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Critiques les plus appréciées

    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 15/10/2014


    La mort d'Ivan Ilitch de Léon Tolstoï

    Lire Ivan Illitch… et mourir !
    Quel savoir-faire dans le verbe, quelle maestria dans le style, quelle verdeur dans le propos. C’est limpide, c’est naturel, c’est jouissif, c’est fort, cela semble évident et pourtant c’est inimitable, incomparable, inatteignable. Chapeau bas, bien, bien bas ; plus bas que ça encore, Monsieur Tolstoï.

    On ne vous remerciera jamais assez pour ce chapelet de trésors que vous nous léguâtes. Il y eut les gros (Anna Karénine), les très gros (Guerre et paix), les petits (Les cosaques) et les tout petits dont La Mort D’Ivan Illitch fait partie ; mais tous ont cette faculté de briller par-delà les siècles, par-delà les frontières et par-delà tout ce qui pourrait tenter de les empêcher de briller.

    En quelques pages, quelques grammes de papier (car j’ose espérer que vous ne vous êtes pas encore convertis à la liseuse !), Lev Tolstoï a le talent d’évoquer une vie entière et tout un monde de convenances, d’aspirations, de doutes et de certitudes.

    L’issue de la lutte ne laissant guère de suspense, l’auteur s’attache à nous faire vivre et ressentir la lente et inéluctable descente, l’affaissement, le basculement d’un homme, en apparence enviable, du monde des vivants à celui des trépassés.

    Chemin faisant, l’individu incline à l’examen distancié de sa propre existence passée, à l’introspection, au voyage au creux de soi-même, de tout ce que l’on a pensé et cru, et qui bien sûr n’était que du flan, de la poudre aux yeux, des chimères.

    En cette lumineuse nouvelle, Tolstoï aborde une foule de notions, comme l’atroce solitude d’un malade durant les heures de veille nocturne, le schéma du dialogue intérieur du mourant, la personnification de la douleur et la mise à l’épreuve qu’elle engendre, le lancinant va-et-vient entre espoirs de guérison et certitudes du contraire en passant par les phases médianes du doute, l’alternance mécanique entre l’hypocondrie et le déni du mal véritable, la manipulation et l’abus de pouvoir des médecins, l’hypocrisie et le mensonge des proches, la crise de la foi face à l’imminence de la mort, ou bien encore la vacuité des apparences et le sens vrai de l’existence.

    L’auteur utilise le symbole d’Ivan Illitch, magistrat de premier ordre, rendant des sentences, mis face à la sienne de sentence. Les médecins jouent le rôle des avocats véreux et la Mort, le rôle d’authentique présidente de l’audience. Nul besoin de pousser plus loin l’évocation, vous avez dans les mains un petit délice à déguster sans modération en vous pourléchant les doigts, mais ceci n’est que mon avis, qui rassurez-vous n'est pas mortel, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 13/10/2014


    Le Procès de Franz Kafka

    Le Procès est une sorte de farce douce-amère à visée philosophique. Franz Kafka n'est pas si loin, avec son Procès, de l'esprit de Voltaire et cette farce pince-sans-rire nous pose, avec beaucoup de gravité, les deux questions suivantes :
    Qu'est-ce que la culpabilité ?
    Qu'est-ce que la loi ?

    De mon point de vue, on s'inscrit pleinement dans une démarche philosophique, même si le versant de satire sociale ne peut être exclu.
    Le Procès met mal à l'aise. C'est voulu. Il nous oblige à prendre position. C'est voulu également.

    Nul ne peut prétendre avoir tout compris, tout vu, tout senti de cette œuvre tellement particulière. Sur cent lecteurs du Procès, vous aurez cent (voire plus) interprétations fort différentes des mêmes passages.

    Cela vient pour une part de l'écriture même de Kafka, une sorte d'écriture onirique, qui s'apparente à la réalité, sans jamais en être, exactement comme dans le processus mystérieux de nos rêves ou de nos cauchemars. Des situations occlusives, obstruées, sans issue, loufoques, où l'on est tombé en croyant dur comme fer avoir gardé de contrôle de bout en bout et d'où l'on sort, sans davantage savoir pourquoi ni comment.

    Cela provient aussi de l'histoire propre et de la genèse de l’œuvre, non achevée, non destinée à être publiée en l'état et d'ailleurs publiée contre l'avis même de l'auteur qui, mourant, s'était opposé à la publication de ses travaux en cours. Certains liens peuvent donc sembler manquer, mais ce n'est absolument pas dommageable pour la lecture car l'un des effets d'écriture de Kafka est justement de distiller adroitement des informations incohérentes ou non corrélées qui sèment le trouble à dessein.

    Nous voici donc aux prises avec un homme, Joseph K., fondé de pouvoir dans une banque, qui, un beau matin, voit arriver chez lui deux gaillards, qui lui stipulent qu'il est arrêté. Lui est innocent, du moins, c'est ce qu'il dit. Mais l'est-il vraiment ? Pour quel motif est-il arrêté ? Nul ne le dit, mais " La Loi ", le sait, et ses voies sont impénétrables, elles aussi. Son procès commence mais nul ne sait où, pourquoi ni comment, ni sur quels documents ni qui en sont les acteurs judiciaires.

    Franz Kafka décrit le lent processus d'aliénation mentale que crée cette situation d'incertitude, de non-dits, d'annonces contradictoires, d'attentes interminables confrontées aux démons de la solitude.

    On a, après la mort de Kafka et à la lueur des événements survenus dans les grandes dictatures communistes, interprété Le Procès comme prémonitoire à ce genre d'excès. Ce n'est pas le parti que je prends, et je crois qu'on a beaucoup surinterprété certains aspects du roman en en occultant d'autres, même si je comprends le parti pris politique et le trouve défendable.

    Je crois surtout qu'on néglige beaucoup l'humour contenu dans cette œuvre bien que, de prime abord, elle ne viennent pas tout de suite à l'esprit comme un livre drôle, et pourtant. De même, on n’interprète pas ou peu, ou dans un sens bien obscur, le rôle et le comportement des femmes dans Le Procès.

    Pourquoi quasiment toutes les femmes plus ou moins désirables s'amourachent-elles toutes de K. lorsqu'il est accusé et ne semblaient-elles pas le faire avant ? L'une d'elle, Leni, fournit une explication peu plausible qui nous questionne furieusement : " Lorsqu'un homme est arrêté et accusé, il devient plus beau. " Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Que cherche à nous dire Kafka ? Peu loquace sont les commentateurs sur ce point...

    Non, ce qui a retenu l'attention c'est surtout le questionnement d'ordre métaphysique que propose Kafka, et c'est vrai que là, c'est du lourd. Dans l'une des scènes, K., pour assurer sa défense, s'ingénie à rechercher toutes les actions qu'il a commises avant son arrestation.

    Ce passage en particulier me paraît très intéressant car qui, parmi les innocents que nous sommes ou que nous croyons être, peut regarder l'ensemble de ce qu'il a fait et se dire qu'il n'a jamais été coupable de quoi que ce soit envers qui que ce soit ?

    L'autre axe fort du roman, notamment au travers du seul chapitre publié du vivant de l'auteur, Dans La Cathédrale, qui met en scène la parabole du gardien et de la forteresse Loi, nous interpelle sur ce qu'est la loi. La loi dit-elle toujours la vérité ? Prend-elle toujours le parti du juste ? Qui fait la loi ? Pour qui ? Qui connaît la loi ? etc. Autant de questions qu'il est troublant de se poser et que Le Procès nous oblige à nous poser.

    Je ne peux pas dire que la lecture m'ait toujours enthousiasmée mais il est indubitable que ce livre nous questionne jusques aux tréfonds de nous-même avec une force suffisamment rare pour être qualifiée d'exceptionnelle. Si vous ne vous sentez pas le courage de lire tout ce livre, les deux chapitres vraiment très forts, que je vous conseille absolument, pour des raisons différentes, sont celui intitulé Début De L'Instruction et celui intitulé Dans La Cathédrale.

    En somme, tout ceci concourt à faire de ce livre bizarre, dérangeant, iconoclaste un incontournable, mais tel n'est là que mon avis, ne m'en faites pas procès car il ne signifie sans doute pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par LydiaB, le 07/10/2014


    Certaines n'avaient jamais vu la mer de Otsuka Julie

    Je suis toujours très longue à la détente pour lire un roman ayant obtenu un prix. Je me méfie car, en général, je suis déçue. Donc, comme à mon habitude, ce livre ayant obtenu le prix Femina 2012, je ne le lis que maintenant.

