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Critiques les plus appréciées

    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 21/11/2014


    Dommage que ce soit une Putain de Ford J

    Qui sont les grands hommes ? Sont-ils des exceptions, des individualités, des émanations indépendantes, des comètes surgies de nulle part et qui s'en vont de même ou sont-ils la suprême représentation d'une tendance, les personnages les plus en vue de groupes de personnes de talent comparable ?

    Plus que jamais, William Shakespeare est l'arbre qui cache la forêt du théâtre élisabétain, qui, de la fin XVIème au début XVIIème a inondé la scène d'une multitude d'auteurs et de pièces absolument exceptionnelles. Et ces pièces exceptionnelles n'étaient pas toutes signées Shakespeare, loin s'en faut.

    Aujourd'hui, si je vous parle de John Ford, cela vous évoque forcément le grand cinéaste américain du milieu du XXème siècle. SI je vous parle de Ben Johnson, vous imaginez cet athlète canadien convaincu de dopage en finale du 100 m des J. O. de Séoul. Mais ces noms, ainsi que quelques autres, ont eu une vie avant le XXème siècle. Ce sont d'excellents dramaturges assez injustement oubliés, à tout le moins, de ce côté de la Manche.

    John Ford a donc écrit cette pièce (et pas que cette pièce), une magnifique tragédie dont Shakespeare n'aurait pas rougit s'il l'avait eu à son répertoire. C'est une tragédie un peu à la mode espagnole de Lope de Vega, c'est-à-dire que l'auteur n'hésite pas à alterner des passages comiques ou des décalages de niveau de langue entre les différents personnages.

    On peut dire sans peur que cette pièce est admirable. Il en fut d'ailleurs tiré une adaptation cinématographique sous le titre Annabella où Romy Schneider et Alain Delon, du temps de leur splendeur, tenaient les rôles principaux. Il est également important de noter que le théâtre jouait, à l'époque de John Ford, le rôle qu'occupa le roman au XIXème siècle et qu'occupe l'essai de nos jours. À savoir, celui d'ouvrir le débat, de mettre sur la table des questions de société, parfois brûlantes.

    Ici, il est question d'inceste et de sa perception sociale et religieuse. Ce n'est pas un inceste de type œdipien mais de type jupitérien (car on sait que le dieu des dieux Jupiter était marié à sa sœur Junon).

    John Ford, évidemment, place un peu un cas limite, mais que je trouve intéressant pour la réflexion. Un frère et une sœur, beaux et convoités de toute part, ressentent en eux, depuis longtemps et sans oser se l'avouer, un sentiment d'attachement supérieur à la norme communément admise.

    Arrivé au paroxysme de cet état amoureux sans avoir jamais pu le confesser, Giovanni est le premier à briser le tabou. Il est prêt à en payer le prix si Annabella n'est pas sur la même longueur d'onde que lui. Mais il ne s'est pas trompé : ce que lui ressent palpiter au fond de lui-même palpite en symétrique dans le cœur de sa sœur.

    Que doivent-ils faire ? Jusqu'où ? Jusqu'à quel point pourront-ils faire s'accorder leur amour véritable avec les exigences sociétales et religieuses ? L'affaire est d'autant moins simple qu'Annabella est en âge d'être mariée et qu'en regard de son exceptionnelle beauté et de ses autres vertus, les prétendants se pressent à la porte de son père, Florio.

    C'est même d'autant plus valorisant car, bien que de famille roturière, de valeureux jeunes nobles aux fortunes confortables se proposent de faire fi d'un tel décalage de classe. Que peut-il advenir ? Je vous laisse le soin de le découvrir.

    Par ailleurs, l'auteur n'hésite pas à greffer un certain nombre d'autres personnages qui gravitent autour d'Annabella et Giovanni afin de nous faire un riche tableau sociétal et psychologique de ces différents protagonistes.

    Donc, une pièce que j'ai pris énormément de plaisir à découvrir et qui n'est pas loin de tutoyer les sommets de la dramaturgie shakespearienne, à mon avis, mais ce n'est qu'un avis. Dommage que ce ne soit qu'un putain d'avis...

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    • Livres 3.00/5
    Par fnitter, le 21/11/2014


    Les Annales du Disque-Monde, Tome 1 : La Huitième couleur de Terry Pratchett

    Les Dieux jouent aux dés dans ce premier titre d'une immense saga qui compte à ce jour 35 tomes.

    Deuxfleurs est un touriste, celui de la pire espèce, celui qui veut vivre toutes les aventures sans en mesurer les conséquences, qui mitraille à tout va avec sa boîte à image à démon. Il est accompagné de son bagage à pattes, qui garde un monceau d'or pour les faux frais.
    Rincevent est un mage raté, totalement raté, un pleutre, mais attachant et malgré tout plein de ressources.
    Et quand les deux se rencontrent, l'un servant de guide à l'autre, leurs aventures, dans ce disque monde à coups de barbares héros chasseur de trésor, dragons transparents, dieu de la destinée et de la mort qui cherche désespérément à se les faire, vont briller dans le firmament de l'absurde et du loufoque.

    Le prologue sur la description rapide du disque-monde (pour mémoire un monde plat supporté par des éléphants eux-mêmes sur une tortue qui vogue dans l'espace), nous annonce la couleur, la huitième couleur pour être précis, l'octarine, la couleur de l'imagination, la couleur de la magie. Le livre n'est pas parti pour remporter le prix du sérieux dans la fantasy. Du loufoque vous voulez ? Du loufoque vous aurez.
    Ce premier opus est très fouillis, rempli certes de trouvailles aussi bizarres les unes que les autres, très imaginatif, mais très fouillis.
    Et la question principale demeure... Est-ce qu'on se marre ? Eh ben non hélas. Tout était réuni pour se payer une bonne tranche de poilade à l'instar du génial H2G2 d'Adams, mais au final, on s'éparpille dans toutes les directions, on se perd parfois, on apprécie quand même l'imagination de l'auteur, mais on ne rigole pas (en tout cas pas moi).

