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L'Etranger
Endymion_04 février 2016
L'Etranger de Albert Camus
  • Livres 5.00/5
Putain ma vieille est clamsée

va falloir que j'quitte Alger

Fait trop chaud

ici à Marengo

J'me glande la vie

J'me tire d'ici

Une vraie life calme

des sentiments au napalm



Putain ma vieille est clamsée

J'vais pas chialer

J'suis qu'un étranger

Je n'vis jamais

J'suis pas de c'monde

J'suis pas immonde



Putain d'soleil cagnard

y a une bagarre

J'tire y est mort

J'ai pas d'remords

Cinq plombs dans l'corps

Pan pan encor



Putain de vie

J'suis repenti

mais c'est trop tard

J'suis déjà au chtar

J'ai mal vécu, j'ai pas vécu

j'suis différent, j'serai pendu



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L'Hiver de notre Déplaisir
Nastasia-B03 février 2016
L'Hiver de notre Déplaisir de John Steinbbeck
  • Livres 5.00/5
C'est drôle, j'ai le sentiment que je pourrais commencer toutes mes critiques des livres de John Steinbeck par exactement la même formule : « Et BING ! encore un chef-d'oeuvre signé Steinbeck ! » Bon, mais comme j'ai l'impression de l'avoir déjà utilisée un certain nombre de fois et que j'aurais peur de vous lasser par un trop grand manque de variété, je vais essayer d'innover un peu aujourd'hui.



J'ai beaucoup d'amies qui me disent avec un fond de dégoût dans la voix : « Ooohh ! les westerns !… Je déteste ça, c'est nul. C'est toujours pareil, ça ne m'intéresse pas. » Erreur, les filles, erreur ! Même si je reconnais qu'à 95 % vous avez probablement raison, j'ose prétendre qu'il existe un terrain cinématographique où vous auriez tort de ne pas poser votre petit mufle dédaigneux. Il y a les westerns et il y a les westerns de Sergio Leone, qui, selon mes critères, sont légèrement au-dessus des autres (d'environ quatorze têtes).



Et parmi ces westerns de Sergio Leone, il en est un qui est particulièrement intéressant, c'est Il Était Une Fois Dans L'Ouest. Je vous fais grâce de tous les passages musclés, musicaux ou balistiques, qui sont peut-être un peu appuyés à mon goût mais qui ravissent manifestement le public masculin. Non, ce qui me titille particulièrement dans ce film, ce sont les personnages de Morton (le patron des chemins de fer handicapé) joué par Gabriele Ferzetti et le tueur à gages Frank, campé à l'écran par Henry Fonda.



J'ai essayé en vain de retrouver la vieille interview de Sergio Leone, je crois que c'était un entretien avec Noël Simsolo, où il qualifiait son film par une formule de ce genre : « J'ai filmé le passage d'un monde d'hommes, viril et sauvage, à un monde sans couille, dominé par l'argent. » le personnage de Morton symbolisant la pourriture de ce type de personnes n'hésitant pas à corrompre ou à payer des gens pour faire ce dont ils sont eux-mêmes incapables.



Il me semble que Henry Fonda, s'adressant à Morton (je cite tout de mémoire donc les aficionados me pardonneront les inexactitudes) envoie une réplique du genre : « J'ai vu cette pourriture sèche vous bouffer un peu plus chaque jour. » Puis, vers la fin du film, Charles Bronson lance à Henry Fonda quelque chose comme : « En somme, tu t'es rendu compte que tu n'étais pas un homme d'affaires.

— Non, je ne serai jamais un homme d'affaires… un homme, tout simplement. (Henry Fonda)

— C'est une race très ancienne… (Charles Bronson) »



Alors vous vous demandez peut-être pourquoi je suis en train de vous ennuyer avec cette histoire d'Il Était Une Fois Dans L'Ouest alors qu'il eût été si simple de vous parler de la véritable source d'inspiration du livre de John Steinbeck, à savoir, Richard III de Shakespeare ? N'ayez crainte, j'y viens, j'y viens, mais je vous ai promis de faire dans l'originalité aujourd'hui et vais tâcher de m'y tenir.



Le film de Sergio Leone dépeint très bien, je trouve le passage d'une époque à une autre, les cow-boys « old school » n'y auront bientôt plus leur place ni le droit de cité. La « civilisation » arrive, le « progrès » arrive, et donc, on ne peut plus se faire justice soi-même avec son six-coups. Vient le temps des réglementations, des chicanes administratives, des procès, des dommages et intérêts, etc., etc. Tout ce qui n'existait pas du temps du six-coups.



Alors de deux choses l'une : soit l'on s'adapte et l'on accepte docilement les nouvelles règles, soit l'on reste soi-même, c'est-à-dire, très vite un homme (ou une femme) du passé, amené à être marginalisé socialement, sans aucune chance aucune de retrouver jamais son statut d'autrefois. S'adapter ou mourir, quitte à y laisser son âme. Telle pourrait être la devise du film et c'est assurément l'un des propos du livre.



John Steinbeck, encore une fois, nous sert un roman plein d'intelligence et d'humour, riche, profond, fin, subtil, complexe et qui suscite la réflexion bien au-delà du domaine qu'il explore. J'ai lu deux ou trois sombres abrutis qui pour présenter cet ouvrage parlent d'un auteur « en déclin ». Franchement dit, j'aimerais bien décliner comme ça et j'imagine que bon nombre de nos petits auteurs de pacotille aimeraient bien s'approcher dans leurs grands moments du déclin d'un Steinbeck. Surtout, surtout, mesdames et messieurs de chez Gallimard & consorts, ne changez rien, mettez-moi du D'Ormesson en pléiade et en tête de gondole et parallèlement, laissez moisir cet auteur en déclin qu'est Steinbeck. Bande de nazes ! J'aime autant changer de sujet parce que j'en deviendrais vite ordurière…



Mais encore avant de vous parler réellement du fond de l'oeuvre, permettez-moi encore une toute petite digression qui fait le lien entre ces merveilleux éditeurs et le Richard III de tout à l'heure. le titre original de ce roman, The Winter Of Our Discontent, est issu de l'incipit de la pièce de Shakespeare, dans la bouche de Gloucester, futur roi Richard :

« Now is the winter of our discontent

Made glorious summer by this sun of York;

And all the clouds that lour'd upon our house

In the deep bosom of the ocean buried. »



Steinbeck est coutumier du fait ; il aime bien puiser ses titres d'autres oeuvres en rapport avec son travail. Il avait choisi pour titre Les Raisins de la Colère (The Grapes Of Wrath) issu de l'Hymne de Bataille de la République, texte engagé écrit par Julia Ward Howe ; il avait choisi En Un Combat Douteux du poème de John Milton, le Paradis Perdu ; il avait choisi À L'Est D'Éden de la Bible, et le voici donc venu piocher chez Shakespeare, comme Faulkner (Le Bruit Et La Fureur) ou Huxley (Le Meilleur Des Mondes) avant lui, pour ne citer que ces deux-là.



Voilà pourquoi j'aimerais dire deux mots de la traduction. En ce qui me concerne, j'ai lu la traduction de Jean Rosenthal de 1970. Il en existe une plus récente, de 1995 d'Anouk Neuhoff qui ne m'a absolument pas plu. La traduction du titre est à l'image du reste : elle a complètement perdu l'esprit (Une Saison Amère). Cette traduction publiée chez le livre de poche est probablement plus moderne, plus actuelle, mais… je n'y reconnais pas l'écriture de Steinbeck, alors que je la reconnais fort bien chez Jean Rosenthal. Donc, si vous avez la possibilité, vous savez ce qui vous reste à faire…



Cette première tirade de Richard III colle à merveille au propos que souhaite véhiculer l'auteur. Voilà un homme, John Steinbeck, qui est né, qui a grandi et vécu une bonne partie de sa vie en Californie du début du XXe jusqu'après la seconde guerre mondiale. La tragédie, pour lui, c'est qu'entre temps, son pays est devenu la première puissance mondiale, sa population a explosé et son mode de vie s'est métamorphosé du tout au tout. La Californie agricole de son enfance n'est plus qu'un très lointain souvenir ; désormais, c'est le temple du high tech, du business et de la superficialité.



Il ne s'y reconnaît probablement plus beaucoup au début des années 1960 (voir à ce propos des mutations survenues en Californie durant l'entre-deux-guerres le roman graphique d'Emmanuel Guibert, L'Enfance D'Alan) de sorte qu'il finit même par s'installer sur la côte Est, celle des origines de son pays.



Il ne faut donc probablement pas s'étonner si l'auteur choisit pour établissement de son dernier grand roman une ville imaginaire, New Baytown, mais qu'il est aisé de situer sur Long Island, en tant qu'ancienne ville baleinière, une ville de pionniers totalement dépassée par le mouvement des années 1960. Au passage, l'auteur fait très certainement un clin d'oeil à Moby Dick, un type d'ouvrage qui lui aussi appartient au passé, du temps des glorieux pionniers de l'Amérique.



Le narrateur et personnage principal, Ethan Hawley, est issu d'une des anciennes grandes familles de la ville. Son père a perdu toute la fortune de la famille ; ne subsiste que le nom (mais ce qui est déjà mieux que rien). Ce faisant, Ethan est désormais garçon d'épicerie au service d'un émigré italien de première génération, ce qui est une sorte de relégation sociale indéniable.



Ethan s'en accommoderait assez bien s'il ne tenait qu'à lui. C'est un employé modèle, honnête et travailleur, qui fait l'ébahissement de son patron italien qui se demande toujours, avec son regard suspicieux qu'est-ce qui peut bien se cacher derrière une telle incompréhensible honnêteté.



