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Critiques les plus appréciées

    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/02/2015


    Sarrasine de Honore de Balzac

    Sarrasine est une nouvelle de Balzac, très fluide, qui sera dévorée en quelques heures (voire moins si vous êtes rapide) et je pense avec plaisir (probablement d'autant plus que vous serez proche de l'âge du protagoniste principal, c'est-à-dire dans les 20-22 ans).

    De prime abord, sans jamais avoir rien lu sur cette nouvelle, j'imaginais qu'il s'agissait d'une femme, probablement une demoiselle, nommée Sarrasine, et dont tonton Honoré allait nous conter les mésaventures (Balzac, c'est souvent des mésaventures, faut avouer ce qui est !).

    Or, point de tout cela. Sarrasine est un nom de famille, pas un prénom, et il désigne un homme et pas la fameuse demoiselle à laquelle on pouvait s'attendre. Notre Ernest-Jean Sarrasine est donc un jeune sculpteur bourré de talent mais quelque peu fougueux et indomptable à ses heures (on comprend pourquoi le grand Rodin a dédié un peu de son travail à Balzac à la lecture de cette nouvelle qui fait l'éloge de la profession).

    Mais voilà, ce qui devait arriver arriva : Sarrasine tomba follement amoureux. La sublime déesse lui inspire moult dessins, études et sculptures, mais il y a un hic. Et quel hic ?... ça, je vous laisse le découvrir car si je vous en dis plus, vous saurez tout avant de l'avoir lue ce qui serait dommage. Mais, (ne l'oubliez surtout pas), ne vous fiez pas aux apparences... du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 25/02/2015


    Nous autres de Eugène Ivanovich Zamiatine

    Nous Autres. Si vous n’êtes pas un(e) expert(e) de SF, et en particulier des dystopies, ce titre ne vous dit peut-être rien. En revanche, 1984 de George Orwell ou Le Meilleur Des Mondes d’Aldous Huxley, vous connaissez fort bien, au moins de nom.

    Eh bien sachez que Nous Autres de Ievgueni Zamiatine est le tout, tout premier modèle du genre. L’auteur, grand amateur de Wells, eut l’idée de combiner l’univers SF futuriste avec ce qu’il vivait à l’époque dans son pays, en 1920, à savoir la mise en place de la toute nouvelle U.R.S.S.

    Ce n’est pourtant pas encore la grande maestria liberticide de Staline qu’expérimente Zamiatine, mais c’est déjà suffisamment totalitaire pour lui permettre d’entrevoir tous, absolument tous les excès et les dérives que subira le système. Ç’en est d’ailleurs particulièrement émouvant, car pour lui, contrairement à Aldous Huxley douze années plus tard ou George Orwell vingt-neuf ans après, ce n’est pas juste un exercice d’écrivain visionnaire, c’est presque une dénonciation en temps réel de la situation qu’il est en train d’expérimenter dans son pays.

    Nous Autres est bien sûr un écrit de science-fiction, mais c’est aussi et surtout un ouvrage politique et philosophique. Cela dit, il serait injuste envers Zamiatine et envers la qualité de l’œuvre dont il est question de ne pas la considérer d’abord et avant tout comme une magnifique œuvre littéraire, car le style y est très présent, quoique pouvant apparaître comme discret, ce me semble un fleuron du genre.

    Je m’en explique tout de suite. Nous sommes transportés environ mille ans après le début du XXème siècle (moment où écrit l’auteur). Le narrateur s’appelle D-503. C’est un mathématicien et un ingénieur important de l’État Unique, responsable de la mise au point et de la construction de « L’Intégral », grand vaisseau spatial destiné à la dissémination de la " bonne " parole de l’État Unique de part et d’autre de l’univers.

    Il s’agit donc d’un " apparatchik " du système, qui parle, au départ, bien comme il faut, c'est-à-dire comme le prescrit le système, qui pense, qui vit, qui fait parfaitement et consciencieusement tout ce qu’enjoint de penser, de vivre ou de faire le système. Malheureusement pour lui, il fait une rencontre inopinée, très dérangeante car non stipulée dans ses abaques et fort délicate à mettre en équation. Il s’agit d’une femme, I-330, pour être précise.

    Non contente de ne pas toujours respecter les prescriptions du système, elle l’oblige parfois, contre son gré, à commettre quelques entorses aux divers règlements. D’abord scandalisé, D-503 va peu à peu éprouver quelque penchant pour cette femme vénéneuse. Quoi ? Un penchant ? Une émotion, donc ? Serait-il malade notre brave D-503 ?

    Semant en lui les graines maléfiques de l’aspiration à la liberté, à mesure que D-503 s’éloigne de la façon de penser orthodoxe, le style narratif de ses notes prend des tournures métaphoriques. Et c’est là qu’est le grand talent stylistique de Zamiatine, car cela est parfaitement maîtrisé et cela apparaît par touches successives pour confiner, dans les dernières notes, à de la véritable poésie.

    Faut-il vous en dire bien davantage ? Je ne sais pas. Pour moi, ce livre de l'éveil de la personnalité à la libre pensée et aux états d'âme est un véritable chef-d’œuvre, d’intelligence, de pertinence, d’audace, de réflexion et de style. Que demander de plus en seulement deux cents pages et des chapitres ultra-courts qui en permettent une lecture aisée et très rapide ? Chapeau bas Monsieur Zamiatine, ils sont rares les auteurs de votre calibre et ils nous manquent, surtout en ce moment. Nous autres, nous n’avons que Houellebecq, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 2.00/5
    Par fnitter, le 26/02/2015


    La vie en temps de guerre de Lucius Shepard

    Prodigieusement.....Chiant.

    David Mingolla est un soldat américain dans une guérilla en Amérique du Sud. Une guerre où les soldats sont shootés aux drogues de combats, où les médiums prédisent les mouvements de l'ennemi.

    En voilà un pitch intéressant. Dès les premières pages, on sent une atmosphère particulièrement glauque, collante. L'écriture est soignée. Le texte agrémenté de beaucoup de descriptions. Mmmm, je sens qu'on peut se prendre au jeu. Mais très rapidement je déchante. Bavard, bavard... Tout sombre dans le mystique, le soldat qui passe son temps à se poser des questions existentielles, le peu d'action est noyé le verbiage. Et plus je lis, plus je me noie dans les mots de l'auteur. Je coule à pic même, le livre me tombe des mains.
    Ah l'exploration des tréfonds de la psyché humaine. Donnez-moi un M16, je vais les explorer, moi les tréfonds...

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 18/02/2015


    L'indésirable de Sarah Waters

    Waouh ! Attention, pépite ! Je ne connaissais pas du tout l'auteur. Ce livre m'a été offert par une amie qui, on peut le dire, a tapé dans le mille.

    Alors détaillons un peu. Tout d'abord, l'histoire. Le docteur Faraday est appelé en urgence à Hundreds Hall, demeure de la famille Ayres qui a fait marcher son imagination toute son enfance. Depuis la mort du maître de maison, c'est sa femme et ses deux enfants, Roderick et Caroline, qui s'occupent d'entretenir cette vaste maison qui les étouffe. Car le faste d'antan n'est plus là et sans argent, un petit château tombe vite en ruines. Roderick essaie bien de la sauver mais il a été grièvement blessé à la guerre et fait ce qu'il peut. D'autant plus que certains phénomènes le rendent fou. Maison hantée ou folie ? Il y a un petit quelque chose du Horla dans ce garçon.