    Je n'ai pas été déçue cependant. On apprend un épisode de l'Histoire peu connu : l'envoi de jeunes filles japonaises aux Etats-Unis. Comme souvent, on leur a promis la lune. L'Amérique leur offrira tout. Elles partent avec, pour seul bagage, leur kimono. Une photo du futur époux - un japonais ayant émigré depuis plus longtemps - leur permettra de le reconnaître. Mais bien évidemment, la réalité est tout autre.

    Julie Otsuka fait en sorte que l'on entre dans le texte aisément. Le procédé narratif peut déplaire : à travers le récit d'une migrante, l'on peut entendre des voix multiples s'élevant pour faire entendre leur témoignage. J'ai été conquise par cette pudeur, cette simplicité que l'on retrouve très souvent chez les asiatiques. C'est un très beau roman de l'exil qui m'a fait penser, dans un autre registre, à celui de Philippe Claudel, La Petite fille de Monsieur Linh.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/otsuka-julie/

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 16/10/2014


    Respecte mon Corps de Catherine Dolto

    Comment aborder l'épineux problème de la pédophilie avec les enfants ? Pas facile n'est-ce pas ? On avance sur des œufs et c'est pourtant le délicat exercice d'équilibriste que se propose cet ouvrage.

    J'approuve à cent pour cent l'idée et la démarche. Cependant, avant d'en dire tout le bien que j'en pense, j'ai tout de même envie de dénoncer un ou deux abus dans ce livre (qui ne sont certes pas d'ordre sexuel).

    Premièrement, on voit écrit en gros en couverture (on ne voit que ça même !) : DOLTO, avec le titre en-dessous " Respecte mon corps ". Donc on se dit, pas de doute, c'est du FRANÇOISE Dolto et on va aborder l'image du corps dans le psychisme de l'enfant ou quelque chose dans ce genre.

    Or, pas du tout, il s'agit de CATHERINE Dolto, la fille de la précédente, et deuxièmement, on ne va pas y parler psychologie mais on va y aborder la pédophilie. Pas forcément évident à la seule lecture du titre ni même au vu de la couverture. Personnellement je me suis fait avoir car ma fille faisait sa petite moisson à la bibliothèque et elle a pioché celui-ci, sans savoir vraiment de quoi cela allait parler.

    Bon, je trouve ça presque limite mensonger, mais passons. Le gros point positif est qu'il y est fait mention de ce qu'est notre corps, à savoir qu'il s'agit de notre bien propre, et qu'il présente des parties intimes qu'on est libre de vouloir dissimuler aux regards d'autrui, même de ses propres parents.

    Il y est également rappelé que le contact avec notre corps doit être accepté seulement si nous le voulons et que certaines caresses sont interdites. Ensuite, on y aborde encore plus directement un certain nombre de mises en garde pour éviter les actes ou les intentions pédophiles. Tout ce qui y est dit me semble pertinent et énoncé dans un discours intelligible par l'enfant lecteur.

    Il y a toutefois un notoire oubli dans cet ouvrage, concernant le droit à l'image. On n'y évoque que les cas de pédophilie directe (avec contact) mais pas la prise de photographies ou de vidéos à caractère pédophile, ce qui me semble être un manque pour le thème abordé.

    En somme, un ouvrage intéressant sur le fond, peut-être pas hyper honnête ni hyper abouti sur la forme car on n'est pas censé tomber sur ce livre sans l'avoir vraiment souhaité. Mais ce n'est bien évidemment qu'un tout petit avis, qui respecte le corps des autres, car il sait qu'il n'est à lui seul que très peu de chose.

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 08/10/2014


    Atala de François-René de Chateaubriand

    ♫ TARI-TARA-TATARIIII ♪
    - Qu'est-ce que c'est ?
    - Nastasia qui sonne l’hallali.
    - Nasta qui ? qui sonne l'Allah quoi ?
    - L'hallali pour Atala.
    - Ah la lie ! pour Attali ou Hauts les lits ! pour Attila ?
    (Soupirs...)

    Eh oui. C'est dur à dire, c'est à peine si j'ose... Mais il faut bien admettre qu'Atala est vraiment une sorte de condensé de ce que j'aime le moins dans la Littérature. C'est ronflant, c'est larmoyant, c'est grandiloquent, c'est pro religieux, c'est bancal, c'est artificiel, c'est faux, c'est bien pensant, c'est mal observé. Bref, c'est ennuyeux.

    À vouloir trop en faire, à vouloir en mettre plein la vue dans les salons, à vouloir faire un château brillant, Chateaubriand fait dans la cabane terne. Il a des mots énormes plein le gosier, des formules baroques à n'en plus finir là où la simplicité des lieux, des gens, des mœurs attireraient plus volontiers une certaine sobriété. Il fait parler ses indiens non comme des indiens mais comme des bigotes bretonnes armées de corsets bien rigides en guise de carquois et de coiffes bigouden à la place des plumes.

    Si vous hésitez encore entre le missel et Atala, choisissez le missel car ça raconte à peu près la même chose et au moins vous pourrez vous essayer au chant. Pouah ! j'en ai les mains qui collent à force de tripoter ce chapelet poisseux de la littérature romantique. (Dans cette œuvre, Chateaubriand se révèle de la lignée qui fleurira les Paul Claudel et consort du XXème siècle, c'est dire si j'en raffole.)

    On ne peux pas non plus tout lui reprocher, il y a de temps en temps deux ou trois formules acceptables mais franchement, les auteurs du XVIIIème savaient être si alerte, si subtils, si fins, les Marivaux, les Voltaire, les Diderot, les Laclos, les Beaumarchais que ce malheureux François-René de Chateaubriand fait vraiment très pâle figure face à de tels devanciers.

    Alors, si l'histoire peut vous intéresser, vous assisterez à la narration d'un indien Natchez, Chactas, qui dévoile à son fils adoptif René (un Européen qui a décidé de vivre à l'indienne) l'histoire ancienne de ses amours platoniques (faute de mieux) avec la belle métis Atala.

    Amours fulgurantes, transfigurantes, inconditionnelles, immaculées, pieuses et délectables, mais, malheureusement impossibles, car sans quoi, on ne pourrait pas prendre plaisir à succomber avec un crucifix entre les mains.

    Le bon sauvage, la belle jeune fille, le gentil chrétien... Pfffffff ! Qu'est-ce que ça m'horripile les machins dans ce genre ! Mais bon, je préfère m'arrêter là et ne pas en dégoûter ceux qui pourraient prendre plaisir à cette lecture. D'ailleurs, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, plus que jamais, très peu de chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 11/10/2014


    Une pomme par jour... de Keda Black

    Il fut un président qui fit de la pomme un slogan de campagne. Ce n’est pas rien. Heureusement, pour le bien de tous, les présidents passent et leurs slogans avec eux. Mais la pomme, elle, reste. Et c’est bien d’elle qu’il s’agit dans ce livre qui lui est amoureusement dédié par la trublionne des cuisines Keda Black.

    La Normande de naissance et de cœur que je suis restée (malgré mon lâche et déchirant abandon de la Basse-Normandie il y a bientôt quinze ans) ne pouvait passer à côté d’une si belle occasion de lui rendre hommage.

    Sachez (et je parle sans parti pris puisque mes veines sont baignées pour moitié de sang breton) que lorsque de nos jours, dans beaucoup de régions de France on vous vante les mérites du cidre breton, comme le seul véritable et authentique, ça me fait doucement rigoler. C’est presque comme si l’on vous garantissait l’authenticité d’un camembert des Pays de la Loire ou du Nord-Pas de Calais.

    Non, je ne vais pas vous faire un long plaidoyer argumentatif, rassurez-vous, je vais juste vous donner un chiffre (qui en l’occurrence est un nombre) : dans le seul Pays d’Auge, c’est-à-dire un infime trognon de la Normandie puisqu’il couvre, grosso modo, un tiers seulement du département du Calvados, dans ce seul Pays d’Auge donc, au XIXème siècle, on répertoriait non pas 10, non pas 50, non pas 100, non pas 500 mais près de 600 variétés différentes de pommes.

