AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Critiques les plus appréciées

Les trois Cheveux d'Or du Diable
Nastasia-B29 septembre 2016
Les trois Cheveux d'Or du Diable de Grimm
  • Livres 4.00/5
Je ne suis pas loin de penser que ce conte des frères Grimm est mon préféré, à tout le moins, l'un de mes préférés. Un conte ni trop simpliste, ni trop empreint de religion comme on pourrait le craindre au vu du titre et dont le thème s'appuie à la fois sur le destin et la confiance que l'on doit accorder à la jeunesse.



Un très joli conte, donc, et je ne suis pas surprise qu'il ait fortement inspiré des auteurs jeunesse actuels (je pense, entre autres, à Béatrice Tanaka et son album La Montagne Aux Trois Questions, par exemple). Alors je vous concède que si l'épisode de l'abandon du nouveau-né sur la rivière par décision du roi est un appel du pied évident au récit biblique de la jeunesse de Moïse, le reste du conte ne me semble pas trop contaminé par des influences religieuses exacerbées.



La destinée : un enfant est né " coiffé " (Je remercie Nathalie alias Nastie 92 de m'avoir expliqué que cela signifie " né avec un morceau de membrane fœtale collé sur la tête " et que c'était censé porter chance au nouveau-né.) et tout lui réussira jusqu'à obtenir la main de la fille du roi. Dit autrement, l'amour a ses raisons que la volonté parentale ne contrôle pas. Qu'il le veuille ou non, roi ou pas roi, ces deux-là se rencontreront et finiront ensemble, ça peut déplaire à certains mais c'est comme ça, c'est le destin.



Deuxième axe du conte : faire confiance à celui qui entre dans la famille. À plusieurs reprises dans l'histoire la question est posée au jeune homme « Que peux-tu ? » et lui de répondre : « Je peux tout. » Et malgré tous les freins et chausse-trappes que s'ingéniera à placer le roi sur le trajet de " l'enfant-coiffé ", celui-ci parviendra jusqu'aux bras de sa fille et une fois mariés, au lieu de se montrer beau joueur, le roi contrarié en rajoutera une couche en surimposant une ultime épreuve réputée insurmontable : prélever trois cheveux d'or au diable en personne.



Dit autrement, à peine le mariage célébré, le père dénie à son gendre toute possibilité de le surprendre en bien. Il ne lui laisse pas sa chance et souhaite l'écarter rapidement pour réparer ce qu'il considère être une mésalliance. N'est-ce pas une bien belle leçon à méditer pour nous autres qui avons ou qui auront des fils ou des filles à marier ?



Et, bien au-delà de l'institution discutable du mariage, n'est-ce pas une bien belle philosophie de vie encore plus générale ? Donnons la chance au nouvel associé ou collègue avant de le juger négativement, donnons la chance à l'étranger de montrer ce dont il est capable, donnons la chance au jeune et à sa façon de faire de surprendre notre vieille expérience, etc.



Bien évidemment, ceci n'est que mon avis de diablesse un poil tiré par les cheveux et j'aime autant vous laisser découvrir ce conte par vous-même si ce n'est déjà fait pour en savoir le fin et constater que tout bien pesé, ce que je viens d'en dire ne signifie pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          906
Et maintenant qu'est ce qu'on fait ?
Nastasia-B24 septembre 2016
Et maintenant qu'est ce qu'on fait ? de Yûichi Kimura
  • Livres 4.00/5
Voici un album japonais qui, à bien des égards, m'évoque des classiques français de l'album jeunesse. En premier lieu le trait de Takabatake Jun qui rappelle très fortement celui d'un Tomi Ungerer en plus brouillon.



Je vous avoue que ce n'est pas ce trait qui me fascine dans cet album. On peut même dire que si vous avez vu la couverture, vous avez vu à peu près tout ce qu'il y a à voir graphiquement dans l'album.



En revanche, le texte me semble beaucoup plus intéressant. Et là, on touche davantage à ce que peut proposer un Philippe Corentin, notamment dans son excellent album L'Ogre, le Loup, la petite Fille et le Gâteau, où il alliait humour et logique pour rendre les enfants actifs dans leur découverte de l'album.



Ici, on retrouve un peu cette mécanique. À savoir que deux gros chats affamés poursuivent de leurs ardeurs carnassières trois jeunes rats, qui, emportés par leur élan de fuite, tombent tous trois au fond d'un trou aussi profond qu'un puits. Les deux matous subissent la même sanction et choient aussitôt après. Les rats semblent faits comme des rats mais, très justement, l'un d'eux stipule aux chats qu'ils sont tous au fond du trou…



Comment faire pour s'en sortir ? La consommation prématurée des trois rats n'empêchera pas les deux chats de mourir pitoyablement d'inanition quelque temps plus tard tout en se privant des capacités coopératives de ceux-ci. Et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?



C'est le titre de l'ouvrage et c'est là que je m'autorise à vous abandonner, au fond du trou, afin de vous laisser cogiter avec les cinq animaux prisonniers. Peut-être qu'à six, vous parviendrez mieux à voir ce qu'il conviendrait de faire pour s'en sortir.



En somme, un album au format vertical que je trouve très sympa sur le plan du sujet et des efforts logiques qu'il requiert, ménageant, au demeurant, une fin inattendue. En outre, ceci n'est que mon avis, au fond du trou lui aussi, c'est-à-dire, pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          903
Les Hauts de Hurle-Vent
lyoko21 septembre 2016
Les Hauts de Hurle-Vent de Emily Brontë
  • Livres 5.00/5
J'ai lu les hauts de hurlevent il y a plus d'un quart de siècle, mais Jasper Fforde m'avait donné envie de retourner voir le caractère de Heathcliff. et franchement je n'ai pas été déçue.



Quelle histoire d'amour tout d'abord; même si c'est un amour qui ne peut aboutir nul part. Et cette vengeance menée par Heathcliff avec tout cette rancune et cette violence. Tout ceci peut s'expliquer par les maltraitances reçues pendant son enfance. Mais il faut déjà avoir un caractère assez vil pour ruminer aussi longtemps et mettre autant de haine et d'instransigeance... néanmoins il est possible que ses origines gitanes y soient aussi pour quelque chose (un stéréotype, oui peut être).



Je trouve incroyable qu'une jeune femme comme Emily Bronte ai pu écrire un roman d'une telle intensité , surtout à cette époque là.