    L'écriture, ensuite. Quel style mes aïeux, quel style ! Tout d'abord, bien que l'histoire se passe au XX°s, j'ai cru me retrouver dans un roman du XIX°s, ce qui n'est pas pour me déplaire. Et j'ajouterais même un roman gothique. Chapeau bas ! Quelle finesse dans la psychologie des personnages ! La descente aux enfers de Roderick est sublime. Les sentiments sont exacerbés de tous côtés et pour différentes raisons.

    Le lecteur, enfin. Sarah Waters ne le laisse pas souffler une minute. Il y a quelque chose qui vous prend aux tripes dès les premières pages et qui ne vous lâche plus. Le fantastique est intellectualisé, ce qui a tendance à me faire beaucoup plus frissonner que lorsqu'on m'apporte des revenants sur un plateau. Je veux dire par là qu'on ne nous montre rien ou presque. On nous suggère, il y a des bruits, des phénomènes bizarres mais c'est à nous d'imaginer. Et croyez-moi, mon imagination a galopé !

    Bref, vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman !


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/littérature-contemporaine/waters-sarah/

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 22/02/2015


    Les quatre Musiciens de Brême de Gerda Muller

    Inaltérable Gerda Muller ! Elle qui faisait déjà les belles heures des Albums du Père Castor dans les années 1950-60, en illustrant notamment des albums devenus cultes au rang desquels on compte Boucle D'Or Et Les Trois Ours, cher au cœur des fondateurs de Babelio, ou bien encore Les Bons Amis ou Marlaguette.

    Eh bien figurez-vous que Gerda Muller est toujours dans le coup fin 2014 avec cet album des Quatre Musiciens De Brême, en véritable Hokusai du livre jeunesse, elle qui fêtera bientôt ses quatre-vingt-dix printemps. Elle a même pris — notoriété oblige — quelques galons dans l'entrefaite car elle a migré du Père Castor à l'École des Loisirs.

    Mais hormis ce léger changement dans l'estampille, l'esprit, le style, le trait, l'ambiance sont restés exactement les mêmes qu'à l'époque bénie des trente glorieuses où ses albums s'adressaient aux grands-parents des enfants auxquels ils s'adressent aujourd'hui. À telle enseigne que, — fait exceptionnel — sitôt sortie, cette adaptation du célèbre conte des frères Grimm, Les Musiciens de Brême, celle-ci fait déjà figure d'album ultra-classique qu'on s'offrira de mère en fille pour se rappeler le grand vieux temps.

    Un trait simple mais réaliste, qui évoque dans les premières pages le plat pays qui est le sien (les Pays-Bas) pour peu à peu s'enfoncer dans une germanique forêt digne des Nibelungen ou à peu près.

    Voici un conte qui prend tout son sens quand on essaie de l'interpréter, et plusieurs interprétations peuvent se défendre, sans nécessairement s'exclure mutuellement.

    En premier lieu, la thématique du vieillissement, de la prise d'âge et de maturité, j'irai même jusqu'à l'acquisition de sagesse et du savoir. L'âne tout d'abord, puis le chien, puis le chat et enfin le coq, tous, en raison de l'affaiblissement (selon leurs maîtres respectifs) de leurs capacités (sauf dans le cas du coq) sont sur le point d'être remplacés et donc soumis à une mort certaine, décident de fuir pour échapper au trépas qui les attend dans leur ancienne fonction. Seul le coq n'est pas accusé de faiblir, mais est sacrifié à des intérêts qui lui sont jugés supérieurs.

    Je ne peux pas m'empêcher de voir dans ce conte une magnifique allégorie du licenciement boursier ou économique dans le seul but d'accroître la rentabilité, au détriment des salariés qui ont pourtant trimé toute leur vie et qu'on sacrifie comme de vieilles chaussettes puantes, sans considération de l'être qui habite les mains du travailleur.

    Tous quatre décident de s'adonner à leur hobby, la musique nocturne (je vous laisse soupeser le nuage d'ironie qu'il y a là-dessous), en la municipalité de Brême, et surtout de s'unir dans cette nouvelle vie. J'y vois quant à moi une allégorie de la retraite, dédiée au loisir, perçue telle une échappatoire à l'exploitation jusqu'à la corde que nous proposent nos employeurs, une invitation à se soustraire à la vie active, pour entamer une nouvelle vie, moins laborieuse, mais qui elle est réellement une vie.

    Enfin, nos quatre compères, non parvenus encore à destination de Brême, sont contraints de faire étape pour la nuit. Prêts à se contenter d'un spartiate abri en forêt, ils détectent non loin d'eux un havre qui leur semble plus prometteur. C'est un repaire de brigands...

    Que va-t-il advenir, je vous le laisse découvrir, mais... et s'il s'agissait d'une discrète invitation à s'unir et à se révolter contre ces voleurs qui nous saignent quotidiennement ? Allez savoir !

    Mais ceci n'est que mon avis et la seule chose qu'il faut en retenir c'est : " Chapeau Gerda ! ", le reste n'a probablement pas beaucoup d'importance…

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 23/02/2015


    Le Tartuffe de Molière

    La version du Tartuffe que nous connaissons n’est pas la pièce féroce, la bourrade farouchement anticléricale qu'avait tout d’abord écrite Molière et qui plaisait au roi.

    Celle qui subsiste est une version remaniée, aménagée, allégée, adoucie, amoindrie, ramollie pour la rendre acceptable par le clergé d’alors car Louis XIV avait beau apprécier son dramaturge, il ne pouvait se passer de l’église pour mener sa politique, illustrant avant l’heure la vision exprimée si clairement par Napoléon, comme quoi, pour gouverner il n’avait pas besoin de dieu, mais de religion, si.

    La version originale du Tartuffe est encore l’objet de discussions et discordes, les uns prétextant qu’elle n’était pas très différente, les autres arguant que l’imposteur à la fin tirait tous les bénéfices au déni total de toute forme de moralité. Hormis qu’elle devait comporter trois actes au lieu de cinq actuellement, le fin mot de tout ça, le vrai du faux, nous ne l’auront probablement jamais.

    Cette pièce n’en demeure pas moins, malgré ou en raison des transformations qu’elle a dû subir, l’un des fleurons de l’auteur. C’est l’une des toutes premières très grandes comédies que nous a légué Molière et elle est remarquable à plus d’un titre.

    Tout d’abord, d’un point de vue scénique et dramaturgique, il réussit une entrée en scène particulièrement tonitruante sous la houlette de Madame Pernelle. Cependant, le tour d’astuce, le trait de génie de Molière dans cette pièce est de faire en sorte que du personnage central on n’entende parler que par jugements interposés et que sa voix vraiment, pendant deux actes pleins, on ne l’entende point.

    Ainsi c’est l’aptitude des uns et des autres à nous convaincre (plus qu’une réflexion qui nous serait propre) qui nous place dans les dispositions voulues pour accueillir Tartuffe en l’exécrant avant même de l’avoir rencontré. De la sorte, le chemin de pensée des autres, on se le fait sien ; procédé particulièrement efficace et payant scénographiquement parlant.

