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Critiques les plus appréciées

    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 24/03/2015


    Replay de Ken Grimwood

    J'ai été transporté par cet unique roman traduit de l'auteur, qui a obtenu le prix World Fantasy en 1988, date de sa sortie en France (1986 en VO).

    Jeff a 43 ans. Petite vie qu'il considère peu, mariage qui prend l'eau. Crise cardiaque ferme et définitive ? Non il se réveille 25 ans plus tôt. Il peut tout refaire, d'autant qu'il se souvient de sa vie d'avant et donc d'événements historiques, de résultats sportifs. Nouveaux espoirs, nouveaux rêves. Argent, sexe, famille, bonheur, peut-on tout avoir ? Oui ? Non ? Peu importe, car le cycle est sans fin. Du moins le croit-il....

    Un retour dans le temps, sans machine, ni savant fou ou sage. Dans un style fluide et très agréable à lire, l'auteur nous livre des tranches de vie au ton doux amer. Une écriture limpide et poétique nous transporte dans l'histoire, dans les histoires de nos héros, sans ballottements mais de façon presque hypnotique. On se prend au jeu et on suit avec le plus grand intérêt le développement des protagonistes, leur évolution, leurs doutes et leurs espoirs déçus ou concrétisés, leur questionnement existentiel, qui ? Pourquoi ? Pourquoi nous ?
    C'est indéniablement de la science-fiction mais pas au sens que le commun pourrait lui donner (pas de technique, pas d'explications, pas de futur, ni même vraiment de passé), et pour une fois (ou presque), on laisse l'effet papillon (corollaire pratiquement obligé du voyage dans le temps) au placard.
    Dans le même style, où une et plusieurs vies sont passées au crible, on peut se rapprocher de l'excellente œuvre de Wilson : Spin

    Et nous ? Que ferons-nous de nos vies ?

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 24/03/2015


    Les Rougon-Macquart, tome 15 : La Terre de Emile Zola

    Et PAN ! Encore un uppercut en plein groin : du Zola en très grande forme. Selon moi un véritable chef-d’œuvre sorti de Terre, ou, du moins, celui qui me parle le plus parmi les Rougon-Macquart !

    Comme toujours, le vieil Émile s'est bien documenté et l'on a presque l'impression de sentir la terre de la Beauce sous notre nez. Voici un bon roman tonique et documentaire comme était l'intention de l'auteur en écrivant le cycle des Rongon-Macquart. C'est à mon sens l'un des quatre ou cinq meilleurs du cycle, voire un peu mieux, ce qui n'est pas peu dire.

    Ici, Jean Macquart (le frère de Gervaise dans l'Assommoir) est embauché chez le gros exploitant du coin et maire du village, Hourdequin, qui essaye désespérément d'introduire des techniques agricoles nouvelles et se heurte à sa main d'œuvre réfractaire. C'est l'exact pendant français du Levine russe d'Anna Karénine.

    La famille Fouan est l'autre grand pôle du livre. Elle rappelle beaucoup la famille Rongon-Macquart des origines (voir La Fortune des Rougon) avec ses multiples tares et vices. Tout d'abord l'héritage du vieux Fouan, où l'on ne sait qui est le plus radin et le plus prêt à saigner sa famille, entre le père et les enfants. Son jeune fils, Buteau est un parangon d'avarice, d'avidité, de brutalité et de dureté (bon, c'est vrai, il ne faut pas trop chercher la nuance ici chez Zola).

    Malgré le tour résolument polémique que Zola imprime à sa fresque rurale, j'ai retrouvé tous les travers et la mentalité du monde paysan qu'on m'a raconté de mes aïeux bretons du début du XXe siècle. Aucune bassesse de ce monde ne vous sera épargnée mais n'est-elle pas une vision, certes désabusée, certes un peu caricaturée, grossie ou condensée mais essentiellement juste, pertinente, de l'humain au sens large ?

    Émile Zola nous montre notre espèce dépouillée de sa frêle coquille de " bonnes manières ", de ce vernis de civilisation, il nous montre bruts, brutes, bourrus, mais sans chichi, un peu comme si vous aviez directement accès à ce que pensent ceux qui vous font des sourires en surface. Je vous laisse le soin de lire et de déterrer les bulbes pourris dont nous sommes tous un peu faits...

    J'attribue une Mention Spéciale pour le personnage de " la grande ", sœur du vieux Fouan, assurément un modèle pour la fameuse Tatie Danielle du cinéma, une véritable vieille méchante femme qui prend plaisir à semer la zizanie (le personnage de " la vieille femme nuisible " est un classique chez Zola et revient dans pas mal de ses romans, aurait-il des comptes à régler de ce côté-là ?) et la discorde au sein de sa propre famille tout en étant aussi aimante qu'une grosse pierre sèche.

    Autre Mention Spéciale pour le personnage de " Jésus-Christ ", Fils aîné du vieux Fouan, alcoolique invétéré et résolu à ne jamais travailler, pétomane hors-pair qui offre à l'auteur l'occasion de signer un chapitre hilarant (quatrième partie, chapitre 3).

    La préface d'Emmanuel Le Roy Ladurie dans la collection folio n'est pas toujours tendre pour Zola, mais il faut le comprendre, lui qui a tant étudié les " vrais " paysans sur plus d'un millénaire, voir un portrait au vitriol de la main d'un novice mi-parisien, mi-aixois (enfin tout sauf quelqu'un de la terre) ça le démange un peu.

    Il souligne le caractère excessivement bestial et caricatural qu'imprime l'auteur à l'avidité et au manque de sensibilité ou de sentiments de ses personnages. Point sur lequel je suis entièrement d'accord car il est vrai que Zola y est allé de bon cœur dans ce registre, mais cela ne nuit pas au sens profond, résolument propre à l'humain en tant qu'espèce qu'à, je pense, voulu donner l'auteur. Ceci étant dit, ce n'est là qu'un avis terreux, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 16/03/2015


    Les Joueurs de Nicolas Gogol

    Oh ! merci Nicolai Gogol ne nous avoir écrit cette agréable petite comédie, si rafraîchissante, si plaisante, si drôle et si truculente. Que ça fait du bien de lire ça !

