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Critiques les plus appréciées

    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, hier


    Le Pélican de August Strindberg

    Brrrr !… Voici une pièce glaçante ; une pièce venue du froid et pas seulement parce que son auteur est suédois. Non, une pièce glaçante car elle est crépusculaire, sans espoir, sans issue sauf l'issue fatale.

    Il s'agit d'une courte pièce en trois actes, dite pièce de chambre, c'est-à-dire un drame dépouillé de toutes sortes de scènes digestives entre les moments forts. Ici, il n'y a qu'un moment et c'est précisément celui qui aurait été le point d'orgue, l'apogée d'une pièce de forme plus classique. Une sorte de nouvelle théâtrale si vous me permettez cette approximation.

    Il y a donc peu de personnages en général et peu de personnages secondaires en particulier. On est tout de suite introduit dans la situation paroxysmique. Mais avant d'entrer un peu plus dans le détail du synopsis, peut-être n'est-il pas inutile de nous arrêter quelques instants sur cet étrange titre.

    Bien évidemment, il n'est jamais question d'oiseau marin dans cette pièce un peu comme dans La Mouette de Tchékhov. C'est donc un titre symbolique mais je vous avoue que, forte de mon incroyance et de mon ignorance en matière religieuse, j'ai cherché longtemps quel pouvait bien être le symbole en question. Alors que toute bonne chrétienne un peu au fait des iconographies sacrées aurait de suite perçu la métaphore.

    La réponse se trouve pour partie dans la biologie et pour partie dans les interprétations humaines et le credo chrétien. Le pélican, en tant qu'oiseau marin, n'a rien d'extraordinaire dans sa façon d'élever ses petits. Il fait un nid, pond quelques œufs dont il sort deux ou trois oisillons odieux avec des têtes nues de dinosaures embryonnaires qui peu à peu se déguisent en oiseaux de mer. Pour assurer la croissance de ces jolies petites bêtes, les parents se succèdent au nid avec un jabot plein de bouts de poissons sanguinolents plus ou moins fraîchement pêchés et à divers stades de leur digestion. Les petits oviraptors fourragent alors généreusement dans les entrailles de leurs parents pour en extraire des victuailles qui pourraient, avec un regard mal affûté, faire penser à quelque organe vital du parent en question.

    De là à imaginer que le pélican va jusqu'à se sacrifier pour sa progéniture en leur donnant à manger son propre cœur, il n'y a qu'un pas pour le mauvais observateur de la nature, (dont les théologiens et iconographes chrétiens font partie puisqu'en plus d'une très mauvaise observation biologique, ils représentent sur leurs églises des pélicans avec des têtes d'aigles, preuve d'une mauvaise observation artistique) désireux de trouver à tout prix dans la faune des manifestations du sacrifice du Christ. (Je signale au passage que pour cette même raison, le pélican a été choisi pour les représentations héraldiques dans le sud-est de l'Europe, et, ce faisant, par Hergé comme symbole de la Syldavie.)

    Ceci dit — pardonnez-moi cette longue digression —, voici donc au moins l'un des thèmes de la pièce qui nous serait ainsi révélé : le sacrifice pour les enfants. Mais de suite, une nouvelle ambiguïté se fait jour : qui est le Pélican ? le père ou la mère ? S'il s'agit de la mère, comme il est probable puisque c'est le personnage principal, s'agit-il d'une franche ironie, d'un sarcasme de l'auteur ou d'une envie de ce dernier de mettre le doigt sur la notion de " perception de sacrifice " et la distance qui peut la séparer du sacrifice véritable ?

    Car, bien qu'elle s'imagine (peut-être sincèrement ?) avoir admirablement rempli sa mission conjugale et maternelle tout au long de sa vie, la mère dont il est question ici ressemble à tout sauf à quelqu'un qui se sacrifie pour les autres, et tout particulièrement à l'endroit de ses enfants. Elle apparaît aussi aimante qu'une clef à molette et les a laissés jeûner dans le froid la majeure partie de leur existence.

    Toutefois, se rend-elle seulement compte de la vie qu'elle leur a offert ? Le père, quant à lui, vient de mourir et l'on saute déjà sur le couvercle du cercueil pour connaître la part d'héritage qui échoit à chacun.

    Le fils et la fille sont faméliques bien que cette dernière vienne de célébrer son mariage avec un drôle d'individu qui semble nourrir d'étranges relations d'intimité avec la mère…

    Je ne vous en dit pas davantage mais sachez seulement qu'il se dégage une glauquissime impression de cette pièce ou Strindberg veut nous dire que nous nous berçons d'illusions et que nous nous cachons derrière les paravents factices des apparences. Et quand on se décide à lever ces voiles et ces caches, on ne doit s'attendre à découvrir que le visage hideux de la mort…

    Encore un dernier mot, peut-être, car j'ai jusqu'à présent gardé le silence sur un trait pourtant saillant de la pièce et de son auteur, à savoir que le texte est constellé, qu'il suinte et qu'il transpire par tous les pores une franche misogynie. On peut également affirmer qu'il exsude une vison absolument calamiteuse et désolante de la maternité, présentée comme un insupportable fardeau pour la mère et carrément pire que l'enfer pour les rejetons…

    Joli programme, n'est-ce pas ? Mais ce n'est bien sûr qu'un avis à plumes blanches muni d'un grand bec au-dessous duquel une longue poche disgracieuse, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 31/07/2015


    The Expanse, tome 1 : L'éveil du Léviathan de James S. A. Corey

    ça réveille.

    Premier tome d'une longue série à venir (deux traduits pour l'instant avec la guerre de Caliban) qui obtient un vif succès outre atlantique.

    L'humanité a essaimé dans le système solaire. Mars est colonisée ainsi que de nombreux astéroïdes de la ceinture (de Kuiper pour les intimes) et autres lunes des planètes géantes (mais elles n’interviennent que très peu dans le récit).
    Miller, vieux flic ceinturien sur le retour se voit confier une mission : Retrouver une petite fille de riche qui s'amuse à jouer les rebelles pour l'APE (Alliance des Planètes Extérieures).
    Holden, Capitaine (en second au début) bourlingueur dans le système solaire se voit entraîné bien malgré lui dans une mission de sauvetage qui se transforme rapidement en un complot interplanétaire avec risques de guerre à la clé sur fond de risque bactériologique, viral ou invasion extraterrestre, on ne sait pas, on ne sait plus.
    Leurs destins sont évidemment amenés à se croiser (à mi roman à peu près).

