes qui étaient sa fierté, et prenait un premier verre, une bière à coup sûr. Elle arrivait en général vers 19 heures. Souvent il faisait nuit, sauf l’été, et Rose éprouvait alors comme un remords. 
Le Royal était un rade tout en longueur, aux murs sombres, avec un long comptoir, trois tireuses à bière et de grandes baies vitrées poussiéreuses qui donnaient sur un chinois, une cordonnerie, une supérette. Dans le fond, il y avait un baby et un billard. Le mobilier datait des seventies, du bois et du skaï bleu. Les chiottes étaient sur la droite, plutôt propres, avec des stickers collés dans tous les coins. Il régnait toujours là-dedans une impression de fin de journée. La clientèle pouvait varier, la musique restait du rock. 
Dès la première gorgée, Rose sentit quelque chose se dénouer dans sa poitrine. La bière était fraiche, les pages du journal froissées et sous sa semelle gauche, elle pouvait sentir la solidité du métal du repose-pieds. Ces trois sensations lui faisaient déjà un monde, un chez-soi convenable. Elle humecta son doigt pour tourner les pages et Fred lui demanda ce qu’il y avait de neuf. 
Bof. Pas grand-chose. 
Rose aurait bientôt cinquante piges et elle ne s’en formalisait pas. Elle connaissait ses atouts, sa silhouette qui ne l’avait pas trahie, et puis ses jambes, vraiment belles. Son visage, par contre, ne tenait plus si bien la route. Il n’était ni gras, ni particulièrement creusé, mais le temps y avait laissé sa marque de larmes et de nuits blanches. Des rides compliquaient sa bouche. Et ses cheveux n’avaient plus leur densité d’autrefois, cette abondance sexuelle qui avait fait une partie de son succès. Au moins, sous sa couleur, personne ne pouvait deviner les cheveux blancs. 
Elle était parvenue à cet âge difficile où ce qui vous reste de verdeur, d’électricité, semble devoir disparaitre dans le bouillon des jours. Parfois, dans une réunion, ou dans les transports en commun, elle se surprenait à cacher ses mains qu’elle ne reconnaissait pas. Certains soirs, se regardant dans le miroir, elle se disait à partir de demain, je vais faire gaffe. Au Monop, il lui arrivait de claquer des petites fortunes en crèmes et shampoings divers. Des mots comme «tenseurs», «fibres cellulaires», «hématite» ou «collagène» avaient fait leur apparition dans son vocabulaire. Elle s’était inscrite à l’aquagym et se promettait épisodiquement de ne plus boire que de l’eau minérale. Il lui arrivait aussi de suivre des régimes à base de légumineuses, de viandes blanches ou de fruits secs. Mais chaque fois, le sentiment d’à quoi bon l’emportait. Il était déjà tard dans sa vie et ces efforts ne rimaient sans doute pas à grand-chose.
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Certains soirs, se regardant dans le miroir, elle se disait à partir de demain, je vais faire gaffe. Au Monop, il lui arrivait de claquer des petites fortunes en crèmes et shampoings divers. Des mots comme "tenseurs", "fibres cellulaires", "hématite" ou "collagène" avaient fait leur apparition dans son vocabulaire. Elle s’était inscrite à l’aquagym et se promettait épisodiquement de ne plus boire que de l’eau minérale. Il lui arrivait aussi de suivre des régimes à base de légumineuses, de viandes blanches ou de fruits secs. Mais chaque fois, le sentiment d’à quoi bon l’emportait. Il était déjà tard dans sa vie et ces efforts ne rimaient sans doute pas à grand-chose.
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Comme beaucoup de gens, Rose avait suivi chaque épisode [affaire Grégory] avec un appétit grandissant. Evidemment, ce crime l'épouvantait. Mais il y avait quelque chose d'autre, de plus profond. Elle reconnaissait ces gens. Elle avait grandi dans la Meuse, dans une famille du même genre, tramée de silences et de rancunes pareil, un bled minuscule avec deux usines et des pavillons en vis-à-vis, des angles morts et des haines qui remontaient à l'Occupation. Elle comprenait ces manières de bouger et de taire les choses, l'accent lourd, les refus têtus. Les journalistes pouvaient bien se moquer. Ces gens-là existaient. Ils étaient la chair à canon et le sang des fabriques, le gros du public de TF1 et les chiffres de l'abstention, la cohue des foires et la réalité du pays. Rose détestait cette manière qu'on avait de les traiter dans les journaux et à la télé.
(p. 14-15)
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Pendant le repas, ils passèrent en revue des connaissances qu'ils avaient en commun. Car médire était bien pratique. On se faisait comme ça le cadeau d'être facilement d'accord. Et puis le plaisir d'incriminer les petits travers de chacun, de faire le procès de l'éducation de leurs gosses, de dauber sur leur déco ou de critiquer la manière dont ils dépensaient leur fric permettait de replâtrer à bon compte les lézardes qu'on ne voulait pas voir chez soi.
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Ils étaient mûrs. Mais la cinquantaine, désormais, représentait un âge ambigu. Autrefois, à cinquante ans, on était vieux. Et ils sentaient bien dans leurs os, leurs fatigues, leurs maladies déjà chroniques, leurs peux devenues sèches, leurs cheveux plus rares, qu'une vérité de cet ordre se manifestait encore dans leurs corps à mi-chemin. Mais à présent que les familles volaient tôt en éclat et que la vie s'allongeait interminablement, la cinquantaine prenait aussi l'aspect d'une autre adolescence. Luc et Rose en étaient là, à se dévisager, ne sachant que faire de ce nouvel âge de la maladresse.
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