Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

Dernières Cette semaine Ce mois-ci Depuis la nuit des temps


Critiques les plus appréciées

    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 27/01/2015


    Adieu de balzac

    Adieu est un tout petit roman ayant pour décor les suites de dommages causés par le repli catastrophique de la grande armée de Napoléon sur les berges de la Bérézina en 1812.

    Il y a de nombreux points communs entre ce tout petit roman et le célèbre Colonel Chabert lui aussi victime des dommages collatéraux des batailles napoléoniennes. (Je dis " tout petit roman " car bien que le volume puisse faire penser à une nouvelle, le développement en deux temps bien distincts doit nous faire penser plus à un roman qu’à une nouvelle.)

    Ici, au hasard d’une partie de chasse, le baron Philippe de Sucy, vétéran de la campagne de Russie et ayant passé des années au bagne de Sibérie, croise un peu plus de six ans plus tard, dans un ancien monastère délabré non loin de L’Isle-Adam, une femme mi-sauvage mi-folle qui attire toute son attention.

    Elle est difficilement reconnaissable, mais son cœur ne saurait lui mentir. Il s’agit bien de la comtesse, femme d’un général, qui était sa maîtresse en 1812, qu’il aimait éperdument et qu’il a dû abandonner sur la rive gauche de la Bérézina quand lui, ayant tout mis en œuvre pour la sauver, a dû se résoudre à demeurer sur la rive droite, aux mains des soldats russes qui le firent prisonnier.

    Cette rencontre lui cause un choc, d’autant plus que, renseignements pris, on lui confirme que la comtesse a sombré dans une folie profonde et se comporte désormais, en tous points, comme un animal.

    Le colonel de Sucy compte sur la force de leur amour pour parvenir à ranimer la raison défaillante de celle qui fut son unique amour...

    Comme il sait si bien le faire, Honoré de Balzac signe un récit poignant, dans la veine romantique, mais sans chichis ni trémolos, sans débordement de pathos.
    On peut reprocher peut-être un scénario un brin téléphoné, façon Symphonie Pastorale de Gide, mais toujours suffisamment solide et bien construit pour tenir en haleine le lecteur de bout en bout sans lui infliger une déconvenue lors de la chute.

    Donc, une narration agréable et recommandable, du moins, c’est mon avis, un tout petit avis ballotté sur les glaces flottantes de la Bérézina, c’est-à-dire, bien peu de chose.

    Commenter     J’apprécie          2 92         Page de la critique


    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 19/01/2015


    Jacques le Fataliste de Denis Diderot

    C'est toujours délicat, face à un archi, archi classique, de ne pas être en phase avec la majorité et de se sentir beaucoup plus tiède que les autres lecteurs ou commentateurs. Mais force m'est, si je veux être honnête avec moi-même, d'être plus nuancée dans l'éloge que nombre d'entre-vous. On se sent comme à l'arrêt d'un bus qu'on attendrait depuis longtemps et qui, quand il arriverait enfin, vous passerait sous le nez sans s'arrêter, prétextant un retour au dépôt. On s'interroge, on se dit qu'on a probablement raté une marche, qu'on n'était pas soi-même dans un très grand état de forme intellectuelle ou physique, et mille autres explications plausibles, — tant soit peu — à ce rendez-vous manqué.

    Qui suis-je d'ailleurs pour émettre un avis sur ce monument ? J'aurais tant aimé pouvoir m'enthousiasmer comme souvent cela m'arrive sur les romans du XVIIIème ; vous en vanter les délices ; vous en soulever le voile, juste un petit peu, pour que vous ayez envie de le lever vous-même complètement. De plus, Denis Diderot a vraiment tout pour plaire : le style, la finesse, l'envergure d'esprit, etc. Aussi suis-je bien triste de ne pas avoir tant goûté la saveur, le suc intime de cet ouvrage, pourtant tellement vanté par un auteur que j'aime beaucoup, Milan Kundera.

    À n'en pas douter, Diderot est un grand esprit et il soulève moult questions pénétrantes au travers des pérégrinations de Jacques (le valet) et son maître, un couple de héros à la manière de Don Quichotte et Sancho Pança. Comme dans Don Quichotte, la sagesse et l'usage du monde sont plus développés chez le valet que chez le maître, mais à la différence de l'Ingénieux Hidalgo, ici, Jacques possède également le grain de folie ou de roublardise qui donne la saveur au roman. Le maître ici n'est donc qu'un faire valoir pour le valet qui analyse tous les aléas de son existence au crible de la fatalité au moyen d'une formule du genre : " Il était écrit sur le grand rouleau que cela se passerait ainsi... "

    J'aimerais dire que j'ai pris un plaisir fou à le lire, mais à la vérité, les fréquentes interpellations du lecteur par le narrateur furent, de mon point de vue, un peu barbantes de et ne me semblaient apporter strictement rien au propos. Les très (trop ?) fréquentes remarques du genre : " j'aurai pu faire en sorte qu'il leur arrive ça, mais finalement non " ou " vous voulez la suite, n'est-ce pas, et bien non, je vais l'entrecouper volontairement avec un autre récit qui n'a rien à voir " hachent considérablement le récit et sont pour moi un peu fatigantes à la longue.

    Finalement, je fus bien contente d'en découdre, même s'il est vrai que c'est facile à lire, qu'il y a toujours une agréable pointe d'humour ou d'ironie sous-jacente, que Diderot a une connaissance approfondie de l'âme humaine, et ce dans les différentes classes sociales et qu'il n'hésite pas à aller sur le terrain du grivois de temps à autres. Pour moi, la qualité de l'écriture ou l'intérêt du fond ne compensait pas le manque dans la construction. C'était à mes yeux un fatras, un peu comme à un marché aux puces où il fallait chiner, sans être du tout certain que la pièce qu'on négociait trouverait sa place et sa raison d'être dans notre intérieur à l'avenir.

    Bref, je l'ai lu et d'un point de vue culturel et de l'histoire de la littérature, je ne le regrette absolument pas, mais je n'en ferai sûrement pas mon livre de chevet. À vous de voir, car tout ceci n'est — fatalement — que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose, et il était écrit sur le grand rouleau qu'il ne pouvait en être autrement...