    Avant toute chose, on lit çà et là, Games Of Throne de l'espace. STOP. Je ne sais pas qui a trouvé cette analogie, mais je la trouve, absolument, mais absolument pas justifiée. Un background légèrement différent, vous en conviendrez. Une histoire sans aucun rapport. Beaucoup moins de personnages, un style d'écriture totalement différent. Une dimension politique beaucoup moins présente. Un rythme beaucoup plus rapide, une lecture plus accessible, plus divertissante. Bref, rien à voir.

    Mon analogie à moi, c'est plutôt un mix entre la dernière série de Orson Scott Card (les guerres formiques) pour le background, la simplicité de l'écriture et le côté space op populaire (la hard science est très très light, même si on reste du coté réaliste du voyage spatial), rythmé et immersif et du Hamilton pour le côté thriller technologique noir (bon gris plutôt, il ne faut pas exagérer) sur fond sf du flic solitaire.

    Les deux personnages principaux sont un peu caricaturaux. Miller, bourru, sur le retour (mais il ne le savait pas) compétent et sa dernière mission pour le barouf d'honneur. Holden, capitaine un peu psychorigide, pétri de grands principes, droit dans ses bottes (mais qui couche avec son second, ah zut j'ai spoilé). Mais si ces personnages sont devenus des clichés, c'est parce que cela fonctionne. C'est efficace, enlevé et très distrayant.

    Au final, un pur space opéra de divertissement sans temps mort (sauf pour le tout début début).
    Et en plus, Syfy va en faire une série. Chouette non ?
    Quatre étoiles en vrai, mais j'en mets cinq pour tous les livres auxquels j'en ai mis quatre alors qu'ils n'en méritaient que trois...

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 03/08/2015


    Les Mille et Une Nuits (tome 1) : Dames insignes et Serviteurs galants de Anonyme

    Pouvait-il en être autrement ? Pouvais-je décemment passer à côté d'une occasion pareille sans la saisir ? Non ma bonne dame, certainement pas mon bon monsieur. Ma mille et unième critique ne pouvait convenir qu'à cette œuvre, particulière parmi toutes.

    Je tiens tout d'abord et avant tout, à saluer l'extraordinaire contribution du traducteur René R. Khawam pour le remarquable travail de recherche et d'intelligibilité qu'il donne à ce texte, le seul en français et l'un des tout premiers au monde à ne s'appuyer que sur les manuscrits originaux du moyen-âge (XIIè-XIIIè siècles) et non sur des versions plus récentes passablement remaniées et/ou édulcorées.

    Je l'avais déjà mentionné pour sa traduction de Sindbad Le Marin mais c'est encore plus marquant ici. Les notes en bas de page sont parfaites ; elles n'interviennent que quand nécessaire et apportent une information claire et pertinente (sur un personnage historique, sur un lieu ou sur une coutume). Sa présentation (soit en édition pocket, soit désormais chez Phébus) vaut elle aussi le détour, car, tout bien pesé, l'histoire de ce texte est presque aussi fantastique et alambiquée que les contes qui s'y trouvent.

    Je ne souhaite pas rentrer dans le détail ni paraphraser René Khawam qui le dit bien mieux que moi mais Les Mille Et Une Nuits ont été littéralement " inventées ", sorties de l'oubli, exhumée au tout début du XVIIIème après des siècles d'assoupissement, à la manière du génie de la lampe merveilleuse d'Aladin (qui, précision importante, ne fait pas partie des Mille Et Unes Nuits, car composé à une époque différente, mais y a été adjoint, tout comme Sindbad Le Marin ou Ali Baba Et Les Quarante Voleurs dans certaines éditions peu scrupuleuses, y compris cette toute première) par un remarquable orientaliste français du temps de Louis XIV, Antoine Galland.

    Je vous passe les vicissitudes mais sachez toutefois que le texte des manuscrits est parfois assez cru, notamment sur la question du sexe et que, préciosité du moment et des mécènes oblige, le texte fut largement édulcoré. (Je l'ai d'ailleurs constaté à mes dépens, voulant lire cette version des Mille Et Unes Nuits à ma fille de sept ans, j'ai vite fait machine arrière en abordant certaines scènes torrides et/ou violentes.)

    Ces versions " soft " ont eu pour effet de cantonner ce texte à l'univers enfantin, ce qui est selon moi un tort. René Khawam signale au surplus que " mille et un " en arabe signifie " beaucoup de " et que certaines éditions, désireuses de coller absolument au nombre probablement pour faciliter une lecture du soir vis-à-vis de la jeunesse se sont attachées à tronçonner ces contes et ces histoires emboitées pour tomber pile sur 1001 à la fin. Or, c'est une absurdité.

    L'ensemble des contes se présente sous forme de quinze sous-ensembles de taille très variable, totalement indépendants les uns des autres. Chacun de ces ensembles peut être perçu comme une poupée gigogne recelant en son une ou plusieurs histoire(s) emboitée(s).

    Ce tome 1 de l'édition de R. Khawam propose quatre de ces sous-ensembles : La Tisserande Des Nuits (en gros l'histoire de Shéhérazade, qui en fait devrait être nommée Chahrazade si l'on s'en tient à la dénomination originale), Le Marchand Et Le Djinn, Le Pêcheur Et Le Djinn et enfin, Le Portefaix Et Les Dames. Le sous-ensemble le plus copieux des quatre est le dernier, lequel donne principalement son titre à ce tome.

    Dois-je vraiment vous dire que cette œuvre est majeure et qu'elle a influencé à peu près tous les pans de l'art occidental moderne ? Je vais me limiter à trois exemples seulement, tous pris dans cet unique volume, pour vous montrer que je n'ai pas besoin de creuser très profondément pour vous en trouver.

    Tout d'abord, souvenez-vous de votre jeunesse ou de la jeunesse de vos enfants (en fonction des générations) avec le fameux film de Walt Disney : Merlin L'Enchanteur. Eh bien sachez que la scène probablement la plus intéressante et la plus excitante du film, celle de la bataille de magie entre Merlin et la sorcière Madame Mim provient de l'Histoire Du Deuxième Derviche Qalandar dans le sous-ensemble Le Portefaix Et Les Dames.