    Quel est le sujet de cette petite pièce en un acte ? Le jeu, l’argent et la triche.
    Ce thème, (notamment la folie du jeu), a été copieusement exploité par les écrivains, notamment par Dostoïevski ou Zweig (mais c'est bien sûr loin d'être les seuls). Ici, l'auteur choisit un angle quelque peu insolite ; l'envers du décor, ou disons simplement, les préparatifs d'une arnaque minutieusement montée. En ce sens, Gogol se rapproche plus du traitement qu'aurait pu y conférer un Balzac plutôt qu'un Dostoïevski ou un Zweig.

    Le synopsis, le voici : un fameux roublard, en la personne d'Ikhariev, arrive dans une petite ville de province avec pour dessein de plumer quelques pigeons grâce à sa savante technique de triche aux cartes, laquelle technique, éprouvée dans une province voisine, lui a rapporté quatre vingt mille roubles le mois précédent.

    Dans la petite auberge où il échoue, il tombe sur trois clients, Chvokhniev, Krougel et Outièchitelny, qui s’avèrent être d’aussi tristes sires que lui-même, eux aussi en quête de gogos à détrousser. Éprouvant leurs savoir-faire respectifs, ceux-ci décident finalement de s’associer pour écumer le moindre rouble qui décidera de se présenter à eux dans les prochains jours.

    C’est alors que Chvokhniev et Krougel exhortent vivement Outièchitelny de tenter une nouvelle fois de débaucher le vieux Glov, un gros propriétaire malheureusement réputé pour sa sobriété et son aversion pour le jeu. Je ne vous en dis pas davantage afin de ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette pièce, si vous ne la connaissez pas.

    Un peu à la façon des Nouvelles de Pétersbourg, la comédie est truffée de piques à l’adresse des fonctionnaires, et regorge de second degré et de sous-entendus.

    À ce jeu du plus fin, qui sera le plus fin ? L’arroseur arrosé ou l’arnaqueur arnaqué ? Qui sera le plus malin, qui saura déjouer les filouteries des filous et jouer les joueurs ?

    Il est à noter que Gogol nous donne des indices et comme souvent avec les pièces russes, la traduction échoue à restituer cette dimension. Ainsi Krougel (nom traduit en français) est d’origine allemande, ce qui évoque (n’oublions pas que Nicolai Gogol est parfaitement polyglotte) pour les germanophones « der Krug », la cruche. Il en va de même pour Glov, qui veut dire en russe « le gant » et que penser de Outièchitelny qui signifie littéralement « réconfortant » ou du moins l’idée de consolation.

    En guise de conclusion, je dirais que cette comédie est écrite tout en finesse, avec drôlerie et également une bonne dose d’ironie caustique comme l’auteur sait si bien le faire. Je la conseille donc très volontiers, cependant rappelez-vous que cela n’est que mon avis, certes je ne triche pas mais sait-on jamais, cela ne vaut peut-être pas grand-chose...

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/03/2015


    Creezy de Félicien Marceau

    Creezy est un petit livre tonique écrit d'une manière assez étrange, tout à la fois récit à la première personne et forme désincarnée. (Un peu dans le genre de L'Étranger de Camus, mais tout de même très différemment. J'ai peine à caractériser cette narration plus précisément.)

    Jacques, le narrateur, un député en relation avec les hautes sphères de la finance, nous raconte son idylle avec Creezy, un mannequin de mode très tendance dont l'image s'affiche à tous les murs. Cette femme, comble de superficialité, prend vie peu à peu sous sa plume.

    Félicien Marceau ouvre, ou plutôt entr'ouvre, le voile qui la drape et essaie de nous faire sentir sa vérité derrière le vernis, à savoir une femme plutôt paumée malgré les comptes bien tenus et seule malgré les " milliers " de relations.

    Finalement, cette narration désincarnée (comme dans L'Étranger mais avec un but différent) semble au service du portrait de cette femme, elle aussi, désincarnée, sorte de chrysalide éblouissante dont on ne peut jamais saisir que la gangue, le cocon, qui s'effrite comme la peau d'une mue.

    Personnellement, j'y ai perçu peut-être un clin d'œil à la vie de Brigitte Bardot, mais c'est tout à fait personnel, je n'ai aucun élément précis pour étayer cette impression. À l'heure actuelle, on pourrait penser davantage à Natalia Vodianova (avant qu'une autre prenne sa place dans très peu de temps).

    Pour conclure, je ne dirais pas " chef-d'œuvre " mais " bon petit roman ", qui nous fait réfléchir sur le mode de vie actuel, tout en immédiateté, en image et superficialité. Je n'ai octroyé que trois étoiles car le style ne m'a pas du tout fait palpiter ou éprouver quoi que ce soit de réellement positif, néanmoins, vous l'aurez compris, tout ceci n'est que mon avis, pas sexy, pas tendance, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 17/03/2015


    Les petits Pains au Nuage de Hee-na Baek

    Voici un album, plus récent du tout — mais qui me ravit toujours autant — de la Coréenne Hee-na Baek. D'abord, c'est un graphisme très élaboré ; des marionnettes bricolées avec des bouts de tissu, du carton, des fils de fer et des morceaux de dessinés, le tout magnifiquement photographié et mis en lumière.

    Du très grand art d'un point de vue tant technique que graphique, en ce qui concerne les photos, une profondeur de champ, des effets picturaux avec — au sens propre — des bouts de ficelle. Ensuite, une histoire qui pourrait paraître d'une simplicité outrancière mais qui est magistralement maîtrisée.

    Deux petits chatons de papier sortent par un matin de pluie. Chemin faisant, ils découvrent un petit morceau de nuage resté accroché à une branche. Les deux frères le rapportent à leur maman qui s'en sert pour fabriquer les petits pains du matin.

    Mais, surprise ! Au sortir du four, les petits pains s'envolent et flottent dans la maison. Ce n'est pas la seule propriété inattendue de ces petits pains improvisés ; lorsqu'on les mange, on s'envole à son tour...