Ethan, homme de la quarantaine, est marié avec une femme qu'il aime et qui le lui rend bien. Ils ont deux grands enfants de l'âge de l'adolescence. Malgré tous les sentiments qui unissent Ethan à sa famille, il sent bien dans leur regard qu'un peu d'argent supplémentaire et une situation professionnelle et sociale supérieure leur conviendrait mieux et le grandiraient à leurs yeux.



Le problème d'Ethan, c'est qu'il est à la fois intelligent, lucide et moral. le sang Hawley qui coule dans ses veines vient souvent lui rappeler qu'il est issu de fiers marins besogneux : des gens francs avec des valeurs. Derrière son comptoir, Ethan observe tout, comprend tout, et comprend surtout qu'il n'a pas l'âme d'un homme d'affaire.



Les compromissions, les entourloupes, les coups bas pour arriver à tirer son épingle du jeu le révulsent. Pourtant, il voit tout, il sent tout, il est capable comme Gloucester de devenir Richard III, mais que va-t-il devoir abandonner ou trahir pour se hisser sur le trône qui lui ouvre les bras ?



John Steinbeck nous offre en guise de testament littéraire une sensationnelle réflexion sur la réussite, économique et sociale, sur la notoriété, sur la possession et l'argent. Pour lui, comme pour Georges Brassens, les trompettes de la renommée sont vraiment très mal embouchées. Pourtant, c'est le visage de son Amérique : la réussite à tout prix, quel qu'en soit le prix ; quitte à tricher, quitte à tuer discrètement, quitte à écraser autrui, quitte à voler mais en conservant toujours la face en se réfugiant derrière un joli tampon officiel de légalité.



Voici l'argent, voici le trésor, voici la récompense, elle ne vous appartient pas mais vous pourriez aisément mettre la main dessus discrètement en toute dignité. Pour cela, il suffit juste d'aider un mourant à rejoindre rapidement sa tombe, ou de passer un petit coup de fil aux services de répression pour attirer l'attention sur les affaires d'untel ou d'untel. Que dit votre âme ?



L'auteur, avec son sens de l'humour et de la facétie, utilise la parabole, et même la parabole dans la parabole, au travers d'un jeu-concours comme seule l'Amérique des années 1960 peut en organiser : faire un texte sur « Combien j'aime l'Amérique », une compétition à laquelle les deux enfants d'Ethan vont participer et dont les résultats sont très certainement à l'image de ce que l'auteur pense de son pays, du moins de ce qu'il est devenu.



Je termine la boucle avec le cinéma, car l'on connaît les liens qui unissent John Steinbeck avec l'immense réalisateur John Ford. Ce dernier a dit dans le livre de Peter Bogdanovich qui lui est consacré : « Si nos ancêtres pouvaient nous voir, ils seraient salement honteux. » Voilà, c'est sans doute à peu près le message que nous délivre L'Hiver de Notre Déplaisir, un livre à ne pas rater (mais à ne pas lire dans sa traduction bidon Une Saison Amère), assurément l'un de mes coups de coeur de l'année.



Bien entendu, tout ceci n'est que mon avis, en espérant qu'il ne fera pas votre déplaisir en cette saison d'hiver, car, somme toute, il ne représente pas grand-chose.
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Fanny
Nastasia-B30 janvier 2016
Fanny de Marcel Pagnol
  • Livres 5.00/5
Quel bonheur, mes ami(e)s, quel bonheur que cette comédie de Marcel Pagnol ! Ce n'est pas facile comme partition : faire dans le burlesque, faire dans la farce, faire dans la bonne grosse caricature et en même temps, faire dans le sensible, dans le subtil, dans la nuance.



Eh bien croyez-moi si vous voulez, mais selon mes critères, Marcel Pagnol arrive à faire tout cela, et même mieux que cela. C'est probablement, la pièce que je préfère de la trilogie marseillaise, elle qui n'était au moment de sa création que le second volet d'un diptyque avec Marius et qui, plus tard, s'est enrichi d'un troisième pan avec César mais qui a, quant à lui, d'abord vu le jour au cinéma avant d'être monté sur les planches.



Oui, ici, c'est un vrai bonheur et si le début de la pièce rappelle beaucoup du burlesque qui plaisait tant dans Marius, l'auteur sait donner dans les actes II et III une épaisseur, une ampleur incroyable à ses deux personnages principaux. Ses deux personnages principaux qui sont, quoi qu'on en dise et quoi qu'on en pense, César d'une part (ça, ça ne fait pas beaucoup discussion) mais aussi Panisse d'autre part.



En fait, tout du long de cette trilogie, on assiste aux péripéties d'un amour entre Marius et Fanny, avec ses vicissitudes mais finalement, ces deux-là ne renferment ni le comique, ni le tragique, ni vraiment le pathos, sauf à de rares instants.



Non, les deux personnages centraux, ceux qui nous font rire aux éclats ou qui nous émeuvent aux larmes, ce sont bien César et Panisse, magnifiquement campés au cinéma par Raimu et Charpin ; deux personnages touchants, bardés de défauts, bourrés de contradictions, capables d'élans de noblesse dont on ne les soupçonnerait pas et surtout, terriblement humains. Tout le talent de Pagnol est là, dans César et dans Panisse, et quel talent !



On comprend qu'il ait été tant admiré, et même tant copié, même par des auteurs eux-mêmes fort talentueux. Rien que dans Fanny, je vois au moins deux passages quasi-plagiés ultérieurement par deux monstres sacrés.



Vous voulez des exemples ? D'accord. Les Tontons Flingueurs, ça vous dit quelque chose ? Lorsque Michel Audiard fait dire à Bernard Blier : « Aux quatre coins de Paris qu'on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. », ça ressemble énormément à la réplique De César à la scène 7 de l'acte II : « Et ensuite, je te saisis, je te secoue, je te piétine, et je te disperse aux quatre coins des Bouches-du-Rhône. »



Autre exemple, vous avez adoré Astérix en Corse et surtout le passage où René Goscinny fait dire à Carferrix et Sciencinfus : « — Je n'aime pas qu'on parle à ma soeur. — Mais… Mais elle ne m'intéresse pas votre soeur. Je voulais simplement… — Elle te plait pas ma soeur ? — Mais si, bien sûr, elle me plaît… — Ah, elle te plaît, ma soeur !!! Retenez-moi ou je le tue, lui et ses imbéciles ! », cela ressemble beaucoup à l'échange de la scène 9 du premier tableau de l'acte I entre César et Panisse : « — Il y a longtemps que ça dure, c'est une véritable conspiration ! Vous voulez tout savoir ? Vous ne saurez rien. — Je t'assure que, pour moi, je ne veux rien savoir du tout. — Tu ne veux rien savoir du tout ? — Je ne veux pas me mêler de tes affaires de famille. — C'est-à-dire qu'après une amitié de trente ans, tu te fous complètement de tout ce qui peut m'arriver ? »



(Au passage, je signale que ce passage de l'amitié de trente ans a été plagié une seconde fois par un autre duo comique, à savoir Jacques Chirac et Édouard Balladur, mais dans une mouture franchement inférieure à celle de Pagnol.)



Bref, il n'est pas nécessaire de noircir bien des pages pour vous persuader de l'influence qu'a exercé Marcel Pagnol et pour vous décrire l'étendue de l'héritage qu'il nous a légué.



Fanny commence exactement à la suite de Marius, au moment où l'on retrouve César complètement désemparé et irascible suite au départ de son fils Marius, de même que pour sa petite amie Fanny, qui se languit et se désespère de savoir son véritable amour parti pour deux ans sur les mers du sud à mesurer le fond des océans…



La bande de gais lurons que sont Panisse, Escartefigue et monsieur Brun tente bien par tous les moyens — discrets ou moins discrets — d'en savoir un peu plus sur le moral de leur acolyte César, de même que sur les états d'âme de Fanny. Tout ceci sans compter les humeurs assassines d'Honorine, la mère de Fanny, qui ressemble à une bouilloire sur le feu depuis qu'elle sait Marius disparu sachant qu'il fut quelquefois surpris au matin dans la chambre de sa fille. L'honneur, voyez-vous, l'honneur est sur la sellette…



Je vous laisse bien sûr découvrir par vous-même ce qu'il adviendra de cet honneur ou bien vous repaître du plaisir de relire cette pièce admirable dont l'adaptation cinématographique d'époque est très fidèle et peu constituer une excellente alternative.



Chapeau bas monsieur Pagnol, encore un carton plein, vous nous mettez fanny une fois de plus, mais c'est d'un tel plaisir de se prendre une fanny contre vous qu'on vous le pardonne bien volontiers. D'ailleurs, ceci n'est qu'un avis de fan, aussi profane que diaphane, qu'un simple coup d'éventail anglais suffit à disperser aux quatre coins des Bouches du Rhône, autant dire, pas grand-chose.
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Métro 2033
fnitter28 janvier 2016
Métro 2033 de Dmitry Glukhovsky
  • Livres 2.00/5
Une lecture pénible pour ce premier tome d'un récit post apocalyptique russe (2034 pour la suite).



Artyom vit sous terre depuis que les radiations ont condamné la surface. Pour les hommes certes, mais les mutants ont pris le pouvoir et menacent l'intégrité de la dernière arche de l'humanité, le métro de Moscou. Informé d'un danger imminent, Artyom doit partir en quête. Rejoindre la célèbre Polis pour délivrer un message et peut-être les sauver tous. Il devra au mépris du danger traverser de nombreuses stations aux régimes politiques aussi divers qu'étranges sans compter leurs occupants.





La succession des différents régimes politique ont certes, une valeur pour ce que veut véhiculer l'auteur sur les travers humains mais ils ont du mal à passer en matière de crédibilité.

Le héros passe son temps à être sauvé par foule d'intervenants alors qu'il devrait être mort et même pas enterré cent fois déjà.