    Commenter     J’apprécie          2 84         Page de la critique


    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 27/01/2015


    L'épreuve, tome 1 : Le Labyrinthe de Dashner James

    Mouaif...

    Premier tome d'une nouvelle trilogie dystopique Young Adult qui sera suivi de la terre brûlé et le remède mortel. Le roman à la mode en ce moment.

    "Je m'appelle Thomas". C'était la seule chose qu'il se rappelait.
    Largué au milieu d'une petite communauté d'ado d'environ 40 garçons, en vase clos avec une énigme à résoudre : Comment sortir de là, qui suis-je, où suis-je, dans quel état j'erre ? Par le labyrinthe en constant changement et ses périls mortels. D'autant que son arrivée et celle d'une fille, rendez-vous compte, une fille parmi tous ces mâles, préfigurent de grands changements dans le train-train de la communauté qui cherche sans vraiment trouver depuis maintenant deux ans.

    Le cube ? Au moins dans ce film, les promeneurs se faisaient découper en rondelles et hacher menu. Ici, c'est plus soft. Ah oui, littérature jeunesse oblige (mais on meurt quand même).
    Alors OK, phrases courtes, dialogues courts se voulant percutants, frais et légers, se mangeant sans faim, vocabulaire adapté et emploi à foison de mots tels que Plonk ( déjections humaines plus communément appelées merde), tocards, blocards.... Geignards oui.
    Et pourtant ils sont choyés, nos soi-disant Robinson Crusoé du labyrinthe, ils découpent leur viande eux-même à même la bête, mais ils mangent des cookies et on leur fournit tout ce qu'il faut pour se laver les dents (non, c'est pas dans le livre, mais un bon ado bien comme il faut, doit se laver les dents au moins deux fois par jour et deux minutes à chaque fois mesdames).
    Je fais des choix hasardeux en ce moment dans mes lectures, et je crois que je vais arrêter le YA qui, non seulement ne me comble pas (ou plus puisque j'en ai aimé pas mal des livres de ce genre), mais à tendance à m'exaspérer un tantinet.
    Et pourtant, il ne dégoulinait pas de bons sentiments et de romance niaise ce roman. C'est peut être cela qui m'a manqué ?
    Et pourtant il y avait une belle gradation dans l'intensité dramatique, un suspense savamment entretenu, un bon dosage des informations sur le background arrivant au compte goutte, mais suffisamment vite pour éviter de se dire qu'ils nous gonflent et nous baladent un peu inutilement dans leur terrain de jeu.
    Bon,  clifhanger final grillé dès le début, c'est de votre faute, vous tous commentateurs... Allez, non c'est de la mienne, je n'avais qu'à pas vous lire.

    Mouaif. Lirai-je le tome 2 ? Probablement, mais pas tout de suite...

    Commenter     J’apprécie          11 82         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 26/01/2015


    Encore un peu de verdure de W. Moore

    Écrit en 1947 et publié en 1975 en France, "Encore un peu de verdure" raconte la fin du monde sur un mode humoristique.

    Le coupable : Les aliens ? Les IA ? La bombe A ? Non. Les mauvaises herbes.
    L'herbe du diable, dopée au fertilisant révolutionnaire inventé dans une arrière cuisine, va recouvrir rapidement la Californie, puis les USA et enfin le reste du monde sans que quoi que ce soit mis en œuvre par l'humanité ne puisse s'y opposer.

    On passera sur l'analyse psychologique, de l'allégorie de la fin du monde, guerre froide et tuti quanti pour se concentrer sur le contenu.
    Avec un style linéaire, simple (comme l'histoire d'ailleurs) et beaucoup d'humour (noir bien sûr), l'auteur nous livre un petit récit rapide et facile à lire, un petit bijou à découvrir ou redécouvrir.

    Et si l'on en n'a pas eu assez des vilaines plantes tueuses, on pourra se consoler avec "le jour des Triffides" de Windham, en plus sérieux.

    Commenter     J’apprécie          2 81         Page de la critique


    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 22/01/2015


    Les Rougon-Macquart, tome 8 : Une page d'amour de Emile Zola

    Et voici, dans l'ordre de publication initial, la dernière des trois enfants Mouret, le rameau issu d'Ursule Macquart. On avait déjà vu son jeune frère Silvère dès La Fortune Des Rougon aux prises avec le coup d'état de Napoléon III ainsi que son autre frère François se débattre avec l'abbé Faujas dans La Conquête De Plassans.

    Ici Hélène (la belle Hélène, sans chercher absolument à faire un vilain jeu de mots annonciateur du roman suivant Nana), s'installe à Paris venant de Marseille avec :
    - une fortune acquise par un héritage imprévu,
    - un mari fraîchement décédé et
    - une fille chétive et sub-claquante de 12 ans.

    C'est déjà assez étonnant et improbable comme canevas de base. Mais en plus, et ce qui n'arrange rien, Hélène est une femme droite, fidèle, honnête — et, pour être tout à fait sincère, de mon point de vue ennuyeuse, mais ça c'est à vous d'en décider —, qui ne lève jamais un œil sur un homme, encore moins s'il est marié, enfin vous voyez le tableau, quoi...

    Malheureusement, PAF !, pas de bol ma chérie, elle tombe sur LE médecin bellâtre qui vient soigner sa fille et son cœur commence à palpiter et cætera, et cætera, et cæteraaaaaaaaaa..... (Soupirs puis RRÔÔNN PPCHHH, RRÔÔNN PPCHHH, c'est très mauvais pour la nuque car votre menton touche votre sternum pendant de longues minutes et vous ne devez votre salut que parce que vous vous êtes réveillé(e) au bruit du livre venant de vous tomber des mains.)

    Pas besoin de vous faire un dessin ; le mélo bon marché, les violons larmoyants qui vont avec et, la forte probabilité de vous ennuyer si vous avez plus de seize ans ou si vous n'êtes pas hyper fan de ce que le romantisme a de plus gnan-gnan (du genre Chateaubriant).