Il y a beaucoup de controverse sur ce roman mais pour moi il reste bel et bien une perle.
Commenter  J’apprécie          817
Cendrillon - Le vaillant petit Tailleur - B..
Nastasia-B22 septembre 2016
Cendrillon - Le vaillant petit Tailleur - Blanche-Neige de Grimm
  • Livres 4.00/5
Voilà un recueil — et quel recueil ! — de trois contes mythiques (ici l'adjectif mythique n'est pas utilisé dans son acception métaphorique ou superlative mais première, c'est-à-dire, ayant valeur de mythe) collectés du bouche à oreille populaire par les frères Grimm. Qu'ils en soient mille fois remerciés.



On y trouve d'abord celui qui n'a aucun secret pour nous de ce côté du Rhin, Cendrillon, mais qui a fatalement subit des transformations en franchissant le pont de Kehl pour ce rendre chez nos amis germanophones. Beaucoup connaissent la version de Charles Perrault (voire celle des studios Dysney) mais beaucoup moins nombreux sont ceux qui connaissent cette version de la tradition orale allemande recueillie en dialecte hessois (région de Francfort) par Jacob et Wilhelm Grimm.



Ici, il n'y a ni marraine, ni citrouille, ni souris, ni rats, ni lézards pour faire un bel attelage et il n'est donc jamais question de l'heure fatidique de minuit. En revanche, Cendrillon se rend trois jours de suite au bal et chaque jour dans une tenue qui irradie plus de magnificence. L'élément magique se situant dans la triple combinaison du recueillement pieux sur la tombe de sa mère, du noisetier qu'elle y a planté et de l'oiseau blanc qu'elle y rencontre chaque matin.



Les Allemands ayant un esprit beaucoup plus cartésien et prosaïque que le nôtre ont dû juger que l'histoire de la chaussure perdue dans la précipitation était peu crédible (car une Allemande véritable serait retournée chercher sa godasse quoi qu'il en coûte) et l'ont remplacée par un élément irréfutable scientifiquement.



Le soir du troisième bal, le prince déçu de toujours perdre celle avec laquelle il aimerait se marier décide d'engluer les marches de l'escalier dérobé avec de la poix. Si bien que quand la gente demoiselle pose son escarpin délicat dans la mixture collante, celui-ci reste immédiatement prisonnier.



Ah ! ils ont l'esprit pratique ces Allemands, y a pas à dire ! Bon, ce serait peut-être un rien moins poétique que dans la version originale mais en tout cas, scientifiquement tout colle, c'est le cas de le dire. Faut-il que j'aborde la séance d'essayage de pantoufle poisseuse ?



Bon, d'accord, comme vous voudrez. Là où Charles Perrault se contentait de dire que toutes les filles ne pouvaient entrer leur pied dans la pantoufle, le lyrisme allemand rajoute une petite touche personnelle…



L'aînée des soeurs se sectionne le gros orteil pour l'enfiler et la cadette se tronçonne le talon. de sorte que les deux parviennent à chausser la tatane mais, c'est au sang qui dégouline qu'on s'aperçoit finalement qu'elle n'est pas à leur taille. Si bien que…



Oui, vous avez deviné, la charmante et brave Cendrillon va donc passer son joli pied-pied dans la petite chaussure maculée de poix, inondée à l'avant du sang de la soeur aînée et à l'arrière du sang de la cadette, d'où l'expression, sans doute, trouver chaussure à son pied.



Certes, c'est un tout petit peu plus gore outre-Rhin mais c'est d'une logique implacable. de même, on sent un petit esprit revanchard dans la version des frères Grimm à l'endroit des deux horribles frangines : on se souvient que la Cendrillon de Perrault, magnanime, avait pardonné aux affreuses et leur avait même trouvé à chacune un parti avantageux.



Ici, il n'en est pas tout à fait de même. Non contente de l'automutilation, la tradition populaire germanique a fait en sorte que lors du mariage de Cendrillon, les oiseaux d'Hitchcock soient présents à la cérémonie et aillent crever les yeux des deux vilaines. Bien fait pour elles… Mais aimez vous quand même les uns les autres nous précise le conte, car il faut être pieux et bien aller prier tous les soirs sur la tombe de sa maman. Bonne nuit les enfants, faites de beaux rêves…



Ensuite, on trouve le conte ô combien célèbre du Vaillant Petit Tailleur. « De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! » Telle est la philosophie de vie délivrée ici. de l'audace, une inaltérable confiance en soi et aussi une bonne dose de forfanterie, voilà comment faire votre chemin dans la vie : cela pourrait presque être une devise de l'american way of life.



« Osez, risquez, ne vous satisfaites pas de votre piètre condition et vous deviendrez les rois du monde. » Car c'est ce qu'il fait ce vaillant petit tailleur. Parti de peu, se jugeant à l'étroit, il s'invente un titre de gloire et, à coup de grande gueule et de paris osés, se hisse peu à peu jusqu'à la royauté.



C'est effectivement très joli comme concept et l'on peut même citer ici ou là des gens pour qui cela a réellement fonctionné. Ceci étant dit, cela équivaut, peu ou prou comme dans un jeu de hasard, à jouer quitte ou double sur son avenir. Alors, comme dans tous les jeux de hasard, quand tout se goupille bien : parfait, magnifique. Mais… si tout ne se goupille pas exactement comme espéré ?… qu'advient-il ?… Cela, le conte ne le précise pas.



Nous voici donc avec un brave petit tailleur qui, bourré d'énergie et n'ayant pas froid aux yeux, tourne en rond dans son atelier. Après avoir constaté que de trop nombreuses mouches tournaient autour du déjeuner qu'il s'était promis, il prit la mouche et s'en alla les moucher d'un bon coup de mouchoir.



PAN ! Sept d'un coup ! Si ça ce n'est pas un exploit ! Il décide donc de faire un maximum de publicité autour de cet événement majeur et se confectionne une ceinture où chacun peut y lire en gros caractères : SEPT D'UN COUP. Je vous laisse la joie de découvrir l'effet qu'aura cette inscription sur son auditoire ainsi que les douze travaux auxquels notre petit tailleur risque fort d'être soumis avant d'atteindre la position qu'il convoite…



Enfin, cerise sur le gâteau (ou plutôt pomme sur le streusel) voici venir Blanche-Neige. Vanité des vanités, tout est vanité ! La beauté, peut-être plus encore que tout le reste… et pourtant, de nos jours encore…



Beaucoup d'enfants occidentaux connaissent le conte de Blanche-Neige dans des versions plus ou moins modifiées, notamment sous l'influence des productions Disney, moins nombreux sont ceux qui connaissent l'original fixé par écrit par les frères Grimm.