Le voyage lui-même manque de conviction et surtout de cette énergie qui fait un bon road movie, une bonne quête, un bon bouquin du genre quoi. Sans compter qu'on a l'impression qu'il passe des mois à voyager entre des stations qui ne devraient être espacées que de quelques centaines de mètres.

La valeur énergétique du champignon, élément de base depuis plusieurs décennies, à peine plus qu'une bonne salade verte (sans sauce bien sûr). Parfait pour le thé, mais pour nourrir les cochons, ils devraient tous être morts de faim là-dedans...

C'est répétitif, lourd, c'est parfait pour une adaptation en jeu vidéo (tiens, ça été fait) mais à lire, franchement pénible et toujours cette touche mystico-ésotérique qui nous pourrit tout bon récit post-apocalyptique.

Impossible de s'attacher au héros, impossible de s'attacher aux personnages secondaires qui disparaissent plus vite qu'une larme de femme en enfer. Mesdames, d'ailleurs, n'espérez pas trouver un modèle dans ce livre ou même simplement un personnage féminin consistant.



Au final, je me suis profondément ennuyé, comme le héros j'ai fait un voyage interminable et je vais spoiler, attention : Pour rien.
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Le Crabe qui jouait avec la Mer
Nastasia-B28 janvier 2016
Le Crabe qui jouait avec la Mer de Rudyard Kipling
  • Livres 3.00/5
Allez, ne mentez pas ! Vous vous êtes toujours demandés pourquoi la mer avait cette étrange façon de monter et de descendre deux fois par jour. Eh bien, soyez comblés car Rudyard Kipling va répondre à toutes vos interrogations sur la question.



En fait, tout cela est dû à un crabe… bon, c'est un peu plus compliqué que cela, car il semble qu'un magicien ait également un certain rôle dans la manoeuvre ainsi qu'un pêcheur de lune ou quelque chose dans ce genre.



Je sais, à ce stade, vous vous dites que mon exposé n'est pas très clair. J'en conviens. Cela vient sans doute du fait que ce satané crabe, Pau-Amma, pour ne pas le nommer, possède un fichu caractère et qu'il ne veut pas faire ce que le magicien dit aux autres animaux de faire, du coup, on a un peu de mal à le suivre.



Il a tendance à marcher en crabe et à se réfugier au fond de la mer sitôt qu'on aimerait lui parler pour lui demander des éclaircissements, vous voyez le genre. En plus, c'est un crabe géant, gros au moins comme une soucoupe volante. Quand il se met debout, j'en pince pour lui, bien qu'il n'ait pas de pinces, pas encore, tout au moins…



Bon, j'admets que tout cela n'est pas beaucoup plus clair maintenant que j'y réfléchis. Et que vient faire ce pêcheur de lune avec sa ligne dérivante rongée par un rat ? Quel est l'accord tacite que va passer le magicien avec ce grand crabe de Pau-Amma ? Et la petite fille ? Mince ! J'ai complètement oublié de vous parler de la petite fille ! Aïe, aïe, aïe ! C'est un personnage important pourtant !



Comment ? Vous trouvez que ce n'est toujours pas plus clair cette histoire ? Je vous comprends. Eh bien, vous savez quoi, le mieux, c'est que vous la lisiez vous-mêmes, car c'est un bougre de joli petit conte étiologique comme je les aime, qui vous racontera comment les crabes sont devenus crabes au large de la Malaisie et comment les marrées sont devenues marées de par le monde. C'est du Rudyard Kipling en bonne forme, plein de l'inventivité et de l'exotisme qu'on lui connaît. Un bon cru en somme des Histoires Comme Ça. Mais Ça, ce n'est que mon avis qui marche en crabe, à pas chassés et pas chaussés, autant dire, pas grand-chose.
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Hamlet - Othello - Macbeth
Nastasia-B26 janvier 2016
Hamlet - Othello - Macbeth de William Shakespeare
  • Livres 4.00/5
Hamlet, Othello, Macbeth… tout de suite, le ton est donné, la barre est placée et en bons perchistes que vous êtes, vous avez, de suite, l'impression de vous élever dans les airs. Oui, dans les airs, car c'est de la fine, fine fleur de fleuron de fantastique fusée que ces trois pièces-là.



Je commence par Hamlet, la plus connue, la plus légendaire et bascule de suite sur la troisième, Macbeth, à peine un soupçon moins célébrée que la précédente et instantanément me réjouis de ce rapprochement divin entre ces deux pièces qui ont beaucoup de choses à se dire, d'une scène à l'autre.



Tout d'abord Hamlet, bien sûr, l'incontournable Hamlet. J'adore la légèreté, l'humour, la finesse, la profondeur, la qualité d'écriture de l'ensemble de la pièce (pas trop le final cependant). Je ne vais même pas m'attarder à vous faire le panégyrique de la pièce dont vous retrouvez des poussières disséminées un peu partout, de Dickens au Roi Lion en passant par Rudyard Kipling. (J'ai déjà évoqué cela ailleurs.)



Or, c'est quoi Hamlet ? Issu en droite filiation de la tragédie grecque antique (le personnage d'Oreste, notamment), Shakespeare revisite le thème de la trahison, du doublage par un frère (le vieil Hamlet est assassiné par son frère Claudius). Voilà un thème qui semble fort et important pour l'auteur, c'est d'ailleurs le corps de l'ultime drame de Shakespeare, La Tempête, où Prospero a échappé in extremis à la mort et s'est fait subtiliser le trône par son frère.



Le thème de la mort (omniprésent dans les trois pièces que voici), ou plus particulièrement de l'inutilité de la vie, est également un sujet de prédilection du grand dramaturge anglais et qui figure au coeur d'Hamlet, d'où cette fameuse tirade du « être ou ne pas être ».



Cependant, si tout cela est vrai et fort, ce qui me semble plus fort et plus évident que tout dans Hamlet, c'est la réflexion sur le théâtre qui affleure partout. Le personnage d'Hamlet, de façon symbolique, C'EST le théâtre, dans l'acception la plus noble du terme. C'est lui le révélateur, c'est lui qui voit clair dans le jeu orchestré par le roi et c'est lui qui est déchu par la vilenie du pouvoir.



Le roi symbolise évidemment le pouvoir, en tant qu'autorité qui muselle l'activité artistique de peur qu'elle ne montre trop explicitement ses propres exactions. Laërte, c'est l'autre théâtre, le théâtre d'état, le théâtre qui dit ce que le roi veut entendre, celui qui est aux bottes du pouvoir (et d'ailleurs, sur ce point, absolument rien n'a changé, voir, par exemple le livre de Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens De Garde).



Les deux théâtres se livrent une lutte à mort, et qui est sacrifié au milieu d'eux ? le public, évidemment, et ici le public est symbolisé par Ophélie, qui devient folle. La reine représente la conscience, la morale à qui l'on a tordu le cou pour avaler des couleuvres (on en reparlera dans Macbeth).



Polonius représente les seconds couteaux, le peuple nombreux des courtisans hypocrites qui lèchent les savates de tout pouvoir, quel qu'il soit, et qui se font étriller par le théâtre (pensez aux bourgeois, aux savants ou aux religieux chez Molière, par exemple) car si l'on ne peut taper sur le pouvoir, on peut tout de même se faire la main sur les courtisans. Mais on peut aussi (et surtout) voir dans Polonius, l'archétype du puritain (voir les conseils qu'il donne à son fils), très en vogue et toujours plus près du pouvoir à l'époque de Shakespeare.



Et la moralité de tout cela, c'est qu'un pouvoir qui n'est pas capable de se regarder en face sous le révélateur, sous le miroir de vérité qu'est le théâtre, tellement il a honte de lui-même est voué à disparaître. Tiens, tiens, j'y vois déjà l'ombre de Macbeth, là-encore.



Pour conclure, si l'on recontextualise la genèse de cette pièce avec les événements historiques dont l'auteur était le témoin, ce qu'il faut voir dans Hamlet, ce n'est ni une tragédie (ou tragi-comédie), ni un quelconque message métaphysique, mais bien plutôt une supplique politique pour maintenir les théâtres publics élisabéthains et leur liberté d'expression face aux attaques toujours plus virulentes des puritains qui essaient d'imposer leur théâtre moralisateur.



On sait par ailleurs que les craintes de Shakespeare étaient fondées car les puritains obtiendront gain de cause avec la fermeture des théâtres publics en 1642 (notamment le Théâtre du Globe où était joué Shakespeare). Vu comme cela, cette pièce est absolument lumineuse, forte, pleine de sens et de désillusions, bref, essentielle.



Passons désormais à La Tragédie de Macbeth qui synthétise, elle aussi, beaucoup des thèmes chers à William Shakespeare : la trahison comme dans Othello que j'aborde en dessous, l'usurpation et la vengeance comme dans Hamlet, la prophétie et la destinée comme dans La Tempête, la folie et le changement dynastique comme dans Richard II, pour ne citer que celles-là.



C'est une lapalissade d'écrire qu'il y a différents thèmes dans cette pièce en cinq actes, mais celui qui m'apparaît ressortir plus que tout autre est celui de la morale et de l'acte vertueux.



Restons dans le droit chemin, semble nous dire en substance Shakespeare, car chaque pas en dehors du tracé du bien en appelle un suivant de sorte que, de vilenie en vilenie, le retour à la vertu est impossible et l'on s'embourbe toujours plus profondément dans les fétides marécages du mal jusqu'à n'en plus trouver d'issue, sauf l'ultime.



Au départ, Macbeth a des valeurs, des scrupules, des freins, des remords puis, peu à peu, à chaque nouvelle action pendable, ses verrous intérieurs sautent les uns après les autres jusqu'à lui accorder toute licence dans l'atrocité ou dans la barbarie.



Il convient de signaler également dans cette fonction facilitatrice, le rôle prépondérant de Lady Macbeth, totalement dénuée de scrupules alors que son mari tergiversait. Comment interpréter cette nouvelle mouture de la consommation du fruit défendu par Adam sous la houlette d'Ève et de l'exclusion à jamais qui s'ensuit du Jardin d'Éden ?