    Non, vous ne rêvez pas, 600 variétés de pommes différentes dans le seul Pays d’Auge. Donc la patrie du cidre, sachez-le, n’en déplaise à quelques Bretons de mauvaise foi, c’est bel et bien la Normandie. Une région qui a voué un culte et un savoir-faire à la pomme comme la Bourgogne ou le Bordelais ont voué un culte à la vigne. Mais les Normands ne savent pas vraiment se vendre et ne sont guère les champions de la publicité, domaine où je veux bien reconnaître une forme de supériorité locale à la Bretagne.

    Oui, 600 variétés de pommes, dont beaucoup ont disparu ou c’est tout comme. Grâce au gui, aux tempêtes, aux tronçonneuses et à cette manie du XXème siècle de croire qu’il savait tout mieux que les dix siècles qui l’avaient précédé, qui avaient mis sur pied, amélioré et pérennisé un système qui avait fait ses preuves depuis mille ans.

    Oui, quand je retourne en Normandie, souvent mon cœur se pince quand je vois ces immenses surfaces dédiées au dieu Productivité, un dieu qui est fâché de longue date avec les dieux Qualité et Goût. Ces immenses surfaces où ont disparu les pâturages traditionnels plantés de pommiers à hautes tiges sous lesquels les vaches paissaient. Ces nouvelles surfaces plantées de pommiers à basses tiges, peuplées de mini-tracteurs et de bombonnes de traitement insecticide, ruisselantes de pommes toutes bien calibrées, jaunes comme des mirabelles et insipides comme des hosties, deux ou trois variétés, pas plus, des variétés… anglaises ! Ouille ! Que j’ai mal à ma Normandie et à son ancestral savoir-faire en matière de pomme !

    Eh oui, une pomme — une vraie pomme j’entends — ça a du goût (parfois tonique même), ça dépasse rarement les 5 cm de diamètre, ce n’est jamais brillant, encore moins symétrique et c’est souvent véreux et bourré d’imperfections. Une vraie pomme, comme n’importe quel fruit originaire des régions tempérées du globe, ça a une saisonnalité et ça ne se rencontre pas toute l’année. C’est aussi le pourquoi des 600 variétés du Pays d’Auge.

    Cela permettait d’étaler la floraison sur la plus longue période possible au printemps pour arriver à passer au travers des dévastatrices gelées tardives pour les pommiers en fleurs et aussi d’étaler la maturité de juillet pour les pommes dites « pommes de juillet » jusqu’à la variété dite « Noël des champs » et dont le nom parle de lui-même.

    D’ailleurs, j’en terminerai dans cette longue digression, en stipulant que le mot argotique ou patoisant pour désigner le cidre dans le Pays d’Auge est le mot « bedan », l’une des stars locales parmi les 600 variétés répertoriées et qui était réputée pour la saveur qu’elle donnait au cidre.

    C’est ce qu’exprime, mais de façon moins longue et moins pénible Keda Black, qui centre très intelligemment son ouvrage sur les variétés. Bien sûr ce sont les variétés actuelles qu’on trouve le plus fréquemment sur le marché, les Golden Delicious, les Granny-Smith et autre Jonagold ou Boskoop, des hérésies de la nature toutes nées sur des terres anglo-saxonnes ou des Pays-Bas, mais bon, il faut faire avec ce qu’on a…

    L’auteur nous délivre donc des recettes variées sucrées (surtout), salées (un peu) autour de la pomme (beaucoup) ou du cidre (un peu). Pour une même variété de pomme, on vous donne des recettes où elle est utilisée de façon optimale (saveur, tenue à la cuisson, etc.) et par quelle variété elle peut éventuellement être remplacée. Je suis vraiment enthousiasmée par cette tentative pour redonner ses lettres de noblesse à un fruit qu’on ne célèbre pas — ou trop peu — à sa juste valeur.

    Ce sont donc des recettes assez ambitieuses. Qui dit " ambitieuses " dit " pas spécialement adaptées aux débutant(e)s ". Un livre qui vous réussira donc d'autant mieux que vous aurez une petite expérience en pâtisserie. C’est à la fois la force et la faiblesse, selon moi, de ce livre. Des recettes plutôt élaborées qui donnent des résultats excellents mais qui sont du coup assez longues et qui nécessitent une certaine logistique. On n’a rien sans rien me direz-vous.

    Assurément vous pourrez surprendre positivement vos hôtes avec ces (environ) soixante-dix recettes, (j’en ai déjà essayé quelques-unes qui m’ont satisfaite) mais dites-vous simplement que ce n’est pas de la cuisine pour gens pressés. Hormis ce petit bémol qui peut s’avérer gênant avec le rythme de la vie actuelle, je n’ai que du bien à dire de ce livre objet très beau, très réussi esthétiquement et graphiquement, avec des illustrations et des photographies de qualité.

    Je remercie donc vivement les éditions Marabout ainsi que l’opération Masse Critique de Babelio qui m’ont permis de découvrir ce succulent ouvrage. Mais ce n’est bien évidemment qu’un tout petit avis, haut comme trois pommes, c’est-à-dire, très peu de chose.

    P. S. : excusez-moi, ça me prend de temps en temps de faire ma Jean-Pierre Coffe normande, la dernière fois, c’était pour les fromages de Pierre Androuët…

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 07/10/2014


    Les aventures de Moonin, tome 1 : Moomin et les brigands de Tove Jansson

    En France, il est peu ou pas connu. En Finlande, c’est une institution nationale, un peu comme Tintin pour les Belges ou Astérix pour les Français. Mumin (Moomin en anglais ou Moumine en français) s’affiche partout et il y a même un grand parc dévolu à son univers, non loin de Turku, juste en face de la résidence d’été du président finlandais. Pas un enfant n’ignore Mumin et les adultes le vénèrent comme un patrimoine national.

    Né dans les années 1950 du crayon de Tove Jansson, une auteure finlandaise suédophone (les suédophones ne représentent que 8 % de la population finlandaise), Mumin, espèce de troll étrange toujours en quête d'amitié et d'un peu d'argent pour vivre, va devenir en quelques années une icône.

    Pourtant, avec son faciès d’hippopotame blanc, il n’est ni très beau, ni très fort, ni très malin, ni très habile. Il lui arrive surtout des mésaventures dans un univers souvent surréaliste, mais il est terriblement attachant et l’on compatit à ses déconvenues car il est véritablement un gentil, qui se fait avoir trois fois sur quatre, mais qui de temps en temps, sur un malentendu, s’en sort très bien.

    Tove Jansson parvient à créer avec une étonnante économie de moyens (trait noir et gris optique) tout un univers mi réaliste mi surréaliste tout-à-fait à part de tout ce que l’on connaît, parfois un peu cauchemardesque bien que non dénué de comique, avec un double, voire un triple niveau de lecture (enfants-ados-adultes).

    Je ne sais si le fait d’être lesbienne dans des années où la société n’était pas encore prête à tout accepter est responsable du côté grinçant ou de l'humour pince-sans-rire des bandes (il s’agit au sens propre de bandes dessinées) car on sent filtrer à travers l’étrangeté de cette BD certaines angoisses, certaines revendications ou coups de gueule, certaines prises de position, non pas sur la question homosexuelle bien sûr, mais de façon générale.

    Contrairement à Goscinny qui faisait se terminer ses histoires de Lucky Luke ou d'Astérix par la même dernière case, ici c'est la première case qui présente toujours en gros plan les fesses de Moumine, c'est-à-dire un cercle, dont on n'apprend qu'à la case suivante que c'est le héros penché et non un ballon ou un couché de soleil.

    Bref, c’est vraiment très particulier et l’on comprend aisément que ce volume ait reçu le prix du festival d’Angoulême en 2008 dans la rubrique patrimoine.

    Ce volume regroupe sept histoires de Moumine et je vous conseille de commencer par ce volume car l’on y fait la connaissance successivement des divers personnages qui constituent l’univers si spécial de cette série ; bien évidemment les Moumines eux-mêmes, outre le héros il y a aussi Papa et Maman Moumine, ainsi que la « belle » Mademoiselle Snork.

