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Critiques les plus appréciées

    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 26/08/2014


    L'Introuvable de Dashiell Hammett

    AAAAAHHHHH ! Ça c'est du polar comme je les aime ! Le genre de livres qu'on ouvre un soir avant d'aller dormir et qu'on ne referme plus avant d'avoir tourné la dernière page au petit matin et qui vous aura coûté une nuit blanche et énormément de plaisir. D'ailleurs l'appellation roman noir conviendrait peut-être mieux, quoiqu'il s'agisse, au sens le plus noble et le plus strict de l'expression, d'un roman policier.

    Aiguisons votre fibre d'enquêteur... voyons, voyons. Si je vous dis qu'il s'agit d'un p'tit gars né exactement le 27 mai 1894, mort en 1961, qui a fait la guerre, qui a eu des démêlés avec les autorités de son pays, hum ?... qu'est-ce que vous me dites ?... Louis-Ferdinand Céline. Ouais, pas mal, tout colle, les indices semblent révélateurs, mais je vous dis non, vous faites fausse route.

    Le 27 mai 1894, aux deux antipodes de l'Atlantique sont nés deux monstres de la littérature. L'un s'appelle Céline et l'autre c'est évidemment Dashiell Hammett. Leurs lignes de vie sont incroyablement ressemblantes, si ce n'est qu'on a reproché à l'un d'être un peu trop à gauche et à l'autre un peu trop à droite.

    Effectivement, hormis ces quelques points communs, on n'a évidemment pas tout à fait affaire au même bonhomme. Celui qui nous intéresse aujourd'hui avait une paire de couilles absolument énormes et a fait mille trucs dangereux dans sa vie, au premier rang desquels on peut citer le fait de se déclarer communiste en pleine chasse aux sorcières et de refuser systématiquement de balancer des gens et de se trouver des alibis, alors même qu'il n'avait absolument rien à se reprocher, juste par principe, parce qu'il n'aimait pas qu'on l'oblige à dire ce qu'il n'avait pas envie de dire.

    Ça lui a coûté à peu près tout ce qu'il possédait, ça lui a flingué sa carrière littéraire, mais, rien à faire, il ne plia pas. Bref, j'ai beaucoup d'admiration pour l'homme, (sauf peut-être son côté alcoolique très prononcé) et peut-être plus encore pour l'écrivain.

    J'ai souvent exprimé ici mes regrets de voir des romans policiers au scénario impeccable, avec tous les ferments d'un sublime morceau de littérature, malheureusement gâchés, ou partiellement gâchés, par une écriture trop faible ou des facilités de style.

    Ici, rien de tout ça, et c'est ce qui en fait le prix à mes yeux. Vous êtes menés de main de maître tambour battant sur la piste d'un criminel, ça, c'est tout à fait ordinaire de nos jours, mais rien n'est lâché quant au style, nerveux, incisif et pourtant littérairement solide, ce qui est déjà nettement plus rare. Selon moi, la très, très grande classe en matière d'écriture policière.

    Le livre a été écrit en 1934. Non, vous ne rêvez pas, 1934, quatre-vingts piges et ça sent encore le frais comme si vous veniez de le déballer. La traduction française de 1950 est elle un peu moins fraîche mais encore très convenable et Gallimard a malgré tout eu l'excellente idée de le faire retraduire récemment pour en restaurer tous les sucs intimes, délicats et inestimables qui avaient passé au soleil. Donc, pourquoi se priver ?

    L'Introuvable qui est-ce ? Clyde Wynant. Un original, un inventeur, un fou disent certains. Peut-être un brin timbré, certes, mais suffisamment génial pour gagner grassement sa vie de ses inventions. Son ex-femme, Mimi, et sa fille, Dorothy aimerait bien lui remettre la main dessus, mais depuis que sa secrétaire particulière Julia Wolf a été retrouvée abattue de plusieurs balles de révolver, l'oiseau s'est envolé.

    Il ne communique plus que par lettres ou par télégrammes, qu'il fait transiter soit par son avocat Macaulay, soit par son fils Gilbert, soit par quelque autre procédé qui interdit toujours de le localiser.

    Heureusement, par hasard, se trouve à New-York un ancien détective, Nick Charles, qui connaissait bien la famille avant le divorce et même l'avocat. L'inspecteur Guild, chargé de l'affaire, aimerait bien que Nick Charles reprenne du service pour l'aider à voir un peu clair dans cet imbroglio.

    Or lui aussi paraît louche, car il semble bien avoir fricoté naguère avec Mimi, l'ex-femme, qui s'est remariée avec un certain Jorgensen. Et qui est ce Jorgensen ? Que cherche Dorothy à vouloir allumer Nick ? Quelle relation unissait la victime Julia Wolf et l'introuvable Clyde Wynant ? Nunheim, un trois-quarts malfrat de troisième zone semble avoir accidentellement appris quelque chose sur l'affaire. Pourra-t-il monnayer ces informations ? En aura-t-il le temps et le loisir ? Qui d'autre avait intérêt au meurtre ? Pour quel mobile ? C'est ce qu'évidemment, je ne veux à aucun prix vous révéler.

    Du grand Dashiell Hammett, du grand polar, avec des dialogues excellents, une peinture sociologique et psychologique des plus raffinées mais ce n'est bien évidemment que mon avis, et j'ai bien conscience qu'il vaut mieux parfois qu'il soit introuvable car il ne signifie pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 22/08/2014


    La reine des pommes de Chester Himes

    La Reine Des Pommes, comment vous dire ? Imaginez : c'est un peu comme si vous étiez à bord d'un drôle de corbillard noir lancé à vive allure dans le populeux marché du Harlem des années 1950.

    Laissez-moi d'abord vous parler des personnages de ce roman qui sont tellement attachants qu'on a peine à les voir malmenés. Jackson, d'abord, un rondouillard un brin trop crédule, bonne pâte, mais un peu trop maladroit pour se frotter aux caïds de Harlem.

    Ensuite, son frère (jumeau dans l'histoire mais tellement différent de caractère qu'il ne peut être que faux jumeau), nommé Goldy, qui passe ses journées déguisé en mère de charité à vendre des billets pour le ciel, indic à ses heures perdues, plutôt malin et déluré.

    Il y a aussi Imabelle, beaucoup trop belle et maligne pour être simplement la poule de Jackson. Ajoutez encore deux inspecteurs, aimables comme des fils de fer barbelés, versions noires de l'inspecteur Harry, canardeurs patibulaires et mal embouchés, les inévitables Cercueil et Fossoyeur, personnages récurrents des romans de Chester Himes.