    Cela fait beaucoup de reproches pour un titre que beaucoup considèrent comme un monument de la fantasy, mais il paraît que c'est le moins bon de tous, espérons donc quelques sourires avec le tome suivant : Le Huitième Sortilège.

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    • Livres 4.00/5
    Par fnitter, le 10/11/2014


    Nexus de Ramez Naam

    Un Techno-thriller de bonne facture, lu et critiqué dans le cadre d'une masse critique. Qu'en soit remerciés Babelio et Presses de la cité.
    Premier livre de l'auteur, il a obtenu le prix Prometheus Award.

    Dans un avenir très proche, est inventée et utilisée Nexus, une drogue à base de nanostructures qui permet à ses utilisateurs de connecter leurs cerveaux (télépathie, empathie totale, contrôle d'autrui) et avec une couche logiciel supplémentaire, de programmer son cerveau, et donc son corps, pour des taches ou des spécialisations spécifiques (bruce lee, sort de ce corps).
    Dans un monde effrayé par les progrès technologiques qui peuvent créer des surhumains, voire des post-humains susceptibles d'asservir l'homo simplus, L'ERD (la direction des risques émergents), un office américain avec des pouvoirs capables de faire passer le patriot act pour un modèle des droits de l'homme, retourne un petit génie, Kade, spécialiste du nexus 5, le contraignant à travailler pour elle. Accompagné, fliqué par Sam, un agent féminin augmenté et plein de fêlures, il va se retrouver au cœur de l'action en Asie où la loi et les mafias sont moins regardantes qu'en occident.

    Après un départ un peu lent, malgré un petit prologue érotique histoire d’appâter le chaland, qui permet de poser l'univers du livre, on est happé par un tourbillon d'action bien dosé. Le potentiel du nexus est exploité correctement dans toutes ses spécificités.
    L'auteur, ingénieur informaticien, maîtrise son sujet, mais ne nous assomme pas de ses connaissances. Ce qui aurait pu être un livre de hard science hautement technique et philosophique est au final un simple techno-thriller très accessible et sans temps mort.
    Bien que le devenir de l'homme soit abordé dans le cadre du changement que lui apporterait le nexus, on ne s'étend pas sur des pages et des pages au détriment du scénario et de l'action.

    Bref, un techno-thriller de bonne facture ou hard-science et action sont bien dosés pour un agréable moment de lecture.

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    • Livres 5.00/5
    Par fnitter, le 09/11/2014


    La flotte perdue, tome 1 : Indomptable de Jack Campbell

    Science-fiction militaire, action et pas de temps morts pour ce premier tome d'un nouveau petit monument de la sf militaire (du moins celle actuellement traduite en français) qui compte à l'heure actuelle plus de 10 tomes.

    Alliance et Syndic, deux empires multi-stellaires sont engagés dans une guerre séculaire à grands coups de cuirassés et croiseurs de combats.
    Une légende, Black Jack Geary, que l'on croyait mort depuis le début de la guerre a miraculeusement refait surface et se retrouve à la tête de la flotte de l'Alliance, bien mal engagée après un traquenard des Syndics. Un objectif : ramener la flotte à bon port.
    Et Black Jack a un atout : Tacticien hors pair, il possède des connaissances en combats qui se sont perdues au fil des ans et il va en faire voir de toutes les couleurs à ses ennemis, aussi bien externes qu'internes, car son retour ne satisfait pas tout le monde.

    Un homme face à sa légende. Sera-t-il à la hauteur ? Vous vous doutez que oui, mais c'est un homme avant d'être un légende. Bon même si l'auteur s'efforce d'éviter la caricature, il n'y réussit pas vraiment et c'est très manichéen, mais cela reste jubilatoire.
    On entre directement dans l'action qui ne faiblit pas du début à la fin avec multiples descriptions de flamboyantes batailles spatiales, sans être trop technique.
    On ne néglige pas pour autant les antagonismes internes à la flotte et Geary aura aussi fort à faire pour imposer son autorité et sa vision de la guerre à des subordonnés formatés par un siècle de guerre au cours de laquelle tous les excès ont été commis.

    Ce n'est pas un chef d’œuvre. Loin de là. Mais en tout cas, un très agréable moment de space opera sous-section sf militaire, dans toute sa splendeur. Un pur divertissement popcorn à consommer avec modération tout de même car les 6 tomes de la série principale se ressemblent quand même beaucoup (renforcé en cela par les titres d'un seul mot).

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 13/11/2014


    Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

    Moyen Âge ? Vous avez dit Moyen Âge ? Vous savez que c'est la formule magique pour me faire accourir, ventre à terre, nez dans la poussière (des grimoires) ! Et si, vous rajoutez à cela le nom de l'auteur, alors là, je ne réponds plus de rien ! En effet, je l'avais tellement appréciée dans La Passion selon Juette, que je me dis qu'il s'agit dune valeur sûre. Elle a le don pour transformer l'Histoire (avec un grand H), la sublimer, la raconter avec magnificence.

    Après la sainte belge, Clara Dupont-Monod s'attaque ici à Aliénor d'Aquitaine. Une reine au doux prénom qui était pourtant "une main de fer dans un gant de velours". Cette Diane chasseresse était aussi ambitieuse que cultivée. Héritière du duché d'Aquitaine à la mort de son frère, elle entendait bien non seulement le conserver mais encore l'agrandir. Son mariage de raison avec le futur Louis VII montre à quel point l'ambition prenait le pas sur le côté personnel. Elle qui protégeait bec et ongles les troubadours et la fin'amor avait mis un voile noir sur son cœur. Et nous pouvons facilement le concevoir. Louis VII s'accorde avec Aliénor comme des porte-jarretelles siéraient à un cochon. Le pauvre homme ne vit que pour et par la foi.

