ISBN : 2253083879
Éditeur : Le Livre de Poche (2008)


Note moyenne : 3.74/5 (sur 31 notes) Ajouter à mes livres
" [...] la température était tombée en dessous de moins quarante degrés. La neige se fit bleue et la limite entre terre et ciel s'estompa. Le soleil, dépouillé de sa splendeur et privé de son éclat, végétait désormais dans une misère prolétarienne. Le froid vif buvait t... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (7)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par Thyuig, le 03 juillet 2010

    Thyuig
    J'aimerais seulement réussir à bien parler de ce livre incroyable, de la passion qu'il a convoqué pour moi, et de sa blanche beauté, du luxe de sa langue, de la richesse de son propos et puis aussi de l'universalité de sa quête. Ce livre est une ode à la liberté, rien de moins. En fait, à peine refermé je pensais déjà que si la littérature était capable de fournir à ses lecteurs des bouquins de cette trempe, alors il me suffisait d'être là et de continuer à saisir cet art fluctuant capable des plus étranges fulgurances.
    Piotr Bednarski raconte ici son enfance foutue en l'air par les soviètiques. Fils de Polonais coupable de noblesse, il fût déporté en compagnie de sa mère dans l'anti-chambre du goulag où son père purgeait une peine sans nom. Là-bas tout était bien entendu interdit, fermé, surveillé, la jeunesse sempiternellement broyée, continuellement étouffée ; l'amour de Staline exigeait une passion totale qui n'en tolérait aucune autre. Mais je ne voudrais pas parler de ce livre de cette façon, il n'est pas seulement ça. Non que cette histoire fût banale, l'horreur serait qu'elle le devienne d'ailleurs.
    J'aimerais aborder ce livre par le figuré, l'instinctif. Il m'arrive souvent lorsqu'un roman me happe d'attrapper un stylo et de souligner, de recopier certains passages en toute fin de livre. Peut-être cela suffirait-il ici à laisser entrevoir ce qu'on peut y lire.
    P38 : "Et puis, la beauté est nécessaire partout, même là où s'ébattent les ours blancs"..
    P43 : "Je me ferai moine bouddhiste. Vous, vous volerez, et moi, je prierai"
    P46 : "Les femmes russes pleuraient peu de temps, les larmes leur manquaient tant étaient nombreux les malheurs qui les frappaient. Les Russes avaient appris à pleurer sans larme".
    Dix-huit chapîtres composent "Les neiges bleus". Chacun d'eux se termine pas la mort d'un des protagonistes, qu'il s'agisse d'un enfant ami du narrateur (Piotr Bednarski donc), ou bien d'un membre de sa famille, d'un agent du NKVD, d'un soldat ou bien d'un Bienheureux, tous meurent ou s'en vont, la vie sur la toundra semble n'être qu'un court passage ; fugitive et fuyante elle se laisse dévorer par le froid.
    Piotr Bednarski écrit d'une langue riche et magistrale qui évoque beaucoup de choses. Erudite, précise, elle sait laisser libre court au talent d'évocation du poète. J'ai peu lu d'écrivains de cette trempe, capable de transformer l'anecdote en tragédie grecque, de faire du particulier une fable morale. On apprend ici plus sur l'homme que dans n'importe quel traîté d'anthropologie, Il y a cette science de la digression et l'immédiat recentrage car la mort rôde en permanence. Sublimement beau.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par le_Bison, le 13 février 2012

    le_Bison
    Années 40, la Sibérie. Une ville anonyme et anodine, loin de tout et proche du rien. Une cité comme les autres ou presque... Dans ces immenses plaines sibériennes, cela ressemble plus à l'antichambre d'un goulag. Des fragments de vies, tous plus misérables et miséreux, se partagent en nouvelles plus ou moins indépendantes dans ce court roman de Piotr Bednarski. L'auteur est né en Pologne orientale en 1934 avant d'être déporté dès 1939 en Sibérie après que les Soviétiques eussent envahi son pays. Là-bas, il verra tour à tour ses deux parents assassinés. Revenu quelques années plus tard dans son pays natal mais orphelin, il témoigne aujourd'hui de son passé de déporté. La vie au cœur du système répressif soviétique de l'ère Staline, à travers les yeux d'un enfant de huit ans. Émouvant. A peine une dizaine d'années, et l'état demande à cet enfant de devenir un adulte, de ne plus rêver, de dénoncer quiconque en infraction avec la « philosophie » communiste, de brûler icône et bible au profit d'un portrait de Staline, le Père de la Nation.
    Malgré tout, ce bouleversant témoignage permet d'approcher la vie quotidienne dans la taïga, de toucher aux petits plaisirs d'une enfance insouciante, ainsi qu'au grand malheur d'une vie si proche du goulag, de découvrir la volonté de survivre de certains, de s'effrayer du mal de vivre des autres et de la monstruosité du pouvoir de supériorité d'un gouvernement soviétique d'une totale intransigeance. le pouvoir aveugle des sbires de Staline, massacrant les déportés pour un regard de trop, pour une présence encombrante tranche avec la « banalité » d'une vie de déporté perdu dans l'immensité de ce désert de neiges bleues où la mort reste omniprésente dans leurs esprits, y compris ceux de gamins de huit ans.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 07 avril 2012

