Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

Dernières Cette semaine Ce mois-ci Depuis la nuit des temps


Critiques les plus appréciées

    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 14/06/2013


    Gagner la Guerre de Jaworski/Jean-Philip

    Il s'agit du premier roman de l'auteur, coup de maître pour le moins, mettant en scène un personnage déjà existant dans son œuvre : Benvenuto Gesufal, vu dans la nouvelle "mauvaise donne" tirée de Janua vera.
    Il a obtenu le prix "imaginales" (destiné à récompenser chaque année les meilleures œuvres relevant de la fantasy) en 2009, catégorie roman français.

    Nous sommes dans un monde, bien sûr imaginaire, mais qui s'appuie fortement, sur la période de la renaissance italienne (fin 14ième début 16ième), mâtinée pour le côté politique de la République romaine. Les armes à feu sont totalement absentes, la monnaie est le florin (monnaie internationale à l'époque) et on pense immédiatement à Venise pour caractériser la République de Ciudalia. Pour Fantasier le tout, on aura quelques elfes et un peu de magie, mais le tout s'intégrant si facilement, qu'on aurai pu au final s'en passer.
    Benvenuto Gesufal est un assassin émérite de la guilde de chuchoteurs et maitre espion de son excellence le Podestat de la République : Leonide Ducatore. Au cours du roman, il va être balloté dans des galères maritimes, guerrières, diplomatiques, carcérales, politiques et aventures de tous crins.

    Une chose est sûre, c'est qu'avec don Benvenuto, malgré les presque 1000 pages du livre, on ne s'ennuie pas. Dès la première bataille, on prend la dimension du personnage. Un être noir, mais droit, doté d'une gouaille, d'une verve qui par ses phrases et ses bon mots, qui réussissent l'exploit d'être à la fois alambiqués et bien tournés, nous font prendre conscience de l'intelligence retorse du personnage. Et que dire alors de son maître...
    On aurait tendance à penser, en lisant le quatrième de couv, voire les critiques d'autres internautes, que le roman est très cérébral. Détrompez-vous. Oui c'est bien écrit, oui on nage dans les coups tordus, dans la politique, la rouerie retorse et désabusée, mais on fait aussi la part belle à l'action, l'aventure, la baston et les courses poursuites, le tout avec beaucoup d'humour. Noir l'humour bien sûr.

    C'est cruel, sale, réaliste, crédible, drôle, machiavélique. C'est fort. Très fort.
    A lire absolument.

    Commenter     J’apprécie          3 75         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 23/05/2013


    Contes normands de Guy de Maupassant

    Quelle bonne idée de publier Maupassant de façon thématique plutôt que par recueils ou exhaustivement.
    Voici un sublime volume, une sorte de " best of " Maupassant avec un choix de textes judicieux.
    Vous êtes également entre de bonnes mains car la collection est présentée par une des plus grandes spécialistes de l'auteur, Maris-Claire Bancquart, et vous y retrouvez presque toutes les perles (à mon goût) comme : Boule de suif, la maison Tellier, Mademoiselle Fifi, le père Milon, Miss Harriet, mon oncle Jules, la ficelle, le petit fût, l'ivrogne, Toine, Boitelle, une vente... bref, 66 contes et nouvelles en tout, plus un glossaire et des illustrations d'époque.
    Si vous ne connaissez pas Maupassant, n'hésitez pas, plutôt que de vous lancer dans un recueil particulier ou l'immense Pléiade, choisissez plutôt cette collection vraiment bien faite, vous ne serez pas déçu(e).
    Commencez par ce volume plutôt que par les deux autres, bien qu'il y ait aussi des perles dans les autres, car ici, c'est du roc, c'est de la valeur sûre et surtout, ce régionalisme normand est du niveau de celui de Pagnol pour la région marseillaise, or toutes les régions n'ont pas leur Maupassant ou leur Pagnol, malheureusement.
    Vous l'aurez compris, ce recueil est une mine d'or à mon avis, mais ce n'est que mon avis, donc, pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          0 73         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par Dionysos89, le 03/06/2013


    Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

    Me revoilà dans les pas de Laurent Gaudé, sur la piste pesante du Soleil des Scorta.
    Nous retrouvons là le ton pesant, lourd de sens, si intense, qui était déjà présent dans La Mort du roi Tsongor. L’auteur décrit la destinée particulière des Scorta, clan bâtard du fin fond de l’Italie du XXe siècle. Si le pitch n’est pas des plus bandants, le style estampillé Gaudé nous fait remonter la barre plus haut que je ne l’espérais au vu des premières pages, je l’avoue. J’avoue aussi que cette dernière phrase sonne un peu sale, mais j’ai finalement l’impression de rester dans l’ambiance chaude, sensuelle et tendue que dépeint l’auteur. Par l’entremise de cette contrée, de cette Montepuccio et de ces familles que l’auteur semble si bien connaître, il nous délivre de fortes réflexions sur la mort, le sens de la famille et l’importance de la transmission entre les générations : d’une certaine façon, comme dans La Mort du roi Tsongor, c’est sur le poids de l’héritage familial que Laurent Gaudé nous fait intensément réfléchir. Si intensément qu’à l’image de la mort pour la plupart des Scorta, la fin du Soleil des Scorta survient comme une délivrance exutoire, où le malaise côtoie une forte envie de transmettre, nous aussi, ce que nous avons pu apprendre de la vie jusque là.

    Un roman qui m’a touché donc, et il me semble bien que c’est, par la même occasion, le premier Goncourt que je lis (il faut bien un début à tout) ! Mérité, il faut le reconnaître.