    La romancière fait bien ressortir, dans ce livre à deux voix, les différences flagrantes entre les deux personnages. D'un côté, le caractère affirmé et conquérant d'Aliénor est mis en relief par une narration dont le champ lexical rappelle souvent le combat. La future reine de France apparaît comme une maîtresse-femme. On sait qui porte la culotte dans le couple ! De l'autre, Louis ressemble au ravi de la crèche, un poète illuminé, habité par sa foi, dont la gentillesse n'a d'égal que la naïveté. Mais sous cette apparence se cache un homme torturé manipulé par ses sentiments et... par son épouse. Et même s'il s'agit ici d'un roman, d'une fiction, on peut tout de même apercevoir l'Histoire en filigrane derrière.

    Si vous ne connaissez pas encore Clara Dupont-Monod, je ne peux que vous conseiller de vous ruer chez votre libraire ! J'ai lu ce livre éblouissant dans le cadre des Matchs de la rentrée Price Minister et je ne le regrette pas ! D'ailleurs, puisqu'on me demande de donner une note sur 5, vous avez bien compris que je lui donne la note maximale.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/dupont-monod-...

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    • Livres 3.00/5
    Par marina53, le 14/11/2014


    L'été des noyés de John Burnside

    C'est tout là-haut, dans l'Arctique, qu'a élu domicile Angelika Rossdal. Peintre célèbre, elle a choisi cette côte sauvage pour la lumière si particulière qui émane de cet endroit quasiment désert. Elle s'est acclimatée à la rudesse de l'hiver qui contraste si fortement avec les chaleurs étouffantes de l'été. Certains journalistes qui viennent l'interviewer diront d'elle qu'elle vit comme une recluse. Elle, évidemment, ne le voit pas ainsi. Sa fille, Liv, considère Kvaløya comme la seule île où elle n'ait jamais vécue. C'est au cours de cet été-là, il y a dix ans maintenant, que se joua ces événements tragiques. Deux frères, Mats et Harald, se noyèrent à quelques jours d'intervalle, sur le même canot emprunté. Que faisaient-ils donc à bord, en pleine nuit? Personne ne trouve d'explications rationnelles à ces noyades. Kyrre, le vieux voisin, qui aime à raconter les légendes et les histoires de trolls ou de magie, dira à Liv qu'un esprit est à l'origine de tout cela. Que Maia, la dernière personne vue en compagnie des deux frères, est la réincarnation de la huldra, femme aux pouvoirs magiques et à la beauté fatale, que c'est elle, sans doute, la responsable. Mais comment expliquer la disparition de deux autres personnes? Liv, en tant qu'espion de Dieu, voudrait tant, aujourd'hui, trouver un sens à cela...  

    Venez boire un thé avec Mère, écouter les légendes de Kyrre ou bien prendre un bain de soleil dans le jardin exotique... Dépaysant, mystérieux, sombre ou un peu irréel, ce roman nous emporte dans le nord de la Norvège. Liv nous raconte cet été-là, l'été de ses 18 ans, l'été où deux de ses camarades de classe se sont noyés mystérieusement. A travers le portrait de cette jeune fille mais aussi celui de sa maman, du vieux et attachant Kyrre, il nous emmène dans cette île qui regorge de légendes. Il ne s'y passe pas grand-chose, certes, mais l'atmosphère nous enveloppe tout à fait. L'écriture est dense, riche et poétique et les descriptions sont magnifiques. John Burnside nous offre un roman fort, fantastique et étrange... presque insaisissable. 

    Revivez L'été des noyés... 

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 16/11/2014


    Ermites dans la taïga de Vassili Peskov

    Voilà un livre pour lequel je ne regrette pas d’avoir fait mon curieux.
    Lorsque qu’une expédition géologique découvre ces ermites en pleine Taïga, tout d’abord incrédule, un formidable élan d’empathie va naitre entre ces autochtones coupés du monde depuis des décennies et leurs visiteurs. Car la famille Lykov avec à sa tête le vieux Karp Ossipovitch est une incroyable et enrichissante rencontre.
    A l’image aussi d’Agafia, dernière enfant de la fratrie, magnifique femme courage, force à elle seule le respect. Une leçon de vie. Il n’y a jamais aucune rancœur, aucun regret dans ces destins inimaginables. Cette ode à la tolérance, aux respects du temps, des saisons, des autres aussi, fait un bien fou.
    Allez à la découverte des Lykov, le voyage vaut largement le détour.

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    • Livres 5.00/5
    Par Lorraine47, le 15/11/2014


    Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Annie Barrows Mary Ann Shaffer

    Je vais ajouter ma toute petite pierre au cairn de critiques qui s'est formé autour de cet ouvrage au titre insolite! Sans Babelio, je n'aurais sûrement jamais lu "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", et j'avoue que je serais passée à côté d'une belle rencontre.
    Ce roman épistolaire ayant pour toile de fond la belle île de Guernesey de l'immédiat après- guerre révèle des trésors. L'héroïne tout d'abord, la pétillante et lumineuse Juliet Ashton, écrivain en panne qui retrouvera l'inspiration grâce aux membres du cercle littéraire. Il y a aussi ce style si précieux où l'on sent pointer la préciosité anglaise avec ce charme suranné du temps où écrire était le premier moyen de communiquer. Et surtout une armada de personnages secondaires truculents et attachants auxquels on pense longtemps après avoir refermé le livre, comme s'ils faisaient partie de nos intimes!
    Enfin, je suis tout particulièrement sensible aux évocations de l'occupation allemande et de cette période d'extrême souffrance où la solidarité seule permettait de survivre.
    Un roman profondément humain, merci les copains pour cette découverte!
    Une babeliote qui s'extasie encore trois heures après la bataille...

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 12/11/2014


    Lysistrata : Faisons la grève du sexe ! de Aristophane

    Lysistrata est une comédie antique, certes, mais c’est aussi et surtout un manifeste politique, quelque peu désespéré du dramaturge Aristophane pour réclamer l’arrêt des hostilités intestines et désastreuses qui déchiraient la Grèce de son temps. À ce propos, on peut évidemment se reporter à l'HIstoire De La Guerre Du Péloponnèse de Thucydide.

