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Critiques les plus appréciées

    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 22/09/2014


    Art de Yasmina Reza

    Dans « Art », Yasmina Reza pose des questions indécentes. Indécentes car embarrassantes. Embarrassantes car touchant trop à l’intime de notre façon de fonctionner, aussi bien en amitié qu'en société.

    Trois amis, Serge, Marc et Yvan, connaissent une amitié sans ombre depuis une quinzaine d’années. Jusqu’au jour où Serge achète le tableau d’un artiste contemporain renommé. Ce tableau coûte une petite fortune et est essentiellement blanc, peut-être avec de vagues nuances gris clair par-ci par-là.

    Ce tableau et tout ce qu’il représente (son acquisition à prix exorbitant, sa relation au monde « branché art », son apparent monochrome dénué de sens) va semer la discorde entre les trois hommes.

    Marc trouve le tableau absolument nul et ne se prive pas de le dire à Serge, qui forcément le prend mal. Marc essaie d’obtenir l’appui d’Yvan afin de convaincre le détenteur du tableau. Yvan ménage la chèvre et le chou dans une position fort inconfortable sachant qu’il est lui-même englué dans une affaire de mariage pas des plus simples à régler.

    Ce tableau va donc semer les graines de la discorde entre nos trois compères (lors de la création de la pièce en 1994, le rôle de Serge était tenu par Fabrice Luchini, celui de Marc par Pierre Vaneck et celui d’Yvan par Pierre Arditi) et faire ressortir bon nombre de non-dits et même faire questionner les protagonistes sur le fondement même de leur amitié.

    Quelle part d’égoïsme y a-t-il dans une relation d’amitié ? Quelle part d’accaparement ? Quelle part de manipulation ? Quelle part de vanité ? Quel rôle y joue l’étiquette sociale ? Quelle carte dans le jeu des relations amicales de l’autre jouons-nous et quelle carte dans notre propre jeu représente-t-il ? Pour quelle(s) raison(s) acquérons-nous des objets de valeur ? Quelle est la part du jugement esthétique et celle du jugement social que nous attribuons à certaines œuvres ? Qui sont les plus à même d’attribuer des significations aux œuvres abstraites ?

    Autant de questions (et probablement beaucoup d’autres) que soulève cette admirable petite comédie sociale, drôle, philosophicaustique, très corrosive par endroits, ironique souvent et dont vous auriez tort de vous priver. Mais tout ceci n’est que ma vision subjective de l’Art, autant dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 18/09/2014


    Toutes voiles dehors de Alexander Kent

    Toujours excellent.
    Il s'agit du dix septième tome (neuvième dans l'ordre chronologique entre Mutinerie à bord et En ligne de bataille) écrit après A l'honneur ce jour là.

    Nous sommes en 1792 et c'est toujours la paix avec demi-solde pour la plupart des officiers du roi. Bolitho se voit proposer un poste dans le Nore, recruter des marins pour le roi et lutter contre les contrebandiers. Il sera à la tête d'une flottille de 3 cotres à huniers. Il se languit de son commandement de son ancienne frégate, mais un poste, surtout en temps de paix, ne se refuse pas. D'autant que la partie n'est pas du tout jouée et bien des aventures l'attendent avec à ses côtés son fidèle Allday.

    Un nouveau retour en arrière. A.Kent comble peu à peu les trous dans la carrière de son héros et comble ainsi nos espérances.
    Une nouveauté dans ce tome qui verra Bolitho s'essayer au rôle de barbouze et contraint de mettre un mouchoir (mais provisoirement) sur sa moralité exemplaire pour collaborer ne serait-ce que brièvement avec de vils contrebandiers (la plaie du roi en temps de paix, mais bien pratiques en temps de guerre ou presque). Bolitho est confronté à la real politique.
    Un livre bien construit, en deux grosses parties (la chasse au contrebandier et la partie hollandaise) avec un bon dosage entre action en mer et enquête pour démasquer la tête du réseau de la confrérie.

    La suite de mes lectures : Un seul vainqueur.

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    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 14/09/2014


    L'option Excalibur de David Weber

    Les arcs et les flèches au pays de la sf
    Un one shot de mon auteur de sf militaire préféré édité en 2002 (2011 pour la VF).

    Sir George Wincaster guerrier anglais du début de la guerre de 100 ans, est enlevé par un mystérieux extraterrestre avec près de 1000 de ses hommes, pour mettre à profit leurs compétences guerrières au profit d'une mystérieuse guilde et combattre d'autres races extraterrestres peu avancées technologiquement. La suprématie des archers anglais et de sa cavalerie fera la différence. Mais avant tout, se libérer du joug de leur geôliers sera leur moteur et leur but ultime.

    Ce pitch n'est pas sans nous faire penser à celui de Les Croisés du Cosmos de P. Anderson remis au goût du jour.
    Weber adore transposer les combats et stratégies militaires d'un autre temps dans le futur, (voir Les héritiers de l'Empire), les aventures maritimes, son petit prologue en bateau avant de développer la marine plus tard dans sa série sanctuaire et son premier tome : Cap sur l'Armageddon.
    Son récit est truffé de piques anti-françaises. En même temps, de la part d'un Anglais du quatorzième siècle, quoi de plus naturel.
    Par contre, on reproche parfois à Weber de délayer un peu trop la sauce, mais pour le coup, dans ce petit page-turner bien nerveux, c'est exactement le contraire. La première partie sur l'enlèvement et les combats sous asservissement aurait pu sans soucis être développée un peu plus et faire un premier livre de bonne facture, ce qui aurait permis un second tome sans aucun souci sur la libération et la création de l'Empire d'Avalon (vous comprendrez en lisant le livre), voir un troisième sur l'opposition avec la fédération. Alors que là, en 50 pages, l'auteur balance toutes ses idées et les explications et présentations n'en finissent plus au détriment de l'action. Dommage, bien dommage de n'avoir pas une chouette petite trilogie sur l'univers développé au lieu d'un seul petit livre. non ?

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 15/09/2014


    Mrs Dalloway de Woolf Virginia

    Je ne vais pas vous mentir, Mrs Dalloway n'est pas un roman particulièrement facile à lire ni accessible si vous n'y êtes pas un minimum disposé. Il faut y mettre une certaine dose de bonne volonté, notamment si vous affectionnez l'action, car c'est très psychologique, très intériorisé, tout le contraire du mouvement.

