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ISBN : 2864325373
Éditeur : Verdier (02/05/2008)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Dans les villes-fantômes où se déroulent leurs aventures, Schwahn, Brown et Monge ne sont pas des héros exemplaires. Ils ne croient à rien, ils obéissent à leur hiérarchie avec réticence. Leurs exorcismes tournent mal, les missions qu'on leur a confiées ressemblent à la traversée d'un cauchemar. Un incendie se déchaîne à quelques mètres de Brown. Debout devant une porte d'où s'échappe une chaleur de four, Brown reste immobile. On lui a dit qu'une petite fille surgir... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Charybde7
  12 novembre 2014
Dans un lieu étrange et indéfini, comme la pâte dont sont faits les rêves, Schwahn, Brown et Monge sont les moines-soldats, ultimes soldats dévoués, quoique désabusés, de «l'Organisation», chargés d'effectuer des missions dont le sens leur échappe : exorciser une maison hantée en bord de mer, ou aller en pleine nuit, à une heure précise, au Tong Fong hôtel, sans comprendre pourquoi.
«L'Organisation» combattait autrefois pour faire advenir une société plus égalitaire mais le sens de sa mission s'est perdu dans une humanité dévastée, en train de faire naufrage.
«Bien que toujours désireuse de modifier le cours de l'histoire, l'Organisation avait renoncé à ses références anciennes. Elle savait que l'humanité était fichue et elle ne nourrissait plus l'espoir de voir naître sur terre une société prolétarienne juste et fraternelle. Elle souhaitait sauver en urgence le peu qui restait encore à sauver, et, comme les outils utopiques du passé se révélaient inopérants et même absurdes, elle fondait à présent sa stratégie sur des forces obscures qu'autrefois elle avait dénoncées comme surgies d'esprits arriérés ou typiques de régressions féodales : les rêves, les imprécations schizophrènes, les transes chamaniques, le fakirisme. Outre les bureaucrates maniaques de toujours, en haut de la hiérarchie on trouvait désormais des spécialistes de la métempsychose et des moines. Brown avait le sens de la discipline et il leur obéissait, mais il regrettait les temps mythiques, quand l'Organisation prônait la révolution mondiale ou, à défaut, les assassinats de responsables et de criminels, et que les agents se rendaient dans des lieux exotiques pour cribler de balles tel ou tel ignoble individu ou détruire telle ou telle insupportable cible. Comme il regrettait fortement ces temps-là. Atteint par un noir scepticisme, il ne voyait pas dans sa propre activité une manière efficace de repousser l'extinction du genre humain, ou du moins de préparer ce qu'il y aurait après l'avenir. Il s'adaptait, il avait été entraîné pour s'adapter à n'importe quelle situation, mais son enthousiasme militant était maintenant gangrené, pour ne pas dire proche de zéro. Il ne comprenait plus ce qu'il faisait sur terre. Il sentait la fin rôder, la sienne comme celle des autres. A maintes reprises, il avait envisagé le suicide, mais, par fatalisme, il ne retournait pas contre lui son arme de service et il continuait à accepter des missions, à voyager, à écouter les élucubrations de ses chefs. Et, pour finir, sans excitation et sans joie, il allait trouver les agents locaux qu'on lui désignait et il suivait à la lettre leurs instructions délirantes.»
Les histoires se rejouent, la mission de Brown au Tong Fong hôtel, avec des variantes mais toujours baignées dans l'incertitude, avec les mêmes acteurs, derniers représentants d‘une humanité au-delà du désastre, personnages de cauchemars récurrents et poignants.
«Durant la nuit, l'avertisseur de la locomotive avait beuglé à tout moment, avec une sorte d'obstination maniaque, comme si sans cesse le conducteur avait à effrayer des animaux ou des refugiés étendus sur la voie. Brown dormait par brèves périodes d'un demi-quart d'heure. Quand le train entamait une courbe, entre deux obscurités, il apercevait des dunes de gravier que les phares éclairaient obliquement pendant une seconde, des montagnes de granules noirs où la vie semblait impossible. Jamais ne surgissait la moindre silhouette de bétail noctambule ni la forme hagarde d'un vagabond d'apparence loqueteuse ou semi-loqueteuse ou même humaine. Avant que l'obscurité réenvahisse tout, Brown fermait les yeux. La voiture n'était pas éclairée et il ne distinguait même pas son propre reflet sur la vitre. Il somnolait, ses pensées erraient vers des paysages d'autres planètes, il imaginait d'autres mondes morts, encore plus morts que celui-ci, encore plus éteints, puis de nouveau il sombrait dans l'inconscience.»