    Alors vous allez me dire que si l'œuvre n'a influencé que Walt Disney, cela ne va pas bien loin, certes, mais écoutez plutôt ; Le Nom De La Rose d'Umberto Eco, grande œuvre de littérature pour adulte s'il en est et admirable film de Jean-Jacques Annaud, et bien ce Nom De La Rose a pour nœud de l'intrigue, pour clef de l'énigme (je ne vous précise pas laquelle au cas où vous n'auriez ni vu le film ni lu le roman) l'Histoire Du Roi Des Grecs Et Du Médecin Doubane dans le troisième sous-ensemble, Le Pêcheur Et Le Djinn. Umberto Eco n'a fait que prélever textuellement cet épisode lui qui écrit si bien dans ce roman : « Les livres parlent aux livres. »

    Enfin, si vous êtes plus adepte de grande musique (qu'est-ce que ça veut dire grande musique ?), à tout le moins de musique classique, sachez encore que le poème symphonique de Rimsky-Korsakov intitulé Shéhérazade puise abondamment dans ce tome, bien évidemment le thème même de Shéhérazade (Chahrazade) mais aussi et surtout celui du Prince Kalender qui provient quant à lui de l'Histoire Du Troisième Derviche Qalandar dans le sous-ensemble Le Portefaix Et Les Dames. (Au passage notez la déformation de Kalender, qui devient ici un nom alors que la désignation de qalandar, adjectif associé au mot derviche donne normalement une précision sur le type de derviche ; ici, il s'agit de derviches qui se rasaient entièrement le visage, cheveux et barbes évidemment, mais aussi sourcils, ce qui les différenciait grandement de l'homme de la rue qui était forcément barbu.)

    Donc, vous l'aurez compris, une mine quasi inépuisable d'inspiration pour les auteurs modernes, tant le texte est foisonnant, tant il est féerique et tant il recourt au fantastique et au surnaturel. Il y est très souvent question d'amour, assez souvent question d'adultère. Il y est aussi beaucoup question de destin, notamment l'ascension ou la dégringolade sociale de roi à esclave ou inversement ou encore de l'état de richesse à celui de pauvreté ou inversement, comme c'est le cas aussi dans Sindbad Le Marin.

    J'en terminerai en spécifiant que dans ce tome, la femme occupe une place prépondérante et, bien qu'il y soit constamment question d'Allah et du Coran (orthographié Qoran), j'ai le sentiment que la vision de la femme est beaucoup plus libre, épanouie et importante socialement en ce XIIème-XIIIème siècle que ce que certains " traditionalistes " voudraient nous faire accroire de nos jours. Par exemple, Chahrazade est éminemment lettrée et cultivée et elle s'oppose à son père, qui est pourtant vizir et finit par obtenir gain de cause.

    Dans Le Portefaix Et Les Dames, les femmes peuvent avoir un commerce à elles et y prospérer sans qu'il y soit question d'homme et sans être sous l'autorité d'aucun d'eux, elles peuvent commander à des hommes ou faire venir des hommes inconnus chez elles sans être suspectées de mauvaise vie ni ennuyées d'aucune façon. Elles ont la possibilité, si elles le souhaitent, d'être lascives et aguichantes, bref, une vision à des années lumières de la burqa et de l'enfermement dans lesquels certains prétendent que l'Islam les oblige… à méditer et, ce faisant, à méditer aussi le fait que même les éditions arabes des Mille Et Une Nuits sont, le plus souvent, non conformes aux manuscrits originaux…

    Mais retenez enfin que ceci n'est qu'un avis adultérin (exactement comme le fils de Billie Jean dans la chanson de Micheal Jackson, laquelle Billie Jean devrait d'ailleurs s'orthographier Billie Djinn si l'on se réfère aux manuscrits originaux) qui, convenons-en, ne signifie pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par latina, le 21/07/2015


    Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

    « A la guerre, on veut des morts franches, héroïques et définitives, c’est pour cette raison que les blessés, on les supporte, mais qu’au fond, on ne les aime pas ».

    Eh non, on ne les aime pas ! C’est pas le lieutenant d’Aulnay-Pradelle qui vous contredira cette phrase ! Car le lieutenant Pradelle est un homme ignoble, un homme comme on n’en fait plus, croyez-moi, ou bien essayez de me croire. En précipitant Albert en haut d’un trou profond et boueux de ces tranchées du Nord, dans le but de le tuer, il a envoyé sa vie dans un gouffre sans fin, il en a fait un blessé du cœur. « A la manière de ces hommes qui étaient restés courbés pendant 4 ans sous la mitraille et qui, au sens propre du terme, ne s’en relèveraient plus et marcheraient ainsi leur existence entière avec ce poids invisible sur les épaules, Albert sentait que quelque chose ne reviendrait jamais : la sérénité ».
    Et non seulement Pradelle n’aime pas Albert, mais il va détester aussi celui qui l’a sauvé d’une mort d’asphyxié : Edouard, car celui-ci n’en réchappera qu’à grand-peine, à coup de gueule cassée et de jambe claudicante.
    Ces 2 grands blessés vont devoir traverser l’après-guerre et son cortège de promesses gouvernementales non tenues, de grandes compromissions, de saletés, de jalousies, d’incompréhensions. Oui, pour eux, ... c’est cela la Victoire. Jusqu’au stratagème incroyable imaginé par l’un des deux...

    Avec une dérision époustouflante, Pierre Lemaître décrit une France d’apocalypse, des vies cassées, des « héros arrogants et laids ».
    Avec une familiarité débonnaire, il nous prend à partie, nous les lecteurs, pour nous obliger à regarder ce qui est non regardable.
    Avec une tendresse émouvante, il relate la prise en charge quasi maternelle d’un pauvre soldat atrocement mutilé dans son corps et donc dans son âme, par son compagnon de misère auquel il s’est trouvé enchaîné dans un mouvement de bonté instinctive.
    Avec une maestria incroyable, il nous montre le choc de destins familiaux et militaires.
    Avec un sens du suspens et du retournement de situations hors du commun, il nous raconte une histoire passionnante où le dévouement côtoie la méchanceté pure, où le cynisme des uns est confronté au sens du devoir des autres.

    Pierre Lemaître a du génie, c’est indéniable ! Je m’en suis régalée, j’ai adoré, vibré, je me suis révoltée, ça je peux vous l’affirmer, et...j’ai ri, oui, j’ai ri !
    Alors citez-moi un écrivain qui puisse susciter autant d’émotions contradictoires sur un sujet aussi tragique...Je n’en connais pas beaucoup. C’est pour cela que je lui attribue mon prix Goncourt.

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    • Livres 4.00/5
    Par Sando, le 27/07/2015


    Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig

    1904. Un scandale vient perturber le calme tranquille d’une petite pension bourgeoise du sud de la France. Une femme « bien comme il faut » vient de s’enfuir avec un homme plus jeune, rencontré un jour plus tôt, abandonnant mari et enfants sans se retourner. Très vite, l’indignation remplace l’incompréhension et la conversation s’envenime autour du comportement de cette femme infidèle.

