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ISBN : 2864329328
Éditeur : Verdier (24/08/2017)

Note moyenne : 4.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Tassili, Goodmann et Myriam. Deux hommes et une femme en guenilles, anciens poètes, anciens membres du service Action qui se connaissent à peine. Ils cheminent dans l’obscurité qui suit leur décès. La route est interminable et monotone. Ils doivent apprendre à marcher ensemble dans ce monde sans lumière où ils affrontent non seulement les ténèbres, mais aussi des bizarreries du temps, car celui-ci ne s’écoule pas de façon familière. Il s’étire ou se rétrécit, mais s... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (2) Ajouter une critique
Charybde7
27 août 2017
Illuminer la noirceur.

«Les mots ont le pouvoir d'illuminer la noirceur». Cette célèbre phrase de la correspondance de Samuel Beckett semble épouser parfaitement la nouvelle oeuvre de Lutz Bassmann, «Black Village», paru le 24 août aux éditions Verdier. Les narrateurs du post-exotisme prennent la parole dans des conditions de tragique extrême, prisonniers d'un espace indéterminé, entre vie et mort. «Black Village» débute lorsque Goodmann, qui progresse difficilement et lentement après son décès dans l'espace noir en compagnie de Myriam, Tassili et du narrateur, décide d'allumer une flamme incertaine.
«Très lentement, Goodman fit de la lumière. Il avait sur lui des poudres et des graisses qu'il avait transportées depuis plusieurs années au fond de ses poches, les protégeant de la pluie et de la poussière et jamais ne les échangeant contre de la nourriture même dans les cas de faim extrême. Il les avait préservées du naufrage en prévision de ce moment où l'obscurité ne nous serait plus supportable, et depuis le début du voyage des années plus tôt, il nous en parlait.» (Noir I)
L'éclat fragile de cette petite flamme permet à Goodmann, Myriam, Tassili et au narrateur de se voir à nouveau, après un laps de temps incommensurable passé dans les ténèbres, de se questionner sur l'écoulement du temps qui semble avoir perdu sa continuité, et dont la seule caractéristique permanente semble à présent être l'inachèvement. La lumière permet à la parole d'advenir et aux récits de commencer.
La suite sur mon blog ici :
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Charybde2
08 septembre 2017
Dans le noir fragilement tenu à distance, 31 récits interrompus pour retrouver le sens du temps.
Sur mon blog : https://charybde2.wordpress.com/2017/09/08/note-de-lecture-bis-black-village-lutz-bassmann/
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations & extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde208 septembre 2017
Plus loin, le garde-barrière vociférait des insultes à l’adresse des agresseurs, un petit groupe de marionnettes du capitalisme qui n’appartenait pas aux troupes régulières mais qui, pour se distraire, avait choisi pour cible la maisonnette et ses habitants. De la fenêtre il avait cassé le carreau inférieur droit et, quand il ne braillait pas, quand il ne disait pas leur fait à ces pantins, à ces valets, à ces suppôts de triste envergure, il enfilait dans la brèche transparente le canon d’une carabine et il envoyait vers la nuit du tonnerre et de la grenaille, des salves qui peut-être tuaient et peut-être ne tuaient pas. Son frère l’assistait, l’imitait, émergeant des immédiats environs pour lancer à son tour de vexantes et brèves analyses, des raccourcis prolétariens qui ne pardonnaient pas, mais son activité principale consistait à charger les armes. Comme il était presque aveugle on ne pouvait, en effet, lui confier la tâche d’exterminer l’ennemi.
On avait là, toutefois, un homme de grande compétence guerrière, qui excellait à tâtonner sans erreur parmi les douilles vides, les cartouches et les culasses. Trois carabines se succédaient entre ses mains, brûlantes, noires, fumantes, meurtrières peut-être, malodorantes, graisseuses, claquantes, brunes, fleurant bon la poudre et le salpêtre, inefficaces peut-être, lourdes, puissantes, surannées, vieilles, fidèles, souvent sollicitées durant la vie libertaire de leurs maîtres, élégantes, sans prétention, démodées, avant-gardistes, longtemps remisées comme objets purement décoratifs dans les armoires syndicales, fondues avec respect, usinées avec amour par les prolétaires des monts Orbise, indéréglables, dévouées à la cause, bien entretenues, jamais prises en défaut, bonnes pour le service, bonnes pour la guerre de classe, imprécises mais suffisamment sonores pour faire détaler la racaille ennemie, argentées sous les rayons de la lune, mates, scintillantes, légères. Tel est l’arsenal des gardes-barrières depuis que l’Orbise révolutionnaires’effondre. Tel est leur arsenal et, si la situation l’exige, ils s’en servent.
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Charybde2Charybde208 septembre 2017
– Je n’ai pas entendu la fin de l’histoire, ai-je bougonné, après un moment.
– La fin, a remarqué Myriam. Comme si ça pouvait exister quelque part.