    Commenter     J’apprécie          0 72         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 29/05/2013


    La longue terre de Pratchett Terry

    Une invitation au voyage.
    Quelle étrange collaboration que celle du pape de la fantasy humoristique et d'un très grand de la hard science.

    Qu'est ce que la longue terre ? Une quantité de feuilles tridimensionnelles empilées dans un espace de davantage de dimensions, chaque feuille représentant une Terre entière. En clair, une infinité d'univers parallèles où de surcroît l'espère humaine semble absente...
    Une IA et un passeur-né (personne ayant la capacité de voyager dans la longue terre sans support mécanique) s'associent pour partir en quête, à bord d'un dirigeable, des origines, faisant au passage quelques surprenantes rencontres.

    Tout d'abord, le livre reste assez sérieux. Il y a visiblement plus de Baxter que de Pratchett dedans, mais ce n'est pas pour autant de la hard science indigeste, qui reste somme toute assez discrète tout au long du livre. La narration y est très fluide et parsemée de quelques touches humoristiques (elles aussi très discrètes).
    Rapidement on aborde les potentialités de tels voyages, économiques, criminelles, sociologiques, mais il faut avouer que l'on reste assez superficiel sur un peu tous les sujets.
    Ce livre est avant tout une invitation au voyage, une quête, un voyage en terre inconnue, en compagnie de deux personnages fort sympathiques, ponctué d'éclats et de surprises venant briser la monotonie de la longue file de Terre presque toutes semblables.
    L'humanité n'est-elle qu'un accident sur l'embranchement de l'arbre des possibles ?
    D'autres espèces intelligentes, d'autres civilisations sont-elles à craindre ?

    Au final, un roman très digeste, qui nous fait voyager, nous fait nous évader dans une quête aboutie.
    Un sympathique (je l'ai déjà dit non ?) moment de lecture.

    Commenter     J’apprécie          0 71         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 17/06/2013


    Ephémère de Frédéric Marais

    Très gros coup de cœur artistico-scientifico-poétique ! Chapeau monsieur Frédéric Marais pour ce sublime album.
    Je suis littéralement tombée sous le charme du graphisme et du format. J'ai ensuite découvert avec bonheur le texte bourré d'humour et de poésie très accessible néanmoins.
    Enfin, j'ai pris plaisir au côté scientifique de l'ouvrage qui prend le parti de nous parler d'un " peu connu " du monde animal. On y découvre notamment que les éphémères n'ont pas de bouche. (En termes scientifiques, on dit que l'imago, c'est-à-dire la forme adulte finale, ne possède ni pièces buccales ni tractus digestif.)
    Les illustrations sont systématiquement sur fond foncé et laissent transparaître les éléments du dessin de façon grandiose. À ce propos, je tiens à préciser que l'image de couverture est plutôt très en dessous de celles situées à l'intérieur de l'ouvrage et qui m'ont véritablement toutes ravies.
    Pour mes amis enseignants, je puis affirmer que cet album possède un très large spectre car depuis l'âge de la maternelle (testé avec mes deux filles) jusqu'à la fin de l'école primaire (testé avec mes CM1) les emplois et les prolongements sont multiples et diversifiés (arts plastiques, poésie, biodiversité, vocabulaire, etc.)
    Donc, un bel album que je tiens à saluer comme il se doit et je tiens aussi à féliciter les éditions Les Fourmis Rouges pour cette superbe réalisation. Néanmoins, vous aurez compris que tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose, et rien que de très éphémère.

    Commenter     J’apprécie          1 70         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 11/06/2013


    Drenai : la Légende de Marche-Mort de David Gemmell

    Il s'agit du septième tome de la série drenai dans l'ordre d'écriture. Troisième et avant dernier tome sur Druss (reste Loup Blanc)
    Pour pleinement apprécier la saveur de cet épisode, il faut avoir lu, et dans l'ordre, Drenaï - Légende puis Druss la Légende (ordre de parution et non ordre chronologique).

    Nous sommes en pleine bataille à Dros Delnoch (voir Légende). Le mur deux est déjà tombé et les combattants sont déjà éprouvés dans leur cœur et dans leur chair. Druss se confie à un jeune soldat et nous voilà partis 30 ans en arrière. Avant l'unification des nadirs, Druss et son ami Sieben (voir Druss la Légende) participent aux cinquième jeux de la fraternité en Gulgothir, devant le roi-dieu, le roi fou, et les voilà embarqués dans une quête à travers les territoires nadirs, à la recherche des pierres d'Alchazzar qui ont le pouvoir de guérison.

    Comme je l'aime ce héros. Une vague d'émotion s'empare de moi à l'évocation de Druss, Druss la légende, le héros, comme la forteresse qu'il défend, invaincu mais érodé par le temps. Le capitaine à la hache, le tueur d'argent, sombre dieu de la guerre. Et nous le retrouvons à 30 ans, en pleine forme et nous apprendrons pourquoi il a gagné un autre surnom parmi les nadirs : Marche-Mort.
    Dans cet épisode, les aventures sont plus variées et diversifiées, sur terre, en enfer, des hommes d'honneur combattront pour l'amour de la terre, où simplement pour honorer une promesse. Le récit est bien construit, bien rythmé, et oui, nous aurons droit à notre siège, histoire de magnifier les hommes, les guerriers, vénérés par le peuple en temps de guerre mais méprisé en temps de paix.

    Un tome sans temps mort, sans passage à vide, sans regrets éternels de héros vieillissants. Un très bon tome.