    Mais il y a aussi une somme de créatures bizarres comme Snif, le meilleur ami de Moumine, sorte de kangourou roublard, Stinky l’affreuse boule de poils malodorante et grignoteuse intarissable ou Ombre, un quasi suricate de couleur noire toujours caché dans un coin des cases, ou encore les Hatifnattes, sortes de dizaines de mini bonshommes à allure d’asperges, sans oublier l’énigmatique et flegmatique Monsieur Snufkin, dont on ne sait trop dire s’il s’agit d’un homme ou d’un épouvantail à moineaux fumant la pipe.

    Comment vous dire, on a le sentiment que les créateurs de Shrek, des Gremlins ou de Star Wars ont puisé abondamment dans l’univers un peu déjanté de Tove Jansson pour peupler leurs aventures de créatures bizarres. À découvrir, pour son originalité et plus si affinités, mais ce n’est là que mon avis, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 3.00/5
    Par marina53, le 08/10/2014


    Un été sans les hommes de Siri Hustvedt

    La Pause, c'est ainsi que Mia, fraichement délaissée par son mari, a surnommé la maîtresse et collègue de ce dernier. Une femme, évidemment plus jeune qu'elle, peut-être plus belle, aura eu raison de ces trente années passées ensemble. Ayant très mal vécu cette séparation momentanée, elle sombrera quelque temps dans la dépression. Internée, elle reprendra pied gentiment. Ne pouvant plus supporter l'appartement de Brooklyn tant chaque recoin lui rappelait Boris, elle décide alors de retourner vivre chez elle, pour l'été, dans le Minnesota, là où elle a grandi et où vit en ce moment sa maman. Le docteur était d'accord, des rendez-vous téléphoniques étant fixés toutes les semaines. Sa fille Daisy et sa sœur ont déjà prévu de lui rendre visite. Poétesse auréolée d'un prix et enseignante à l'université, elle compte enseigner la poésie aux jeunes dans le cadre du Cercle artistique local. Entre les adolescentes à la recherche d'elles-mêmes, les vieilles de la maison de retraite à qui elle rend visite, les confidences de sa maman, la voisine délaissée et un peu paumée qu'elle tente de consoler et les lettres de Boris qu'elle reçoit, Mia scrute le monde qui l'entoure et les personnes qui l'animent et qui lui permettent de rester debout...

    Siri Hustvedt décrit avec subtilité, tendresse, émotions et poésie ces instants volés à cette femme, ces instants où elle se livre et pose un regard empli de douceur sur ce qui l'entoure. L'on survole presque ces quelques pages, presque gêné de cette intimité, cette pudeur malgré tout exposée et l'on ne peut pour cela s'empêcher d'y entrevoir une certaine part intime de l'auteur. Elle-même poète, ayant connu des périodes de dépression et vivant parfois dans l'ombre de son mari Paul Auster, elle ressemble à Mia. Décrivant le portrait d'une femme à la fois forte et fragile, déboussolée, en proie à certains doutes et blessée au plus profond d'elle-même. L'écriture est d'une grande finesse, poétique, empli d'une tendre douceur et extrêmement maîtrisée. L'on pourra malgré tout regretter parfois la complexité de la trame, rendant cette lecture plus complexe qu'elle ne paraît.

    Un été sans les hommes...un automne dans leurs bras...

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    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 14/10/2014


    Le loupiot, suivi de Hors normes de Paul-Jean Hérault

    Une nouvelle anthologie un peu bancale composée de :

    Le loupiot : Une Œuvre très mineure.
    Un ancien militaire qui par s'installer sur une planète déserte, comme défricheurs pour une compagnie minière pour récupérer du matériel de guerre abandonné. Tout irait pour le mieux si, au cours d'un sauvetage spatial, il ne se mettait pas à dos une puissante organisation qui allait l'obliger à faire l'étalage de toutes ses compétences guerrières.

    On ne décrit plus le background des livres de space opera de Hérault, c'est toujours sensiblement le même. Une humanité en guerre contre elle-même, des confins qui font plus far west que science-fiction, de la technologie ultrasimple et ultrafonctionnelle.
    On passera allègrement sur le héros qui joue au saute-mouton d'astre en astre, en balistique pour accéder à sa planète aux milieu d'un amas d'étoiles, aux échanges radios interstellaires, plus terre à terre, à l'armée qui abandonne des tonnes de matériel en état pour le plus grand plaisir de notre héros au milieu de la caverne d'Ali baba.
    Oui, mais si oublie tout cela que reste-t-il ? Ben pas grand chose. Si vous êtes fans de hard science, de science-fiction réaliste ou de technologie de pointe fuyez pauvres fous. Si vous voulez vous vider la tête le temps d'une soirée, vous occuper les yeux (et même pas le cerveau). Bienvenue.
    Oh, il n'y a même pas de romance trop mimi si chère à Hérault ce coup-ci.
    Deux heures de lecture et hop au dodo, sans cauchemars ou questions existentielles qui vous empêcheront de dormir.

    Aussi vite lu qu'oublié.

    suivi de hors normes : nettement plus accrocheur.
    Un petit fleuve noir écrit en 1992.

    Kavan, ses frères et sœurs vont être exterminés. Une problème informatique les a laissés seuls pendant 13 ans dans le centre édu, sans éducation dirigée, les rendant hors normes. Découvrant par hasard ce qui les attend, une minorité arrive à s'échapper. En chemin, il feront une rencontre salvatrice.

    Ici, le retour des centre édu ou maternas si chers à l'auteur dans les différents univers qu'il nous propose.
    Dès le départ nous avons une belle tension dramatique, suivant avec une réelle empathie la course contre la montre et la fuite de nos rescapés à travers la planète.
    La découverte des broussards, sortes de MENS sylvestres modernes est une agréable surprise.
    Ici pas de trop de technologie miraculeuse ou de deus ex-machina, mais une belle aventure humaine.

    Si l'on se souvient qu'il s'agit d'un roman court, nous avons ici tous les éléments suffisamment développés pour une bonne compréhension.
    On s'interrogera seulement sur une société qui extermine des enfants né sous assistance, sous prétexte qu'ils sont mal éduqués mais qui accepte des adultes inadaptés et "déviants" revenus à la nature, voire nés naturellement.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 17/10/2014


    Les Rougon-Macquart, tome 6 : Son Excellence Eugène Rougon de Emile Zola

    Après un ouvrage, selon moi, franchement raté de son cycle (La Faute De L'Abbé Mouret), Émile Zola signe avec ce sixième livre de son histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, un roman à la frontière du roman historique et du documentaire.

    Il est vrai qu'on peut probablement reprocher à son auteur une trame pas toujours captivante, quoique se lisant sans déplaisir. Par contre, cette œuvre nous imprègne parfaitement des mœurs du milieu politique de l'époque et est donc indispensable à la bonne compréhension de cette période de l'histoire du XIXème siècle.

    Personnellement, je vous conseille de le lire en quatuor parmi La Curée (le n° 2 des Rougon-Macquart), Nana (le n° 9) et L'Argent (le n° 18). Ainsi, vous aurez un panorama assez complet du mode de vie dans les hautes sphères de la société parisienne sous le second Empire, entre le brillant et le sombre, entre le légal et l'interlope.

    Émile Zola peint un portrait bicéphale, l'un étant Eugène Rougon, en disgrâce pendant une bonne moitié du roman puis ministre dans la seconde, l'autre étant Clorinde Balbi alias, dans la réalité, celle qui fut surnommée La Castiglione, maîtresse attitrée de l'empereur Napoléon III.

    On y découvre le travail souterrain ou en sous main réalisé par des éminences grises pour porter leur poulain aux affaires et ainsi récolter des dividendes lorsque le poulain en question, à savoir Eugène Rougon, sera aux commandes. Puis nous voyons ces mêmes éminences de l'ombre se dépêcher de le trahir dès que la fontaine aux avantages sera tarie et alors reporter leurs suffrages sur un autre poulain providentiel... jusqu'au prochain !

    Zola nous endort un peu dans ce long cheminement mais développe, à mon avis, une démonstration efficace de ce qu'était la haute politique de l'époque. (Et est-elle très différente de nos jours ?)

    Évidemment, l'auteur ne se prive d'aucune intrigue historique qu'il se contente de condenser sur les seules épaules soit de Rougon, soit de Clorinde. Ces intrigues concernaient en réalité plusieurs personnages influents et étaient peut-être un peu plus espacées dans le temps, mais dans l'ensemble, Zola ne nous ment pas. Mentionnons que c'est dans cet opus que l'auteur donne un vrai visage et fait parler celui par qui tout est arrivé, à savoir Napoléon III lui-même.