    Seul le narrateur tente, tant bien que mal, de comprendre et de défendre ce comportement irraisonné. Mais alors que le ton monte entre les pensionnaires, une aristocrate anglaise intervient et semble prendre le parti du narrateur, faisant cesser le débat. C’est alors le prétexte pour la vieille femme de se confier à cet interlocuteur pour le moins ouvert et de lui raconter la journée qui a bouleversé sa vie il y a de ça de nombreuses années et qui a failli la faire, elle aussi, dévier du droit chemin…


    Dans un style toujours aussi précis et lumineux, Stefan Zweig nous offre une magnifique confession de femme sur un moment furtif et néanmoins extrêmement précis de sa vie. A travers l’évocation d’une journée particulière, il dépeint la naissance d’une passion amoureuse fulgurante, irraisonnée et irrésistible d’une dame d’une quarantaine d’années pour un jeune homme de vingt ans son cadet… Mais cet amour enflammé et déraisonnable va se heurter au démon du jeu qui s’est emparé du jeune flambeur…

    Sentiments exacerbés, folie, destruction sont au cœur de ce court roman porté par l’intensité d’une écriture puissante et évocatrice, qui nous plonge dans les tourments d’une passion dévorante. Des souvenirs d’autant plus vivaces qu’ils ont été refoulés pendant des années par honte et par peur du regard impitoyable d’une société policée, tout en retenue et en hypocrisie. Un roman qui touche et bouleverse par sa sincérité et donne envie de découvrir toute l’œuvre de Stefan Zweig !


    Challenge variétés : Un livre dont le titre contient un nombre

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 30/07/2015


    Un Territoire de Angélique Villeneuve

    Voici un roman atypique et magistral. L'histoire aurait pu être somme toute banale, ou du moins déjà vue : une femme maltraitée par deux enfants dans sa propre maison. Pourtant, il n'en est rien ici et on a l'impression de découvrir le thème de la maltraitance pour la première fois. Il faut dire que celui-ci est masqué par les pensées de cette femme sans nom, sans identité, qui pourrait très bien être la représentante de toutes celles qui subissent. Pourtant, il n'y a pas de place pour le pathos car ce personnage a une grandeur d'âme, une bonté forçant le respect. On entre dans l'intime et dans l'intimité de cette malentendante, un peu pataude, que l'on devine désignée comme l'arriérée de la famille.

    Elle se focalise sur une chose : le sang, fil conducteur du roman. Celui de la vie, celui de la mort... il s'écoule dans ce roman comme dans les veines, faisant souvent office de décor. L'atmosphère devient glauque, on est oppressé, on étouffe. Pourquoi a t-on envahi le territoire de cette femme, ce cagibi dans lequel personne ne vient si ce n'est nous, lecteurs ? Ce territoire dans lequel elle entasse tout un tas de choses futiles à nos yeux mais hautement symboliques aux siens...

    Angélique Villeneuve a pour habitude de nous emmener dans des huis-clos dans lesquels on pénètre à pas feutrés. Encore une fois, elle réussit la prouesse de transcender un sujet en sondant le tréfonds de l'âme. C'est fort, très fort !


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/villeneuve-an...

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    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 21/07/2015


    La Première Loi, tome 3 : Dernière querelle de Joe Abercrombie

    Un final explosif

    L'union se bat sur deux fronts : Le nord et les Gurkhiens dont elle doit repousser l'invasion. Le maréchal, commandant les armées va mourir et doit être remplacé. Le roi va mourir et doit être remplacé. Qui d'autre encore doit mourir ? Bayaz n'a pas trouvé l'arme ultime, la graine et revient dans l'union les mains vides. Ferro n'a toujours pas eu sa vengeance. Jezal se fait manipuler, Logen continue à zigouiller à tout va. Et enfin Glotka pris entre deux maîtres se trouve en bien fâcheuse posture.

    Ça va mal dans l'Union et ce dernier tome verra la résolution de tous les problèmes. Vraiment ? Les gentils vont gagner, se marier et avoir beaucoup d'enfant ? Mais on n'est pas au pays des Bisounours. C'est du Abercrombie, pas du Enid Blyton. Un traitement terriblement cynique où il faut distinguer les nuances de gris. Mais qu'on se rassure, on continue à aimer nos héros, manipulateur ou manipulé, tortionnaire et assassin.
    Un final explosif où l'on combat à presque toutes les pages, mais, en changeant régulièrement de théâtre des opérations, l’auteur nous emmène, sans nous lasser, dans son univers sombre et glauque, avec force et fracas des épées contre les boucliers ou des haches contre les boîtes crâniennes. Rajoutons à cela complots et manipulations politiques en tout genre pour nous balader, que dis-je, nous secouer dans tous les recoins des travers humains.

    Un final riche et dense à consommer sans modération.

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    • Livres 4.00/5
    Par Hugo, le 29/07/2015


    Psychopathologie de la vie quotidienne de Sigmund Freud

    - Tu sais ce que c’est un lap-suce papa ?
    - Une gonzesse dansant la langue pendue à ta teub pour ce plaisir obsessionnel qui ma bite …
    - Oui mais pas queue
    - Ah ouais… bah je m’en branle

    Mon père me répétait souvent un week end sur deux : « Mon pote je suis fait comme un rat »

    De l’avis général cette phrase n’est pas problématique en soi, c’est juste l’histoire d’un papa « grammé » jusqu’au chancellement nocturne d’une bonne biture quotidienne et maladive jusqu’à plus soif… je n’avais que 7 ans… et moi je le regardais pas très rassuré, je reconnaissais dans son attitude un mal être qui se gangrenait dans ma tête chaque week end quand je le voyais ramper, s’affaler, ronfler… un père gentil, mais d’une faiblesse abyssale qui draguait des gamines de 17 piges, alors je baissais la tête jusqu’à mes lacets, le tirant pas la manche pour mettre fin à cette honte qui me montait aux joues…

    Il me répétait aussi souvent : « putain je la sauterais bien celle là » et « ta mère n’est qu’une salope »

    Ma mère quand à elle se cachait derrière sa tranquillité retrouvée, il avait trouvé en moi son exutoire à soucis, me berçant toute mon enfance de ses problèmes prétextant une baffe ou deux pour l’entretien d’une relation saine basée sur la peur, mais sans excès, avec câlins, bisous, et amour maternelle…. Mais il lui fallait un nouveau branleur pour se rassurer, incapable de vivre seule, le second fut peut-être pire que le premier…

    Impossible pour moi de boire de l’alcool, c’est un signe de faiblesse, comme une honte, l’ivresse de la sobriété ferment les portes de la joie, et finalement je restais souvent tout seul dans l’incompréhension populaire d’une drogue à volonté, toujours planqué dans un coin, jugeant mes contemporains d’un œil corrompue par un alcoolisme héréditaire qui s’assimilait à un truc super glauque…

    J’ai tout fait pour être le contraire de mes parents, avec succès, sourires, bien être, et pessimisme récurrent, beaucoup de blala, de lectures, d’observations, d’analyses, aujourd’hui j’ai le cynisme, l’ironie, l’auto dérision et l’obsession des femmes nues comme traitement….