    L’un des grands points forts de cette comédie est aussi la qualité remarquable de son écriture, où certains de ses vers souffrent la comparaison avec les grands tragédiens d’alors. Au passage, j’en profite pour mentionner que Molière, au travers du personnage de la servante Dorine, l’un des personnages les plus lucides de la composition, règle son compte à la tragédie, jugez plutôt :

    « DORINE :
    Sur cette union quelle est donc votre attente ?
    MARIANE :
    De me donner la mort si l’on me violente.
    DORINE :
    Fort bien : c’est un recours où je ne songeais pas ;
    Vous n’avez qu’à mourir pour sortir d’embarras ;
    Le remède sans doute est merveilleux. J’enrage
    Lorsque j’entends tenir ces sortes de langage. »

    Si ce n’est pas une petite pierre lancée dans le jardin de Corneille et Racine, je ne m’y connais plus.

    Sur les procédés comiques proprement dits, il faut encore louer cette trouvaille de nom : Tartuffe. Un nom qui évoque à la fois la tarte et la truffe, sans oublier le tuf, cette roche poreuse et de faible qualité mais qui fait illusion, véritable allégorie du personnage qu’elle désigne.

    Sans oublier que la double consonance en « t » ne jouit pas d’un grand prestige en français car elle rappelle des mots comme tordu, tortueux, tortillard ou surtout tartine comme nous le laisse entendre le vers 674 : « Non, vous serez, ma foi ! tartuffiée. »

    Outre ce déluge d’éloges que je dresse depuis tout à l’heure, il me faut quand même admettre que le comique de cette pièce n’est pas toujours très fort. Quel dommage en effet que Molière ait la passion des gags récurrents et des quiproquos à gros sabots que, personnellement, je trouve assez lourdingues, alors qu’il sait si bien sans cela, à d’autres endroits, dans la teneur d’une réplique, manier force et finesse, et envoyer son fait et bien mieux faire rire qu’avec ces gags poussifs, gros comme des menhirs. Mais bon, c’est ainsi, c’est la marque d’une époque, sachons trier les bons grains de l’ivraie dont cette moisson foisonne.

    En deux mots, la trame, quelle est-elle ? Nous avons Orgon, l’inévitable gros bourgeois ou faible aristocrate, qui possède plus de richesse que de discernement. Cette fois-ci, il s’est entiché d’un miséreux, fort dévot, qui par ses cajoleries a su s’attirer toutes les grâces du maître de maison au point d’être logé, choyé, écouté et grassement rétribué sous ses airs de serviteur de la foi. Vous avez bien sûr reconnu le Tartuffe.

    La sauce prend un tour aigre lorsque notre brave Orgon, tellement hypnotisé par les hautes valeurs du Tartuffe, décide de lui octroyer la main de sa fille Mariane, laquelle main était déjà promise de longue date à l’honorable Valère. Mais c’est plutôt la nouvelle femme d’Orgon, Elmire, que le Tartuffe mire. La femme, la fille, l’argent… que faudra-t-il encore au vorace Tartuffe ? C’est ce que je m’autorise à ne vous pas dire.

    C’est donc du très bon Molière, à l’écriture magnifique, avec la limitation que j’ai exprimée plus haut sur la teneur du comique ainsi que celle que je fais maintenant, sur la thématique du faux dévot, plus exactement d’actualité, car plus spécialement un mal qui gangrène la société, même si le trait de caractère qu’elle dénonce, l’hypocrisie, la fourberie et la voix double, font merveille aujourd’hui comme alors, et pour longtemps encore car c’est là quelque trait constitutif, universel chez l’humain. Mais tout ceci bien sûr, ne représente que mon avis, un parmi tellement d'autres, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, hier


    Les Croisés du Cosmos de Poul Anderson

    Un distrayant petit one-shot de l'auteur plus célèbre pour son cycle de la patrouille du temps.

    Roger de Tourneville, anglais au début de la guerre de 100 ans est avec près de 1000 hommes, prêt à rejoindre la France. Mais voilà qu'un vaisseau spatial atterrit dans sa contrée. Une race extraterrestre expansionniste pensait trouver une nouvelle planète à coloniser et une population à soumettre. Erreur. Les Anglais ne se soumettent pas. Archers, arbalétriers, cavalerie et fantassins s'emparent du vaisseau et pensent y trouver une fabuleuse occasion de gagner la France facilement. Hélas, les voilà partis vers des destinations plus lointaines. Prêts à affronter toute une civilisation moderne. L'esprit sera plus fort que la technologie.

    J'ai immédiatement pensé à L'Option Excalibur de David Weber que je soupçonne fortement d'avoir été inspiré par ce roman (rénové, modernisé, sublimé mais inspiré...).
    On voit ça et là, humour, drôle, loufoque... oui, l'histoire est décalée. Une armée humaine moyenâgeuse transposée dans un monde futuriste extraterrestre c'est insolite. Le ton est frais, léger, mais ce n'est pas pour autant de la sf humoristique. C'est un roman d'action, de sf militaire bien construite. L'accès au roman est facile (limite littérature jeunesse) comme beaucoup de romans du genre dans les années 60.
    J'ai adoré les capacités d'adaptation des Anglais. Technologie ne veut pas dire omniscience, ni même intelligence et les humains, rompus à des siècles de guerre, de manœuvres politiques sauront faire face.

    Une excellente distraction sans prétention, reposante pour l'esprit.

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    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 28/02/2015


    La voie martienne de Isaac Asimov

    La voie martienne :
    Le pitch : Suite à un embargo démagogique de la terre pour l'importation d'eau, vitale pour mars, cette dernière organise une expédition vers saturne pour y ramener un énorme astéroïde aqueux.

    Indéniablement la meilleure des quatre nouvelles. Elle aurait pu, aurait du, faire l'objet d'un roman à part entière. Très vivante (mais il y a un truc, tout ce qui est écrit par Asimov est doté une vie propre), les personnages sont crédibles et attachants, l'histoire originale, très optimiste.

    Ah jeunesse :
    Le pitch : Deux adolescents "trouvent" deux petits animaux qui s'avèrent très vite être les rescapés d'un vaisseau spatial qui était attendu par les "autorités" sur la planète.

    Une très mignonne petite histoire, qui se lit toute seule avec la surprise qui va bien à la fin....

    Les profondeurs :
    Le pitch : Un peuple en perdition envoie un émissaire sur la terre pour préparer son exode salvateur. L'émissaire fait connaissance, avec "horreur", avec les humains.

    A mon sens, la moins bonne du recueil, mais elle amène la réflexion sur la condition humaine.

    L'attrape nigaud :
    Le pitch : Un vaisseau est envoyé sur la planète Troie pour comprendre pourquoi cette dernière "a tué" la première vague de colon qui s'y est installée. A bord, un autiste prodige, mais très agaçant, qui découvrira le "pourquoi" de l'affaire damant le pion à l'équipe hyperspécialisée.

    Une histoire assez sombre, sur les interactions entres les membres d'une équipe, l'acceptation de la différence, la collaboration et les défauts d'une hyperspécialisation...

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 27/02/2015


    Le petit Grevisse : Grammaire française de Maurice Grevisse

    Pour le citoyen lambda (de même que pour le citoyen bêta, catégorie à laquelle j'appartiens) ce Petit Grevisse est IN-COM-PA-RA-BLE-MENT plus confortable, convivial, utile et utilisable que son grand frère, le grand Grevisse, alias Le Bon Usage et ses quatorze kilos de règles assommantes et absconses.