    Tout compte fait, c'est un portrait étonnamment indulgent pour l'homme politique, présenté comme l'instrument, le pantin en quelque sorte de ceux qui tirent effectivement les ficelles et sont les vrais cyniques. (Est-ce différent aujourd'hui ? Quel financier n'est pas marionnettiste détenteur en ses mains des ficelles de quelques pantins politiques ?)

    Rougon est donc sujet aux éloges infondés comme aux trahisons iniques. Le personnage de Delestang me rappelle des politiciens à la Jospin (voire même un certain président normal élu plus récemment), poussés au pouvoir parce qu'ils n'effraient personne et qu'on peut les manœuvrer facilement.

    Eugène Rougon, lui, ferait davantage penser à un politicien à la Sarkozy, mis au purgatoire lors de la première élection de Chirac, puis ressorti comme l'homme providentiel au ministère de l'intérieur après les émeutes de 2005.

    Le personnage de Rougon est présenté, somme toute, comme quelqu'un d'assez probe mais contraint d'honorer des dettes morales envers ceux qui lui ont déroulé le tapis rouge et ainsi de se renier, à la manière d'un certain président qui fit campagne sur les plates bandes de l'extrême droite puis, une fois élu, fit des ronds de jambe à la gauche tout en octroyant de beaux cadeaux fiscaux à ses amis grands patrons... Comme quoi la morale de ce roman pourrait être : SE RENIER POUR RÉGNER.

    En conclusion, un roman pas forcément captivant mais pour le moins intéressant et qui cadre pleinement avec l'un des objectifs du cycle, à savoir, tracer une sorte d'historiographie de cette période-clé de l'histoire de notre pays. À noter, les commentaires d'Henri Mitterand pour l'édition Folio me semblent réellement excellents, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 20/10/2014


    Les Survivants, tome 1 de Molles-d

    Premier tome d'une série qu'on espère voir traduite en français, dont il existe déjà 6 tomes aux USA.

    Le capitaine Lee Harden est le coordinateur de la caroline du nord (un par état). Son métier ? Attendre la fin du monde dans son bunker et se lancer à la reconquête légale du pays au nom du gouvernement défunt. Et la fin du monde est arrivée. La bactérie FURY a transformé 90 % de la population en zombies (pour simplifier). Mais avant tout, il va devoir survivre aux premiers contacts avec l'ennemi qu'il soit infecté ou encore humain. Il a l’entraînement qu'il faut, il a été formé pour cela, son plus grand atout ? Sa flexibilité et sa capacité d'adaptation, mais cela ne signifie pas pour autant que cela sera simple.

    Eclipse nous a habitué ces derniers temps à quelques petits bijoux en matière zombiesque (ex le virus morningstar, les chroniques de l'Armaggedon). Et ils réitèrent avec cette nouvelle série. Comme pour l'une des ses grandes sœurs, l'auteur s'est d'abord auto-publié avant de devenir best-seller sur le net et accéder ensuite au circuit classique.
    Un pitch de départ original mais au final une structure archi classique à base de plein d'armes, plein de cadavres, d'actions sanglantes et violentes matinées d'une pointe d'humanité.
    Un survivant qui va devoir rejoindre un groupe déjà formé pour poursuivre sa mission, faisant en cours de route bonnes et mauvaises rencontres.
    La situation est très, très locale, et on ne sait rien du reste du monde mais la lecture respire le professionnalisme, le côté militaire (action solo) est très bien restitué et la lecture est très addictive.
    Il n'y a pas de grosses (bonnes ou mauvaises) surprises si ce n'est que le zombie est rapide, susceptible d'utiliser des armes par destination (donc plus intelligent que la moyenne du zombie classique) et capable de chasser en meute, donc bien plus dangereux que ses contemporains littéraires.

    Au final un bon petit page turner dans l'univers zombie, un petit air de déjà vu mais que je n'ai absolument pas trouvé gênant. C'est un très bon premier tome, donc on attend le second avec impatience.
    A lire pour les adeptes.

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 14/10/2014


    Rosy & John de Pierre Lemaitre

    Une journée de mai qui s'annonce estivale, l'on déambule dans les rues, l'on fait du shopping, l'on croise ce petit garçon qui se rend à sa leçon de musique, la clarinette sur l'épaule, ou cette jeune fille qui regrette déjà d'avoir refusé les avances de ce beau jeune homme ou encore ce couple, attablé à la terrasse d'un café et qui observe leur voisin au comportement bizarre... L'on pourrait s'attendre à une journée tranquille... Aussi, lorsqu'une violente explosion emporte quasiment tout sur son passage, faisant éclater les vitrines des magasins, projetant les corps à des dizaines de mètres ou faisant s'écrouler l'échafaudage, tout vole en éclat, la rue Joseph-Merlin ressemble à un champ de bataille. Ici et là, des corps, du sang, des débris et une poussière aveuglante. S'ensuivent les cris, les hurlements, les larmes... Pas de mort mais de nombreux blessés à déplorer...
    Un jeune homme n'a rien perdu de cette scène effroyable. Et pour cause, c'est lui le poseur de la bombe. Il a même tout filmé, histoire de prouver aux flics qu'il en est bien l'auteur. Jean, c'est le nom qu'il donne aux flics justement lorsqu'il s'est présenté à eux, même si son vrai nom est John. Un témoin est formel, c'est ce gars-là justement qui était attablé à côté d'eux. Tout ce qu'il veut est bien simple: un passeport et un billet d'avion pour l'Australie pour lui et sa mère, 5 millions et il ne veut parler qu'à Camille Verhoeven sinon il fait sauter les 6 autres obus qu'il a disséminés un peu partout...
    Coincé dans les embouteillages à cause de cette explosion, Camille peine à rentrer chez lui. Après ce week-end, il lui tarde de retrouver son amie Anne mais les choses semblent en avoir décidé autrement...

    Revoilà Camille Verhoeven pour une mini-enquête, un demi-volume comme le souligne, dans la préface, Pierre Lemaitre qui a été sollicité pour remettre au boulot ce cher commissaire. A la tête de cette enquête originale, déconcertante et où le temps est compté, il devra faire preuve encore une fois de patience et d'ingéniosité pour en venir à bout. Dès les premières pages, l'on est transposé au cœur même de Paris, là où tout a commencé, lors de l'explosion. Le poseur de bombes, 7 au total programmées à raison d'une par jour, exige de Camille la liberté pour lui et sa mère. En trois jours, l'affaire sera réglée. Heure après heure, l'on suit le cours de l'enquête à un rythme effréné. Le suspense est maintenu jusqu'à le dernière page, les personnages complexes et Camille au mieux de sa forme. Que dire si ce n'est que Lemaitre excelle même dans les mini-polars. Dynamique, accrocheur et simplement efficace...

    ♪♫ On s'aimait comme personne.
    C'était bon, Rosy & John
    Mais la vie, c'est la vie, et la vie... ♪♫

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    • Livres 5.00/5
    Par andman, le 12/10/2014


    Fils d'homme de Augusto Roa Bastos

    Il est un endroit de la bibliothèque réservé aux chefs-d’œuvre.
    Ces livres exaltants, ces compagnons au fil du temps rassemblés, qu’il est agréable de les avoir à portée de main !
    Babelio, par son concept même du partage, est un formidable accélérateur de redécouvertes. L’envie m’a pris cette semaine de retirer momentanément de son sommeil “Fils d’homme”, pour vous le présenter. Ce roman de l’écrivain paraguayen Augusto Roa Bastos a été publié à Buenos Aires en 1960, exil oblige.

    Itapé et Sapukai sont des bourgades situées au sud de la capitale Asunción. Distantes l’une de l’autre d’une cinquantaine de kilomètres, elles furent le berceau de plusieurs révoltes agraires au début du siècle dernier.

    L’indépendance du Paraguay remonte à 1811, date où commence le long règne du dictateur Gaspar Francia. Un siècle plus tard, le narrateur de “Fils d’homme” est encore enfant lorsqu’il écoute un vieillard d’Itapé raconter la mort tragique de son père, assassiné froidement par Francia dont il était pourtant le serviteur fidèle.