    L'album est à la fois naïf, onirique et très poétique. Je vous le recommande vivement pour les 3-6 ans, mais ce n'est là que mon avis nuageux, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 16/03/2015


    Une aventure de Richard Bolitho, tome 17 : A l'honneur ce jour-là de Alexander Kent

    Une nouvelle histoire de Bolitho suivant son cours, dans un petit train-train habituel sans heurs mais sans trompette et se décomposant en deux parties :

    Antigua 1804 : le vice-Amiral Sir Richard Bolitho est envoyé dans les Antilles à bord de son vieil Hypérion. Initialement devant finir sa vie comme ponton, mais ayant repris du service, vu les événements (un vieux avec un vieux bateau, un peu comme Nelson et son HSM Victory). Sa mission, s'emparer d'un trésor, de l'or des Espagnols. Il y retrouvera aussi Catherine "Kate" désormais vice-comtesse Somervell et vu l'état de son mariage avec Belinda...
    Gibraltar 1805 : Tous les passionnés savent : octobre 1805 : La bataille de Trafalgar. Notre bon Bolitho n'y participera pas, mais fera malgré tout le coup de main avec son escadre pour empêcher un regroupement qui aurait pu être fatal à Nelson. (Disons qui aurait pu transformer une victoire en défaite vu que le vice-amiral préféré des Anglais n'y survivra pas).

    Notre héros n'a désormais plus personne au-dessus de lui en mer. Et que la solitude pèse au sommet de la pyramide. Et malheureusement, elle nous emmène un peu également. Deux petits coups d'éclat, deux petites batailles tant attendues et assez vite expédiées. Encore quelques démêlés conjugaux... La routine quoi. J'ai trouvé que cela manquait un peu de complexité politique à défaut d'un peu d'action.
    Malgré tout, un petit épisode qui reste agréable à lire. Bolitho évolue, lentement, mais il évolue. L'auteur continue à nous bercer de sa prose maritime. On va devenir de vrais professionnels de la marine à voile du dix-neuvième siècle.

    La suite : un seul vainqueur.

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 23/03/2015


    La fille aux yeux d'or de Honore de Balzac

    La Fille Aux Yeux D'Or est une longue nouvelle écrite dans ce style toujours aussi plaisant pour ceux qui affectionnent la prose de Balzac. En revanche, sa construction n'est peut-être pas un modèle du genre à montrer dans les écoles d'architecture littéraire...

    Je la qualifierais de " romantique ", au sens le moins attrayant du terme, à savoir, une histoire d'amour — d'amour impossible, cela va sans dire —, où l'auteur semblait tellement pressé de faire en sorte que ça finisse mal que j'avoue ne pas avoir pleinement compris d'où venait l'impossibilité.

    Les protagonistes — autre poncif —, sont beaux comme des statues grecques, intelligents comme pas deux, riches, etc. Bref du gros romantique qui tache, comme j'ai peine à le lire, et une nouvelle qui n'aurait en soi pas grand intérêt si elle n'était ourdie par la toujours précieuse analyse sociale de Balzac.

    En particulier, le tout début de la nouvelle (qui n'a pas grand-chose à voir avec la suite) où notre sacré Honoré nous peint un portrait aux petits oignons de la société parisienne et qui — chose quasi incroyable —, pourrait presque être encore d'actualité de nos jours (bien sûr c'est une provinciale qui s'est fait rabrouer plusieurs fois par la légendaire amabilité parisienne qui vous parle). Évidemment qu'il y a un peu de caricature là-dessous, mais peut-être pas autant qu'on voudrait bien nous le faire croire dans les guides touristiques... Demandez aux touristes, pour voir...

    Les personnages : un homme, Henri De Marsay, une vieille connaissance des adeptes de la Comédie Humaine, fils illégitime d'un lord anglais, beau, fort, riche, intelligent ; la femme, Paquita Valdès, géorgio-cubano-hispano-je-ne-sais-trop-quoi (même Balzac semble ignorer au juste le pedigree de son héroïne), belle au point que Monica Bellucci, dans ses grandes heures, c'était pas grand chose à côté ; évidemment ils s'adorent, ils sont prêts à mourir l'un pour l'autre (Henri un peu moins peut-être, c'est du Balzac quand même, il y a bien la petite gousse de cynisme attendue).

    Vous dire pourquoi leur amour n'est pas réalisable, je ne sais trop, j'ai dû rater un passage bien que je n'en ai pas l'impression. En somme, fallait que ça capote à la fin, par tous les moyens possibles (et d'ailleurs, si aucun moyen n'est possible, Balzac n'est jamais à court de moyens impossibles).

    Vous l'aurez compris, cette nouvelle n'est pas, et de loin, ma préférée de l'auteur, mais ce n'est là que mon avis, autant dire, bien peu de chose, face à l'immense Balzac.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 19/03/2015


    Le Pont de Normandie de Bertrand Deroubaix

    L'architecture, en tant que discipline artistique, a le pouvoir d'émouvoir les gens. Au cours de l'histoire de l'Humanité, l'architecture est passée par des hauts et des bas. Par exemple, la période mérovingienne brille par son insignifiance architecturale, surtout lorsqu'on la compare en France à des réalisations antérieures de l'époque romaine, ou bien encore, hors de nos frontières, à des joyaux très anciens tels que la Pyramide de Gizeh ou la Porte d'Ishtar.

    Je m'avance sûrement, mais j'ai le sentiment qu'on traverse, depuis l'après Seconde Guerre Mondiale, une grande période de creux architectural, quant aux émotions véhiculées, notamment en comparaison du foisonnant XIXe siècle ou des mouvements du début XXe tels que l'Art Nouveau ou l'Art Déco.

    L'histoire a démontré que ces tendances évoluaient et faisaient renaître périodiquement des moments fastes. J'espère qu'on renouera bientôt avec une nouvelle phase créative émouvante, pourquoi pas à l'occasion de la révolution verte dans les matériaux et la production d'énergie qui est en train de se préciser de plus en plus.