    Il est vrai que Zola nous y avait déjà un peu habitué avec La Faute De L'Abbé Mouret. À croire que notre pauvre Émile a tout donné dans son précédent bouquin, L'Assommoir, et qu'il n'a plus grand chose en tête pour ce roman-ci.

    On sent qu'il a voulu bâtir un ouvrage dans la veine d'Eugénie Grandet, de Madame Bovary ou même, avec un peu d'anticipation d'Une Vie, mais encore faut-il avoir un peu de matière en réserve, ou une quelconque recette littéraire magique propre à nous envoûter.

    Ici, point de tout cela, vous avez appelé le mauvais numéro : ZOLA & Cie — COUVERTURE-ZINGUERIE-ISOLATION-RÉPARATIONS EN TOUT GENRE. Si vous aimez les descriptions interminables des ciels et des toits parisiens, vous serez servis, en revanche, pour le reste, c'est un opus très creux et très en deçà de ce dont est capable l'auteur.

    Accordons à l'auteur que l'ensemble reste " assez " agréable à lire, contrairement à La Faute De L'Abbé Mouret, mais franchement sans grand intérêt.

    C'est vrai, je n'y suis pas allée de main morte, mais qui aime bien châtie bien, dit-on, et au surplus, toutes ces faibles considérations ne sont que mon avis, mon tout petit avis sur le grand Zola, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          2 76         Page de la critique


    • Livres 2.00/5
    Par fnitter, le 21/01/2015


    La Planète Géante de Jack Vance

    Un bien décevant premier tome du cycle des aventuriers de la planète géante avec les baladins de la planète géante.

    Planète géante, où sont venus s'échouer tous les déçus de la civilisation. Planète dénuée de métaux où la technologie quasi absente a vu régresser à différents stades, les individus et les multiples « modes de vie » présents sur la planète, autonomes mais livrés au pillage, aux esclavagistes et autres calamités bien humaines.
    Quand une commission envoyée de la Terre pour tenter de régler le problème s'écrase à 65.000 km de sa destination, une seule possibilité, rejoindre l'enclave terrienne à pieds. Mais entre trahisons et rencontres incertaines le voyage sera mouvementé.

    Où est passé mon émerveillement à la lecture du cycle de Tschaï du même auteur ? Avec ma jeunesse ?
    Personnages inconsistants, background historique anémique, descriptions sans guère d'intérêt, impossible de me passionner pour cette ballade. Une courte ballade heureusement pour un récit que j'ai trouvé extrêmement fade. Un prétexte pour que l'auteur puisse nous décrire quelques pittoresques groupes de naufragés volontaires sur cette planète, lui se fait plaisir, mais moi ?
    Le tout dans un style bien vieillot de la fin des années 50. Hamilton (Peter F., pas Edmond) viens à mon secours.

    Un court roman qui malgré les promesses ne m'a pas fait voyager, ne m'a pas dépaysé et m'a profondément ennuyé.

    Commenter     J’apprécie          15 74         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 29/01/2015


    Miss Harriet de Guy de Maupassant

    Ce recueil comporte 12 nouvelles. (L'Héritage est beaucoup plus longue que les autres et n'est presque plus, par définition, une nouvelle car présentant deux voire trois moments distincts avec des sous-dénouements. Laquelle nouvelle est une reprise de la nouvelle intitulée Le Million écrite auparavant.)

    Ce n'est peut-être pas le tout meilleur de Guy de Maupassant, mais, justement parce que c'est du Maupassant, on flirte malgré tout souvent avec les sommets.
    Je n'ai pas connu de ces fulgurants points d'orgue tels que Madame Baptiste par exemple (dans le recueil Mademoiselle Fifi) ou même Toine.

    Mais on y rencontre tout de même une impressionnante brochette de succulentes nouvelles, plaisantes, solides, dont quelques unes sont mes favorites, tous recueils confondus.

    Je vous conseille particulièrement : L'Âne, roublarde et cruelle ; la puissance négative de la vox populi dans La Ficelle, le couteau infâme du regard familial sur la réussite sociale dans Mon Oncle Jules, la déchirante Mère Sauvage et bien sûr, la nouvelle titre, la touchante et tout en subtilité Miss Harriet.

    En conclusion, si vous aimez déjà le Maupassant nouvelliste, vous retrouverez tout le charme particulier de sa plume. Si vous cherchez à le découvrir, sachez que quelques unes des histoires de ce recueil sont parmi les chefs-d’œuvre dont l'auteur est capable (d'autres étant évidemment un peu en dessous), et qui font son renom, à mon avis, justifié, mais ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    N. B. : Je me permets de noter que pas une seule nouvelle n'évoque la prostitution dans ce recueil malgré la couverture de la collection folio qui pourrait y faire songer, tandis que le recueil Toine, par exemple, où elles fourmillent, est affublé quant à lui d'une couverture très " terroir ". Il y aurait peut-être quelques choses à revoir mesdames et messieurs les éditeurs...

    Commenter     J’apprécie          1 72         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 23/01/2015


    Histoire du climat depuis l'an mil, tome 1 de Emmanuel Le Roy Ladurie

    Bien qu'un peu ancien maintenant, cet ouvrage demeure une référence. À la croisée des chemins entre l'histoire et la science pure, Emmanuel Le Roy-Ladurie confronte des méthodologies typiquement scientifiques (par exemple la dendrochronologie, c-à-d. l'étude des anneaux de croissance des arbres, la palynologie, c-à-d. l'étude des dépôts de pollen, mesure des proportions des isotopes d'oxygène dans les sédiments constitués de coquilles de foraminifères, etc.) avec des démarches plus caractéristiques de l'historien (relevés paroissiaux, quantités de récoltes engrangées, iconographie sur les glaciers, etc).

    On est captivé par l'enquête toujours délicate à mener pour obtenir une information, par essence, perdue (le temps qu'il a fait il y a 1000 ans) qui nous permette indirectement de rétablir la vérité historique du climat écoulé durant le dernier millénaire.