    Le ton belliqueux de “Fils d’homme” est palpable dès les premiers chapitres alors que l’auteur décrit les us et coutumes de ces villages retirés et s'attarde sur le parcours de vie de personnages pittoresques.
    Les chapitres suivants relatent les rébellions de petites gens contre le pouvoir central autocratique. Le lecteur prend rapidement fait et cause pour ces prolétaires dont le cri ''Terre, pain et liberté !'' résonne sourdement dans toute la région. Malgré un manque criant de moyens militaires, ces miséreux se battent avec l’énergie du désespoir contre les forces loyalistes d’une férocité implacable.

    “Fils d’homme” permet de découvrir la jeune Histoire du Paraguay, d’approcher sa culture métisse au langage mêlé d’hispanisme et de guaranisme, de s’initier aux enjeux stratégiques de la guerre du Chaco qui fit cent mille morts et qui opposa dans les années trente le Paraguay et la Bolivie, pays enclavés dans la partie centrale de l’Amérique du Sud.

    C’est d’ailleurs sur la ligne de front du Chaco que l’on retrouve dans la seconde partie du roman des anciens insurgés de Sapukai, libérés de prison pour combattre les boliviens dans ce no man’s land au relief accidenté et austère. Augusto Roa Bastos décrit avec un grand réalisme l'âpreté des combats, les souffrances extrêmes des soldats déshydratés, le problème quasi insoluble de l’acheminement de l’eau par camions-citernes...

    La structure de cette œuvre est particulière dans la mesure où chacun des dix chapitres pourrait se suffire à lui même. “Fils d’homme” n’est pas pour autant une succession de nouvelles. Un fil d’Ariane subtil relie les personnages d'un chapitre à l'autre et attise de bout en bout la curiosité du lecteur. Les événements fragmentés apparaissant ici et là, permettent au final de reconstituer une sorte de ”roman-puzzle”.

    Cette particularité narrative, le cadre dépaysant de ces intrigues aux rebondissements incessants et la poésie omniprésente donnent à cette fresque historique le parfum des livres rares que l’on redécouvre avec enchantement.

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 20/10/2014


    Trente-six chandelles de Marie-Sabine Roger

    Un grand merci à Babelio et aux Editions du Rouergue pour cette douceur...

    C'est son anniversaire aujourd'hui. Mortimer Decime va avoir trente-six ans. Mais au lieu d'aller s'acheter une petite part de gâteau et y poser délicatement trente-six bougies, il est allé s'acheter un beau costume... sombre... d'enterrement. Chemise et veste assorties, dépareillées avec ses chaussettes décorées oursons jaunes et rouges. Qu'importe, il se sent prêt. Prêt à partir sereinement. Le bail est résilié, la voiture vendue, le frigo et les placards vidés. C'est allongé sur son lit (accessoirement de mort) qu'il attend la Grande Faucheuse. Prévue normalement pour 11h, si elle n'a pas de retard. Tout comme ses ascendants mâles, de son arrière-arrière grand-père, Morvan, à son père Maury, Mortimer doit mourir à 36 ans. C'est écrit, à croire que c'est dans les gènes. Attendant patiemment sa dernière heure, il est surpris et quelque peu mécontent qu'on vienne toquer à sa porte. C'est son amie Paquita, la vivante et virevoltante Paquita, étonnée de le voir dans un tel accoutrement. Elle discute tandis que Morty jette un oeil sur la pendule constamment. Quand arrive 11h, rien ne se passe, il est toujours vivant...

    Une fois encore, Marie-Sabine Roger séduit et nous émeut dans son nouveau roman. Morty Decime (et non Décimé, faut pas exagérer non plus!) est si touchant qu'on se laisse porter par son histoire quelque peu invraisemblable. Entre les prénoms de ses aïeux commençant tous par "mor", les conditions dans lesquelles ils ont trouvé la mort, tout y est pour nous plonger dans un récit loufoque et prêtant à sourire. Ses amis Paquita (et ses fameuses crêpes) et Nassardine (et son moins fameux khawa) sont emplis de tendresse, d'amour et d'humanité. Ce roman, d'une douceur réconfortante, est, à l'instar d'un gâteau, tendre, généreux, moelleux et croustillant à la fois. L'on retrouve avec plaisir la plume de Marie-Sabine Roger, toujours aussi vive, pimpante et drôle.

    Trente-six chandelles... sur lesquelles je souffle avec regret...

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 21/10/2014


    Le Labyrinthe de Dédale de Hélène Montardre

    Nul besoin d'aller jusqu'en Azerbaïdjan pour découvrir la mythologie à bas coût. C'est en effet une collection bien sympathique pour baigner sans effort nos bambins dans les eaux de la tradition mythologique grecque dont fourmillent nos expressions quotidiennes :

    - tomber dans un véritable dédale ; - suivre le fil d'Ariane ; - se brûler les ailes... pour ne citer que les trois plus fréquentes associées à cette histoire. C'est une belle idée de la part des éditions Nathan et une belle réalisation de la part d'Hélène Montardre. (Avec un prénom comme celui-là me direz-vous, pouvait-il en être autrement ?)

    Elle parvient admirablement à retranscrire la tradition dans un langage très accessible et vivant pour les enfants d'aujourd'hui, disons autour de 10 ans. Ils auront donc la joie de découvrir l'accession au trône de Minos en Crête, l'étonnante fécondation de son épouse Pasiphaé, les brillantes inventions préscientifiques de Dédale, le fameux combat du Minotaure et de Thésée dans le labyrinthe et la rocambolesque évasion de Dédale et de son fils Icare par les moyens que je laisse découvrir aux plus jeunes.

    Simple, accessible, évident, agréable à lire, orné de quelques illustrations en N & B pas forcément indispensables mais qui rassurent les enfants et le tout pour moins de 5 €. Que demande le peuple ? En outre ce n'est bien évidemment qu'un avis, certes pas aussi inextricable que le labyrinthe de Dédale, mais bien alambiqué quand même, c'est-à-dire, très peu de chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 07/10/2014


    L'invitation de Jim

    En pleine nuit, à 2h30, un téléphone portable réveille Raphaël et sa copine Helen. Pas envie de répondre à ce coup de fil malvenu, certain qu'il s'agit de l'agence dans laquelle il bosse ou un pote. Au pire, ils rappelleront. Et c'est ce qui se passe, le fixe résonne dans toute la chambre. Un peu contraint par son amie d'aller répondre, c'est à contrecœur qu'il décroche. C'est son copain, Léo, qui lui demande de l'aide. En effet, il est tombé en panne après la forêt de Fontainebleau, soit à une heure de route, et demande de venir le chercher. Tout d'abord, il refuse et lui suggère d'appeler une dépanneuse. Mais une fois recouché, Helen lui conseille d'aller l'aider, lui rappelant que cela sert à ça les amis. Il se laisse convaincre, s'habille en vitesse et embrasse Helen avant de claquer la porte. Une fois arrivé à la voiture de Léo, celui-ci l'accueille avec un grand "Surprise!", sourire aux lèvres, et fait péter le champagne. Quand d'un coup, 5 autres personnes surgissent de derrière la voiture en hurlant aussi, Raph' se rend compte que son ami n'a pas appelé que lui et se demande ce que font toutes ces personnes. Lorsque Léo lui explique qu'il voulait savoir combien de ses amis se déplaceraient pour venir l'aider, histoire de tester leur amitié, Raph' est pris au dépourvu et un peu fâché aussi...

    Une bien belle idée de départ, quoique, cela dépend du résultat: tester l'amitié de nos proches et savoir jusqu'où ils seraient à aller pour nous... Encore une fois, Jim s'intéresse aux rapports entre les hommes (encore des quadras!), à l'amitié et l'amour qui les unit. Avec ce scénario vraiment original, plus profond qu'il n'y paraît, où chacun cherche à se trouver une place ou à comprendre qui il est, l'on aimerait pouvoir s'arrêter au bord de cette route, dans la campagne, en pleine nuit, et regarder tous ces potes trinquer au champagne et discuter de l'amitié. En s'attardant plus particulièrement sur les liens qui unissent Léo et Raph', l'auteur soulève des questions intéressantes. Peut-on mesurer ou tester l'amitié? A partir de quel moment une personne peut-elle devenir notre amie? Un sujet exploité intelligemment, posément et avec une infinie tendresse. Les dialogues sont bien pensés, les protagonistes parfaits et vraiment touchants. Mermoux illumine à merveille cette tranche de vie. Les paysages de nuit et plus encore les aurores sont apaisants et doux.