    (Il faut bien sûr s’imaginer tout autre chose que la Grèce « unie » que nous connaissons aujourd’hui. Comme bon nombre de territoires de par le monde, même avec une communauté de langue, de croyances et de culture, cela n’était pas suffisant pour obtenir une unité politique donc le territoire était constellé d’une mosaïque de cités-états qui se crêpaient le chignon constamment.)

    Je ne sais pas s’il s’agit vraiment d’un compliment adressé aux femmes par Aristophane, je croirais même plutôt le contraire lorsqu’on lit à quel point il décrit la gent féminine comme bardée de défauts, et notamment assoiffée de sexe et de vin de Thasos — d’ailleurs peut-être plus assoiffée encore de vin que de sexe car les femmes prêtent serment sur ce qu’elles ont de plus sacré, une coupe de ce fameux vin ! — mais outre les diverses marques de misogynie flagrante qui émaillent le texte, il faut saluer la tentative d’un homme à rallier les partisans de la paix et à reconnaître aux femmes le rôle d’acteurs déterminants dans ce processus.

    Le moyen imaginé par Aristophane a fait long feu et porte désormais le nom fort peu poétique de « grève du sexe » mais qui a le mérite d’être très explicite. Ce procédé est régulièrement utilisé à divers endroits du monde, récemment on l'a vu mis en application par les femmes togolaises fin août 2012 pour contraindre leurs maris à des changements politiques ou plus récemment encore en octobre 2014 au sud Soudan sous la houlette de Pricilla Nanyang.

    Ici, c’est Lysistrata qui mène la fronde et qui parvient (tant bien que mal) à rallier les femmes des différentes communautés afin qu’elles fassent pression sur leurs époux et qu’ils signent entre eux la paix.

    C’est l’occasion pour Aristophane de produire nombre de situations ou de répliques salaces pas forcément d’un goût excellent ni toujours très drôles mais dans l’ensemble, la pièce bénéficie d’une assez bonne efficacité et la simplicité du message cache en réalité plus qu’il n’y paraît, notamment sur la représentativité des femmes dans la vie politique et citoyenne, tout comme sur leur rôle économique ou démographique.

    Tous comptes faits, par le biais de cette trouvaille, il y a beaucoup de dérision sur la question du sexe et même d’autodérision dans cette comédie que je vous recommande pourtant plus pour son caractère de critique sociale que pour la finesse de son propos ou un quelconque talent de formule, mais ceci n’est, bien évidemment que mon avis, c’est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par LydiaB, le 11/11/2014


    Le soir, Lilith de Philippe Pratx

    Je vais être honnête, lorsque l'auteur m'a contactée pour me demander si j'acceptais de lire son livre et d'en faire la critique, je n'ai pas sauté de joie. Il est tombé dans une période où je n'étais pas vraiment disponible. De plus, le titre et la couverture du roman ne m'emballaient pas plus que ça. Vous voyez un peu l'atmosphère... Pourtant, la quatrième de couverture me plaisait bien, elle.

    Très gentiment, Philippe Pratx a accepté d'attendre. Pourquoi tout ce laïus ? Pour que vous compreniez dans quel état j'étais lors de ma lecture. Oui, il fallait vraiment que ce livre associe tous les talents pour que je le lise jusqu'au bout. Et c'est bien le cas. L'écriture est magnifique. L'histoire ne l'est pas moins. La structure du récit, polymorphe, est bien trouvée. Pourtant (oui, je sais, j'ai décidé de râler), en général, je n'aime pas vraiment ça.

    À la fois roman noir et scénario, ce texte nous emmène dans le monde cinématographique des années folles. Un retour en arrière permettant des références culturelles. Et puis, n'oublions pas ce titre : Lilith, référence à la première femme d'Adam, un démon, une femme fatale, révoltée. Et Ève, bien sûr, l'officielle... Il fallait le trouver et l'on comprend le titre une fois l'oeuvre lue. Au final, tout s'agence : titre, couverture... On voit là tout le travail d'orfèvre de l'auteur. Je salue sa performance !


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-contemporaine/pratx-philippe/

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    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 13/11/2014


    Paul dans le métro et autres histoires courtes de Michel Rabagliati

    Paul Dans Le Métro est un recueil d'histoires courtes qui rappelle un peu l'esprit de Paul À La Campagne et qui n'a donc pas l'ampleur de certaines histoires plus étoffées que nous a proposé l'auteur.

    À mon sens, c'est le moins abouti des "Paul", probablement parce que le format des histoires ne permet pas beaucoup de sortir du registre des anecdotes successives contrairement aux notions plus intimistes auxquelles il nous a habitué.

    Bien sûr c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Paul (alias l'auteur) avec son ami Alain (celui qui avait perdu son père dans Paul À La Campagne) rodant dans les vestiges de l'exposition universelle de 1967 à Montréal quand tous se préparaient à accueillir les jeux olympiques de 1976.

    Michel Rabagliati sait toujours mettre le doigt sur une foule de détails cocasses, nous conter avec bonheur ses voyages initiatiques autobiographiques (relation pseudo-homosexuelle, les jeux sur les pages de garde des Tintin avec sa fille, les déboires sportifs du base-ball ou du ski, la complexité du bricolage dans la maison, les expériences culinaires, le guide touristique de Montréal, etc.).

    Voilà, en somme, un album assez plaisant, nonobstant, pas de la carrure de certains volumes plus récents, et qui vaut peut-être plus pour le dessin et le sacré coup d’œil du dessinateur que pour la profondeur du propos, mais cette considération n'est que mon avis, c'est à dire, pas grand-chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 14/11/2014


    Les Adelphes (les Frères) de Publio Terencio Africano

    À ce jour, voici la pièce de Térence que j'aime le mieux : architecture solide, propos intéressant, finesse d'observation sociale, propos toujours pertinent à l'heure actuelle.

