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Critiques les plus appréciées

    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 06/08/2014


    1Q84, Livre 1 : Avril-Juin de Murakami Haruki

    Très légèrement fantastique.
    Premier tome d'une trilogie d'un auteur japonais célèbre, au point d'avoir été envisagé pour le nobel (j'aurais au moins appris quelque chose). La barre est haute.

    Aomame, 29 ans, enseignante en arts martiaux, discrète, ascète et célibataire, exerce à ses heures perdues, pour le compte d'une charmante, riche et philanthrope vieille dame, le métier de tueur professionnel. Mais la morale est sauve car ses victimes (par ailleurs, très peu nombreuses) sont des monstres pervers ayant détruit la vie de leur femme. Sa vie, ses émois, ses désirs sexuels.
    En parallèle nous suivons, Tengo, la trentaine, vieil ours un peu solitaire, professeur charismatique de math le jour et écrivain à ses heures perdues qui se trouve embarqué par son éditeur dans la réécriture d'un troublant premier roman d'un énigmatique jeune fille.

    Non. Si l'on perçoit les fils qui sous-tendent ces deux histoires et les relient, ce n'est pas pour ce tome. Ils ne se rencontreront pas.
    Classé science-fiction ? Oui très légèrement catégorie uchronie ou monde parallèle, bien qu'à mon sens on verse plus dans le fantastique très très léger. On se doute que nos mystérieux Little People vont prendre de l'importance et qu'ils sont probablement la clé de cette histoire.
    Je me suis demandé au début, devant le style, si c'était une catégorie jeunesse. Mais non, vu les nombreuses scènes explicitement sexuelles (assez émoustillantes d'ailleurs, mais sans aucune vulgarité), on vise un public adulte. Un style simple donc mais qui possède une indéniable poésie, très agréable à lire. Des digressions, longueurs et quelques redites (que l'on soupçonne très fortement d'être volontaires) nuisent un peu à la fluidité du texte, mais ce n'est pas rédhibitoire.

    Une lente, très lente construction. Des personnages très bien dessinés, (et j'ai eu une nette préférence pour l'histoire de Aomame) heureusement d'ailleurs, car en matière d'histoire, il faut avouer qu'il ne se passe que peu de chose.
    Un roman, lent, un brin cérébral où l'on a l'impression que l'écrit est plus important que ce qu'il raconte.
    Est-ce un premier tome réussi ? En tout cas, il m'a donné envie de lire (ou tout du moins connaître - et il faut avouer que ce n'est pas la même chose -) la suite.

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    • Livres 5.00/5
    Par Kassuatheth, le 09/08/2014


    Eux de Patrick Isabelle

    À lire autant par les parents que par les jeunes.

    J'ai eu la mauvaise idée de lire ce roman avant de me coucher. Pire encore, je l'ai lu d'une traite. Page après page, ma pression montait, mon cœur battait plus rapidement et la rage s'emparait de moi.

    Ce livre, classé jeunesse, est un véritable coup de poing en plein visage. Même si j'étais familier avec le phénomène, je n'ai pas pu m'empêcher de réagir. J'avais commencé à mettre des post it pour mettre en citation des éléments importants. J'ai arrêté, j'en avais sur presque toutes les pages.

    Il est rare que tous ces événements arrivent au même enfant mais ils existent tous. Des histoires comme celles-là, il en existent dans presque toutes les écoles, même chez les filles où la cruauté est plus subtile mais aussi ravageante.

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    • Livres 4.00/5
    Par Kassuatheth, le 09/08/2014


    Sault-au-Galant de Isabelle Grégoire

    Une histoire semblable se passe dans l’école de votre enfant, foi d’enseignant. Il y a des chances qu’il soit au courant de tout ce qui se passe. Il est peut-être même l’un des intimidateurs. Par contre, je ne vous souhaite pas que votre enfant soit la victime.

    Oui, cette histoire vous touche et devrait vous intéresser. Elle est la toile de fond de tout le roman même s’il se passe beaucoup d’autres choses dans ce village.

    En effet, ce roman raconte l'histoire d'un village de 565 habitants qui reçoit une soixantaine de Colombiens. C'est le choc culturel parce que Sault-au-Galant n'est pas Montreal. Et, ces immigrants parlent espagnol en plus et leurs cuisine et leurs coutumes sont très différentes des gens de la place.

    L'auteure nous raconte l'histoire de plusieurs personnes et touche à plusieurs sujets comme l'amour, l'adultère, les relations parents enfants, sur la bravoure et la lâcheté, les relations tendues des nouveaux arrivants et des gens de la place... De plus, elle nous donne suffisamment d'informations sur les principaux personnages pour leur donner de la consistance et du caractère.

    Comme vous pouvez le constater, l’intimidation n’est pas le seul sujet de roman. Par contre, le sujet revient constamment, ajoutant de nouveaux éléments au phénomène de l'intimidation et nous en trace un bon portrait. Elle nous raconte aussi l'histoire de Ti-Guy, un autre enfant qui a été suffisamment harcelé dans sa jeunesse pour en porter encore des séquelles à l'âge adulte. Enfin, L'histoire d'Émilio, l'enfant intimidé, sert aussi de lien entre tous les autres événements de cette histoire.

    On voit que l’auteure est journaliste. Ce qui nous donne un texte facile à lire mais avec moins de descriptions de paysages et personnes...

    Comme pour "La couleur des sentiments", l’histoire nous est racontée par plusieurs personnes, quatre en réalité, ce qui nous permet de voir les événements de plusieurs points de vue différents.

    Un détail : plusieurs habitants du village n'ont pas un français châtie mais c'est leur façon de parler et cela n'entrave pas la compréhension globale de l'histoire.

    Je n'hésite pas à recommander la lecture de ce livre.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 14/08/2014


    Autre-Monde, Tome 1 : L'Alliance des Trois de Maxime Chattam

    Premier tome d'une série sfff pour ado (plus que pour Jeunes-Adultes) qui en compte à ce jour 6.

    Après une mystérieuse tempête, seul les enfants ont été épargnés, faisant disparaître, la plupart des adultes et transformant le reste en être malfaisants. La végétation, passant à la vitesse surmultipliée, recouvre tout. La nature reprend ses droits. Tobias et Matt, deux ados branchés (WoW skype et tout et tout) se retrouvent livrés à eux-même, mais tombent rapidement sur une communauté de Pan (en référence à Peter Pan). Des ados et enfants qui se sont regroupés sur une île, un refuge idéal. La vie s'organise, mais les Cyniks et le Gloutons (nos fameux méchants) rodent et vont perturber notre idyllique communauté. Et cela sans compter sur les mystérieux êtres surnaturels qui semblent en vouloir à Matt personnellement. Entre émois naissants (Ambre, la troisième de l'alliance des trois), rivalités et trahisons, nous vivrons les aventures de nos sympathiques héros.