    Mais lorsqu'on accepte les règles et de jouer le jeu, de faire l'effort de rentrer dans la tête des personnages et non d'être le témoin de leurs actions, c'est vraiment une expérience littéraire de grande beauté.

    Virginia Woolf développe un style bien à elle, très féminin, très subtil, qui tranche singulièrement avec l'écriture masculine de cette époque-là, sauf peut-être de celle de D. H. Lawrence, avec de nombreuses épiphores, mais dans une mouture bien à elle.

    Si je devais vous décrire ce roman, je vous dirais que c'est un peu le complémentaire d'un portrait réaliste lorsque vous êtes dans un musée. Face au tableau, vous avez accès à son image à un instant donné, mais seulement à son image. Ce qu'il y a dedans, derrière la façade du regard, derrière les atours du vêtement, vous n'y avez pas accès, vous ne pouvez que l'imaginer, le conjecturer.

    Eh bien ici, c'est un peu comme si Virginia Woolf nous ouvrait les portes de ce mystère, comme si elle nous faisait la dissection psychologique de Mrs Dalloway, directement, certes, mais aussi en creux, par la médiation, par l'accès aux pensées d'un certain nombre de personnages qui gravitent autour d'elle.

    Il est probablement temps de s'arrêter quelques instants sur le titre du roman et sur le nom du personnage principal. Mrs Dalloway, c'est-à-dire Madame Untel, sachant que le Untel est son mari, c'est-à-dire, dans l'esprit de Virginia Woolf, que le personnage, par cette appellation, est dépossédé, jusqu'à son identité même. Aux yeux de tous, elle n'est que Madame Richard Dalloway, et plus Clarissa comme elle aimait à s'entendre appeler.

    Arrêtons-nous encore, si vous le voulez sur ce nom : Dalloway. Il suffit, pour s'en convaincre, de prendre une liste de patronymes anglo-saxons ou un vulgaire bottin pour s'apercevoir que malgré sa consonance très brittish, ce n'est pas un nom véritable, c'est une construction de l'auteur.

    Dally en anglais évoque la notion de badinage ou de papillonnage. Way désigne soit le chemin, soit la manière de faire. Virginia Woolf connaissait suffisamment de français pour connaître la signification du mot dalle, comme les dalles d'un sentier tout tracé dans le parc d'une maison de campagne.

    Ce titre, aussi anodin qu'il puisse paraître de prime abord, nous en apprend donc déjà beaucoup sur la perception qu'a l'auteur (et le personnage car on se rend vite compte que Clarginia Woolfoway ou Virgissa Dalloolf ne sont qu'un) sur son personnage : une femme enfermée dans une vie factice, faite d'apparences, où l'on se cache derrière un nom sans être jamais soi-même et où l'on suit des rails immuables, sans jamais pouvoir en dévier, comme lorsqu'on redoute de quitter les dalles d'un sentier de peur de se mouiller le pieds.

    Finalement, la vraie vie de Clarissa, ça aura été les badinages de sa jeunesse d'où le "dally way ". Ensuite, l'incarcération dans le mariage. Mais au fait, Clarissa, dites-moi, ça ne vous évoque pas quelque chose ? Un classique de la littérature anglaise (complètement oublié de ce côté de la Manche, malheureusement. Mais oui, bien sûr, Clarissa de Samuel Richardson au XVIIIe siècle).

    L'histoire de Clarissa (grosso modo parce que c'est un sacré pavé) raconte la résistance d'une jeune fille à un mariage d'intérêt que veut lui imposer sa famille, puis sa résistance à nouveau à accepter les avances du fourbe qui l'a enlevée pour échapper au mariage.

    Clarissa Dalloway n'est donc pas, selon moi, un nom choisi au hasard, mais il est au contraire éminemment vecteur de sens, ce que l'on retrouve dans le prénom du mari : Richard comme Richardson. Si l'on ajoute à cela que le véritable mari de Virginia s'appelait Leonard, la ressemblance de consonances entre Clarissa et Richard Dalloway d'une part et Virginia et Leonard Woolf d'autre part est saisissante.

    Oui, on lit beaucoup d'autobiographie cachée dans Mrs Dalloway. On y lit une volonté féministe farouche, à tout le moins, une volonté d’émancipation de la femme, enfermée dans l'étau du mariage et du qu'en dira-t-on. Le contraste est d'ailleurs particulièrement saillant avec le personnage de Sally, l'amie de jeunesse de Clarissa, dont on a peine à retenir le nom de famille, qui est toujours Sally, qu'on connaît pour elle-même et non pour sa fonction, qui se moque des convenances sociales (par exemple, elle s'invite à la réception de Clarissa sans y avoir été conviée). Elle seule semble être un personnage féminin parfaitement épanoui et à l'aise dans son costume.

    Il y a aussi la folie et le suicide, deux variables éminemment liées à la personnalité de l'auteur. Elles sont véhiculées dans l'ouvrage par le personnage de Septimus. Ceci permet au passage à l'auteur de régler un peu ses comptes avec les médecins psychiatres de l'époque et qu'elle a dû subir.

    En somme, vous êtes conviés à vivre une journée de cette mondaine, de cette haute bourgeoise d'une cinquantaine d'années, tout affairée à la préparation d'une réception pour le soir même. Chemin faisant, par des flash-back ou des évocations, vous pénétrez dans son intimité, dans le fond et le détail de ce qu'elle ressent et du regard qu'elle pose sur elle-même et sur les gens.

    Il y a une mélancolie certaine, un sentiment d'être passée à côté de quelque chose, notamment avec son grand amour de jeunesse Peter Walsh. Mais elle l'a refusé naguère, probablement parce qu'il ne présentait pas assez bien en société, probablement parce qu'il risquait de ne pas s'élever suffisamment socialement, probablement parce qu'elle voulait elle, s'élever et briller pour avoir le sentiment d'être quelqu'un...

    Elle s'aperçoit de son snobisme et le confesse volontiers. Elle a eu ce qu'elle voulait, un nom et une étiquette prestigieuse auprès d'un mari brave mais ennuyeux comme la pluie. Elle vit dans les beaux quartiers de Londres et brille de mille feux. Mais à l'heure des rides et du bilan, peut-être s'aperçoit-elle qu'elle a tout simplement oublié de vivre, oublié de vivre pour elle-même comme son ancienne camarade Sally, qu'elle retrouve avec une joie mêlée d'un gros pincement au cœur, de même que Peter, qui, après avoir erré aux Indes, est resté constamment épris de Clarissa... ô, elle qui le savait...