    Commenter     J’apprécie          2 69         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par Dionysos89, le 13/06/2013


    Da Vinci Code de Dan Brown

    Ah, le fameux Da Vinci Code ! Qu’ajouter d’un peu original à toutes ces critiques amoncelées depuis tant de temps ? Pas grand-chose, j'en ai peur...
    Personnellement, je l’ai lu en une seule nuit, une nuit bien blanche. Fut-ce un bien, fut-ce un mal ? Cela démontre de l’addiction que peut provoquer ce thriller de bonne facture tout d’abord, mais cela peut aussi présager d’une faible qualité de style. Beaucoup se focalisent sur le contenu, entre sociétés secrètes et contre-sens bibliques, mais est-ce si important de préciser que les aspects historiques sont plus ou moins détournés (plutôt plus que moins, c’est évident) ? Il faut surtout reconnaître que Dan Brown n’a pas son pareil (ou peu en tout cas) pour appuyer ses récits mystico-historiques sur des faits tendancieux, sur ce qu’on pourrait appeler des angles morts de l’Histoire. On passe un très bon moment, il me semble, à suivre les pérégrinations hasardeuses de ce Robert Langdon moins faiblard qu’il ne pourrait y laisser paraître et de sa jeune coéquipière du moment.

    De monuments célèbres en ruelles sombres, on court, on court et on ne s’arrête qu’à la fin pour reprendre son souffle ( et son cerveau par la même occasion) et uniquement se rendre compte que le voyage fut trop court, car plus que la fin c'est bien le voyage qui mérite un bon point. C’est bien là l’essentiel pour un thriller de bonne facture.

    Commenter     J’apprécie          7 68         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 14/06/2013


    Les Oies cendrées de Konrad Lorenz

    Je ne suis certes pas très objective dans mon appréciation car ce monsieur a eu une incidence considérable sur ma vie (c'est à cause de lui notamment que j'ai fait des études d'éthologie).
    Il en reste néanmoins, avec le peu d'objectivité dont je suis capable à son égard, l'une des plus belles monographies sur le comportement d'une espèce à la fois rigoureusement étayée scientifiquement et hyper accessible à un large public (dans cette catégorie, il y aurait peut-être aussi Hans Kummer et son magnifique ouvrage sur le babouin hamadryas intitulé Vies De Singes chez Odile Jacob).
    Cet ouvrage date de la fin de sa vie, c'est-à-dire une époque où il est moins dans la communication avec ses pairs et plus dans la diffusion au plus grand nombre (on peut lui faire le reproche que certains ouvrages antérieurs sont parfois un peu difficile d'accès).
    Ici, un texte aéré, des explications claires, des photos (souvent de l'auteur), un superbe exemple de répertoire comportemental (éthogramme) sur ces oies cendrées qui risquent fort de vous étonner si vous n'avez jamais songé à vous arrêter cinq minutes pour en observer.
    Merci donc, Monsieur Lorenz, pour votre contribution majeure à l'histoire universelle des connaissances humaines sur le monde animal.
    Mais une fois encore, cette considération hautement subjective et discutable n'est que mon avis, c'est à dire, pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          0 66         Page de la critique


    • Livres 3.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 27/05/2013


    Le Chat botté de Charles Perrault

    Étonnant ce Chat ! et pas surprenant que les Américains en raffolent.
    C'est vrai, quoi. Un vrai condensé de rêve américain : un brave petit gars (fils de meunier en l'occurrence), parti de rien, si ce n'est sa belle gueule et un agent à son service (le Chat en l’espèce).
    Son acolyte et lui ne reculant devant aucun mensonge, ayant de l'audace, du savoir faire, prenant quelques risques, échangeant de beaux sourires ici ou là, et tout à coup paf ! ; l'affaire est dans le sac ; les millions tombent à flot ; vous êtes reçu auprès des grands de ce monde et les sublimes héritières se damneraient pour vous.
    La morale ? quelle morale ? qu'est-ce qu'il vient me parler de morale celui-là ? je parle business, il me parle morale. On s'en fout de la morale.
    Efficacité, rentabilité, succès. Voilà ma morale, proudly made in the USA, and I fuck everything else !
    De fait, ce conte ne peut être que séduisant pour un Américain moyen. Et chez nous, qu'en est-il ? Et bien là je m'interroge, pour être franche.
    Il y a une efficacité et un pouvoir d'édification certains dans cette histoire. On vous dit que rien n'est joué d'avance, que la vie sera ce qu'on saura en faire. On vous dit qu'il ne faut pas trop se soucier de la marque du vélo pour arriver à vos fins, on vous dit même que le succès et au bout du mensonge et de la manipulation.
    Certes, c'est sûrement assez vrai dans l'absolu, le monde est aux roublards, aux faussaires, aux manipulateurs, aux menteurs, mais tout de même, professer ces principes à nos enfants... Je ne sais pas, je dois être trop naïve ou trop rêveuse, ou trop idéaliste pour m'y faire. Ce n'est pas cette façon d'agir dans le monde que je souhaite transmettre, même si c'est efficace.
    Bien sûr c'est bien d'avoir de l'espoir, de se dire que tout n'est pas joué dès le berceau, qu'on a notre part de libre initiative, notre potentiel à entreprendre qui viendra contre-balancer nos avantages ou nos handicaps du départ. Mais, cela aussi, je n'y crois qu'à moitié.
    Bref, un conte qu'il convient de connaître et de méditer, mais pas forcément dans le sens prescrit. Du moins, c'est mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    P. S. : suite à quelques échanges que j'ai eus avec Junie, notamment, et qui fort légitimement s'indigne de mes doutes sur les valeurs véhiculées par ce conte, je tiens à préciser que ce conte de Perrault est en fait une nouvelle mouture (nouvelle pour l'époque, j'entends) d'un conte italien où la fin était encore plus ambiguë et retorse.
    Pour salaire de ses bienfaits, l'ex-roturier promettait au chat de lui édifier un cercueil en or au jour de sa mort. N'étant pas d'un naturel à passer à côté d'une si belle occasion, le chat invente une nouvelle supercherie afin de faire croire à sa mort et jouir de l'or de son cercueil. Malheureusement, celui-ci se rend compte que son maître, le croyant mort, ordonne de faire jeter son corps aux ordures. Donc, un conte tellement moral que même Perrault a eu quelques scrupules à faire une telle apologie du vice et l'a un peu édulcoré en tronquant le tournant le final et en se creusant abondamment la cervelle pour y trouver une quelconque forme de moralité.