    Maxime Chattam, spécialiste du thriller et du policier angoissant ? (parait-il, ce livre est mon premier de cet auteur). Oubliez. Nous avons ici un gentillet roman science-fiction, fantastique, fantasy (j'ai du mal à le cataloguer) pour ado. Bien que non classé comme tel, c'est indéniablement et irrévocablement de la littérature jeunesse.
    Et mon entrée dans le roman commence mal. C'est du Enid Blyton (l'auteure de Oui-Oui pour les intimes), que je suis en train de lire là. Mais heureusement pour moi (et pour l'argent que j'ai mis dans ce livre), l'histoire se densifie et se complexifie rapidement. L'univers imaginé m'a plu et je me suis trouvé embarqué dans le récit, que je comparerais, pour l'ambiance et la facilité à lire aux premiers « Harry Potter ».
    Il y a des facilités. Les voitures disparaissent, toute la technologie est out, les armes à feu, aussi sûrement, mais pas les armes blanches, ce sera plus sympa à cheval avec arcs et épées. C'est de la survie quatre étoiles avec peignoir en soie ou en satin (je ne me rappelle plus) où il ne manque plus que la piscine dans le manoir.
    Un brin moralisateur parfois, avec notre mère la Terre, en colère et vengeresse de toute la pollution, que nos méchantes civilisations lui ont fait subir.
    Un univers post-apocalyptique pour bisounours (relisons nous un « World War Z » ou un « Chronique de l’Armageddon » histoire de nous remettre les idées en place), mais je le rappelle, on est en littérature jeunesse dans une histoire qui n'est pas sans rappeler celle des « enfants de Timpelbach » (si si les enfants de tout un village abandonnés à leur sort par leurs parents, pour la bonne leçon).

    Donc dans ce cadre, une histoire agréable, avec suspense, action, méchants qui font peur et tout et tout qui plaira à nos chères têtes blondes et accessoirement à des gentils adultes qui aiment bien se plonger de temps en temps dans ces atmosphères de fantasy pour ado.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 12/08/2014


    Crime et châtiment de Fedor Dostoievski

    Lorsque j'étais adolescente, il y avait un programme à la télévision qui réunissait assez facilement ma famille. De fait, parents et enfants trouvaient un égal plaisir à se repaître des enquêtes du lieutenant Columbo. C'était une série policière d'un genre assez nouveau pour l'époque. Contrairement à l'habitude, on savait dès le début qui était le coupable et quel était son mode opératoire.

    Tout le génie de l'intrigue consistait donc, non pas à démasquer le coupable, mais à savoir comment ce diable d'inspecteur fouineur avec son air con-con inoffensif parviendrait à faire ployer le sang-froid du criminel qui semblait avoir réalisé le crime parfait.

    Toujours avec ses airs de ne pas y toucher, par des maladresses calculées, par des questions anodines, par des détails apparemment sans lien avec l'affaire, par une rassurante bonhommie, par un art de faire croire qu'il tombe facilement dans le panneau, le roublard petit lieutenant de police jouait d'estoc et de taille dans la psychologie de son suspect jusqu'à l'excéder, jusqu'à l'exaspérer, jusqu'à lui faire cracher la boulette par inadvertance, jusqu'à le pousser dans ses derniers retranchements et le faire basculer de l'excès de confiance à l'angoisse de savoir son crime révélé au grand jour.

    Eh bien cette série policière d'un genre nouveau (lors de sa création à la fin des années 1960), s'inspirait totalement de la technique narrative d'un roman cent ans plus âgé ; vous avez deviné je suppose : Crime Et Châtiment.

    Effectivement, ici, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski ne cherche à aucun moment à nous dissimuler l'identité du criminel. Il essaie même très patiemment de nous faire pénétrer dans l'intimité de sa psychologie, de son quotidien, de son environnement physique et social, de ses pensées et de ses motivations, dans ses doutes et ses frayeurs d'avant ou d'après crime.

    Le lieutenant Columbo de Crime Et Châtiment s'appelle Porphyre Petrovitch. (Il ne me semble pas que l'on nous donne son nom de famille, seulement qu'il est un cousin de Razoumikhine, autre personnage important du roman. Peut-être l'auteur a-t-il jugé préférable de ne pas embrouiller son lecteur en désignant deux personnages clés sous un même patronyme. En ceci, Dostoïevski diffère de William Faulkner qui lui n'eût certainement pas reculé devant la jouissance de baptiser d'un même nom quatorze Razoumikhine et dix-sept Raskolnikov différents !)

    Pas d'erreur possible, avec Crime Et Châtiment, vous êtes dans du Dostoïevski pur jus, première pression à froid. Du Dostoïevski typique, torturé, illuminé, proche de la folie, entre mystique et politique, mais, ce qui en fait son grand succès auprès des lecteurs, son approche un peu plus aisée que pour ses quatre autres grands romans, c'est qu'il se double d'une enquête policière, qu'on pourrait même catégoriser de thriller psychologique, ce qui le rend plus prenant, plus captivant que d'autres titres comme L'Idiot ou Les Possédés pour le néophyte qui découvre les grandes tragédies romanesques russes du XIXe siècle.

    S'il ne fait pas de doute qu'avec ce roman Dostoïevski signe un roman policier, il ne semble pas non plus faire beaucoup discussion sur le fait qu'il s'agisse également d'un roman social et, d'une certaine manière, politique et philosophique.

    Je pense qu'il serait une erreur que de s'attarder trop sur le protagoniste principal, Raskolnikov, pour comprendre l'essence et les motivations de l'auteur à s'embarquer dans un projet tel que Crime Et Châtiment. Je crois que le sujet principal est contenu dans le titre : le crime en général et le châtiment en général, pas l'histoire particulière d'un quelconque Raskolnikov, aussi intéressant et complexe soit-il.

    Certes, le criminel, cela semble être lui et lui seul, mais quand j'y réfléchis plus attentivement, j'en vois au moins quatre des criminels — criminels à des degrés divers — quatre criminels, donc, et quatre châtiments distincts.

    Le premier criminel auquel je pense, c'est l'ivrogne Marmeladov, coupable de faire sombrer sa famille dans la misère la plus noire, coupable de sucer comme un parasite le moindre rouble de ses proches pour s'aller mettre minable, pour se vautrer dans l'alcool, l'alcool, toujours l'alcool jusqu'à l'écœurement, jusqu'à la déchéance, jusqu'à la honte.

    La seconde criminelle, c'est sa femme, Catherine Ivanovna, elle qui utilise ses enfants pour les tâches les plus avilissantes et même, la plus avilissante de toutes, obliger la fille de son mari, Sophie, à se prostituer. Le criminel, c'est aussi ce très trouble et très obscur Svidrigaïlov, dont on nous fait entendre qu'il n'est probablement pas pour rien dans le décès brutal de sa femme.

    C'est trois-là, augmentés de Raskolnikov bien évidemment, représentent quatre facettes différentes du crime en général. On pourrait encore leur adjoindre les fourbes desseins de Loujine mais je n'insiste pas car ces quatre-là présentent de réelles similitudes.

    La première d'entre-elles, c'est le sentiment de culpabilité. Il existe la loi, il existe le crime avéré ou la honte publique, mais il existe pire encore que tout ça, il existe le propre sentiment de culpabilité, un fardeau qui pèse des tonnes et qui vient de nous-même, une chape de plomb qui vous enfonce chaque jour un peu plus, jusqu'au genoux, jusqu'au ventre, jusqu'au cou, un sentiment qui vous fait ployer mieux que n'importe quel loi, mieux que n'importe quel doigt inquisiteur de la justice, mieux que l'œil réprobateur de n'importe quelle divinité, jusqu'à vous aplatir, jusqu'à vous broyer de l'intérieur, jusqu'à vous faire rendre gorge, jusqu'à vous faire implorer grâce.