    Bref, un roman qui m'a vraiment touchée, une introspection subtile et forte qui ne laisse pas indifférents ceux qui se sont déjà colletés à ce genre de questionnements. En outre, ce n'est ici que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    P. S. : Outre la filiation que j'ai mentionnée avec la littérature du XVIIIe, on peut aussi voir une très nette filiation, au moins de cœur si ce n'est de style, avec Jane Austen. On trouve, aux environs du premier tiers du roman le passage suivant :
    « Car bien entendu c'était cet après-midi-là, cet après-midi précis que Dalloway était arrivé ; et Clarissa l'appelait " Wickham " ; tout avait commencé comme ça. Quelqu'un l'avait amené ; et Clarissa avait mal compris son nom. Elle le présentait à tout le monde comme Wickham. Il finit par dire : " Je m'appelle Dalloway ! " Ce fut la première vision qu'il eut de Richard — un jeune homme blond, plutôt emprunté, assis sur une chaise longue, qui laissait échapper : " Je m'appelle Dalloway ! " Sally s'en était emparée ; et par la suite elle l'appelait toujours " Je m'appelle Dalloway ! " »

    Ce passage ne peut que faire grandement penser à Orgueil Et Préjugés, où les personnages de Wickham et de Darcy seraient ici respectivement Dalloway et Walsh, mais, contrairement à l'héroïne de Jane Austen, Clarissa choisira " Wickham ", celui qui présente bien...

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 29/09/2014


    Les Pâturages du ciel de John Steinbeck

    C'est toujours un grand privilège d'avoir John Steinbeck comme guide touristique et de partir en excursion avec le portraitiste officiel de la vallée. Il nous présente cette vallée californienne à deux pas de Monterrey et de Salinas, et plus particulièrement, ses habitants, avec leur part d'ombre et de mystère, leurs faiblesses qui les rendent tellement attachants.

    Bien que les personnages soient partiellement récurrents, il s'agit plus d'un recueil de nouvelles que d'un roman à proprement parler. Chaque chapitre est une nouvelle en soi et présente un personnage ou une famille différente.

    Cet ouvrage fait énormément penser à La Grande Vallée, et, bien qu'antérieur, tous les ingrédients stylistiques sont les mêmes. Comme dans La Grande Vallée, vous aurez votre lot d'âmes frustrées, de doux rêveurs décalés (un peu comme le Danny de Tortilla Flat), des sortes de petits monstres inoffensifs (souvenez vous de Johnny L'Ours encore dans La Grande Vallée).

    Peut-être sont-ce les ingrédients universels de Steinbeck, car il semble affectionner les monstres (Lennie dans Des Souris Et Des Hommes, Cathy dans À L'Est D'Eden, etc.). Bref, John Steinbeck toujours flamboyant dans l'écriture mais probablement un petit ton en dessous par rapport à ses grands romans très construits qui ont fait sa renommée amplement justifiée.

    Néanmoins, une œuvre très personnelle, où l'on peut lire en filigrane la propre philosophie du bonheur selon l'auteur, du moins, c'est mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose sous les nuages...

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 25/09/2014


    Riquet à la Houppe de Charles Perrault

    Riquet À La Houppe n'est pas, et loin s'en faut, le conte le plus connu de son fameux auteur Charles Perrault. J'aimerais pourtant attirer votre attention sur ce conte que je trouve assez injustement négligé, notamment par rapport à ses petits frères du recueil : Contes De Ma Mère L'Oye.

    C’est en effet un bien joli conte, féerique et philosophique comme je les aime, et qui, pour ne rien gâter et puisque ce n’est pas toujours l’habitude de la maison, se termine assez bien.

    (Je me permets, bien que c'en soit presque indécent, pour les deux ou trois dont je faisais partie il n'y a pas si longtemps encore et qui ne connaissent pas ce conte, d’en rappeler succinctement le synopsis.)

    Riquet est le fils d’une reine. Il est malin comme tout, plein d’esprit, mais il a le malheur de naître laid comme un pou et affublé d’une mèche de cheveux quelque peu disgracieuse, d’où son surnom de Riquet à la houppe.

    Une fée a néanmoins pris le temps de se pencher sur son berceau et rassure l’infortunée génitrice d’un tel paquet mal ficelé en lui assurant qu’en grandissant, il aurait le pouvoir de donner de l’esprit, autant que lui en possède à la personne qu’il aimera.

    Dans le même temps et non loin de là, une autre reine donne successivement naissance à deux filles. L’aînée, belle comme un cœur et bête à manger du foin ; la cadette, laide à faire peur mais spirituelle comme pas deux.

    En grandissant, tant leurs qualités que leurs défauts s’accroissent à telle enseigne que tout le monde s’émerveille de la beauté de l’aînée tout en reconnaissant l’étendue sans fond de sa bêtise, tandis que la triste figure de la cadette n’a d’égal que la subtilité de son propos.

    Ce faisant, en société, après quelques minutes, les convives ont tôt fait de se tourner vers la cadette dont on peut presque oublier les traits lorsque viennent les paroles, tandis que l’aînée se trouve vite délaissée lorsqu’elle ouvre la bouche.

    La mère se lamente de cet état de fait et, comme elle aussi reçoit la visite de la fée qui distribue les qualités, demande s’il n’y aurait pas moyen de transvaser un peu de l’esprit de la seconde en la première et réciproquement pour la beauté des traits.

    Mais non, il n’y a pas moyen. Nonobstant, une fée usurperait sa réputation si elle n’était capable de quelque magie bienveillante ou sortilège avantageux. Aussi, rassure-t-elle la reine en lui confessant que sa fille aînée aurait le pouvoir de rendre belle la personne qui lui confiera son amour.

    Je vous laisse deviner ce qui pourrait bien advenir et loue encore une fois la finesse du propos de Perrault qui met le doigt sur le processus d’aveuglement que génère l’édification d’un sentiment amoureux.

    Une belle morale à méditer, mais ce n’est là que mon avis, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 14/09/2014


    L'art de péter de Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut

    À vos marques ! Pet ! Pétez !
    Un accord bref mais tonitruant, un vrombissement de moteur, un coup de fusil, faut que ça crépite dans les fonds de culotte... et advienne que pourra !