    Mais, en dépit du creux de la vague, quand la stéréotypie et l'absence d'âme ont réussi à atteindre un niveau rarement égalé, il nous reste les ponts, passerelles et autres viaducs. Rien que la symbolique du pont — lieu de passage et d'échange par excellence — est en soi poétique, mais c'est surtout l'un des rares terrains où les hommes d'aujourd'hui exercent encore leur fibre artistique à des fins utilitaires.

    Ouvrages d'art, ouvrages magiques, seuls encore capables, parmi les modernes, de faire déplacer des foules rien que pour les admirer, eux qui ont pourtant, à l'origine, une fonction purement pratique. Or, malgré le fait qu'on pourrait les faire moches et rectangulaires à l'image du reste (comme d'ailleurs les enjambements d'autoroute nous le démontrent), or, donc, bien souvent ils sont beaux, majestueux, impressionnants.

    L'homme se sent petit face à eux mais l'homme y voit poindre le talent, le génie et l'audace de l'Homme ; l'Homme en tant qu'espèce, l'Homme de tous les possibles, l'Homme dans ses grands moments, lorsqu'il daigne mettre son temps et son énergie dans la création positive et non dans les sempiternels errements de la guerre (physique ou économique).

    Récemment en France, les yeux se sont braqués sur ce coin perdu du Larzac parce qu'on y voyait se tendre les tabliers et les câbles du Viaduc de Millau. Plus modestement, dans ma petite ville de Strasbourg, le seul édifice architectural propre à susciter l'émotion construit depuis ces 50 dernières années me semble être la Passerelle des Deux Rives qui relie la France à l'Allemagne d'une bien élégante façon en faisant un sourire au Rhin.

    Préalablement, il y avait cet autre formidable ouvrage d'art qu'est le Pont de Normandie qui chevauche joliment l'embouchure de la Seine, reliant Honfleur au Havre et qui n'aurait pas manqué d'être portraituré par Monet s'il pouvait encore nous peindre des Impression Soleil Levant.

    Je me suis souvent questionnée sur ce pouvoir émouvant des ponts. Et, tenez, comme je vous parle de Monet ; que resterait-il de votre visite à Giverny si vous en retiriez le fameux pont japonais ?

    Oui, c'est beau un pont, quand c'est bien fait et joliment pensé. On dirait un gros animal disparu, une sorte de grand squelette de diplodocus, comme au muséum, qui étendrait son cou démesuré et sa longue queue caleuse de part et d'autre des rives d'un fleuve. Certes, mais un gros diplodocus qui aurait la légèreté et l'élégance d'une libellule et de ses ailes diaphanes tout en conservant un je-ne-sais-quoi de souplesse végétale dans les haubans, à l'instar des lianes reliant les troncs géants des forêts primaires.

    Ce livre est essentiellement un livre de photos d'art, uniquement en noir et blanc ; il vous retrace l'esthétique tant du pont lui-même que de celle de ses bâtisseurs à l'œuvre. Et je n'en reviens pas de ce que cela peut être beau de voir des hommes au travail, lorsque le travail est tel que celui-ci. Il y a des dimensions d'effort et d'esthétique entremêlées absolument ravissantes.

    Les prises de vues sont superbes ; on voit le pont se monter peu à peu. Le livre se termine sur un volet plus technique et également un historique du projet de construction ainsi que des débats qu'il a pu susciter. Bref, si un jour vous faites le pont et que vous ne savez pas trop quoi faire... prenez Le Pont De Normandie (Raymond, sors de mon corps !). Mais ce n'est bien évidemment qu'un avis quelque peu cardiaque, ayant subi un triple pontage, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 25/03/2015


    Femmes, méfiez-vous des Femmes de Thomas Middleton

    Avec cette pièce, Thomas Middleton écrit une sorte de Liaisons Dangereuses, 170 ans avant les Liaisons Dangereuses. Le propos et le projet littéraire sont en tous points comparables : on y trouve en Livia le pendant de la machiavélique marquise de Merteuil, mais aussi l'oie blanche dévergondée ou la prude dévoyée à son insu.

    Je ne sais pas si Choderlos de Laclos connaissait cette pièce, en tous les cas, les ressemblances sont troublantes. Et même si Middleton fait son possible pour transporter son intrigue hors les murs de Londres, en terre italienne, tout, absolument tout respire une certaine dérive libertine sévissant à l'époque parmi les grands d'Angleterre. D'où aussi, la fameuse poussée du puritanisme au cours de ce XVIIème siècle ; lequel puritanisme aura la peau du théâtre élisabéthain.

    Léantio est un jeune florentin qui est allé quérir Bianca, loin, jusqu'à Venise pour l'épouser en justes noces. Bianca — c'est-à-dire Blanche, l'immaculée — est belle comme pas une à Florence et, tandis que son mari bat la campagne en qualité de courtier, le Duc de Florence défile dans les rues de sa vile... euh pardon, de sa ville et aperçoit Bianca à son balcon... Je vous laisse imaginer le fond de sa pensée.

    Dans le même temps, Isabella, la ravissante fille d'un haut dignitaire florentin éprouve une attirance adultérine pour son oncle Hippolito, qui lui est carrément raide dingue de sa nièce. (Le thème des relations adultérines sera le cœur de la pièce de John Ford : Dommage Qu'Elle Soit Une Putain qui paraîtra une douzaine d'années plus tard.)

    Et c'est là qu'intervient la magnifique entremetteuse, la marquise de Merteuil avant l'heure, Livia, qui n'est autre que la propre sœur d'Hippolito, elle aussi tante d'Isabella qui va tout faire pour rendre possible tant la liaison coupable d'Hippolito et d'Isabella que celle, tout aussi coupable du Duc de Florence avec Bianca. Du grand art madame ! (Ne reculant, vous vous en doutez, devant aucune vilenie si nécessaire.)

    Je vous laisse imaginer le sac de nœuds que cela pourra donner lorsque tous les pots aux roses seront découverts, et même encore certains autres, ainsi que tout ce qui peut se tramer dans la tête d'une femme qui s'est sentie outragée ou chez qui les ferments de l'ambition commencent à germer... Et que dire des hommes ? Je vous laisse le découvrir si le cœur vous en dit.