    Marmeladov se fait honte au dernier degré d'avoir sombré si bas ; Catherine Ivanovna ne sait plus où se mettre quand elle pense à ce qu'endure Sophie ; Svidrigaïlov a l'argent qui lui brûle les doigts, cet argent qu'il détient de son épouse morte, Svidrigaïlov voudrait avoir l'air léger, détaché mais même en rêve la culpabilité le ronge, le corrode.

    Raskolnikov est extraordinairement plus complexe. Il navigue entre remords et regrets, d'être allé si loin et d'être allé si peu loin, lui qui se voyait la carrure taillée pour les grandes œuvres politiques, le voilà criminel aux abois, par manque de feu, par manque de force, par manque d'ambition réelle, mais surtout sous l’accablement exercé par le poids de la culpabilité, notamment vis-à-vis de sa mère et de sa sœur.

    Dostoïevski nous entraine avec son Raskolnikov sur le terrain idéologique, le socialisme, le nihilisme, le progrès social, le projet révolutionnaire, des terrains sur lesquels il nous remmènera souvent, dans beaucoup de ses romans, un peu comme s'il devait régler des comptes avec le Dostoïevski qu'il a été, le jeune homme politiquement engagé qui fut déporté au bagne durant quatre années et qui, au moment où il écrit ses romans, ne croit probablement plus en grand-chose.

    Ne subsiste que la culpabilité, l'impasse, comme dans Les Possédés, et la soif de rédemption qu'elle suscite. L'heure est alors venue de payer l'addition pour avoir cru pouvoir s'extraire de sa condition. L'heure est venue de subir le châtiment, ce qui me permet de trouver une transition commode pour aborder le second point commun des personnages sus-mentionnés, c'est qu'il ne semble exister que deux issues possibles, deux alternatives et deux seulement : le châtiment suprême, d'une certaine façon le soulagement le plus facile, le plus immédiat, et l'autre, le difficile, le dur à gagner, celui de s'humilier à la face du monde et de chercher son salut dans les canons de la religion, de faire sa conversion de Saul en Paul. Et au terme de ce châtiment, peut-être, une faible lueur : la rédemption...

    On pourrait encore disserter durant bien des heures sur les motivations et les significations de cette œuvre buissonnante, foisonnante mais remarquablement bien construite, où l'on retombe sur ses pieds, on l'on va là où l'auteur a décidé de nous conduire.

    Sans être une fan absolue, j'avoue prendre beaucoup de plaisir à cette lecture (voir le P.S.) qui porte le sceau des grands chefs-d'œuvres puisqu'elle ouvre plus de portes chez son lecteur à la clôture du roman qu'elle n'en a ouverte au départ par sa seule intrigue. Alors, une nouvelle fois, chapeau Dostoïevski.

    Ceci dit, ce que j'exprime ici n'est qu'un avis, un misérable petit avis, qui ne représente pas grand-chose et qui ne prend de sens, si sens il y a, qu'en regard des autres, des très nombreux autres qui jalonnent les pourtours de Babelio.

    P. S. : deux chapitres me paraissent particulièrement exceptionnels quant à leur intensité d'écriture. Il s'agit tout d'abord du double meurtre au chapitre VII de la première partie, et ensuite de la rencontre suffocante entre Dounia et Svidrigaïlov au chapitre V de la sixième partie. Assurément, deux morceaux d'anthologie.

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    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 04/08/2014


    All you need is kill, tome 2 de Hiroshi Sakurazaka

    Second et dernier tome, moins réussi que le premier.

    Après le clifhanger terrible du tome 1 on ouvre sur l'enfance, les motivations et les secrets de Rita. On poursuit ensuite sur la relation qui se noue avec Kenji et leur combat contre les Mimics.

    Moins d'action dans ce tome, dont une part non négligeable, et trop importante d'ailleurs, est réservée à l'histoire de Rita. Tout est expliqué et vous saurez le pourquoi et le comment des boucles temporelles, ainsi que la façon d'en sortir.
    Pour moi, cela manque un peu de consistance, mais peut être est-ce à cause de mon inexpérience en matière de manga.

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 16/08/2014


    Oedipe sur la route de Henry Bauchau

    Henry Bauchau trouve le moyen d'écrire un road-movie antique ! Sacré programme, non ? Son matériau : les bribes de la biographie d'Œdipe, personnage mythologique grec, entre son expulsion de Thèbes et son arrivée à Colone, où il a choisi de venir reposer sous la protection de Thésée.

    Tout le monde ou presque connaît la fameuse légende d'Œdipe, celui qui fut éloigné dès la naissance du trône de son père Laïos suite à la malédiction d'un oracle. Celui qui, devenu adulte, tuera son père (sans savoir qu'il s'agit de lui) et épousera la femme du défunt, Jocaste, c'est-à-dire sa propre mère, après avoir résolu la fameuse énigme de la Sphinx, libérant ainsi Thèbes de la terrible épidémie de peste qui s'abattait sur elle.

    Avec cette femme il aura quatre enfants, deux fils, Étéocle et Polynice, qui s'entretueront pour la couronne de Thèbes, et deux filles, Ismène et Antigone. Cette dernière étant restée célèbre pour son refus d'obtempérer aux injonctions de son oncle Créon, devenu roi après la mort des deux fils d'Œdipe. (Je sais, ce rappel mythologique ultra rapide est sans doute assez indigeste fait à cette allure, mais c'est qu'il n'est pas essentiel pour comprendre la suite.)

    Ce qui nous intéresse ici, c'est ce qu'il adviendra d'Œdipe, le roi aimé de Thèbes, puis le roi banni de Thèbes, lorsqu'informé de son double sacrilège (parricide et inceste) il décidera de se crever les deux yeux et d'aller par les routes, errant comme un mendiant aveugle.

    C'est précisément ici que débute le roman d'Henry Bauchau, d'où son titre, on ne peut plus à propos. Œdipe ne veut rien ni personne pour l'accompagner, il veut errer, il désire mordre la poussière pour expier son crime, si tant est qu'une quelconque expiation soit possible.

    Mais c'est mal connaître les principes et la ténacité de sa fille Antigone, qui se refusera à le laisser vaguer tout seul par les campagnes. C'est un voyage très symbolique auquel l'auteur nous convie. Il rallume, complète ou invente des légendes ou des personnages auxquels il donne corps et psychologie.

    Au travers de certaines digressions, notamment autour de l'histoire personnelle de Clios ou du peuple des hautes collines, Henry Bauchau recrée tout un univers à l'antique, mais avec des problématiques bien actuelles. On n'est peut être pas si loin que cela d'un conte philosophique moderne à la Candide.

    Il y a beaucoup de place pour l'interprétation, mais j'y vois pour ma part, avec mes yeux d'aveugle, une parabole sur le sens de nos existences. Nous sommes tous des Œdipe, frappés de cécité, errant au hasard parmi les vicissitudes de l'existence et de la destinée.

    La gloire ? Le pouvoir ? La renommée ? Fariboles ! Tout disparaîtra. Le monde, la folie du monde, est symbolisée par la vague, la gigantesque vague qu'Œdipe, Clios et Antigone sculptent dans la falaise et surmontent d'un phare pour guider les âmes perdues. Cette vague de folie qui peut vous retourner à chaque instant, vous submerger, vous anéantir même si vous êtes attentif.

    Dans cette sculpture, le pilote est aveugle et ne peut compter que sur les bras vigoureux des rameurs pour sortir de la tourmente mais sur ses lèvres, presque imperceptible, l'amorce d'un sourire, un reste de confiance, une pincée d'espoir... Cela ne vous rappelle pas un certain : " Il faut cultiver son jardin " ? Des choses simples, la saine fatigue du labeur honnête, les relations vraies, le respect, l'art, l'amour et la conscience qu'on n'est qu'un mortel.