    L'invitation... acceptée avec plaisir!

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 18/10/2014


    Les Chroniques de l'Armageddon, intégrale de J. L. Bourne

    Journal d'un survivant face aux zombies :
    Premier tome d'une nouvelle série, qui a vu initialement le jour sur Internet avant de, face au succès, se voir publier.

    Il s'agit du journal d'un officier de la navy (une bonne résolution après une cuite du nouvel an) pour un monde zombie ultra classique ( ce qu'on croit être une "grippe" en chine, les gouvernements dépassés et tout le monde livré à soi-même ou presque) avec peut être une nouveauté : le cadavre irradié, plus rapide que la moyenne ?
    Il y raconte sa survie, au jour le jour, avec les rencontres qu'il fait, les combats qu'il mène et les sacrifices nécessaires à la survie de tous.

    Ce journal est écrit dans un style très simple, une narration à la première personne, utilisation du présent et du passé composé, comme tout bon journal qui se respecte, agrémenté de quelques photos et taches de cannettes de soda. Le point de vue d'un homme, donc pas de grande théorie ou de vision mondiale à la World War Z, mais plutôt un mix de The Walking Dead pour l'image et du dernier pilote de Hérault pour la partie voyage en avion.
    Forcément, tous ces univers post-apocalyptiques version zombies se ressemblent un peu, mais pour le peu d'expérience que j'en ai, j'ai trouvé celui-ci particulièrement immersif, très "page-turner".

    Cela se dévore, trop vite d'ailleurs (300 pages écrit gros), et appelle indéniablement à la lecture du suivant

    Exil.
    ce second tome nous permet de récupérer nos amis, là où on les avait laissés, avec un petit résumé en prime de ce qui s'est passé avant.

    L'action se déroule entre le 23 mai et le 23 novembre. Nos héros ont intégré une structure des forces armées américaines et la survie passe d'individuelle à collective, avant que Kilroy (non ce n'est pas son nom (voir "Kilroy was here" apparu en premier durant la bataille de Normandie (seconde guerre mondiale))) (et auteur du journal) (ouf, que de parenthèses) ne reparte de zéro, sans assistance dans un premier temps, puis aidé par une mystérieuse organisation hautement technologique.

    Le cadavre irradié, le dixième talentueux, confirme sa particularité, plus rapide, plus fort, plus intelligent (non ce n'est pas l'homme qui valait trois milliards) et ce second tome est plus ambitieux. Plus de moyens, une survie plus organisée. Le style gagne lui aussi en complexité, tout en restant très accessible. on est toujours dans la page-turner parfait, immersif et prenant. Limite à regarder sous le lit avant d'aller se coucher et éteindre la lumière.

    Une explication pour le moins surprenante sur l'origine de l'anomalie en fin de livre, qui préfigure ce qui devrait se passer dans le tome 3 et qui devrait prendre une ampleur mondiale.

    Opération zombie.
    Nous allons suivre cette fois le commando Phoenix à la reconquête de l'hôtel 23 suite à son abandon, le commando Hourglass, parti à l'assaut de la chine, suite aux révélations de la fin du tome 2, une petite équipe en arctique et Kilroy et Saien qui font la liaison et tenir la mayonnaise à bord du porte-avion puis du sous-marin.

    Après un premier opus assez intime, seul ou presque avec notre héros, un second plus, survie de groupe, l'auteur poursuit sur sa lancée et nous offre une vision plus globale de son univers.
    Avant toute chose, il faut faire le deuil des deux premiers tomes. Ce troisième livre n'est pas mauvais. Non, il est juste assez fondamentalement différent de ce qu'on avait lu avant du même auteur, et si on n'est pas préparé à ce changement, on est forcément déçu. Fini le journal intime, on revient à la trame classique, basique même du roman d'action zombie. Action et shootage à tout va de notre ami Zack par des équipes militaires solides et efficaces.
    Quelques points noirs malgré tout : Nos deux héros font de la figuration dans ce dernier opus. Un groupe de méchant (Remote6) peu crédible, dommage. Une fin réellement bâclée qui tombe comme un cheveu sur la soupe et expédiée en quelques pages, explications comprises alors que l'auteur nous l'a vendue comme l'opération du siècle dernière chance de l'humanité et tous les superlatifs.

    Bref, sympa à lire, mais clairement le moins bon des trois.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/10/2014


    Antony de Alexandre Dumas

    Avec Antony, il y a l'œuvre et il y a le contexte. J'ai toujours tendance à croire que l'œuvre doit se suffire à elle-même et qu'il n'est point besoin, normalement, de connaître le contexte pour en profiter. Je fais aujourd'hui une petite exception.

    Si l'on lit aujourd'hui Antony hors tout, on y voit une pièce honnête, un drame centré sur le paroxysme d'une relation amoureuse. Pourquoi pas ? mais rien qui puisse nous arracher des tonnes de Hourra ! et des quintaux de Bravo !

    Or, si l'on y risque un regard attentif, si l'on s'interroge sur la main qui a écrit ces lignes, on y lit quelque chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus intime, de beaucoup plus atroce et tragique, quelque chose qui porte le sceau du réel et du vécu.

    Je ne vous apprendrais probablement pas qu'Alexandre Dumas était le petit fils d'un marquis de haute noblesse normand, le fils d'un général de la révolution française puis d'empire qui s'était notablement illustré au combat. Bref, tout pour être fier de ses origines et de son nom.

    L'ennui, c'est que le grand père en question, Alexandre Antoine Davy de La Pailleterie, a eu la mauvaise idée de faire quatre enfants à son esclave noire des plantations de Saint-Domingue, dont le nom de famille était Dumas. L'ennui, c'est qu'il n'a pas hésité à vendre ses propres enfants bâtards en qualité d'esclaves.

    Dans je ne sais quel remord, il en racheta un qu'il ramena en France et auquel il donna l'éducation d'un gentilhomme. Ce dernier fera carrière et s'illustrera dans l'armée.

    Alexandre Dumas se sait donc issu de la noblesse, se sait donc fils d'un général illustre, mais en sa qualité de quarteron, il subit sa vie durant le lot ordinaire des remarques et des insultes racistes. Il est souvent comparé à un singe. Il a l'intelligence de savoir passer au-dessus mais les blessures sont bel et bien là et elles sont indélébiles.

    Donc, lorsque nous examinons cet Antony, on y retrouve bon nombre des traits et des fêlures, des blessures et des amertumes qui assaillent le quotidien du véritable Alexandre Dumas.

    Dans cette pièce, Antony est un orphelin, qui n'a donc ni nom ni famille, et ne doit sa fortune qu'à une main extérieure. Tout le monde loue ses qualités individuelles dans le monde, mais aucune femme ne souhaiterait se commettre avec un tel parti.

    Le tragique d'Antony c'est qu'on ne le regarde jamais lui, pour ce qu'il est vraiment, mais seulement par son pedigree et qu'ainsi, toutes les portes de la " bonne " société lui sont fermées. La seule qui semble passer outre ses considérations est Adèle.

    Ils furent l'un l'autre réciproquement très amoureux. On sait simplement qu'Antony dut s'absenter durant quinze jours et que ces quinze jours furent en réalité trois ans. Pourquoi s'échapper ainsi ? Qu'advient-il de lui, qu'advient-il d'Adèle durant ces trois années ? Pourquoi revenir ? Quelle situation va-t-il trouver à son retour ? Qu'en pensera le monde ?

    Autant de questions auxquelles je ne me permettrai pas de répondre. Reste un drame brûlant d'amour de bout en bout où palpitent les cœurs tiraillés entre les voix de la passion et du qu'en dira-t-on ? Bref, un drame qui vaut la peine d'être lu, probablement moins pour lui-même que sur ce qu'il nous apprend de la brûlure qui consumait le cœur de l'auteur.

    En outre, ce n'est bien entendu qu'un quarteron d'avis, c'est-à-dire, très peu de chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fanfanouche24, le 09/10/2014


    Hokusai de Laure Dalon

    Faute de finances…. J’ai renoncé au très impressionnant catalogue RMN de l’exposition « Hokusaï », et voulant en faire profiter un ami, en province, j’ai choisi ce volume beaucoup plus modeste, car j’ai pu ainsi en acquérir 2 exemplaires.