    Térence, auteur romain du IIème siècle av. J-C né en Afrique du Nord nous offre une transcription de deux pièces grecques, l'une de Ménandre et l'autre à Diphile. Et il en réussit une fusion tellement naturelle, tellement bien sentie qu'elle devient un tout très cohérent et plaisant.

    Voici donc de dyades de frères : tout d'abord, les aînés, Micion et Déméa, deux frères que tout oppose. L'un (Déméa) vit à la campagne, est rude, laborieux, économe et dit tout net ce qu'il pense. L'autre (Micion) est un citadin, quelque peu oisif, qui sait toujours arrondir les angles et qui recherche volontiers les plaisirs.

    Déméa s'est marié et a eu deux fils (Ctésiphon et Eschine). Bien sûr, Micion ne s'est pas marié. Cependant, il a adopté l'un des fils de son frère, Eschine, et l'élève comme son propre fils.

    On comprend vite que le contraste qui existe entre les deux aînés aura des répercutions sur la façon d'éduquer les deux fils. Et finalement, c'est là que réside l'essence même du propos de Térence : une réflexion sur l'éducation.

    Dans un cas, la force, la rigueur, la morale dans l'autre la permissivité, la bienveillance, la compréhension. Ce qui me semble intéressant, c'est le fait que les deux pères sont parfaitement conscient de leurs choix éducatifs.

    Micion considère qu'en créant une relation de confiance avec son fils adoptif, ce dernier ne cherchera pas à lui dissimuler une éventuelle mauvaise action. Déméa pense quant à lui que ce qui le garantira d'une éventuelle mauvaise action de son fils, c'est de lui inculquer au plus haut point les valeurs du juste, du bien et du vrai.

    Je vous laisse découvrir le verdict de Térence, beaucoup plus subtil et nuancé qu'il y paraît, et qui finalement est toujours complètement d'actualité, notamment dans la tension qui existe souvent entre parents et grands-parents concernant l'éducation des enfants.

    En somme, encore une fois une pièce qui n'est pas vraiment à considérer comme une comédie, puisque son but ne semble pas tellement de chercher à nous faire rire, mais bien plutôt à nous faire réfléchir sur le fonctionnement psychologique et social des individus. Selon moi, un beau moment de théâtre antique qui touche à l'universalité de l'humain. Mais ce n'est bien sûr que mon avis, c'est-à-dire, très peu de chose.

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    • Livres 4.00/5
    Par marina53, le 13/11/2014


    Nous vieillirons ensemble de Camille de Peretti

    Les Bégonias, un bien joli nom pour une maison de retraite. Et pourtant, c'est à reculons et un peu penaud que Jean-François franchit les portes de cet établissement aux côtés de sa femme. Parce qu'il devait choisir entre elle et sa maman, il a cédé aux caprices de sa femme. Alors, ils ont pris rendez-vous avec Philippe Drouin, le directeur. Et c'est en cet agréable dimanche d'octobre qu'ils vont visiter la future et probable dernière demeure de sa mère...
    Pourtant, elle ne va pas s'ennuyer ici. Entre Nini, l'excentrique et la râleuse qui ne cesse d'appeler l'infirmière pour tout et n'importe quoi; le capitaine Dreyfus toujours à bord de son bateau et qui rêve de s'échappper; Louise qui a eu une vie bien remplie et dont la fille s'est exilée au Ghana; Jocelyne, la buraliste que son fils a installé ici; Marthe, la femme du pasteur qui a trouvé en Louise une fidèle amie; Thérèse, la silencieuse et la timide sur laquelle Monsieur Leduc semble avoir des vues, La Baronne atteinte d'Alzheimer dont le mari éperdument amoureux est aux petits soins... Il y a aussi Josy, la femme de ménage cartomancienne, Christiane, l'infirmière, toujours à l'écoute... Des journées remplies de petits riens, d'attentes, d'espoir...

    Bienvenue aux Bégonias où l'on passe une journée en compagnie de tous ces résidents. Camille de Peretti nous offre un roman empli de tendresse et d'émotion. Entre les souvenirs remémorés d'une vie bien remplie, les photos jaunies cornées, les mains ridées à peine effleurées, le couinement des déambulateurs sur le lino, la messe du dimanche à la télé, les visites écourtées, la maladie et la mort qui approche, cette résidence est malgré tout un lieu plein de vie où chacun se raccroche à un fil, fut-il tenu. Tantôt drôle tantôt plus dramatique, l'on écoute patiemment et avec une certaine empathie les souvenirs de ces petits vieux et l'on découvre les raisons de leur présence ici. Ce roman vraiment touchant mais sans être larmoyant dépeint, en cette seule journée d'octobre, ces petits moments du quotidien, à la fois délicats et émouvants où se mêlent joie, solitude, amour et amitiés. L'on referme ce roman avec un petit pincement au cœur, l'impression de laisser ces résidents seuls... et pourtant, l'on tourne la page pour aller vivre notre vie...

    Nous vieillirons ensemble... une belle promesse...

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    • Livres 4.00/5
    Par LydiaB, le 17/11/2014


    Petite poucette de Michel Serres

    Comprendre les adolescents d'aujourd'hui... Leur inculquer une éducation... Voilà qui n'est pas facile lorsqu'on a comme modèle celle de nos parents. On a souvent tendance - et j'avoue être la première à le faire - à se référer au passé. Pourtant, les adolescents ont changé. La société de consommation et l'ère du numérique les ont fait changer. Ces petits poucets et poucettes, ainsi appelés par référence à l'utilisation de leur pouce sur leur smartphone, ne comprennent pas plus notre génération.

    Michel Serres nous convie ici à réfléchir sur ce changement, à essayer de nous adapter au lieu de nous braquer. Ce n'est certes pas évident. La première idée serait de dire : "c'était comme ça avant, pourquoi cela changerait-il ? C'est à eux de s'y mettre !" Oui, mais voilà, il ne faut pas oublier un paramètre : la société évolue et, avec elle, les nouvelles générations. Ne pas s'en rendre compte ou, plutôt, ne pas vouloir s'en rendre compte, c'est se fermer à toute communication. Autant tenter de leur apprendre des choses via de multiples outils. Mais si vous lisez cette critique, c'est que vous êtes vous aussi sur un support numérique... donc vous comprendrez facilement ce que nous dit ce philosophe.

