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Critiques les plus appréciées

Octobre rouge
29 novembre 2016
Octobre rouge de Tom Clancy
  • 3/ 5
Le premier roman de l'auteur, un indéniable succès populaire.



Octobre rouge, le dernier né et le plus puissant des sous-marins nucléaires lanceur d'engins (SNLE). Doté d'une technologie de propulsion révolutionnaire et furtive. Son seul défaut, en dehors d'être soviétique ? Il est doté du meilleur des commandants, un héros de la Rodina. Mais un commandant qui veut passer à l'ouest. Une traque s'engage du côté rouge, et les Yankees vont tout faire pour duper les Ruskoffs et récupérer la bête…



Le pitch s'annonçait fantastique. Une traque, des barbouzes, dans le monde si particuliers des sous-mariniers, celui qui pourrait peut-être le plus (à part les aventures de la marine de guerre anglaise de la fin du 18ième) s'approcher de mes vaisseaux spatiaux préférés. Mais hélas, les manœuvres et les tactiques tant espérées sont au final réduites à la portion congrue.

J'ai probablement été induit en erreur dans mes espérances par le film éponyme où l'action était plus présente. (Et aussi par quelques critiques trop dithyrambiques, mais ça, ce n'est pas la faute de leurs auteurs). Dans le film, par ailleurs le commandant du SNLE Octobre rouge est bien plus charismatique, fin tacticien, sûr de lui (et avec raison) que son modèle littéraire. La faute à Sean Connery. Quelle présence cet acteur….



Autre reproche, le livre a été écrit en 1984 à la fin de la seconde guerre froide, avant le chute du mur, la glasnost et la perestroïka. Résultat, on dirait un vrai livre de propagande pro-américaine. A défaut d'être bêtes et méchants, les meilleurs ennemis sont incultes, tristes et incompétents. Même si ce n'est pas tout à fait faux (et on était avant l'avènement de l'information et la connerie pour tous avec internet) la représentation du super système américain garant de la démocratie et de la richesse pour tous, peuplé de petits génies, contre ce vil régime communiste d'arriérés est digne du ministère de la (des)information du temps de la seconde guerre mondiale.



Ceci étant, et une fois fait le deuil de mes espérances, passons aux raisons pour lesquelles ce roman n'est pas si mal après tout.

A défaut d'action, une bonne tension dramatique presque tout au long du roman (la fausse fin suivie de presque 100 pages supplémentaires, fausse bonne idée à mon avis. Zut je reviens aux défauts. La encore, probablement à cause du film dont la chronologie est un peu différente).

Des personnages principaux (Ramius et Ryan) très consistants, avec une histoire derrière eux.

Un bon roman politique, axé CIA et coups fourrés teinté d'un peu de monde militaire.



Trois étoiles à causes de mes espérances perdues. Quatre si je l'avais lu avant de voir le film et sans idées préconçues...
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Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
25 novembre 2016
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee
  • 5/ 5
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.

Laissez-le veiller sur les enfants,

même s’ils ont l'esprit querelleur,

laissez-vous porter par son chant.



Ces enfants vivent dans l'insouciance,

ils peuvent alors, en ces temps bénis,

loin de toutes bonnes consciences,

avoir un autre regard, inventer la vie.



Atticus, le père, est un avocat intègre,

Scout, sa fille, n'aime pas qu'on le traite,

de collabo, de sale copain des nègres.

'l'a un fichu caractère la mouflette !



Qu'est-ce que vous avez foutus en Alabama ?

Pour quoi les hommes n'étaient-t-ils pas tous frères ?

Auraient-ils un jour, imaginé que le président Obama,

serait à la tête du pays, osant une nouvelle ère ?



Mais à cette époque, il ne faisait pas bon,

pour les Noirs, de trainer dans les rues,

leurs places étaient dans les champs de coton,

s'ils voulaient éviter une réelle déconvenue.



Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

est un incontournable de la littérature.

Vous y trouverez de belles valeurs,

et, en première partie, une belle aventure.



Un bouquin qui fait la part belle à l'optimisme.

Dans celui-ci, Atticus est de loin pour moi,

une véritable référence à l'humanisme,

à la paix, à l'honneur, au civisme.

A ce que l'Homme doit défendre pour soi,

afin d'enfoncer toutes formes de racisme.

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Je construis ma crèche provencale
02 décembre 2016
Je construis ma crèche provencale de Dominique Ehrhard
  • 4/ 5
Pas de blabla, rien que du concret, rien que de l'action dans ce nécessaire de montage de figurines en papier cartonné.



Avec étonnamment peu de moyens (aucun autre que le livre lui-même), l'effet produit est très correct et ceci permet d'introduire le nom des personnages de la tradition. (Je ne parle pas de l'intérêt ou non de construire une crèche, qui serait, en soi, un sujet de discussion et assurément une polémique, je parle simplement de l'aspect " activité manuelle ".)



C'est assez facile à comprendre mais un tout petit peu plus difficile à réaliser. Je le déconseille aux enfants trop jeunes s'ils ne sont pas aidés d'un adulte. Attendre au moins que l'enfant ait 8 ans ou à peu près pour une réalisation autonome, néanmoins, ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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L'annonce
24 novembre 2016
L'annonce de Lafon Marie-Helene
  • 4/ 5
À Fridières, dans la campagne cantalienne, Paul, agriculteur, vit toujours avec sa sœur et ses deux oncles dans la ferme familiale. Mais, à 46 ans, il a décidé qu'il ne vieillirait pas seul, comme eux. Aussi passe-t-il une annonce dans le journal pour rencontrer quelqu'un. C'est Annette, à des centaines de kilomètres de là, qui y répond. Elle veut s'offrir, ainsi qu'à son jeune fils, des jours meilleurs et aspire à de la quiétude. Elle débarque ainsi de Bailleul, dans le Nord, chez Paul...