    Personnellement, j'ai pesté pendant des années contre Le Bon Usage en ne trouvant jamais réellement, pleinement ni simplement les réponses aux questions simples, casuelles, pragmatiques et précises que je me donnais la peine de lui poser. L'exhaustivité tue la praticité. À force d'être " universel ", Le Bon Usage est devenu une véritable usine à gaz quasi inutilisable pour le commun des mortels (francophone).

    En revanche, ce Petit Grevisse remplit parfaitement son office et sans l'ombre d'une arrière-pensée. Quelle gourdasse j'ai été de ne pas me le procurer plus tôt car, en plus de répondre concrètement à mes interrogations linguistiques, celui-ci me donne le mode d'emploi, de l'autre, du gros pansu peu maniable. Si tel ou tel point du Petit Grevisse vous intéresse particulièrement et que vous souhaitiez le creuser plus à fond, vous y trouvez un renvoi au paragraphe incriminé dans le Bon Usage.

    Si bien que non content d'être utile, il est aussi utile en rendant mon ancien Bon Usage inutile utile. Cette formulation est futile, j'en conviens mais à mes yeux elle rutile de par le simple flux langagier qu'elle mutile.

    Blague à part, l'examen d'un tel livre nous démontre combien il est difficile de maîtriser toutes les subtilités, notamment écrites, mais pas seulement, de notre langue. Cela me rappelle une discussion que j'eus naguère avec une amie avocate spécialiste du droit franco-allemand. Elle me disait qu'en Allemagne, le droit est une science et qu'en France, c'est un art. Peut-être n'est-ce que le reflet de notre langue, allez savoir ?

    En somme, un excellent livre de grammaire de taille et de masse décentes qui comble avantageusement vos doutes en matière de linguistique du français. Donc, si vous aviez encore une hésitation entre le petit et le gros, n'hésitez plus, sautez sur le petit (ça fait moins mal) et réservez le gros aux véritables experts de la question, les juristes-apôtres de la langue française devant le grand tribunal du bien écrire.

    Mais je ne voudrais point davantage grever le Grevisse et sa grammaire au moyen des faibles grammes de cet avis car, d'une façon comme d'une autre, il ne pèse sans doute pas bien lourd.

    P. S. : La couverture de l'actuel Petit Grevisse est différente de celle présentée ici sur la fiche Babelio.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, hier


    L'Heure du roi de Boris Khazanov

    Boris Khazanov nous met la main sur l’épaule et nous pose une question en nous regardant droit dans les yeux. « Vous êtes capables de défiler par millions en brandissant à qui mieux mieux des écriteaux : JE SUIS CHARLIE. Mais seriez-vous capables de défiler tous comme un seul homme avec une étoile jaune sur la poitrine où l’on pourrait lire inscrit en typographie fraktur : JE SUIS JUIF ? »

    Car elle est là, la vraie question. Y aurait-il eu toutes ces rafles si chacun avait apposé l’étoile de David lorsqu’il s’est agi d’étiqueter les Juifs comme du bétail pour en assurer la traçabilité ? L’auteur nous dresse le portrait d’un souverain imaginaire, Cédric X, d’un pays imaginaire — mais qui m’évoque fortement le Liechtenstein — durant la seconde guerre mondiale.

    Ce faisant, le royaume-confetti est envahi en bonne et due forme par l’armée surpuissante du Reich et soumet le roi Cédric X, de même que tout son peuple, à l’asservissement et au silence. Peu de heurts se font sentir car face à l’inégalité des forces en présence, le roi Cédric a l’intelligence de ravaler son orgueil et de faire en sorte que les envahisseurs soient apaisés afin d’épargner sa population.

    Cependant, le bon roi Cédric X périra lamentablement, exterminé par les nazis d’Hitler pour la bonne et simple raison qu’au moment où ce dernier réclamera le port de l’étoile jaune pour tous les ressortissants juifs du royaume, le roi se montrera publiquement avec son épouse, l’un et l’autre sertis d’un soleil d’or à six branches sur la poitrine. Ce geste fort et symbolique sera ensuite relayé par la population dévouée à son brave souverain.

    L’auteur reste flou sur le déroulement ultérieur de cette fiction, nous laissant entendre que ce geste sauvera les Juifs du royaume mais coûtera la vie au roi Cédric X. C’est très habilement fait de la part de Khazanov, l’écriture est mordante, ironique, satirique, parfois cynique sous des airs de relative bonhomie. Il y insert aussi un passage quelque peu étonnant où, le roi étant aussi un urologue réputé, Hitler en personne vient le consulter pour des problèmes d’érectilité difficile.

    En fait, sous couvert de parler du IIIème Reich allemand, l’auteur nous évoque en définitive l’U.R.S.S. d’après-guerre, notamment des années 1960-1970, qui elle aussi brillait par un antisémitisme ambiant, un laisser-faire scandaleux alors même que beaucoup des pères de la Révolution d’Octobre étaient pourtant des Juifs. En somme, une forme d’ingratitude comparable à celle d’Hitler trucidant Cédric X alors même qu’il était venu le consulter pour ses problèmes intimes.

    Khazanov a raison, et plus que jamais, de dénoncer cette forme d’antisémitisme sournois qui consiste à se dédouaner sous prétexte qu’on n’est pas celui qui commet les actes antisémites. C’est effectivement un manque d’empathie et une cécité sélective qui affecte beaucoup de nos dirigeants, et de façon élargie, beaucoup d’entre-nous. Les événements récents prouvent, s’il en était besoin, que l’antisémitisme n’est pas éradiqué en France (comme à de nombreux endroits du monde, d’ailleurs) et que le sujet doit continuellement être remis sur la table. Tant que la situation ne sera pas devenue acceptable, elle ne doit pas être acceptée et un ouvrage comme L’Heure Du Roi nous invite et nous enjoint à rester vigilants.

    La communauté juive a mille fois raison de braquer les projecteurs sur cette situation et de dénoncer tant le manque d’empathie que cette cécité sélective. Honte à nous si nous ne parvenons pas à endiguer, dans un premier temps, puis à éradiquer, dans un second temps cette tendance nouvelle resurgie du fond des âges qu’est l’antisémitisme.

    Mais ceci étant dit, permettez-moi d’insister aussi sur le fait que quand on parle de braquer les projecteurs, de manque d’empathie et de cécité sélective, cela doit concerner tout et tout le monde et pas seulement la communauté juive. À ma connaissance, il n’y a jamais eu, dans l’histoire contemporaine d’après-guerre, période à laquelle écrivit Khazanov (L’Heure du Roi fut publiée sous le manteau en Israël en 1976 après avoir été écrite, vraisemblablement à la fin des années 1960) de soulèvement d’importance et de prise de position massive de la communauté juive pour réclamer la fin de la ségrégation des Afro-Américains aux États-Unis dans les années 1950-1960, par exemple. Je n’ai jamais entendu parler de soulèvement massif de la communauté juive pour dénoncer et concourir à mettre fin aux discriminations raciales aux plus belles heures de l’apartheid à SOWETO.