    Mon truc à moi, c’est que je dématratise tout en regardant l’herbe tout séchée du voisin, que tu croyais verte en façade, et en échangeant avec à un tas de personnes, avec retenue mais sans "cosettisme aiguë", donc du coup t’apprends à savoir, à comprendre les autres, tu fais des liens de cause à effet rapidement juste en observant, en écoutant, en lisant, tu arrives à découvrir plein de trucs intéressants sur les gens…

    La maladresse des mes parents on fait de moi un mec sain obsédé par ses dames, maladivement sobre, et anxieux…voilà le seul petit reproche que je peux faire à Freud, parce que moi je n’ai rien refoulé, tout est très clair dans ma tête…

    Du coup je veux comprendre quel rôle joue mon inconscient pour moi

    La psychologie c’est passionnant, c’est donc avec un engouement non dissimulé que je me suis jeté sur mon premier Freud, qui vous initie d’une manière accessible à sa discipline grasse à une écriture simple, sans jargon intellectuel démesuré, le gars est resté sobre et sympathique…
    Pourquoi le lapsus, l’oubli des noms, les erreurs, les maladresses dans la vie quotidienne ?

    L’inconscient joue un rôle dominant dans tout ça, c’est le seul bémol que je pourrais lui reprocher, on peut faire dire tout et n’importe quoi au hasard de la vie quotidienne si on prenait le temps de faire coïncider, dans l’optique de faire coïncider des souvenirs et des névroses avec tous ces actes manqués… je simplifie le truc mais c’est l’idée… seulement voilà :

    L’autre jour j’employais dans un commentaire sur Babelio l’auxiliaire « être » avec un verbe du premier groupe qui s’accordait… Deux minutes après j’emploie de nouveau l’auxiliaire être avec autre verbe du premier groupe… puis j’y reviens quelques minutes plus tard en me rendant compte que je me suis gouré entre « être » et « avoir »… ma confusion résulte de mon action précédente…

    Hier je pose ma montre dans la chambre, alors que d’habitude non, je l’ai fait c’est tout… Ma montre est lourde et parfois gênante, pas de crèche le mercredi : ma copine et ma fille dorment… donc je ne suis pas retourné dans la chambre pour éviter de les déranger… Mon inconscient avait prémédité cet acte depuis la veille pour alléger mon poignée

    Hier je change de jean, ou je savais qu’une pièce était resté dans ma poche, ce matin en enfilant celui-ci la pièce tombe, car je savais depuis hier que je n’avais pas de monnaie pour mon chocolat au taf, du coup cela m’a fait pensé que je devais fouiller dans le porte monnaie de ma meuf pour lui piquer son fric…

    Ma brosse électrique m’échappe des mains quelques secondes après avoir sonné la fin du brossage, paf encore un tour de mon inconscient pour mettre fin à cette corvée quotidienne…

    J’en ai plein comme ça… du coup ça fonctionne c’est vrai mais quelle est la part de vérité et de hasard…

    A plus les copains...

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    • Livres 5.00/5
    Par latina, le 24/07/2015


    La Promesse de l'aube de Romain Gary

    Je rends hommage à l’homme pétri d’amour pour sa mère, extravagante, possessive, dramatique, mère russe et juive dans toute sa splendeur, socle sur lequel sa vie reposera à tout jamais.
    Je rends hommage à l’homme hanté par l’Absolu, par l’Idéal, par la bonté des dieux et des hommes, et toujours en quête de compréhension de cet Univers, à l’écoute des étoiles et des bêtes.
    Je rends hommage à l’homme au service de la France et de ses traditions de fraternité et de justice, même s’il a dû se battre contre la haine et la bêtise.
    Je rends hommage à l’écrivain immense, doué de la vraie parole mêlée à l’humour piquant, celui qui fait tout ce qu’il peut pour transmettre son message de Beauté.

    Dans cette autobiographie, Romain Gary nous retrace sa destinée marquée dès le départ par la volonté absolue de sa mère d’en faire un Grand Homme. Elevé par cette femme seule, courageuse et tenace, il n’aura de cesse de lutter pour donner une forme et un sens à la promesse qu’il lui a faite à l’aube de sa vie : « défier la cohorte ennemie du dieu de la bêtise, du dieu des vérités absolues et du dieu de la petitesse », et cela en s’élevant, pour s’éloigner de tout ce qui représente la médiocrité.
    Son enfance marquée par la pauvreté, en Pologne notamment, puis son adolescence en France où la vie est dure, et enfin sa toute jeune vie adulte où il s’engage dans l’aviation au service de de Gaulle, ne sont qu’un vibrant hommage à cette mère qui, tel un puissant aiguillon, le poussera à sortir de lui-même pour atteindre l’inaccessible.

    Récit émouvant, transcendant, tragique, humain et ô combien malicieux, car émaillé de mille anecdotes pétillantes pleines d’autodérision, telle est cette autobiographie de l’aube de la vie. Admirable.

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    • Livres 5.00/5
    Par Kittiwake, le 28/07/2015


    Le théorème du homard de Graeme Simsion

    Quand on a quarante ans et que l'on est professeur de génétique dans une université australienne, les conventions sociales suggèrent que l'on devrait vivre en couple. Don a peu tenté sa chance et beaucoup échoué dans la recherche d'une compagne. Alors il élabore un questionnaire précis des caractéristiques nécessaires pour répondre au profil d'épouse idéale. Parce qu'il est comme ça Don. Sa vie est normée par une organisation drastique, ce qui lui permet partiellement de compenser un de ses difficultés : comprendre et s'adapter aux émotions d'autrui et donc interagir de façon adaptée avec ses collègues, ses étudiants ou ses amis (peu nombreux ceux-là). Et si l'on ajoute qu'il est particulièrement performant sur le plan de la mémoire, extrêmement doué en aïkido et dote d'un raisonnement logique hors norme, le tableau évoque le syndrome d'Asperger. Curieusement Don ne semble pas se reconnaître même quand il évoque le sujet lors de conférences qu'il anime!

    L'irruption de Rosie dans sa vie interfère avec sa quête d'une compagne. Rosie n'est pas éligible : elle est la négation même de la femme idéale : elle fume, est végétarienne, elle ne pratique pas de sport, son milieu social ne semble pas conforme. Seulement voilà : Don ne peut résister à l'envie d'aider cette jeune fille qui cherche son père biologique. Et c'est le début d'une relation complexe, perturbante, autant pour Don que pour Rosie.

