ISBN : 2070777243
Éditeur : Gallimard (2006)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 16 notes) Ajouter à mes livres
" On n'a plus eu de ses nouvelles depuis ce temps-là, et voilà comment je suis demeuré fils unique", écrit dans ses Confessions Jean-Jacques Rousseau en évoquant son frère aîné, ce François Rousseau contraint de quitter Genève où les choses pour lui avaient mal tourné. ... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 5.00/5
    Par Labyrinthiques, le 29 septembre 2008

    Labyrinthiques
    J'avais lu La théo­rie des nuages avec une sorte de délec­ta­tion non conte­nue, dans le bon­heur de trou­ver un auteur. J'avais suivi comme une ombre la terne Vir­gi­nie Latour, ren­con­tré avec elle cet excen­trique cou­tu­rier d'Akira Kumo… Comme elle je res­tais sus­pendu aux lèvres de cette Shé­hé­ra­zade d'un genre nou­veau et sui­vais avec pas­sion les his­toires enche­vê­trées de Luke Howard et de Richard Aber­com­bie. le tout avec comme fil direc­teur et coton­neux de simples et extra­or­di­naires nuages. Ce livre m'avait lit­té­ra­le­ment souf­flé par son inven­ti­vité, certes, mais plus encore par ce pou­voir nar­ra­tif qui s'exerce sur le lec­teur, cette espèce de voix sin­gu­lière qui exerce au fil de la lec­ture une étran­geté fami­lière, quelque chose de proche et loin­tain comme un nuage et enfin qui donne ce rare sen­ti­ment qu'on ne veut plus quit­ter le livre, pour rien au monde.
    C'est dire si j'abordais Fils unique avec une grande crainte. Pour­tant sans avoir rien lu sur lui, ni même la qua­trième, je l'ai acheté cet été… sans l'entamer de suite. J'aime bien retar­der par­fois la lec­ture, savoir que le livre est là, ouvert à ma curio­sité, dis­po­nible en quelque sorte. Par­fois il m'arrive même de l'oublier, mais comme je le mets suf­fi­sam­ment en évidence pour qu'il se rap­pelle à moi, cela ne dure guère très long­temps. Ce corol­laire amou­reux du livre par­ti­cipe à me mettre aussi en posi­tion de gour­met face au livre, de désir du lire.
    J'avoue que le début m'a tota­le­ment dérouté : je ne m'attendais pas du tout à un roman “his­to­rique” et pica­resque écrit dans une langue tel­le­ment dif­fé­rente que celle de la Théo­rie, une langue pour­tant très bien maî­tri­sée qui embrasse le XVIIIe siècle, en pas­tiche les pour­tours sans tom­ber dans la lourde cari­ca­ture. En même temps, force est de recon­naître que Sté­phane Aude­guy n'est pas un auteur à recette et qu'il joue dés son second roman à sur­prendre le lec­teur avec un uni­vers et un style tota­le­ment différent.
    L'idée cen­trale donc est de suivre Fran­çois Rous­seau, frère “dis­paru” du célèbre Jean-Jacques, à peine évoqué dans les Confes­sions dudit Jean-Jacques qui, par la cruauté d'un désir oedi­pien, laisse son frère pour mort (jusque devant le notaire pour héri­ter sans par­tage) afin de deve­nir l'enfant unique de son père. Ce frère inconnu, pro­ta­go­niste et nar­ra­teur du roman, va tra­ver­ser le siècle, sur­vivre à ce frère qui le nia, voir et vivre ce siècle des Lumières de l'autre côté de la lor­gnette, gran­dir avec la science, se bai­gner dans le liber­ti­nage, assis­ter de très près à la Révo­lu­tion, à ses corol­laires, ses mythes et ses dégé­né­res­cences les plus abs­conses, pour être au final un témoin pri­vi­lé­gié au plus près de ce siècle des lumières.
    Auto­bio­gra­phie apo­cryphe et pica­resque, Sté­phane Aude­guy joue avec la fron­tière ténue qui sépare la fic­tion et l'Histoire, sa fic­tion et le livre des Confessions.
    Le roman est dense en per­son­nages bros­sés avec pré­ci­sion, four­mille d'anecdotes et d'histoires enchâs­sées dont je vous laisse la surprise…
    On assiste à l'éducation sexuelle et sen­ti­men­tale de Fran­çois qui, en bon liber­tin, goûte à tout ce qui peut appor­ter une jouis­sance : depuis sa mère et Saint Fonds qui lui donnent ses pre­miers émois sexuels ; à Denise, la pay­sanne avec qui il découvre que le cli­to­ris est la “preuve irré­fu­table de l'inexistence de Dieu” (for­mule qui pour­rait être un pré­cepte du liber­ti­nage et sur lequel il veut fon­der une phi­lo­so­phie) ; jusqu'à Sophie, la fémi­niste révo­lu­tion­naire, avec qui il découvre à 86 ans pour la pre­mière fois la pro­fon­deur du sen­ti­ment amou­reux. En paral­lèle son appren­tis­sage de la science des méca­nismes prend le