    Voilà ce à quoi Œdipe aspire, un Œdipe auquel Henry Bauchau donne parfois des faux airs de Gilgamesh. Un géant qui a tout perdu de son pouvoir et de sa superbe et pourtant qui est heureux. Il donne et il reçoit et il cherche sa voie en donnant de la voix, chantant à qui veut l'entendre, la philosophie issue de sa vie. Les gens s'amendent à son contact tout comme lui s'améliore au leur, c'est un échange, c'est la vie.

    C'est la vie telle que nous la chante l'aède Henry Bauchau dans une langue française irréprochable, volontairement sobre, très sobre, extraordinairement sobre, presque privée d'adjectifs, presque privée d'emphase ou de figures de style pimpantes. Cela confine parfois à la poésie extrême-orientale des haïkus, mais juste par instants, par touches très fines et subtiles. Il est à l'écriture ce que Miles Davis était à la trompette : un virtuose puriste.

    Certes, on n'est pas obligé d'aimer Miles Davis, tout comme j'ai un amour mesuré pour l'écriture de Bauchau, mais force est de constater que dans son style, c'est bien fait et c'est beau. Ce qui me dérange, personnellement, c'est justement le côté impersonnel, désincarné, froid.

    Ça manque de peps à mon goût, d'adrénaline, de saines chaleurs et d'arc-en-ciel. C'est un marbre et j'aime le feu, d'où mes trois étoiles seulement, mais il ne me viendrait pas à l'idée d'amoindrir cette prose que je trouve de qualité. C'est juste que je ne m'y reconnais pas vraiment.

    Un autre pan intéressant de la narration est l'intensité, l'épaisseur et l'évolution des relations qui unissent les trois personnages centraux de l'histoire : Œdipe, Antigone et Clios. Mélange de respect filial et d'amours inavouées entrelacés et interconnectés qui ne cessent d'évoluer et de fluctuer par vague en fonction des marées et des tempêtes éventuelles.

    En somme, des remparts de Thèbes jusqu'à Colone, sur les traces de Sophocle et de quelques autres, je vous invite à allez rejoindre Henry Bauchau si le cœur vous en dit, à cheminer à l'aveugle sur ces sentiers poussiéreux et inondés de soleil d'une Grèce évaporée depuis des siècles. Et n'oubliez pas que ce que j'exprime ici bas n'est qu'un misérable avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 02/08/2014


    Bonjour, petite grive de Mary-Lyn Ray

    Il est des livres qui sont comme des parenthèses, qui ouvrent, l'espace d'un instant, les deux battants de la porte de nos souvenirs, de nos sensations enfouies depuis la lointaine enfance et qu'on avait crues évanouies, évaporées, mangées par la vie et son quotidien de plomb.

    En ouvrant et feuilletant ce joli petit album, j'ai ouvert sans le savoir une porte sur un pan oublié de mon existence, une autre vie pourrait-on dire, tellement elle me semble éloignée, tellement je me trouve changée depuis lors. Cette époque était celle où, durant de longues heures de solitude à la campagne, dans ma verdoyante Normandie natale, je regardais les oiseaux, blottie au pied d'une haie malingre, où pas un arbre digne de ce nom n'osait hisser sa cime mais ou de méchants arbustes laissaient pendre leurs branches faibles, ornées de baies rougeoyantes.

    Dans les sorbiers, dans les aubépines et dans quelques autres encore, quand la saison y était, venaient par grappes entières des flocons de grives, des nuées de grives qui s'agglutinaient les unes aux autres, formant un nouveau feuillage là où le feuillage avait disparu. On en comptait quatre espèces différentes ; deux grosses, les draines et les litornes, et deux petites, les mauvis et les musiciennes.

    Combien d'heures ai-je passées à les observer, à les compter, à les admirer voleter de branche en branche, faire ployer sous leur poids les rameaux constellés de baies rouges ou orange ? Je ne saurais le dire. À d'aucuns, ce souvenir pourrait sembler vain, pour moi, c'est un grand souvenir, et c'est ce souvenir qu'a fait rejaillir l'auteur de ce livre, l'Américaine Mary Lyn Ray.

    Je tiens de suite à préciser que l'album est servi par de sublimes illustrations de Peter Sylvada, dont chacune ou presque pourrait tenir sa place dans un musée d'art avec des ambiances entre Hopper, Caillebotte et Goya, d'un effet sensationnel.

    Il s'agit ici d'une espèce de grive nord-américaine qui est dépeinte au travers des attentes de deux jeunes garçons, l'un au sud du Canada, l'autre, quelque part en Amérique centrale. L'un et l'autre s'émerveillent, à tour de rôle, des mélodies de la grive des bois, oiseau terne s'il en est de par sa livrée mais au chant d'une émouvante limpidité.

    L'un et l'autre, habitants des campagnes, parviennent à dissuader leur père de couper les arbres dans lesquels viennent chaque année chanter les grives. C'est simple, c'est sans prétention, mais ça évoque admirablement tout le phénomène de la migration. Je précise encore qu'avant l'album à proprement parler, une longue note introductive de l'auteur donne des éléments scientifiques et documentaires à propos de la migration de l'espèce considérée.

    Je signale enfin que l'album est soutenu par Amnesty International, probablement pour son rapport évident à la liberté et à la fraternité entre les enfants de la terre dont l'oiseau symbolise le lien. Lien, une fois encore, extraordinairement fragile puisque cette espèce, comme tant d'autres, est cruellement menacée, non tellement par la chasse mais plutôt par la destruction méthodique et programmée de son habitat naturel par la magie des hommes...

    En somme, un très bel album que je salue bien bas, mais ce n'est là qu'un simple avis, un malheureux petit avis migrateur, c'est-à-dire, bien peu de chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 18/08/2014


    Les Chroniques de Krondor (La Guerre de la Faille), Tome 1 : Magicien (partie 1 : Pug l'apprenti) de Raymond Feist

    Classique mais prenant.
    Krondor. Une fantasy classique commencée en 1982, comportant plus de 20 tomes et dont le dernier est paru en 2013.
    Pug l'apprenti est la première sous-partie du roman original : Magicien (je vous fait grâce des rééditions et corrections de l'auteur).

    Dans un univers moyenâgeux avec humains, elfes, gobelins, nains (les habituels, avec qualités et défauts, grands beaux, petits teigneux, méchants, bêtes, gentils, mines de la moria (ah, non je confonds), dans le désordre), une originalité, l'assaillant de l'histoire sera un peuple d'un monde parallèle, issu d'une faille dimensionnelle (d'où le sous-titre de la guerre de la faille), les Tsuranis.
    Pug, 13 ans, orphelin et doté de toutes les qualité du héros classique est choisi comme apprenti de Kulgan, maître magicien au service du Duc de Crydee. Avec son ami tomas, destiné à devenir soldat, ce sont eux qui découvrent la menace et accompagneront donc leurs maîtres à travers le pays pour informer le roi et lever des troupes, pour une guerre qui semble (et sera) inévitable.