    Commenter     J’apprécie          13 66         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 03/06/2013


    L'Enfant tombé des étoiles de Robert-A Heinlein

    Il s'agit d'un livre publié en 1954, deux seulement avant son premier grand succès, Double étoile (prix Hugo 1956) (si l'on fait abstraction de son histoire du futur).

    Lummox est grand comme plusieurs éléphants, mais doux comme un agneau. Il est dans la famille de John Stuart, depuis plusieurs générations, ramené sur Terre d'une des premières expéditions interstellaires de l'humanité.
    Depuis, l'humanité a fait son chemin, au sein d'une fédération comptant plusieurs centaines d'espèces extra-terrestres, mais loin de compter et de connaître toutes les espèces de la galaxie.
    Quand Lummox fait des siennes, et vu sa taille, cela prend rapidement des proportions gigantesques, la question se pose de son devenir. Est-il intelligent et civilisé ou alors réduit au rang de simple animal nuisible dont il faut se débarrasser ? Et quand ceux de son espèce viennent le chercher, prêt à détruire la terre pour le retrouver alors que ce dernier est en fuite, comment vont réagir les politiques qui ont en charge de gouverner l'humanité ?

    Le titre, la couverture et même le quatrième de couverture, tout concourait à nous faire croire qu'il s'agissait d'un livre pour enfant. Que nenni. Ais-je pour autant été déçu à la lecture de ce court roman ? Encore moins.
    Heinlein, et sa verve habituelle, nous plonge avec délices, dans les arcanes tordues de la politique, de la justice et de la diplomatie inter-espèces avec un brio inégalable. Avec ce roman, il se fait les dents sur ces sujets qu'il reprendra deux ans plus tard avec Double étoile, l'humour en plus.
    Attention, le résumé, voire les critiques d'autres internautes, peuvent laisser penser qu'il s'agit d'un livre de sf humoristique, il n'en est rien. On est loin des Martiens go home, Planète à gogos ou Sans nouvelles de Gurb. Mais le style léger voire enjoué de l'auteur arrive toujours, par les situations qu'il développe et les bons mots, à nous arracher quelques sourires qui rythment agréablement notre lecture.

    Bref, un excellent moment passé cet auteur, dont on reconnait la patte inimitable et les idées bien arrêtées, dès les premières complications du roman.

    Commenter     J’apprécie          0 65         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par Dionysos89, le 29/05/2013


    Ivanhoé de Sir Scott Walter

    Souvenir médiéval, souvenir génial ; souvenir d’enfance, souvenir intense !

    Qu’il est loin le temps où pendant les vacances d’été chez mes grands-parents, je me repassais inlassablement ce roman illustré sur ce qui constituait, sans que je le sache, l’archétype du héros romantique ! Hauts faits chevaleresques, ambiances de tournois et attrait pour le Moyen Âge : tout m’a tout de suite charmé dans l’Ivanhoé de Walter Scott. Il est vrai qu’avec le temps, de nombreux détails et personnages passent à la trappe, comme la jeune Rebecca ou la dénonciation des inégalités de cette société anglaise (qu’elles soient entre Saxons et Normands ou bien entre chevaliers et paysans, voire même entre chrétiens et juifs).
    Pour autant, je ne saurais davantage conseiller d’aborder le Moyen Âge par la vision romantique des auteurs français et anglais du XIXe siècle : bien sûr, ça pullule d’archétypes à chaque page, mais ici au moins on ne parle pas de vision « moyenâgeuse ». Seules les inégalités mises en avant peuvent faire figure de critiques, mais renvoient bien souvent à celles largement présentes dans nos sociétés actuelles. Au moins, avec Walter Scott comme figure de proue de ce renouveau du Moyen Âge il y a 150 ans, on sait ce qu’on peut aimer dans cette période : les actes héroïques et les belles parades ; c’est déjà pas mal.

    Evidemment, le lien est très fort avec le fameux Robin Hood et des thèmes lourds sont évoqués dans ces pages : le retour malheureux de la croisade, les amours contrariées, le poids de la religion. C’est ce qui fait naturellement le charme de ce genre de littérature : les clichés sont légion, mais l’ambiance est telle que cela se lit toujours avec un grand plaisir.

    Commenter     J’apprécie          4 65         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 22/05/2013


    Black man de Richard Morgan

    Un techno-thriller bourré ultra-efficace et riche de questions sur les préjugés et les ramifications des manipulations génétiques (page 1).

    L'auteur nous livre un futur proche, crédible, glauque et assez sombre (encore que la situation déjà existante dans les bidonvilles et favelas ne soit pas de tout repos).
    Le roman entier baigne dans une atmosphère froide, brutale, d'une violence réaliste.