Sans chronologie particulière, Marie-Hélène Lafon s'immisce au cœur de cette rencontre et dresse le portrait d'un couple naissant qui se découvre timidement. Deux âmes que la vie a malmenés. Deux êtres qui espèrent un tant soit peu de douceur, de sérénité et de bienveillance dans leur vie. Et pourquoi pas de l'amour... L'auteur suggère un tout, s'attarde sur de petits riens, donne à voir et à ressentir. Elle dépeint avec émotion ce monde de taiseux,où l'on se contente parfois de regarder et de penser, ce monde ancré dans la terre, presque immuable. Elle tresse avec délicatesse cette histoire d'amour sensuelle, à la fois puissante et tout en retenue. Un roman singulier, gracieux et authentique porté par de longues phrases, la ponctuation se faisant rare, agrémentées d'adjectifs ou de mots qui sonnent juste. Parfois d'un autre temps. Une écriture poétique qui s'apprivoise. Un portrait tout en nuances d'un monde rural.
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Féroces
20 novembre 2016
Féroces de Robert Goolrick
  • 5/ 5
Peu de temps avant son soixantième anniversaire, en 2007, Robert Goolrick trouve le courage de publier “Féroces”.

Ce récit autobiographique s'apparente à un chemin de croix mais jamais l'auteur virginien n'a pu faire sienne la première des sept paroles prononcées par Jésus à l'agonie : “ Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font”.

Les parents du petit Robert eux savaient...



Vous refermez “Féroces” quelque peu ébranlés, l'esprit marqué par d'horribles réminiscences d'un parcours de vie irrémédiablement brisé dès l'enfance.

Vous n'êtes pas prêts d'oublier non plus cette american way of life des années cinquante, cette vie de faux-semblants noyée dans les plaisirs faciles et la recherche du bonheur à tout prix, ce désoeuvrement dans les vapeurs d'alcool qui pousse très loin les limites de la bêtise humaine...



Avec une sensibilité à fleur de peau Robert Goolrick met son âme à nue et extériorise une souffrance qui depuis si longtemps le ronge. Sans voyeurisme ni pathos, “Féroces” oscille dans sa seconde partie entre témoignage et catharsis.

Le rôle d'éponge qui échoit au lecteur est parfois difficile mais celui-ci s'honore à aborder, à comprendre, à finalement absorber les choses de la vie jusque dans leur laideur la plus immonde.
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Tout mon amour
23 novembre 2016
Tout mon amour de Mauvignier Laurent
  • 4/ 5
Tout de noirs vêtus, le Père et la Mère sont là, dans la maison du Grand-Père. Elle, presque étonnée d'avoir vu autant de monde pour l'enterrement de son beau-père. Lui, un peu déçu de ne pas y avoir vu son frère. Alors que la Mère s'apprête à boucler les valises pour le retour, il lui apprend que non, finalement, il va rester un peu, peut-être jusqu'au surlendemain, ne l'obligeant en aucune sorte à faire de même. Le Fils, resté à la maison, appelle pour avoir quelques nouvelles. Alors que le Père est au téléphone avec lui, il entend derrière lui sa femme crier à quelqu'un de dégager. Une jeune fille, vêtue de noir, apparaît soudainement. Se dirigeant vers elle, qui recule d'autant, il lui demande pourquoi elle est là, semblant harceler sa femme. Quand tout à coup, il la reconnaît : il l'a vue au cimetière. Que leur veut-elle ?



Un couple se retrouve dans la maison du grand-père, tout juste décédé. Un endroit chargé de souvenirs d'autant plus que c'est ici que s'est joué un drame il y a de cela 10 ans. Les non-dits résonnent ici, les morts sont plus que jamais présents, notamment le Grand-Père avec qui le Père parle, et ceux que l'on croyait disparu à tout jamais ressurgissent. Faut-il décemment y croire ? Dans cette pièce de théâtre, Laurent Mauvignier donne la parole à la Mère et au Père, confrontés à une terrible et soudaine réalité. Autour, le Fils, revenu de Paris, le Grand-Père décédé et pourtant si réel dans l'esprit de son fils et la jeune fille, Élisa. La seule à porter un prénom, les autres étant réduits à leurs initiales. Une ambiance plus que tendue et mystérieuse plane au cœur de cette pièce, les répliques profondes fusent afin que la vérité, aussi indicible soit-elle, éclate. Des personnages qui prennent vie sous la plume de l'auteur.
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Ecoutez nos défaites
28 novembre 2016
Ecoutez nos défaites de Laurent Gaudé
  • 5/ 5
Zurich. Assem Graïeb, agent secret français, a rendez-vous à Bellevueplatz avec Auguste afin que celui-ci le présente à un homme des services américains. Avant ce rendez-vous, il rencontre Mariam, dans un bar. Ils termineront la nuit ensemble. Presque sûrs qu'ils ne se reverront pas. Assem s'en ira vers une nouvelle mission tandis que la jeune femme, archéologue irakienne, tentera de sauver les œuvres d'art volées à son pays par Daesh...