    On est certes loin de la fantasy en vogue aujourd'hui, hyper réaliste, noire à la GoT ou Abercrombie. C'est de la fantasy d'autrefois, tolkienne, sans sexe, bon enfant où, même lorsque les combats font rage et le sang coule à flots, c'est le sentiment d'honneur au combat et la bravoure qui ressortent et non les intestins des éventrés et odeurs d'excréments des mourants.
    Cela dit, cela a été écrit en 1982 et Feist a su nous embarquer dans son histoire et son monde original. Les personnages sont un peu survolés, mais l'histoire se tient et est bien équilibrée entre une première partie sur l'apprentissage de Pug, une seconde de voyage dangereux et mouvementé et une dernière de guerre épique.

    Une premier opus prenant donc, qui se lit très facilement (au point que j'ai cru au début avoir à faire à une littérature jeunesse, avant que l'histoire ne se densifie, complexifie et se politise un peu), qui nous embarque et nous tient en haleine jusqu'à la fin. Un bon moment d'Heroic Fantasy.
    Deuxième partie de Magicien : Milamber le mage.

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    • Livres 1.00/5
    Par carre, le 08/08/2014


    Les gens heureux lisent et boivent du café de Agnès Martin-Lugand

    Et bien voilà un nouveau mystère total pour moi. Comment un livre aussi mal écrit, d’une lourdeur et d’une banalité rare a-t-il pu rencontrer un si large public ?
    Le sujet ? Parlons-en. Comment se reconstruire après un double deuil qui vous laisse dévasté ? non en faite pas grand-chose à espérer de ce côté-là. Ce n’est qu’un prétexte vite oublié en cours de route.
    Un départ à l’étranger comme échappatoire pour se reconstruire dans la pluvieuse et herbeuse Irlande ? loupé là aussi. On notera le talent, non pardon le néant pour décrire la découverte de cet ailleurs.
    Le cœur qui se remets à vibrer devant un irlandais rustre et roux ? (dans l’autre sens ça marche aussi). Encore raté.
    Non, Agnès Martin-Lugand nous offre une bluette niaise, affligeante, accumulant dialogues et scénettes d’une rare pauvreté.
    Même la description du pub du village est nulle. Patron, une Guinness, une vrai, j’ai besoin d’un sacré remontant.

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 17/08/2014


    Moïra de Julien Green

    Moïra est un court roman de Julien Green fragmenté en brefs chapitres dont la lecture est aisée, je n'irai pas jusqu'à prétendre " agréable " car cette lecture ne m'a jamais vraiment captivée. Aisée donc pour moi uniquement parce qu'elle est courte.

    Le protagoniste principal est Joseph Day, un jeune étudiant ayant quitté la boue et la poussière de ses collines natales pour venir étudier le grec ancien (afin, précise-t-il, de pouvoir enfin lire les évangiles dans leur forme originale) à l'université dans une grande ville du sud des États-Unis en 1920.

    Croyant et puritain jusqu'à la racine du crin, la découverte de " La Grande Ville " et de ses " dépravations " (aussi insignifiantes soient-elles) vont renforcer chez lui le côté extrême et jusqu'au-boutiste de sa ferveur religieuse. (Qu'on qualifierait aujourd'hui d'intégrisme religieux.)

    Il va vite se retrouver en marge de la vie étudiante par cette attitude à rebours de l'époque et des activités des étudiants de son âge. Qu'en sera-t-il quand le démon de la tentation charnelle, incarnée par Moïra, s'emparera de notre saint apôtre ?...

    Je vous laisse le découvrir... ou ne pas le découvrir, car cette lecture ne me semble pas indispensable, loin sans faut, avec son discours ultra-chrétien qui me sort par tous les pores. Cependant, il semble que ce livre soit considéré par certains comme un des grands chefs-d'œuvre du XXème siècle, donc, encore une fois, c'est à vous de voir. Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 01/08/2014


    Joyland de Stephen King

    Devin Jones, à 21 ans, vient de terminer son année scolaire. Quoi de plus naturel que de trouver un boulot pour occuper tout l'été qui approche et aussi aider un peu son papa, veuf depuis plusieurs années. Alors qu'il prévoyait de rester auprès de sa dulcinée Wendy Keegan qu'il a rencontrée sur les bancs de l'université du New Hampshire, celle-ci le lâche pour aller travailler à Boston avec son amie Renée. Par le plus grand des hasards, il tombe sur une offre d'emploi dans un magasin annonçant laconiquement "Travaillez plus près du ciel!". Il décide de se présenter à l'entretien d'embauche et miracle, Fred, le recruteur, le retient. C'est dans ce parc d'attraction, en Caroline du Nord, que ce jeune homme, des rêves d'écriture pleins la tête, va passer son plus bel été. Entouré de forains abusant de la "parlure", de la voyante Fortuna qui, semble-t-il, ne raconte pas que des boniments, de ses amis Tom et Erin, du fantôme de Linday Gray qui hante encore La Maison de L'Horreur, des années après son assassinat, Devin va "vendre du bonheur" et, par là-même, s'en payer une bonne tranche...

    Si vous voulez voir au plus près du ciel sur la Carolina Spin, déambuler dans Joyland Avenue en dévorant un Hot-Puppy, vous faire prendre en photo par une belle Hollywood Girl, monter à bord de la navette du Chien Gentil ou serrer la patte de Howie, pénétrez dans ce parc d'attraction, le bien-nommé Joyland! Devin, alias Jonesy, se livre, quarante plus tard, et nous raconte cet été qui l'a tant marqué. Des rencontres fabuleuses, improbables ou riches, un fantôme plus vrai que nature, des amitiés sincères à l'amour, il va découvrir la vie. Stephen King nous livre un roman d'apprentissage où l'on suit pas à pas ce jeune homme, en proie à ses doutes, curieux, plein de vie et enthousiaste. Les différents protagonistes aux fortes personnalités sont riches, l'ambiance de fête foraine délectable, l'époque merveilleusement dépeinte, le suspense croissant et les émotions bien présentes. Le Maître de l'Horreur signe là un roman à la fois touchant et fantastique. 

    Joyland... Entrée libre...

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 03/08/2014


    Tout ce que j'aimais de Siri Hustvedt

    Deux couples, Léo (le narrateur) et Erica d’un côté, Bill et Violet de l’autre vivent une amitié sans nuages, mais plusieurs évènements dramatiques viennent bouleverser leurs existences.
    Siri Hustvedt nous offre une plongée dans le New York artistique et intellectuel dans les années soixante dix.
    L’amitié, le désir, le deuil, le mensonge, la maladie, l’addiction mais aussi l’art contemporain et ces dérives. Il faut accepter de se perdre dans cette histoire tant l’écriture est dense, exigeante. D‘une grande sensibilité aussi.
    Mais « Tout ce que j’aimais » est aussi un roman extrêmement pessimiste. Siri Hustvedt offre une réflexion sur le temps qui passe inévitablement douloureux. Elle le fait avec un talent et une finesse psychologique remarquables. Une belle découverte même si son livre m’a donné le blues. Préparez vos mouchoirs.

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, hier


    Je n'ai pas toujours été un vieux con de Alexandre Feraga

    Léon, un ancêtre, un croulant, un soixante-dix huit tours, a été sauvé des flammes de son appartement par son abruti de voisin. Rien n'a pu être sauvé de l'incendie à part son vieux transistor. Avec sa fracture bassin hanche, impossible pour lui de rester seul car de toute façon, il n'a personne pour l'héberger. Voilà comment il est arrivé aux Primevères, cette maison de repos/maison de retraite/mouroir, cloué à son fauteuil roulant. Heureusement, la belle infirmière Marylin est à ses petits soins, Marylin et son cul à en faire tomber plus d'un. Mais, il y a aussi la vieille Camus, la folle au talon, à lui raconter en long, en large et en travers son passé avec feu son mari et le kiné binoclard pas vraiment tendre avec lui. Et, il y a également Jack, le féru de lecture, devenu aussitôt son meilleur ami et Roger, le roi de la débrouille, adepte du saucisson/pinard. Devenus inséparables, ces trois amis vont vivre des aventures passionnantes et extravagantes. 