Macbeth, de courageux et noble au départ, à mesure qu'il sombre dans les travers du mal mu par sa soif de pouvoir, devient pleutre et vil. Lady Macbeth, de forte et inflexible qu'elle nous apparaît au commencement, se métamorphose progressivement jusqu'à devenir fragile, malingre et instable.



On perçoit, je pense, le sens qu'a voulu donner l'auteur à l'aliénation du couple principal : en déviant de l'axe vertueux, on érode, on corrode, on débrode le joli fil de soie de la morale humaine, livrant au regard la trame brute et laide du textile sans fard, l'animalité crue de l'Homme, dépouillée des règles sociales et morales.



Ce qui fait l'humain, c'est qu'il ne s'abandonne pas à ses instincts primaires, c'est le respect des lois et de la morale. À mesure donc que Macbeth enfreint les règles élémentaires (hospitalité, allégeance, amitié, fidélité, loyauté, etc.), il se déshumanise graduellement jusqu'à devenir un rat acculé au coin d'une pièce, prêt à sauter au visage de n'importe qui simplement pour rester en vie.



Comme je vous l'avais précisé au début, je ne peux m'empêcher de voir dans Macbeth un double inversé d'Hamlet, ou, plus précisément, la même pièce mais focalisée sur un point de vue différent. Dans Hamlet, le roi légitime, le vieil Hamlet, a été trahi et assassiné par son frère Claudius avec la connivence de la reine, propre mère d'Hamlet. le point de vue est donc centralisé sur le fils du roi déchu.



Ici, au lieu d'avoir le point focal sur Hamlet, on l'a sur Claudius, et Claudius se nomme alors Macbeth. Mais c'est la même formule de base ; convertissez Hamlet en Malcolm et le vieil Hamlet en Duncan ; acceptez qu'il puisse y avoir un dédoublement du vieil Hamlet qui en plus d'être Duncan serait aussi Banquo et vous retrouvez le spectre dont le rôle est si prégnant dans Hamlet.



Pour que l'analogie soit totale, il nous faut encore un messager symbolique : c'était le jeu de la pièce de théâtre dans Hamlet, ce sont les trois sorcières dans Macbeth et, comme par magie, l'on retombe sur nos pieds. le thème phare d'Hamlet — la mort et l'inutilité de la vie ( le fameux « to be or not to be ») — s'avère être une part cruciale de Macbeth, prétexte à l'une des plus belles tirades de tout le théâtre shakespearien à la scène 5 de l'acte V.



On pourrait poursuivre encore longtemps le parallèle entre Hamlet et Macbeth. Par exemple, Hamlet se faisait passer pour fou afin de sonder l'entourage du roi Claudius, et ici, Malcolm se fait passer pour vil afin de tester Macduff. Les deux veulent venger la mort de leur père, un roi qu'on a assassiné.



La folie et le suicide de Lady Macbeth répondent comme un écho à la mère de Hamlet et à la fin d'Ophélie. de même que le maléfique Claudius n'avait pas d'enfant, le couple Macbeth, empreint du mal, disparaît sans descendance.



Comment ne pas voir un clin d'oeil ou un appel du pied au règne d'Elisabeth Ière, reine sans enfant, dont on sait qu'elle était probablement impliquée dans des morts louches, notamment celle de la femme de son amant ? le souverain doit donc savoir être réceptif aux avertissements qui lui sont transmis par les esprits éclairés. Dans la vraie vie du XVIIème siècle, c'est le théâtre et notamment Shakespeare qui donne ces signaux d'alarme, dans Macbeth, ce sont les trois sorcières.



Selon Shakespeare, et comme dans Hamlet, le pouvoir oublieux de la morale, qui ne parvient pas à décoder comme il convient les prophéties et les avertissements délivrés par le théâtre est appelé à disparaître. Macbeth reproche d'ailleurs, à la scène 7 de l'acte V, le double entente qu'on peut faire du langage et accuse les sorcières d'être des tricheuses, alors même qu'elles lui ont fidèlement tout annoncé, tout prédit, mais que lui a mal interprété leur discours.



Le lien avec les messages délivrés par le théâtre à l'adresse du pouvoir me semble évident. Le théâtre utilise le symbole, la métaphore, les analogies historiques ou les contrées lointaines, mais ce dont il parle vraiment, pour qui sait lire entre les lignes et briser les encodages, c'est du brûlant présent, de l'ici et du maintenant.



J'en terminerai (car même s'il resterait encore beaucoup de choses à dire de cette superbe tragédie, j'ai conscience que ma critique a déjà atteint une longueur critique) en signalant dans le registre du cinéma qu'il y a probablement un peu (ou même beaucoup) de Macbeth dans le personnage ô combien fameux de Dark Vador dans l'épopée Star Wars. de même, Akira Kurosawa transposa Macbeth avec des samouraï japonais dans son film le Château de L'Araignée.



Et dire qu'avec tout ce que j'ai déjà écrit je n'ai pas encore abordé cet autre joyau qu'est Othello ! C'est pourtant une tragédie sublime, au sens premier, au sens profond, dans l'acception antique du terme, c'est-à-dire, de la création d'une œuvre artistique capable de susciter les plus vives émotions chez le spectateur, afin de gagner son empathie, de le faire vivre par procuration des émotions aussi fortes que les personnages fictifs qui évoluent devant lui.



Notre sens inné de la justice, même non formulé, même fort enfoui, même inconscient, même volontairement muselé, ne peut que s'insurger face à cet infâme complot de cet infâme Iago, face à une telle ignominie ; et c'est précisément ce sentiment que recherchait William Shakespeare et qu'il arrive à faire éclore admirablement, aujourd'hui comme hier et pour des siècles encore.



Même si le protagoniste principal semble bien davantage Iago qu'Othello et, d'un simple point de vue statistique, il est manifeste que Iago monopolise la scène, c'est bien à la place d'Othello que l'auteur souhaite nous placer, et non à la place de Iago. C'est bien l'œuvre de Iago sur Othello qui indigne et non les motifs intimes du fourbe qui présentent un intérêt.



Le message, du moins l'un des messages possibles de cette oeuvre, est le noircissement. Je ne blague pas, et le fait que Shakespeare ait choisi un personnage noir comme héros d'infortune n'a sans doute rien d'hasardeux. L'apparence. Celui qui semble noir l'est-il bien réellement ?



Tous. Tous semblent noirs à un moment ou à un autre : Cassio, Desdémone, Othello. Tous noirs et pourtant tous innocents. Et pourtant, on jurerait, selon l'angle où ils sont présentés les uns aux autres, on jurerait qu'ils sont coupables.



C'est probablement ça, le plus fort du message que souhaite nous donner en pâture l'auteur. Honni soit qui mal y pense ! Il est si facile de nuire, si facile de noircir, si facile de truquer, si facile de faire dire autre chose aux faits pris indépendamment ou hors contexte. C'est cela que semble nous dire Shakespeare.



Les apparences sont parfois contre nous et d'autres semblent blancs comme neige, et pourtant… et pourtant…, pourtant, quand on sait tout le fin mot, vraiment tout, la réalité est souvent loin des belles apparences et ce que l'on croyait simple, net, tranché, évident, ne l'est plus tant que cela.



Othello d'emblée est noir, ce qui jette sur lui une indéfinissable suspicion aux yeux des Vénitiens. Tout prétexte sera bon s'il fait le moindre faux-pas. Cassio est un beau subordonné prometteur, donc il est douteux. Desdémone est une noble Vénitienne blanche entichée d'un noir, donc c'est nécessairement une putain.



Autant de raccourcis faciles que nous avons tous tendance, consciemment ou inconsciemment, à commettre ici ou là. L'histoire a donné plusieurs fois raison à Shakespeare. (Rien qu'en France, au XXème siècle, des Juifs, des Maghrébins en tant que groupe ou des individualités comme Guillaume Seznec ont tous fait l'objet d'accusations plus ou moins calomnieuses ou bâties de toute pièce, basées sur des a priori ou des apparences qui leur étaient adverses. Je ne parle évidemment pas de tous les endroits du monde et à toutes les périodes depuis Shakespeare, car il y aurait de quoi remplir tout Babelio avec.)



Si l'on cherche des fautes à quelqu'un, on en trouvera fatalement. Si l'on sait habilement les mettre en lumière, leur donner d'autres apparences, attiser le vent de la vengeance, mobiliser la justice à son avantage, n'importe qui peut être traîné dans la boue ou commettre l'irréparable.



Quels sont les mobiles de tout cela ? L'auteur reste très discret et très flou sur les motivations de Iago. Cela semble tourner autour de la jalousie, de l'orgueil bafoué, de l'envie inassouvie, du complexe d'infériorité.



Intéressons nous encore quelques instants à Iago. Ce qui est frappant dans le texte, dans les qualificatifs qu'on lui attribue, c'est le nombre de fois où reviennent, les adjectifs noble, honnête, fidèle, courageux, droit, fiable, vertueux, etc. Encore une fois, si l'on se place à l'époque de Shakespeare pour tâcher d'y voir plus clair, la meilleure explication, la principale justification à cette pièce est l'admirable travail de sape réalisé par les puritains à l'égard du théâtre élisabéthain.



Iago, dans cette optique, est donc le symbole du puritanisme, Othello, le noir à qui l'on fait commettre des abjections ne saurait être autre que Shakespeare lui-même, Cassio, représenterait alors quelque autre auteur contemporain de Shakespeare comme Christopher Marlowe ou Ben Johnson.



Les abjections des uns et des autres sont les écrits vils qu'ils étaient obligés de pondre, pamphlets notamment, simplement pour pouvoir gagner moindrement leur vie.