    En somme, une bonne pièce, solide, peut-être pas captivante, mais d'un très bon niveau, tout à fait dans la moyenne et dans l'esprit du théâtre élisabéthain, qui n'hésitait pas à aborder des sujets qui fâchent, notamment ici, les mœurs dissolues des élites. Ceci dit, femmes, ce n'est là que l'avis d'une femme, et vous savez que vous devez vous en méfier...

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 20/03/2015


    Les survivants, tome 2 : Séquelles de D.J. Molles

    Second tome de la licence « les survivants » dont il existe sept volumes en VO.
    Vous avez aimé le premier ? Vous aimerez celui-ci. Bon le côté feuilletonnant pour avoir un aspect un peu agaçant mais vous savez maintenant dans quoi vous vous engagez.

    Le Capitaine Lee Harden est blessé, mais sauf et opérationnel dans le camp Ryder. Un camp improvisé de réfugiés aux parcours disparates. La partie ne fait que commencer. Vaincre les suspicions, aller chercher et rapporter des vivres de l'un de ses fameux bunkers spécial « post-apocalypse ». Survivre aux attaques d'infectés mais aussi à celle de Milo, le psychopathe chef de gang qui sévit à l'extérieur et qui verrait bien tomber dans son escarcelle, les merveilles promises par Harden.

    Une seconde expédition en petit groupe pleine d'action et de rebondissements. Bon d'accord, on a l'impression que toutes les misères du monde se sont données le mot pour s'abattre sur le Capitaine. Quand un infecté ou un psychopathe s'envole, c'est sur les pompes à Lee Harden qu'il atterrit.
    Cela reste un peu caricatural, mais c'est bien écrit (pour ce genre de littérature), vivant et extrêmement entraînant. Ça défouraille à tout va et les codes du genre sont à peu près respectés.

    On n'en demande pas plus. En avant pour le troisième tome. Dès sa parution...

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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 22/03/2015


    Une vie entre deux océans de M.L. Stedman

    Un phare en première de couv', la promesse est là. Qu'il soit nature, aux pruneaux, aux raisins ou bien encore au chouchenn agrémenté d'une légère pointe de beurre - attention à la ligne tout d'même -, il est déjà le gage d'un excellent moment de boullotage intense. Ça commence pas mal.

    Mais foin de considérations gastro, puisque de nourriture, il y est finalement peu question exceptées celles de la culpabilité et du ressentiment.

    Lorsque Tom Sherbourne et sa femme Isabel s'approprient l'île de Janus, leur bonheur ne saurait être plus intense. Isolés du monde et de son chaos d'après-guerre, ce boulot de gardien de phare échu à Tom est certainement précurseur d'une trajectoire de vie commune idéale. Ils s'aiment comme des fous, comme des rois, comme des stars de...merci Lara !
    Seule ombre au tableau, cette incapacité à mettre au monde un, un, un n'infint viable...merci Céline !
    Qu'à cela ne tienne, le destin y pourvoira. Une barcasse échouée et la présence miraculeuse d'un cadavre et d'un bébé à son bord plus tard, la chose est entendue, les voilà désormais heureux parents, sonnez clairons, résonnez trompettes.
    L'oeuvre de Dieu pour Isabel, la part du Diable pour Tom. Et un cas de conscience, pour ce dernier, quant à leur légitimité parentale susceptible de dessouder un couple qui avait enfin toutes les cartes en main...

    Bouleversifiant et pis c'est tout !
    Je n'en attendais absolument rien, au pire une énième historiette parfumée à l'eau de rose. Gravissime préjugé, sublimissime surprise.

    Un roman à l'impact psychologique peu commun.
    Si madame nage en plein bonheur, qu'il est bon d'assister à la descente aux enfers d'un Tom aux proies aux pires tourments. L'amour rend aveugle, soit, et excessivement stupide, c'est désormais chose acquise.

    Il y a du Raskolnikov en ce brave gardien de phare épargné par la guerre et qui ne le sera paradoxalement pas sur cette île initialement considérée comme véritable havre de paix et d'amour.
    Une descente aux enfers relatée avec une intelligence peu commune, un tiraillement incessant laissant augurer du pire quant à la santé mentale de sa chère et tendre.

    Une vie entre deux océans me rappelle ces rares baignades estivales. On y entre timidement, après avoir bien pris soin de mater l'éventuelle ombre alarmante d'un vague aileron à l'horizon, merci Spielberg, pour ne jamais plus vouloir en sortir tant la béatitude du moment ne saurait être égalée, de retour sur la terre ferme.

    D'une écriture magnétique, M.L. Stedman nous fait don d'un premier roman hallucinant de justesse, de maîtrise et d'émotion. Eblouissant - pour un gardien de phare, c'est un minimum - mais pas que, ce récit entremêle la folie, la flétrissure et le pardon avec un égal bonheur. Qu'elle en soit largement remerciée, je ne m'attendais pas à un tel festin de roi...

    4,5/5

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 26/03/2015


    Les nuits de Reykjavik de Arnaldur Indriðason

    D'anciennes tourbières comme terrain de jeu pour les enfants. Mais aussi le lieu d'une macabre découverte, celui du corps d'un SDF, Hannibal. Une noyade, voilà ce que diront les inspecteurs une fois sur place. Et, pourtant, cela ne semble guère convenir au jeune policier Erlendur Sveinsson qui déplore le manque de zèle de ses collègues pour enquêter sur ce décès. Pour avoir côtoyé l'homme plusieurs fois dans les rues sombres de Reykjavik, lors de ses rondes de nuit, le clochard lui avait confié que quelqu'un avait tenté d'incendier la cave dans laquelle il habitait. Erlendur ne cesse d'y repenser et décide alors de mener sa propre enquête...