    Je vous accorde que ce n'est peut-être pas l'essai le plus philosophique qu'il m'ait été donné de lire (quoique, la philo, c'est toujours un peu foireux quand on y songe vraiment) mais ça fait du bien, parfois, de ne pas trop se prendre au sérieux.

    Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut aborde pourtant la question tout à fait sérieusement. La préface nous apprend qu'il s'agit vraisemblablement d'une manière de traduction, à tout le moins d'adaptation, d'un ouvrage similaire qui faisait grand bruit outre-Rhin à l'époque (ce qui se comprend au vu du sujet).

    Et, contrairement à ce que l'on pourrait croire de nos jours, il n'y avait apparemment pas que le côté déconnade qui intéressait son auteur. Il souhaitait qu'on parle de lui dans les salons mondains, certes, sur un tour comique et décalé, mais qu'on parle de lui.

    Paru en 1751, c'était l'âge d'or des salons mondains à la française où la répartie était reine et où Voltaire était roi. Et de ce point de vue, Hurtaut aura atteint son but puisqu'on se gaussera des gauloiseries qu'il y débite dans une langue riche et brodée de citations latines.

    Ceci dit, peu importe en ce début de XXIe siècle les motivations d'un auteur à écrire au milieu du XVIIIe un tel livre. Il en reste un parfum plaisant (je me comprends), quelque chose qui n'est pas sans rappeler dans la glose le docteur Diafoirus de Molière ou les accents de Rabelais dans l'éloge de la flatulence.

    On y lit, aussi, comme en filigrane, une légère mais subtile raillerie du comportement des personnes de qualité en société, qu'on jugerait un peu trop " coincées du cul ", pour reprendre une expression certes fort laide, mais très à propos ici.

    En somme, comme vous vous en doutez, ça ne vole pas toujours très haut ces classifications des différents types de pets, ces explications physiologiques volontairement loufoques et autres considérations sur l'importance sociale ou médicale des flatulences diverses, mais c'est parfois drôle et ça se lit sans déplaisir (à petite dose).

    C'est un ouvrage idéal pour les toilettes (je m'adresse évidemment aux personnes constipées, comme il est précisé dans le sous-titre, les autres n'ayant manifestement pas besoin d'un renforcement culturel dans ce domaine d'activité). Mais ce n'est bien évidemment qu'un très modeste avis, qui, une fois encore, ne vaut peut-être pas beaucoup plus qu'un pet de lapin, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 26/09/2014


    L'Opéra de quat' sous de Bertolt Brecht

    Encore un coup d’essai, encore un coup de maître. Décidément, Bertolt Brecht peut tout se permettre, tout ce qu’il touche se transforme en or. Il peut tout se permettre car il OSE tout se permettre. Rien ne l’effraie, rien ne le dissuade de porter haut et fort les messages qui sont chers à son cœur. En un mot comme en mille, c’est cela qu’on appelle un auteur. (Et même un auteur à la hauteur !).

    Cette fois-ci, c’est John Gay et son déjà fort osé et fort remarquable Opéra Des Gueux, datant du XVIIIe, que l’ami Brecht décide de remettre à sa sauce. À la fois très fidèle et très différent, c’est un drôle de jeu d’équilibriste, mais même quand il est sur la brecht, Bertolt sait toujours retomber sur ses pieds.

    John Gay avait parodié l’opéra italien très en vogue en son temps en Angleterre et créé un anti-opéra, basé sur des airs très populaires et dont les héros étaient des malfrats. Occasion pour lui de dénoncer beaucoup de travers de la société britannique d’alors.

    Bertolt Brecht, qui est toujours friand des critiques sociales, — surtout dans l’Allemagne de l’entre-deux guerres, si vous voyez de quoi je veux parler, — saute sur l’aubaine, réutilise même les noms des personnages, Peachum, Machealth et compagnie mais n’oublie pas, au passage, d’y greffer sa propre sensibilité, ses propres revendications sociales et politiques du XXe siècle, qui, somme toute, collent assez bien au projet littéraire et sociétal de John Gay.

    Personnellement, les formes chantées m’horripilent et m’agacent particulièrement, donc le côté « comédie musicale » tel qu’en a (trop) produit le cinéma n’est vraiment pas ce que je préfère. Mais il en faut pour tous les goûts. La pièce alterne donc des phases chantées avec des phases jouées classiquement au théâtre, sans toutefois qu’on puisse confondre cela moindrement avec un véritable opéra.

    Le scénario est intéressant : Peachum est un cynique voyou qui organise le business de la mendicité dans tout Londres. Nul ne peut s’improviser mendiant sans être un rouage de sa fine machinerie très hautement structurée.

    Son trésor, c’est sa fille Polly, celle qu’il voudrait élever loin de la fange des rues dont il fait son gagne-pain. Alors imaginez sa surprise, et surtout son désarroi et sa fureur lorsqu’il apprend que celle-ci souhaite se marier avec Macheath, le plus notable proxénète et bandit de Londres !

    Macheath, alias Mackie-le-surineur ou simplement Mac (vu qu’il s’agit du nom initialement donné au XVIIIe siècle par John Gay, peut-être y a-t-il un lien entre le nom « Mac » et les expressions argotiques « maque », « maquereau » et « être maquée » qu’on utilise de nos jours, à creuser…) est un bandit à la Al Capone (voir aussi l’autre pièce de Brecht La Résistible Ascension d’Arturo Ui), très à l’aise, qui graisse la patte à tout le monde pour avoir le privilège de s’exposer au vu et au su de tout le monde.

    Donc, sur fond de grande ébullition due au couronnement prochain de la reine d’Angleterre, nous assistons à la lutte de deux éminences du banditisme et de l’exploitation de la misère humaine, à coup de corruption et d’intimidation des forces de police matérialisées par Brown, alias Tiger-Brown, un homme qui sait sortir ses griffes au besoin...

    Je vous laisse le soin d’en découvrir davantage si le cœur vous en dit et me contenterai d’ajouter que même si en raison des parties chantées qui m’ennuient quelque peu, je n’ai pas autant goûté cette pièce que d’autres du même auteur, je la considère néanmoins comme une pièce de très haut vol qui vaut le coup d’être découverte et qui reste dans la lignée des grandes dénonciations sociales et politiques de l'auteur. Ceci dit, ce n’est là qu’un avis de quat’ sous, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par Wiitoo, le 15/09/2014


    L'Analphabète qui savait compter de Jonas Jonasson

    Après le désopilant "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire", Jonas Jonasson remet le couvert avec "L'Analphabète qui savait compter" et autant dire que c'est très drôle et très bien écrit, bien qu'un cran en dessous du premier roman.