Un autre lieu, un autre moment. Le général Ulysses Grant doit faire face aux Confédérés, Hannibal avance vers Rome, Hailé Sélassié se bat contre Mussolini...



Dans ce roman polyphonique, Laurent Gaudé décrit de façon magistrale, presque théâtrale, l'absurdité de la guerre. Des guerres que l'on pense avoir gagnées mais qui, au final, finissent en défaites. La guerre punique qui vit l'avancée d'Hannibal et ses éléphants vers Rome, la guerre de Sécession au cours de laquelle le général Grant fut surnommé Le boucher, la guerre pour une certaine liberté qui fit d'Hailé Sélassié le Roi des Rois, la guerre que mène Mariam contre son propre corps ou encore celle de Assem Graïeb contre le terrorisme. L'auteur entremêle tous ces récits intelligemment et harmonieusement, confrontant les époques et les lieux. De Zurich à Tripoli en passant par Paris ou Beyrouth, l'on suit Assem et Mariam durant quelques jours, Grant sur plusieurs années et Sélassié et Hannibal, une bonne partie de leur vie. Des récits ciselés et majestueux, qu'ils soient fictifs ou réels. Des récits d'une puissance rare, magistralement orchestrés, soufflés par la musicalité et la force des mots.
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Une fille, qui danse
28 novembre 2016
Une fille, qui danse de Julian Barnes
  • 4/ 5
Triste constat pour Tony : Veronica lui a préféré son brillant copain Adrian. Vengeance, lui susurre une petite voix intérieure. Une lettre vraiment pas gentille est envoyée aux traîtres. Le temps passe, Tony apprend qu'Adrian s'est suicidé. Y a-t-il un rapport avec son courrier, Adrian a-t-il exercé son libre arbitre auquel il tenait tant ou est-ce la faute de Veronica ?



Les souvenirs remontent. Tony se souvient de Veronica, une fille intelligente et sûre d'elle qui le mettait mal à l'aise, du moins c'est ce qu'il ressentait au moment de leur séparation. Avant la jalousie de la savoir avec Adrian. Avant la mort d'Adrian. Avant que la mère de Veronica lui lègue, bizarrement, le journal intime d'Adrian.



Avec cette histoire pénétrante qui tient en peu de pages, Julian Barnes traite de la mémoire, du danger du passé quand il resurgit dans une vie que l'on croyait réglée, entraînant des remises en cause et des remords pour des actes longuement occultés. Voilà un beau sujet abordé avec ironie, cynisme et brio qui a valu à son auteur le Man Booker Prize.

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L'Arabe du futur, tome 2
22 novembre 2016
L'Arabe du futur, tome 2 de Riad Sattouf
  • 4/ 5
1984, le petit Riad a 6 ans. Après quelques semaines passées en France, toute la petite famille retourne vivre en Syrie, dans le village de Ter Maaleh, près de Ohms. Abdel, le papa de Riad, veut rester près de sa maman, âgée. Il a d'ailleurs l'intention de construire une grande villa. le petit garçon passe ses journées à jouer oubliant que la rentrée des classes approche. Aussi lorsque son père lui apprend que l'école commence dans deux jours, cela l'empêche de dormir. le lendemain, ils vont tous les deux acheter une blouse et un cartable. C'est alors que Riad confie sa peur à son père d'autant qu'il a entendu dire que le professeur allait le punir pour avoir été absent l'année passée. Quand arrive le jour J, Abdel est obligé d'accompagner son fils qui ne sait pas où est l'école. Arrivant en retard, deux enfants se sont serrés dans le fond pour lui faire de la place. La maîtresse s'avère être très sévère et, sous peine de bavardage, elle n'hésite pas à donner des coups de bâton sur les mains tendues. Finalement, le journée aurait pu être pire : Riad s'est fait deux nouveaux amis...



Après le succès du premier tome, Riad Sattouf nous propose cette fois-ci un retour dans les années 84-85. Alors âgé de 6 ans, le petit garçon qu'il était retourne vivre en Syrie. C'est là qu'il découvrira les joies et les peines de l'école, notamment en la personne de l'institutrice (femme voilée, haut perchée sur ses talons aiguilles, ses grosses jambes boudinées dans sa jupe trop courte) qui n'hésite pas à donner des coups de bâton ou encore à faire chanter l'hymne national syrien tous les matins. L'auteur porte un regard à la fois critique et attendri sur la société et l'enfant qu'il était. Il raconte les faits, ne portant pas de jugement sur la société parfois dure (violence faite aux femmes, pauvreté, antisémitisme...). Des anecdotes à la fois touchantes, drôles et intéressantes.
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Mojo
27 novembre 2016
Mojo de Rodolphe
  • 3/ 5
Eh mec, j'ai un p'tain de mojo

mon pote à peine rallongé

sa femme j'l'ai allongée

nos accords sont pas parfaits

elle mitonne des plats chauds

moi j'mitonne ses arrières

j'suis un mec d'la porte arrière

j'pense à ma carrière



Eh mec, j'ai un p'tain de mojo

faut que j'prenne la route

jouer pour gagner ma croûte

pas d'place pour le doute

la musique,les étoiles, le show

mec ma vie c'est l'blues

les notes pas l'flouse

jouer sous les blouses



Eh mec, j'ai un p'tain de bon mojo

j'accorde mon manche en ut

c'qu'j'aime chez elles leurs chûtes

entre deux airs une p'tite culbute

j'suis monté tout là-haut

Robert, Sonny, tous des dieux

dans c'foutu milieu

on fini pas vieux



Eh mec, j'avais un p'tain de mojo

ouais la gloire j'l'ai connue

sûr les stars j'les ai vues

pourtant j'suis mort inconnu

Eh mec, j'avais un p'tain de mojo...