    Arnaldur Indriðason revient, dans ce polar, sur les premiers pas dans la police de son inspecteur fétiche, Erlendur. Alors âgé d'une vingtaine d'années, le jeune policier travaille dans la police de proximité, pendant la nuit. Au cours de ses rondes, accompagné de deux collègues, il devra faire face au quotidien parfois violent de la population. Des braquages de bijouterie aux disparitions irrésolues en passant par la violence conjugale, des bas-fonds aux banlieues chic, les nuits de Reykjavik sont plus que jamais sombres. Au delà de l'enquête sur le décès de ce clochard, l'auteur dépeint avec force et une certaine noirceur cette société en proie aux doutes qui semble noyer son chagrin dans l'alcool. Pas de course-poursuite infernale mais une atmosphère dans laquelle Indriðason sait si bien nous envelopper. C'est toujours avec plaisir que l'on retrouve ce cher Erlendur, soucieux et taciturne, hanté par les fantômes de son enfance et déjà passionné par tout ce qui touche aux disparitions inexpliquées.

    Les nuits de Reykjavik... sombres et froides...

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 16/03/2015


    Le vase où meurt cette verveine de Frédérique Martin

    Une maladie qui les contraint à se séparer. Zika doit aller se faire soigner à Paris. Pour ce faire, elle s'installe chez sa fille, Isabelle, une solitaire, qui n'a pour ainsi dire pas d'amis et vit de petits boulots. Joseph, lui, va habiter chez son fils, Gauthier, et sa petite famille, à Montfort. A plus de 70 ans passés et 56 ans de mariage, c'est la première que ces éternels amoureux vont être séparés. Aussi, c'est le cœur lourd qu'ils quittent leur maison remplie de souvenirs et que chacun part de son côté. Une relation épistolaire s'installe aussitôt entre. Un échange de lettres passionnées, témoignant de leur amour et de la confiance qu'ils se portent mutuellement et qu'il portent en l'avenir, persuadés que cette séparation sera brève. Mais, bien vite, un certain malaise s'installe pour chacun d'eux: Zika doit subir les reproches incessants de sa fille tandis que Joseph se rend compte du mariage fragile de son fils...

    Frédérique Martin nous plonge au cœur de ces lettres pleines d'amour, de souvenirs et de respect. Des lettres qui laissent entrevoir les failles et les blessures de chacun. Le mal-être d'Isabelle, le mariage bancal de Gauthier, les doutes de Zika, autant de choses et de sentiments mis en exergue dès lors que chacun se met à nu et règle ses comptes. Dans ce roman romantique et poétique, l'auteur s'attarde sur les relations, parfois difficiles, parents/enfants, sur la vieillesse et bien sûr sur l'amour, notamment, que se porte ce couple uni à jamais. Faisant référence au poème de Sully Prudhomme, "Le vase brisé", les 5 quatrains commencent les 5 parties de ce roman, découpé en saison et "Le vase où meurt cette verveine" se rapportant sans nul doute au cœur brisé. Les mots sont justes et emplis de tendresse. L'on pourra néanmoins regretter ce dénouement quelque peu surprenant.

    Le vase où meurt cette verveine n'est que fêlé...

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 19/03/2015


    L'homme de la montagne de Maynard Joyce

    Caroline du Nord, dans la banlieue de San Francisco, des montagnes à perte de vue. Un terrain de jeu idéal pour Rachel et Patty, 13 et 11 ans en cet été 79. Deux sœurs inséparables. Elles n'ont d'autre passe-temps au cours de cet été-là que d'aller regarder la télé par la fenêtre des voisins, d'aller se promener dans les sommets ou de s'inventer des tas d'histoires. Leur papa, Anthony, ayant déjà quitté la maison familiale, passe de temps en temps les voir. Mais, son boulot d'inspecteur de police l'accapare souvent tandis que leur maman se laisse doucement sombrer dans la mélancolie. Ainsi s'écoulait paisiblement la vie des deux fillettes bientôt marquée par un événement tragique. En effet, au cours du mois de juin, le corps d'une jeune fille a été retrouvé non loin de chez elles, sur le versant de la montagne. Evidemment, il leur est désormais interdit d'aller s'y promener tant que l'assassin, surnommé Le Tueur du crépuscule, n'aura pas été retrouvé. Un événement d'autant plus marquant que c'était leur père qui était chargé de l'enquête...

    L'homme de la montagne est le titre du roman que Rachel a finalement réussi à écrire, des décennies plus tard après les événements tragiques qui ont eu lieu en ces hauts sommets, dans le Marin County. Malgré les nombreux policiers mis sur l'affaire, d'autres meurtres suivront. La population est en émoi devant cette hécatombe et Anthony Torricelli, chargé de l'enquête, fera tout son possible pour résoudre cette sombre affaire. Joyce Maynard donne la parole à Rachel, l'aînée. Elle raconte non seulement les meurtres perpétués mais aussi sa vie d'adolescente, notamment son corps qui change, ses sentiments qui se trouvent exacerbés et ses copines superficielles mais aussi son papa vénéré et adoré dont elle déplore l'absence, sa maman dépressive qui laisse ses filles vivre comme bon leur semble et bien sûr sa sœur, Patty. Dans ce roman d'apprentissage, les meurtres ne sont presque plus qu'un prétexte et relégués au second plan tant l'auteur s'attarde sur ces deux sœurs et leur vie au quotidien. Avec un léger goût d'enfance, empreint de tendresse et de douceur malgré Le Tueur du crépuscule, ce roman porté par une écriture riche se veut avant tout sincère et efficace.
    Joyce Maynard s'est inspirée d'une histoire vraie. Elle a décidé d'écrire ce roman après sa rencontre avec deux sœurs qui avaient malheureusement croisé la route du Tueur des pistes.


    L'homme de la montagne vous tient entre ses griffes...

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    • Livres 4.00/5
    Par LePamplemousse, le 21/03/2015


    Ma vie de pingouin de Katarina Mazetti

    Katarina Mazetti est l'auteur du célèbre « Mec de la tombe d'à côté »  et franchement, depuis ce premier titre plutôt réussi, j'avais été déçue par le reste de ces romans, un peu trop « guimauve » ou « bon enfant » à mon goût, mais là, j'ai retrouvé le plaisir de commencer un livre et de passer toute ma matinée de repos au lit à tourner les pages frénétiquement.
    Elle nous embarque dans une croisière, mais pas celle des papis-mamies qui jouent au bridge en sirotant des cocktails avant le fabuleux tour de chant d' Hervé Vilard ou la séance de dédicace de l'ex-présentatrice de « Tournez manèges ».