    On démarre sur les chapeaux de roues avec notre héroïne, Nombeko, une jeune fille noire vivant à Soweto et travaillant pour les latrines municipales. Oui, en sommes elle transporte des seaux de merde toute la journée... enfin, quand elle ne s'occupe pas de donner un coup de main à son chef pour tout ce qui concerne les chiffres. Et il faut bien reconnaître que dans ce domaine, elle est vraiment douée.

    Les cents premières pages sont désopilantes et il mérite d'être relevé que Jonas Jonasson fait preuve d'un humour très raffiné, limite British voir plus intelligent. Ce doit probablement être l'humour suédois dont on entend finalement très peu parler.

    Bref, Nombeko, après quelques péripéties, va nous emmener en Suède et c'est principalement là que l’histoire va se dérouler. Le seul bémol, à mon avis, est qu'il y a beaucoup plus de politique dans ce roman et certains passages sont un peu plus lourd à lire. Cela casse un peu le rythme mais les cents dernières pages sont absolument fantastiques et il serait dommage de rater quelques uns des passages épiques que contient ce roman.

    Un bon remède contre la morosité, un livre qui met de bonne humeur et qui fait travailler les muscles zygomatiques. Que demander de plus. Jetez-vous sur cet agréable moment de détente et de plaisir.

    Wiitoo Takatoulire
    Note 4/6

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 13/09/2014


    Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

    Deux poilus en sont revenus. L'un à sauver l'autre d'une mort certaine, ça lui a couté une terrible gueule cassée, l'autre une reconnaissance éternelle.
    Retour à la vie civile, à la vie tout court, usurpation d'identité, magouille géniale et immorale, identification et sépulture décente (va savoir) pour nos héros tombés au combat, le roman de Lemaitre brasse tout cela avec une jubilation évidente. Malgré son sujet très noir, son plaisir de jouer avec les mots allège son récit avec un certain humour. L'époque de l'après-guerre est formidablement décrite (on voit bien avec quel dédain sont traités nos vétérans, les opportunistes prêt à se faire du blé sur leur dos, comme quoi rien ne change). Lemaitre retranscrit ça avec grand talent.
    Un Goncourt populaire, diablement gaillard, avec des personnages haut en couleur. Même si le récit souffre par instant de quelques longueurs, le plaisir narratif prend aisément le dessus. Bon sang, qui sait Lemaitre ? 4.5

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/09/2014


    Oreste de Euripide

    Oreste est, de mon point de vue, l’une des toutes meilleures pièces d’Euripide. Alliant à la fois un côté didactique très poussé, notamment sur le rappel des généalogies de la lignée des Atrides (Maison royale d’Argos), un potentiel tragique indéniable avec matricide à la clef, une réflexion civique intéressante digne de captiver Jean-Paul Sartre avec cette magnifique interrogation : « Faut-il assassiner les assassins ? », une valeur de récit mythique pour le peuple grec, et même — même — une petite cerise inattendue sur le gâteau tragédien... Approchez-vous que je vous parle à l'oreille :

    À dire vrai, entre nous, entre quatre yeux, interrogeons-nous : Euripide serait-il l’inventeur insoupçonné mais véritable de la tragi-comédie ? Des accents burlesques fleurissent en fin de pièce par l’entremise du Phrygien et la tragédie, chose assez rare, a une happy-end (certes ce n’est pas la seule, on connaît notamment Alceste chez Euripide qui possède le même type de tournant du sort final).

    Donc vous avez le droit à tout avec cet Oreste, le destin mêlé des rois, des hommes et des dieux, sans oublier les femmes, omniprésentes dans les débats. De grands sentiments (amitié, amour filial ou fraternel), de grandes émotions (meurtre, retour inespéré, folie, sentence populaire, recueillement), de l’action et du suspense (complots, coups de théâtre, combats, jugement, machiavélisme politique), et, en un mot comme en mille, du grand art, un must toutes tragédies antiques confondues. On comprend pourquoi Byzance la considérait comme l’une des trois seules dignes d’être jouées (avec Hécube et les Phéniciennes).

    Euripide nous focalise sur le moment crucial du retour du roi Ménélas après sa victoire sur Troie après dix années d’absence, au moment précis où Oreste vient d’assassiner sa mère Clytemnestre au motif que celle-ci vient traîtreusement d’abattre son mari, le valeureux Agamemnon, frère de Ménélas, qui avait découvert le pot-aux-roses de son adultère avec son cousin Égisthe.

    Oreste prétend avoir agit selon le bien et les ordres des dieux ; pour les citoyen d’Argos, c’est un matricide, crime punit par la mort. Dernier des derniers ou héros, telle est la question.

    Pour sa sœur Électre, de même que pour son fidèle ami Pylade, pas de doute, Oreste est un héros qui a vengé l’honneur souillé de son père, le majestueux Agamemnon. Par contre, pour son grand-père Tyndare, le père de Clytemestre, Oreste n’est qu’un vaurien, qui s’est rendu aussi coupable que sa mère en adoptant le même mode opératoire.

    Tyndare prétend que sa fille méritait un châtiment exemplaire mais que ce n’était pas à son fils de le prononcer, et surtout pas à l’aide du couteau… et vous ? Qu’en dites-vous ?

    Je pourrais palabrer ainsi encore longtemps sur les mérites de cette tragédie, mais vous avez compris le message et l'on peut aussi considérer que je vous ai déjà livré l’essentiel de mes impressions, c’est-à-dire, pas grand-chose. Au reste, c'est à vous de vous forger votre propre opinion, n’en déplaise à Apollon, Zeus, Hadès ou Dionysos...

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 22/09/2014


    L'Hérésie d'Horus, Tome 5 : Fulgrim : Portrait d'une trahison de Graham McNeill

    Décadence et folie pour ce cinquième épisode de l'hérésie d'Horus. Il revient sur la quadrilogie de départ, du point de vue des Emperor's Children.