    Mais La Reine Des Pommes, c'est aussi un pasteur à mourir de rire, un croque-mort radin, des voyous toujours prêts à trancher des gorges, des maquerelles travesties, bref, les ingrédients essentiels pour un bon petit cocktail explosif.

    Chester Himes nous fait vivre le Harlem de cette époque à fond de train dans un style parfois proche du burlesque mais toujours suffisamment fort et juste pour nous faire sentir tant la violence que la misère et la condition noire de ce New-York-là.

    Vous ne vous ennuierez pas une seconde, la description très cinématographique et la construction temporelle de la seconde partie peut faire penser et/ou avoir inspiré des films plus récents comme Jackie Brown de Quentin Tarantino.

    Bien sûr, il faut un peu aimer ce genre d'intrigues, mais ce n'est pas une littérature spécifiquement dévolue aux inconditionnels du roman noir ou policier (peut-être même que les aficionados du polar trouveront à redire avec tel bouquin plus ceci, tel auteur plus cela, mais il demeure, à mon avis, un bon roman, haletant et très agréable à lire).

    Ces considérations étant à prendre dans leur jus puisqu'en matière de pommes, je ne suis peut-être pas la reine mais j'en connais un rayon et que donc, cet avis ne signifie-t-il peut-être pas grand-chose.

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 16/08/2014


    Oedipe sur la route de Henry Bauchau

    Henry Bauchau trouve le moyen d'écrire un road-movie antique ! Sacré programme, non ? Son matériau : les bribes de la biographie d'Œdipe, personnage mythologique grec, entre son expulsion de Thèbes et son arrivée à Colone, où il a choisi de venir reposer sous la protection de Thésée.

    Tout le monde ou presque connaît la fameuse légende d'Œdipe, celui qui fut éloigné dès la naissance du trône de son père Laïos suite à la malédiction d'un oracle. Celui qui, devenu adulte, tuera son père (sans savoir qu'il s'agit de lui) et épousera la femme du défunt, Jocaste, c'est-à-dire sa propre mère, après avoir résolu la fameuse énigme de la Sphinx, libérant ainsi Thèbes de la terrible épidémie de peste qui s'abattait sur elle.

    Avec cette femme il aura quatre enfants, deux fils, Étéocle et Polynice, qui s'entretueront pour la couronne de Thèbes, et deux filles, Ismène et Antigone. Cette dernière étant restée célèbre pour son refus d'obtempérer aux injonctions de son oncle Créon, devenu roi après la mort des deux fils d'Œdipe. (Je sais, ce rappel mythologique ultra rapide est sans doute assez indigeste fait à cette allure, mais c'est qu'il n'est pas essentiel pour comprendre la suite.)

    Ce qui nous intéresse ici, c'est ce qu'il adviendra d'Œdipe, le roi aimé de Thèbes, puis le roi banni de Thèbes, lorsqu'informé de son double sacrilège (parricide et inceste) il décidera de se crever les deux yeux et d'aller par les routes, errant comme un mendiant aveugle.

    C'est précisément ici que débute le roman d'Henry Bauchau, d'où son titre, on ne peut plus à propos. Œdipe ne veut rien ni personne pour l'accompagner, il veut errer, il désire mordre la poussière pour expier son crime, si tant est qu'une quelconque expiation soit possible.

    Mais c'est mal connaître les principes et la ténacité de sa fille Antigone, qui se refusera à le laisser vaguer tout seul par les campagnes. C'est un voyage très symbolique auquel l'auteur nous convie. Il rallume, complète ou invente des légendes ou des personnages auxquels il donne corps et psychologie.

    Au travers de certaines digressions, notamment autour de l'histoire personnelle de Clios ou du peuple des hautes collines, Henry Bauchau recrée tout un univers à l'antique, mais avec des problématiques bien actuelles. On n'est peut être pas si loin que cela d'un conte philosophique moderne à la Candide.

    Il y a beaucoup de place pour l'interprétation, mais j'y vois pour ma part, avec mes yeux d'aveugle, une parabole sur le sens de nos existences. Nous sommes tous des Œdipe, frappés de cécité, errant au hasard parmi les vicissitudes de l'existence et de la destinée.

    La gloire ? Le pouvoir ? La renommée ? Fariboles ! Tout disparaîtra. Le monde, la folie du monde, est symbolisée par la vague, la gigantesque vague qu'Œdipe, Clios et Antigone sculptent dans la falaise et surmontent d'un phare pour guider les âmes perdues. Cette vague de folie qui peut vous retourner à chaque instant, vous submerger, vous anéantir même si vous êtes attentif.

    Dans cette sculpture, le pilote est aveugle et ne peut compter que sur les bras vigoureux des rameurs pour sortir de la tourmente mais sur ses lèvres, presque imperceptible, l'amorce d'un sourire, un reste de confiance, une pincée d'espoir... Cela ne vous rappelle pas un certain : " Il faut cultiver son jardin " ? Des choses simples, la saine fatigue du labeur honnête, les relations vraies, le respect, l'art, l'amour et la conscience qu'on n'est qu'un mortel.

    Voilà ce à quoi Œdipe aspire, un Œdipe auquel Henry Bauchau donne parfois des faux airs de Gilgamesh. Un géant qui a tout perdu de son pouvoir et de sa superbe et pourtant qui est heureux. Il donne et il reçoit et il cherche sa voie en donnant de la voix, chantant à qui veut l'entendre, la philosophie issue de sa vie. Les gens s'amendent à son contact tout comme lui s'améliore au leur, c'est un échange, c'est la vie.

    C'est la vie telle que nous la chante l'aède Henry Bauchau dans une langue française irréprochable, volontairement sobre, très sobre, extraordinairement sobre, presque privée d'adjectifs, presque privée d'emphase ou de figures de style pimpantes. Cela confine parfois à la poésie extrême-orientale des haïkus, mais juste par instants, par touches très fines et subtiles. Il est à l'écriture ce que Miles Davis était à la trompette : un virtuose puriste.

    Certes, on n'est pas obligé d'aimer Miles Davis, tout comme j'ai un amour mesuré pour l'écriture de Bauchau, mais force est de constater que dans son style, c'est bien fait et c'est beau. Ce qui me dérange, personnellement, c'est justement le côté impersonnel, désincarné, froid.

    Ça manque de peps à mon goût, d'adrénaline, de saines chaleurs et d'arc-en-ciel. C'est un marbre et j'aime le feu, d'où mes trois étoiles seulement, mais il ne me viendrait pas à l'idée d'amoindrir cette prose que je trouve de qualité. C'est juste que je ne m'y reconnais pas vraiment.