    Les USA ont fait sécession entre les états de la bordure et La république (surnommée JesusLand). Mars est en cours de colonisation et la terre y envoie régulièrement des colons.
    Les manipulations génétiques ont crée des hommes adaptés (physiquement humains mais améliorés sexuellement, adaptés pour le combat...). La plus emblématique : La variante 13, trop dangereuse pour qu'on la laisse perdurer et dont les membres sont soit parqués dans des réserves, soit envoyés sur mars.
    Carl Marcialis est un 13 qui cours après les « récalcitrants », pour le compte des pouvoirs en place. Il se retrouve à enquêter sur une succession de meurtres commis par un autre 13.

    Nous avons là, un héros noir (il fallait la faire, elle était trop facile), musclé et bien viril (comme les affectionne Morgan, voir son premier héros Kovacs). Un trifouillé avec une vie, un univers bien décrit. Les autres personnages du roman ont également une réelle substance, même ceux destinés à mourir rapidement.

    Morgan nous laisser barboter et patauger dans son univers avant de nous en donner les clés à mi-roman (c'est une habitude chez lui). Un peu difficile de se mettre dans le bain au début, mais ensuite l'auteur nous balade de pistes en fausse pistes sanglantes et on est pris dans l'enquête.
    Ca taille sévère sur les petits travers humains, puritanisme, racisme, créationnisme, journalisme à sensation et on retrouve bien son profond désamour (doux euphémisme) pour les fanatiques-extrémistes-rigoristes religieux de tout bord.

    Conclusion : Un polar bourré de testostérone de d'adrénaline, avec quelques longueurs, mais globalement très distrayant.

    Commenter     J’apprécie          0 64         Page de la critique


    • Livres 3.00/5
    Par carre, le 05/06/2013


    Shutter Island de Dennis Lehane

    Allez, un petit avis sur un livre passé inaperçu d’un auteur peu connu Dennis Lehane adapté par un obscur Martin Scorsese et un débutant un certain Léonardo Di Caprio. Vous le voyez pas de quoi rendre attrayante cette affiche. Ok, j’arrête les conneries !!! Je suis embêté avec « Shutter Island » car beaucoup de mes camarades Babeliophiles vouent une admiration sans borne à ce roman.
    Comprenons-nous bien, « Shutter Island » m’a plu, m’a parfois impressionné, m’a aussi estomaqué mais pourtant ni le livre, ni le film n’ont provoqué l’enthousiasme, l’admiration, la révérence sans limite d’un grand nombre pour ce polar. Peut-être trop terre à terre, je préfère de loin « Mystic river », « Un pays à l’aube » ou même « Gone, baby, gone ». Je vois déjà l’incompréhension dans les rangs, les sifflets, les quolibets, les manifestations parfaitement justifiées, mais on ne ce refait pas, « Shutter Island » est pour moi, juste un bon polar. Je me mets à l’abri, voilà les premières tomates pourries qui volent …..

    Commenter     J’apprécie          59 63         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par LydiaB, le 04/06/2013


    La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant de J.-B. Botul

    Si vous cherchez le nom de ce philosophe (Botul, pas Kant bien évidemment) dans un manuel, vous ne le trouverez pas. Pourtant, vous en avez entendu parler puisqu'il fut au cœur d'une belle polémique mettant en jeu le sérieux de Bernard-Henri Lévy. Ce dernier, en effet, s'était laissé avoir et avait pris position sur Kant en s'appuyant sur les écrits de Botul... Oui mais voilà, le sieur Botul n'existe pas ! Il s'agit d'un canular monté de toutes pièces par Frédéric Pagès, agrégé de philosophie.

    À la décharge de BHL, j'avoue que l'on peut se laisser facilement prendre au piège. En même temps, la philosophie et moi, nous ne sommes pas vraiment amies, alors on pourrait me raconter n'importe quoi ! Ceci dit, le tort de notre philosophe à la chemise blanche est d'avoir eu une canne de la même couleur à la place des yeux et de ne pas avoir flairé l'imposture en vérifiant ses sources !

    De ce fait, la seule question qui me vient à l'esprit est de savoir si Frédéric Pagès se base tout de même sur des choses vraies. Mais comme je n'ai pas envie de chercher, j'en resterai là. À lire par curiosité ! Ah, j'oubliais, ne cherchez rien de croustillant : même le titre est une imposture (ou presque).


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/les-livres-inclassables/botul-jean-baptiste-...

    Commenter     J’apprécie          15 60         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 03/06/2013