    Fulgrim est le primarque de cette légion. A travers de multiples combats contre des races extraterrestres (Laers, eldars, peaux-vertes), ses interactions avec la légion des Irons Hands (et de son primarque Ferrus Manus), on suit sa lente déchéance et son basculement vers la folie qui lui fera suivre le maître de guerre dans sa trahison jusqu'à la bataille de Isstvan V qui scelle le sort de la trahison si Isstvan III n'avait pas suffit.
    Dans sa suite, les commémorateurs associés à sa flotte basculent également progressivement dans le chaos.

    Un épais bouquin qui fait la part belle aux exactions et conséquences du chaos. McNeil excelle dans sa présentation, noire, dégradante, la débauche et les plus vils instincts de la chair corrompue. Pour les adeptes des ultramarines, on retrouve un peu l'ambiance de Ciel mort, soleil noir qu'il a écrit trois ans plus tôt.
    L'atmosphère du livre est lourde, extrêmement sombre, glauque, sanglante (c'est une constante des livres W40k pour cette dernière), mais puissante, envoûtante.
    On pourra regretter quelques longueurs mais le sujet est parfaitement maîtrisé.
    Il est vrai que le tome 4 ( La fuite de l'Eisenstein) fait pâle figure à côté de cet opus, plus complexe et violent, plus abouti.

    La suite : Le retour des anges - Loyauté et Honneur.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 17/09/2014


    La Communauté du Sud, Tome 1 : Quand le danger rôde de Charlaine Harris

    True blood
    Premier tome d'une série (achevée?) de treize tomes (+ deux recueils de nouvelles et ad-on). On notera la sortie prochaine d'un autre HS « La Communauté du Sud - Que sont-ils devenus » en octobre 2014

    Les vampires ont fait leur coming out il y a déjà quelques années. Sookie, télépathe, est serveuse au Merlotte à Bon Temps dans le nord de la Louisiane où les vampires se font très rares. Alors quand Bil Compton, vampire de son état débarque, il capte tout de suite l'attention, d'autant qu'avec son arrivée, les meurtres commencent.

    A ce jour, on ne peut plus aborder cette série sans passer par le prisme de la cultissime série TV True Blood (2009). Elle a été écrite en 2001, quatre ans avant la repopularisation massive des vampires grâce (à cause?) de Twilight. On a du vampire presque classique, (sang argent ail lumière), avec une particularité : Du sang de synthèse, qui nourrit (mais le sang humain frais c'est meilleur) (on note en plus que dans le roman, il n'a pas de nom).
    Du coup, on lit ce premier opus avec l'ambiance bayous, l'image dans la tête, qui densifie considérablement le roman et heureusement, parce que sinon, c'est un tout petit peu lisse, manquant justement cette moiteur si caractéristique de la série.
    Du sang (celui du vampire est une drogue à la mode, un 2en1 aspirine+viagra), un peu de sexe (moins que dans la série). J'attendais un peu plus de complexité sur les structures vampires, racismes et loi de discrimination... Dans les prochains tomes peut être ?
    Néanmoins, plein de bonnes petites idées. Un univers sympathique qui ne demande qu'à être développé.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 24/09/2014


    Arlequin ou les oreilles de Venise de Hubert Ben Kemoun

    Voici sans conteste l'un des plus beaux albums jeunesse qu'il m'ait été permis de voir ces dernières années.

    Tout d'abord, immense coup de chapeau à l'illustratrice Mayalen Goust qui a fait un travail, tant sur Venise (avec une petite tendance andalouse) que sur les personnages, qui est vraiment de toute beauté. Chapeau l'artiste.

    Ensuite, il y a ce texte magnifique de Hubert Ben Kemoun qui donne un nouvel habit à Arlequin et une nouvelle corde à son arc, en en faisant un accordeur de génie, convoité des riches et ami des pauvres. Son talent et sa générosité font qu'il a ses entrées partout, dans les plus belles demeures comme dans les obscurs cloaques, si bien qu'il est devenu véritablement " les oreilles de Venise ".

    Hubert Ben Kemoun redéfinit également le personnage de Colombine, en en faisant la fille mutique d'un riche marchand qui se désole de ce silence. Celui-ci fait appel à Arlequin, l'homme qui sait redonner de la voix aux plus beaux instruments, pour tenter de faire parler Colombine.

    Arlequin, d'abord surpris de cette singulière demande, décide malgré tout de tenter de relever le défi. Mais le mutisme a la vie dure, peut-être que tout son talent ne lui servira à rien ? Que pourraient bien dire les cordes vocales de Colombine si jamais quelqu'un arrivait à les accorder ?

    Je conseille sans ambiguïté cet album, par contre je mets une petite limitation quant à l'âge des enfants auxquels on le destine car le texte est assez complexe et résistant. Il prendra sa pleine mesure plutôt pour un public âgé de 8 à 12 ans, pas avant. Mais ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par fanfanouche24, le 17/09/2014


    Le vase où meurt cette verveine de Frédérique Martin

    -Une lecture poignante que j’ai achevée, il y a plus d’une semaine, mais j’avais besoin de laisser quelque peu décanter, tellement ce texte m’a prise à la gorge. Gorge que j’ai eu serrée une bonne partie de ma lecture…De la joie devant l’amour toujours aussi intense entre un homme et une femme, mariés depuis plus de 50 ans… Et peine ressentie physiquement , littéralement, lorsqu’ils se retrouvent , éloignés l’un de l’autre, pour la première fois de leur vie…

    Nous ressentons le désarroi intense de Joseph, et Zika, qui n’ont cependant pas l’intention de baisser les bras !
    .
    Un roman épistolaire de Frédérique Martin, qui met en scène un couple de personnes âgées, « séparé » pour la première fois, au bout de toute une vie commune; A cause de soucis de santé de l'épouse... leurs deux enfants, "se les partagent", ne pouvant les accueillir ensemble. Ils vont pour tenir bon, s'écrire de longues lettres. Des lettres d'amour magnifiques au fil desquelles on va faire prendre connaissance de leurs vécus, de couple et de parents, qui se révèlent incidemment dans des intensités très différentes, du temps qui passe, de leur souhait de liberté et de dignité, sans peser sur leurs "rejetons", de la solitude du « grand âge », les non-dits familiaux, l’appréhension de la mort, de la dépendance, mais aussi l’amour de la vie, la fusion lumineuse d’un homme et d’une femme, qui ont « construit » ensemble leur chemin, leur amour de la nature, ainsi qu'un fuseau de complicités, etc

    Une correspondance bouleversante....