Desdémone, celle qui est totalement innocente est qui est sacrifiée serait alors la déesse aux cent bouches, à savoir le public, qui fait les frais des fermetures de théâtres sous la houlette des Puritains.



Voilà le type de message que je vois dans Othello, la dénonciation de la calomnie à l'égard des dramaturges honnêtes qu'on accuse de toutes les perversions, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose. le mieux que vous ayez à faire, c'est encore d'ouvrir ce livre et de découvrir ou bien relire ces trois pièces admirables.
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Viva la vida : Los sueños de Ciudad Juarez
Endymion_26 janvier 2016
Viva la vida : Los sueños de Ciudad Juarez de Edmond Baudoin
  • Livres 4.00/5
Que valent les rêves, l’imagination, l’espoir face à la violence et aux meurtres ? Que peuvent les murs, les barbelés quand " le vent de la mort souffle au-dessus des frontières. Parce que lui, rien ne l’arrête. Il se moque bien de savoir à qui appartient le sang versé " (page 9). La mort, les exactions sont universelles, les droits aussi, enfin en théorie.



Baudoin et Troub’s nous emmènent dans un échange impossible, un rêve, un portrait, un espoir, la mémoire d’une vie. Un témoignage silencieux et fort sur une ville, sur des conditions d’existences dans "la capitale mondiale du meurtre".



Ciudad de Juárez, état de Chihuahua, nord du Mexique. La vie, les songes y sont les mêmes qu’ailleurs, travail, santé bonheur, seul le désir de paix semble plus fort. La différence est autre, terrée au fond des yeux. Les regards ne trichent, ne mentent pas. Leur silence est plus fort, plus éloquent. "Ce que dit un regard est plus franc, moins réfléchi, plus intérieur, intraduisible avec des mots. Il est arrivé que celui que je questionnais lise ma déception dans l’écoute de sa réponse, dans son silence il me disait alors :"Tu as bien lu, remplis les blancs"". Ils recèlent la peur, la souffrance, la misère et l’espoir. Ils taisent les morts, la drogue, ces gangrènes qui rongent leur ville, leur vie. " C’est si fragile et si fort une vie".

Mais ici à Juarez, capitale mondiale du meurtre, la vie peut s’arrêter très vite surtout pour une jeune femme… car ici "une femme malhonnête ça donne des idées aux hommes, ça réveille des haines antiques de la femme . (…) Près de 500 femmes assassinées, 600 disparitions depuis 93", même si depuis 2012 la criminalité connaît une baisse sensible on recense pas loin de 10000 morts du fait des cartels de la drogue ( un problème qui gangrène nombre de villes d'Amérique latine, 41 des 50 plus dangereuses au monde se situent sur ce continent, des taux d'homicides de 72 pour 100.000 habitants au Honduras, et un triste record de 171,2 pour la ville de San Pedro Sula au Honduras. Une criminalité liée au développement des maras, dont le plus plus violent est le M18, voir le film La vida Loca de Christian Poveda).



Baudoin et Troub’s nous content leur quotidien, dressent des portraits de ces gens en échange d’un bout de leur intimité, un morceau de leur rêve. Deux troubadours de la vie et du rêve jonglant avec l’espoir, la paix. Ils nous embarquent dans cette quête de liberté et de fuite car en face rayonne la frontera, El Paso et le reflet de la réussite américaine bien loin des maquiladoras et des narcotrafiquants. Une histoire à quatre mains pour "dire la vie dans cette ville où l’on meurt", pour "voir ce qu’il y a derrière la vie". Un voyage pour que les rêves deviennent réalité, pour qu’ils ne soient plus des cauchemars, parce que le souvenir, l’espérance, l’amour doivent être plus fort que la vie et la violence: no mas cruces.



Pour approfondir le sujet http://www.lacitedesmortes.net/
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Apprendre à frissonner
Nastasia-B02 février 2016
Apprendre à frissonner de Jacob Grimm
  • Livres 2.00/5
Avec les contes des frères Grimm, parfois on tire un as de coeur, parfois on tire un valet de pique. Bon, c'est comme ça, il faut en prendre son parti…

— Et aujourd'hui, c'est quoi ?

— Raviolis ?…

— Non. Pas exactement raviolis, disons plutôt, valet de pique…



L'idée de départ semble pourtant intéressante ; jouer sur le décalage entre les situations censées susciter la peur chez tout un chacun et s'amuser de voir cette grande bête de fils benêt qui, par ignorance, n'ayant peur de rien réussit où tout autre aurait échoué. Du même coup, ce double handicap — bêtise extrême + absence de peur pouvant affecter la survie — va provoquer des situations insolites propre à lui assurer des succès dont on le l'aurait pas cru capable a priori.



Soit. Cette idée est intéressante, mais en revanche, le parallèle lourdingue et redondant entre le sens figuré du frisson évoquant la peur (qu'on retrouve d'ailleurs dans le terme générique de " thriller "), et le sens propre, de lutte contre le froid est d'un manque d'intérêt capital à mes yeux, pour ne pas dire fatal.



Et si l'on considère la chute de cette histoire, oui, là on peut vraiment parler de " chute ", car on tombe carrément très, très, très bas. Sans vouloir à tout prix être rabat-joie, je trouve que tout le moindre intérêt qu'avait réussi à susciter le conte auparavant retombe instantanément comme un vieux soufflé flasque avec ce pauvre final.



Ceci dit, que cela ne vous dissuade pas d'essayer cet album, car ceci n'est que mon avis, un avis tellement seul qu'il lui arrive de me donner des frissons, autant dire qu'en l'espèce, il ne représente sans doute pas grand-chose.
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La grande Bretèche - Un Épisode sous la Terreur
Nastasia-B31 janvier 2016
La grande Bretèche - Un Épisode sous la Terreur de Honore de Balzac
  • Livres 4.00/5
On l'oublie souvent, mais Honoré de Balzac était un grand nouvelliste, parmi les tout grands. le problème, c'est qu'il a fait tellement de choses, et de grandes choses, que ses nouvelles passent, aux yeux des commentateurs, pour une portion congrue de son oeuvre, presque pour les miettes d'un ensemble extraordinairement vaste et complexe.



Il est vrai que quand vous venez de lire un morceau tel que les Illusions Perdues, vous vous demandez qu'est-ce qui dans son oeuvre peut rivaliser avec un monument pareil. Mais, je le répète, c'est un tort. Balzac est indéniablement le modèle De Maupassant, bien plus que Flaubert ou que Zola auprès desquels on le rapproche parfois.



En fait, l'ennui avec ce genre de personnes, c'est qu'il savait tout faire, du vers, de la prose, du théâtre, du conte, de la nouvelle, du roman (naturaliste, fantastique, policier, historique, etc.), de la philosophie, des essais de sorte que notre cerveau étroit, qui aime bien coller des étiquettes sur les gens pour savoir où les ranger, peine à lui en coller une. Et, en plus, le scolaire s'est invité dans le débat si bien qu'on a tous, plus ou moins des souvenirs d'oeuvres imposées par les programmes, oeuvres que je trouve, pour la plupart inadaptées à l'âge et à l'intérêt des élèves de l'âge considéré.



Et si, pour faire découvrir Balzac aux plus jeunes on commençait par des nouvelles ? Ça ce serait drôlement rusé ; voilà une mayonnaise qui risquerait de prendre et des truites mordre à l'hameçon (loin de moi cependant de prendre les lycéens pour des truites, gardez-m'en bien).



En voici deux qui feraient, me semble-t-il, parfaitement l'affaire. Tout d'abord LA GRANDE BRETÈCHE, et cette interrogation, en guise de teasing : Qu'y a-t-il derrière un mur abandonné ? Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il pouvait bien y avoir derrière ce que l'on prend du soin à dissimuler ?



Combien de fantasmes, d'histoires rocambolesques ne nous sommes-nous pas déjà construits, échafaudé sur rien de tangible, juste une impression qu'on nous cachait quelque chose.



Balzac titille cette fibre en nous grâce à cette nouvelle, une très belle nouvelle ayant à nouveau pour narrateur le médecin Horace Bianchon, tout comme la non moins réussie Messe de l'Athée que je recommande bien volontiers aux lycéens.



Notre Honoré national nous emmène cette fois dans le Vendômois, où Bianchon s'est pris d'une passion pour un lieu insolite : La Grande Bretèche. Il s'agit d'un magnifique domaine en bordure du Loir, parc à la française et manoir de caractère, le tout complètement laissé à l'abandon depuis au bas mot une dizaine d'années. le médecin y goûte quelques temps le bonheur d'un lieu de recueillement propice à la création poétique.



Jusqu'au jour où un vieux notaire de sinistre physionomie, maître Regnault, vient lui signifier qu'il n'est pas permis à qui que ce soit de pénétrer sur ce domaine et ce, par volonté testamentaire. Quel mystère baigne cette incompréhensible décision d'un mourant ?



C'est ce que vous découvrirez en même temps que Bianchon qui, émoustillé par le piment de l'intrigue décide d'en connaître le fin mot, quitte à tirer les vers du nez de Madame Lepas, l'aubergiste ou à faire les yeux doux à Rosalie, l'ancienne femme de chambre du domaine.



Par ce bref récit, Honoré de Balzac nous livre une fois encore toute l'étendue de son talent de conteur ; si doué à susciter les merveilleux parfums de l'évocation et si prompt à faire palpiter les ressorts du suspense.



Basculons ensuite sur un tout autre type de nouvelle avec UN ÉPISODE SOUS LA TERREUR. Ici, Honoré de Balzac nous offre une nouvelle assez particulière, sans le caustique habituel ni le luxe de description. Ici, tout est épuré et, une fois n'est pas coutume, il fait l'éloge de ses personnages.