Quel plaisir de lire dans cette version allemande du début XIXème une déformation ou des inspirations issues de la Belle Au Bois Dormant de Charles Perrault, lequel Perrault avait lui aussi puisé l'inspiration de contes plus anciens encore en les déformant à sa sauce. On peut y voir aussi certaines relations avec plein d'autres contes, notamment le Conte du Genévrier.



Quel plaisir aussi de constater que ce conte est à son tour le géniteur ou du moins le très fort inspirateur de la trame d'autres contes ultérieurs. Je pense bien évidemment à Boucle D'Or Et Les Trois Ours où la scène centrale est une recopie quasi intégrale de l'exploration de la maison des nains par Blanche-Neige. On sait encore la descendance qu'aura Boucle D'Or et même jusqu'à Babelio dont les créateurs se désignent eux-mêmes comme " les trois ours ".



Il est à noter qu'à chaque fois, les contes fils se teintent de nuances et de significations qui correspondent à leur époque et qui peuvent différer sensiblement du message délivré par leurs ancêtres textuels. Ici, partant du principe que tout le monde connaît plus ou moins le dessin animé de Walt Disney, je vais m'attacher à souligner les différences entre cet original et la version la plus populaire actuellement.



Première différence : le chasseur qui épargne Blanche-Neige tue un marcassin (c'est moins glamour, il est vrai) et lui prélève non pas le coeur, mais le foie et les poumons (alors là, pour le glamour, c'est zéro pointé !). Ce faisant, la reine ne place pas l'organe dans un joli petit coffret mais se les fait cuisiner et les dévore elle-même. (Le cannibalisme n'était plus trop à la mode aux États-Unis à la fin des années 1930.)



Deuxième différence notable, Blanche-Neige arrive dans une maison des nains très propre et bien tenue. (Eh oui ! on est en Allemagne les enfants, et ça ne se fait pas de laisser une maison mal tenue.) La table est même déjà prête et la Blanche-Neige n'hésite pas à jouer les pique-assiettes et à se siffler un peu de pinard avant d'aller piquer son roupillon dans le lit d'un des nains (en ayant défait au passage les pieux de tous les autres, bravo la ménagère ! Bon, il faut dire que dans cet original, Blanche-Neige n'a que sept ans et qu'elle n'est donc pas encore la charmante donzelle bonne à marier qu'on nous présente dans le film.)



Troisième différence notable, la reine est obligée de s'y reprendre à trois fois pour venir à bout de Blanche-Neige : à coup d'étouffement au lacet, à coup de peigne empoisonné et finalement seulement, à coup de demi-pomme empoisonnée. Et Blanche-Neige, pas finaude, ne reconnaît jamais la marâtre déguisée en paysanne ou en colporteuse bien que les nains lui aient si clairement spécifié de n'ouvrir à personne et de bien sagement faire bobonne à la maison.



Quatrième différence notable : ce n'est pas un prince charmant qui délivre Blanche-Neige du poison à coup de baisers enflammés mais les porteurs du cercueil qui, par maladresse et brusquerie, lui secouent tellement le prunier qu'elle finit par cracher la bouchée de pomme qui lui était restée en travers de la gorge. (Là encore, pour le glamour, c'est pas top l'histoire du renvoi par les soins délicats des déménageurs !)



Enfin, cinquième et dernière grosse différence notable, la méchante reine n'est pas entraînée vers l'abîme par un éclair bien senti mais est invitée sciemment au mariage de Blanche-Neige avec la ferme intension… de la torturer à mort en lui faisant porter des souliers de fer chauffés au rouge. (Eh oui, là encore, les méthodes de cuisson de la viande rouge avaient quelque peu évolué dans l'Amérique puritaine de la première moitié du XXème siècle.)



Que dire encore de la morale propre de ce conte ? Il me semble évident que le propos consiste à dénoncer la vanité (au moins celle de la beauté car celle du sang n'est pas remise en cause). Mais, ce qui m'interpelle et, pour être franche, me révulse un peu, c'est que derrière cette apparente sagesse morale se cache quelque chose de bien plus retors : Blanche-Neige doit rester bien sagement à faire bobonne à la maison et ne surtout pas s'émanciper. Elle doit toujours absolument écouter la parole sage et quasi parentale des nains qui savent tout mieux qu'elle. Et elle ne doit trouver l'amour que si les gentils " parents " nains y consentent parce que le monde est dangereux, plein de chausse-trappes, maléfique. Pouah ! que ça pue cette morale-là ! Quelle vision de la condition de la femme cela présuppose !



J'en ai fini. Trois classiques à découvrir ou à redécouvrir, quitte à s'en étonner ou à s'en offusquer. Bien entendu ceci n'est qu'un nain d'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          793
Repose-toi sur moi
Piatka22 septembre 2016
Repose-toi sur moi de Joncour Serge
  • Livres 5.00/5
Ce roman, c'est l'histoire d'une formidable respiration, aujourd'hui, au coeur de la grande ville où les anonymes se croisent le plus souvent sans se rencontrer. C'est une comédie romantique qui, tel un film au fur et à mesure de la lecture prend vie dans l'imaginaire du lecteur.



Les personnages sont attachants, peut-être un soupçon caricaturaux, mais qu'importe, je me suis laissée entrainer dans cette parenthèse amoureuse si bien ficelée qu'on la croirait presque vécue, ou pour le moins plausible. C'est le style de livre qui vous accompagne quelques heures, qu'on retrouve avec plaisir pour connaître la suite et le dénouement de l'intrigue, puis qu'on quitte à regret.



Elle a tout, en apparence

Il a presque tout perdu -

Citadine ancrée dans la mode et le business

Agriculteur déraciné au coeur de Paris.



Les distances semblent infranchissables

Les manques de temps, d'amour, abyssaux.

Les déséquilibres se creusent, l'insatisfaction rode.



Des corbeaux tournoient dans leur ciel

Aussi réels dans la cour de leur immeuble parisien

Que virtuels dans le ciel de sa possible faillite à elle.



Menaces et peurs solitaires

Finiront-ils par se dissoudre dans le soutien mutuel ?

Se perdre seuls

Se re-trouver grâce à l'autre ?



Construction de l'intrigue, ton si intimiste de l'auteur, personnages : tout concourt à faire de ce roman une réussite de la rentrée littéraire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          7814
Repose-toi sur moi
rabanne22 septembre 2016
Repose-toi sur moi de Joncour Serge
  • Livres 5.00/5
Je remercie Babelio, masse critique, ainsi que les éditions Flammarion pour l'envoi du dernier roman de Serge Joncour.

La critique de canel m'avait donnée envie de découvrir ce livre, et je ne regrette pas d'avoir suivi son conseil !