    J'ai beaucoup aimé le recadrage sémantique de nombreux termes assez souvent galvaudés comme celui de " réchauffement ". L'auteur différencie nettement le vague " plus chaud ", tendance longue, sur une moyenne, affectant une ou plusieurs saisons (au XIXème par exemple, seuls les hivers semblent se réchauffer en France) du non moins vague " plus ensoleillé " qui dans l'imaginaire lui est souvent accolé, or, plus chaud signifie rarement " plus sec ".

    Il distingue aussi les ordres de grandeur du " réchauffement " assez variables qui existent selon les latitudes. La variation étant d'autant plus ample qu'on s'éloigne de l'équateur, et surtout dans l'hémisphère nord. Autant de nuances qui sont rarement mentionnées quand on parle à l'heure actuelle de " réchauffement global ".

    L'auteur montre, ce me semble de manière suffisamment explicite, que le climat (notion déjà très vague) n'a jamais été, autant qu'on puisse en juger, un élément stable, et qu'il est donc continuellement sujet à variations sur des échelles de temps elles-mêmes variables (par exemple au néolithique, vers - 4000 ans, la température semblait 2,5° C plus élevée, même qu'en ce début de XXIème siècle, et le chêne vert, typique de la zone méditerranéenne se rencontrait alors jusqu'en Normandie, ce qui aurait permis d'étendre la culture du blé jusqu'au nord de l'Europe).

    En somme, ouvrage très intéressant, mais il me reste à adresser un petit bémol, qui ne concerne ni le texte, ni l'auteur. En effet, les deux tomes n'étant pas gros et les annexes se situant dans le tome 2, il serait intéressant voire indispensable de le publier en un seul volume car cela ressemble fort à un coup commercial pour obliger les gens à payer deux livres au lieu d'un.

    De plus, mesdames et messieurs les éditeurs, il serait tellement plus confortable que les figures soient disposées à l'endroit adéquat plutôt que 4 ou 5 pages plus loin, que ceci mériterait probablement une révision de la mise en page de cet essai en tous points remarquable par ailleurs, mais ce n'est là que mon avis, lui aussi sujet à variation sur des échelles de temps, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          0 71         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 24/01/2015


    Une double Famille de Honore de Balzac

    Une Double Famille est un joli petit roman, très plaisant, très émouvant, qui sonde les mystères de la réussite ou de l'échec de la vie conjugale. Vous vous imaginez bien que qui dit « double » dit deux moments dans le déroulement du récit.

    Honoré de Balzac se charge de nous faire naître une petite histoire de séduction entre une petite brodeuse, jeune, pauvre et courageuse et un inconnu, un passant habitué à passer deux fois par jour sous la croisée de la charmante brodeuse et de sa vieille mère.

    De fil en aiguille (je ne pouvais pas m'empêcher de la caser celle-là), la brodeuse va peu à peu sentir monter, en son petit cœur de rabouilleuse, un sentiment qu'elle ne connaissait point et que l'on nomme ici-bas, l'amour.

    Quelle douleur, quelle tristesse sans nom l'inconnu traîne-t-il après lui ? Les conjectures vont bon train sur l'identité et le statut de ce bel inconnu, qui semble réticent à faire aller les choses plus loin, bien que la jeune femme sente poindre en lui un sentiment analogue au sien.

    Mais, les humains étant ce qu'ils sont et l'amour étant ce qu'il est, fatalement, il y eut un premier pas, puis un autre, puis quelques autres encore jusqu'à ce que Caroline puisse s'adonner pleinement à l'amour de Roger.

    Balzac sait nous dépeindre, par touches, par nuances successives, l'éveil puis l'épanouissement de cet amour simple entre deux êtres qui ne recherchent rien de mieux qu'un petit bonheur simple, naturel, évident. Les années passent et rien de vient troubler la félicité du couple.

    C'est le moment précis que choisit l'auteur pour nous éclairer de son fameux discours rétrospectif, cette deuxième vie, cette deuxième famille et c'est l'occasion pour lui de nous montrer son vrai visage d'auteur parfois cru, parfois atroce, mais toujours d'une incroyable honnêteté littéraire dans son vaste projet de La Comédie Humaine.

    Balzac trouve au passage le moyen de sonner une charge de toute beauté contre la religion, dans ce qu'elle a de plus nul et dévastateur, à savoir, l'étroitesse de vue et d'esprit. Il lamine les excès de la dévotion — la dévotion devenue carcan — et contraire à l'idée même de vie que promeut pourtant cette même religion.

    Selon lui (et je partage cet avis) la bigoterie n'a rien à voir avec la piété véritable et ne sert qu'à pourrir la vie de ceux qui fréquentent, de gré ou de force (lorsqu'il s'agit d'un membre de sa famille, par exemple), ces bigots-là, esclaves de leur aveuglement et de leur petit jugement.

    Ce qui est intéressant aussi dans ce roman c'est le choix des individualités opéré par l'auteur. Tous les personnages sont, à leur façon, honnêtes et désireux d'arriver à une forme de bonheur conjugal. Aucun n'est particulièrement mauvais, ni retors, ni frivole, ni quoi que ce soit que l'on peut généralement accuser de faire capoter une histoire d'amour, et pourtant...

    Je vous laisse le plaisir de découvrir la chute de cette odyssée dans les arcanes de la vie de couple sans toutefois vous faire accroire à un quelconque espoir ou une once d'illusion de la part de l'écrivain des mœurs sociales.

    Vous avez affaire à du bon Balzac, du très bon même, peut-être pas le meilleur, mais du Balzac mature, désillusionné, du Balzac juste, d'une justesse admirable dans ses descriptions et observations millimétriques du comportement et du caractère humain.

    C'est aussi du Balzac qui vous prend un peu aux tripes et qui peut, au coin d'une ou deux pages, vous arracher une petite larme, pudique, sans exagération de pathos, tout simplement parce qu'il nous touche droit au cœur, du moins c'est mon avis, mon ressenti fortement partial, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          3 71         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/01/2015


    L'Homme à l'oreille coupée de Jean-Claude Mourlevat

    L'Homme à l'Oreille Coupée est un tout petit livre destiné aux enfants de 6 à 11 ans environ, sans image (précision importante) où le problème est le suivant :

    Un vieux marin volubile, dans un port de Norvège, est l'un de piliers du bar local. Il est l'attraction du bistrot car, outre le fait qu'il lui manque une oreille, le joyeux gaillard raconte sans hésitation, dès qu'on le lance sur le sujet, une explication quant aux circonstances et à la perte de cette oreille. L'ennui, c'est justement que, pas deux jours de suite, cette version n'est là même. Laquelle croire ?