Un mystérieux homme (je cache volontairement son identité afin de ne pas ruiner l'effet recherché par l'auteur) vient réclamer une messe clandestine à un abbé, terré dans une mansarde miteuse aidé de deux soeurs dévotes. (Vous avez compris que la Terreur est bien entendu cette période de la Révolution française durant laquelle les têtes volaient un peu plus que de coutume sous le grand couperet de la guillotine, surtout si l'on était, de près ou de loin, ami du clergé ou de la noblesse.)



Le plus étonnant est que l'étranger en question vient, très solennellement, demander une messe pour... le feu roi Louis XVI ! Balzac sait y être poignant et célébrer le dénuement et la dévotion. Bref, un beau petit bijou de nouvelle, mais de ceci comme de la précédente, ce sera à vous de vous en faire une meilleure idée par vous-même car ceci n'est que mon avis, un tout petit avis sous la terreur d'une erreur, autant dire, pas grand-chose.
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Les animaux de la guerre
fnitter02 février 2016
Les animaux de la guerre de Frederik Pohl
  • Livres 1.00/5
Une œuvre mineure, très mineure écrite en 1957.



La guerre froide entre les Caodaïs et les nations unies perdure et a déjà fait plusieurs centaines de milliers de morts. Le lieutenant Miller est affecté au projet MAKO qui a pour objectif la communication avec les animaux pour les utiliser à des fins guerrières. Dans la foulée, il va falloir infiltrer le QG des Codaïs pour trouver leur arme secrète qui fait des ravages : le Glotch.



Que dire... Pohl a écrit quelques bons bouquins : Planète à Gogo, la grande porte et quelques moins bons : celui-là notamment. Une production alimentaire ? Il avait besoin de sous le monsieur ?

L'utilisation d'animaux pour la guerre n'est pas neuve, même s'il aborde la possibilité pour un phoque de porter une mine sous un navire ennemi. On notera que le projet d'utilisation des mammifères marins dans la marine américaine date des années 60 (et l'utilisation à des fins d'attaque a toujours été démentie et semble effectivement assez peu fiable). On préférera largement Marée Stellaire de D. Brin pour les dauphins intelligents.

Le développement du projet frise le ridicule et la brièveté du livre n'aide pas à la crédibilité.

L'incursion en territoire ennemi nous y plonge cette fois et le dénouement nous met le pied sur la tête pour être sûr qu'on va s'y noyer dans le ridicule.

Personnages inconsistants, tentatives d'humour pathétiques, les sujets auraient pu être intéressants mais tellement survolés que leur traitement en devient navrant.

La seule chose à sauver : remplacer la religion caodaïs (qui existe (fondée en 1925 au Vietnam)) par l'islamisme façon Daesh et on aurait peut être fait un bouquin prémonitoire.



Cela faisait un moment que je n'avais pas mis une seule étoile à un livre. En cela je remercie feu M. Pohl pour ces 500 grammes de boue littéraire. Intéressant uniquement pour participer au challenge petits plaisirs (moins de 250 pages).
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Petites pièces d'amour, haïkus tendres et érotiques
Endymion_03 février 2016
Petites pièces d'amour, haïkus tendres et érotiques de Habashli Kunzei
  • Livres 4.00/5
Une caresse de mots, des phrases ondulantes susurrées entre deux étreintes, la poésie se fait instantanée, infusion de sens, d'émotions. Elle s'immisce dans l'intimité, dans la tête, dans le corps, invitant sournoisement à une double jouissance. Habashli Kunzeï retrace les émois, les interrogations, les premiers désirs. Ces bourgeons d'amour, d'ardeur qui fleurissent dans la tête, dans la chair.

Nos regards

Façonnent un baiser

Dans le bruit frais du vent

Mais très vite le désir devient ardent, les photos se font plus précises, les êtres s'unissent, s'abandonnent aux flots de tendresse, aux appels incessants de cambrures lascives. Les nuits se font sauvages, cavalcades incessantes. Les corps s'assoupissent à l'ombre des jardins de délice, moments propices aux rêveries, aux souvenirs.

Je rêvasse

Le plaisir de nos jeux

Parfume le soir

Les réveils succèdent aux nuits enchanteresses où tout est permis. Le temps passe révélateur des imperfections, de la fugacité, gommant les désirs, les fièvres amoureuses. La phrase devient abrupte, les mots flasques, en quête de renouveau, de nouveaux fantasmes.

Il est moins intéressant

Une fois apprivoisé

Ce sexe clandestin

La vie, l'amour se décline dans cette poésie de Habashli Kunzeï, des vers venus rompre soudainement le silence tels un baiser volé, un regard impromptu, une frôlement coquin sur une fesse rebondie. Des mots concupiscents, enveloppants, comme une deuxième peau d'où émanerait des odeurs de stupre et de fièvre. Des syllabes qui se rejoignent, s'accrochent et s'entrechoquent dans un corps-à-corps nourri de tendresses et d'envies. Petites pièces d'amour, haïkus tendres et érotiques se veut le reflet d'une société, d'un cheminement amoureux où le corps serait passion, désir, envie, temps qui passe. Des haïkus légers comme une jupe qui se soulève au vent malicieux, frais comme la caresse d'un regard sur un torse libéré, une poésie chorale ou homme et femme se répondent, se fondent pour ne faire qu'un, le temps d'une nuit, le temps d'une vie.

Dites-moi

Combien de nuits

Encore à vivre ?



Un genre de lecture que je ne côtoie pas habituellement, la poésie n'étant pas mon domaine de prédilection non plus, j'ai apprécié ces petits haïkus, merci à Babelio et à l'opération Masse Critique ainsi qu'aux éditions Envolume pour leur lettre bien sympathique.



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D'autres vies que la mienne
andman27 janvier 2016
D'autres vies que la mienne de Emmanuel Carrère
  • Livres 5.00/5
Notre dernière heure nous est cachée ; ainsi en est-il de notre finitude livrée aux caprices du destin !

Qu'elle soit brutale ou non, la perte d'un être cher réveille tant de sentiments contradictoires qu'il n'est jamais facile d'extérioriser son chagrin, de commencer la période de deuil. Le témoignage d'un écrivain est à cet égard infiniment précieux, surtout lorsque la réalité dépasse la fiction.



Alors qu'ils se trouvent en vacances au Sri Lanka le le 24 décembre 2004, Emmanuel Carrère, sa compagne Hélène et les enfants échappent de peu au plus grand tsunami de l'histoire. Ils reviennent à Paris profondément affectés par le décès de la petite fille d'amis rencontrés là-bas.

Hélène apprend quelques semaines plus tard qu'une de ses soeurs, Juliette, est atteinte d'un cancer du sein. Les métastases trouvées au niveau des poumons laissent craindre le pire...

La quasi-simultanéité de ces deux événements est le point de départ “D'autres vies que la mienne”, un livre-témoignage d'Emmanuel Carrère particulièrement poignant sur la précarité de la vie et sur la dignité humaine.



Les principaux protagonistes de ce drame familial sont extraordinaires de naturel et de générosité. Même au plus fort de la désespérance, l'amour de ses proches illumine la toute fin de vie de Juliette.

Son mari Patrice ainsi que son ami et collègue de travail Étienne se sont confiés longuement et sans tabou à l'écrivain. A travers le parcours de vie de chacun d'eux, le lecteur découvre peu à peu la personnalité attachante de Juliette : la joie de vivre qu'elle communique au quotidien à son époux et leurs trois petites filles mais aussi l'aura qu'elle dégage au tribunal à son poste de juge d'instance responsable des dossiers de surendettement.



L'auteur s'est bien gardé de tout pathos et pourtant, sans tarder, l'émotion brouille la vue. Mais si les larmes coulent d'elles-mêmes c'est avant tout parce que la brève existence de Juliette est un formidable témoignage de vie réussie.





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La Maison Nucingen
Nastasia-B01 février 2016
La Maison Nucingen de Honoré de Balzac
  • Livres 4.00/5
La Maison Nucingen est un court roman où Honoré de Balzac invite son lecteur à être une oreille indiscrète, qui écoute aux portes des confidences de quatre larrons — journalistes ou apparentés journalistes — bien connus de la comédie humaine : Bixiou, Blondet, Couture et Finot.



Lesquels amis commentent la réussite financière aussi subite qu'étonnante d'Eugène de Rastignac (héros du père Goriot) sous l'impulsion du Baron de Nucingen. Balzac y dresse un bref portrait du financier en général, dont Nucingen est selon lui l'archétype.



Ce faisant, l'auteur décrit aussi la mécanique d'auto dévaluation ou réévaluation de ses propres valeurs. le tout visant à faire exploser ou imploser temporairement la masse d'un portefeuille d'actions en vue soit de sa cession au-dessus de sa valeur réelle ou réciproquement de son rachat bien en-dessous.



Évidemment, beaucoup sont les dupes de ces transactions, et d'autant plus que l'on est un proche de Nucingen, que l'auteur compare à un loup-cervier. Si Nucingen est effectivement l'artisan de la fortune de Rastignac, il ne lui procure pas cet avantage par sympathie ou amitié, mais juste parce qu'il a besoin d'un porte-parole crédible pour ébruiter des " fuites " volontaires, le tout, bien sûr, dans le dessein d'affoler les places financières à son profit.



Cette mécanique boursière, évoquée un peu rapidement, presque en dilettante, est reprise, complétée et développée dans l'excellent roman de Zola, L'Argent. On peut en effet reprocher à Balzac, une fois n'est pas coutume, le côté succinct de la façon dont il traite un sujet aussi vaste, et aussi important de sa comédie humaine, car, peu ou prou, l'argent est cause de tous les maux de son œuvre, ou du moins d'un très grand nombre.