    Ce roman est en phase avec les récits autobiographiques de Daniel Tammet ou Josef Shovanek, qui nous ont conté les difficultés de leur période de socialisation et les efforts permanents que nécessite cette lacune de reconnaissance des codes sociaux, que ne compensent pas les capacités hors norme de leur intellect. On retrouve ici toutes ces caractéristiques, hormis peut-être l'angoisse face à des situations inhabituelles et qui chez Don se limite à une contrariété. Mais le reste du tableau est bien présent.

    L'atmosphère du récit est plus émouvante qu'humoristique et le narrateur a toutes les chances de conquérir immédiatement son public de lecteur, à défaut de trouver sa promise. Les personnages secondaires sont décrits par le filtre de l'analyse du héros ce qui leur donne une tonalité particulière.

    Très agréable lecture, qui complète sur un ton romancé, les deux autobiographies citées plus hauts "je suis né un jour bleu" et "je suis à l'est".


    Lien : http://kittylamouette.blogspot.fr/2015/07/le-theoreme-du-homard.html

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 20/07/2015


    Don quichotte - BD de Rob Davis

    Je n'ai jamais réussi à lire l'oeuvre de Cervantès. Ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien. Je n'accroche pas. Et lorsqu'il en est ainsi, si le texte existe en BD, je prends plaisir à lire cette dernière qui joue souvent le rôle de déclencheur. Aussi, lorsque j'ai vu celle-ci, je n'ai pas hésité une seconde. Je ne le regrette pas d'ailleurs. Car non seulement j'en sais un peu plus sur ce fameux Don Quichotte (j'en connaissais les grandes lignes bien sûr, comme tout le monde, mais le détail a son importance) mais, surtout, j'ai ri !

    Rob Davis conserve l'histoire du romancier espagnol. Mais le scénario reste moderne et le dessin sert ce dernier. J'ai enfin pu visualiser le pourfendeur de moulins à vent et l'inénarrable Sancho Panza, son fidèle écuyer. Au final, on se demande bien qui est le plus fou dans l'histoire ! Car si le paysan apparaît comme un gros bêta, Alonso Quechana, gentilhomme de son état, alias Don Quichotte, a l'air complètement frappadingue !
    Je pense que je vais remettre le nez dans l'oeuvre originale... Je ne risque rien de toute façon, à moins que la folie ne me prenne à moi aussi !

    Un grand merci à Babelio et aux Editions Warum (que je redécouvre sous un autre jour, ayant eu une première expérience négative) pour ce bon moment de rigolade. Je vous invite à aller voir quelques planches sur le site de ces dernières afin de vous faire une idée de la ligne graphique et de l'humour qui parcourt cette BD.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/bande-dessinee/davis-rob/

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 29/07/2015


    Juste avant l'automne de Roxane Marie Galliez

    Encore un merveilleux texte de Roxane Marie Galliez qui, décidément, nous gâte ! Rappelez-vous... Le Pêcheur d'étoiles, petit conte philosophique qui m'avait marquée. Ici, à travers ce roman à trois voix (Antoine, le mari, Reine, l'épouse et Ariane, la maîtresse), on est à la fois loin du conte et tout proche. Car le pêcheur s'était rendu compte qu'il n'aimait pas sa femme et faisait tout un parcours initiatique à la recherche du bonheur. Que font nos trois personnages ici ? Au final, la même chose. C'est peut-être en faisant des erreurs que l'on trouve sa voie.

    "Juste avant l'automne" est un titre évocateur, un titre ayant un double sens. En effet, il y a la saison, bien sûr, très présente, mais il y a également l'automne de la vie, l'automne de sa destinée. Quelle puissance évocatrice dans le style, quelle poésie dans la plume ! Roxane Marie Galliez joue avec nos sentiments dans cette histoire somme toute (et malheureusement) banale d'un couple qui se déchire sous fond d'adultère. Comment sublimer le quotidien...


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/galliez-roxan...

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 19/07/2015


    Un membre permanent de la famille de Russell Banks

    Russell Banks est un très grand romancier. Son dernier livre “Un membre permanent de la famille” montre qu'il est aussi un sacré nouvelliste. En douze nouvelles et douze instantanés de vie, il réussit une radiographie de l'Amérique moyenne absolument remarquable. On rentre dans chacune des histoires avec le sentiment de suivre ces personnages depuis longtemps alors qu'on vient de les découvrir depuis quelques lignes, avec l'idée aussi de laisser le lecteur imaginer l'après. Comme un grand photographe le fait avec ces clichés. C'est formidablement conté comme toujours chez Banks et le seul regret c'est que son recueil ne soit pas plus épais.
    Forcément conseiller pour agrandir votre PAL.

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    • Livres 5.00/5
    Par TheWind, le 26/07/2015


    La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

    Comment ne pas aimer ce livre ? C'est impossible.


    Kathryn Stockett explique à la fin du roman combien elle avait peur d'écrire ce livre.
    « J'ai eu très peur, dit-elle, à maintes reprises, d'outrepasser une terrible limite quand j'écrivais en prenant la vois d'une Noire. Je craignais d'échouer à décrire une relation qui avait si fortement influencé ma propre vie, une relation faite de tant d'amour mais si souvent réduite à de grossiers stéréotypes dans l'histoire et la littérature américaine. »


    Quand on est Alex Huxley, on peut écrire sans peur et brillamment l'histoire de sa famille afro-américaine réduite à l'esclavage. Sans peur des préjugés. Juste pour rétablir la vérité.

    Quand on est née à Atlanta dans une famille sudiste au début du 20ème siècle, comme Margaret Mitchell, on peut encore écrire librement, sans peur des retombées, l'histoire d'une famille de planteurs et d'esclavagistes.

    Pour Kathryn Stockett la démarche s'avérait plus compliquée. Comment écrire au 21ème siècle quand on est issu d'une famille de Blancs du Mississippi sur la vie de ces domestiques noires conditionnée par les lois ségrégationnistes sans pousser les traits à l'extrême, sans faire preuve de manichéisme. Kathryn Stockett s'en est admirablement bien sortie. Sans doute parce qu'elle a laissé parler son cœur.