    La Belle au bois dormant de Charles Perrault

    La légende veut que ce soit en séjournant au Château d’Ussé que Charles Perrault ait eu l’inspiration d’écrire La Belle Au Bois Dormant. Peut-être n’est-ce là qu’un conte à dormir debout même pas auprès d’un bois, peu importe. Ceci continue de générer quelques substantiels bénéfices sur place au château et les petites filles, peu soucieuses en réalité des vérités historiques, y trouvent tout à fait leur compte.
    J’ai eu l’occasion de le tester avec la mienne lors du circuit de ronde où tout y est clairement aménagé dans l’esprit Disney avec même la musique du film (non, non, pas celle de Tchaïkovski, celle de Disney, car il faut la VRAIE musique que les petites filles mondialisées connaissent).
    Malgré tout ce que ma fibre résolument hostile à toute forme de mercantilisme culturel en pense, force est de constater que les enfants adorent, que le château est effectivement propice au débridement de nos songeries moyenâgeuses et que le conte de Perrault, en lui-même, présente quelque intérêt.
    C’est ce dernier point qu’il convient de développer ici. Tout d’abord, il s’agit du conte qui ouvrait le recueil dans lequel il figurait originellement et qui était le plus long avec Le Petit Poucet, qui lui, clôturait l’ouvrage.
    Ce n’est donc probablement pas totalement un hasard s’il occupe cette position. C’est également le conte où l’on entend le plus clairement, au détour de quelques remarques apparemment anodines, les quelques échos de la pensée propre de l’auteur, notamment sur les gardes suisses et leur penchant avéré pour l’alcool, les effets de mode vestimentaire, etc.
    C’est aussi l’un des contes dont la valeur symbolique est la plus facile à déchiffrer (quoiqu’il faille toujours se méfier de ce qui a l’air facile).
    On nous parle d’une jeune fille qui, malgré ses atours, doit savoir se montrer patiente afin de rencontrer celui qui lui conviendra. (C’est la partie « Disney » du conte, reprise sous forme gnan-gnan par les frères Grimm.)
    On nous dit également que la jeune mariée devra apprendre à se méfier de sa belle-mère, qui restera, tant qu’elle vivra, une rivale potentielle. (C’est la partie qui est totalement éludée du conte dans le dessin animé et dont les frères Grimm ont remixé les ingrédients pour en faire Blanche-Neige.)
    Donc, derrière ces monceaux de présages et de féeries, il y a des réflexions, somme toute, très terre-à-terre sur les combinaisons du mariage et les réjouissances à en attendre dans la belle-famille. Ces avertissements et mises en garde seront renforcés dans Cendrillon où l’on expliquera, au surplus, qu’il faut également se méfier de sa propre famille, et dans Barbe-bleue et Le Petit Chaperon Rouge où l’on s’appesantira davantage sur les qualités possibles du mari. Tout un programme et un véritable conte de fées pour nous mesdames...
    En tout les cas, une version assez plaisante à privilégier en priorité par rapport à celle des frères Grimm qui, selon moi, ne l’égale pas, mais ce n’est là encore que mon avis, c’est-à-dire, bien peu de choses.

    Commenter     J’apprécie          3 60         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par Ptitgateau, le 05/06/2013


    L'Ecume des jours de Boris Vian

    Vian à été et reste l'un de mes auteurs préférés : je me suis toujours délectée de ses fantaisies littéraires, et je m'aperçois en le lisant, quelques trente ans après la première lecture de cette œuvre grandiose que mon attitude face à ce texte, n'a pas changé, je reste à l’affût du moindre jeu de mot, de la moindre situation cocasse, de la plus petite invention de ce génie du surréalisme, de ce "Picasso littéraire" qui, à l'instar du grand peintre dont la peinture doit être décryptée, interprétée, analysée, ne se prive pas de bousculer les habitudes du lecteur, peut se permettre des extravagances qui ne sont pas données à n'importe quel écrivain qui ne se serait pas réclamé du surréalisme et qui ne serait pas parvenu à cette maîtrise de la langue permettant ces prouesses (...)

    Pourquoi j'aime Vian ? je répondrai à cette question par une question : pourquoi j'apprécie tout autant Queneau, Caroll, Italo Calvino : parce que j'aime en les lisant, partir dans un monde ou l'imagination permet tout, les histoires n’ont que faire de la réalité, ou les objets, les animaux ne sont pas différents de nous, ou les mots prennent la valeur qu'on veut bien leur donner.

    Que voir dans l’écume des jours ? des représentations Vianesque de la vie, de l’amour, de la mort : le travail est envisagé comme une exploitation des individus et le côté inhumain en est dénoncé, la religion est l’affaire d’hommes cupides qui déploient leur énergie dans le cas du mariage de Chloé et Colin qui dispose de richesses suffisantes pour satisfaire les hommes d’Eglise.
    L’amour est envisagé sous des aspects divers : amour incestueux entre Nicolas et Isis, amour platonique voir impossible entre Chick et Alise, Amour avec un grand A entre Colin et Chloé, On peut d’ailleurs y voir un certain pessimisme de Boris Vian puisque cet amour vrai sera détruit par la mort.

    La mort : elle est invincible, destructrice, inéluctable, elle vient détruire ce qui est beau, l’atmosphère du roman change lorsqu’elle devient omniprésente et étend son action sur l’environnement : les carreau se ternissent, l’escalier devient de plus en plus étroit, le plafond descend, un personnage se met à vieillir. Elle est aussi envisagée en fonction de la relation que les personnages ont créée entre eux : La mort du quidam de la patinoire,du chef d’orchestre, des libraires ou même de Jean Sol Partre considéré du point de vue d’Alise devient banale et sans intérêt.

    Je comprends les personnes qui peuvent avoir des difficultés pour rentrer dans ce genre de roman, le surréalisme, ça passe ou ça casse, il faut chercher au-delà des faits, des descriptions, des fantaisies, je dirais même pour venir à bout d’une telle œuvre, il faudrait la lire et la relire afin de maîtriser tous ses aspects.

    Commenter     J’apprécie          2 59         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par LydiaB, le 26/05/2013


    Quand j'étais gone... de Jean Marcel

    "Quand j'étais gone" est une autobiographie dans laquelle Jean Marcel narre ses souvenirs d'enfance. Encore une autobiographie, allez-vous me dire... Oui, mais vous vous doutez bien que si j'en parle, c'est qu'elle a ce petit truc particulier qui m'a fait m'y arrêter dessus. C'est riche, c'est enlevé... L'auteur emploie ici une plume pittoresque pour nous raconter, au final, son quotidien. Exercice peu facile au départ, vous en conviendrez. Et ce qui ne gâche rien, c'est que ce court texte abonde de références culturelles. Entre littérature, chansons et filmographie, vous vous délecterez, j'en suis certaine, de ce plaisant récit.