    Un autre pan intéressant de la narration est l'intensité, l'épaisseur et l'évolution des relations qui unissent les trois personnages centraux de l'histoire : Œdipe, Antigone et Clios. Mélange de respect filial et d'amours inavouées entrelacés et interconnectés qui ne cessent d'évoluer et de fluctuer par vague en fonction des marées et des tempêtes éventuelles.

    En somme, des remparts de Thèbes jusqu'à Colone, sur les traces de Sophocle et de quelques autres, je vous invite à allez rejoindre Henry Bauchau si le cœur vous en dit, à cheminer à l'aveugle sur ces sentiers poussiéreux et inondés de soleil d'une Grèce évaporée depuis des siècles. Et n'oubliez pas que ce que j'exprime ici bas n'est qu'un misérable avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 18/08/2014


    Les Chroniques de Krondor (La Guerre de la Faille), Tome 1 : Magicien (partie 1 : Pug l'apprenti) de Raymond Feist

    Classique mais prenant.
    Krondor. Une fantasy classique commencée en 1982, comportant plus de 20 tomes et dont le dernier est paru en 2013.
    Pug l'apprenti est la première sous-partie du roman original : Magicien (je vous fait grâce des rééditions et corrections de l'auteur).

    Dans un univers moyenâgeux avec humains, elfes, gobelins, nains (les habituels, avec qualités et défauts, grands beaux, petits teigneux, méchants, bêtes, gentils, mines de la moria (ah, non je confonds), dans le désordre), une originalité, l'assaillant de l'histoire sera un peuple d'un monde parallèle, issu d'une faille dimensionnelle (d'où le sous-titre de la guerre de la faille), les Tsuranis.
    Pug, 13 ans, orphelin et doté de toutes les qualité du héros classique est choisi comme apprenti de Kulgan, maître magicien au service du Duc de Crydee. Avec son ami tomas, destiné à devenir soldat, ce sont eux qui découvrent la menace et accompagneront donc leurs maîtres à travers le pays pour informer le roi et lever des troupes, pour une guerre qui semble (et sera) inévitable.

    On est certes loin de la fantasy en vogue aujourd'hui, hyper réaliste, noire à la GoT ou Abercrombie. C'est de la fantasy d'autrefois, tolkienne, sans sexe, bon enfant où, même lorsque les combats font rage et le sang coule à flots, c'est le sentiment d'honneur au combat et la bravoure qui ressortent et non les intestins des éventrés et odeurs d'excréments des mourants.
    Cela dit, cela a été écrit en 1982 et Feist a su nous embarquer dans son histoire et son monde original. Les personnages sont un peu survolés, mais l'histoire se tient et est bien équilibrée entre une première partie sur l'apprentissage de Pug, une seconde de voyage dangereux et mouvementé et une dernière de guerre épique.

    Une premier opus prenant donc, qui se lit très facilement (au point que j'ai cru au début avoir à faire à une littérature jeunesse, avant que l'histoire ne se densifie, complexifie et se politise un peu), qui nous embarque et nous tient en haleine jusqu'à la fin. Un bon moment d'Heroic Fantasy.
    Deuxième partie de Magicien : Milamber le mage.

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    • Livres 2.00/5
    Par fnitter, le 22/08/2014


    La Romance de Ténébreuse : L'Épée Enchantée de Marion Zimmer Bradley

    Très moyen, voire faible.
    Premier tome du sous-cycle : L'âge de Damon Ridenow de la phase l'empire terrien.
    Chronologiquement, ce tome se situe entre la chaîne brisée et la maison des amazones (sous-cycle des amazones libres).

    Andrew Carr, Terrien pur jus, a le coup de foudre pour une Ténébrane (terme que je préfère de loin à tous les Ténébrosiens et toutes les Ténébrosiennes (à chanter sur l'air de tous les acadiens...), terme utilisé dans cette traduction) qu'il n'a vue que grâce à son Laran latent. Il s'engage alors dans le service Cartographie et Exploration pour la retrouver. Mais cette charmante Callista, belle demoiselle en détresse, s'est faite enlever par les hommes-chats, dans la contrée des Ténèbres. Carr aidé de Damon Ridenow, le cousin seigneur Comyn des sept domaines, vont, à l'aide de leurs Laran combinés, sauver l'élue de son cœur et faire ménage à quatre avec la jumelle...

    Je me moque, je me moque. Oui car en dehors du fait qu'il s'agit d'un épisode d'un cycle d'anthologie, ce court roman n'a rien d'intéressant et vaut surtout pour l'utilisation du Laran.
    Les hommes-chats, dont je ne me souviens pas avoir eu à faire dans les épisodes précédents, sont à peine abordés si ce n'est pour faire les méchants.
    La mièvrerie (Walktapus, pour le coups, tu en veux de la fantasy mièvre?) des amours est à son comble.
    Les combats sont fades et enfin, on n'apprend rien sur la société de Ténébreuse.

    Bref, espérons que la tour interdite, le tome suivant, sera plus avenant.

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 19/08/2014


    Je n'ai pas toujours été un vieux con de Alexandre Feraga

    Léon, un ancêtre, un croulant, un soixante-dix huit tours, a été sauvé des flammes de son appartement par son abruti de voisin. Rien n'a pu être sauvé de l'incendie à part son vieux transistor. Avec sa fracture bassin hanche, impossible pour lui de rester seul car de toute façon, il n'a personne pour l'héberger. Voilà comment il est arrivé aux Primevères, cette maison de repos/maison de retraite/mouroir, cloué à son fauteuil roulant. Heureusement, la belle infirmière Marylin est à ses petits soins, Marylin et son cul à en faire tomber plus d'un. Mais, il y a aussi la vieille Camus, la folle au talon, à lui raconter en long, en large et en travers son passé avec feu son mari et le kiné binoclard pas vraiment tendre avec lui. Et, il y a également Jack, le féru de lecture, devenu aussitôt son meilleur ami et Roger, le roi de la débrouille, adepte du saucisson/pinard. Devenus inséparables, ces trois amis vont vivre des aventures passionnantes et extravagantes. 