Il demeure un bon petit roman, plaisant, vite lu, mais pas à la hauteur de ses meilleures productions. Tout ceci, bien sûr, est sujet à fluctuations sur les marchés de la critique car ce n'est que mon avis, qui, à tout moment peut se dévaluer et ne plus valoir grand-chose.
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L'agent indien
Endymion_29 janvier 2016
L'agent indien de Dan O'Brien
  • Livres 4.00/5
1877, les exploits de Sitting Bull et De Crazy Horse tonnent encore dans les lointaines Black Hills, Custer, l'intransigeant sanguinaire est désormais entré dans la légende. Les oglalas retrouvent leurs dissensions, certains fuient dans l'ombre d'un lustre erratique incarné par le rebelle Sitting Bull, d'autres, à l'instar de Red Cloud, oscillent entre marche vers l'avant dans le sillage des vainqueurs et traditions ancestrales.

A Washington, les gouvernements se succèdent mais la question des « natifs »reste en suspens, que faire de ces êtres dont les terres intéressent fortement les pionniers, comment gérer ces réserves. Dans l'ombre des boudoirs un jeune médecin ambitieux joue son avenir. Valentine McGillycuddy en est persuadé, son heure de gloire passera par Pine Ridge, mémoire des derniers oglalas, quelques 40 000 âmes entre culture et désespoir, entre misère et renaissance. Mais avant de devenir réserve, les terres de Pine Ridge saignèrent longuement.



Dan O'Brien retranscrit dans L'agent indien, la lutte de deux hommes, deux idéaux, deux visions du futur indien. « Des gens comme les autres. Des Indiens, bien sûr, mais simplement des hommes. Ni des diables, ni des anges. » L'un incarne une nation brisée dont il demeure le chef de guerre incontesté et règne sur un peuple en dérive ; l'autre est jeune, ambitieux et représente un pays en devenir. A l'aube de l'année 1879, le gouvernement américain va placer l'héritage et la culture sioux dans la destinée du docteur Valentine McGillycuddy, ami de Crazy Horse et du général Crook. En rebaptisant l'Agence Red Cloud en Pine Ridge, il espère couper l'élan et l'autorité de Red Cloud. Sans prendre parti, O'Brien nous livre les manigances politiques et culturelles des deux adversaires, en mêlant faits réels et personnages fictifs. Une immersion dans les coulisses de la politique indienne qui se terminera un soir de décembre 1890 dans un terrible massacre.
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Romancero Gitan (Bilingue)
Nastasia-B27 janvier 2016
Romancero Gitan (Bilingue) de Federico Garcia Lorca
  • Livres 2.00/5
Romancero Gitan, c'est un regroupement de 18 poèmes. Ceux-ci sont beaucoup plus longs et ont une forme rimée et cadencée beaucoup plus classique que ceux auxquels le poète nous a parfois habitués. C'est bien moins expérimental quant à la forme.



Quant au fond, par contre, aïe, aïe, aïe, on est exactement dans le même registre qu'avec les Poèmes du Cante Jondo et c'est insupportable, très pénible à lire en ce qui me concerne. Heureusement que cette édition propose les poèmes en version originale, mais quand même…



Selon moi, il n'est pas question de lyrisme : Federico Garcia Lorca nous jette en pleine face l'âpre vie des gens, la noirceur crépusculaire, une célébration triste de l'Andalousie, de ses meurtres incessants et sans nombre. À longueur de poèmes, il n'est question que d'assassinats, que de coups de couteau, que de massacres ou de viols, que de sang, que de règlements de comptes, que de gens bafoués, que de morts injustes et inutiles. C'est déprimant au possible et ça s'accorde si mal avec ma conception de la poésie et du lyrisme !



Désolée, Señor Gacía Lorca, mais je n'ai pas du tout envie de lire des trucs comme ça, ni cette Andalousie-là. Cette poésie ne me fait pas du tout, mais alors pas du tout rêver ; elle ne m'enchante pas ; elle me dégoute et me désespère. Ce n'est jamais la fine dorure que j'attends, la belle broderie de mots, l'invitation à la rêverie, à l'enivrement et à l'extase qu'elle est censée être.



Les coquelicots qui fleurissent sur les chemises blanches, ça va cinq minutes, mais à longueur de poèmes, ça finit par faire beaucoup de boudin et la charcuterie, c'est pas trop mon truc !... Bref, ce Romancero Gitan n'est pas du tout pour moi mais souvenez-vous que ce que j'exprime ici n'est que mon avis, un tout petit gitan d'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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L'homme montagne
Endymion_27 janvier 2016
L'homme montagne de Séverine Gauthier
  • Livres 5.00/5
Souvenez-vous, laissez-vous submerger par les parfums d'antan, les fragrances estivales où l'avenir s'ouvrait à vous, une ombre vous accompagnait blottie dans vos pas hésitants. Un appui silencieux qui vous éclairait sur les mystères de la nature, les trésors insoupçonnés. Puis l'ombre se fit filament, quand votre démarche devint plus sûre. Hélas, la vie offre parfois des moments difficiles, des instants où les mots semblent impuissants pour expliquer. Faire face à une absence, la disparition d'une complicité, d'une protection qu'on croyait éternelle. Que dire à un enfant qui voit son grand-père refuser ces moments intimes. On a tous connu ces heures sombres, ces souvenirs qui perdurent dans nos têtes. Ces silhouettes qui s'estompent sous un halo d'émotions, ces vieillards qui s'ébranlent devant nous, ces êtres jadis si puissants devenus brindille emportée par un vent froid. Reste les flots, les réminiscences de notre jeunesse, les regrets des si j'avais su... L'Homme montagne nous confronte à ces souvenirs. Un petit-fils cherche à comprendre pourquoi son ami, son copain, son papy ne peut plus se lever et l'emmener dans son dernier voyage. Pourquoi il ne peut plus se soulever, lui qui porte sur son dos les plus grandes montagnes? Ces pourquoi qui n'ont jamais de réponses convaincantes, ces pourquoi qui soulèvent d'autres questions, des vagues d'incertitudes et de peurs. Pour ne pas se laisser envahir par ces questions, il décide d'aller quérir le vent capable de soulever les montagnes.



Un album tendre et émouvant qui saura faire chavirer les coeurs des parents que nous sommes devenus, qui réveillera ces voyages qui ont jalonné notre vie pour chercher les réponses. Séverine Gauthier et Amélie Fléchais nous replonge dans notre enfance en offrant une quête onirique sur le deuil, l'amitié. Des dessins, des personnages qui font mouche, ouvrant la boîte à souvenirs, celle de l'émotion et des valeurs de l'existence.
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Les Brumes du passé
andman31 janvier 2016
Les Brumes du passé de Leonardo Padura
  • Livres 5.00/5
Ma rencontre l'autre jour avec “L'homme qui aimait les chiens” a laissé des traces, des traces indélébiles. 2016 serait-elle l'année Leonardo Padura ?

Avec son humour pince-sans-rire, ses longues phrases si bien construites que l'on se surprend de temps à autre à les lire à haute voix, son regard sans concession sur le monde qui l'entoure, l'auteur cubain méritait bien dans la foulée une deuxième approche.



La vie à Cuba n'est pas une sinécure. Depuis le début des années 90 la crise économique a pris des proportions jusque là jamais atteintes. Parmi les trafics en tout genre, souvent liés au tourisme, celui des livres rares et précieux s'est développé ces dernières années. Le pays regorge de trésors bibliographiques disséminés chez des particuliers autrefois fortunés. Mais lorsque qu'une faim “à manger des cailloux” vous tiraille, la beauté d'un livre ancien perd forcément un peu de son éclat...



Mario Conde a passé dix ans dans la police avant de démissionner. Depuis trois ans il traficote avec un copain, achète pour les revendre ces oeuvres littéraires pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars à l'étranger .

Un jour alors qu'il feuillette un des milliers de livres appartenant à une famille aux abois, un article glissé entre deux pages et se rapportant à une chanteuse de boléros disparue mystérieusement cinquante ans plus tôt réveille ses instincts d'ancien policier mais aussi de cinquantenaire jamais indifférent aux attraits féminins.



Comment en l'occurrence résister au charme fou de cette Violeta del Río, à ce corps de rêve glissé dans un fourreau de lamé, à cette voix épaisse, chaude, obstinée, avec cet accent de dédain de femme fatale qui vous parle à l'oreille plus qu'elle ne chante !



“Tu te souviendras de moi

Où que tu écoutes ma chanson,

Car enfin je fus celle

Qui t'enseigna tout… tout…

Ce que tu sais de l'amour…”



Le roman ‘'Les brumes du passé” est tout à la fois policier, historique et sociologique. Il vous fera passer alternativement de l'ambiance insouciante des cabarets des années cinquante aux bas-fonds havanais d'aujourd'hui.

L'intrigue sort des sentiers battus, la sensualité de Violeta est évidemment inoubliable et Mario Conde et ses acolytes sont de joyeux drilles toujours d'humeur égale malgré la pénurie ambiante.



Un boléro cubain en fond sonore, un verre de rhum et un havane à portée de la main pour se laisser bercer de façon optimale dans “Les brumes du passé”...







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Un bel morir
Endymion_30 janvier 2016
Un bel morir de Alvaro Mutis
  • Livres 4.00/5
Usé par le bouillonnement incessant de son existence aventureuse, Maqroll sent le flot indolent de la lassitude s'échouer dans son âme. Le Gabier jette l'ancre de sa vie dans la petite ville de La Plata aux pieds de l'immense cordillère. Frêle esquif abrasé, il écoule le temps et coule sous des vagues de brandy. Naufragé d'un passé révolu, il cherche désormais exploits et refuge dans l'hagiographie de François d'Assise plus que dans l'action. Cantonné dans sa chambre de bambou, prison nocturne au-dessus du fleuve indompté, il relate ses souvenirs entre deux lectures à sa propriétaire aveugle. Contemplatif, le vagabond des mers sombre dans les eaux troubles de la mélancolie. "C'est de continuer à vivre qui me coûte, pas de mourir". Au rythme des escales à la taverne et des chavirages dans le port de l'ondulante Amparo Maria, il tente de rendre "plus supportable les accès de lassitude qui, pour une bonne part, le saisissaient à la constatation du passage des ans sur ses os fatigués de nomade insoumis. Ces crises le portaient inévitablement à imaginer de plus en plus concrètement ce que pourraient être ses derniers jours et à liquider de façon de plus en plus radicale, les rares et maigres raisons qui le raccrochaient encore à la vie". C'est dans cette torpeur lénifiante que surgit le mafflu Van Braden. Ce dernier lui propose d'amener jusqu'au mont Tambo une cargaison pour la voie ferrée. Une mission aux relents d'entourloupe et de contrebande, à la rémunération douteuse, mais poussé par une marée destructrice invisible Maqroll accepte.