Abrutis d'hébétude, les moines-soldats ne renoncent pas, toujours fidèles à une cause dont ils savent pourtant qu'elle est devenue sans objet, consumés par l'idéal dissous dans les défaites de l'homme.
Noirceur insurmontable, humour du désastre, beauté paradoxale des visions de ce monde crépusculaire, «Avec les moines-soldats» est un incontournable (paru aux éditions Verdier en 2008).
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Shan_Ze
  01 octobre 2015
Plusieurs histoires où des moines-soldats qui sont confrontés à des situations étranges : un exorcisme qui se retourne contre l'exorciste, Brown, un autre, rencontre une petite fille vu en rêve par un homme... Dans les histoires, on retrouve parfois les mêmes personnages et le thème du feu est très présent mais dans l'ensemble, ces histoires me sont restées obscures. Je n'ai pas compris où voulait en venir l'auteur.
Lutz Bassmann est le pseudonyme d'Antoine Volodine et Manuela Draeger, Elli Kronauer sont d'autres de ses pseudos. le style de ce livre ne m'a pas convaincu, je ne sais pas si je retenterai un de ses autres noms de plume...
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Charybde2
  04 septembre 2017
La mélancolie fatiguée des derniers combattants oniriques de l'égalitarisme vaincu.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/09/04/note-de-lecture-bis-avec-les-moines-soldats-lutz-bassmann/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   11 novembre 2009
On avance et on écoute. Qu'on ait ou non la bouche ouverte et qu'on décrive ou non à haute voix ou à voix basse l'image, les paroles et le silence jouent le même rôle dans l'histoire... Qu'on ait connu ou non ceux et celles qui ont été détruits et détruites, les souvenirs sont les mêmes. On dit l'histoire à haute voix ou à voix basse avec la parole et la voix des autres. Qu'on soit amnésique ou non, on se souvient des souvenirs des autres. On continue à avancer dans l'image comme si elle était la continuation de l'espace noir. On continue à avancer ou on s'arrête et on écoute, on écoute l'image, les souvenirs des autres et l'histoire. On écoute à l'intérieur de l'image, on écoute avec sa bouche qui dit les souvenirs des autres et qui dit ses propres souvenirs. Souvent on écoute aussi avec la bouche des autres et même parfois avec la bouche des personnages de l'histoire. La bouche qui écoute produit du bruit et du silence. Que les souvenirs soient douloureux ou non, que l'histoire soit inventée ou non, la bouche produit du souffle, du bruit et du silence. L'espace noir est pour toujours à l'intérieur de l'image. L'espace noir est l'espace d'après le feu, l'espace noir est l'espace d'après la captivité et le feu. Que les souvenirs soient douloureux ou non, l'espace noir est l'espace d'après la douleur. On écoute ce qui reste dans la poussière après la douleur et la bouche produit du souffle, du bruit et du silence. Que l'image soit dite à plusieurs voix ou à une voix, qu'on entende plusieurs souffles ou un seul, qu'on accompagne un personnage de l'histoire ou plusieurs, la solitude est immense.