même che­min liber­tin : d'abord hor­lo­ger, il uti­lise ensuite ses connais­sances pour inven­ter diverses machines à jouir qui font le bon­heur de la société pari­sienne… Sa folie concep­trice le pousse à ima­gi­ner pou­voir créer un auto­mate capable de foutre comme un homme : l'Hercule. Obligé d'user de super­che­rie (et oui le rêve démiur­gique a ses limites) pour arri­ver à cette fin (par l'adjonction d'un nain bien mem­bré caché dans l'automate), il finit à la Bas­tille où il passe 30 ans de sa vie pour liber­ti­nage… en com­pa­gnie du Mar­quis de Sade (ce qui donne l'occasion de scènes cocasses et tru­cu­lentes) dont il sau­vera, juste avant la des­truc­tion de la pri­son, le manus­crit des 120 Jour­nées de Sodome.
    Fina­le­ment ce qui m'a le plus tou­ché c'est de voir fina­le­ment qu'avec un des­tin si com­plè­te­ment éloi­gné de son frère, Fran­çois est au moins aussi phi­lo­sophe que le Rous­seau que nous connais­sons tous. A cette dif­fé­rence près que la phi­lo­so­phie de Fran­çois est plus prag­ma­tique, plus pro­saïque, qu'elle s'incarne dans les corps. Car pour juger les hommes, pour s'ériger en mora­liste, il ne faut pas se conten­ter de les obser­ver : il faut les côtoyer de près, se fondre et être en eux, et pas tou­jours avec ce qui les élève et les rend meilleurs. Et Fran­çois, de ce point de vue, accom­plit une immer­sion com­plète dans son siècle : bonne et mau­vaise société, noblesse déca­dente, mai­son de cor­rec­tion, bour­geoi­sie dévote, bor­del chic, la Bas­tille et son mar­quis de Sade, com­mer­çant véreux, mou­ve­ment fémi­niste révo­lu­tion­naire, hos­pice de la Sal­pê­trière… tout y passe. Ce qui per­met égale­ment au lec­teur de se faire une idée assez com­plète et assez crue du XVIIIe siècle : l'Histoire (avec un grand H) ici se bâtit avant tout avec les petites his­toires des petites gens médiocres, elles-même alors balayées par la vague de fond que forment les événe­ments de la grande Histoire.
    La der­nière par­tie, où l'on voit la déca­dence qui a suivi très rapi­de­ment la liesse révo­lu­tion­naire, est d'un pes­si­misme noir (“Je mar­chais sans but dans ces nuits pari­siennes où il n'y avait plus que des citoyens ; et j'avais toutes les peines du monde à y recon­naître des hommes”) : embras­sant par amour la cause des suf­fra­gettes menée par Sophie (“Il fal­lait bien que je par­ti­ci­passe à la Révo­lu­tion si je vou­lais par­ti­ci­per à la vie de cette femme-là”), Fran­çois qui a tou­jours été assez opti­miste, tout du moins stoïque ou indif­fé­rent, va s'éveiller au milieu du cau­che­mar de la stu­pi­dité du peuple devenu sou­ve­rain (“tous ces chiens hai­neux se récla­maient de toi, Jean-Jacques”) et de la Ter­reur. La cause de la liberté des femmes étant per­due, lui et Sophie vont vou­loir ten­ter d'améliorer la condi­tion des pros­ti­tuées par­quées à la Sal­pê­trière puis à Bicêtre. le trai­te­ment tota­le­ment inhu­main des femmes véro­lées qu'ils vont y décou­vrir les hor­ri­fie et les font renon­cer. S'attaquant au pro­blème à la
    racine leur club va s'occuper des pros­ti­tuées avant qu'elles ne sombrent et finissent à l'Hospice. La pros­ti­tu­tion deve­nant pro­hi­bée et Sophie gênante, une cote­rie est mon­tée contre elle et elle finit par mou­rir dans un attentat…
    Ces pages montrent un Fran­çois beau­coup plus lucide, sur lequel le monde ne glisse plus aussi légè­re­ment comme aupa­ra­vant, lucide mais com­plè­te­ment dés­illu­sionné sur les notions qui lui sont les plus chères : la liberté, l'égalité. Il se décide alors à écrire ce récit : ce qu'il réa­lise “en six mois sans se relire” (contrai­re­ment sans doute à Audeguy).
    Le roman finit là où il a com­mencé, par la pro­ces­sion qui emmène Jean-Jacques au Pan­théon. Fran­çois est décidé : ses restes iront nour­rir la terre qui a connu son frère et le manus­crit sera enterré dans la pre­mière tombe de celui-ci et le récit s'achève par ces mots :
    “Les gouttes d'eau les plus ténues viennent à bout des roches les plus dures, si l'on veut consi­dé­rer l'immensité du temps. J'ai fait ce que j'ai pu pour ajou­ter, avec dou­ceur, au désordre de ce monde. Rira bien qui rira le der­nier.”
    En un mot comme en mille, j'ai adoré ce roman. Plein d'ironie et de pers­pi­ca­cité, ce roman, qui fait véri­ta­ble­ment œuvre de fic­tion, nous enri­chit de sa voix.