    Je retranscris un long passage qui exprime infiniment... des questionnements de ce roman épistolaire, d’une sensibilité rare, qui nous chavire...jusqu’à la dernière ligne.

    « Moi-même , n’ai-je pas vécu près de mes parents des semaines entières parfois, sans prendre de leurs nouvelles, sans leur rendre visite ? est-ce que je les croyais immortels ? Non, avec le recul, j’ai compris que c’était même tout le contraire. J’avais quitté les lieux de mon enfance en laissant derrière moi des demi-dieux. A chacun de mes retours, mes héros avaient pris des rides supplémentaires, dans un combat perdu d’avance, dont on connaît l’issue, contre l’usure et le temps. Leur résignation me semblait le reproche permanent d’avoir opté pour la vie, de devenir un étranger sous leurs yeux, de les rendre impuissants. Je sentais leur inquiétude, la question qui minait leurs nuits, mais qu’ils n’osaient pas poser- Que vas-tu faire de nous ? – Cette puissance dont j’étais investi, je ne la désirais à aucun prix. Je voulais rester leur enfant, pas inverser les rôles ! C’est pour m’y dérober que je suis parti. En fuyant leur décrépitude, j’oubliais qu’ils disparaîtraient tôt ou tard, je pouvais conserver l’illusion de leur immortalité. « (p.189)

    Une grande lecture et première découverte de cette auteure, qui me donne grande envie d’aller plus avant dans la lecture de ses autres écrits, dont son dernier roman qui reçoit déjà moult « critiques » fort positives, « Sauf quand on les aime » (Belfond, 2014)

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 27/09/2014


    Traîne pas trop sous la pluie de Bohringer Richard

    Putain Richard, là je dois l’avouer tu m’as scotché (je te tutoie, j ‘ai vaguement l’impression qu’on pourrait être frangin de cœur). Ton bouquin m’a fait passer par tout les degrés de l’émotion. Ca prend aux tripes, c’est d’une beauté à tomber, c’est une invitation aux voyages, aux rêves, une déclaration à cette satanée vie qui n’est pas toujours simple. Ton cri enfiévré m’a secoué, mis la larme à l’œil, bouleversé. J’aurais aimé continué un bout de chemin avec toi. Bien heureux que l’Aéronef est raté l’arrêt. Emu que tu parles de Roland Blanche (nous avions discuté un soir après « L’Ouest, le vrai » que vous jouiez en tournée il y a une vingtaine d‘années). Un magnifique souvenir pour un de tes fans anonymes. Merci pour tout ça. Richard « Traine pas trop sous la pluie », continue à écrire s’il te plait.

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 24/09/2014


    Orignal de Max de Radiguès

    Comme tous les matins, Joe essaie de retarder le plus possible son départ pour l'école. Il traine devant son bol de céréales alors que sa maman le somme de se dépêcher sinon il risque de rater le bus. Tandis que celui-ci passe devant lui, il annonce à la conductrice qu'il va se rendre à l'école à pied et ce malgré le froid et la neige. Il grimpe un grillage et traverse les bois. Soudain, il tombe nez à nez avec un orignal. A peine croyable, l'animal ne l'approche pas plus et s'en va paisiblement. D'abord apeuré, Joe est heureux de cette belle rencontre. Arrivé aux portes de l'école, Jason, un "camarade" de classe lui tombe dessus, l'attrape par le col, le plaque contre son casier et lui dessine une bite sur le front. Aussitôt, le jeune garçon va aux toilettes se débarbouiller. Evidemment, il arrive en retard. Lorsque retentit la fin des cours, sa maîtresse lui demande gentiment la cause de tous ses retards et lui dit qu'il peut se confier sur ce qui ne va pas. Mais comment expliquer que Jason le martyrise tous les jours, lui pique son déjeuner, ses devoirs ou son argent, le brutalise à l'école ou dans le bus? Faute de tout dévoiler, Joe se tait et raconte plutôt sa rencontre avec l'orignal...

    Avec un sujet aussi sensible que le harcèlement et la violence à l'école, Max de Radiguès sort ici des sentiers battus et nous offre un album à la fois tendre,percutant et violent. L'on s'engouffre dans les affres de l'âme humaine, dans les tourments et la bêtise mais aussi dans cette forêt enneigée d'où sort comme par magie cet orignal. L'on suit ce petit Joe, enfant tyrannisé par Jason qui ne trouve rien de mieux à faire que de le ridiculiser, le faire souffrir, tout ça parce que cela lui donne du plaisir. L'on va si loin dans cette cruauté gratuite que rien de bon ne semble pouvoir le sauver, l'indifférence générale aussi bien des adultes que des enfants semblant le conforter dans sa douleur. Avec un dénouement inattendu, cet album nous invite à nous demander ce que l'on ferait en pareilles circonstances. Le trait minimaliste mais touchant, ce noir si profond et ce blanc si éclatant nous plonge immédiatement dans un monde à la fois cruel, saisissant, rassurant ou délicat.

    Orignal... original...

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 25/09/2014


    La Mort du petit coeur de Daniel Woodrell

    Son père, Red, le surnomme affectueusement Gros lard ou Gras du bide tandis que sa maman, Glenda, lui préfère Mon petit cœur. Entre les deux, Shuggie Atkins, surnommé Shug, 13 ans, adolescent solitaire et obèse, va vite savoir vers qui il doit se tourner s'il souhaite un tant soit peu d'attention digne de ce nom. Mais entre un père alcoolique, violent, qui l'entraine dans des combines foireuses, à savoir dépouiller les malades de leurs médicaments susceptibles de lui rapporter, ainsi qu'à son pote Basil, un moindre réconfort et une mère protectrice autant qu'elle le peut, aguicheuse et allumeuse envers les hommes, même son propre fiston, accro à sa "tisane" maison, mélange de Coca et de mauvais rhum qu'elle s'enfile à longueur de journée, rêvant d'une vie bien meilleure que celle que lui offre son compagnon, Shug a bien du mal à trouver sa place. Il s'occupe de l'entretien du cimetière près duquel ils habitent tous les deux, Red étant souvent parti en cavale Dieu sait où. C'est dans cette grande bâtisse, aux couleurs improbables, au cours de cet été suffocant du Missouri, dans l'attente et l'espoir d'une vie meilleure qui pourrait prendre la forme de ce Jimmy, venu de nulle part, que Shug va faire ses armes...