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Greg Mandel, Tome 3 : Nano
23 novembre 2016
Greg Mandel, Tome 3 : Nano de Peter.F Hamilton
  • 5/ 5
Le meilleur des trois.



Quinze ans ont passé et Julia Evans a de nouveau besoin de Greg Mandel pour retrouver Royan devenu son époux et disparu depuis 8 mois sur fond complexe, d'espionnage industriel qui pourrait révolutionner la technologie mondiale et de possible incursion extraterrestre. Tout un programme.



Désormais et définitivement habitué aux démarrages bien longuet de l'auteur, on laisse passer les 100 premières pages et on attaque le vif du sujet (bien que comme à son habitude, tout ce qui est dit dans les débuts sert et/ou trouve une explication par la suite).



Ce scénario est le plus ambitieux des trois, c'est aussi celui qui a le plus d'envergure et qui requiert probablement le plus d'attention pour ne pas s'y perdre. On peut se demander parfois à quoi sert telle ou telle action avant de comprendre quelques dizaines de pages plus loin.

Mais en contrepartie, l'action est bien plus présente que dans les deux premiers tomes et l'histoire défile rapidement, sans temps mort.



Toujours pléthore de personnages, et d’ailleurs, Greg passe même au second plan partageant largement la vedette avec Julia. Des personnages secondaires (mais essentiels pour l'intrigue) bien consistants.



Une excellente fin de cycle qui mérite ses 5 étoiles.
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Le Braconnier du Lac Perdu
01 décembre 2016
Le Braconnier du Lac Perdu de May Peter / Dastugue
  • 5/ 5
Fin Mcleod s'est définitivement installé sur son île natale des Hébrides, à l'ouest de l'Écosse. Il a délaissé sa carrière de policier à Edimbourg pour devenir le chef de la sécurité. Son boulot consiste alors à pourchasser les braconniers qui pillent les eaux sauvages. Travaillant pour Jamie Wooldridge, il retrouve son ami Kenny Jonh Mclean, qui avait quitté l'île en même temps que lui et qu'il n'avait pas revu depuis des années, ainsi que son copain d'enfance John Angus Macaskill alias Whistler, le plus intelligent de sa promotion mais qui, néanmoins, avait décidé de rester sur l'île de Lewis. Aujourd'hui, asocial et sauvage, il vit tel un vagabond, dans une bicoque en piteux état, privé de la garde de sa fille... et braconnier. Aussi Fin est-il chargé de le prévenir gentiment de cesser ses activités illégales. C'est alors que les deux amis se retrouvent dans les montagnes et font une bien curieuse découverte. Suite à une poussée de tourbière, un loch s'est déversé dans un autre faisant apparaître l'épave d'un avion monomoteur. À l'intérieur de celui-ci, un corps. Celui de Roddy Mackenzie, disparu il y a de cela 17 ans...



Dernière partie de cette trilogie écossaise, Le braconnier du lac perdu met de nouveau en scène Fin Mcleaod, ex-flic devenu chef de la sécurité. Lui qui pensait en avoir fini avec les enquêtes policières va revenir remettre le pied à l'étrier pour tenter de découvrir ce qui s'est passé il y a 17 ans et qui a bien pu assassiner son ami Roddy. Peter May clôt brillamment cette série tant par l'ambiance, les descriptions magnifiques des paysages à la fois hostiles et majestueux, la valse des sentiments (haine, amour, amitié, rancoeur, nostalgie...), les personnages fouillés, charismatiques et attachants et un héros que l'on quitte avec regret. Alternant passé et présent, ce roman parfaitement maîtrisé et à l'intrigue captivante explore les tréfonds de l'âme humaine. Un roman riche et dense porté par une écriture poétique et contemplative.
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Le mari de mon frère, Tome 1
02 décembre 2016
Le mari de mon frère, Tome 1 de Gengoroh Tagame
  • 4/ 5
Homme au foyer, Yaichi élève seul sa fille, Kana. Une vie paisible bientôt chamboulée par l'arrivée de ce canadien, Mike Flangan, qui n'est autre que le mari de son jumeau, Ryôji, aujourd'hui décédé et avec qui il n'avait plus de contact depuis une dizaine d'années. Mike a tenu à visiter le japon afin de mieux connaître le pays de son mari et ainsi pouvoir marcher sur ses pas et découvrir tous ces endroits qui ont marqué sa vie. Un peu réticent, Yaichi n'a pourtant d'autre choix que d'accueillir son beau-frère. Empêtré, ne sachant comment se comporter avec lui, il devra faire face à ses questionnements et ses doutes. Contrairement à Kana qui, elle, s'est de suite prise d'affection pour ce nouvel oncle venu de l'étranger...