    Bienvenue aux Primevères... Avec ces patients tous aussi burlesques ou déjantés, l'on ne risque pas de s'ennuyer pendant notre séjour. Entre la vieille folle, le peintre qui ne peint pas ou la petite dame qui attend tous les jours, manteau sur les genoux, qu'on vienne la chercher et ces trois lascars, Alexandre Feraga nous dresse des portraits de vieux chnoques terriblement attachants. Pas un pour rattraper l'autre. Alternant les chapitres où l'auteur décrit le séjour de Léon dans cet établissement et son passé, l'on suit pas à pas la vie de ce vieux roublard qui a roulé sa bosse. Mais, inévitablement, la mort est au bout du chemin, alors il faut faire avec. C'est peut-être le moment de faire table rase du passé. Cynique, manquant de diplomatie, jamais la langue dans sa poche et lucide comme jamais sur sa vie et ce qui l'attend, ce bon vieux Léon nous fait passer un séjour agréable et captivant. De son enfance compliquée à sa vie de bourlingueur, il se livre avec passion. A la fois tendre, impertinent, jouissif et riche, ce roman à l'écriture enlevée et directe, offre une belle leçon d'humanité. 

    Je n'ai pas toujours été un vieux con... ni un jeune con...

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 13/08/2014


    La Saga des Sept Soleils : Intégrale de Kevin J. Anderson

    Très grosse intégrale qui regroupe sept tomes :

    L'empire caché :
    Très rapidement le décor est posé; Un empire humain ambitieux, orgueilleux et avide de puissance organisé en empire commercial : La ligue hanséatique terrienne, un empire extra-terrestre Ildiran, plus posé mais en déclin (ce qui ne signifie pas naïf et sans défense), les vagabonds, groupe d'humains indépendants et plus puissants qu'ils ne veulent bien paraître, une race disparue : les kikliss qui ont laissé derrière eux des robots bien énigmatiques et enfin une trouvaille, Théroc, un monde vert où la forêt semi-consciente vit en symbiose avec les humains qui s'y sont installés et qui a pour particularité de permettre la communication instantanée en tous points de la galaxie où elle est présente.
    L'Ennemi (de ce premier tome) : Les hydrogues habitants des géantes gazeuses.

    Le roman est organisé en chapitres très courts portant à chaque fois sur un personnage en particulier, ce qui va permettre à l'auteur de développer la trame de son histoire en abordant tous les points de vue (à l'exception notable de l'Ennemi).
    Si le premier tiers, voire la première moitié du livre fait un peu catalogue de présentation, il n'en n'est pas pour autant désagréable à lire, au contraire. Le style fluide, clair, et la découverte progressive de l'univers dans lequel évoluent les personnages en font une distraction plus qu'honorable.
    La seconde partie du livre, qui se termine par ailleurs par un beau clifhanger, plus orientée action, conclue avec brio ce premier tome et donne envie de connaître la suite.
    Des personnages attachants, une histoire intéressante dans un univers flamboyant font de ce premier tome, comme l'indique Starlog sur le quatrième de couverture, un space opera de divertissement idéal.

    Une forêt d'étoiles :
    Dans le premier tome on faisait connaissance avec l'univers crée par l'auteur à travers plusieurs personnages que l'on continue à suivre dans cet ouvrage. Ils gagnent ainsi en profondeur et deviennent vraiment attachants.
    Le style toujours très simple, fluide et clair, associé à des chapitres très courts (3 à 5 pages) sautant d'un personnage à l'autre, font que l'on ne s'ennuie pas une seconde.

    Heureusement, car il faut bien dire qu'il ne se passe pas grand chose dans cet épisode, en dehors des explications assez tardives du comportement erratique des hydrogues et des robots Kikliss dans une guerre ancestrale dont les humains et les Ildirans ne pourraient bien être que de vulgaires et insignifiants spectateurs.

    En conclusion, un tome assez divertissant malgré ses défauts.

    Tempêtes sur l'horizon :
    La baisse de rythme se poursuit :
    Où avions-nous laissé nos héros ?
    Théroc a été attaquée par les hydrogues et sauvée de l’annihilation par les faeros et la flotte humaine (dont Tasia).
    Jora'h est devenu le Mage Imperator, prenant conscience de l'ampleur de sa tache en même temps que les lourds secrets de sa race (dont le devenir de Nina).
    Le Roi Peter s'est marié avec Estarra de Théroc dont il est épris. Il s'oppose désormais quasi ouvertement au président de la Hanse Basil qui a tenté de le faire assassiner.
    Jess a bu l'essence des Wentals et est devenu surpuissant.

    Et que se passe-t-il dans ce tome ? Et bien pas grand chose. Durant les 400 premières pages, l'auteur ne fait que consolider les positions acquises et développe doucement l'antagonisme de la Hanse envers les Vagabonds. Le rythme ne commence à s'emballer que durant les 100 dernières pages.
    Ne vous attendez pas à de grandes révélations. Ce n'est pas pour cette fois.

    Malgré tout la lecture est toujours aussi aisée, aidée en cela par ces chapitres très courts de deux à 5 feuillets portant à chaque fois sur un personnage différent. On reste intéressé par le devenir de nos héros.
    Espérons que l'auteur à travers ce récit met en place, ou du moins continue la mise en place.

    Soleils éclatés :
    Je ne vous dirais rien de ce qui se passe dans ce tome. Oh, rassurez-vous (ou inquiétez-vous d'ailleurs), pas de surprise de dernière minute, pas d'explosion d'originalité ou de cri d'extase devant la puissance de l'intrigue...
    La série a pris son rythme de croisière et le contenu, tant dans la forme que le fond est similaire aux trois premiers tomes.
    Un style fluide et agréable à lire, un intérêt certain pour le devenir de nos héros dont les destinées s'entremêlent de plus en plus.
    La saga des sept soleils reste un space opera de divertissement (idéal dirait Starlog), assez ambitieux malgré tout et suffisamment bien construit pour ne pas lasser le lecteur que je suis et qui a bien l'intention d'aller jusqu'au bout.

    Ombres et flammes : Enfin un peu d'action
    Après quatre premiers tomes en dent de scie, ce cinquième opus nous offre de beaux moments d'action.

    Faeros, Hydrogues, Wentals, Verdanis, Vagabonds, Forces Terrestres de Défense, Ildirans, Robots Kikliss. Tous se jettent dans une ultime bataille. Ça attaque à tout va dans le bras spiral.

    Que dire sur l'histoire, le style de l'auteur après cinq tomes ? Si on en est là, c'est qu'on aime, au moins un peu et on a bien l'intention d'aller jusqu'au bout.
    On se replonge avec plaisir dans l'univers très riche et très dense de l'auteur, dans un tome plus rythmé que les précédents qui va voir un aboutissement : La fin des Hydrogues. A ce propos, d'ailleurs, je rejoins la plupart des critiques à ce sujet. Une fin trop rapide, certains diront bâclée. L'ultime (?) ennemi de l'humanité aurait mérité une fin plus explosive. Gageons que les deux derniers tomes verront apparaître de nouvelles menaces (on vous dit qui ce sera à la fin de ce tome...).
    Le conflit entre le président Basil Wenceslas et le Roi Peter, qui commençait également à devenir répétitif et pesant, en l'état, trouvera un nouveau terrain de discorde impliquant toute l'humanité.