    L'un donne des coups, l'autre l'embrasse. Shug, garçon obèse, mal dans sa peau, est tiraillé entre la haine qu'il porte à son beau-père et l'amour inconditionnel, voire malsain, qu'il éprouve envers sa mère. Les liens familiaux sont indéfectibles, quelque soit leur nature. Le jeune garçon l'apprendra bien vite. L'on est plongé dans une ambiance glauque (le cimetière dans lequel vit la petite famille en est une preuve), l'air est plombé et étouffant, les relations pas vraiment saines entre ces trois personnages, Glenda qui semble subir sa vie plus qu'elle ne la vit, Red, beau-père aux mœurs douteuses et Jimmy, ce sauveur improbable. L'écriture est savoureuse et directe, du franc-parler et des expressions vivantes. Woodrell sait merveilleusement captiver le lecteur tant ces âmes cabossées sont touchantes et cette atmosphère bouleversante.

    Assistez à La mort du petit cœur...

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    • Livres 2.00/5
    Par isajulia, le 14/09/2014


    Rome de Emile Zola

    Alors là mes pauvres enfants, vous ne pouvez même pas imaginer à quel point j'en ai chié pour terminer ce second opus des Trois Villes! J'adore ce cher Emile et j'ai adoré Lourdes, le premier volet de la trilogie, mais Rome, mon dieu quel calvaire, presque 1000 pages de carcan qui font passer Balzac et ses interminables descriptions pour un petit joueur.
    Rome, mal aimé de la bibliographie de Zola et comme je comprends tous ceux qui ont eu le courage d'arriver à bout de ce pavé meurtrier qui rendrait narcoleptique le plus excité des lecteurs... Et pourtant... Ca avait l'air si bien...

    Nous retrouvons l'abbé Pierre Froment, quelques années après son pèlerinage à Lourdes qui a détruit partiellement sa foi chrétienne. Engagé à Paris dans une paroisse où il vient en aide aux nécessiteux, notre abbé au grand coeur se lance dans la rédaction d'un livre " La Rome nouvelle" censé révolutionner la chrétienté. Hélas, cet ouvrage s'avère trop d'avant-garde et suite à une dénonciation, celui-ci se trouve mis à l'index par le Vatican qui lui demande de se soumettre et renier son livre. Ne l'entendant pas de cette oreille, Pierre Froment va partir au Vatican avec la ferme intention d'obtenir une audience papale pour y défendre son oeuvre. Naïf sur les agissements du monde noir, Pierre ne réalise pas qu'une fois au Vatican ses ennuis ne font que commencer...

    Avant tout, merci Folio pour le méga spoil en quatrième de couverture, je cite : " Il souhaite rencontrer le pape Léon XIII (cet entretien sera le sommet du livre)"... Ok, on sait déjà grosso modo ce qu'il va se passer avant même d'avoir ouvert le bouquin. Certains me diront peut-être : "Ne soit pas si mauvaise langue, on sait pas comment ça peut finir." et c'est là que je répondrai : "Parce que tu crois vraiment qu'avec les curés ça finit bien?" et sans m'envoyer des fleurs j'aurai raison. Certes, Rome est une fresque politique et religieuse très ( je dirait même trop) détaillée de la ville et du pouvoir sous Léon XIII mais c'est lourd et indigeste à la longue. J'en parlais plus haut, ce roman c'est 85 % descriptions, 15 % d'action, pas besoin de vous faire prescrire des somnifères vu l'épaisseur du bouquin, vous avez de belles nuit de sommeil en perspective!
    Pour tout vous dire, j'étais quand même heureuse de retrouver Pierre Froment, héros que j'avais adoré. Je me doutai en commençant la lecture de Rome que cet opus serait un poil plus noir que Lourdes, vu les découvertes que le héros y a faites mais je n'imaginais pas qu'il serait changé à ce point, ce qui m'a beaucoup déçue car au cours de l'intrigue il y a peu de personnages pour qui éprouver de l'empathie. Tout est dissimulation, hypocrisie et faux semblants dans cette Rome en ruines dirigée par des insouciants en dehors des réalités. En fait, l'idée de départ était bonne mais Zola à tout flingué avec ses détails techniques qui tuent une intrigue de départ déjà pauvre et pourtant j'ai continué car je voulais que ce cher Emile me retourne les tripes dans tous les sens comme il a su si bien le faire avec d'autres livres à lui mais rien, calme plat, de l'ennui, de l'ennui, de l'ennui et encore de l'ennui. Même le passage de l'entretien avec le pape est mou à souhait, d'une banalité à pleurer. Vous l'aurez compris je n'ai pas trop aimé, je met quand même deux étoiles car c'est Zola et je ne suis rien pour démolir un tel génie mais franchement les amis, si éventuellement la lecture de Rome vous tentait je vous conseille de fuir à toutes jambes, à part vous ennuyer c'est tout ce que vous allez gagner. Grand moment de solitude en perspective !

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 27/09/2014


    Un été avec Montaigne de Antoine Compagnon

    A force d'étudier les textes de Montaigne à la Fac, il m'est devenu presque familier. Je dis "presque" parce qu'il faut tout de même avouer qu'il n'est pas facile d'accès. Aussi, lorsque j'ai vu ce petit bouquin, je me suis dit que cela pouvait être intéressant... et effectivement, cela s'est avéré vrai. De mon côté, je dois avouer que je n'ai pas appris grand chose puisque comme je le disais, j'ai étudié cet auteur en long, en large et en travers. Mais pour quelqu'un qui voudrait l'aborder, je le trouve enrichissant. Il permet d'éclaircir les idées de ce dernier, de le montrer également sous un autre angle. A travers quarante extraits expliqués et commentés, l'auteur nous devient accessible.

    Il faut souligner le travail d'Antoine Compagnon : un travail de titan ! Réussir en quelques pages à intéresser les lecteurs, ce n'est plus de la prouesse, c'est de la magie ! Il existe, chez le même éditeur, Un été avec Proust. Je ne vais pas tarder à le lire. Peut-être que le collectif, - dont Antoine Compagnon fait partie -, ayant œuvré pour nous rendre limpide l'homme à la madeleine me réconciliera avec ce dernier...


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/compagnon-ant...

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