La plume de Mutis nous embarque une nouvelle fois dans les pas du Gabier. Un Maqroll désenchanté, terrassé par les parfums et les souvenirs des disparus, hanté par les étreintes d'Ilona ou de Flor Estévez. Un bel morir se veut la complainte du temps qui passe, de la jeunesse perdue que les beautés de la belle Maria ne parviennent pas à effacer totalement. Un chant du cygne qui résonne comme le fleuve couleur tabac. Un refrain amer sur la contingence, sur la précarité de la condition humaine. « Un bel morir tutta una vita onora », disait Pétrarque que dire de cet inéluctable destinée que l'on sent poindre à la découverte de ce roman, et c'est avec un profond regret que l'on abandonne Maqroll.

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Blonde
Gwen2127 janvier 2016
Blonde de Joyce Carol Oates ()
  • Livres 5.00/5
Quel fascinant roman !

Hypnotique et magnétique comme l'était celle dont il relate la possible histoire, l'actrice américaine Marilyn Monroe (1926 - 1962). Quelle autre figure pop nous incite davantage à juger sur les apparences ? Et pourtant, paradoxalement, c'est sans doute cette femme, entre toutes, qu'on devrait se garder de juger sur les apparences. C'est ce que propose l'auteur avec "Blonde".



MARILYN ! MARILYN ! MARILYN !



Pur produit manufacturé par Hollywood, univers vicié et vicieux, dont l'éphémère et fulgurant âge d'or a été rapidement suivi d'une décadence crasse et corrompue où sexe, drogues, alcool, pornographie et magouilles règnent en maîtres, masqués aux yeux du public par des myriades d'étoiles et de paillettes. Réalité.



Poupée crémeuse, femme objet, blonde idiote, icône pop, égérie en caoutchouc, sex-symbol, actrice médiocre. Cheveux platine phosphorescents, lèvres sanglantes pulpeuses, grain de beauté aguicheur, seins mammouthesques, hanches et cul de rêve. Fiction.



"Ce que le Studio demandait très raisonnablement […], c'était un retour à des comédies sexy assurées du succès comme "Certains l'aiment chaud" et "Sept ans de réflexion", car pourquoi diable les Américains devraient-ils se séparer de dollars durement gagnés pour voir des films sinistres qui les dépriment ? Des films qui ressemblent à leurs propres vies foireuses ? Quelques gros rires gras n'ont jamais fait de mal à personne, hein ? Quelques scènes affriolantes ? Hein ? Une superbe blonde, des scènes où ses vêtements tombent, des courants d'air qui soulèvent sa jupe jusqu'en haut des cuisses".



Orpheline de père, fille d'une mère schizophrène internée, fillette apeurée ballottée de l'orphelinat en familles d'accueil, enfant discrète et incomprise, femme soumise, âme révoltée, en perpétuelle quête d'identité, elle qui en possédera plusieurs : Norma Jeane l'amie, Marilyn l'ennemie.



Illusoire exemple de cette ascension sociale "made in USA", du mythique "rêve américain" soigneusement entretenu pour leurrer des générations de moutons, la Carotte d'Or du "peuple de la liberté", le même qui ne craint pas d'emprisonner la femme-orpheline glamour dans des robes camisoles cousues sur elle l'empêchant de s'asseoir ou de respirer.



La femme-orpheline, abusée et exploitée, seule, s'élèvera bien à la "force du poignet", comme le lui promettait son tendre Oncle Sam, mais pas de la manière qu'on imagine. "Se coucher pour arriver", seule voie possible sous le vernis du puritanisme hypocrite. Starlette-marionnette violemment soumise aux appétits voraces des hommes-bites qui contrôlent le monde dans lequel elle a eu le hasard de naître. "Tu as eu le rôle en tournant les talons, mon chou".



La femme-orpheline aussi fragile qu'un colibri "plongeant son long bec aiguille dans les jasmins trompettes pour en sucer le suc... […] Ils doivent manger tout le temps ou s'épuiser et mourir... des ailes minuscules qui battent si vite qu'on ne les voit pas... un bruissement, une tache floue... et leur coeur qui bat si vite..." ; toute une vie en quête d'amour, de liens, de reconnaissance et de talent.



La femme-orpheline, assidue lectrice de Darwin, Tchekhov, Schopenhauer et Pascal. La blonde qui rêvait d'être une actrice.



1 110 pages pour témoigner de 30 ans d'une (sur)vie tout en grands écarts. Misères et splendeurs de l'actrice-courtisane, parcours de l'orphelinat à la couche présidentielle, passage de l'innocence à la violence, de l'obscurité aux lumières artificielles des flash aveuglants.



Joyce Carol Oates décline ici le genre de la biographie. "Blonde" n'est pas une biographie romancée, "Blonde" est une biographie fictive, nuance. Ce n'est pas l'historien ou le biographe qui est aux commandes mais bien l'écrivain, et quel écrivain ! Qui annonce franchement la couleur en préambule : "Ceci est un roman". Contrairement à un biographe, l'écrivain va au-delà des faits et ne s'éloigne jamais du narratif. Ses mains libres lui donnent des ailes, elle s'autorise à pénétrer les sentiments supposés de son personnage et offre ainsi au lecteur une connaissance de Norma Jeane Baker moins superficielle que si elle s'était attachée aux seuls faits, vite lus, vite oubliés. Avec "Blonde", le lecteur accède à une compréhension intime et ressent avec intensité et sincérité les craintes, les espoirs, les désespoirs, le besoin d'amour et de reconnaissance, la déraisonnable utopie de Norma Jeane.



Mais c'est bien l'essence même du mythe d'être sujet aux interprétations. Ainsi naissent les légendes. Invérifiables, mystérieuses et puissantes. Immortelles.



Depuis l'enfance j'ai toujours été instinctivement fascinée par Marilyn, sans vraiment savoir pourquoi, n'ayant même pas vu ses films. Désormais, grâce à Joyce Carol Oates qui m'a suggéré sa part d'humanité, je comprends... et compte bien voir ses films.



Enfin, 1 110 pages et pas une minute d'ennui, c'est ce que personnellement j'appelle une réussite.





Challenge PAVES 2016

Challenge ABC 2015 - 2016

Challenge Multi-Défis 2016
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Marseille Noir
Endymion_01 février 2016
Marseille Noir de Cédric Fabre
  • Livres 3.00/5
Marseille l'indolente, la rebelle, semble s'endormir attablée à la terrasse d'un café, s'enliser dans d'infinis palabres, d'incoercibles logorrhées. Mais sous de faux airs débonnaires, la cité millénaire, terre de contrastes, de fantasmes et de légendes, entretient son image. Enchâssée entre azur et montagne, terre d'accueil et d'écueil, la cité phocéenne conjugue son présent aux sons des règlements de compte et de l'O.M. Mais pour ne plus être endiguée dans l'affairisme, Marseille joue de ses cultures, de ses identités plurielles pour s'ouvrir, s'offrir aux autres. Marseille noir nous imbibe de ces quartiers aux noms enchanteurs que sont la Joliette, l'Estaque, la Belle de Mai. Des lieux qui sont les véritables héros de ces histoires, parfois entrecoupées par la folie stridente du Mistral qui pousse les êtres aux dessins les plus vils, «Il me dévisage à nouveau de son regard noir d'aigle sicilien, un regard qui venait de loin, qui portait en lui des dizaines de siècles de bergers, de marins, de paysans secs, bruns et austères pour qui l'honneur était le ciment de la vie, et dont les vengeances et les malédictions ne s'interrompaient jamais, couraient d'une génération à l'autre, jusqu'à ce que la dette dont personne ne se souvenait plus vraiment soit enfin réglée, la plupart du temps dans le sang et les larmes »  . Des paysages croulant sous le poids d'immondices, de petits caïds dealers ou de nostalgie. Marseille noir nous invite au voyage, mais ici, les bagages ne recèlent pas toujours des souvenirs de vacances et les trajets en bus finissent en cagade. Car Marseille ne fait jamais rien comme les autres, ici on ne peut boquer devant les bombasses aux pilotis, et le cagnard vous fait des misères.



Quatorze nouvelles, quatorze facettes de la capitale culturelle 2013 qui finissent comme souvent sur la cannebière comme un air de révolte, une grosse bronca sous l’œil de deux légendes marseillaises, parce qu'ici peut être plus qu'ailleurs les mythes ont la vie dure et les rues résonnent encore du bruit des gangs. « Au-dedans, rien n’a changé ou presque. Le petit peuple d’Endoume en tout cas est toujours le même. Ce que l’on appelait « le milieu » en revanche n’existe quasiment plus : la moderne et cynique société libérale en a eu raison – et à cet égard, oui, de mon point de vue, « c’était mieux avant ». Aujourd’hui, il n’y a plus que des caïds de plus en plus sauvages disséminés un peu partout en ville et en banlieue. Mais au bout du compte cela n’a peut-être pas changé grand-chose. Les règles et les méthodes sont juste plus violentes et plus arbitraires, voilà tout ».
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