    Toujours à titre d'exemple parmi beaucoup d'autres, j’aurais aimé qu’il incombe à un autre que Spike Lee de faire un film sur Malcolm X et la condition noire aux USA, un blanc peut-être, et pourquoi pas un Juif ? J’aurais aimé que d’autres, à la fin de ce film notamment, d’autres que des petits noirs sud-africains accompagnés de Nelson Mandela disent en chœur : « Je suis Malcolm X. » À sa façon, Spike Lee a fait pour la communauté noire ce que Boris Khazanov a fait pour la communauté juive et c’est ça qui me rend triste. Est-ce donc toujours un membre issu de la communauté en question qui doive soulever les problèmes et dénoncer nos manques d’empathie et notre cécité sélective ?

    Comment se fait-il qu’en France, tous les mois ou à peu près, on nous diffuse sur les ondes un documentaire sur la Shoah ou la rafle du Vél d’Hiv et que dans le même temps les mêmes ondes restent curieusement muettes sur les massacres perpétrés par les Français en Algérie à Sétif, Guelma et Kherrata ? Comment se fait-il qu’on parle tant de l’un et si peu de l’autre ? si peu du génocide arménien ? si peu du génocide cambodgien perpétré par les Khmers rouges ? Est-ce imputable à la sur-représentativité de la communauté juive dans les métiers de la communication et les média français ?

    Qui parle de la ségrégation raciale actuelle des populations noires de Colombie, parquées sur les côtes (surtout le Chocó) dans des conditions de vie déplorables, à pêcher misérablement comme pouvait le faire le héros du Vieil Homme Et La Mer d’Hemingway, alors que dans le même temps, Bogotá, peuplée essentiellement de blancs ou de populations métissées amérindiennes vit à l’heure des hautes technologies avec un revenu moyen incomparablement supérieur ? Qui le dénonce ? Qui s’en soucie ? La communauté juive pas plus qu’une autre et ce n’est qu’un malheureux exemple pris parmi des centaines et des centaines d’autres.

    Donc, oui, l’on a raison de braquer les projecteurs et de souligner tant le manque d’empathie que la cécité sélective d’une partie de la population sur le drame qu’en vit une autre, mais si l’on braque les projecteurs, par soucis d’équité et de prise en comptes des problèmes de toutes les communautés, qu’on les braque simultanément dans toutes les directions et pas seulement sur son propre giron. Il n’y a pas de discrimination ou de xénophobie plus scandaleuses que d’autres. Au moins une fois il y aura une vraie équité entre communautés : ces discriminations et xénophobies sont toutes aussi écœurantes les unes que les autres.

    Les statistiques de la discrimination à l’embauche des moins de 25 ans publiées ce mois-ci en France l’attestent et le prouvent une fois encore. Donc lisons Khazanov et tirons-en des conclusions générales pour l’ensemble de l’humanité et pas seulement concernant la seule communauté juive. Mais bien évidemment, ceci n’est qu’un avis, non communautariste, c’est-à-dire bien peu de chose par les temps qui courent…

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 20/02/2015


    La Mort d'Ivan Ilitch, suivi de Maître et Serviteur de Léon Tolstoï

    Deux petits diamants… Deux belles pierres sans tache à l'éclat fantastique, de taille modeste mais si bien taillées, si bien conformées par le maître-joailler Lev Tolstoï qu'elles irradient la lumière mieux qu'un magnésium en fusion. Et pourtant, dans toute cette lumière littéraire, il n'est question que de mort. Permettez-moi de vous parler tout d'abord de la moins connue des deux.

    Maître Et Serviteur est une nouvelle qu’il ne faut pas trop prendre à la légère. On se laisse emporter par l’histoire, le style plaisant, le format réduit qui autorisent une pleine jouissance dans un temps réduit. On pourrait donc croire qu’il s’agit là d’une petite nouvelle agréable, un conte, une narration bien sentie et qui se suffit à elle-même. Mais on aurait tort, à mon avis, de sous-estimer le fond de cette nouvelle.

    Tout d’abord il faut que je vous présente de quoi il retourne. Vassili Andréitch est un marchand aisé d’un gros village russe enfouit dans la campagne. Il se fait des choux gras sur à peu près tout le monde qui l’approche, à commencer par ses serviteurs, auprès desquels pourtant il arrive à se faire passer pour la Providence.

    Tout le monde n’est pas tout-à-fait dupe de cette affaire, mais tant que chacun y trouve son compte, cela reste supportable. Nikita est l’un des garçons de ferme de Vassili. Il n’est pas payé cher mais son maître lui offre un emploi, lui qui traîne un lourd passé d’ivrognerie, bien qu’il se soit rangé depuis quelque temps.

    Alors Nikita est indulgent avec son patron. Le métier n’est pas trop ingrat et Vassili lui passe deux ou trois écarts, tant que cela ne coûte rien. Nikita est aussi doué avec les chevaux et les choses de la ferme que Vassili l’est pour faire fructifier les roubles. D’ailleurs, Vassili est sur un bon coup, une parcelle de forêt négociée un vil prix.

    Il faut à tout prix conclure cette affaire rapidement avant qu’elle lui passe sous le nez. C’est le plein cœur de l’hiver russe et la météo n’est vraiment pas fameuse mais qu’importe, une affaire n’attend pas ! Vassili prie Nikita d’atteler le bon cheval bai et les voilà partis tous deux sur le traîneau, malgré la mine dubitative de Nikita.

    Il a tellement neigé que la question se pose de savoir quelle route prendre pour faire les quelques verstes qui séparent la maison du négociant de celle du vendeur. À chaque alternative, le bon sens paysan de Nikita se heurte au bon sens financier de Vassili… et la neige continue de tomber, et le vent continue de souffler… Nikita malgré tout obtempère toujours, car un maître, c’est un maître...

    Aussi, ne vous êtes-vous jamais retrouvés totalement transis par le froid, le vent, la neige, l’épuisement et le manque d’équipement, dans une situation scabreuse, dont on ne peut prévoir la durée ? Lev Tolstoï possède l’art de nous faire ressentir cette expérience comme si l’on y était. L'on a un frisson à chaque paragraphe et l’on termine les pages avec l’onglet. On a des engelures rien qu’à imaginer ce pauvre cheval lancé dans le blizzard, on hurle de froid en imaginant les membres douloureux de l’infortuné Nikita.

    Au-delà de cette histoire, Tolstoï nous questionne sur la condition de maître et de serviteur ou plus généralement, celle de dirigeant et de subalterne. Le dirigeant, habitué à diriger, dirige tandis que le subalterne, habitué à obéir, obéit et ce, quelles que soient les situations, même si le plus apte à diriger n’est pas le dirigeant ou si le subalterne aurait intérêt à ne pas obéir.

    L’auteur nous questionne également sur la valeur de l’argent comparée à celle des êtres. Qu’est-on prêt à risquer pour de l’argent ? Quel est le sens de tout ça ? Aujourd’hui les acteurs seront un peu différents mais lorsqu’un chef d’entreprise met sciemment ses employés en danger pour un gain de compétitivité, sommes-nous très loin de la question de Tolstoï ? N’y a-t-il pas quelque chose ayant trait à la valeur différentielle que ces personnes attribuent aux différentes catégories sociales d’êtres humains ? C’est ce que je vous laisse méditer au travers de cette nouvelle pour mieux me tourner vers le plat principal, La Mort D'Ivan Illitch.

    Quel savoir-faire dans le verbe, quelle maestria dans le style, quelle verdeur dans le propos. C’est limpide, c’est naturel, c’est jouissif, c’est fort, cela semble évident et pourtant c’est inimitable, incomparable, inatteignable. Chapeau bas, bien, bien bas ; plus bas que ça encore, Monsieur Tolstoï.

