Suite logique de "l'ange des abîmes", "
Les chemins de Damas" se déroule quelques années plus tard, mais avec d'autres protagonistes.
On y retrouve la même construction, alternance de chapitres liés à l'intrique principale et de chapitres servant à poser le décors. Cette construction peut être déroutante, mais, me concernant, je la trouve particulièrement habile.
Les passages "annexes", rebondissent intelligemment d'un personnage à un nouvel autre, tous liés indirectement par la trame de la vie.
Ce roman, mélange de thriller, de politique fiction, d'anticipation apocalyptique, est avant tout un roman initiatique, bouleversant de réalisme.
On est totalement happé par cette description d'un monde qui pourrait être celui d'après demain.
Bordage soumet une diatribe violente de notre société actuelle et du monstre qu'elle pourrait facilement engendrer ; critique du libéralisme effréné, du racisme et de la peur de la différence, du sort réservé aux femmes quelque soit la culture, et surtout des religions institutionnelles.
L'auteur ne critique à aucun moment la foi, mais ce qu'en font les hommes et les atrocités qu'ils peuvent perpétrer en son nom.
C'est d'une violence parfois difficilement soutenable, d'une écriture tantôt chirurgicale, tantôt exaltée, certaines fois particulièrement cru (certains passages tombant d'ailleurs dans la crudité gratuite, comme dans les deux précédents tomes).
Mais il y a une lueur dans l'immense noirceur de cet avenir proche, où Bordage présente l'individu en sauveur contre les systèmes.
Petit bémol pour la fin, emprise dans un mysticisme un peu déroutant, alors que l'ensemble du roman baigne dans un réalisme à couper le souffle. Mais cette fin apporte un espoir qui est rarement entrevu dans le reste de l'histoire.
Malgré ces défauts, cette trilogie restera, pour moi, un moment unique dans mes lectures. Elle m'aura ouvert des portes, des pistes de réflexion et m'aura bouleversé et remué comme rarement.