    Un petit bémol tout de même : je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est énoncé. J'aurais aimé que ce petit bouquin présentant une importante réflexion soit plus abouti. On reste un peu sur sa faim.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/les-inclassables-histoire-politique-l%C3%A9g...

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    • Livres 5.00/5
    Par carre, le 13/11/2014


    Une Histoire Populaire de l'Empire Américain de Howard Zinn

    Bon là c’est clair, si vous kiffez pour le rêve américain, «Une histoire populaire de l’Empire américain » va sérieusement refroidir vos ardeurs. 
    En s’appuyant sur le remarquable travail de l’historien et politologue Howard Zinn, le roman graphique de Paul M. Buhl et du dessinateur Mike Konopacki rend parfaitement des atrocités, des mensonges, des manipulations menés par les différents locataires de la Maison Blanche et leurs conseillers. Ca fait froid dans le dos, et même partout ailleurs.
    Bien évidemment on savait que la fière et grande Amérique, c’étant arrogé plus grande nation du monde, avait un paquet de cadavres dans les placards, l’enquête de Zinn le démontre en large et en travers. D’Amérique Centrale au Moyen-Orient, du massacre des indiens à la ségrégation raciale, des montagnes d’Afghanistan aux rizières du Vietnam, le beau modèle américain a fait couler le sang, torturant, assassinant, non pas au nom de la liberté mais à celui de ces intérêts.
    L’ouvrage, nombreux documents à l’appui, nous dévoile un monstre impitoyable. Jouant double ou triple jeu pour arriver à son objectif.
    C’est absolument révoltant, ignoble mais aussi terriblement passionnant. 5/5

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 09/11/2014


    Pas pleurer de Salvayre Lydie

    Un livre émouvant et parfois drôle malgré la tragédie qu’il traverse. La voix de Montsé, mère de Lydie Salvayre et celle de Bernanos s’entrelacent pour faire partager ce que fut la douleur et l’horreur de ces années 1936 et 1937 durant la guerre civile espagnole.
    Lydie Salvayre se met au service de sa mère en lui permettant de libérer ce qu’elle a enfoui depuis son mariage, de retrouver une parole libre, de revivre la beauté, la poésie, l’élan impétueux de vie qu’elle a éprouvé durant quelques jours à Lerida quand elle suit son frère Josep qui embrasse avec fougue les idées libertaires. Court moment suivi des exactions des forces de mort qui briseront les rêves et ramèneront à l’immobilisme antérieur que beaucoup préfèrent.
    En retranscrivant le « fragnol » (mélange de français et d’espagnol) que parle sa mère, Lydie Salvayre irrigue ce livre d’un surplus de vie et d’une jubilation qui permet de contrer la mort qui domine ces années où l’on voit les déchirements au sein d’une même famille, les haines, les soupçons au sein du village où vit Montsé microcosme de ce qui se passe à l’échelle du pays.

    p 82 « Depuis que ma mère souffre de troubles mnésiques, elle éprouve un réel plaisir à prononcer les mots grossiers qu’elle s’est abstenue de formuler pendant plus de soixante-dix ans, manifestation fréquente chez ce type de patients, a expliqué son médecin, notamment chez des personnes qui reçurent dans leur jeunesse une éducation des plus strictes et pour lesquelles la maladie a permis d’ouvrir les portes blindées de la censure.
    (…) Elle qui s’était tant évertuée, depuis son arrivée en France, à corriger son accent espagnol, à parler un langage châtié et à soigner sa mise (….) elle envoie valser dans ses vieux jours les petites conventions, langagières et autres.

    Oui, elle les envoie valser comme elle l’a fait en Juillet 1936. Ce moment qu’elle a occulté toute sa vie, sans doute pour « pas pleurer » est le seul dont elle se souvient dans sa vieillesse.

    Je ne peux résister à l’envie de citer ce que Marie-Hélène Lafon a dit à Lydie Salvayre lors de leur passage à La grande librairie le 30 octobre :
    « « La langue de votre livre et la mienne sont travaillées, ensemencée, travaillées au corps par une autre langue, il y a des résurgences, la langue que je tente d’écrire est travaillée en-dessous par des expressions entendues qui fomentent des coups d’état sous la peau de la langue. Et cette langue-là (le fragnol) fait douceur et joie entre la mère et la fille. » Quel bel hommage !!


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    • Livres 1.00/5
    Par Nastasia-B, le 19/11/2014


    Poème du Cante Jondo de Garcia Lorca Frédérico

    Avez-vous déjà essayé d'élaguer les branches d'un chêne avec un bistouri ? Où de tailler la haie de votre jardin avec une lame de rasoir ? Ce n'est peut-être pas exactement l'outil approprié, non ? Et si je vous dit maintenant que je souhaite employer la poésie pour parler des horreurs et de la barbarie d'une guerre civile, vous me diriez quoi ?

    C'est bien tout le problème ici. La poésie ne me semble pas le moyen approprié d'évoquer ce que Federico García Lorca souhaite dénoncer. On ne fait pas du beau avec de l'horrible. Pourquoi pas dans ce cas-là imaginer des petits sonnets pour dénoncer les chambres à gaz ou les charniers. Sans aucunement dénier le potentiel lyrique de l'auteur, le théâtre, dans lequel il savait également briller me semble un moyen beaucoup plus pertinent pour aborder l'Andalousie de l'entre-deux-guerres et la guerre civile espagnole.

    Nous avons donc ici un ensemble de 55 poèmes tous assez courts et ayant une structure comparable à ceux que l'on rencontre dans ses Chansons, mais avec, évidemment, un propos tout autre.