Sur un rythme binaire se déroule le récit d'une rencontre improbable, celle de deux êtres que tout oppose en apparence. Aurore et Ludovic ne partagent que la même cour d'habitation, l'une cossue, l'autre beaucoup moins. Ils se croisent sans se voir, jusqu'au jour où des corbeaux s'en mêlent...

J'ai vraiment plongé dans l'atmosphère de ce roman, à la fois lancinante et captivante. Une plume qui nous immerge dans l'intimité des sentiments, leur profondeur psychologique. Des personnages auxquels l'on s'attache véritablement, malgré leurs failles, auxquels l'on peut s'identifier, par leur fragilité. Ces deux-là ont peur, avancent masqués, n'ont pas d'épaule sur laquelle se reposer, sont épuisés de faire semblant. Ce colosse aux pieds d'argile, au bord du vide, et cette wonder-business-woman, proche du burn out, ne font que combler deux immenses solitudes, dans un Paris froid et hostile, où les ombres du mensonge et de la violence côtoient la noirceur des corbeaux...

NB : j'ai repensé à ton analogie évidente, canel, aux Oiseaux d'Hitchcock ! ;-)

Moi, j'ai pensé de mon côté à la phobie de Jonathan du "Pigeon" de Süskind, que je partage en partie (neuf ans de vie parisienne expliquant cela... Beurk cette bestiole !).
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          786
Le Livre des Lapins
Nastasia-B20 septembre 2016
Le Livre des Lapins de Richard Scarry
  • Livres 3.00/5
Aujourd'hui, je m'en viens vous parler d'une nouveauté sortie il y a à peine… cinquante ans, déjà ?! Vous êtes sûrs ?! Vérification faite, oui, cela fait cinquante ans et même un peu plus. En soi, en regard de la vitesse de rotation des publications jeunesse, le fait que le livre soit toujours édité signifie déjà un peu quelque chose.



Un livre à grosses pages cartonnées, qui épouse les formes arrondies d'une gentille frimousse de lapin, ça a le don d'attirer quasi magnétiquement les enfants autour de 2-3 ans. Un trait simple mais pas simpliste, des illustrations en pleine page, des fonds blancs ou très discrets pour bien faire ressortir le sujet.



Bref, c'est efficace sur le plan du dessin pour le public visé. Quant au sujet, quoi de plus évident pour un petit bambin d'avoir une peluche doudou en forme de lapin, d'où, là encore, une attirance quasi magnétique pour ce gros lapin de couverture qui a l'air tellement gentil et affectueux.



Le texte, ensuite, ne casse pas cinq pattes à un lapin mais on ne lui en demande pas beaucoup plus. Il offre un micro panorama du lapin dans ses formes domestiques ou sauvages. On pourrait chipoter un peu en disant que l'auteur semble confondre allègrement lapin et lièvre, et d'ailleurs ce point est peut-être imputable à la traduction, je n'en sais rien, mais franchement, ce n'est pas grave.



En somme, quand vous misez sur ce livre, vous marquez zéro en originalité mais vous faites carton plein sur la joie des petits, ce qui, d'un certain point de vue, est tout de même un peu le but, même si, et j'en ai déjà rencontrés quelques un(e)s, lorsqu'ils offrent un livre à l'enfant ont pour ambition première d'impressionner surtout les parents. Peu importe, voilà un très grand classique pour les petits d'âge fin de crèche / début de maternelle qui fonctionne presque à coup sûr. Bien entendu, ceci n'est qu'un avis de vieille lapine peu caressante, c'est-à-dire, pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          769
Greg Mandel, Tome 1 : Mindstar
fnitter22 septembre 2016
Greg Mandel, Tome 1 : Mindstar de Peter-F Hamilton
  • Livres 4.00/5
Premier roman de Peter F. Hamilton.

Premier tome d'une trilogie qui se poursuit avec Quantum et Nano. De l'époque où les trilogies faisaient 3 tomes.



Nous sommes dans une Angleterre qui se relève doucement de quelques années de dictature d'une politique communautaire digne des grandes années soviétiques, dans un futur assez proche technologiquement (où l'on peut trouver des usines en orbite, et des implants bio pour augmenter les capacités mentales).

Greg Mandel est plus ou moins détective privé, ancien de la brigade militaire Mindstar, il possède un implant grâce auquel il développe un hypersens, intuition et capacité à comprendre les gens. Une sorte de mix entre Patrick Jane ( Mentalist) et Takeshi Kovacs de Carbone modifié de R. Morgan. Il se voit confier une enquête à tiroir dans le monde de la haute technologie, espionnage industriel, trahison et gros sous à la clé.



On connaît plus l'auteur pour ses romans, excellents au demeurant, à rallonge. Dans ce roman de presque jeunesse (seulement 3 ans avant son cycle de l'aube de la nuit, écrit à 33 ans) on a une sorte de condensé. Moins de personnages, mais un univers très riche et bien développé sur seulement 350 pages, mais est-ce possible pour du Hamilton ? Eh bien oui, rien ne manque dans ce roman. Action, technologie, suspense et même politique. Si vous ne saviez encore pas que l'auteur ne portait pas particulièrement le principe communiste dans son cœur, vous êtes désormais fixé.

Une intrigue intéressante et bien aboutie pour une lecture fluide et agréable.



Un bon polar d'action technologique. Un très bon divertissement et une excellent porte, finalement pour pénétrer l'univers parfois plus complexe de Peter F. Hamilton.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          745
Et je danse, aussi
marina5318 septembre 2016
Et je danse, aussi de Jean-Claude Mourlevat
  • Livres 4.00/5
Chère Adeline et cher Pierre-Marie,



Avant toute chose, ayant passé quelques heures en votre compagnie, je me permets de vous appeler par vos prénoms.

Vos correspondances trainaient depuis quelque temps sur mon étagère. Pas vraiment curieuse de les lire jusqu'ici. Allez savoir pourquoi... Curiosité mal placée ? Intrusion dans votre vie privée ? Finalement, la tentation était trop forte et je ne le regrette pas aujourd'hui. Je suis contente d'avoir fait votre connaissance et de m'être penchée sur ces quelques mails échangés (correspondance d'un nouveau temps... mon p'tit facteur ne vous dit pas merci !). J'aurai quelques mots pour vous deux, chacun n'aura qu'à lire la partie qui le concerne.



Pour Adeline: envoyer une enveloppe mystérieuse et volumineuse accompagnée d'une photo puis demander finalement de ne pas l'ouvrir, faut tout de même oser !