    Vous pouvez retrouver cet auteur sur le site Atramenta et lire quelques-unes de ses œuvres, histoire de vous faire une idée.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si%C3%A8cle...

    Commenter     J’apprécie          4 58         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 05/06/2013


    De grandes espérances de Dickens

    – SPÉCIAL 500ème – Je me rappelle fort bien les efforts répétés d’un de mes amis de fac pour m’éduquer moindrement l’oreille à la culture reggae. Je me souviens en particulier d’un des titres des Gladiators où le tempo et la majorité des instruments marquaient une légère pause pour laisser ressortir la phrase que scandait le chanteur : « A good friend is better than pocket money ! » lequel Pocket Money était également le titre de la chanson.
    Telle pourrait être la devise de l’ouvrage qui nous occupe aujourd’hui : Un bon ami vaut mieux que de grandes espérances.
    J’ai trouvé ce roman réellement remarquable car combinant à la fois une construction romanesque et une efficacité de narration, essentielles dans l’établissement de toute bonne recette de roman réussi. Mais également, ce qui est plus rare, une révélation claire tant de la pensée que de la philosophie de vie de l’auteur et qui, elles aussi, sont très intéressantes.
    Charles Dickens nous invite à réfléchir sur la destinée. Les deux personnages centraux du roman ont l’un et l’autre été placés à un moment de leur existence sous l’influence d’un protecteur. D’extraction humble et populaire, ces deux personnages se voient promis à la fortune financière et à l’élévation sociale.
    Ce faisant, les deux personnages en question ne sont pas impliqués, ou fort peu, dans le projet de leur protecteur. Dit autrement, on décide à leur place de leur avenir et de ce qui sera bien ou pas pour eux.
    Pour alléchantes que puissent être les « grandes espérances », conduisent-elles les bénéficiaires à s’épanouir et à tendre vers le bonheur tel qu’on pourrait être enclin à le penser ?
    Outre ces deux personnages, un jeune garçon surnommé Pip et une jeune fille prénommée Estella, l’auteur nous dresse une série de portraits de personnages secondaires tous plus intéressants les uns que les autres.
    Parmi ceux-là, trois figures masculines semblent ressortir en constituant pour Dickens l’archétype de l’exemple à suivre. Tout d’abord Joe, le forgeron qui a accompagné Pip dans toute son enfance. Ensuite Wemmick, le clerc d’un avocat en charge des intérêts de Pip et enfin Herbert, compagnon sensiblement du même âge que Pip et qui lui sert de guide dans la vie londonienne.
    Ces trois personnages mènent une vie humble, ont des rêves modestes et accessibles et savent se montrer judicieux dans le choix de leurs épouses. Raisonnables, la tête sur les épaules, pas intéressées par l’argent et accessoirement belles mais ce n’est jamais la priorité, les qualités humaines devant constituer l’essentiel de la dot.
    Seul Joe semble avoir commis une petite erreur en s’appariant dans sa jeunesse à une femme dont la principale qualité était sa beauté physique.
    Parallèlement, une kyrielle de personnages intéressés fourmillent autour de ces trois figures et sont copieusement égratignées par l'auteur.
    Une autre figure est à distinguer, celle de l'avocat Jaggers, qui symbolise selon moi l'ambition mais pas la cupidité. Dickens le présente comme quelqu'un d'éminemment compétent dans son domaine, respecté et/ou redouté (l'un entraînant probablement l'autre) qui est l'exemple type de la réussite professionnelle, mais qui a une vie privée aussi aride que les comptes-rendus d'audience et qui ne saurait donc être un parangon d'être accompli.
    Pip, quant à lui, bien qu’intimement persuadé qu’il commette une profonde erreur n’arrive pas à se défaire de l’amour qu’il porte à une jeune fille remarquablement belle et dont la beauté, semble la principale qualité.
    Nous cheminons dans ce parcours initiatique du jeune Pip tel que pourrait le faire un Candide qui, volant de déroute en déconvenue, apprend à aimer sa Cunégonde pour ce qu’elle est intrinsèquement et plus nécessairement pour sa beauté, élément qui était déterminant pourtant au départ.
    L’auteur s’appesantit également sur le tragique destin du protecteur, quel qu’il soit, qui s’expose à être déçu de l’évolution du protégé, qui ne répond pas toujours exactement aux espérances qui étaient fondées sur lui. On pourrait rajouter qu'il en va de même pour le protégé qui espérait certainement un protecteur tout autre. En ce sens, il y a probablement quelque chose de l’ordre de la relation parents/enfants qu’essaie de nous faire percevoir Charles Dickens. Ô vous, chers parents, de par les siècles et de par le monde, vous avez toujours fondé des espoirs sur votre descendance. Tous ces beaux héritages, toutes ces belles situations, tous ces beaux mariages, toutes ces belles écoles, tous ces beaux métiers, vous vous souvenez ? Est-ce que vos soins attentifs et attendris prendront part dans l’éventuel bonheur ou malheur de votre enfant ? Vous sera-t-il reconnaissant d’avoir choisi pour lui l’orientation de sa vie ? Répondra-t-il à vos attentes les plus profondes ? À quoi vous exposez-vous en agissant de la sorte ?
    C’est donc un magistral édifice que nous a construit Charles Dickens, que je vous conseille tant pour l’humour qu’il ne manque jamais de distiller à droite à gauche dans ses pages, que pour le plaisir de se laisser embarquer dans la narration, que pour sa portée philosophique, psychologique et sociologique. Au fil du roman, il nous fait l’éloge des gens simples qui savent avoir des ambitions raisonnables, qui mettent en œuvre quelques principes comme la fidélité en amitié ou la droiture morale et qui comptent sur leur propre travail pour se créer un petit paradis, tout petit, à leur image, mais bien à eux.
    En manière de conclusion je vous dirais : Ô vous tous qui avez de grandes espérances ; souvenez-vous du message de Dickens et des Gladiators réunis : a good friend is better than pocket money. (Qu’on pourrait transcrire grossièrement en français doctrinal sous la forme : « un ami véritable vaut plus que tout l’argent du monde. » et en langage reggae comme quelque chose du genre : « Yeah man ! à Babylone, avoir un bon pote c’est peut être pas le zion, mais c’est quand même mieux que d’avoir seulement son pèze à qui parler. »)
    Mais comme toujours, pour les traductions hautement fidèles comme pour le reste, ceci n’est que mon avis, c’est-à-dire, pas grand-chose.