    Bienvenue aux Primevères... Avec ces patients tous aussi burlesques ou déjantés, l'on ne risque pas de s'ennuyer pendant notre séjour. Entre la vieille folle, le peintre qui ne peint pas ou la petite dame qui attend tous les jours, manteau sur les genoux, qu'on vienne la chercher et ces trois lascars, Alexandre Feraga nous dresse des portraits de vieux chnoques terriblement attachants. Pas un pour rattraper l'autre. Alternant les chapitres où l'auteur décrit le séjour de Léon dans cet établissement et son passé, l'on suit pas à pas la vie de ce vieux roublard qui a roulé sa bosse. Mais, inévitablement, la mort est au bout du chemin, alors il faut faire avec. C'est peut-être le moment de faire table rase du passé. Cynique, manquant de diplomatie, jamais la langue dans sa poche et lucide comme jamais sur sa vie et ce qui l'attend, ce bon vieux Léon nous fait passer un séjour agréable et captivant. De son enfance compliquée à sa vie de bourlingueur, il se livre avec passion. A la fois tendre, impertinent, jouissif et riche, ce roman à l'écriture enlevée et directe, offre une belle leçon d'humanité. 

    Je n'ai pas toujours été un vieux con... ni un jeune con...

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 25/08/2014


    Le paysan parvenu de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux ()

    Quel bonheur de lire cette langue dont notre petit français actuel n'est qu'un vestige ! Marivaux, tout en finesse, tout en touches successives, brosse un portrait, non pas tant de son héros, dont on devine dès le titre son devenir, mais bien plutôt de toute la société parisienne dans laquelle il va graviter.

    Il n'est évidemment pas usurpé, comme il a déjà été fait, de comparer ce Jacob au Julien Sorel du Rouge Et Le Noir car, notre homme tient son ascension dans le monde grâce à l'attrait qu'il exerce sur la gent féminine. Mais là où il y avait un magnétisme de l'esprit chez Stendhal, Marivaux n'hésite pas à ne considérer que le physique, ce qui n'est pas si fréquent à l'époque pour un personnage masculin.

    Notre Jacob, fraîchement débarqué de sa Champagne natale, va apprendre les usages à vitesse grand V (du moins c'est ainsi qu'il le raconte bien des années plus tard car le narrateur nous conte son ascension sociale a posteriori) et savoir utiliser ses atours physiques pour obtenir des dames l'amélioration de son quotidien avec un souci de la morale parfois assez peu prononcé.

    Ensuite, deuxième et inévitable comparaison moult fois faite, celle avec Les Liaisons Dangereuses. Comment ne pas voir dans le libertinage éhonté de Jacob quelques accents du grand Valmont ? Pourtant, je trouve qu'il y a un tantinet plus du Jacques dans Jacques Le Fataliste Et Son Maître que du Valmont dans la façon dont Jacob s'adonne à la question des femmes. Quelque chose de très terre à terre, de très opportuniste, un simple appel du plaisir, plus qu'une recherche de performance ou un challenge.

    Quoi qu'il en soit, quel roman savoureux et quel affreux dommage que notre bon Marivaux n'ait pas jugé bon de l'achever car ces cinq premières parties sont tout bonnement succulentes d'ironie, de truculence, de sarcasme parfois. On ne peut probablement pas en dire autant des trois suivantes, fruit d'une autre plume, mais ceci, bien évidemment, n'est que mon avis de paysanne pas revenue, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 27/08/2014


    L'Aveugle au Pistolet de Chester Himes

    Qu'on ne s'y trompe pas. Ceci n'est pas un roman policier. Bien sûr il y a des morts, des flics, des innocents, des coupables... mais à vrai dire, cela nous est bien égal.

    Non, ce que Chester Himes a écrit en 1969, c'est un roman social, noir dans tous les sens du terme, où il s'interroge, où il NOUS interroge, sur la condition noire des États-Unis de cette époque-là (n'oubliez pas que Martin Luther King, le promoteur de l'action pour le respect des droits civiques, avait été assassiné un an auparavant et dont je vous conseille chaleureusement au passage Minuit, Quelqu'Un Frappe À La Porte), mais, bien au-delà des frontières de Harlem, sur le sort et le brûlot que constitue n'importe quelle minorité non respectée dans un pays, par ailleurs prospère.

    Changez juste la couleur et vous aurez une vision et une analyse pénétrante du ressenti des communautés maghrébines en France, turques en Allemagne, etc. Le message de Chester Himes tient sa force dans ce qu'il a d'universel (voir aussi à ce propos les articles sur le hooliganisme dans Sport Et Civilisation de Norbert Elias).

    Ce message, cette parabole sur le mal-être des minorités ethniques, est à méditer dans n'importe quel pays où il y a une minorité raciale, sociale, religieuse ou ethnique qui se retrouve ou qui se sent méprisée, qu'on parque, qu'on entasse, qu'on mure, volontairement ou involontairement, dans des ghettos qui sentent trop fort la misère et la discrimination.

    C'est donc un regard intègre, sans parti pris, bienveillant mais lucide que nous offre Chester Himes sur les noirs de Harlem, son Harlem qu'il connaît sur le bout des doigts. Il y dépeint des noirs bourrés de défauts mais attachants, il y dépeint une situation sanitaire et sociale invivable, il y dépeint les ferments de la révolte qui, telle une cocotte-minute sans soupape risque d'exploser au visage de tous à chaque instant.

    Ses deux héros récurrents, presque des anti-héros, les deux flics noirs surnommés Cercueil & Fossoyeur, aux méthodes rugueuses, qui ne savent pas toujours de quel côté ils doivent se placer dans les conflits entre noirs et blancs, eux qui sont toujours là pour se prendre des coups (voir comment Cercueil s'est fait brûler le visage dans La Reine Des Pommes) et qui commencent à se demander si tout cela en vaut vraiment la chandelle. Pour quel ordre établi bossent-il finalement ?

    L'histoire est intriquée comme les rues de Harlem et l'auteur entrelace plusieurs scènes qui concourent toutes à amener la parabole finale de l'aveugle au pistolet.

    L'aveugle, c'est bien évidemment le peuple noir de Harlem, et le jour où il se servira de son pistolet, d'une part cela fera mal, mais d'autre part, personne ne sera à l'abri des coups lancés au hasard. Cela ne vous rappelle rien ?... enfin, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire celui d'une pas tout à fait aveugle sans pistolet, autant dire pas grand-chose.

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 17/08/2014


    Moïra de Julien Green

    Moïra est un court roman de Julien Green fragmenté en brefs chapitres dont la lecture est aisée, je n'irai pas jusqu'à prétendre " agréable " car cette lecture ne m'a jamais vraiment captivée. Aisée donc pour moi uniquement parce qu'elle est courte.

    Le protagoniste principal est Joseph Day, un jeune étudiant ayant quitté la boue et la poussière de ses collines natales pour venir étudier le grec ancien (afin, précise-t-il, de pouvoir enfin lire les évangiles dans leur forme originale) à l'université dans une grande ville du sud des États-Unis en 1920.