Pour Pierre-Marie: recevoir ainsi une grande enveloppe volumineuse et ne pas être tenté de l'ouvrir, chapeau bas ! Soit vous êtes blasé de toutes ces fans qui vous collent, vous réclament un autographe ou vous supplient de lire leur manuscrit, soit vous manquez d'une touche de curiosité, soit vous êtes simplement mal disposé. Dans tous les cas, on ne pourra pas vous reprocher votre indiscrétion.



Pour Adeline: vous qui vous décrivez grande, brune et grosse, n'oubliez pas d'ajouter à votre portrait: drôle, vivante, attachante mais aussi mal dans votre peau, adepte des tisanes et du chant choral et écrivaine en herbe !

Pour Pierre-Marie: grand écrivain (1m92) en mal d'inspiration (temporairement, vos fans l'espèrent), marié 3 fois, séparé 3 fois et une ribambelle de gamins qui gravite autour de vous, vous êtes pourtant un brin misanthrope et pas vraiment avenant. Malgré tout, au fil de la lecture, l'on ne peut que s'attacher à vous.



Pour tous les deux: votre histoire est touchante, tendre et émouvante. Sans être moralisateur, vous m'avez donné une belle leçon de vie, de belles réflexions sur l'amitié, l'amour, le deuil, la perte, la solitude, le couple, l'écriture ou encore les désillusions.



Amicalement,

Marina



PS: passez le bonjour à Josy et Max !



Merci à Cécile/canel pour cette LC et à Cécile/latina pour son enthousiasme contagieux !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          703
Marie-Antoinette
palamede20 septembre 2016
Marie-Antoinette de Stefan Zweig
  • Livres 4.00/5
De son arrivée en France, jeune adolescente autrichienne admirée par le peuple, à sa fin sur l'échafaud en reine détestée, Stefan Zweig s'attache à réhabiliter Marie-Antoinette sans taire ses erreurs. Il relate ainsi, en détail, sa trop grande distance avec le roi, ses dépenses faramineuses, son amour passionné pour le comte Axel de Fersen ou l'affaire du Collier. Mais il montre aussi que Marie-Antoinette, la belle frivole, dépensière, joueuse et insoumise reine de France s'est révélée à la fin de sa vie (un peu trop tard, il est vrai) une femme réfléchie, courageuse et profonde.



Une excellente biographie de Marie-Antoinette, brillante et documentée, dans laquelle Zweig analyse à la perfection la psychologie de son personnage. Dans ce récit passionnant de la fin d'une époque et d'une vie hors du commun, on comprend aussi les enchaînements qui ont conduit à une mauvaise évaluation des situations et à la prise de funestes décisions.

Commenter  J’apprécie          693
Le Tour d'écrou
Eric7618 septembre 2016
Le Tour d'écrou de Henry James
  • Livres 5.00/5
« Une histoire écrite, qui est dans un tiroir fermé à clef. »

Ne comptez pas sur Henri James pour nous la donner, cette clef ! Il nous laisse nous démerder tout seul avec ce roman gigogne, ce sombre récit aux multiples facettes…

Dans cette histoire, la narratrice qui oublie de donner son nom, a pourtant tout pour être heureuse quand elle arrive au vieux manoir de Bly pour veiller sur Flora et son grand frère Miles, deux adorables enfants, si agréables, si bien élevés, si croquignolets qu'elle leur aurait donné le bon Dieu sans confession.

Mais très vite, des évènements étranges et troublants viennent brouillés la vie champêtre de notre gouvernante. Dans le manoir gothique, s'animant crescendo, ils s'enchainent les uns après les autres… Des souffles rauques, des frôlements inquiétants perturbent les nuits calmes de Bly. le coeur battant la chamade, la gouvernante entrevoit les apparitions furtives de deux parfaits inconnus ; des apparitions qui deviennent de plus en plus fréquentes, réelles… et maléfiques. Les sosies parfaits de Peter Quint, ancien valet attaché au domaine, et de Miss Jessel, prédécesseur de la narratrice, tous deux décédés juste avant son arrivée… Quand la gouvernante horrifiée comprend que les deux fantômes sont attirés (attirance franchement morbide et tordue) par la présence des deux enfants et cherchent à pervertir leur innocence, un combat s'engage entre elle et les deux apparitions.

Alors !!!! S'agit-il d'un conte fantastique et pervers ou je dois croire à nos deux fantômes ? S'agit-il au contraire de la description du délire hallucinatoire de notre narratrice qui, parfois, m'a fait l'effet d'une vraie frapadingue ? Henri James m'a laissé dans le doute en brouillant les pistes, m'a abandonné dans le marigot… Miss Grose, l'intendante de la maison, seule personne à peu près sensée de ce bouquin, n'aide pas à résoudre l'énigme. Elle voudrait tant croire la narratrice, l'aider de toutes ses forces à sauver la pureté des deux enfants, mais son solide bon sens l'empêche de se livrer totalement. Elle reste toujours sur son quant-à-soi… Miss Grose s'est bien gardée de me donner les clefs du tiroir…

J'ai dévoré ce livre dans des frissons de malaise ; j'ai été dérangé, troublé, englué dans des miasmes fétides, dans la noirceur des sentiments humains…

Un livre absolument magistral.



Challenge XIXème siècle









+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6813
La vie rêvée d'Ernesto G.
Erveine27 septembre 2016
La vie rêvée d'Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia
  • Livres 5.00/5
Il est très bon ce livre de Jean-Michel Guenassia, « la vie rêvée d’Ernesto G. ». Un livre dont la conception est remarquable et le déroulement captivant.

Ça démarre à Prague, dans la Tchécoslovaquie d’hier puis la république Tchèque d’aujourd’hui. Á Paris et dans l’Alger des années 30. Une traversée du siècle puis un retour à Prague en passant par la deuxième guerre mondiale, le communisme et les rêves libertaires. L’exil pour les uns, la fuite ou la persécution pour les autres. Et, toutes ces vies qui défilent, inexorablement font sonner comme une épitaphe la citation en préface de Pablo Néruda : La vérité, c’est qu’il n’y a pas de vérité.

Commenter  J’apprécie          682
Les singuliers
andman24 septembre 2016
Les singuliers de Anne Percin
  • Livres 5.00/5
C’est à Pont-Aven, petite localité finistérienne aux nombreux moulins à eau, que Paul Gauguin et quelques amis en rupture avec l’impressionnisme jetèrent les bases du synthétisme.

“Les Singuliers”, publié par Anne Percin en 2014, est un roman épistolaire permettant de s’immerger pendant un peu plus de deux ans, à partir de l’été 1888, au cœur de cette atmosphère pontaveniste si propice à la création artistique, de découvrir ces frondeurs avant-gardistes qui aimaient tant s’appeler “les Nabis”, de comprendre leur manière si particulière et si absolue d’être peintres.