    Un essaim d'acier :
    Dans ce tome, Après la fin des hydrogues, le retour des Kikliss, qui seront les grands méchants pour cette fois. On laissera les Faeros pour la confrontation finale de l'ultime opus.
    La hanse a explosé politiquement avec la naissance d'une confédération regroupant Théroc, les vagabonds et tous ceux qui veulent y adhérer sous la bienveillante direction du roi Peter et la confrontation, guerre civile, est inévitable.

    146 chapitres pour 555 pages. Et à chaque nouveau chapitre on change de personnage et de fil d'histoire. Et après 6 livres à ce régime là, mes sentiments ont plusieurs fois changé de camp, mitigés et contradictoires. Ce qui a pu m'agacer un temps me plaît au suivant. On alterne entre le décousu, l'intérêt sans cesse renouvelé et savamment entretenu, le décrochage et l'absence de lassitude. Bon certains fils sont plus intéressants que d'autres et ces si courts chapitres nous permettent de ne pas trop nous appesantir.
    En fait, je comparerais cette série à une bonne vieille paire de charentaises. Vieilles et fatiguées, mais on est tellement bien dedans le soir après le boulot.

    Ça ronronne, ça déroule, on prend plaisir à retrouver nos personnages préférés. On n'est pas beaucoup plus avancé après la lecture qu'avant, mais on a pris malgré tout du plaisir à lire l'histoire...
    Il est quand même temps d'en finir.

    Mondes en cendres :
    L'ultime bataille entre faeros, hydrogues (non non, ils ne sont pas morts), verdanis, wentals, kikliss, robots kikliss, ildirans et humains (de la hanse et de la confédération) se déroule dans cet ultime opus. Trahisons (ou prises de conscience) en cascade, retournements de situation à la pelle. Au moins, un épisode digne de l'ampleur de l’œuvre.

    Oui, c'est parfois téléphoné, oui c'est naïf, des incohérences, des deus ex machina à foison. Des armes ultimes développées en vingt quatre heures par un homme seul, capables d'éradiquer une espèce pluri-millénaire présente dans toute la galaxie, dignes des pires space opera d'avant guerre.
    Mais au final, il me restera de cette saga un agréable souvenir, des heures d'une lecture agréable qui ne donne pas mal à la tête.

    Bref : Il faut donner sa chance à cette saga.

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    • Livres 5.00/5
    Par andman, le 09/08/2014


    Le problème Spinoza de Irvin Yalom

    Irvin Yalom fait partie des auteurs dont le lectorat exigeant et habité de questionnements existentiels apprécie le talent de vulgarisation.

    L'idée de faire cohabiter dans un même roman Baruch Spinoza, le philosophe du 17ème siècle, et Alfred Rosenberg, l’idéologue du national-socialisme, est pour le moins originale. Irvin Yalom prend visiblement plaisir à relever les défis audacieux et son roman ''Le problème Spinoza'' met en parallèle le parcours de vie de deux hommes à trois siècles d’intervalle, deux hommes que tout sépare hormis peut-être la célébrité posthume.
    Deux essais, le premier complexe, le second effrayant, ont servi de base à cette œuvre romanesque. Psychiatre de formation et féru de philosophie, Irvin Yalom a trouvé tour à tour dans “l’Éthique” de Spinoza et dans “Le Mythe du vingtième siècle” de Rosenberg le terreau inspirateur à ce roman qui restitue alternativement d’un chapitre à l’autre la pensée du philosophe juif et celle du criminel nazi.

    Rationaliste par excellence, Spinoza croyait à une religion universelle de la raison dans laquelle Dieu est la Nature. Pour Spinoza il n’y a pas de bonheur éternel dans l’au-delà, parce que l’au-delà n’existe pas. Son excommunication à l’âge de 24 ans par la communauté juive d’Amsterdam l’obligera à adopter une condition de paria jusqu’à la fin de sa vie. Cet inconfort extrême ne l’empêchera pas de poser les bases d’une philosophie novatrice et d’être reconnu comme un précurseur des Lumières. Depuis lors, beaucoup se reconnaissent dans le spinozisme, ainsi l’illustre Goethe vénérait-il la pensée de Spinoza.

    C’est bien là que le bât blesse et le théoricien nazi Rosenberg se perd en conjectures : comment le grand Goethe, l’emblème, la fierté du peuple allemand depuis un siècle, a-t-il pu être subjugué par les écrits d’un juif ? Comment a-t-il pu écrire que Spinoza était un être remarquable ?
    Adepte depuis l'adolescence des thèses racialistes de l’écrivain Chamberlain selon lequel subsiste à l’état pur en Allemagne une race supérieure, Rosenberg sera obnubilé sa vie durant par la préservation de cette soi-disant pureté de la race aryenne. Il pensait déjà dans les années vingt que la question juive ne serait résolue que le jour où le dernier juif aurait quitté le grand espace allemand.
    Le délire paranoïaque de Rosenberg verra son ultime concrétisation deux décennies plus tard dans l’horreur de la “Solution finale”.

    Spinoza et Rosenberg épanchent leurs états d’âme respectifs auprès de personnages fictifs tout droit sortis de l’imagination de l’auteur. Des esprits chagrins ne manqueront pas de souligner la grande latitude avec laquelle Irvin Yalom revisite l’Histoire. Qu’importe ! La grande majorité des lecteurs devrait apprécier la construction savamment étudiée de ce roman.
    “Le Problème Spinoza” semble dépasser les bornes du roman historique mais les fantaisies de l’écrivain ne sont jamais hors du champ du plausible.

    Il est rare de trouver un livre à ce point passionnant de bout en bout et la pensée de Spinoza traduite par Irvin Yalom est d’une incroyable limpidité comme en témoigne ce court extrait :
    ”Il semble paradoxal de dire que les hommes sont plus utiles les uns aux autres quand ils suivent chacun leur propre chemin. Mais il en va ainsi lorsqu’il s’agit d’hommes de raison. Un égoïsme éclairé mène à l’entraide. Nous avons tous en commun cette capacité à raisonner, et le vrai paradis sur terre adviendra le jour où notre engagement à comprendre la Nature, ou Dieu, remplacera toutes les autres attaches, qu’elles soient religieuses, culturelles ou nationales.”

    Les espérances utopiques du grand philosophe ne sont malheureusement pas près de se réaliser. L’actualité apporte chaque jour son lot de malheurs et la barbarie des hommes semble sans limite et sans fin comme si les enseignements tirés des périodes les plus sombres de l’Histoire étaient vite oubliés.

    Heureusement, quelques artistes arrivent encore de temps à autre à éveiller les consciences par leur faculté à entrevoir la face cachée des choses, à mettre en lumière l’inacceptable.
    Un portraitiste du clair-obscur aurait peut-être été le plus à même de saisir l’âme tourmentée de l’idéologue nazi Rosenberg, de transposer sur la toile sa terrifiante noirceur !

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 01/08/2014


    Chroniques de l'Armageddon, tome 3 : Opération zombie de J. L. Bourne

    Troisième et dernier tome des aventures de Kilroy.