    Croyant et puritain jusqu'à la racine du crin, la découverte de " La Grande Ville " et de ses " dépravations " (aussi insignifiantes soient-elles) vont renforcer chez lui le côté extrême et jusqu'au-boutiste de sa ferveur religieuse. (Qu'on qualifierait aujourd'hui d'intégrisme religieux.)

    Il va vite se retrouver en marge de la vie étudiante par cette attitude à rebours de l'époque et des activités des étudiants de son âge. Qu'en sera-t-il quand le démon de la tentation charnelle, incarnée par Moïra, s'emparera de notre saint apôtre ?...

    Je vous laisse le découvrir... ou ne pas le découvrir, car cette lecture ne me semble pas indispensable, loin sans faut, avec son discours ultra-chrétien qui me sort par tous les pores. Cependant, il semble que ce livre soit considéré par certains comme un des grands chefs-d'œuvre du XXème siècle, donc, encore une fois, c'est à vous de voir. Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, hier


    Bouclier périlleux de Jack Campbell

    L'intérêt s'amoindrit.
    Second tome de la licence Étoiles perdues, spin off de la série la flotte perdue, après l'honneur terni.

    Nous retrouvons nos deux grandes figures de proues que sont le général Drakon et la présidente Iceni, aux manettes du système de Midway, ex-monde syndic révolté, à la frontière de l'empire extraterrestre Enigma.
    Pour rappel, la paix est signée avec l'Alliance et le système syndic est en déroute mais encore actif et cherche à reprendre Midway dans ses filets. Si en plus les Enigmas s'en mêlent, que des forces internes cherchent à déstabiliser le nouveau pouvoir en place par des assassinats ciblés, nos héros auront fort à faire, en plus de canaliser leurs subordonnés impétueux et vindicatifs Morgan et Malin (surtout Morgan d'ailleurs).

    La première moitié du roman nous est déjà connue puisqu'elle n'est que la redite, vue du côté Midway, du passage de Black Jack dans le système, relaté dans Gardien. Ce second point de vue est intéressant et permet d'éclairer un passage plus rapide dans la série principale, mais du coup, le suspense en est totalement absent, dommage.
    Campbell continue à nous narrer dans le menu toutes les exactions et travers passés des serpents (la sécurité intérieure syndic) et du mode politique de gestion des mondes associés, et il faut avouer que cela devient un peu lassant. Tout comme les relations entre Drakon et Iceni. On a compris qu'ils s'aimaient dès le premier épisode et ils continuent dans le même schéma d'attraction répulsion et de confiance bancale. Espérons que l'auteur ne fasse pas durer cette situation aussi longtemps que celle de Geary et Desjany.
    Malgré tout, l'action reste bien présente dans ce tome, toujours saupoudrée de considérations hautement politiques.

    Je comparais dans l'honneur terni, le système syndic au système de Havre dans Honor Harrington de David Weber. Et bien la série, du moins ce spin off, prend le même chemin que cette série, moins d'action et plus de politique. Cela ne me déplaît pas forcément, mais au final je préfère la série modèle et pour celle de Campbell la série principale de la flotte perdue, par delà les frontières.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 20/08/2014


    Les Chroniques de Krondor (La Guerre de la Faille), Tome 1 : Magicien (partie 2 : Milamber, le mage) de Raymond E. Feist

    Une suite à la hauteur pour cette seconde partie de Magicien.

    Après un premier tome ayant posé les bases de l'univers de Midkemia et abordé les principaux personnages, nous allons nous plonger dans la culture de l'empire de Kelewan (les tsuraniens) et son organisation sociale avec le destin de Pug destiné à devenir Milamber le mage, un Tout-Puissant. Puis nous retournerons sur Mikdemia, passant d'aventures maritimes en aventures politiques pour le devenir du royaume.

    Plus posé que le premier opus, ce second volume nous plonge au cœur des deux sociétés ennemies. C'est certes parfois un peu caricatural, mais l'auteur nous compte une histoire dense, où tous les codes du genre sont respectés. On pourra regretter le côté deus ex machina de Macros le noir (mais c'est un code gandalfien) et j'espère retrouver des explications sur ce personnage dans des tomes ultérieurs.
    Happy end, relations sentimentales naïves, mais une histoire prenante, très agréable à lire. Une fantasy certes à l'ancienne mais qui mérite sa place dans la liste des œuvre de fantasy à lire.

    La suite : Silverthorn.

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    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 28/08/2014


    La Romance de Ténébreuse : La Captive aux Cheveux de Feu de Marion Zimmer Bradley

    Enfin fini.
    Dernier tome (et ce n'est pas plus mal) classé dans le sous-cycle : L'âge de Damon Ridenow de la phase l'empire terrien.

    Le château des Storn a été attaqué et conquis par un bandit sans foi ni loi. Seul le maître des lieux, aveugle et protégé dans sa transe de Laran peut encore retourner la situation, à moins que ce ne soit sa fille, belle princesse en détresse, qui s'évade pour aller chercher de l'aide.
    De son côté, Dan Barron, Terrien affecté à la base, reçoit des images d'une belle captive aux cheveux de feu. Encore un télépathe qui s'ignore. Ces images qui lui vaudront d'ailleurs d'être destitué de son poste et introduit dans la société Ténébrane à la demande de Valdys pour une aide technologique.
    Et qui va sauver la belle demoiselle en détresse et libérer le château ?

    Un roman sur le même modèle que l'épée enchantée. Un terrien télépathe, une ténébrane de la haute en danger, un peu de Laran et un happy end amoureux. Enfin fini.
    Quelques petites variantes de domination mentale, mais au final, ma seule consolation est d'enfin en finir avec cette époque qui nous a offert une fantasy bien palote et d'un intérêt, pour moi, extrêmement limité.

    D'accord l'auteure se faisait les dents sur son nouvel univers avec ces romans (qui font parties des premiers dans l'ordre d'écriture), mais je crois qu'on peut allègrement et sans remords se passer de ce cycle de Damon Ridenow. Il y a des opus bien plus aboutis et passionnants dans le monde de Ténébreuse (cf mes nombreuses critiques précédentes et positives).

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    • Livres 5.00/5
    Par andman, le 23/08/2014


    Demian de Hermann Hesse

    Lorsqu’il commence l’écriture de “Demian” en 1917, Hermann Hesse est un quarantenaire perturbé.