Si les faits relatés par l’auteure sont réels, les trois personnages qui en parlent sont fictifs. Le lecteur l’oublie néanmoins très vite tant leurs écrits regorgent d'anecdotes, de faits divers, de petits potins se rapportant aux dernières années de ce siècle finissant.

Hugo Boch, peintre peu inspiré et attiré par la photographie aux progrès fulgurants, a quitté la capitale pour un séjour d’une durée indéterminée à Pont-Aven. Il entretient une correspondance soutenue avec sa cousine Hazel restée à Paris suivre les cours de peinture de l’Académie Julian. Cette dernière, personne délicieuse et spontanée, est au courant des moindres ragots du microcosme artistique et contribue grandement au rythme enjoué du récit.

Pour les besoins du roman, Hugo et Hazel sont cousins germains des peintres Anna et Eugène Boch appartenant à l’une des familles les plus fortunée de Belgique et propriétaire notamment des célèbres faïenceries de La Louvière. Anna, membre actif du cercle artistique d’avant-garde ”Les XX” à Bruxelles, s’intéresse aux travaux d’un certain Vincent van Gogh.

Le troisième personnage sorti de l’imagination d’Anne Percin, Tobias, est tombé lui aussi très jeune dans la marmite picturale. Il connaît mieux que quiconque le caractère émotif et l’esprit tourmenté de son ami Hugo et correspond régulièrement avec lui de Bruxelles où sa santé fragile le retient.

Paul Gauguin, Emile et Madeleine Bernard, Paul Sérusier, Charles Filiger, Jacob Meyer De Haan à Pont-Aven, Vincent et Theo van Gogh à Paris, Anna et Eugène Boch à Bruxelles, sont les artistes autour desquels gravite le roman “Les Singuliers”.



Fruit d’un travail de recherche à l’évidence passionné, cette œuvre d’Anne Percin fleure bon l’authenticité. C’est un vibrant hommage rendu par l’auteure à ces jeunes artistes quelque peu déjantés qui voulaient faire voir le monde autrement qu’à travers le prisme de l’esthétique !









http://adobe.ly/2dm4rUQ

(Lien permettant d’apercevoir la façade de la pension Gloanec où étaient hébergés les peintres et où fut fondée en 1888 l’École de Pont-Aven ).



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          670
Ecoutez nos défaites
ClaireG25 septembre 2016
Ecoutez nos défaites de Laurent Gaudé
  • Livres 5.00/5
«On ne peut pas partir au combat avec l'espoir de revenir intact. Au départ, déjà, il y a le sang et le deuil. Au départ, déjà, la certitude qu'il n'y aura aucune victoire pleine et joyeuse».



Par ces mots, on sait à quoi s'en tenir.



La destruction organisée du patrimoine culturel et religieux de Hatra, de Mossoul, de Palmyre, de Tombouctou, de Bâmiyân, ainsi que le vol d'objets d'art et les attentats internationaux revendiqués par les hommes en noir, ont certainement impressionné et inspiré Laurent Gaudé, comme chacun de nous.



Cette folie meurtrière s'arrêtera-t-elle ? Est-elle particulière au bond économique et technologique des XXe et XXIe siècles ? Quelle victoire peut être revendiquée face à la mort de dizaines de milliers de personnes ? Combien de batailles pour rien tant qu'il n'y a pas de vainqueur ? Comment continuer à vivre avec ces visions d'horreur et de peur ?



A partir de la rencontre d'Assem avec Mariam, Laurent Gaudé s'interroge sur les concepts de vainqueur, de vaincu, de défaite et d'échec. Assem, choisi par la DGSE, doit retrouver un homologue de la CIA déserteur. Mariam, archéologue irakienne, recherche les oeuvres d'art volées et dispersées à travers le monde. Tous deux sont des spécialistes lucides, compétents et sans illusion sur la finalité de leurs missions.



L'Histoire d'hier rejoint celle d'aujourd'hui avec ses fracas, ses triomphes et ses erreurs. Elle laisse les traces de ceux que les siècles appelleront héros, même s'ils sont responsables de la mort de centaines de milliers de personnes. Peut-être au nom d'un idéal comme le général Grant lors de la Guerre de Sécession. Peut-être au nom de la liberté de son peuple comme Hannibal. Peut-être pour dénoncer la lâcheté de la Société des Nations comme Haïlé Sélassié. La conclusion, pas neuve hélas !, c'est que L Histoire a beau démontrer les horreurs de la guerre et les générations successives ont beau répéter « Plus jamais ça », l'orgueil, la démesure et la violence emportent toujours les hommes.



Cinq personnages principaux sont confrontés aux victoires et aux défaites :

Hannibal, guerroyant et gagnant ses batailles contre les Romains pendant plus de vingt ans, rencontre la défaite et la trahison dans ses alliances avec le vainqueur.

Ulysses Grant gagne la guerre civile américaine et est élu deux fois à la présidence des Etats-Unis. Sa défaite a été de garder le surnom de « boucher » pour le restant de ses jours et d'avoir vu la corruption ronger son administration.

Haïlé Sélassié sait que son armée, abandonnée par les grandes puissances, ne résistera pas à la mitraille implacable des Italiens de Mussolini. Sa défaite a été sanctionnée par l'exil mais il eut le courage d'accuser de lâcheté l'attitude de la SDN qui tourna le dos à l'Ethiopie quand elle subit les agressions de l‘Italie.

Assem Ghraïeb ne remporte aucune victoire lorsqu'il participe à l'assassinat du président libyen Kadhafi. Il accomplit une mission et sert sa patrie. La suivante est d'analyser si son homologue américain, qui a tué Ben Laden, est « récupérable » ou s'il doit être « neutralisé ». Sa défaite est de ne trouver aucun sens aux missions urgentes qui lui enlèvent chaque fois un peu de son humanité.

Mariam, l'Irakienne au service de l'Unesco, anéantie par les dynamitages des trésors de Libye, de Syrie ou d''Afghanistan, éprouve sa réussite chaque fois qu'elle retrouve des oeuvres volées à travers le monde. Sa défaite est sa rupture sentimentale et l'annonce de la maladie qui ramène tout être vivant à l'état de poussière d'où sont sorties les pièces exposées dans les musées.



Ce qui mène ces cinq personnages, c'est le fait de tenir, d'aller de l'avant, de ne pas lâcher. Même s'il y a défaite, ne jamais renoncer. C'est une formidable leçon de vie.



