ISBN : 2070293882
Éditeur : Gallimard (1976)


Note moyenne : 3.4/5 (sur 35 notes) Ajouter à mes livres
Ce chef-d'oeuvre de la philosophie française de tradition cartésienne, devenu le livre culte des existentialistes, porte l'empreinte d'un dialogue critique avec la philosophie allemande (Hegel, Husserl, Heidegger). À la phénoménologie, il emprun... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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  • Par J-line, le 16 février 2011

    J-line
    Un tout grand texte philosophique, pour spécialistes cependant.
    Qui expose et développe les fondements de la pensée sartrienne, en reprenant les méandres et les profondeurs dans de longues phrases à tiroirs découvrant autant de parenthèses....: la pensée en marche!
    Le livre s'ouvre sur la négation de toute ontologie cachée, de toute Essence ultime : «La pensée moderne a réalisé un progrès considérable en réduisant l'existant à la série des apparitions qui le manifestent (…). Il s'ensuit, évidemment, que le dualisme de l'être et du paraître ne saurait plus trouver droit de cité en philosophie. L'apparence renvoie à la série totale des apparences et non à un réel qui aurait drainé pour lui tout l'être de l'existant.», p. 11. En souterrain, le regret sans doute de l'impossible plénitude consciente d'un En-soi (absolu) qui serait encore pour-Soi (conscient à lui-même). Et la théorie d'un homme de l'entre-deux : entre deux néants, entre la matière et la matière qui se fuit, entre son individualité, son ipséité, et la communauté....
    Sans oublier la notion de liberté: où dond l'existence précède l'essence - où conséquemment la liberté est absolue en matière de sens. Philosophie articulant dès lors cette liberté à la situation qui la reçoit pour (factuellement) la contredire et (ce faisant) la permettre en sa signification comme en son possible : «Ainsi commençons-nous à entrevoir le paradoxe de la liberté : il n'y a de liberté qu'en situation et il n'y a de situation que par la liberté. La réalité humaine rencontre partout des résistances et ces obstacles n'ont de sens que dans et par le libre choix que la réalité humaine est.», E et N, 546. Partant, l'homme est celui par qui tout existe , celui par qui tout advient : sur fond d'indifférenciation, il fait surgir son monde – qui est le monde sans l'être. De toute part menacé par l'en-soi, il se défend : «Etre, pour le pour-soi, c'est néantiser l'en-soi qu'il est. Dans ces conditions, la liberté ne saurait être rien autre que cette néantisation.» . Mais encore, «C'est par elle [cette liberté] que le pour-soi échappe à son être comme à son essence, c'est par elle qu'il est toujours autre chose que ce qu'on peut dire de lui, car au moins est-il celui qui échappe à cette dénomination même, celui qui est déjà par-delà le nom qu'on lui donne, la propriété qu'on lui reconnaît.», E et N, 494. Telle distanciation œuvrée par le sujet en son existenciation n'empêche en rien la récusation du dualisme
    Nonobstant, la liberté sartrienne est une construction idéelle : idéal auquel tendre, elle est également schème explicatif de la conscience en son assomption du donné (à l'horizon d'un futur à construire) comme en sa néantisation de l'en-soi (à l'horizon d'un sens à produire). Elle est condition et but (ou structure d'accueil de tout but légitime) de l'agir humain. Construction idéelle donc, mais non pas Idée intemporelle à contempler : voie informative et possibilité à saisir. Possible à assumer en vue d'une action opératoire susceptible de changer le monde. Plus encore, cette représentation est condition de possibilité de l'action et de l'opérativité de tout agir. En d'autres termes, cette interprétation de l'existence en sa contingence, en ses latitudes décisionnelles, en sa soutenance auto-définissante, en ses choix pratiques et destinaux, est condition et voie et outil d'une transformation effective du monde. Et le paradoxe est flagrant : c'est parce que la «Liberté» existe comme modèle et idéal (construits l'un et l'autre par une conscience gratuite en quête de substance et de contenu), parce qu'elle existe sur ce seul mode (celui de l'illusion masquant activement sa dimension illusoire), qu'elle s'oppose à l'Essentialisme comme à l'Idéalisme…
    Selon cette approche, l'humanité se révèle bien plus dans l'assomption de l'acte et dans son interprétation que dans son fait : l'humanité se trouve alors dans le mouvement et la mise en mouvement d'un sens et d'une valeur. Quant à l'espèce elle est création humaine : elle vient à l'homme «par derrière», par autrui. En ces circonstances, dans une situation qu'il n'a pas voulue mais qu'il a à interpréter , sous le regard d'autrui qui fige sa soutenance ou son existenciation en un «arrêt sur image», dans un monde partagé dont l'autre lui conteste la propriété et le sens, dans l'ignorance du doit choisir et se choisir. Doit exister et faire exister l'homme qu'il dessine de ses actions ou signale de ses motivations et convictions. Ou encore, choisissant (ses engagements, références, valeurs), l'homme se choisit. Se choisissant, il choisit l'humanité dans son ensemble. En conséquence, face à l'incertitude de ce choix que nulle Transcendance n'assure, devant l'inconnaissabilité des développements processuels de l'action, confronté au risque de l'échec (et de l'échec ultime : la mort), se manifestent tentations de démissions, processus d'aveuglement et angoisses – et Sartre de préciser : «C'est précisément la conscience d'être son propre avenir sur le mode du n'être-pas [qu'il nomme] l'angoisse»E et N, 67. Pourtant autre chose découle de cette constatation : c'est parce que le pour-soi en existenciation n'est pas son avenir (parce qu'un espace-temps, qu'un devenir «organique» et qu'un agir inscrit dans l'adversité d'une situation à la fois personnelle, historique et mondaine l'en séparent) qu'il a à choisir et à agir – et que ces actions le transformeront tout autant qu'elles transformeront son rapport au monde et le monde lui-même. C'est aussi parce qu'il n'est pas (pas toujours déjà) son avenir, parce que nulle promesse (personnelle ou reçue) ne le lie à celui-ci, que la liberté existe. En fait, un monde à chaque instant plein de tous les possibles (actualisés) serait un monde compact où s'anéantiraient la satisfaction, l'action, le désir, la distance et la liberté. L'homme enserré dans un tel monde serait un rêveur : ne rencontrant nulle résistance, nulle inertie, nul décalage temporel entre conception et réalisation, comme Dieu, il rêverait et s'identifierait à la somme de ses créations. Comme Dieu, comme un esclave : «La toute-puissance divine équivaut à une totale servitude subjective. Dieu est précipité de création en création sans pouvoir «prendre ses distances» par rapport à soi et par rapport à l'objet.», Les écrits de Sartre, 53. En cette perspective, le temps, comme durée, comme épreuve, comme substrat de l'action (et substrat produit par l'action), est la condition de réalité du sujet. Comme l'explicite clairement Juliette Simon en un contexte différent (Je est un autre : du malin génie à l'implant mémoriel, in Philosophie et science-fiction), une distance sépare le «moi» (substantiel et phénoménal, métabolique et cognitif) du sujet – celui du «cogito» cartésien. Ou encore, le temps sépare «Je» de «moi» ; nonobstant, la négation/néantisation du temps-durée (où s'inscrivent le métabolisme et les processus neurologiques divers) entre le «je veux» …«je possède ou réalise» abîmerait le «moi» dans l'objet…
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Citations et extraits