Gengoroh Tagam, célèbre mangaka, change visiblement de registre et nous offre un album attendrissant et plein d'attentions. Un album qui traite intelligemment de l'homosexualité et du regard qu'on lui porte. Au Japon, le mariage entre personnes du même sexe n'est pas autorisé, contrairement au Canada, pays d'origine de Mike. Aussi, Yaichi a-t-il du mal à trouver les mots et les gestes envers le mari de son frère jumeau décédé, méconnaissant l'homosexualité. Seule la petite Kana ne semble guère étonnée que deux hommes puissent s'aimer et se marier. C'est avec naturel et sourires qu'elle adopte son oncle et ses questions empreintes de naturel comblent le fossé qui existe entre son papa et Mike. Ce manga familial, profondément humain et touchant, nous offre une belle leçon de vie et traite avec bienveillance, aussi bien de l'homosexualité, de la société, de la famille que des différences culturelles. L'on s'attache de suite aux différents personnages, notamment Mike, ce gros nounours tout poilu. Graphiquement, du noir et blanc efficace, un trait édulcoré et maîtrisé.

Un premier tome prometteur, émouvant, à la fois mélancolique et léger.

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Les dieux de la steppe
21 novembre 2016
Les dieux de la steppe de Andreï Guelassimov
  • 5/ 5
1945, Razgouliaevka, un village au fin fond de la Sibérie, non loin de la frontière chinoise, isolé dans la steppe et encerclé de loups. Non loin du village, un camp de prisonniers où séjournent Fritz,Hongrois et Japonais.Les Japonais étant les premiers arrivés, on continue d'appeler cette communauté qui trime dans une mine de charbon, "Japs".

Dans ce village, qui doit son nom à la gnôle , produit de contrebande qu'en fait le village avec les chinois de l'autre rive, habite Petka, un enfant "sans père", un garnement qui n'a pas froid aux yeux. Il a dû grandir vite pour survivre. Confiné à une famille, qui a peu d'amour à lui donner, pieds nus, le ventre vide, il trouve la chaleur dans un louveteau ramassé dans la steppe, qu'il cache dans la grange de ses grand-parents, avec leurs chèvres (!). Ce sacré gamin fume et discute avec le lieutenant chef du camp, cherche Hitler disparu de Berlin, avec son pote Valerka, près de la rivière , (des fois on ne sait jamais, il aurait pu atterrir par là)......et chaque soir se pointe à la gare pour voir passer avec béatitude les convois militaires, qui parfois s'arrêtent. Il rêve d'une mort à la guerre.



Dans le camp de prisonnier, un prisonnier, médecin japonais , Miyanaga Hirotaro soigne tout le camps,prisonnier, soldats...sans exception,avec des herbes qu'il cueille dans la steppe. Il survie grâce à sa passion pour ces herbes et l'écriture. Il écrit et dessine dans un cahier, l'histoire de ses ancêtres à travers rites et coutumes de l'époque, pour ses fils restés à Nagasaki, que nous aussi aurons le loisir de lire.



Petka et Hirotaro, deux univers, deux personnages qui n'ont strictement rien en commun, ni l'âge, ni la culture, à part la proximité et la vie misérable et dure qu'ils mènent.Et pourtant.......une rencontre "magique".

Non, ce n'est pas un conte..........



La prose de Guelassimov , dont le mérite est sûrement dû en partie à l'excellente traduction est magnifique. La nature sauvage, la survie dans la steppe dans la misère, l'univers foisonnant tragique des deux protagonistes et le burlesque qui fait parti intégrante de la vie quotidienne du village et du camp, nous donne un récit épique, dense, pleine de poésie et surtout beaucoup d'humour.

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Le silence de la cité
24 novembre 2016
Le silence de la cité de Élisabeth Vonarburg
  • 5/ 5
Un bon roman post-apocalyptique ....



Ce texte a été rédigé en 1981et il était dispo chez Denoël mais il a été refondu en 1998 et il est disponible sous cette forme chez alire ..

Il est crucial de privilégier cette dernière édition ...



C'est un excellent roman qui m'a apporté la fabuleuse satisfaction de découvrir un auteur et qui a suscité le désir ardent de parcourir sa bibliographie .



Le monde qui est le nôtre a sombré et c'est un autre monde qui commence alors que les legs du passé vont également trépasser...



Dans des cités de rares survivants explorent l'ingénierie sociale et la génétique dans but de rendre l'humanité survivante , extérieure à ces villes , plus fonctionnelle et plus viable ...



Une jeune fille qui est un prototype va devoir se connaître .. s'explorer et s'affranchir de son créateur .



L'humanité est affligée d'un déséquilibre : Il nait beaucoup plus de filles que de garçons .

Il en découle des troubles sociaux et la survie de l'espèce est peut-être compromise .



Mais la nature fait bien les choses et les espoirs sont permis à ceux qui espèrent et qui sauront dépasser leurs préjugés ..



Un superbe roman psychologique soigné et légèrement dérangeant qui mobilise la politique ... la génétique ... la sociologie ... l'ingénierie sociale , pour créer un univers passionnant que l'on a absolument pas envie de quitter ..



Effectivement il y a quelque chose de la main gauche de la nuit dans cet univers , il faut l’avouer . Il y a quelque chose sur le fond et dans l’atmosphère aussi .



Un roman de qualité .