    On ne vous remerciera jamais assez pour ce chapelet de joyaux que vous nous léguâtes. Il y eut les gros (Anna Karénine), les très gros (Guerre et Paix), les petits (Les cosaques) et les tout petits dont cette Mort D’Ivan Illitch fait partie ; mais tous ont cette faculté de briller par-delà les siècles, par-delà les frontières et par-delà tout ce qui pourrait tenter de les empêcher de briller.

    En quelques pages, quelques grammes de papier (car j’ose espérer que vous ne vous êtes pas encore convertis à la liseuse !), Lev Tolstoï a le talent d’évoquer une vie entière et tout un monde de convenances, d’aspirations, de doutes et de certitudes.

    L’issue de la lutte ne laissant guère de suspense, l’auteur s’attache à nous faire vivre et ressentir la lente et inéluctable descente, l’affaissement, le basculement d’un homme, en apparence enviable, du monde des vivants à celui des trépassés.

    Chemin faisant, l’individu incline à l’examen distancié de sa propre existence passée, à l’introspection, au voyage au creux de soi-même, de tout ce que l’on a pensé et cru, et qui bien sûr n’était que du flan, de la poudre aux yeux, des chimères.

    En cette lumineuse nouvelle, Tolstoï aborde une foule de notions, comme l’atroce solitude d’un malade durant les heures de veille nocturne, le schéma du dialogue intérieur du mourant, la personnification de la douleur et la mise à l’épreuve qu’elle engendre, le lancinant va-et-vient entre espoirs de guérison et certitudes du contraire en passant par les phases médianes du doute, l’alternance mécanique entre l’hypocondrie et le déni du mal véritable, la manipulation et l’abus de pouvoir des médecins, l’hypocrisie et le mensonge des proches, la crise de la foi face à l’imminence de la mort, ou bien encore la vacuité des apparences et le sens vrai de l’existence.

    L’auteur utilise le symbole d’Ivan Illitch, magistrat de premier ordre, rendant des sentences, mis face à la sienne de sentence. Les médecins jouent le rôle des avocats véreux et la Mort, le rôle d’authentique présidente de l’audience. Nul besoin de pousser plus loin l’évocation, vous avez dans les mains un petit délice à déguster sans modération en vous pourléchant les doigts.

    En me retournant sur ce que je viens d’écrire, je m’aperçois que ce commentaire est bientôt aussi long que les deux nouvelles elles-mêmes. C’est donc qu’il est grand temps de laisser la place à Lev Tolstoï et non à ceux qui parlent de lui. Vous l’aurez compris, tout ce trop long bavardage n’est que l'expression de mon avis, qui, je l'espère, pour vous ne fut pas mortel, mais qui, là j'en suis sûre, ne représente pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 23/02/2015


    Le Lion de Macédoine, tome 2 : La Mort des Nations de David Gemmell

    La naissance du Dieu Noir.

    Second tome de la tétralogie (en français, duologie en anglais) du Lion de Macédoine. Parmenion, le célèbre général ayant servi Philippe de Macédoine puis son fils, Alexandre (Le Grand).

    Strategos à Thèbes, Parmenion assoit sa réputation en vainquant l'invaincu jusqu’alors citée de Spartes. Devenu général Mercenaire il se propose à Philippe de Macédoine, en grande difficulté, pour l'aider à relever, sécuriser et étendre son pays. Pendant ce temps, Dérae, devenue prêtresse de la source tente toujours de contrecarrer l'avènement du Dieu noir (avec le succès que l'on sait, vu le titre).

    Ce second roman (seconde partie du premier en vo) est plus nerveuse. les combats épiques, les actions héroïques qui faisaient défaut au tome 1 sont au rendez-vous.
    Au détriment peut-être de la complexité de l'intrique, mais cela passe très bien. Au final cette dichotomie pour raison commerciale coupe un peu le fil du récit et déséquilibre le tout. Mais pour y remédier, il suffit de lire les deux premier tomes à la suite, pour avoir une belle gradation de l'action, bien amenée et finir comblé. On retrouve dans la lecture de Gemmell, pape de héroïque fantasy, ce qu'on y vient chercher, et ce tome ne fait pas exception à la règle, bien que différent légèrement par son côté historique.
    Le côté fantasy reste là encore assez discret (décorporation et visite du royaume des morts) mais il semble vouloir prendre de l'ampleur.

    A suivre dans Le Lion de Macédoine, tome 3 : Le Prince noir.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 26/02/2015


    Compter le Monde : La Naissance des Nombres de Nouchka Cauwet

    Voici un livre étonnant, difficilement catégorisable. À la frontière entre documentaire, album, recueil de poésie, livre d'histoire, fiction, livre d'art, mathématiques et science, vous comprenez peut-être un peu mieux pourquoi il est si difficile à poser dans une case précise.

    C'est d'autant plus honorable que l'on ne s'égare pas dans les méandres de l'une ou l'autre des facettes de l'ouvrage, on glisse naturellement de l'une vers l'autre sans aucun problème ni discontinuité.

    Dans un premier temps, ce livre se propose d'expliquer aux enfants, à la fois de façon compréhensible par eux et à la fois par le menu comment les hommes en sont venus à établir le système numérique que nous utilisons à l'heure actuelle.

    C'est très complet, on passe en revue le paléolithique de Cro-Magnon, la Mésopotamie, les Chinois, les Romains, les Incas, les Égyptiens, les Grecs et les Hébreux pour finalement en venir aux véritables petits génies, c'est à dire les Indiens qui ont inventé les chiffres... arabes ! En fait, ces chiffres ont été répandus par les Arabes et non inventés par eux mais l'histoire est parfois ingrate, de même que le nom de l'Amérique célèbre Amerigo Vespucci et non Cristoforo Colombo...

    Ensuite vient une partie beaucoup plus artistique où les représentations des chiffres sont présentées, notamment dans l'art pictural ou la littérature. Bref, une véritable mine d'informations ou, plus exactement, une mine de renseignements permettant de mettre en relation des informations déjà connues.

    En 1 mot comme en 1000, et sans couper les cheveux en 4, j'y attribue un 18/20. J'espère que vous me recevez 5 sur 5, mais souvenez-vous que ce n'est là qu'1 avis parmi ∞, c'est-à-dire ≈ 0.

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 19/02/2015


    Sauf quand on les aime de Frédérique Martin

    Une agression verbale dans le métro. Violente. Et pourtant, personne ne bouge. Ou presque. Une femme prend à part l'agresseur, lui parle en douceur tandis que la victime, Tisha, grande Black, s'est repliée dans un coin. Claire a tout vu et s'en veut de n'être pas intervenue. Aussi, lorsque la jeune femme agressée sort du métro, elle la suit pour être sûre que rien de grave ne lui arrive. Rien sauf qu'elle n'a pas d'endroit où dormir ce soir. Claire lui ouvre grand les portes de son appartement qu'elle partage avec Kader et Juliette. Ils travaillent tous les trois, plus ou moins précairement. Kader est manutentionnaire en attendant de trouver un emploi digne de ses études, Juliette, devenue orpheline tragiquement, travaille dans une maison de retraite tandis que Claire, violoncelliste, fait juste quelques ménages. La vie à trois, bientôt quatre, est moins pénible par moment. L'on est content de retrouver quelqu'un une fois la journée terminée, l'on se recréée une famille, l'on partage les factures qui s'accumulent mais surtout les petits riens de tous les jours, les petits bobos, les chagrins, les sourires comme pour se protéger d'un monde qui va toujours plus vite...