    C'est donc un captivant petit travail d'enquête pour les enfants auquel nous convie Jean-Claude Mourlevat, afin de savoir laquelle de ses versions paraît la plus plausible, eu égard aux éléments tangibles dont nous disposons au fur et à mesure des chapitres.

    À voir maintenant si nos chers bambins en trouveront le fin mot, voire même s'il existe un fin mot... En tout cas, d'après moi un excellent petit livre pour faire des enfants des lecteurs actifs. Mais de tout ceci, je ne mettrais pas mon oreille à couper, car ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          2 69         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par andman, le 24/01/2015


    L'aveuglement de José Saramago

    “L’Aveuglement” est le roman le plus captivant qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps mais aussi celui que j’ai refermé avec le plus grand soulagement. Son atmosphère oppressante et nauséabonde, rien que d'y penser j’en ai la chair de poule !

    Imaginez une pandémie qui, en quelques semaines, frappe de cécité la population dans son ensemble ! La dimension extraordinaire et brutale du cataclysme empêche la mise en place de la moindre organisation salvatrice et engendre un chaos absolu.
    Sans eau, sans électricité, les aveugles errent en groupes disparates à la recherche de nourriture qui jour après jour se raréfie dans les magasins saccagés. Les personnes les plus vulnérables expirent dans la rue au milieu des voitures abandonnées et des déjections de toutes sortes. Les cadavres encore chauds sont la proie de chiens faméliques, de rats énormes, d’oiseaux nécrophages...
    Le lecteur accompagne un groupe d’une dizaine de personnes, les toutes premières victimes du fléau mises en quarantaine, qui dans son malheur a la chance inespérée de compter en son sein une femme qui voit encore. Cette dernière par prudence feint la cécité et seul son mari, un médecin ophtalmologue, est au courant de cette heureuse anomalie du destin.

    Avec “L’Aveuglement”, paru en 1995, le futur Nobel José Saramago signe une fiction incroyablement réaliste dans laquelle la bestialité prend rapidement le pas sur toute humanité. Heureusement le comportement altruiste et l’intelligence de la femme du médecin atténuent quelque peu la noirceur ambiante !
    L’étrangeté de cette fiction est encore accentuée par la syntaxe singulière de l’écrivain portugais chez qui la virgule est reine.

    Constamment collé aux basques des protagonistes dans leurs déplacements à tâtons, le lecteur sidéré par le degré apocalyptique de l’intrigue fera jusqu’au dénouement... les yeux ronds.

    Commenter     J’apprécie          10 67         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 19/01/2015


    Le Lion de Macédoine, tome 1 : L'Enfant maudit de David Gemmell

    Un démarrage un peu lent pour ce premier tome d'une tétralogie écrite en 1990-91 ( suivi de la mort des nations, le prince noir et l'esprit du chaos) à cause de l'habitude bien française de découper sauvagement l’œuvre originale, ou première partie du tome un (sur deux) des romans historico-fantasy de la Grèce antique.

    L'enfance et le début de la carrière de Parménion, mi spartiate mi macédonien, au sein de la soldatesque spartiate. Dénigré et rabaissé pour son « sang- mêlé », détruit par un chagrin d'amour, banni de sa cité, il va orienter sa vie vers un but ultime : la vengeance. Contre Sparte.

    Parmenion, personnage historique suffisamment flou pour que Gemmell puisse broder autour tout en respectant plus ou moins la réalité.
    La fantasy y est très discrète, quelques pouvoirs de guérison, divination, prêtresse de la source et futur Dieu noir qui semble être la destinée de Parménion.
    Ce premier tome manque de la principale qualité de la plupart des romans de l'auteur : la dimension épique. Pas de grandes batailles, pas de dernier carré.
    Il s'agit avant tout d'une mise en place du personnage. Ce qui fera de lui ce qu'il est, ses motivations, ses fêlures et ses plaies.
    Le style est fluide, agréable, les références historiques passent très bien, même pour le profane que je suis, notamment en parlant des 300 et des 10.000.

    Sympathique, mais un peu mou. On espère que cela va s'étoffer dans le tome suivant.

    Commenter     J’apprécie          9 64         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 29/01/2015


    Salina de Laurent Gaudé

    Un vieil homme venu d'un monde lointain avec un bébé. Les pleurs incessants du nourrisson ne s'arrêtèrent que lorsqu'il atteint la ville. Les larmes avaient creusé des rigoles sur ses joues et sa peau avait le goût du sel. Le clan Djimba qui la recueillit la prénomma Salina. Elevée avec les deux frères de la famille, elle se prend d'affection pour le plus jeune des deux, Saro. Malheureusement, elle est promise à Kano. Dès que son sang coulera, elle n'aura d'autres choix que de l'épouser et de lui donner des héritiers. Contrainte de se marier avec lui qu'elle hait de toutes ses forces, elle se jure de lui rendre la vie impossible, allant même jusqu'à délaisser l'enfant qu'elle a mis au monde. Lors du banquet du mariage, les barbares approchent, la guerre est imminente et tous les hommes s'en vont combattre, même Kano dont Salina espère la mort au combat...

    Au cœur de l'Afrique ancestrale où Laurent Gaudé plante le décor de cette pièce en trois actes, l'on est soufflé par cette tragédie où s'entremêlent les passions, la haine et ce désir de vengeance qui anime Salina. Femme au tempérament de feu, elle n'aura de cesse de nourrir sa haine et de punir le clan Djimba. Contrainte à l'exil dans le désert, elle enfantera l'enfant de la haine. La colère et le mépris envers les Djimba la nourriront. Alternant les récits et les répliques, Laurent Gaudé nous offre une pièce épique aux héros au destin tragique. Porté par le souffle des mots, ce conte africain fait la part belle à cette femme si forte.