    Quelque soit le point de vue, raconter son histoire ou celle de ses ancêtres est une démarche louable, basée sur l'authenticité et forcément le don de soi. Bien sûr, comme dans toute fiction, on invente, on enjolive, on exagère les traits et les faits mais l'essence même du roman se trouve bien dans la propre histoire de l'auteur, dans son propre ressenti.
    C'est à cela, à mon sens, qu'on peut estimer un « bon » écrivain. Lorsque ce dernier écrit avec ses tripes, lorsqu'il ne triche pas avec ses sentiments. D'ailleurs, la traduction française de « The Help », titre original qui veut dire « Les bonnes » ne s'y est pas trompé en choisissant ce titre : «  La couleur des sentiments »
    Je trouve ce titre très approprié. Non pas qu'on nage dans le sentimentalisme ; bien au contraire, ici tous les sentiments contradictoires de la nature humaine sont abordés et savamment dosés.
    L'extraordinaire beauté de l'amour existant entre Aibileen, la nounou et la petite Mae Mobley, le mépris condescendant des bourgeoises blanches envers leurs domestiques de couleur, la colère rentrée d'Aibileen, l'insolence de Minny, la honte, l'amitié, la vraie, celle qui accepte tout, et puis l'autre amitié, plus hypocrite, basée sur les convenances et les qu'en-dira-t-on, la violence du mari de Minny, la patience de celui de Célia, les joies et peines de Skeeter, son courage et surtout celui de toutes ces domestiques noires venues témoigner de leurs conditions de travail malgré l'angoisse de la répression de leurs employeurs.
    Oui, c'est surtout le mot « courage » qui porte ce roman.
    Il en faut du courage pour dénoncer ceux qui détiennent l'autorité, pour dénoncer des mentalités établies sur les traditions, pour dénoncer des habitudes ancrées et jamais remises en question, pour dénoncer des prérogatives.


    Du courage, il en a sans doute fallu à l'auteure pour écrire ce roman. Pour dépasser la peur d'être mal comprise par les siens, d'être mal jugée par ses contemporains parce qu'elle osait exposer ce que fut la ségrégation raciale, parce qu'elle osait -pardonnez moi l'expression mais ceux qui ont lu le livre comprendront aisément pourquoi je dis cela- remuer la merde.
    Courage récompensé car ce livre a tout le succès mérité !
    Et, on espère bien qu'elle en sortira bientôt un deuxième de la même veine !

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    • Livres 5.00/5
    Par zwyns, le 20/07/2015


    Paris libéré, Paris retrouvé 1944-1949 de Antony Beevor

    Très beau livre d'Antony Beevor et de Artemis Cooper,sur la Libération de Paris et de ses suites plutôt méconnues du grand public. Bien sûr ils vont nous parler de ce moment d'histoire, assez résumée,car leur but est de s'arrêter sur les années qui la suivirent et qui ne furent pas nécessairement simples pour le Peuple Parisien,mais qui furent le début de la Guerre Froide,dès la fin de la deuxième Guerre Mondiale en Europe.
    Dans son style fluide et agréable,Antony Beevor,en grand historien et grand écrivain nous dépeint la vie d'après guerre à Paris.
    La libération de Paris,bien sûr,mais aussi le Gouvernement provisoire de De Gaulle face aux entreprises des maquis et du Parti Communiste,aux problèmes avec ses alliés (n'oublions pas que la France n'a pas été invitée à Yalta),les problèmes avec la libération de la France par les Américains,qui finirent par la considérer comme territoire" occupé",et puis ces Américains qui de libérateurs, deviennent presque des locataires à long terme.
    Et puis,il y a " l 'épuration", des écrivains et des artistes,les grands procès d'après guerre,etc ,etc,,
    Beevor nous dresse un grand panorama de la France d'après guerre,en petits chapitres bien charpentés,et qui nous mènent vers le début de la Guerre Froide en 1949.
    C"est une extraordinaire peinture de la France au sortir de la guerre.
    A lire,même pour les gens que L Histoire rebute...

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    • Livres 4.00/5
    Par zwyns, le 03/08/2015


    Off Minor de John Harvey

    J'aime beaucoup John Harvey,en tant qu'auteur de polars.Pourquoi? Je le trouve très humain,très pudique pour un auteur de ce genre,de plus il n'y a pas d'ennui,de longueurs,d'invraisemblances dans ses textes.
    Off Minor est un livre sur la pédophilie.Une jeune gamine a été assassinée et probablement violentée. Un jeune suspect,Raymond, a été arrêté ,cuisiné,et relâché sans preuves,car certains détails ne correspondent pas avec le mode opératoire. Malgré tout surveillé le pseudo assassin,d'autres personnes pourraient être mises en cause,surtout qu'un deuxième meurtre vient d'avoir lieu semant le doute chez les enquêteurs...La suite dans le livre...
    Nous sommes à Nottingham,Charles Resnick,héros de Harvey,est d'origine polonaise,amoureux de jazz et de chats.Il enquête selon le sous genre des procédures policières,à la manière d'Ed Mac Bain dans son fameux 87è District.
    John Harvey a choisi le Nottingham des années quatre-vingt dix,années Tatcher,Nottingham (où il vit) comme exemple de ce qui se passe partout au Royaume-Uni à l'époque;chômage,racisme,misère,violence,délinquance,etc..
    Harvey ,comme dans nombre de romans noirs américains,pourrait utiliser la loi du talion. Mais non ,dans ses romans ,il y a une sorte d'empathie envers les mauvais,les délinquants,mais également,et c'est normal, envers le personnel de la police,ses collègues aux prises avec leurs propres problèmes existentiels et professionnels.
    Il analyse la psychologie de ses personnages,leur vie sentimentale,familiale,leurs besoins,leurs habitudes,leurs tics....
    Tout cela nous décrit un microcosme proche de la société britannique ,et leur donne un aspect l'aspect humain de tout un chacun,exceptions faites de certains cas évidemment.
    Les romans de Harvey malgré une certaine noirceur,sont très agréables à lire,et nous éloignent de certains auteurs où l'extrême violence est de mise pour maintenir la loi et l'ordre.






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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 27/07/2015


    Confidences à Allah (BD) de Saphia Azzeddine

    Jbara rêve d’une vie meilleure, mais comme la majorité des femmes dans ce coin reculé du Maroc, l’autorité des hommes impose soumission et silence. Mais le jour, ou la jeune femme est rejetée par les siens, elle est bien décidée à vivre comme elle l’espère. En ayant à rendre compte de ces choix qu’à Allah. Et si la route de Jbara est cruelle et difficile, c’est celle qu’elle assume. Très belle adaptation du roman de Saphia Azzedine, avec un portrait saisissant à la fois dur et cru d’une femme prête à assumer ces choix, quitte à heurter les consciences, à remettre en cause un patriarcat intransigeant. Les dessins magnifiques de Marie Avril renforcent le parcours tumultueux de la jeune femme, et la rende à la fois charismatique et terriblement émouvante. Au cœur d’une religion qui suscite beaucoup de débats, le livre comme la BD apportent un regard intéressant et difficile sur nos croyances. Une belle réussite.