    Federico García Lorca y célèbre, ou en tout cas y dépeint l'Espagne du sud, celle qu'il nous livrait aussi dans Noces De Sang. L'Espagne rurale, rude et brûlante. Parfois, ce sont aussi des incursions dans les grandes Villes d'Andalousie que sont Séville, Cordoue, Grenade ou Malagá.

    Ici, il est question de l'âpre vie des gens, de la noirceur crépusculaire, d'une célébration triste de l'Andalousie, de ses meurtres incessants et sans nombre, et c'est insupportable, très pénible à lire.

    Certes, et avant toute chose, je tiens à préciser que toute poésie pâtit de la traduction et celle-ci ne déroge pas à la règle. Je m'interroge même sérieusement sur la pertinence éditoriale de toute traduction en matière de poésie, tellement liée à la langue dans laquelle elle a été fondue puis coulée dans un moule si particulier et non transposable.

    Mais, outre ce débat que je n'ouvrirai pas maintenant, il n'est question dans cet ensemble que de meurtres, que de coups de couteau, que de massacres ou de viols, que de sang, que de règlements de comptes, que de gens bafoués, que de morts injustes et inutiles. C'est déprimant au possible et ça s'accorde si mal avec ma conception de la poésie et du lyrisme !

    Désolée, Señor Gacía Lorca, mais cette Andalousie-là, cette poésie-là ne me fait pas du tout rêver, elle ne m'enchante pas, telle que la fine dorure, telle que la broderie de mots qu'elle est censée être, telle que l'invitation à la rêverie, à l'enivrement et à l'extase qu'elle est censée être.

    Les coquelicots qui fleurissent sur les chemises blanches, ça va cinq minutes, mais à longueur de poèmes, ça finit par faire beaucoup de boudin et la charcuterie, c'est pas trop mon truc !...

    Je ne suis donc pas convaincue (et suis même convaincue du contraire) que l'écrit poétique soit le meilleur médium pour véhiculer et soutenir la lutte politique ou la contestation sociale, telles que les pratique souvent l'auteur. Mais ce n'est, bien évidemment, que mon avis, c'est-à-dire, très peu de chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par marina53, le 17/11/2014


    D'acier de Sylvia Avallone

    Sous un soleil plombant, la ville Piombino déverse son lot quotidien de misères. Les hauts fourneaux de l'aciérie crachent leur fumée noire. Les familles s'entassent dans les barres de béton. Les pères, parfois les fils aussi, pointent tous les jours dans l'usine d'acier, véritable cœur de cette ville. Les mères s'acquittent à leurs tâches ménagères tandis que les enfants ont pris pour terrain de jeu la plage. Brouhaha de vaisselle, de klaxons et de cris. Au loin l'île d'Elbe, véritable oasis de bonheur, semble narguer la population ouvrière.
    L'on remarque tout de suite ces deux jeunes filles, Franscesca et Anna, 13 ans, la blonde et la brune. Deux beautés fatales, deux corps qui ne demandent qu'à être enlacés. Deux âmes soudées empreintes de liberté. Regardées avec envie parfois, jalousie ou malveillance. Elles partagent tout: les quelques pas de danse, nues devant le miroir, les désirs, les angoisses et leur endroit secret, théâtre de leur amitié qu'elles jurent inébranlable.
    Bientôt, des drames se jouent dans ces rues débordant de vie. Plan de licenciement à l'aciérie, amours et promesses trahies, des pères qui frappent leur famille, des lignes de coke qui se sniffent.

    L'on est plongé littéralement dans cette ville italienne, l'on suffoque sous ce soleil, l'on époussète ce sable collant et l'on croirait presque entendre ce bruit incessant de la rue qui s'anime de ces enfants qui crient, de ces adolescents qui se murmurent encore et toujours cette volonté farouche de sortir de tout ça. Roman social où les passions brulent au soleil, où les corps sont mis à nu et à mal. Dans cette cité où l'acier régit les gens, ces deux jeunes filles nous interpellent de par leurs rêves, leur soif de liberté, leur passion indestructible. Sylvia Avalonne nous dépeint somptueusement cette société en proie aux doutes et soucieuse, cette jeunesse trop vite confrontée aux drames et ces hommes qui démissionnent. L'écriture, à fleur de peau, est à la fois délicate et sans concession. Ce roman poignant, intelligent et d'une intensité grave est une très belle réussite.

    D'acier... et d'or...

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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 17/11/2014


    Médée de Seneque ()

    Mais pourquoi diable est-ce que je m’ennuie toujours autant à la lecture de l’une ou l’autre Médée ? Avec la Médée d’Euripide, j’avais bâillé à faire de la concurrence aux hippopotames, et avec la Médée de Sénèque, rebelote ! C’est pourtant un personnage réellement intéressant, complexe, symbolique et qui — à mes yeux en tout cas — a tout pour plaire.

    J’en viens à considérer l’œuvre sous deux angles d’attaque très distincts. Sur le plan du pur bonheur de lecture, sur le chapitre du plaisir proprement littéraire, Médée est selon moi un bide monstrueux, une pièce assommante, bavarde, ampoulée, un brin geignarde, volontiers poussive et où les rares moments d’action sont éludés pour notre plus grand malheur.

    En ceci, la Médée de Sénèque est très comparable à celle d’Euripide. On pourrait peut-être noter malgré tout un petit surcroît de grandiloquence et de formules tragiques absolument indigestes, malgré une fort belle écriture latine, un petit côté encore plus baroque chez Sénèque, notamment la scène finale de trucidation de progéniture qui aurait tout pour ravir les producteurs américains de films à grand spectacle. Si l’hélicoptère avait existé du temps de Sénèque, nul doute qu’il nous aurait concocté un final à la James Bond. (soupirs) Mais outre cette frêle nuance, dans l’ensemble, c’est quif-quif bourricot, c’est-à-dire un pénible moment de théâtre.

    Ceci étant dit, et ne souhaitant pas m’étendre sur ce volet, reste le personnage et ce qu’il symbolise et qui, lui, aurait de quoi alimenter bien des réflexions. Médée est une étrangère, une fille de roi, qui a trahi les siens par amour pour Jason et cela en dépit du fait qu’elle ait une très haute estime de son propre lignage et de son pays natal.