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Les jardins de Bomarzo
25 novembre 2016
Les jardins de Bomarzo de Hella Serafia Haasse
  • 4/ 5
Bomarzo est venu à moi, en décembre 2015 , sous la forme de magnifiques photos accompagnant une courte description du parc dans une revue de voyages traînant dans une salle d'attente. En octobre 2016, finalement y organisant un voyage,je pus visiter "Le Sacro Bosco" ou " le bois sacré ", ainsi baptisé par son propriétaire. Construit entre 1548 et 1580 ( officiellement, mais peut-être existait-t-il déjà ?),ce jardin qui semble être un labyrinthe (symbol chargé d'un sens à la fois religieux et politique),selon Haasse, est considéré comme le plus extravagant de la Renaissance italienne.Au-delà de l'extravagance, les statues colossales faites à même le roc, de rochers de tuf aux formes capricieuses , d'une esthétique grotesque, créent l'illusion d'un monde mystérieux où les limites de la pierre et de la chair, du végétal et de l'animal, du naturel et du construit semblent totalement brouillées. Dans un parcours étrange, au milieu d'une végétation touffue, on découvre des sculptures monumentales d'animaux, de personnages mythologiques sans proportion, rapiécées de divers détails étranges et disproportionnés, ouvertes à toute sorte d'interprétation ( " rien n'est clair, tout est équivoque").......et un peu partout disséminées, des inscriptions énigmatiques ( "Nuit et /Jour /nous sommes vigilants /prêts /à protéger /contre toute attaque/ cette source").

Quand à son histoire, là aussi beaucoup de mystères non encore décelés.

"Il est exact, comme le signale l'une des épigraphes gravées dans la pierre, que Bomarzo " ne ressemble à aucun autre parc ", ". p.62

Je dois dire qu'on en sort complètement sonné plutôt qu'émerveillé, avec qu'une idée en tête, en savoir plus et y retourner dés que possible. Voilà la raison de ma rencontre avec ce livre de l'écrivaine hollandaise Haasse, entièrement consacré à ce mystère inexpliqué.

Partant de divers donnés d'historiens, et de l'histoire passionnante de la région de l'époque ( la ville à côté, Viterbe -absolument à visiter, magnifique- était la citée des papes, les papes y étant les maîtres absolus.Une région vitale où, entre Orsini, Borgia et Farnese, les grands vassaux de la région,amours, haines,conspirations, trahisons, meurtres et autres violences allaient bon train), l'auteur essaie d'imaginer, d'interpréter le passé,pour trouver des clés à l'énigme.

L'énigme ne sera pas résolu, mais si vous lisez ce livre vous apprendrez beaucoup sur l'histoire de la région et sur Viterbe,"la ville des belles femmes et des belles fontaines" et sur sa "macchina", une conception et construction unique, et bien sûr vous serez beaucoup plus équipé que moi pour une première visite à ce parc unique que je conseille vivement ainsi que la province de Viterbe.



"Fuite dans le passé ?Je ne sais où s'arrête le présent et où commence le passé.Rien n'est jamais complètement disparu.L'histoire peut être écrite et réécrite de mille manières ". P.168
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Les Ombres
25 novembre 2016
Les Ombres de Hippolyte
  • 5/ 5
Fuir pour survivre, vivre pour perpétuer la mémoire d'un peuple disparu. Surnager quand les larmes et le désespoir vous emporte sur les chemins de l'abandon et de la solitude. Résister aux sanguinaires assoiffés de corps déchiquetés, de cadavres du Petit Pays. Rester debout pour dire la vérité, l'histoire d'un peuple qui ne veut pas sombrer dans l'oubli. Il est là face à son juge, quémandeur d'un peu de bonheur, d'un havre d'accueil et d'espoir. Il est seul, dernier témoin à subsister, petit ouvrier du devoir de mémoire des ombres tapies dans ses pas. Pour eux il doit franchir les forêts, tenir face à la faim et la peur, conserver la foi et la force de lutter. Pour sa sœur, il devra mentir et tuer, persister dans l'espérance d'un monde meilleur, ne jamais fléchir, rester droit. Migrant, les mots ne sont jamais prononcés mais c'est ce qu'il est devenu, une victime parmi tant d'autre d'un génocide. Un fantôme errant vers un hypothétique soleil radieux, un être vidé de ses racines condamné à chercher un terreau d'accueil. Il n'a plus rien qu'une sœur et des souvenirs, maigres bagages de sa jeune vie sur les chemins de la tragédie.



Hippolyte adapte la pièce de Zabus, nous offrant un pur régal graphique. Des couleurs, des lumières comme autant de catalyseurs d'une ambiance oscillant entre angoisse, torpeur et quiétude chimérique. Des personnages fuyant, des êtres en décomposition en quête d'un avenir impossible, un sujet toujours d'actualité et rendu d'autant plus poignant par l'anonymat des héros. Ogre industriel, el dorado, les miradors kafkaïens s'érigent en porte-à-faux de leur espoir. Exil, clandestinité, les thèmes abordés s’égrènent au fil de l'avancée inéluctable des personnages. Les ombres un album qui ne doit pas y rester.

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Neverhome
27 novembre 2016
Neverhome de Hunt Laird/Tissut An
  • 4/ 5
Une femme dans la guerre de Sécession.

Une femme, soldat comme un homme, tireur d'élite comme un homme, buveuse de whisky comme un homme, adroite au couteau comme un homme. Amoureuse en secret comme une femme. Une femme à qui sa mère a appris à ne jamais tourner les talons.