    Salina, l'enfant de sel...

    Commenter     J’apprécie          0 63         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 20/01/2015


    Ce n'est pas toi que j'attendais de Fabien Toulmé

    Cela fait maintenant 5 ans que Fabien habite au Brésil avec sa femme Patricia qui en est originaire. Ensemble, ils ont une petite fille, Louise. Ce matin-là, Fabien est un peu tendu car la première échographie va avoir lieu, c'est à ce moment-là que l'on peut détecter s'il y a risque de malformation et déceler une maladie. Heureusement pour les futurs parents, le bébé est en parfaite santé. Mais voilà qu'après 10 ans d'exil, le couple décide de retourner vivre en France pour se rapprocher de leurs famille et amis. Ils s'installent en banlieue parisienne dans l'appartement que leur prête la maman de Fabien. De nouveaux médecins se penchent sur le ventre de Patricia. La grossesse se passe à merveille. Pourtant, Fabien est inquiet. Il redoute qu'une maladie n'ait pas été détectée. Malheureusement, ses craintes seront confirmées à la naissance de Julia. Dès l'instant où il la voit, il remarque qu'elle n'est pas comme Louise. Un cou droit, une tête plate et des yeux légèrement bridés, tous les symptômes d'une trisomie 21...

    Ce n'est pas toi que j'attendais, évidemment des mots crus, presque violents de la part d'un père envers sa fille. Et pourtant, il se dégage de cet album un amour profond et sincère. Dès lors que la maladie sera confirmée, c'est tout un monde qui s'écroule pour lui. Il se demande même s'il pourra un jour aimer sa petite Louise qu'il ne considère pas comme sa fille. Il n'arrive même pas à la tenir dans ses bras ou lui faire son bain. Un sentiment de rejet d'abord puis viendra la colère, l'incompréhension et l'abattement. Un véritable choc pour lui qui n'était pas prêt. Mais, il apprendra à l'apprivoiser et l'amour viendra petit à petit. L'auteur se livre sans concession, ne cache pas ses sentiments, même les plus inavouables, et cela le rend encore plus humain. Il nous offre une très belle leçon de vie et un témoignage sincère, bouleversant et empli d'émotion. Le dessin, tout en rondeur et chaleureux, aux couleurs bichromiques, apporte une certaine douceur.
    Un album d'une grande délicatesse véritablement touchant...

    Ce n'est pas toi que j'attendais... mais je suis quand même content que tu sois venue...

    Commenter     J’apprécie          3 62         Page de la critique


    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, hier


    Podkayne fille de Mars de Robert Heinlein

    Primo : C'est l'une des couvertures les plus moche que j'ai jamais vue, cela n'aide pas à entamer le livre. :-)
    Secundo : L'arnaque. L'histoire promise par la quatrième de couv (intrigue politique, vaste complot, bébé-fée) n'arrive qu'à 50 pages de la fin (pour un livre de 250 pages) et n'est de toute façon, qu'à peine évoquée. Vous ne saurez rien de bien précis sur ce vaste complot, simple prétexte à l'enlèvement des enfants.
    Tertio : Tout le background du livre est largement survolé. Aucune explication sur les martiens (pourtant encore vivants) et leur culture, à part qu'elle est très ancienne, et les fées de vénus.

    Reste le quarto, qui fait que le livre mérite malgré tout une lecture rapide : Sur les 200 premières pages, Heinlein nous distille un gentil babillage, très plaisant à lire, sur Podkayne et son voyage, là encore prétexte pour nous servir ses idées sur l'éducation, la politique, les femmes, tout et rien.

    Commenter     J’apprécie          15 62         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 17/01/2015


    L'art de pleurer en choeur de Erling Jepsen

    Voici un auteur dont je ne connaissais même pas l'existence et que je ne connaîtrais pas si l'on ne m'avait pas offert ce livre et sa suite (Sincères condoléances) à Noël. Et je ne peux que remercier la personne en question car ce livre est un petit bijou. Mais modérons quand même ce propos car il s'agit d'un roman noir, extrêmement noir ! On découvre, à travers un petit narrateur de 11 ans, la vie quotidienne d'une petite ville danoise. Le père tient une épicerie et est confronté à la concurrence puisque Frisk a agrandi la sienne et en a quasiment fait un magasin dans lequel les gens peuvent se servir eux-mêmes. La famille doit donc subir les aléas financiers. Le père du narrateur fait également de belles oraisons funèbres, ce qui, en général, fait fructifier par la suite ses ventes. Jusque-là, le lecteur suit le cours de cette petite famille constituée des parents, du narrateur, de sa soeur, Sanne, et du grand frère qui ne vit plus à la maison, Asger. Pour des raisons qui échappent au garçonnet, ses parents se disputent à cause d'un discours du père. Celui-ci dort alors sur le canapé. Les enfants, qui l'adorent, ne veulent pas le laisser seul, pleurant dans son coin. Sanne le rejoint et se colle à lui, réflexe d'enfant... Mais pourquoi, lorsque son petit frère le lui demande à une autre reprise, ne veut-elle plus dormir avec son père ? Pourquoi se met-elle à trembler de tous ses membres ? Et pourquoi Asger, prévenu, frappe t-il son paternel ?

    C'est à cet instant précis que le lecteur se prend une claque magistrale ! Toute cette pudeur, toute cette finesse lui avaient masqué l'essentiel, la noirceur qui se cachait derrière cette famille qui semblait sympathique au demeurant. Et c'est en ce sens que je dis que ce livre est vraiment une perle. Il dénonce ainsi ce mal qui s'insère dans certaines familles, que personne n'a remarqué mais qui brise à jamais, tant sur le plan physique que moral, d'innocents enfants qui ne seront plus jamais les mêmes.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/jepsen-erling/

    Commenter     J’apprécie          11 62         Page de la critique


    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 28/01/2015


    Pièces en un acte de Anton Tchékhov

    Les pièces en un acte d'Anton Tchékhov se répartissent pour trois d'entre elles en études dramatiques et pour six d'entre elles en farces. Il convient, je pense, de bien distinguer ces deux ensembles ; les premières étant, selon moi, de bonne voire très bonne qualité, et les secondes très moyennes à franchement mauvaises.