    Il fallait donc qu’elle aimât à la folie pour commettre une telle trahison, il fallait donc qu’on justifiât dans sa nation d’adoption de l’ampleur du sacrifice consenti. Et au lieu de cela, qu’est-ce qu’on lui chante, après quelques années, l’on souhaiterait la reléguer au rang de seconde, même pas reine, tout juste lui accorder des mérites de mère et encore, puis la contraindre à l’exil ? Et tout ça pour quoi ? Pour que Jason puisse aller librement convoler en justes noces avec la fille du roi Créon ! Cré non de non ! Ça ne se passera pas comme ça !

    C’est bien mal connaître Médée si l’on s’imagine qu’elle va gober la chose et s’en retourner penaude là où d’ailleurs plus personne ne peut vouloir d’elle, précédée qu’elle est par sa sinistre réputation.

    Voilà le décor. Ne reste plus qu’à s’imaginer une lionne, une furie qui symbolise toutes les craintes d’un public masculin omnipotent. Médée, la femme fatale, la femme piège, la femme qui ne s’en laisse pas compter, la magicienne, l’étrangère qui n’a donc nulle allégeance à faire vis-à-vis du pouvoir en place, la folle, la mère castratrice, l’épouse indomptable, la fille insoumise bref, l’incarnation de la menace, la révélatrice de l’angoisse enfouie au plus profond des hommes.

    Personnage donc hyper intéressant dans un monde méditerranéen machiste à l’extrême. Car une telle furie, à elle seule, est capable de faire ployer la mécanique bien huilée du pouvoir des hommes et de la soumission des femmes. Les femmes, dont les seules raisons d’être semblent résider dans la bonne tenue du foyer, l’incontournable rôle procréateur en ayant fourni au passage un joli motif de satisfaction à peu de frais pour leurs secourables fertiliseurs.

    On comprend mieux qu’une telle femme qui se fiche du foyer comme d’une guigne, qui refuse à son mari le droit d’un quelconque plaisir à l’extérieur et qui, de surcroît, n’hésite même plus à supprimer les propres rejetons de ses entrailles, tout ce pour quoi elle a des raisons d’exister, on comprend mieux donc qu’une telle femme cristallise à elle seule beaucoup des angoisses masculines.

    En somme, Médée fait peur car Médée choisit son destin et ne laisse pas un homme, fût-il roi du monde, décider à sa place de la conduite à tenir. Ça ne vous rappelle pas quelques débats enflammés de la fin du XXème siècle à propos du droit à l’avortement ? du droit de vote quelques années plus tôt ? et du droit à l’homoparentalité féminine plus récemment ?

    Médée fait peur également parce qu’elle n’hésite pas à faire couler le sang, apanage typiquement masculin. Médée fait peur parce qu’elle est un peu enchanteresse et qu’on lui prête également des dons de troisième vue. Ça ne vous rappelle pas le fameux adage débile de « l’intuition féminine » qu’on nous ressort à toutes les sauces, comme un pouvoir supposément magique hérité unilatéralement dans notre chromosome X et qui n’est autre que reconnaître aux femmes des pouvoirs occultes, comme pour leur mieux dénier une quelconque compétence cartésienne.

    Médée, c’est aussi l’incarnation de l’étrangère qui réclamerait les mêmes droits que les natifs du sol. A-t-on jamais vu pareille audace ? Peut-on tolérer pareille hérésie, en Grèce comme ailleurs ?...

    Bref, Médée fait peur aux hommes de son temps, tout simplement parce qu’elle se comporte en homme exalté et non en épouse soumise. En ce sens, pour tous ceux qui militent pour une plus grande égalité des sexes, Médée est une œuvre essentielle de l’histoire humaine, chiante à lire, mais essentielle. En outre, n’oubliez surtout pas que ce que j’exprime ici n’est que mon avis, c’est-à-dire, pas grand-chose.

    P. S. : Je me permettrai juste encore d'ajouter que cette crainte ancestrale d'une femme qui se comporterait à l'égal des hommes est encore très présente, même parmi les milieux les plus progressistes. Prenez par exemple la fameuse chanson de Renaud où le refrain disait en substance (je cite de mémoire) : " Femmes du monde, femme je t'aime, à part bien sûr Madame Thatcher ".

    L'ancienne premier ministre britannique a été l'objet de monstrueuses campagnes de dénigrement (par ailleurs tout à fait justifiées quant à sa politique) alors que dans le même temps, Ronald Reagan qui faisait exactement la même politique n'a jamais été autant critiqué. Pourquoi à votre avis ? Tout simplement parce qu'inconsciemment, la majorité des gens refuse à une femme le droit d'agir comme un homme.

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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 17/11/2014


    Notre-Dame du Nil de Scholastique Mukasonga

    Notre-Dame-du-Nil est perchée tout en haut des sources du Nil. Dirigée par des religieuses, elle reçoit le gratin de la population Hutus mais aussi par un quota imposé, quelques jeunes filles Tutsis. Même en prenant de la hauteur, les premiers soubresauts d’un grand malheur gagnent petit à petit le lycée.
    Scholastique Mukasonga choisit par de petits évènements de montrer la montée de la terreur. On sent bien, qu’au-delà des bonnes manières, se prépare l’inacceptable. Au nez des professeurs étrangers (français) et de la direction du lycée (belge).
    Mesquineries, brimades, les dominants sont près à tout pour faire exploser leur haines des « Inyenzi » (cafards, nom donné à leurs camarades Tutsis).
    Au fil des pages, l’angoisse monte, les masques tombent jusqu’à l’explosion inacceptable du génocide. Le livre de Mukasonga montre avec un sacré talent de conteuse, par petites touches, la folie qui va frapper le Rwanda en cette funeste année 1994. Comment peut-on en arrivé là ?
    4 étoiles

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