    Les trois personnages principaux nous emmènent littéralement avec eux en Antarctique, pour une plongée dans les glaces, entourés d'icebergs, de phoques, de pingouins et d'oiseaux.
    Chaque chapitre donne la parole à l'un des protagoniste, Alba une globe-trotteuse de 72 ans, Tomas, un divorcé au bout du rouleau et Wilma, l’indécrottable optimiste du groupe.
    Il y a aussi des personnages secondaires, comme des passagers de seconde zone, qui tanguent doucement les uns autour des autres, coincés sur ce navire au milieu des eaux. Certains semblent bien droits dans leurs bottes, francs du collier, d'autres chancellent, se cherchent, un peu perdus, vaguement malades, mais tous trouveront sur le sol instable de ce bateau une rambarde à laquelle s'accrocher, une raison de se relever et d'avancer sur la terre ferme.

    Cette croisière dégage un charme fou, elle est à la fois vivifiante, reposante et épanouissante, on a l'impression que ces quelques jours sont comme une parenthèse dans le cours des vies de chacun, un moment pour s'accorder du temps, pour réfléchir et oser décider de la suite.
    Certaines réflexions sont toutefois un peu trop communes, voire enfantines, par exemple les comparaisons qu'Alba fait sans cesse entre le comportement humain et animal, ou les conversations sur le thème du réchauffement climatique et de la disparition des glaciers, mais hormis ce petit défaut, j'ai adoré cette croisière de l'extrême.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 27/03/2015


    Lucky Luke, tome 26 : Les Dalton se rachètent de Morris

    Cet album est, à mes yeux, le paroxysme des talents aussi bien de René Goscinny, le scénariste, que de Morris, le dessinateur. Les amoureux des Dalton seront aux anges (voir la couverture) avec cet opus. Rantanplan y est au summum de sa stupidité et passe tout l'album à se demander qui peut bien être ce cowboy en chapeau blanc et chemise jaune qu'il a déjà vu quelque part, mais où ?

    Le synopsis est intéressant : un projet de loi propose de donner une liberté probatoire aux détenus afin de leur donner une chance de se racheter. Les Dalton ayant la plus infecte réputation, ils sont choisis pour valider la loi et, bien évidemment, c'est Lucky Luke qui est chargé de surveiller les Dalton afin qu'ils se tiennent à carreau...

    Un pur chef d'œuvre de BD comique tout public, à mon sens, un des tout meilleurs, seulement égalé, concernant les albums avec Dalton par Tortillas Pour Les Dalton et Ma Dalton. Mais ceci n'est bien sûr que mon avis, un parmi beaucoup, beaucoup d'autres, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 22/03/2015


    Le tour du doigt de Jean Anglade

    Jean Anglade n'est pas un petit nouveau dans le monde de la littérature française. J'aime énormément, ce n'est un secret pour personne, les romans de terroir. Pourtant, je n'avais pas encore lu de roman de cet auteur. Lacune comblée ! Il faut préciser que ce texte ne vient pas de voir le jour. Il a déjà été publié, en fait, en 1977, et il vient d'être réédité.

    On assiste à l'entrée de Jules Vendange dans la vie active. Et comme celui-ci, pour l'anecdote, n'aime pas le fromage - ce qui est perçu comme scandaleux lorsqu'on habite en Auvergne - il ne pourra pas devenir paysan. Il ne pourra pas non plus devenir carrier comme son père car sa constitution ne le lui permet pas. Pour rattraper le déshonneur, il deviendra instituteur, c'est décidé ! Il entre ainsi comme élève-maître, en 1913, à l'École Normale. La Première Guerre Mondiale le propulse sur le devant de la scène, devant enseigner à des jeunes ayant à peu près le même âge que lui. À ses 18 ans, il est envoyé sur le front. Il y perdra sa jambe. Le retour à la vie civile ne sera pas si facile. De retour à l'école, Jules est transformé. La guerre a fait de lui un insurgé, un écorché vif ne supportant plus aucun ordre. Il le paiera cher car la société ne supporte pas la rébellion...

    J'ai lu d'une traite ou presque ce roman dans lequel sont associés terroir et Histoire. On a de l'empathie envers ce pauvre Jules, broyé par la société dès le départ. On se rend compte à quel point, parfois, l'être humain peut être oublié au profit d'un ensemble. Comme beaucoup de soldats, il s'est battu avec courage pour la Mère-Patrie. Comme beaucoup, il en est revenu abîmé physiquement et moralement. Et comme souvent, s'est-on préoccupé de leur réinsertion dans la vie civile ? A-t-on soigné leurs blessures psychiques ? Les médailles suffisent-elles ? Jean Anglade nous invite à réfléchir sur tout ceci.

    Un grand merci à Babelio, à l'auteur ainsi qu'aux Éditions Presses de la Cité pour cette belle découverte.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/anglade-jean/

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    • Livres 4.00/5
    Par zwyns, le 16/03/2015


    Nouvelles du New Yorker de Ann Beattie

    Après une dizaine de critiques,difficile d'en rajouter.Mais comme j'adore les nouvelles,que les anglo-saxons en sont les meilleurs représentants,je ne peux m'empêcher d'y apporter mon avis.
    Ann Beattie ,dans une petite vingtaine de nouvelles,nous plonge dans la vie quotidienne de la middle class américaine des trente dernières années.
    Par petites touches délicates et incisives,elle nous raconte des histoires de couples,d'amours,de trahisons,de désirs,de jalousies,de solitudes...
    A partir de petites scènes de la vie de tous les jours qui nous semblent sans grand intérêt,elle a le talent à nous les rendre passionnantes au point que l'on se sent impliqués dans le récit.
    Ambiance douce-amère,humour,légèreté,humanité,voilà des qualités que Ann Beattie met en avant,avec son observation d'entomologiste de la psychologie de ses personnages.