La force de Laurent Gaudé réside dans l'illustration des états d'âme de ses personnages. Sa virtuosité est de rendre son récit haletant, émouvant et passionnant. Plus la bataille fait rage, plus l'impact est violent, plus les pertes sont lourdes, plus les paragraphes sont courts et les phrases percutantes, ce qui crée une tension intense dans la lecture. le questionnement lancinant au fil des pages accroît la réflexion, abolit les époques et les frontières, accélère la dynamique de l'action.



L'amertume de Mariam et d'Assem trouve un répit dans une nuit d'amour. L'une raconte les rites égyptiens consacrés à la mort des Taureaux Apis et le mythe du dieu Bès, l'autre récite des vers de Constantin Cavafy et de Mahmoud Darwich. L'art et la poésie résistent à toutes les horreurs de l'Histoire. Comme elles, ils sont sans cesse recréés.



Sûrement une gageure que de mélanger ces différentes périodes de l'Histoire, de choisir les héros significatifs, vainqueurs et vaincus à la fois, mais pour moi, c'est une réussite entière. Un livre à recommander.





+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          667
Une forme de guerre
finitysend30 septembre 2016
Une forme de guerre de Iain Banks
  • Livres 4.00/5
Une forme de guerre est un beau titre pour un roman assez solide sur le fond et peut-être le plus léger du cycle sur le plan du style ... de la forme et de l'intrigue ..



Ce n'est pas le plus difficile c'est vrai mais c'est un espace opéra mouvementé et très rythmé qui comme les autres romans de ce cycle permet d'explorer un des univers les plus dense et les plus crédible de la SF ...



Dans une de ses préfaces à ce cycle l'auteur prétend que la culture n'existerait pas .. perso je suis dubitatif !! ( sourires ) ...



Dans ce roman le fil conducteur est Horza un homme mais le dernier des métamorphos ( donc le dernier de son espèce ) qui mène un combat personnel et acharné contre la culture ..

Un combat dérisoire sur un plan global mais qui va dans les faits monopoliser grandement l'attention du lecteur ...

est un roman très rythmé avec beaucoup d'action ..

Le roman présente de ce fait un caractère assez léger mais c'est une impression trompeuse car ce texte possède incontestablement un aspect :

« la culture par le petit bout de lorgnette « en effet l'auteur y développe une foule de détails civilisationnels et structurels concernant cette société incomparable ...



Par ailleurs dans ce roman la culture a loupé son coup en essayant d'absorber la société Idiranne ...

Cette espèce alien au modèle social totalitaire et idéologique s'est avéré inassimilable et de fait cette civilisation conduit une guerre intense et déterminée contre la culture .



De ce fait celle-ci : S'efforce de faire face à ce conflit qu'elle a grandement provoqué comme par une curieuse et légère inadvertance ... Ce caractère paradoxalement indiffèrent aux individus ainsi que généralement et occasionnellement , cavalier ... léger et froid de cette société est le sujet principal de roman ...

Le texte est remplis de péripéties spectaculaires ....

Deux blocs s'affrontent à leur manière et Horza aveuglé par son ressentiment récolte ce qu'il a semé ..

Sa destinée est un thème en soi mais ce texte traite aussi d'idéologie normative et de gestions des individus par ces monstres froids que sont les états ...



C'est un des space opéra les plus envoutant et les plus spectaculaires du cycle et par ailleurs malgré sa complexité il me semble qu'il présente un caractère adapté à un public plus jeune que d'autres romans de ce cycle ...

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          640
Une pieuvre dans la tête
marina5326 septembre 2016
Une pieuvre dans la tête de Dessaint
  • Livres 4.00/5
Sa femme n'en saurait rien. Et à quoi bon lui dire si ce n'est qu'une passade. Julien Demay, ce jour-là, aurait dû se méfier de cette femme à la chevelure rousse et au prénom si particulier, Proserpine...

À Toulouse, des hommes disparaissent. Et c'est en plusieurs morceaux qu'on les retrouve. Démembrés et dépecés, le tronc dépourvu de cœur. L'enquête est confiée au commissaire Viorel Desbarrats et à l'inspecteur Hugues Méliorat. Deux collègues, qui d'une part, ne s'entendent pas vraiment et , d'autre part, ont chacun des problèmes familiaux. Le couple de Desbarrats bat de l'aile depuis que leur fils est né, quant à Méliorat, il doit s'occuper de son jeune frère, Charles, ancien délinquant qui dit avoir une pieuvre dans la tête.



Quelle noirceur dans ce roman policier... Pascal Dessaint nous plonge au cœur de Toulouse où l'on retrouve éparpillés ici et là des fragments de corps. Seul le cœur manque. Comment ce tueur en série attrape-t-il ses victimes ? Que cherche-t-il à montrer en leur ôtant ainsi leur cœur ? Une enquête bien difficile pour Desbarrats et Méliorat qui, eux-mêmes, se démènent dans leur propre vie. Des portraits fouillés parfois dérangeants, glauques, instables ou tourmentés. Au-delà d'une intrigue maîtrisée, Pascal Dessaint dépeint avec noirceur l'âme humaine dans une atmosphère plus que jamais étouffante, pesante et sombre. Pas l'once d'un quelconque espoir. Un roman noir diablement efficace porté par une écriture riche et intense...

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          630
Le rapport de Brodeck, tome 2
marina5320 septembre 2016
Le rapport de Brodeck, tome 2 de Larcenet Manu
  • Livres 5.00/5
Une petite maison enneigée et isolée. Nichée au creux de la vallée. Un cauchemar et Brodeck se réveille brutalement. Seul le sourire de sa petite fille lui fera, pour un temps, oublier ses souffrances passées.

Brodeck, sous le joug des autres villageois, tente, autant que faire se peut, d'écrire son rapport sur ce qui s'est passé avec l'anderer. Après avoir rendu visite à l'un ou à l'autre, on lui fait clairement comprendre qu'il ne doit pas aller au fond des choses ni faire éclater une vérité que personne ne veut entendre et encore moins déterrer des secrets. Mais Brodeck veut savoir pourquoi cet étranger a été tué si atrocement par les villageois quitte à mettre en danger sa vie et celle des siens... Tandis que lui reviennent en mémoire les souvenirs des camps et ses propres souffrances...