    Lien : http://www.labyrinthiques.net/2008/09/28/fils-unique-stephane-audeguy/
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    • Livres 4.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 12 juillet 2010

    ay_guadalquivir
    Je reprends mes notes du 8 avril 2007.
    Je referme ce livre avec une légère frustration. Comme s'il n'avait pas livré toute l'étendue de sa promesse. le frère oublié de Jean-Jacques Rousseau construit sa propre vie, son propre chemin, de rencontres en amitiés, mais ans jamais accepter le joug de quiconque. Absolu de l'Homme qui grandit par sa capacité à recevoir pleinement ce que lui apportent les autres. De Genève à Paris, de M. de Saint-Fonds à Sophie, il grandit par les autres, sans jamais pourtant renoncer à sa solitude. Avec une méthode radicalement différente de son frère, il découvre à sa façon la science contre l'obscurantisme. Horlogerie, mouvement perpétuel, anatomie, il pousse loin les investigations, au-delà de toute considération morale. Les Lumières sans morale ? L'idée de liberté est constamment présente. J'ai pensé au Valet de Sade de Frobenius, qui décrit plus une destinée qu'un homme libre. J'ai pensé aussi à L'homme sans postérité de Stifter, qui quitte sa vallée dans un grand voyage d'initiation.
    Je relirais ce livre différemment aujourd'hui. La théorie des nuages d'Audéguy en dit peut-être un peu plus de sa fascination d'une époque où la science définit le progrès de l'Homme.
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    • Livres 4.00/5
    Par BMR, le 06 août 2007