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 17/03/2015


    Libertas de Jean-François Zimmermann

    Dernier tome d'une trilogie - Le Crépuscule du Roi-Soleil -, Libertas est époustouflant ! Je ne répéterai jamais assez que cet auteur n'est pas suffisamment connu à mon goût, lui qui manie la plume et l'Histoire avec adresse et talent. Vous vous sentez l'âme aventurière ? Alors suivez ces frères qui vont tout braver, aussi bien la mer, les pirates que la politique...

    Comme dans les deux premiers tomes, le récit, sans mauvais jeu de mots, nous "embarque" dans l'histoire dont voici la quatrième de couverture :

    "Olivier de L’Aubertière rêve d’un monde meilleur, peint aux couleurs de l’équité et de l’amour, et veut partir à la recherche de l’île de Libertas où devraient se concrétiser ses chimères.
    Il va engager comme chirurgien Martin Lasalle, évadé des galères de Louis XIV auxquelles il a été condamné sur dénonciation de son frère Paul.
    Ils vont se lancer dans une folle aventure qui emprunte à la mer son goût d’eau salée et aux luttes sans merci leur odeur de poudre, sillonner les mers de l’Océan Indien, résister aux terribles tempêtes et aux maladies, braver les pirates de Fort-Dauphin, combattre la flotte du Grand Moghol.
    Vaincre et convaincre. En combattant leurs ennemis par les armes et en séduisant les indécis par les mots, ils gagnent à leur cause des centaines de marins, las eux aussi des injustices dont ils sont victimes.
    Ils vont aussi devoir composer avec leurs doutes et leurs hésitations et affronter la fourberie de Paul, manipulé par Francisco Feyo, un être cupide et cruel.
    Trouveront-ils cette île, ce havre de paix où ils pourront édifier leur république libre, juste et égalitaire ?"

    C'est passionnant de bout en bout et rien, pas même le facteur qui sonne, votre estomac qui hurle ou l'eau du bain qui déborde (rayez la mention inutile) ne vous fera sortir le nez de ce livre.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/zimmermann-je...

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    • Livres 5.00/5
    Par Eve-Yeshe, le 16/03/2015


    Le portail de l'Ange de Sonia Frisco

    J’ai été bluffée par ce roman que j’ai adoré. Au début, Marta m’a énervée par son exigence, son intransigeance vis-à-vis de Justin. Elle ne le comprend pas, ne sait pas comment s’y prendre avec lui, jusqu’à ce que le diagnostic de précocité tombe. A ce moment-là, leur relation change et ils deviennent de plus en plus complices. Et peu à peu, je me suis attachée à cette belle femme, à la fois fragile et très forte, à l’énergie virevoltante.

    Justin est adorable, attachant ; on le suit avec plaisir dans ses découvertes : comment sortir du berceau pour aller explorer la maison, puis son attirance vers l’escalier dont il maîtrise les marches très vite. L’auteure réussit le prodige d’entrer dans la tête de cet enfant surdoué, et son attention labile, saute d’un centre d’intérêt à l’autre à la vitesse de la lumière pour le commun des mortels. On pense avec Justin, c’est une expérience superbe, un voyage dans un autre monde…

    La douance n’a plus de secret pour nous. Justin aime être seul, car il s’ennuie avec les autres. Quand il entre à l’école maternelle, il pense être libre et trouvant le mur blanc tristounet, il décide de peindre des triangles verts dessus et ne comprend pas ce que cela peut avoir de choquant pour les adultes. Ces adultes dont le comportement est si mystérieux pour un enfant.

    Cet enfant sait d’instinct vers quels autres élèves se tourner alors un petit groupe se forme autour de lui, chacun ayant sa spécificité : Tobias, Angelina, Félix. (cf. le superbe chapitre 6 de la deuxième partie).

    Je me suis laissée portée par Sonia Frisco ; avec elle j’ai franchi le portail et je me suis embarquée dans un voyage dans le temps, dans l’espace dans ce mystérieux labyrinthe qu’est la vie, de rebondissement en rebondissement, ayant l’impression d’être sur une piste, quand un petit détail nous entraîne dans une autre dimension, tant la psychologie des protagonistes est bien étudiée. Est-on dans l’imaginaire, le symbolique ou le réel ? L’auteure ne nous laisse pas le temps de réfléchir, elle nous entraîne déjà ailleurs.

    On est monté dans une sorte d’engin spatial et spécial et il faut se laisser aller dans le tourbillon des idées. Comme le dit si bine Sonia Frisco : « dans toutes les histoires qu’on nous raconte, il y a ce qu’on nous dit et il y a ce qu’on entend »

    J’ai lu ce livre de façon presqu’addictive, ne pouvant plus lâcher le livre, emportée avec Justin, ce bambin génial que j’avais envie de suivre partout. Et, en même temps, quelques secondes plus tard, j’avais envie de ralentir la lecture, de ne pas aller trop vite, pour en profiter plus longtemps.
    Ce livre est magique, avec une belle écriture que j’avais déjà appréciée en lisant « L’être de sable » l’été dernier, une pensée fluide, rapide et en même temps mystérieuse.

    J’ai eu du mal à faire cette critique, car, il faut révéler le moins de choses possibles pour laisser le lecteur ouvrir le portail et entrer dans l’histoire. Parfois, il arrive qu’on se perde un peu, qu’on ne soit pas sûr d’avoir bien compris, ce qui augmente encore le plaisir de la lecture, à la recherche d’une dimension qui a pu échapper.

    Je dis : « chapeau l’artiste » pour ce fabuleux voyage. Un très beau livre à lire, mais aussi à relire pour ne passer à côté d’aucun détail tant il est riche et puissant. Allez-y, foncez, amoureux de la littérature, des belles histoires, ouvrez le portail, vous allez passer des moments extraordinaires. Je le répète, il s’agit de mon premier coup de cœur pour l’année 2015.

    Mes propos vous paraissent dithyrambiques ? Plongez-vous dans ce livre, vous verrez que je n’exagère pas.

    Note : 9,5/10


    Lien : http://eveyeshe.canalblog.com/archives/2015/03/16/31717144.html

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