    Résident suisse depuis une décennie, ses positions modérées voire pacifiques l’entraînent au début de la guerre dans des polémiques traumatisantes avec les intellectuels allemands jusqu’au-boutistes. Dans le même temps, de lourds problèmes familiaux achèvent de le déstabiliser au point de l’obliger à suivre une psychothérapie au cours de laquelle il fait la connaissance de Carl Gustav Jung.
    Il y a tout lieu de croire que les échanges avec ce psychiatre de renom passionné de psychologie analytique (*) ont été, pour Hermann Hesse, source d’inspiration quant au thème de ce court roman finalement publié en 1919.

    Le lecteur fait la connaissance d’un jeune garçon, Émile Sinclair, qui au sortir de l’enfance prend pleinement conscience de la dualité du monde qui l’entoure : d’un côté le cocon rassurant d’une famille aimante et attentionnée, de l’autre une société bigarrée, faite de choses monstrueuses, attirantes et énigmatiques.

    Par craintes de réprimandes parentales, Émile subit la tyrannie de Kromer, un vaurien qui exerce sur lui un affreux chantage et l’oblige à commettre de menus larcins.
    Sa rencontre avec Max Demian, un nouveau camarade de classe à la personnalité mystérieuse, le délivre du joug de Kromer et sert de catalyseur à l’émergence de ses doutes, de son esprit critique, de son besoins de connaissances des choses de la vie.
    S’il est un message que le jeune Sinclair retient de ses longues conversations avec son ami Max Demian c’est bien la nécessité de se forger au plus vite un caractère différent de la multitude moutonnière, dût-il pour cela passer par une phase de mépris à l’égard de lui-même et du monde.

    Un changement d’établissement scolaire, loin du domicile familial, va bientôt le priver de son confident. C’est une vie de solitaire mélancolique que s’impose alors Émile, une vie parsemée de beuveries, une vie où l’absence de conquêtes amoureuses ne laisse pas de surprendre...
    Ses lectures passionnées de Novalis et de Nietzche ainsi que d’étonnantes rencontres nocturnes lui permettent néanmoins d’avancer lentement sur le chemin qui le conduit à lui-même, de laisser peu à peu son propre monde intérieur s’exprimer.

    Devenu jeune adulte, Émile retrouve avec bonheur Max Demian ainsi que la mère de celui-ci, une femme sans âge dont la beauté le fascine.
    Au contact de ces deux êtres d’exception, Emile Sinclair parviendra-t-il enfin à assumer ses choix de vie particuliers, à affirmer sans détour sa vraie personnalité ?

    Tel un grand vin que l’on sirote à petites gorgées, la prose limpide d’Hermann Hesse, à la ponctuation particulièrement soignée, se déguste sans précipitation.
    On aimerait bien sûr recommander “Demian” aux plus jeunes d’entre nous, il y a tant d’idées fortes à découvrir au sein de ce roman initiatique.
    Les moins jeunes se consoleront de cette découverte tardive en lisant les nombreux passages où magie, onirisme et spiritualité se chevauchent et se réjouiront au final d’avoir passé un moment passionnant avec ce Nobel de littérature si controversé de son vivant.





    (*) Voir la critique “Ma vie” de C. G. Jung (ISBN 978-2-07-038407-5)

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 23/08/2014


    Oncle Vania / Les trois Soeurs de Anton Tchékhov

    Ceux qui me connaissent un petit peu savent que j’aime, de temps à autres, me faire l’avocate soit du diable, soit des causes perdues. Et bien que j’aie déjà proposé un commentaire pour chacune des deux pièces qui composent cet ouvrage, j’aimerais amener votre attention sur cette édition en particulier.

    Nous savons tous que les très vieilles éditions du « Livre de Poche » ont auprès de beaucoup une réputation de ringardise absolue, esthétiquement, surtout, mais aussi pour la piètre qualité du papier ou de la reliure, ou encore pour l'appareil critique inexistant, et cætera, et cætera, j’en passe comme vous pouvez vous le figurer. En somme, à l'heure du tout numérique, du high-tech, du flashy, du supersonique, ces vieux livres jaunis ne valent même pas le coup de talon qu'ils suscitent dans l'esprit de certaines et certains.

    Nonobstant, au risque d’en surprendre quelques uns, j’ai une affection toute particulière pour ces mal-aimées chez les classiques de poche.

    Premièrement, elles conservent totalement ce qui fit leur succès en leur temps, à savoir une extrême modicité de coût quasi imbattable sur le marché de l’occasion.

    Deuxièmement, et on ne le souligne jamais (ou jamais assez), je constate que ces vieilles reliques du Livre de Poche n’ont à rougir devant personne quant au nombre des coquilles, surtout pas devant Folio ni même la pourtant fort prestigieuse Pléiade.

    Troisièmement, et là encore on n’en fait guère de cas, je veux parler de la pertinence des choix éditoriaux, souvent copiés par la concurrence, mais dont tout le mérite devrait revenir en premier lieu à cette collection.

    Ceci nous ramène à ces deux pièces de Tchékhov. En effet, quelle bonne idée de les proposer ensemble, ces deux-là, et non deux autres. Certes, on peut toujours plaider en faveur du hasard qui, pour le coup, aurait été heureux. On ne peut l’exclure, mais je n’en crois pas une lettre. Ces deux pièces ont évidemment des rapports multiples qu’il est très intéressant de mettre en miroir.

    L’une comme l’autre ont pour cadre une grosse maison à la campagne où les personnes qui y résident se sentent perdus loin de la vie de la ville. Les deux ont comme dénominateur commun d’avoir pour héros des êtres ratés, frustrés, dont le potentiel se délite et n’aura jamais été reconnu à sa vraie valeur. Dans les deux, l’auteur témoigne de l’aspect fugace, fragile et dérisoire d’une seule existence humaine à l’échelle des temps.

    Ces pièces sont aussi radicalement symétriques ou de forme inverse. Dans l’une, le personnage du médecin, cher à Tchékhov, est le seul à sembler être lucide, dans l’autre, c’est le plus égaré et le plus profondément altéré de tous.

    Dans l’une, la femme qui est la pièce rapportée de la famille provoque l’explosion de l’assemblée, dans l’autre, cette même femme joue l’implosion par un travail de sape souterrain et maintenu pendant plusieurs années. Dans une pièce, le scientifique raté qui a épousé la femme-piège quitte le noyau familial avec son épouse, dans l’autre, c’est le noyau familial qui finalement quitte le couple du scientifique raté et de la femme-piège.

    On pourrait multiplier de la sorte et pendant un bon moment les analogies et les dissemblances symétriques rigoureusement opposées, mais je pense que le constat est clair. C’était rudement bien vu, mesdames et messieurs les éditeurs de cette époque du « Livre de Poche », d'avoir choisi ce rapprochement-là, et je vous tire mon chapeau.