Telle est Constance, faite d'acier, qui devient Ash « Gallant » Thompson parce que Bartholomew, fait de paille, « ne sait pas entrer dans un combat ni en sortir » alors qu'il danse et cultive des zinnias comme personne. Ne faisant ni une ni deux, elle décide de rejoindre la conscription. Elle laisse la ferme à son mari et part courageusement accomplir son entraînement de fantassin dans les rangs nordistes, puis est lancée avec son barda et son secret sur les routes avec son régiment. Elle est confrontée à toutes les horreurs d'une guerre en face-à-face, volant quelques minutes précieuses à la vie de troupe pour parler d'amour et de souvenirs heureux dans les lettres qu'elle envoie à son mari.



Après des mois de combats épuisants, la traversée de zones ravagées, la rencontre de personnes meurtries par la violence, elle est faite prisonnière. Malgré les mauvais traitements, les coups et la faim, elle gagne en opiniâtreté jusqu'à devenir « barbier » émérite des Bleus et des Gris. Elle profite d'une attaque du camp pour s'enfuir. Sans dévoiler la suite de ses aventures, vous devinerez qu'elle troquera ses frusques militaires pour retrouver des robes, sa ferme et son mari dans l'Indiana. Happy end ?



Tout au long de son odyssée, Constance-Ash oscille entre réalité, sauvage, atroce, ineffaçable, et monde de l'étrange, voire du fantastique, avant de revenir à la dure évidence du quotidien. Ces moments de « flottement » permettent, pendant quelques instants, d'échapper aux brutalités de la guerre mais ont obligé mes yeux à relire plusieurs paragraphes pour me persuader que je n'avais pas sauté de ligne.



C'est un beau roman, c'est une belle histoire, basée sur des faits historiques. Des centaines de femmes américaines, blanches et noires, ont échangé leurs jupes contre des pantalons, ont défendu la République comme les hommes, à différents niveaux de la hiérarchie, sans se dévoiler. Hommage leur est rendu !



Laird Hunt, que je découvre grâce à la chronique récente de KateMoore, veut faire parler les fantômes, les personnages du passé qui, selon lui, n'ont pas été suffisamment racontés, qui sont une part importante du patrimoine historique américain. Il y a, par exemple, un émouvant paragraphe sur une serre construite à l'aide de plaques photographiques récentes, c'est-à-dire de la guerre qui vient de se terminer, et dont les images commencent à disparaître sous les rayons du soleil. Véridique et symbolique. Laird Hunt est soucieux de détails, de reconnaissance envers ces femmes qui se sont battues, pas seulement au front, dont on ne parle pas assez.



Pour Laird Hunt, ce n'est pas « Gone with the wind » mais « Blowin' in the wind ». Auteur à suivre assurément.



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Chanson douce
25 novembre 2016
Chanson douce de Leïla Slimani
  • 4/ 5
Tout à déjà été dit sur ce livre, mais tant pis.....



Un ouvrage féroce lu d'une traite ou presque, fascinant, glaçant, terrifiant à la fois, qui s'ouvre sur un cri affreux: celui d'une mére...

Le premier chapitre dégoupille une grenade en révèlant d'emblée l'assassinat de deux enfants et la tentative de suicide de leur nounou " qui n'a pas su mourir ".



L'Asphyxiant huit clos familial raconte l'histoire d'un couple --peu exploré à ma connaissance --dans la littérature, un couple ambigu, complexe que forment une baby-sitter et une mère

Quand Louise apparaît , visage comme "une mer paisible", blonde, menue, fine, presque transparente, efficace "fée du logis", la mére Myriam , avocate parisienne passionnée par son métier est d'emblée conquise.



Entre les deux femmes l'alchimie est immédiate " comme un coup de foudre amoureux".

Louise console, soude peu à peu les fantasmes de famille idéale : des enfants calmes et bien peignés, un ménage tenu au cordeau, le dîner préparé avec soin sinon avec amour..une perle rare......

Louise apprivoise impeccablement ce petit monde au fil des mois, tisse sa toile maléfique......

L'auteur décrit puissamment sa solitude et son impassibilité étrange, sourde, inquiétante , sa façon subtile de se rendre indispensable et de s'infiltrer, efficace, hypnotique, au sein du foyer.

Derrière les apparences policées se cachent les différences sociales, les préjugés, la relation asymétrique entre deux femmes qui, d'un bout à l'autre de l'échelle sociale se jalousent,même inconsciemment et s'observent à distance...des notes discordantes discrètes apparaissent ....

Le délire implacable de Louise ferme peu à peu toutes les portes...

Chanson douce est t-il un thriller ? Non , plutôt une fable tragique.

L'écriture est puissante, froide, contenue, nerveuse, comme tirée au cordeau, excluant toute sentimentalité .

L'efficacité romanesque est telle que le lecteur est tenu en haleine d'un bout à l'autre, c'est la force magistrale de cette manipulation, cette nounou à l'âme pourrissante qui vampirise l'espace familial jusqu'au drame ultime .....

L'auteur tire les fils de cette tragédie avec une maîtrise incroyable, sans affect;On en ressort sonné.



Cet ouvrage ressemble à une claque glaçante et terrifiante sur la maternité et l'aliénation domestique à l'ère de l'émancipation des femmes !

Âpre, violent, puissant ,magistral !

Un ouvrage que j'ai hésité à lire ,ma libraire me l'ayant déconseillé ......









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Marie Curie prend un amant
23 novembre 2016
Marie Curie prend un amant de Irène Frain
  • 4/ 5
Dans Marie Curie prend un amant, Irène Frain livre le fruit de son travail d'enquêtrice-historienne réalisé pour ce qu'elle nomme une « reconstitution » de la vie de Marie Curie, dans laquelle subsiste une part d'incertitude, compte tenu du peu de matériau documentaire existant, hors ses parutions scientifiques.