    Nous allons suivre cette fois le commando Phoenix à la reconquête de l'hôtel 23 suite à son abandon, le commando Hourglass, parti à l'assaut de la chine, suite aux révélations de la fin du tome 2, une petite équipe en arctique et Kilroy et Saien qui font la liaison et tenir la mayonnaise à bord du porte-avion puis du sous-marin.

    Après un premier opus assez intime, seul ou presque avec notre héros, un second plus, survie de groupe, l'auteur poursuit sur sa lancée et nous offre une vision plus globale de son univers.
    Avant toute chose, il faut faire le deuil des deux premiers tomes. Ce troisième livre n'est pas mauvais. Non, il est juste assez fondamentalement différent de ce qu'on avait lu avant du même auteur, et si on n'est pas préparé à ce changement, on est forcément déçu. Fini le journal intime, on revient à la trame classique, basique même du roman d'action zombie. Action et shootage à tout va de notre ami Zack par des équipes militaires solides et efficaces.
    Quelques points noirs malgré tout : Nos deux héros font de la figuration dans ce dernier opus. Un groupe de méchant (Remote6) peu crédible, dommage. Une fin réellement bâclée qui tombe comme un cheveu sur la soupe et expédiée en quelques pages, explications comprises alors que l'auteur nous l'a vendue comme l'opération du siècle dernière chance de l'humanité et tous les superlatifs.

    Bref, sympa à lire, mais clairement le moins bon des trois.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 11/08/2014


    L'Hérésie d'Horus, Tome 4 : La fuite de l'Eisenstein : L'Hérésie s'étend de James Swallow

    Dernier tome de la quadrilogie de départ de la série « l'hérésie d'Horus » dans l'univers Warhammer 40.000.

    Après trois premier opus centrés sur Horus et son entourage, l'histoire s'intéresse à un capitaine de bataille de la Death Guard. Dans un temps concomitant à « la galaxie en flamme ». Nous allons suivre Garro, qui va prendre conscience de la trahison d'Horus et de celle de son primarque et tenter d'en informer l'Empereur sur Terra, en s'enfuyant à bord de l'Eisentstein.

    Contrairement à ce qu'on pourrait penser (en lisant ça et là), ce tome est une réussite. Indispensable car il révèle l'hérésie d'Horus. Plein d'action et plus d'humour (guerrier bien sûr), du moins au début, que les précédents plus sombres.
    Certes, c'est très manichéen, comme l'ensemble de la série d'ailleurs, et peut être encore plus ici, mais on trouve ce qu'on vient chercher.

    La suite : Fulgrim.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/08/2014


    Le barbier de Séville de Beaumarchais

    Beaumarchais est l'un de ces esprits rares, aux talents multiples, qui réussissent ou peu s'en faut dans tout ce qu'ils entreprennent. Ici nous avons affaire à sa première pièce : coup d'essai ? coup de maître !

    C'est vrai qu'elle n'est pas parfaite, c'est vrai qu'il a fallu que son auteur la remanie in extremis, la faisant maigrir en cinq jours de cinq actes à quatre après un premier accueil maussade. Et l'intelligence de Pierre Caron de Beaumarchais et d'avoir su percevoir ce qui était de trop, de la passer au tamis, dans retirer les gros grains et de n'en garder que la fine fleur.

    Car ce qui marque en premier, c'est la finesse de l'élocution, c'est la pétillance des personnages, c'est l'étincelance des répliques et la justesse des réparties. J'y vois une très heureuse transition entre le mordant d'un Voltaire et la légèreté du vaudeville au XIXème.

    Le personnage de Figaro réinvente le type du valet rusé et truculent, l'Arlequin de Marivaux ou le Scapin de Molière. Il est pourtant encore assez discret dans ce premier opus de ce qui deviendra une trilogie et qui verra son point culminant dans le célébrissime Mariage De Figaro.

    Pourquoi Beaumarchais choisit-il ce titre étonnant puisque Figaro y joue encore un rôle secondaire ? Probablement parce qu'à travers sa voix, c'est celle de son auteur qu'on entend. C'est lui l'homme au mille casquettes, horloger, maître de chant, écrivain, homme d'affaires, c'est lui le barbier de Séville, le valet des puissants, qui par son vif esprit, parvient à toujours retomber sur ses pieds et à s'élever socialement et financièrement.

    Le comte Almaviva, grand notable madrilène, fatigué des beautés mondaines qui s'offrent à lui remarque un jour une jeune fille nommée Rosine qui lui semble d'une autre essence. Cependant, à peine aperçue, la jeune fille s'est volatilisée. Il mettra six mois à la retrouver, à l'autre bout du royaume, à Séville.

    Ne souhaitant pas se faire aimer pour sa condition ou pour sa fortune, c'est sous l'habit d'un simple étudiant qu'il veut se présenter à elle et être aimé, si possible, pour lui-même. Mais la tâche s'annonce rude car la belle Rosine, orpheline de longue date est la pupille d'un dénommé Bartholo, vieux médecin jaloux et acariâtre, qui l'a élevée dans le but d'en faire son épouse.

    D'une jalousie confinant à la paranoïa, Bartholo est continuellement aux aguets, verrouille toutes les issues et motive ses troupes à ouvrir l'œil pour surveiller son trésor de jeune fille à marier. L'approche s'annonce donc difficile pour l'amoureux jeune comte Almaviva.

    C'est alors que surgit pour lui une vieille connaissance, Figaro, qui fut son serviteur naguère à Madrid et dont il a gardé l'image d'un fripon. Celui-ci est devenu barbier ici à Séville et a ses entrées chez le docteur Bartholo, en qualités non seulement de barbier, mais aussi plus ou moins d'apothicaire et d'homme à tout faire.

    Figaro acceptera-t-il de se faire graisser la patte pour apporter son concours au comte amoureux ? Profitera-t-il de l'occasion ? Le vieux Bartholo, mi-docteur mi-geôlier se fera-t-il rouler ? La belle Rosine tombera-t-elle amoureuse ? Autant de questions et quelques autres encore que je laisse volontiers en suspens pour ceux qui auraient envie soit de relire, soit de découvrir l'un de nos beaux classiques du XVIIIe s.

    Je m'arrête ici de mon avis tordu de peur de vous barber de ses vrilles et vous rappelle, s'il était besoin, que ça ne représente pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 01/08/2014


    The Cape : 1969 de Jason Ciamarella

    Vous voulez connaitre les origines de « La Cape » ? Joe Hill s’en charge. Cette fameuse année n’a rien d’érotique comme le chantait Jane Birkin. En plein bourbier Viêt-Cong, Gordon Chase est pilote d’hélico. Alors que les plaisanteries entre soldats vont bon train, la rigolade tourne à la tragédie et à l’horreur. Efficacité, tel est le maitre mot de cet excellent préquel ou Joe Hill nous prend par le colbac dès les premières pages. Immersion totale dans l’horreur absolue de la guerre avec une efficacité garantie. Aidé en cela par la noirceur et le réalisme des dessins de Nelson Daniel, pas le moindre répit pour le lecteur. Et lorsque Gordon Chase devient un être froid et vengeur, l’intensité est à son comble. Une plongée hallucinante teintée de fantastique qui vous laisse sans voix, devant tant de cruauté. Hill c’est du solide et les dessins de Nelson n’on rien de « Melody » (pour conclure avec Gainsbourg). Hill une valeur sure, The Cape un avenir radieux.

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