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Charybde2Charybde2   04 septembre 2017
J’ai atteint mon objectif au milieu de l’après-midi, après une bonne heure de marche. J’avais évité la pluie, mais le ciel n’avait cessé de s’assombrir. Sur ma droite, la mer avait changé de couleur, elle aussi. Je l’ai encore longuement admirée, puis je me suis concentré sur la tâche que je devais accomplir. On m’avait assuré que rien ne me ferait obstacle, et que, une fois entré dans la propriété qu’une épaisse haie de troènes cachait au regard, je pourrais commencer mon travail sans que personne ne s’interpose ou vienne me demander des comptes. Au milieu des troènes, il y avait un portillon de fer. Je l’ai poussé et je me suis trouvé en face d’un pavillon en bois à un étage, dont les planches extérieures n’étaient pas dégradées, même si la laque qui les couvrait, à l’origine couleur de miel, avait bruni au fil des années. C’était une villa dépourvue de caractère, mais moins délabrée et plus grosse que les bicoques du voisinage. Le rez-de-chaussée était légèrement surélevé, ce qui avait permis de construire un porche avec deux ou trois mètres carrés de terrasse. Sur la droite, une remise minuscule s’adossait à la haie, avec un auvent qui abritait une vieille banquette de voiture. Sur la gauche on voyait un portique avec une balançoire. Derrière, il y avait la mer. Le terrain alentour n’avait pas été entretenu depuis longtemps et il était envahi de plantes sauvages, dans ces variétés laides et désordonnées qu’on rencontre sur les côtes, près des dunes, sur des sols salés par les embruns. Des perce-pierre, des bugranes rampantes, des betteraves maritimes et des choux marins aux feuilles épaisses, des euphorbes, des crambes, s’il faut en croire les manuels de botanique. La maison se tenait là, inintéressante et comme sans histoire, au milieu de cette végétation désolante. L’image aurait pu être banale s’il n’y avait eu le détail insolite de la guirlande tibétaine. Je savais déjà que je ne m’étais pas trompé, on m’avait fourni des indications précises : la dernière bâtisse sur la route de la côte, une haie de troènes, un étage, trois ou quatre marches devant la porte d’entrée, une petite terrasse sur la façade principale. Les guirlandes n’avaient pas été mentionnées, mais elles ne faisaient que confirmer que j’étais au bon endroit. Entre les colonnettes qui soutenaient l’appentis, au-dessus et en travers du seuil, quelqu’un avait accroché une série de fanions tibétains sur lesquels étaient imprimés des images religieuses, des animaux bénéfiques, des prières.
Ici, quelqu’un avait ressenti de la peur.
De la peur, une frayeur venue des abysses, une frayeur sans mesure.
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Charybde2Charybde2   04 septembre 2017
Une fois de nouveau dans la rue, ils avancèrent en direction du carrefour. Au-dessus d’eux, le ciel était pâle. L’espace maintenant bruissait. Les oiseaux s’étaient réveillés. Des mouettes avaient quitté les appartements en ruine où elles avaient passé la nuit et, rassemblées sur les gouttières, elles se disputaient ou s’épouillaient. Certaines déjà se déplaçaient par volées criardes d’une demi-douzaine d’individus. Elles tournoyaient, elles allaient et venaient à mi-hauteur. Certaines s’intéressaient à un cadavre allongé à l’entrée du carrefour. Un ivrogne ou un révolutionnaire avait été abattu là. Elles se posaient près de lui et elles le surveillaient du coin de l’œil.
– Regarde ça, dit Monge, ces charognardes. Elles vont le becqueter.
– Elles ont dégénéré, comme tout ici, dit Yasmina.
– Il y a eu un temps, quand la transmigration était le sujet à la mode, j’étais attiré par l’idée de renaître en oiseau, dit Monge.
– Et aujourd’hui ? demanda Yasmina.
– Je ne sais plus trop, dit Monge.
– Moi, malgré tout, j’aimerais bien ressusciter sous forme de mouette, dit Yasmina. De mouette non dégénérée. Mais ça sera difficile.
– Oui, dit Monge. C’est dur, de ressusciter.
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Charybde2Charybde2   04 septembre 2017
J’ai dénoué la fermeture de ma sacoche. Je n’avais rien touché, jusqu’à cet instant, de ce que j’apportais avec moi.
– Schwahn, ai-je dit. Tu as reçu une formation de moine assez complète, mais tu es aussi un soldat et, en ce domaine, tu n’as de leçon à recevoir de personne. L’exorcisme ne provoque aucun résultat. Tu as assez d’expérience pour savoir que la spiritualité a des limites. Essaie une approche plus militaire.
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