    L'on suit le quotidien pas si banal des ces quatre vingtenaires au cœur de la ville rose. Tous portent en eux des blessures, profondes, lointaines ou encore vives. L'on découvre aussi leurs failles, leurs faiblesses, leurs chagrins ou leurs rêves. Alors, ils tentent de se construire un quotidien, d'amuser les autres, d'attirer le regard et surtout de rendre cette vie plus agréable. Les amours vaines ou inavouées, les amitiés solides ou improbables notamment en la personne de Monsieur Bréhel, le voisin retraité, se tissent. L'auteur réussit à nous captiver avec ces petits héros du quotidien souvent meurtris, malmenés mais ô combien touchants. Elle dresse de formidables portraits écorchés mais animés d'une force incroyable. Elle dépeint aussi une société bien amère, chaotique et vacillante. Porté par une écriture à la fois forte, sensuelle et délicate, ce remarquable roman, tout en émotions et justesse, regorge d'amour, de tristesse et de force.

    Rien... Sauf quand on les aime...

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 23/02/2015


    Que ta volonté soit faite de Maxime Chattam

    Années 60. Carsons Mills, petite bourgade dans le Midwest peuplé de quelques milliers d'habitants qui se connaissent tous. Ses champs, son école, son shérif et... Jon Petersen. Enfanté dans le sang, élevé à la dure par son grand-père Ingmar, figure imposante et violente, et ses deux tantes, Rackel et Hannah. Garçon asocial, il ne se fait pas d'amis et passe le plus clair de son temps seul... ou avec des fourmis dont il étudie le mode de fonctionnement pour mieux les détruire. Dès lors que l'on touche à ses fourmilières, Jon enrage et bien lui aura pris à ce jeune Tyler qui finira sous les coups acharnés de ce dernier et en sang, le visage démoli. Le barrage a cédé. Le Mal a parlé.

    Bienvenue à Carson Mills... Maxime Chattham nous plonge dans une ambiance incroyablement sombre, sauvage et malsaine dans laquelle l'âme est plus que jamais noire. Il donne la parole à un narrateur dont on ne connaît pas l'identité mais que l'on devine à la toute fin. Il décrit avec justesse la montée en puissance de la violence, la haine et la rage qui habitent Jon, parlant même de petits papillons qu'il ressent dans le ventre. L'on est englué dans ce récit où la violence va crescendo, l'on explore l'âme humaine d'un sociopathe... et l'on en redemande! Porté par une écriture riche et finement travaillée, ce roman au dénouement surprenant fait preuve d'une originalité déconcertante. Remarquable...

    Que ta volonté soit faite... au nom de la colère, du vice et de la barbarie...

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 26/02/2015


    Les oreilles de Buster de Maria Ernestam

    Eva fête aujourd'hui ses 56 ans. Famille, voisins et connaissances se sont réunis chez elle, notamment ses enfants, Suzanne et Eric, son compagnon, Sven, et ses petits-enfants. Des assortiment de biscuits et de gâteaux et quelques bouteilles pour contenter tout ce monde. De la part de sa plus petite fille, Anna-Clara, elle s'est vue offrir un carnet décoré de roses. Ses fleurs préférées qu'elle cultive avec amour. Ce journal intime occupera la plupart de ses nuits estivales, rythmées par le doux ronflement de Sven, un petit verre de vin sur le secrétaire. Eva va se livrer et plonger au plus profond de ses souvenirs, certains fussent-ils douloureux. De son enfance à son adolescence, sa vie fut marquée par sa mère, femme méchante, dévalorisante, égoïste et qui n'a, semble-t-il jamais aimé sa fille. Aussi, Eva se souvient-elle que c'est à partir de 7 ans qu'elle décida de la tuer et que son geste fut accompli 10 ans plus tard...

    Dans une maison endormie, à la lueur d'une bougie, l'on retrouve, presque tous les soirs, Eva, assise devant son secrétaire, la plume à la main et des souvenirs plein la tête. Depuis sa plus tendre enfance jusqu'à aujourd'hui, elle se remémore son passé, les événements tragiques qui l'auront marqués à tout jamais, l'amour sincère mais trop discret de son père, sa mère fantasque et désobligeante, ses premières amours et comment et pourquoi elle en est venue à vouloir tuer sa mère. De la petite fille maltraitée et incomprise à la retraitée paisible et si charmante en passant par l'adolescente déterminée et implacable, l'on se prend aussitôt d'affection pour Eva, tant elle est touchante et loyale. Alternant entre passé et présent, l'on suit son parcours ô combien chaotique. L'auteur met au cœur de ce roman machiavélique les relations mère/fille et l'amour/la haine qu'elles se portent, laissant au second plan les hommes. L'auteur réussit magnifiquement à captiver le lecteur tant on attend la mort de sa mère. Porté par une écriture fort habile et passionnelle, ce roman tantôt tragique, tantôt drôle est véritablement passionnant. L'on lit avidement ces confidences et l'on espère voir refleurir le cœur d'Eva...

    Les oreilles de Buster... seront toujours là pour vous écouter...

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    • Livres 4.00/5
    Par Marple, le 01/03/2015


    J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates

    Après la mort inattendue de son mari depuis 47 ans et 25 jours, Joyce Carol Oates a terriblement souffert, mais elle a 'réussi à rester en vie', puis finalement à reprendre goût à la vie...

    Son témoignage d'un deuil douloureux et intense, mais paradoxalement assez bref, m'a beaucoup intéressée et m'a par moments troublée. Alors même que JCO affirme se sentir désincarnée et dépersonnalisée, son livre ne l'est pas du tout, il relate certes des moments de désespoir, des rêveries de suicide ou des insomnies terribles, mais toujours avec émotion, chaleur et vie. La différence avec la froideur de L'année de la pensée magique de Joan Didon est d'ailleurs assez frappante.

    Plus étonnant encore, il y a très vite de nombreux moments d'optimisme et de douceur : soirées avec des amis, mails de soutiens, échanges avec des étudiants, jardinage, retour du sommeil réparateur, nouvelles rencontres... Sans qu'on puisse douter de sa souffrance initiale ou de son amour pour Ray, JCO semble aller mieux très rapidement, signe probablement d'un instinct de vie et de bonheur très développé. Un rétablissement rapide assez incompréhensible pour moi qui ne fonctionne pas ainsi.

    Je sors donc de ma lecture plutôt conquise et très intriguée, avec pas mal de choses à réfléchir et peut-être un jardin à planter. Pour finir, je me permets de conseiller aux éventuels futurs lecteurs de persévérer au-delà des 100 1ères pages un peu arides, la suite en vaut à mon sens la peine.

    Challenge Pavés 19/xx

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 24/02/2015


    Le Poisson et l'Éléphant de Julie Colombet

    THÈSE : Cet album est intéressant.
    Selon un principe bien connu mais, il est vrai, assez peu utilisé, l'album s'ouvre sur une planche de quatorze mots de vocabulaire illustrés et faciles à retenir (dont deux qui sont des doublons mis au pluriel, si bien qu'on peut considérer qu'il n'y a que douze véritables mots de vocabulaire). Ces mots ne seront plus écrits dans la suite du texte mais dessinés en lieu et place du mot dans le corps du texte.

