> Solange de Lalène (Traducteur)
> Georges de Lalène (Traducteur)

ISBN : 2020259192
Éditeur : Editions du Seuil (1998)


Note moyenne : 3.62/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Belle et mystérieuse, issue de la bourgeoisie mais vivant en marge de celle-ci, Léni traverse les péripéties de sa vie et les drames de son époque comme en état de grâce.

Aux yeux de ceux qui l'approchent et ne peuvent se faire d'elle une image rassurant... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 11 avril 2012

    Woland
    Gruppenbild mit Dame
    Traduction : S. & G. de Lalème
    Voici un livre dont nous attendions beaucoup et qui nous a, malheureusement, déçu. Pendant plus de quatre cents-pages environ - et le livre en comporte un peu plus de cinq cents dans cette édition - tout se passe pourtant bien. Mais à compter de l'intermède romain, c'est-à-dire de la visite rendue par le narrateur à Soeur Clémentine, afin d'essayer de faire le point sur les rapports de l'héroïne avec la soeur Rachel Maria Guinzburg, on plonge. Et vertigineusement. C'est un peu comme si, à la toute fin d'un film sur l'Allemagne et son peuple pendant les années hitlériennes, le metteur en scène avait l'idée incongrue d'amener des couplets de comédie musicale et l'intrigue qui va avec. En tous cas, c'est ce que nous sommes au regret d'avoir ressenti.
    C'est d'autant plus regrettable que tout le reste du roman empoigne le lecteur même si les tics d'écriture imposés au narrateur sont susceptibles d'indisposer quelques impatients. L'héroïne, Leni, qui ne s'exprimera jamais directement, avait vingt ans durant la Seconde guerre mondiale. Fille d'un homme d'affaires brillant mais volontiers escroc et d'une jeune femme au tempérament anticonformiste, Leni paraît avoir traversé cette période ô combien épineuse sans s'y être véritablement impliquée. Non parce qu'elle détourne la tête ou ne veut pas voir ce qui se trame autour d'elle : simplement parce que sa réalité n'est pas la même que celle de ses contemporains. Qu'on le veuille ou non, Leni reste en effet une femme "décalée", peu en phase avec son environnement. le lecteur peut même penser à un trouble de la personnalité mais cela n'est jamais dit de manière explicite.
    Leni, qui a bon coeur et n'aime pas l'injustice, apportera pourtant de la nourriture et des cigarettes à Soeur Rachel lorsque les origines juives de cette dernière contraindront sa communauté à la dissimuler dans leur couvent. Elle restera marquée - le contraire eût été invraisemblable pour une nature aussi sensible - par l'exécution de son frère, lequel s'était enrôlé dans la Wehrmacht pour le seul plaisir, semble-t-il, de s'opposer aux autorités militaires. Et bien sûr, au beau milieu de la guerre, la jeune femme, veuve d'un homme qu'elle a épousé comme par ennui, trouvera le moyen non seulement de tomber amoureuse d'un prisonnier soviétique mais encore de se retrouver enceinte de ses oeuvres. Pour finir, soutenue par à peu près toutes ses connaissances, à commencer par son employeur, le fleuriste en tous genres Pelzer, elle accouchera d'un fils dans un caveau funéraire, alors que les bombes américaines n'arrêtent pas de pilonner Berlin.
    Pour quelqu'un qui n'a jamais l'air d'y toucher, c'est là un beau parcours.
    Böll nous le raconte avec une finesse malicieuse, dans un ordre qui n'est pas toujours chronologique (il nous immerge dès le début dans l'Allemagne des années soixante-dix), avec des digressions, des retours en arrière, des réflexions très sérieuses sur le destin commun d'un peuple et, cela va de soi, toute une foule de témoignages émanant de ceux qui ont connu, aimé ou détesté Leni - et dont le temps écoulé n'a pas modifié les sentiments. Toutes figures hautes en couleur avec une mention spéciale pour Pelzer, pour lequel, nous l'avouons, nous avons un faible très accentué.
    ... Et c'est alors que, abandonné par les Muses ou induit en erreur par le terrible démon de la Banalité, l'auteur nous assène l'intermède romain et le personnage de Soeur Clémentine. Vous étonnerez-vous si l'on vous dit que le narrateur tombe immédiatement amoureux de cette nonne improbable ? Non ? Alors vous devez avoir compris que, dans la pure tradition des pires navets télévisés, Soeur Clémentine revient très vite sur ses voeux et, rendue à la vie profane, se précipite dans les bras et le lit de notre rédacteur anonyme aux anges. Toute la puissance du livre, tout ce qu'il contenait de tragique sous le couvert d'un humour toujours présent, est balayé, éradiqué. Ces cent pages démoniaques ne tendent plus qu'à un but : maintenir Leni et son fils dans l'appartement de l'ancienne maison familiale que cette tête de linotte a jadis vendu pour une bouchée de pain au père de sa meilleure amie. Cerise sur le gâteau : Leni, qui partageait son appartement avec d'autres personnes, est à nouveau enceinte (à quarante-huit ans) mais cette fois-ci d'un travailleur turc immigré plus jeune qu'elle. Enfin, si la loi s'oppose à ce qu'elle reste dans les lieux, peu importe : le narrateur et Clémentine, sans oublier les amis plus ou moins communistes de Leni sont prêts à tout pour vaincre, du sit-in à l'immolation par le feu - après tout, l'époque s'y prête, n'est-ce pas ?
    Ca part dans tous les sens comme des feux d'artifices en folie, on ne comprend plus ni le pourquoi, ni le comment de toute l'affaire, et ce roman touffu mais à la construction originale, dont les personnages dits secondaires étaient presque tous parvenus à retenir la sympathie ou, à défaut, l'attention du lecteur, s'achève en un "flop" lamentable. "Tout ce travail pour ça ?" finit-on par se dire.
    Dommage. Vraiment. ;o)
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 11 avril 2012