    P. S. : la traduction de Charles Bernard-Derosne revue par Jean-Pierre Naugrette pour le Livre de Poche est excellente, certaines autres semblent de plus piètre aloi.

    Commenter     J’apprécie          6 58         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 23/05/2013


    Un dieu un animal de Jérôme Ferrari


    Je pense qu’après « Le sermon de la chute de Rome » et donc « Un Dieu un animal » Jérôme Ferrari et moi on va se retrouver d’autres fois. A vrai dire, j’en suis sur. Il signe ici un court roman absolument impressionnant de maitrise. L’écriture est bien là, fiévreuse, intense, dense, la sensation d’une plongée en apnée, au cœur de la solitude, du mal être, de l’incapacité d’être simplement soi-même, deux vies qui s’abiment, pas pour les mêmes raisons mais dont le destin semble tout tracé. Jérôme Ferrari écrit un chant funèbre bouleversant qui trotte dans la tête bien longtemps après l‘avoir refermé. J’ai eu le plaisir de discuter avec Ferrari ce week-end, me disant que c’était son roman préféré, je le remercie de m’avoir si bien conseillé. Avec Gaudé et Ferrari, les éditions Actes Sud peuvent être très fiers de leurs deux Goncourt.

    Commenter     J’apprécie          1 58         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 31/05/2013


    La Barbe-bleue de Charles Perrault

    Un homme. Seul, mystérieux, inquiétant et qu'une barbe de couleur bleue n'invite pas à trouver beau.
    Une voisine ayant deux filles. Belles à croquer...
    Aucune d'elle ne pourrait désirer un tel époux.
    Quelques réceptions, quelques délices, la tête qui tourne, au point que l'idée d'un mari à pilosité indigo n'aurait plus rien de surprenant.
    La noce est faite, la messe est dite, c'est la cadette qu'on accrédite.
    L'homme est fortuné et s'il est bien luné, pas trop dur à vivre.
    Il ne regarde pas à la dépense, libéral sur ses richesses, mais quand il interdit, son ton devient vibrant, froid et effrayant comme une sentence.
    Il doit partir, faire un voyage, pour une affaire, pour un contrat, nul ne sait, ce n'est pas bien grave, ce n'est que pour quelques jours.
    L'élue a toutes les clefs, celles qui ouvrent tout, même celle qui ouvre ce qu'il ne faudrait pas.
    Il avait dit non, elle avait été prévenue. Quel est donc ce démon qui pousse à passer outre les interdits les plus stricts ?
    Il va s'en rendre compte, c'est inévitable et qui sait ce que peut faire un homme dont la confiance a été trahie ?
    Elle en a bien une vague idée, après avoir tourné la clef. Mais c'est trop rude, mais c'est trop cru, c'est trop injuste. C'est terrifiant et trop rouge sang.
    Vite ! Gagner du temps ! La grande sœur en sentinelle...
    Et les autres ? Sauront-ils venir à temps ?
    Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

    Si, ma sœur, je vois venir le temps du changement, celui où il est fini qu'un homme ait droit de vie ou de mort sur sa compagne. Fini le temps des sentences irrévocables et des peines disproportionnées.
    Mais c'est un lent processus. Très lent, de l'ordre de centaines d'ans, mais doucement, tout doucement les mœurs évoluent, et un jour peut-être, les femmes seront égales aux hommes. Grand bien leur fasse si elles savent ne se point montrer l'égal des mâles en cruauté, mais ça c'est une autre histoire et mieux vaut, là-dessus comme en général (et dans ce conte en particulier), ne pas être trop curieux, car à ouvrir des portes et des boîtes de pandore, nul ne sait ce qui pourrait bien arriver...

    Pour le reste, un petit conte que j'aime beaucoup, probablement l'un de mes préférés de Perrault. Un petit conte qu'on pourrait presque appeler philosophique, tellement il se prête aux interprétations. J'aime y voir une évocation de la condition de la femme et une invitation à savoir se contenter de ce que l'on a sans chercher à être trop gourmand ou à trop vouloir exhumer le passé. Mais il y a encore mille autres interprétations possibles de ces quelques pages qui ont la vie longue, et c'est tant mieux. Seulement voilà, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose, et le meilleur de tous, sera toujours le vôtre, celui qu'on se forge lentement, avec son soi intime et ses influences propres.

    P. S. : quelle est la part d'un conte comme Barbe Bleue dans l'inconscient collectif et quel est le degré d'apparentement qu'il peut avoir avec une scène comme celle de la douche, par exemple, dans Psychose d'Alfred Hitchcock ?

    Commenter     J’apprécie          5 58         Page de la critique


Découvrez toutes les critiques du Magazine littéraireCritique

Suivez toutes les critiques de la presse >voir plus

> voir plus

Lecteurs actifs ce mois

Dernières citations