    BMR
    Après La Vénus anatomique de X. Mauméjean dont nous avions parlé il y a peu de temps (enfin, l'an passé quand même !) voici, pour les amateurs, une autre uchronie, sous la forme des fausses mémoires du vrai frère de Jean-Jacques Rousseau : Fils unique de Stéphane Audeguy.
    Même période (le début du XVIII° et Louis XV) et même air du temps : les Lumières d'avant les bouleversements révolutionnaires et les automates (on y croise de nouveau Vaucanson et son canard qui crotte, décidément !).
    Le tout sur un ton très libertin puisque ce frère coquin de JJ. Rousseau s'essaye consciencieusement à toutes les polissonneries de son époque, et va même jusqu'à côtoyer le marquis de Sade à la Bastille.
    Le style de S. Audeguy est plus travaillé que celui de X. Mauméjean, son roman historique est plus classique mais aussi plus rigoureux.
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    • Livres 4.00/5
    Par moustafette, le 02 janvier 2011

    moustafette
    Autobiographie imaginaire du frère du célèbre Jean-Jacques Rousseau.
    Sur un ton léger et dans un style fleuri très XVIIIe, c'est avec talent que l'auteur nous entraîne dans le monde du libertinage et dans le foisonnement intellectuel et politique du Siècle des Lumières. Pour le plus grand plaisir du lecteur, les sens et les idées se disputent le devant de la scène et donne au texte un fond de modernité dans lequel il fait bon se plonger en ces temps de quasi-monarchie...
    Une traversée historique et une lecture qui raviront les passionnés de plaisirs, de liberté, d'égalité et de fraternité !



    Lien : http://moustafette.canalblog.com/archives/2008/01/19/index.html
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    • Livres 5.00/5
    Par kris, le 07 janvier 2009

    kris
    ce sont les mémoires fictives du frère aîné réel de J.-J. Rousseau... J'ai adoré l'écriture de cet écrivain ! Je me suis régalée en découvrant l'histoire (imaginée..) de ce libertin, ses aventures rocambolesques, ses amours, ses rencontres...


    Lien : http://krisdeblog.hautetfort.com/archive/2008/09/08/quelques-livres-..
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Citations et extraits

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  • Par BMR, le 06 août 2007

    [...] La France sait reconnaître ses penseurs, mais c'est quand ils sont morts. Ainsi elle épargne aux vivants la peine de les lire.
    [...] Je crois que la variété des cons et des corps n'est pas moins grande ou moins plaisante que celle des visages. Une tête après tout a moins de plis charmants qu'un con; il est des sexes imbéciles, mornes et sans expression, d'autres, au contraire, avenants et joyeux comme des visages amis. Enfin jai trouvé que cette face-là mentait moins que l'autre; et c'est peut-être pourquoi l'on cache la première et que l'on montre la seconde.
    [...] J'assistai donc, d'une des fenêtres de l'Hôtel municipal, au premier usage de la guillotine. Lorsque le couperet tomba, il y eut une rumeur sinistre dans la foule. Je crus qu'elle s'indignait, et je me méprenais. Un vieil officier municipal me détrompa : la foule grondait devant un spectacle aussi bref et aussi dépouillé, et elle regrettait les potences, les tortures, les cris et les contorsions des condamnés. [...] D'ailleurs l'inhumanité du procédé m'apparut dans toute son horreur; l'avenir montra que cette mécanisation poussait les juges plus facilement à la condamnation.
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  • Par Labyrinthiques, le 19 mars 2009

    Les gouttes d’eau les plus ténues viennent à bout des roches les plus dures, si l’on veut considérer l’immensité du temps. J’ai fait ce que j’ai pu pour ajouter, avec douceur, au désordre de ce monde. Rira bien qui rira le dernier.
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