    Les trois études dramatiques sont, dans l'ordre de cette édition : Sur La Grand-Route, Le Chant Du Cygne et Tatiana Répina. Les six farces étant : Des Méfaits Du Tabac, L'Ours, La Demande En Mariage, Le Tragédien Malgré Lui, La Noce et Le Jubilé.

    Sur La Grand-Route me semble être à la fois la plus ambitieuse et la plus intéressante de ces pièces en un acte. C'est en tout cas ma préférée et de très, très loin. On y perçoit une claire, nette et évidente annonciatrice et inspiratrice de la célèbre pièce de Maxime Gorki, Les Bas-Fonds.

    C'est un théâtre rare pour Tchékhov. Lui qui nous a plutôt habitué à faire frayer ses drames parmi la petite aristocratie ou la bourgeoisie, il nous transporte cette fois-ci dans une taverne franchement mal famée et peu recommandable des bords de route où s'y croisent des pèlerines hors d'âge, des voyous patentés, des ivrognes de toute espèce, des vieillards à l'article de la mort, des voyageurs tombés en panne, etc.

    La langue n'y est pas fleurie et les vies sont abîmées, frappées du sceau du destin. On y retrouve les mêmes appels messianiques que dans Les Bas-fonds, les mêmes hors-la-loi, les mêmes empoignades verbales qui peuvent à chaque instant devenir physiques. L'omniprésence de l'alcool, la précarité et la promiscuité.

    Et, comme dans Les Bas-Fonds, on y rencontre un personnage surprenant, Bortsov, un ancien propriétaire foncier opulent, c'est-à-dire, un aristocrate, désormais ruiné, sali, mis plus bas que terre, plus mendiant que le dernier des mendiants, plus ivrogne que le dernier des ivrognes. Je vous laisse découvrir son histoire qui arrive même à attendrir les rudes gaillards de la taverne.

    Le Chant Du Cygne nous présente la grande remise en question d'un acteur âgé, sur le déclin, qui s'interroge sur son art et sur le sens qu'il a donné à sa vie durant toutes ses années de scène. Cette pièce fait écho, mais de façon plus faible, à La Mouette, où cette thématique est mieux développée.

    Enfin, dernière étude dramatique, Tatiana Répina est une variation sur le thème du mariage orthodoxe. On assiste donc à une cérémonie en bonne et due forme, qui assomme tout le monde d'un puissant ennui et le décalage est donc réalisé par les voix et commérages en coulisses, sur les bancs de l'église, les remarques du marié à son témoin qui croule sous le poids de la couronne et... sur les murmures qui s'opèrent lorsqu'il semble à chacun que Tatiana Répina a fait son apparition à la cérémonie...

    Viennent alors les six farces qui m'ont cordialement ennuyée sauf peut-être L'Ours, à un degré moindre.

    Des Méfaits Du Tabac est selon moi une pièce creuse où l'auteur n'a rien ou à peu près à nous dire, tout comme son protagoniste principal. C'est un monologue, un peu comme Le Tragédien Malgré Lui, où un mari, complètement phagocyté par sa femme, tenancière d'un pensionnat-école de musique, est mandé par son épouse pour faire une énième conférence de bienfaisance. Le brave factotum va donc s'exécuter, en ayant bien évidemment pas la moindre idée de ce dont il va pouvoir parler devant un auditoire qui, de toute façon, ne l'écoutera pas. Or, accablé par la férule de sa despotique épouse, il pète un câble et balance à l'assemblée les secrets du caractère de sa femme et de ses pitoyables relations avec elle. Bref, il parle de tout, sauf peut-être des méfaits du tabac...

    L'Ours nous met en présence un créancier qui vient réclamer une somme d'argent à une jeune veuve. Cette dernière, plutôt prude et de belles manières, lui confesse qu'elle ne pourra recouvrer sa créance que dans quelques jours. Or, lui, a un besoin urgent de la somme aujourd'hui même. S'ensuit donc une empoignade verbale de toute beauté où fourmillent quelques belles répliques pour se finir d'une façon quelque peu inattendue.

    Une Demande En Mariage surfe sur l'éternelle âpreté au gain et l’étroitesse d’esprit de ces propriétaires terriens que fustige souvent Tchékhov. Toujours est-il que toute la pièce est un crêpage de chignon sur des peccadilles, qui interdisent même au fiancé de formuler sa demande auprès de la jeune fille convoitée. Très faible intérêt selon moi.

    Le Tragédien Malgré Lui, c'est encore pire, du gros, lourd et gras qui tache... Un quasi monologue où un citadin de la classe moyenne, qui vient passer son été en datcha à la campagne, égrène les mille misères que cette vie de villégiature lui cause auprès de son épouse tyrannique. On est au fond du trou de Tchékhov d'après moi.

    La Noce, un peu à la manière d'Une Demande En Mariage, se prétend une caricature des classes moyennes qui veulent faire comme les " grands ", en mettre plein la vue, mais qui n'en ont ni les moyens ni les manières. Le passage avec le capitaine de frégate, assez drôle au tout début, devient catastrophique et d'un lourdingue absolu vers la fin.

    Le Jubilé nous transporte dans une banque où, là encore, Tchékhov s'en prend au vernis derrière lequel se cachent les personnages " respectables " et essaie de l'écailler. Mais c'est encore de la grosse mécanique redondante, pas drôle et qui ne présente pas beaucoup d'intérêt à mes yeux.

    En conclusion, un recueil très inégal, qui vaut essentiellement pour Sur La Grand-Route, très intéressante si l'on souhaite comprendre l'ontogenèse des Bas-Fonds de Gorki. Pour le reste, vous pouvez sans doute passer votre route, mais ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, vraiment pas grand-chose.

    Commenter     J’apprécie          2 62         Page de la critique


    • Livres 0.00/5
    Par fnitter, le 23/01/2015


    Trilogie Eisenhorn, tome 3 : Hereticus de Dan Abnett

    Un final explosif pour cet ultime tome de la série Gregor Eisenhorn Inquisiteur de l'Empereur-Dieu de l'humanité.