    brigittelascombe
    Piotr Bednarski (écrivain polonais) nous livre dans cet émouvant témoignage autobiographique la vie de sa famille polonaise "envoyée et assignée à résidence" en Sibérie dans les années 40, alors que son père militaire de carrière est prisonnier en camp de travail. Ces "relégués", car "fils d'ennemis du peuple travailleur" privés de droits civiques vivent au jour le jour dans la terreur d'une dénonciation,la misère, la faim, le froid (les neiges sont bleues par moins 40° d'où le titre), mais Piéta, alors garçonnet de 8 ans courageux,pieux,insolent, sensible,révolté et rusé, tire sa force de survie dans l'amour et la sagesse de sa mère juive mystique dite "Beauté" car "belle comme Néfertiti" aux nombreux mais dangereux prétendants, l'amitié de sa bande de copains puis dans la poésie lorsque les pertes se feront trop cruelles.
    Pan d'histoire relatant le quotidien d'une communauté soumise au bon vouloir d'un inquisiteur et vivant dans la terreur du "système répressif soviétique",chapitres sous forme de nouvelles dominées par un souvenir lié à une émotion intense, Les neiges bleues est également un bel hommage à la mère d'un enfant bâti selon les lois du coeur et le secret confié d'une philosophie de vie envers et contre tout (qui force l'admiration). A lire +++++
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par mariech, le 21 mars 2012

    mariech
    J'ai un avis bien différent des autre critiques , je n'ai pas beaucoup apprécié ce livre , ni pour le fond , ni pour la forme , ceci bien sûr n'engage que moi .
    L'histoire raconte l'exil d'une famille dans les années 40 en Sibérie , vue par les yeux de l'auteur alors petit garçon .
    Pour moi , les anecdotes sont convenues et il n'y a pas beaucoup d'émotions , cela reste malgré tout un témoignage terrible de cette époque , et l'auteur nous montre la capacité incroyable que nous avons de résister à l'horreur car même au fin fond de la Sibérie , il y a eu des moments de bonheur .
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par monito, le 08 octobre 2009

    monito
    Pieta est un jeune garçon né d'une famille de Polonais blancs, à la mère juive, au père fougueux et fidèle à sa Pologne, peu d'éléments qui puissent plaire au NKVD soviétique quand la Pologne est annexée et où l'éducation des masses passe par une adoration sans bornes et sans réflexion à Staline et à son communisme. le père au goulag, la famille de cet indomptable et notre jeune héros sont déplacés en Sibérie où ils côtoient les mêmes inadaptés de tous les pays où le communisme règne.
    C'est cette histoire largement autobiographique que nous conte l'auteur avec son regard d'enfant sur les délateurs et autres zélateurs du régime stalinien.
    C'est aussi avec une force, parfois terrifiante, qu'une certaine naïveté enfantine nous délivre un message sur la mort au caractère inéluctable mais en ceci particulière qu'elle dépend pour l'essentiel du bon vouloir d'un seul et qu'elle est parfaitement assimilée comme telle.
    Piotr Champagnevitch se bat avec ses armes à lui, l'humour, la dérision parfois, le forfait, mais découvre aussi le rôle de la religion, de l'amour et de la poésie.
    Beauté, sa mère, est un personnage central à l'oecuménisme quelque peu étonnant mais fait figure d'icône à laquelle l'adulte Bednarski se sera sans doute toujours accroché.
    Un livre court et puissant qui donne à lire, en poésie, une des plus sombres pages de l'histoire du monde.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (1 votes positifs)

> voir toutes (13)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par le_Bison, le 13 février 2012

    Les ténèbres furent le cauchemar de mon enfance. Les ténèbres et aussi Staline. Je supportais mieux les ténèbres : elles avaient un début au crépuscule, et une fin à l’aube, et elles n’avaient pas toujours l’opacité des ténèbres bibliques. Tandis que Staline, ce voyeur génial, était partout. A tous les coins de rue, sur toutes les affiches, jusque dans nos rêves. Le guide, le timonier, le père. Souvent, j’essayais de le fixer en pleine lumière pour vaincre ma phobie. En vain. La terreur ne me lâchait pas l’âme.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par litolff, le 17 mai 2010

    Comme toujours le malheur, le gel arriva sans prévenir. Une seule nuit lui suffit pour ouvrir son portail d'argent et semer soigneusement partout ses graines mortifères. Une oreille sensible pouvait percevoir un chuchotis comme celui du blé qui glisse dans la goulotte d'un moulin. Cela signifiait que la température était tombée en dessous de moins quarante degrés.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par Moan, le 24 mars 2012

    Ce fut pour nous un instant solennel. Pour moi surtout. Je venais de sentir que j'étais exceptionnel, j'avais compris de tout mon être que j'étais singulier, unique, qu'il n'y avait jamais eu auparavant d'être tel que moi, et qu'il n'y en aurait jamais plus tard.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par brigittelascombe, le 07 avril 2012

    J'ignorais encore que si un home désire quelque chose de tout son coeur,jusqu'aux tréfonds de lui-même,s'il croit que le non-accomplissement de son désir signifierait sa mort inévitable, alors un miracle arrive.Sans rime,ni raison,il tombe sur quelque chose qui rend la réalisation de son rêve possible.
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par Moan, le 24 mars 2012

    Ma mère s'était tue, mais sans oublier, le ver du souvenir la rongeait sans répit. Moi seul j'avais oublié. Je sentis des remords: je m'étais trop facilement débarrassé du drame de ma mère, n'en gardant aucune trace, aucune cicatrice...Je compris alors comme jamais jusque-là qu'une blessure de l'âme s'apaise difficilement, que le temps ne guérit pas toujours ces blessures-là, et aussi que nul n'a le droit d'oublier les besoins du coeur de son prochain.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)









Acheter sur Amazon

Faire découvrir Les neiges bleues par :

  • Mail
  • Blog

Autres livres de Piotr
Bednarski(1) > voir plus

> voir plus

Lecteurs (45)

> voir plus

Quiz