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    • Livres 5.00/5
    Par michfred, le 25/07/2015


    Des souris et des hommes de John Steinbeck

    "Des souris et des hommes", comme son titre semble le suggérer, est une fable. Une fable où cette fois ce ne sont pas les animaux qui figurent des hommes, mais l'inverse.

    George et Lenny sont potes, George et Lennie sont ouvriers agricoles, George et Lennie cherchent à louer leurs bras dans les fermes des environs de Salinas. Ils ne rechignent pas à la peine, à condition qu'on ne les sépare pas. Car George et Lennie sont inséparables: George, petit, sec, noueux, intelligent ,protège Lennie, énorme colosse à l'âme d'enfant doté d'une force herculéenne...et irrépressible, comme l'instinct d'un fauve.

    George c'est le renard qui devine le danger, qui flaire les coups fourrés, qui ruse avec les patrons brutaux, George c'est une mère louve pour Lennie, qu'il défend contre la méchanceté du monde, et protège de lui-même avec une attention inquiète.... car Lennie, c'est l'ours avec sa patte dangereuse et sa griffe mortelle, c'est le singe, aussi, qui imite George de façon dérisoire et touchante, c'est le chien couchant qui obéit à George au doigt et à l’œil..

    Lennie sans George c'est une bête sauvage sans son dompteur, un chien mordant sans sa muselière. C'est la Force sans la Justice, dirait Pascal, c'est surtout la Force brutale, animale, sans l’intelligence pour la diriger, la modérer, la canaliser. Un enfant sauvage perdu dans la jungle des hommes dits civilisés.

    Quant à George sans Lennie..il en rêve parfois... c'est si encombrant, une bête fauve apprivoisée: on en est responsable, et c'est lourd. Seul, ce serait tellement plus facile...

    Mais voilà: impossible, ils sont potes, et Lennie compte tellement sur lui...

    Toute la fable est là: dans cette amitié animale et virile, dans cet amour aveugle comme l'attachement d'une bête à son maître- celui de Lennie pour George - ou lucide comme l'amour d'une mère pour son enfant monstrueux- celui de George pour Lennie.

    Mais l'amitié idéale de deux êtres aussi dissemblables est aussi fragile et dérisoire, dans la réalité cruelle de l'existence, que le sont pour l’œil de Dieu, les projets des souris et des hommes...

    De cette citation biblique, Steinbeck a seulement retenu la fin "of mice and men" ..à nous de trouver, dans ce récit bouleversant et terrible, toutes les moralités de l'apologue...

    Et il y a toutes sortes de souris et toutes les sortes d'hommes dans "Des souris et des hommes"



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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, hier


    Bol d'air de Serge Joncour

    Un vent glacial pour l'accueillir mais personne sur le quai de cette gare qui lui semble plus petite. Depuis le départ du train, le silence règne. Il reconnaît alors le bruit de la voiture bien avant de la voir. Son père prend le temps de s'en extraire, s'approche de son fils, Philippe. Une poignée de main pour tout salut, comme s'ils s'étaient pas vus de la veille. Dix kilomètres pour atteindre la maison, une maison en pleine campagne, loin de tout, et sa mère est là, dans la cour, à faire de grands gestes enthousiastes. Récupéré et entouré à pleins bras, l'étreinte le met mal à l'aise. Un coup d'oeil sur la maison, le jardin maintenant qui fait n'importe quoi. L'odeur du bon poulet fermier accompagné de purée se dégage de la cuisine. Sa mère est évidemment contente de retrouver son fiston. Mais, lui est juste venu pour quelques jours. Se ressourcer, prendre un bol d'air. Il a laissé ses soucis à Paris...

    Quand tout va mal, qui n'a pas envie d'aller se réfugier dans la maison de son enfance? Aller retrouver ses parents qu'on délaisse sans s'en rendre compte? Redécouvrir les paysages de sa jeunesse? Philippe, gérant d'une entreprise à Paris, revient sur les traces de son passé et retrouve des parents vieillis. Des retrouvailles timides, les raisons de sa venue cachées mais des parents toujours les bras ouverts, si heureux de voir leur fils qui redevient par là-même un adolescent. Serge Joncour dépeint tout en délicatesse et justesse ce retour aux sources. Il se dégage tant de sensibilité, d'amour et de tendresse dans ce petit roman qu'évidemment on voudrait prolonger ce séjour à la campagne. Les non-dits sont éloquents, les gestes maladroits parfois mais l'amour est là, presque retenu. Porté par une écriture délicate et douce, ce roman fleure bon les parfums de l'enfance.

    Quel Bol d'air!

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 30/07/2015


    Un bonheur si fragile, tome 1 : L'engagement de Michel David

    Un grand merci à Babelio et aux éditions Kennes pour ce séjour dépaysant...

    Une bonne nouvelle attend le curé de Saint-Paul-des-Prés avec la visite inattendue du jeune avocat Parenteau. En effet, celui-ci est venu lui offrir une somme rondelette afin de l'aider, ainsi que l'ensemble des paroissiens, à reconstruire l'église détruite dans un terrible incendie il y a de cela 3 ans. Tout content de l'annoncer à Gonzague Boisvert, c'était sans compter que ce dernier allait s'opposer à la reconstruction de l'église en lieu et place de l'ancienne...
    A Saint-François-du-Lac, Corinne Joyal enrage quelque peu de ne pas avoir revu son prétendant, Laurent Boisvert, depuis son retour du chantier il y a quelque jours et qui l'a occupé tout l'hiver. Qui plus est, l'homme s'est contenté de lui envoyer une seule lettre. Fâchée, elle comptait bien l'envoyer paître mais c'était sans compter sur les excuses et le charme du jeune homme. Elle lui pardonne et ne résiste pas à sa demande en mariage. Lucienne, sa maman, espère de tout coeur que sa fille ne s'est pas trompée de mari. Et elle a bien raison de s'en soucier...

    Bonyeu! Voilà une fresque québécoise fort dépaysante!
    L'on suit le parcours de ces deux paroisses, Saint-Paul et Saint-François. A leur tête, deux familles emblématiques que tout semble opposer. Les Joyal sont gentils, attentionnées, travailleurs, serviables et solidaires tandis que les Boisvert sont égocentriques, radins teigneux, froids... La pauvre Corinne ne sait pas encore dans quelle famille elle pénètre en épousant le fils, Laurent. Mais courageuse et forte tête, elle fera en sorte de surmonter ses déboires. Michel David nous décrit un Québec rural qui fait référence à la petite et la grande Histoire. Avec toutes ces expressions et ce langage rural, cette fresque ne manque pas de piquant, les rebondissements n'étant pas en reste. L'auteur nous offre un premier accrocheur et attachant, prémices d'une saga passionnante et originale.

    Un bonheur si fragile... un bonheur tout de même...

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