    Des années ont passé depuis la disgrâce et la réhabilitation d'Eisenhorn. Ce dernier est devenu un radical pur jus, n'hésitant plus à se servir des forces du Chaos pour parvenir à ses fins, qui restent encore, faut-il s'en convaincre, la sauvegarde de l'humanité.
    Mais quand la quasi-totalité de son équipe est annihilée par un ennemi des plus redoutable surgi du passé, Gregor devra aller jusqu'au bout de lui-même, et la frontière est mince entre son salut et la dangereuse tentation de l'hérésie.

    Chocs, retournement de situation, rebondissements et pas de quartier prévient l'auteur dans sa préface.
    Dans ce retour aux sources, le chasseur devient gibier. Mais quoi de plus dangereux qu'un animal traqué qui n'a plus rien à perdre. Poursuivi, mais poursuivant son but ultime, notre Inquisiteur ira jusqu'à sacrifier ses amis pour l'atteindre.
    Abnett déroule son histoire pour notre plus grand plaisir, dans son style toujours aussi précis et incisif. Ses scènes d'action sont un régal et il n'en n'oublie pas pour autant la dimension psychologique des ses personnages.

    Oui, la fin justifie les moyens.

    Commenter     J’apprécie          3 61         Page de la critique


    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 22/01/2015


    Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

    Mariage arrangé, bordel assuré ! Lorsque que la fougueuse et pétillante Aliénor d’Aquitaine à 13 ans se marie avec Louis VII, elle devine très vite que la lune de miel sera éphémère et que les années galères vont s’empiler comme autant de mauvais souvenirs. Faut dire que le pauvre Louis n’est pas forcément le bon parti même si lui tombe sous le charme de son impétueuse épousée. Mais de l’amour à la haine la frontière est ténue. « Par moi, il a gouté à la haine. Par lui, j’ai découvert la honte ».
    Clara Dupont-Monod nous offre avec une belle imagination le dialogue intérieur d’un couple que leurs flagrantes différences vouaient à l’échec, malgré de louables efforts pour tenir leur rang. Pire, malgré deux grossesses, Aliénor n’offrira pas d’héritiers à la couronne (deux petits filles viendront). Parfaitement documenté, le choix de passer de l’un à l’autre renforce le rythme du récit, Clara Dupont-Monod nous donne une page d’histoire en y ajoutant une invention bienvenue. J’ai beaucoup aimé.

    Commenter     J’apprécie          2 59         Page de la critique


    • Livres 5.00/5
    Par Piatka, le 22/01/2015


    Les pissenlits de Yasunari Kawabata

    Déroutant et pourtant fascinant, magnifiquement imagé et écrit, je suis une nouvelle fois admirative devant la sensibilité et le talent littéraire de Yasunari Kawabata.

    Entendons-nous bien : lire une oeuvre de Kawabata est une expérience littéraire en dehors des sentiers balisés, une épure des sensations et des émotions en quelque sorte - une intrigue réduite, peu de personnages, quasiment aucune action. Il est préférable d'être prévenu.
    Il faut accepter de se laisser entraîner lentement dans un monde insolite, en lisière de la réalité, comme dans un rêve finalement. Hallucinations, visions, métaphores, je renonce à les lister ou même les évoquer, ce serait long, décousu et dénaturerait l'œuvre, il faut la lire dans sa courte intégralité inachevée, car malheureusement oui, ce roman est resté inachevé, Kawabata s'étant suicidé avant de l'achever.
    Mais j'y ai retrouvé ses thèmes de prédilection : la folie, l'amour, la mort, la tristesse, l'abandon, la culpabilité et puis toutes ces bribes d'ambiguïtés, ces faisceaux d'incertitudes entre la perception du réel des personnages, leurs psychologies et leur environnement ; une façon très personnelle de mettre en scène l'impuissance face à la maladie, au désir, tout en célébrant par touches la beauté de la nature et, aussi incroyable que cela puisse paraître, la beauté de la tristesse.

    Inachevé certes, mais virtuosement abouti.

    Un roman immobile, comme souvent dans la littérature japonaise, et chez Kawabata en particulier, centré sur les dialogues et questionnements intimes de la mère et de l'amant d'une jeune fille, récemment internée dans un hôpital psychiatrique car la belle souffre de "cécité sporadique devant le corps humain " - un mal qui se manifeste sans raison apparente, qui handicape sa vie et ses relations aux autres, avec son amant en particulier. Voilà succinctement le point de départ de cette quête de sens sans fin mais d'une lumineuse beauté intemporelle.
    "Ce qui allège la pensée des parents qui ont abandonné un membre de leur famille dans cet asile d’aliénés, un lieu par ailleurs souvent lugubre et inhumain, c’est uniquement la beauté lumineuse de la nature environnante et les grâces et la chaleur que dispense la ville d’Ikuta – telle une fleur de pissenlits."

    Et comme le souligne lui-même Kawabata : "Si ma mémoire est bonne, les fleurs de pissenlits se referment le soir pour se rouvrir le matin."
    La nature, toujours la nature, refuge ultime et sans cesse renouvelé pour l'auteur, car "Quand on la connaît, on comprend que la tristesse humaine est sans limites."
    Fort heureusement, l'amour aussi !

    Commenter     J’apprécie          12 58         Page de la critique


Découvrez toutes les critiques du Magazine littéraireCritique

Suivez toutes les critiques de la presse >voir plus

> voir plus

Lecteurs actifs ce mois

Dernières citations

  • Par BMR, Aujourd'hui

    Dieux de la pluie
    James Lee Burke

    […] Il était persuadé que regarder un exécuteur dans les yeux au cours des dernières secondes d’une vie était peut-être le pire sort que pouvait connaître un être humain. Cette perception ultime du...

  • Par BMR, Aujourd'hui

    Dieux de la pluie
    James Lee Burke

    […] J’ai un truc à te demander. – Si ma mère est vraiment enterrée sous cette tente ? – C’est en partie ça. – Et quoi d’autre ? – Que lui est-il arrivé ? – Comment elle a fini ses jours ?...