Irène Frain ouvre sa biographie sur l'année 1911, où à partir de novembre, Marie Curie est médiatiquement lynchée, jetée en pâture aux lecteurs d'un journal à scandales qui révèle sa liaison avec Paul Langevin, physicien, futur prix Nobel, disciple de Pierre Curie. le crime de Marie ? Aimer un homme marié, coupable d'adultère, passible de peines prévues par le code pénal. Au procès fixé le 08.12, Marie sera jugée comme complice, alors qu'elle est une femme libre, veuve depuis la mort accidentelle de Pierre cinq ans plus tôt. La proie pèse très lourd : célébrité internationale, génie contesté, mythe vivant. Plus dure sera la chute pour cette femme illustre qui doit se cacher comme une bête traquée. Henri Bourgeois voit les tirages de son torchon exploser. Dans ses colonnes s'étale tout le catalogue de la misogynie du début du XXème siècle, toute la haine ordinaire.



S'appuyant sur cet épisode au cours duquel l'avenir scientifique de Marie, sa vie morale et intellectuelle sont en grand danger, Irène Frain revient sur sa trajectoire hors normes.



Lorsqu'elle arrive à Paris en 1891, Marie n'a que ses études en tête. Reçue première à la licence de sciences avant de s'attaquer à celle de maths tout en étudiant le magnétisme des aciers trempés, elle obtient un laboratoire. Pour cette femme, polonaise, boursière, il ne s'agit que d'un petit cagibi, « un local qui tenait à la fois de l'étable et de l'entrepôt de patates », ce qui ne l'empêche pas d'enseigner à l'école de Sèvres puis d'être la 1ère agrégée à professer à la Sorbonne. Elle rencontre Pierre Curie. Ils sont d'accord sur tout, l'innocence de Dreyfus, la science désintéressée, la probable instabilité des atomes, l'impérieuse nécessité de bâtir un monde fondé sur l'éducation du peuple et la justice sociale. Ensemble, ils veulent vivre leur rêve scientifique commun et poursuivent leurs travaux, qui les amèneront à partager en 1903, le prix Nobel de physique. Ils ne se rendent pas à Stockholm, trop épuisés. le jour de la remise du prestigieux prix pour la première fois de son histoire à une femme, Marie dispense son cours à ses élèves à Sèvres, comme un jour ordinaire.



A la suite de cette reconnaissance mondiale, les premières médisances apparaissent, elle n'est que « l'inspiratrice de son mari », « une admirable assistante », « une assistante dévouée », « une collaboratrice précieuse », « une compagne de laboratoire », « une exception qui confirme la règle ». Si l'on ajoute qu'elle refuse la Légion d'honneur, ce qui s'avère beaucoup plus compliqué que de l'accepter, et qu'en plus, elle ne porte pas de corset parce qu'elle veut penser et bouger en liberté, on comprend mieux pourquoi et comment cette femme qui s'est aventurée dans un domaine où elle n'a aucune légitimité selon ses calomniateurs, déclenche une telle haine machiste contre elle.



Elle se fixe un nouveau défi : se faire élire à l'Académie des sciences, un poste est libre. Les solennelles salles sont rigoureusement interdites aux femmes « qui ne doivent point s'occuper d'autre chose que de la maternité ». On lui oppose le vieux Branly, suave, catholique farouche, antidreyfusard de la première heure et nationaliste. En matière scientifique, il ne lui arrive pas à la cheville, mais se mesurer à un tel monument de bien-pensance, de respectabilité, elle, femme, veuve, athée. Pensez donc !



Une nouvelle campagne de presse immonde démarre. Le Figaro édite du fiel anonyme : « Nous avons déjà plus de femmes de lettres qu'un pays civilisé ne peut en supporter. Que les dieux favorables nous épargnent une génération de femmes de science ». On n'est pas loin d'en appeler à la mobilisation générale.



Lors de sa liaison avec Paul Langevin, on dira à celle qui parle d'égale à égal avec Einstein : « On vous donne huit jours pour quitter la France, sinon… ». Sous la plume ignominieuse de Gustave Téry, antisémite notoire suppôt de l'extrême-droite, elle devient Marie l'étrangère, « venue tout exprès de Pologne pour assister à la découverte du radium ». C'est un genre de voleuse, voire d'empoisonneuse, une jouisseuse cynique, adepte fanatique de Nietzsche et d'Ibsen. On la caricature en marquise de Brinvilliers, les cornues remplacées par des éprouvettes.



Marie surmonte tous les outrages subis, et reçoit en 1911 un deuxième prix Nobel, non partagé avec son défunt époux, de surcroît dans une autre discipline que le premier, la chimie, ramenant les obsessions des conservateurs : la peur de l'espion étranger, le fantasme de la « vraie mère française », la terreur de la femme qui fait des études ou qui travaille, à des combats obscurantistes.



Née en 1867 à Varsovie, elle meurt en 1934 dans un sanatorium des Alpes de Haute-Savoie, des suites d'une anémie de Biermer doublée d'une leucémie, tributs fatals payés à ses recherches.



En 1995, les cendres de Pierre et Marie Curie sont admises au Panthéon. Il était bien temps de les honorer. Merci à Irène Frain.

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