    Je ne regrette vraiment pas, car ce « hors-série » en Découvertes Gallimard, en co-édition avec la R.M.N, est très attractif, tant par une synthèse très explicite du parcours pourtant foisonnant de Hokusaï, de la mise en page très soignée, avec des planches « à déplier », dans des formats, sens variés, avec parfois, dans la largeur de la marge inférieure, des citations choisies. Un ouvrage pour tous les publics…amateurs ou « pressés », car il va à l’essentiel, dans une présentation des plus vivantes…, rédigé par Laure Dalon, "co-commissaire" de l'exposition !


    Je vais tenter de faire « bref »…
    En 1858, la France et le Japon signèrent un « traité d’amitié et de commerce »…. « de tous les noms alors cités comme emblématiques de cette fascinante culture émergeait celui de Hokusaï, admiré pour ses estampes et ses livres illustrés »

    Ce petit album de décompose ainsi :


    1.Hokusaï et la France
    2.La vie à Edo [ ancien nom de Tokyo]
    3.Le Théâtre et la danse
    4.Folklore, mythes et légendes
    5.Figures féminines
    6.Sur les routes du Japon
    7.Le Mont Fuji
    8.L’Observation de la nature

    On apprend une foule de détails, les abondants pseudos ou
    nouveaux noms que Hokusaï choisit au fil de sa longue carrière ; on découvre que pour sa célèbre série des « Trente-six Vues du Mont Fuji », Hokusaï mit à profit les propriétés du bleu de Prusse, pigment découvert à Berlin au début du 18e siècle, qui avait l’avantage de conserver son intensité dans la durée, etc.

    Hokusaï aborda tous les genres et tous les thèmes possibles….Parmi les « divertissements privilégiés par la société japonaise, le théâtre occupait une place de choix, le kabuki étant particulièrement populaire à l’époque d’Edo. C’est en réalisant des portraits de comédiens que Hokusaï se forma véritablement à l’art de l’estampe » …

    « Le vieux fou de dessin » ne quitta jamais le Japon, mais sillonna son pays plusieurs fois, séjournant plus ou moins longtemps dans des régions éloignées de la capitale… Il réalisa des estampes faisant appel à la perspective occidentale, découverte par les Japonais au milieu du 18e siècle…
    Il abandonna, à une certaine période, ses propres œuvres pour réaliser des manuels de peinture…

    Je ne renonce pas à l’idée ultérieure d’acquérir le monumental catalogue… Car cette exposition est réellement, sans superlatifs de convention, un évènement unique, vu l’ampleur des prêts des collectionneurs privés japonais…qui nous offre la possibilité d’admirer des dessins, peintures, etc, pour la toute première fois, à tel point que l’exposition ferme une dizaine de jours vers la fin novembre jusqu’au 1er décembre, pour pouvoir présenter les autres œuvres prêtées. Dans l’idéal, il faudrait pouvoir voir cette exposition 2 fois, pour avoir la possibilité de « savourer » l’ensemble des pièces prêtées….

    Je suis sortie de cette exposition enchantée et complètement sous le charme du parcours unique de cet artiste, aux mille facettes…qui fut en but aux difficultés financières, car il ne fut jamais au repos, ne choisit jamais la solution de facilité qui « enrichissait » ses confrères, en acceptant des « œuvres de commande ». Il était boulimique, en recherche permanente sur son art. Une œuvre magistrale , un homme insatisfait, exigeant quant à son art ; « magistral » humainement et artistiquement !

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 14/10/2014


    Lucky Luke, tome 3 : Dalton City de Morris

    On pourrait disserter des heures sur les bienfaits et les inconvénients respectifs de la contrainte ou de l'absence de contrainte dans la production artistique.

    Les auteurs, Morris et Goscinny, dont vous savez par ailleurs tout le bien que je pense, ont œuvré pendant des années avec l'éditeur Dupuis. Les aventures de Lucky Luke paraissaient en épisode dans le journal Spirou.

    Morris, mais surtout Goscinny se plaignaient du carcan que représentait l'appartenance à Dupuis (cahier des charges avec une certaine morale à respecter, certains sujets à ne pas aborder, albums brochés jugés de trop faible qualité comparés aux albums cartonnés, faible publicité faite autour de la série Lucky Luke qui n'est considérée par l'éditeur que comme une parmi d'autres et, bien évidemment, les sempiternelles questions d'argent).

    Bref, tout ceci concourt à la migration de Lucky Luke de Dupuis vers Dargaud, l'éditeur attitré de Goscinny qui édite déjà Astérix et Iznogoud. De même, la publication en feuilleton passera de Spirou au journal Pilote dont Goscinny est alors le fondateur/rédacteur en chef.

    Deux aventures avaient été créées à l'époque Spirou mais s'étaient vues publiées par Dargaud (en raison du délais entre les deux sorties). Il s'agissait de La Diligence et du Pied-Tendre, deux histoires d'une grande qualité, faisant suite à une belle série de six superbes albums.

    Dalton City est donc la première aventure de la nouvelle ère " sans contrainte " pour Morris et Goscinny. On y voit donc apparaître quelques danseuses à la gouaille et au style assez évocateur... On retrouve avec plaisir nos chers amis les Dalton. Rantanplan y est aussi.

    Mais il y a un hic, cette histoire est creuse, aussi creuse que le gros gâteau de la couverture. C'est un album vraiment médiocre, voire faible, où finalement, le fait d'être débridé n'a absolument servi à rien aux auteurs.

    Le dessin de Lucky Luke lui-même commence à se dégrader (notre héros qui avait jusqu'alors un tout petit nez commence à avoir un gros pif, il est souvent représenté les yeux fermés et sans véritable expression, trait qui s'amplifiera au fur et à mesure des albums, que vous pouvez comparer au profil qu'il présente dans les albums situés dans la vingtaine de la série Dupuis.

    Même Goscinny lui donne un rôle plus secondaire, une sorte de caricature de lui-même, trait qui sera renforcé dès l'album suivant, Jesse James). Le scénario semble prometteur, au départ. Un vieux filou, en la personne de Dean Fenton, a eu l'idée de recycler une ville champignon désaffectée pour en faire un repaire de bandits.

    Tous les truands des environs se regroupent donc pour faire couler l'argent à flots à Fenton-City, ville sans foi ni loi, ou plutôt si, qui a une loi, celle que justement les représentants de la loi y soient interdits. Mais c'est sans compter sur l'intrépide Lucky Luke qui met à lui seul la ville à genoux et Fenton derrière les barreaux.

    Une fois au pénitencier, Fenton raconte ses exploits et sa vie dorée d'avant, qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, mais de quatre sourds, vous voyez de qui je veux parler...

    Grâce aux mérites d'un télégraphiste peu expert de la prison, Joe Dalton se retrouve libéré par erreur et en profite pour faire sortir ses petits frères (qui sont tous plus grands que lui). Dès lors, les quatre despérados en costume de guêpe vont faire renaître la ville du vice et l'appeler Dalton City.

    Certes, il y a bien une succession de gags comme d'habitude, mais je ne les ai pas trouvés particulièrement drôles. Certes, on note un premier essai de Goscinny pour donner un semblant d'identité " aux deux Dalton du milieu ", ici ce sera William qui sera amoureux de Lulu Carabine en même temps que Joe et qui le jalousera amèrement. (Goscinny essaiera aussi d'individualiser un peu les deux du milieu dans L'Héritage de Rantanplan où ce sera Jack qui aura la manie de parler chinois).

    Mais hormis la scène de la danseuse cachée dans le gros gâteau-surprise confectionné par Averell qui est vraiment drôle, tout le reste fait pâle figure. Rantanplan est insipide, Averell qui tout au long de l'album a beau fredonner la chanson de Joe Dassin reste pour le moins en très petite forme, et donc l'ensemble est bof, bof, bof.

    Il en sera de même pour les deux albums suivants franchement piètres (Jesse James et Western Circus), puis un album moyen sans être du tout génial (Canyon Apache) et ce n'est qu'avec Ma Dalton que le duo " sans contrainte " Morris et Goscinny retrouvera la grande forme de l'époque " avec contrainte ".

    Voici un avis assez sévère mais que je crois honnête, qui vaut ce qu'il vaut, c'est-à-dire pas grand-chose, à vous de vous faire votre propre opinion sur cet album que (vous l'aurez compris) je ne vous conseille pas.

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