Manu Larcenet clôt brillamment cette adaptation du roman de Philippe Claudel. Dans ce deuxième tome, les flashbacks, plus nombreux et plus violents, font la lumière sur le passé douloureux de Brodeck, sur les actes innommables des villageois, devenus des bêtes, de leur cruauté, leur peur et leur lâcheté. Des flashbacks qui plombent encore cette atmosphère déjà tendue, menaçante, presque irrespirable et cette vérité, insidieuse et blessante. L'auteur prend son temps pour installer l'intrigue et les personnages, allant jusqu'à alterner le récit avec des cases plus contemplatives. Un rythme parfaitement maîtrisé et saisissant.

Graphiquement, Larcenet fait montre d'une force et d'une intensité incroyables et d'une virtuosité étonnante. Un trait tout en finesse et d'une grande justesse, de magnifiques portraits burinés et silencieux, un noir et blanc profond et vertigineux.

Remarquable...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          630
Le Chuchoteur
latina18 septembre 2016
Le Chuchoteur de Donato Carrisi
  • Livres 5.00/5
Moi qui pensais être complètement dégoûtée des thrillers, eh bien, je renonce à mon affirmation péremptoire! Car avec « Le chuchoteur », je suis redevenue pleinement enthousiaste, tout à fait enchantée.

Quel talent, ce Carrisi !



Avec pourtant peu de détails macabres, il parvient à nous plonger dans les tréfonds tordus du plus malade de la société : le chuchoteur. Il faut savoir qu’il y a 4 catégories de psychopathes, que nous connaissons tous. Mais le chuchoteur forme une 5e catégorie, la plus dangereuse, car il ne parait jamais au grand jour et ne tue jamais directement : il révèle le fond obscur de personnes qui se croyaient normales, et leur suggère, tout en douceur, de tuer.

Ce manipulateur diabolique règne en maitre dans ce roman, et même l’équipe de policiers chargée de le rechercher n’en mène pas large. Car les policiers sont des êtres humains, n’est-ce pas, avec leurs défauts et leurs petits ou grands secrets... La psychologie a donc énormément d’importance, et quasi chaque phrase en est imprégnée. J’adore !



J’ai dit qu’il y avait peu de détails macabres, c’est vrai. Mais pour ceux qui croiraient avoir affaire à une promenade de santé dans les cerveaux, euh, non finalement. Car des petites filles sont capturées et tuées de manière atroce. Nous n’assistons cependant pas en direct à ces mises à mort. Nous ne sommes confrontés qu’aux cadavres, et surtout à leur mise en scène. Le tueur joue avec les policiers et avec nous. Il s’amuse !



Et moi aussi, il faut bien l’avouer. Horreur ! Ne serais-je pas en train de sombrer du côté obscur de l’être humain ?

Non, je me (et vous) rassure tout de suite : je me suis délectée de l’analyse, de la recherche, des explications perspicaces et savantes (Donato Carrisi, juriste et spécialisé en criminologie et en sciences du comportement, est l’auteur d’une thèse sur un tueur en série italien), du suspens, des mots bien pesés, du style magistral mais aussi de la réflexion qui sous-tend l’ensemble de l’histoire : le mal et le bien.



En un mot comme en cent, je ne peux que vous chuchoter à l’oreille : « La société n’est pas divisée en personnes vertueuses et personnes maléfiques. Chacun possède en soi une graine de bonté et un zeste de mal. A nous de bien doser pour ne pas faire de notre monde l’antichambre de l’enfer. »



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          633
Le lion
gouelan19 septembre 2016
Le lion de Joseph Kessel
  • Livres 5.00/5
Dans le Parc royal du Kenya, une petite fille évolue librement parmi les animaux les plus féroces de la réserve.

Écartelée entre la fierté que lui voue son père et les angoisses de sa mère, elle tente de sauvegarder sa liberté, sa volonté de de ne faire qu'un avec la nature, au prix d'une grande solitude.

Elle est comme une petite sorcière au regard des membres des tribus africaines. Celle qui parle le langage du lion et fait de lui son ami est à la fois respectée et redoutée.



On se retrouve transporté au milieu de paysages paradisiaques, avec pour décor le Kilimandjaro. Cet écrin de beauté n'empêche pas la cruauté de la loi du plus fort dans le monde animal. La réalité est la même chez les hommes. Ils s'obstinent à se voir différents, à mettre des barrières entre eux.



Pourtant, Patricia réussit à faire écrouler cette hiérarchie, à faire entrer le lecteur dans le mystère qui régit ces tribus africaines, à nous faire comprendre leur façon de penser la vie.



Roman d'aventures et roman d'initiation, qui nous emmène droit vers une fin tragique. On en devine les grandes lignes, en espérant qu'on se trompe.

Une aventure qui ressemble à une fable, où le mystère finit par se briser sur le miroir de la réalité. La petite fille s'éveille et doit abandonner ses rêves et ses pouvoirs.



+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          620
Le Manteau
palamede25 septembre 2016
Le Manteau de Nicolas Gogol
  • Livres 5.00/5
Pauvre Akaki Akakiévitch Savatkine !

L'obscur copiste dans un ministère - dont on préfère taire le nom pour éviter les ennuis - est un homme sans ambition mais attaché à son travail et heureux de son sort, malgré les railleries des autres fonctionnaires. Cependant, depuis quelque temps, le froid est devenu plus intense à travers son manteau usé jusqu'à la corde (une robe de chambre comme le nomme ironiquement les autres), et il doit se résoudre à en acquérir un nouveau.



C'est avec ses laborieuses et longues économies et au prix de « la réduction de ses dépenses ordinaires pendant au moins un an » – il est mal payé et ne peut espérer mieux – qu'il peut enfin commander à Petrovitch, son tailleur alcoolique, un pardessus neuf. Mais l'objet fini, qui fait d'abord le bonheur de son propriétaire et l'admiration de ses collègues, va ensuite attirer sur le médiocre conseiller titulaire perpétuel (c'est son grade) le plus grand des malheurs.



Cette bouleversante leçon d’humanité frise l’excellence pour décrire la bassesse, l’égoïsme, la vanité, l’indifférence des hommes, nous sommes profondément émus et tristes face à cette pitoyable existence qui aura toutefois un fantôme railleur et malicieux pour la venger. Le génie de Gogol est de faire du ridicule et sans grade, Akaki Akakiévitch Savatkine, un héros universel, un frère dont la misère nous atteint en plein cœur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          613
Suivez toutes les critiques de la presse Voir plus

Actualitte

1063 critiques

LeFigaro

1427 critiques

LeMonde

1131 critiques

Lhumanite

510 critiques

Liberation

1396 critiques

Bibliobs

1086 critiques

LePoint

504 critiques

LesEchos

842 critiques

Lexpress

3206 critiques

Telerama

2137 critiques

LaPresse

1415 critiques

LaLibreBe...

779 critiques