    Mais ce chapeau, vous le savez, n'a sans doute pas beaucoup d'allure, il ne taille pas bien grand, car il n’épouse que mon avis, c’est-à-dire bien peu de chose…

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 22/08/2014


    L'empoisonneuse de Barbara Yelin

    Dans le train qui les mène vers Hambourg, deux femmes discutent ensemble du travail de l'une d'elles. Cette dernière, écrivain, publie des carnets de voyage mais aussi ses mémoires. Lorsque le contrôleur les informe qu'un accident a coupé la voie et que le train doit s'arrêter deux heures à Brême, elle se sent mal rien qu'à l'évocation de cette ville. Aussitôt, son amie lui demande la raison de ce malaise. Elle lui raconte alors ces deux jours qui ont bouleversé son existence alors qu'elle était plus jeune...
    Venant de Londres, elle avait fait une halte de quelques jours à Brême où elle devait rédiger, pour son éditeur, un récit de voyage en rendant hommage à la ville et ses commodités. A peine arrivée, elle fait une petite visite de la ville, ses petites rues, sa cathédrale. C'est près de celle-ci qu'elle remarque que des ouvriers construisent non pas un échafaudage comme elle le pensait mais un échafaud. C'est en croisant par hasard le pasteur discutant avec un autre homme qu'elle comprend qu'ici une femme, une empoisonneuse, va avoir la tête coupée. Intriguée, elle décide d'en savoir un peu plus...

    Peer Meter, originaire de Brême, relate ici l'histoire vraie de cette femme, Gesche Margarethe Gottfried, surnommée "L'ange de Brême", qui a tué pas moins de 15 personnes, dont ses parents, ses deux maris et ses enfants, et mis en danger la vie de bon nombre au début des années 1800. Suite à ses aveux et sa condamnation à mort, elle aura la tête tranchée sur la voie publique. Elle sera la dernière personne à être exécutée ainsi. Peer Meter part ainsi de ce fait divers tragique qui a secoué sa ville et le transpose à travers le regard d'une femme qui elle-même aurait assisté à cette sentence. Ce récit noir, à la fois fascinant et grave, nous plonge dans une atmosphère des plus sombres et inquiétantes. La tension est palpable, la population en émoi devant cette femme et la violence sournoise. Malgré quelques longueurs, l'on est entraîné dans ce drame. Le dessin au fusain et au crayon à papier, dans les tons gris, se révèle juste et à propos.

    L'empoisonneuse... la tête à l'envers...

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    • Livres 2.00/5
    Par fnitter, le 26/08/2014


    La Romance de Ténébreuse : L'Étoile du Danger de Marion Zimmer Bradley

    Petite aventurette pour ado pour ce troisième tome classé dans le sous-cycle : L'âge de Damon Ridenow de la phase l'empire terrien.

    Chronologiquement, on se situe quelques dizaines d'années après la tour interdite. Un des personnages est Valdir, (enfant dans l'épisode précédent, il est ici père de l'un des deux héros). Mais c'est le seul lien.

    Larry Montray, jeune terrien, 16 ans, revient avec son père sur Ténébreuse où il fait connaissance avec Kennard Alton, comyn. Leurs aventures sur fond de choc des cultures nous sont contées, avec espèces indigènes gentilles et méchantes et bandits de grand chemin.
    Pour information : Larry est roux et gaucher. Je vous laisse deviner son origine.

    La classique aventure initiatique où l'enfant se découvre adulte, s'opposant à ses parents pour ensuite survivre dans un monde hostile et s'en sortir par son intelligence sa pugnacité, son amitié et son partage de culture.
    Une littérature jeunesse par excellence. Mais qui a dit que le cycle Ténébreuse en contenait ? Même si je n'ai pas particulièrement aimé la tour interdite, cet opus, au moins, s'adressait à un public adulte. Ici, passé 13 ans, cette histoire frise le ridicule. Aventures et sauvetages peu crédibles, intrigues enfantines, développement bâclé ou tout du moins expédié à la vitesse d'une pensée captée par la télépathie des protagonistes.
    Un épisode, de plus, qui a du mal à cadrer avec les tomes précédents. On y trouve un arc (le Pacte ici appelé le contrat est mal finalisé dans l'esprit de l'auteure), des serviteurs non-humains à cette époque. Le titre a mal vieilli, on parle de magnétophone et de pellicule photo (mes gosses ne savent même pas ce que c'est).

    Et puis après une petite recherche, on se rend compte que ce titre a été écrit en 1965 soit près de 12 ans avant la tour interdite. C'est en fait le troisième écrit (après projet Jason et soleil sanglant).
    En tout état de cause, tous les romans précédents sont bien plus aboutis et matures, mais écrits bien plus tard. Ceci expliquant cela ?

    Trois étoiles dans le cadre d'une lecture jeunesse, deux pour le cycle de Ténébreuse. Le tome suivant : La captive aux cheveux de feu.

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    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 25/08/2014


    La Romance de Ténébreuse : La Tour Interdite de Marion Zimmer Bradley

    Trop lent, trop long, trop mou.
    Second tome du sous-cycle : L'âge de Damon Ridenow de la phase l'empire terrien, il s'agit de la suite directe de l'épée enchantée.

    Andrew le Terrien, Damon le comyn et les jumelles Callista et Ellemir sont mariés et forment ce qui deviendra « un couple à quatre » par les liens télépathiques qui les unissent. Mais Callista a été abîmée par son conditionnement de gardienne et est rétive à tout contact physique. Seuls les anciens savoirs pourront la libérer et pour cela il faudra braver les interdits au risque de s'y consumer. Mais le succès est à la hauteur des risques et pourrait changer la face de Ténébreuse.

    A travers le cas de Callista, on assiste à la cruelle douleur et épreuve que doit subir une femme pour réapprendre le contact humain après un viol (ici un viol « image » par son conditionnement). Les personnages sont bien dessinés et nous avons un tome bien plus abouti que le premier opus.
    Cela étant, aurais-je perdu l'attrait pour la prose de l'auteure ? Quatre cents pages à disserter sur l'amour et le désir physique contrarié assaisonné de beaucoup de redites, m'ont fortement déçues. L'épée enchantée avait au moins l'avantage d'être court. Un sursaut de 30 pages en milieu de roman et une fin heureusement intéressante, mais 60 pages au milieu des états d'âme de nos héros où l'on parle, certes beaucoup de sexe (plus que l'on ne montre d'ailleurs) de tabous de préjugés, mais où, au final, on parle beaucoup pour ne rien dire.