Nous avons continué à marcher, quelques milliers de pas, sans doute. Muets tous les trois.
– Ça ne marche pas, ce système, a dit Goodmann. Le temps s’interrompt n’importe quand et n’importe comment.
– Les histoires restent, l’a consolé Myriam. Au moins on a leur début en mémoire.
– Oui, à la rigueur, ai-je dit. Mais pas ce qu’il y a après.
– Bah, ce qu’il y a après, a rétorqué Myriam.
– Ça ne marche pas, a répété Goodmann.
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Charybde2Charybde208 septembre 2017
L’une après l’autre, nous entendions Goodmann répandre avec maladresse ses poudres, qu’il avait celées dans des boîtes souvent inappropriées ou dans des salières dont le couvercle attaqué par le temps ne répondait pas à ses attentes, résistait puis s’effritait sous les doigts. Les poudres s’éparpillaient autour de nous, gaspillées et inutiles. Goodmann, au centre de l’attention, ne disait rien, ne gémissait pas de dépit, mais nous entendions son souffle de plus en plus difficultueux, nous souffrions avec lui par empathie et nous ressentions l’horreur de cet insuccès à plusieurs étapes qui risquait de nous affecter et de nous frapper et de nous décevoir et de nous consterner de façon égale, lui et nous. Les minuscules paquets se déchiraient dès qu’il approchait d’eux la pulpe de ses phalanges ou le bord de ses ongles ; les boîtes naines ne s’ouvraient pas, elles résistaient aux tentatives pourtant prudentes de Goodmann puis tombaient sur le sol ou se cassaient, éclataient, libérant avec un bref soupir un minuscule nuage irrattrapable. D’après les bruits, nous avions déduit que nous nous trouvions alors sur un plancher, sur une chaussée de bois solide, sur une passerelle bien équilibrée ou sur une scène de théâtre. Goodmann ouvrait les sachets de suifs photogènes sans perdre patience, il ralentissait ses gestes, espérant donner au suif l’intelligence de la lenteur. Rien ne réussissait.
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Charybde2Charybde208 septembre 2017
Nous restâmes un moment sans mot dire. Un moment, pour nous, cela pouvait représenter plusieurs minutes, ou quelques semaines, ou encore nettement plus. D’après Myriam, d’après ce qu’elle nous avait exposé beaucoup plus tôt, le temps autour de nous s’écoulait par paquets incohérents, sans échelle de durée, par petites ou grosses vomissures dont nous ne pouvions pas avoir conscience. Selon sa théorie, nous étions entrés non seulement dans un monde de mort, mais dans un temps qui fonctionnait par à-coups et qui, surtout, n’aboutissait pas. Comme nous ne saisissions pas bien ce qu’elle entendait par là, elle insistait sur l’absence de continuité, sur les ruptures brutales, l’inachèvement de quelque moment que ce fût, long ou court. L’inachèvement était le seul rythme auquel nous pouvions nous raccrocher pour mesurer ce qui subsistait de notre existence, l’unique forme de mesure à l’intérieur de l’espace noir. Plus elle tentait de nous décrire en détail le système temporel qu’elle avait en tête, moins nous en comprenions les bases. Elle avait repris plusieurs fois ses explications, puis, découragée, elle avait renoncé à essayer de nous convaincre. Pourtant, après un moment, disons après un an ou deux, ou peut-être moins, ou peut-être plus, nous avions mis en pratique ses suggestions. Nous le faisions par amitié, par désœuvrement et par curiosité collective.
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Charybde2Charybde208 septembre 2017
Très lentement, Goodmann fit de la lumière. Il avait sur lui des poudres et des graisses qu’il avait transportées depuis plusieurs années au fond de ses poches, les protégeant de la pluie et de la poussière et jamais ne les échangeant contre de la nourriture même dans les cas de faim extrême. Il les avait préservées du naufrage en prévision de ce moment où l’obscurité ne nous serait plus supportable, et depuis le début du voyage, des années plus tôt, il nous en parlait. Il exagérait leurs qualités et usait de vocables enthousiastes tels que « suifs photogènes », « graisses merveilleusement éclairantes », « poudres peu fumeuses » ou autres. Nous avions attendu longtemps, rassurés de savoir que cette flamme salvatrice se trouvait en réserve sur le corps de Goodmann. Avec régularité, en tout cas au moins une fois par semestre, Goodmann nous vantait les trésors qu’il possédait et nous promettait de les utiliser à bon escient, quand nous n’en pourrions plus d’aller à travers les périls, à travers les incommensurables peurs et les ténèbres. Et voilà que l’heure était venue.
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Vidéo de Antoine Volodine
Antoine Volodine - Terminus Radieux .Antoine Volodine vous présente son ouvrage "Terminus Radieux" aux éditions Seuil. Prix Médicis 2014. http://www.mollat.com/livres/volodine-antoine-terminus-radieux-9782021139044.html Notes de Musique : Nest/Nest/06 Trans Siberian. Free Music Archives.
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