    C'est un procédé très intéressant car il permet : 1) une lecture interactive de l'adulte et de l'enfant conjointement ; 2) de faire prendre conscience à l'enfant non lecteur que les mots sont porteurs de sens et ne sont pas placés n'importe où dans le texte ; 3) à l'enfant de savoir où l'on en est dans le texte et ainsi de ne pas être tenté de tourner la page prématurément.

    ANTITHÈSE : Cet album n'est pas intéressant.
    Outre le procédé sus-mentionné, qui revêt un réel intérêt selon moi, l'histoire, passé cet artifice, est d'une portée limitée, voire moins. Le début est pourtant excellent, avec un poisson qui rencontre un éléphant et qui le prend pour un chat, mais ensuite : Pfffuittt ! Un soufflé qui refroidit très vite, trop vite.

    Les illustrations sont elles-aussi assez ternes, je trouve. Enfin, le restant de biologiste qui sommeille en moi s'agace toujours lorsqu'il rencontre des approximations voire des confusions langagières flagrantes. Ici, il est dit aux enfants qu'il y a des joncs autour de la mare. Pourquoi pas, mais le dessin révèle en fait des massettes à larges feuilles (genre Typha), qui n'ont rien à avoir avec des joncs (genre Juncus). Les premières ressemblant grossièrement à des roseaux, les seconds à des herbes.

    SYNTHÈSE : En somme, un album moyen, pas dénué d'intérêt mais également avec d'importantes limites qu'il convient d'avoir à l'esprit avant de l'acheter ou de ne pas l'acheter. Mais ce n'est bien sûr que mon avis, un tout petit poisson myope face à un éléphant, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par andman, le 01/03/2015


    Un pied au paradis de Ron Rash

    Au milieu du siècle dernier les techniques de procréation médicalement assistée étaient balbutiantes et inopérantes si bien que la plupart des couples infertiles vivaient très mal cette injustice de la vie.

    Amy et Billy Holcombe cultivent un lopin de terre avec l’aide précieuse de Sam le cheval de labour. Malgré la sécheresse qui cette année encore sévit au coeur de la Caroline du Sud, la plantation de tabac à proximité de la rivière pourrait bien compenser en rendement les autres cultures déjà en partie grillées par le manque de pluie estivale.
    Les questions de subsistance ne préoccupent pas outre mesure ce jeune couple besogneux qui du matin au soir travaille l’un pour l’autre. Un mal insidieux risque pourtant de ronger petit à petit leur amour qu’ils croyaient indéfectible : d’après le médecin de famille les spermatozoïdes de Billy sont défaillants.
    Le ventre de la jolie Amy commence pourtant à s’arrondir quelques temps plus tard au moment même où leur plus proche voisine, la veuve Winchester, appelle le shérif pour lui signaler la disparition de son fils, un colosse bagarreur récemment rentré de Corée avec dans sa bourse en cuir huit oreilles asiatiques en guise de trophées.

    Voilà un fait divers à priori facile à élucider pour le brave officier de police d’autant que le pick-up de l’ancien soldat est resté garé devant la maison familiale depuis la veille !

    Ainsi commence “Un pied au paradis”, le premier roman de Ron Rash publié en 2002. Une vallée, condamnée tôt ou tard à la destruction en raison du barrage en construction à flanc de montagne, est le théâtre de ce thriller choral dont les cinq voix attisent tour à tour la curiosité du lecteur.

    Majestuosité des paysages appalachiens aux vastes écosystèmes forestiers mais aussi superstitions et croyances rurales sont omniprésentes dans ce policier. Le lecteur se sent tout petit dans cet environnement quelque peu déstabilisant et, à l’image du shérif, éprouve une certaine mansuétude à l’égard des protagonistes fussent-ils innocents ou coupables.

    “Un pied au paradis” est un pénétrant mélange de suspense et de poésie, un petit voyage en terre autrefois Cherokee que l’on effectue d’une seule traite tant le bonheur littéraire semble d'une page à l'autre à portée de main.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 21/02/2015


    Le Violoniste de Gabrielle Vincent

    Cet album, à l'image de la couverture qui en est issue, est entièrement réalisé en crayonné (de type fusain ou mine grasse) sur fond blanc. C'est un album, c'est vrai, mais son déroulement, son rythme et la quantité de texte associée à chaque image pourraient presque faire penser à de la bande dessinée dont chaque case serait une page de l'album.

    L'album comporte en effet 112 pages, ce qui est beaucoup pour un album jeunesse, mais de nombreuses pages ne comportent pas de texte, ce qui est rare pour un album jeunesse. Donc les pages se tournent vite et lorsqu'il y a du texte, il n'y a pas d'incertitude sur qui parle ou qui pense, rendant ainsi la lecture très rapide et fluide.

    Je vais donc prendre comme parti de dire qu'il s'agit d'une version de bande dessinée adaptée à la jeunesse. Récemment, j'ai émis de lourdes réserves sur des tentatives de bandes dessinées qu'on prétendrait " jeunesse " sans en avoir pleinement réfléchi la forme, notamment dans ma critique sur La Rivière cra-cra dont voici le lien :
    http://www.babelio.com/livres/Deveney-Petit-Renard--La-Riviere-cra-cra/167146/critiques/738717

    Voilà ce que, de mon point de vue, il peut être pertinent de faire pour amener de jeunes lecteurs vers une littérature de type BD. Le dessin simple et très épuré facilite grandement la lecture pour les enfants. En revanche, le côté " crayonné ", c'est-à-dire " non terminé " dans la tête des enfants, ainsi que l'absence de couleur peut constituer un frein vers un public de cet âge.

    Sur le fond, maintenant, il y a beaucoup de richesse et de sous-entendu qui devront l'un comme l'autre être explicités par l'adulte sous peine de faire flop. Mais je trouve le thème extrêmement pertinent, et tout particulièrement à l'heure actuelle où l'on ne prie qu'un seul et unique dieu, le dieu " réussite et reconnaissance sociale " comme si la simple évocation de son nom était mécaniquement et naturellement liée au nirvana " bonheur et accomplissement personnel ". Je vous laisse le soin d'y réfléchir.

    Je côtoie des enfants et des parents tous les jours dans mon métier et je puis affirmer qu'il existe un hiatus, une béance forte entre les visions des uns et des autres en ce qui concerne l'avenir des premiers. Quelque chose que l'on traduit vulgairement et de façon très approximative comme la différence entre " réussir DANS LA vie " et " réussir SA vie ".

    J'emprunte à InstinctPolaire et à John Lennon cette autre formulation de la même idée : — Quand je suis allé à l'école, il m'ont demandé ce que je voulais être quand je serai grand. J'ai répondu : " Heureux ". Ils m'ont dit que je n'avais pas compris la question, j'ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie.

    Ici, nous avons donc affaire à un violoniste dans lequel, manifestement, son père fondait de nombreux espoirs, tous plus ou moins liés à la gloire. Or, si le fils en grandissant est bien devenu violoniste, ses ambitions semblent tout autres.

    Un violon, un citoyen, ça peut faire du bien… comme aurait dit Alain Souchon. Bref, un beau livre, peut-être un peu lourd (quant au poids et non quant au propos) pour les enfants mais qui mérite certainement un détour. Nonobstant, souvenez-vous que ce n'est là qu'un avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.

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