    Deux hommes, deux femmes et plein de possibilités. C'est hélas l'unique attrait de ce roman, trop lent, trop long, trop mou.
    A suivre : l'étoile du danger.

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 29/08/2014


    Yakari, Tome 33 : Le marais de la peur de Derib

    Nous sommes en 2007, trente-troisième épisode, déjà, et justement trente-troisième fois où l'on remet l'ouvrage sur le métier, avec comme un sentiment qu'on a un peu fait le tour de la question.

    Alors bien sûr, il est très fidèle à lui-même ce Yakari, pas moins bon, pas au-dessus, exact et à l'heure comme un coucou suisse, mais on voit clairement que les auteurs se sont arrachés les cheveux (déjà qu'ils n'en avaient plus beaucoup !) pour essayer de faire un peu de nouveau sous le soleil, alors, quitte à faire une petite entorse au vraisemblable, on va dire que les bisons passent dans le coin d'un marécage et que la faune typique des Everglades s'est réfugiée précisément dans ce marais-là...

    Bon, c'est un peu tiré par les crins, à ce compte-là, Yakari pourrait bien rendre visite au condor un de ces jours, voire même au tigre du Bengale, pourquoi pas ?

    Hormis donc, cette très légère invraisemblance, nous suivons notre petit Sioux qui murmure aux oreilles des chevaux (Petit-Tonnerre pour ne pas le citer) et de toutes les bestioles du monde vivant dans une affaire de rapts inquiétants.

    Les animaux de tous poils (et de toutes plumes) accourent chercher les bons offices de Yakari pour l'avertir que certains des leurs disparaissent dans ce mystérieux marécage. Yakari parviendra-t-il à découvrir le secret de l'énigme et à remettre de l'ordre dans le marais ? (N'est pas André Malraux qui veut...)

    SI ce n'est cet exercice d'équilibriste pour faire toucher au petit indien des grandes plaines un milieu où manifestement il n'a pas à mettre les mocassins, je trouve que l'album est, une nouvelle fois, puissamment documenté et très accessible pour les enfants fraîchement lecteurs.

    Le recours aux animaux, assez systématique, est un autre élément qui plaide en faveur de Yakari auprès des enfants assez jeunes (avant huit ans). Donc, un tome très correct qui plaira aux enfants qui ne sont jamais aussi chicaniers que le vilaine Nastasia dont l'avis ne signifie décidément pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 21/08/2014


    Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock

    Willard Russel ne fait jamais les choses à moitié. Homme de sang froid, aussi dur avec les siens qu'avec lui-même. Son fils Arvin peut en témoigner. Aussi, lorsque sa femme tant aimée est rongée par le cancer, il fera appel à Dieu et fera résonner, dans toute la ville de Knockemstiff, ses prières et ses lamentations, sous un soleil de plomb ou une pluie battante...
    Theodore, en fauteuil roulant, a trouvé en Roy une âme sœur, du moins le croit-il. Ce dernier prêche la bonne parole un peu partout et est persuadé de pouvoir ressusciter les morts...
    Sandy et Carl, un couple de doux-dingue. Elle vend son corps et lui ramasse la thune. Se faisant passer pour un photographe, il aime prendre sous toutes les coutures sa nana avec d'autres hommes. Mais leur folie ne semble pas vouloir s'arrêter là. Ce qui n'est pas sans mettre mal à l'aise le shérif de Knockemstiff, le frère de Sandy, lui-même peu regardant...

    Le diable, tout le temps, en personne, hante ces pages. De l'Ohio à la Virginie Occidentale, l'on croise ici et là sur les chemins de traverse, aux abords d'une station service, au pied d'une église, dans une chambre d'hôtel miteux ou sur la banquette arrière d'une voiture, ces hommes et ces femmes, sans scrupule, traumatisés, bouleversés ou rongés par la vie et des âmes vagabondes, esseulées ou déchirées. Par un tour de passe-passe habile, Donald Ray Pollock fait s'entremêler ces destins. Ce n'est pas tant ses personnages incroyablement marqués qui impressionnent, c'est aussi cette ambiance sombre, glauque et oppressante qui nous happe à la gorge. Servi par une écriture sèche, maîtrisée et ciselée, ce roman efficace de bout en bout nous plonge dans une noirceur indéfinissable où les descriptions de cette nature sauvage et humaines sont tout simplement éblouissantes et effroyables.

    Le diable, tout le temps... le diable, effrontément...

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 24/08/2014


    Le Génie des alpages, tome 4 : Un Grand Silence frisé de F'Murr

    Avec ce quatrième tome du Génie Des Alpages, vous pénétrez dans une nouvelle ère de la série. Le style et le contenu ne sont pas fondamentalement différents de ce qu'ils étaient aux trois premiers tomes : c'est toujours aussi déjanté, toujours aussi décalé, toujours aussi spécial au niveau de l'humour (quoique un peu moins dans l'absurde que dans le tome précédent).

    Ce qui change notablement, c'est que désormais le berger principal, à partir de cet album et par la suite, sera le taciturne Athanase (son nom de famille est Percevalve nous a-t-on appris à la toute fin du tome 3), à la fois rêveur et dubitatif, peut-être même mélancolique. Exit l'ancien berger qui ne fera plus que des apparitions sporadiques dans les albums suivants.

    Un autre changement notable de cet album par rapport aux autres est le fait qu'on passe provisoirement du format d'une saynète par double page au format de plusieurs histoires courtes sur six ou sept pages. Dans les albums suivants, cette tendance s'évanouira à nouveau pour retrouver le plus souvent la forme standard d'une saynète par double page.

    Avec la venue d'Athanase et sa personnalité d'ermite mélancolico-poétique, je trouve que le propos se teinte d'une tendance écologiste plus marquée (n'oublions pas que l'album est sorti en 1978).

    Alors bien sûr, tous les éléments constitutifs de l'identité de la série sont là : un troupeau de brebis aux personnalités et aux préoccupations les plus atypiques, voire, totalement débiles ; un chien de berger toujours aussi philosophe et hors de la réalité ; des personnages secondaires toujours aussi improbables et incongrus ; des jeux de mots, des références multiples, des clins d'œil... bref, le Génie Des Alpages, quoi !

    Un côté de ma personnalité me dit que j'aime bien, un autre que c'est un gros délire de l'auteur qui ne mène pas bien loin. J'ai toujours un peu de mal à me positionner, je ne suis certes pas emballée mais je continue à lire, c'est donc que cela ne doit pas être si mal que ça. D'ailleurs, ceci n'est que mon avis, et ça ne vaut pas beaucoup plus qu'un grand silence, frisé ou pas frisé, ça c'est à vous de voir...

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