    [...] ... Il est aisé de prouver en toute objectivité que, dès le jour de sa naissance, Aloïs a fait l'objet de chichis outranciers. Selon une pratique chère aux Pfeiffer, on fit aussitôt de nécessité vertu : Jusqu'en 1933, le garçon eut droit à l'épithète de "notre petit gitan" mais à partir de là devint "spécifiquement occidental." L'auteur tient à souligner qu'il n'avait en rien le type celtique, déduction que l'on pourrait être tenté à tort de tirer du fait que les Celtes ont souvent les yeux clairs et les cheveux foncés. Aloïs était d'ailleurs - nous le verrons - totalement dénué de la sensibilité et de l'imagination propres aux Celtes. Si l'on voulait le classer sur le plan racial, seule l'épithète de "Germain manqué" pourrait lui convenir. Cela dit, ses parents exhibèrent avec orgueil leur "délicieux enfant" partout à la ronde, des mois, si ce n'est des années durant ; avant même qu'il fût capable d'articuler un mot, fondant sur lui d'éphémères espérances, ils l'avaient déjà destiné à des carrières fulgurantes et de préférence artistiques. Ils le voyaient tour à tour sculpteur, peintre, architecte (la littérature ne devait intervenir que plus tard dans les spéculations familiales - L'auteur). Tous ses faits et gestes furent hyperboliquement portés à son crédit. Et comme il était aussi, bien entendu, un "délicieux enfant de choeur", tantes, cousines et autres le voyaient déjà en "moine" ou, pourquoi pas, en "abbé peintre." Il est prouvé (par la femme de l'aubergiste Commer de Lyssemich, aujourd'hui âgée de soixante-deux ans, ainsi que par sa belle-mère, la vieille Mme Commer dont, en dépit de ses quatre-vingt-un ans, l'excellente mémoire fait l'admiration de tout le village) que l'indice de fréquentation de l'église de Lyssemich ne cessa de croître aussi longtemps qu'Aloïs y fut enfant de choeur, c'est-à-dire de 1926 à 1933. "C'était une telle joie de voir ce ravissant petit bonhomme que nous y allions non seulement le dimanche mais souvent même en semaine (grand-mère Commer). L'auteur eut de nombreuses entrevues avec M. Pfeiffer et sa femme, Marianne, née Tolzem. Peut-être, pour caractériser le niveau de vie des Pfeiffer, qu'il est d'un degré supérieur à celui de leur fils Heinrich : leur pavillon est un peu plus grand et ils ont déjà leur voiture. Pfeiffer senior, aujourd'hui retraité, traîne toujours la patte. Le couple se montrant tout disposé aux confidences, l'auteur n'a donc pas eu la moindre peine à les faire parler de leur fils Aloïs. Tout ce que celui-ci a jamais produit est conservé sous vitrine comme autant de reliques. ... [...]
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Vidéo de Heinrich Böll

L'Honneur perdu de Katharina Blum (Die verlorene Ehre der Katharina Blum oder: Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann), film de Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta d'après le roman éponyme de Heinrich Böll, sorti en 1975. Bande-annonce











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