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  • Par cequejelis, le 22 mars 2012

    ... la haine est haine de tous les autres en un seul. Ce que je veux atteindre symboliquement en poursuivant la mort de tel autre, c'est le principe général de l'existence d'autrui. L'autre que je hais représente en fait les autres. Et mon projet de le supprimer est projet de supprimer autrui en général, c'est-à-dire de reconquérir ma liberté non-substantielle de pour-soi. Dans la haine, une compréhension est donnée de ce que ma dimension d'être-aliéné est un asservissement réel qui me vient par les autres. C’est la suppression de cet asservissement qui est projetée. C'est pourquoi la haine est un sentiment noir, c'est-à-dire un sentiment qui vise la suppression d'un autre et qui, en tant que projet, se projette consciemment contre la désapprobation des autres. La haine que l'autre porte à un autre, je la désapprouve, elle m'inquiète et je cherche à la supprimer parce que, bien que je ne sois pas explicitement visé par elle, je sais qu'elle me concerne et qu'elle se réalise en moi. Et elle vise à me détruire non en tant qu'elle chercherait à me supprimer, mais en tant qu'elle réclame principalement ma désapprobation pour pouvoir passer outre.
    p. 462
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Vertiges du désir - Ollivier Pourriol .
Par l?auteur de Cinéphilo, les noces du cinéma et de la philosophie sur un thème ô combien désirable : le désir.Fidèle à sa méthode consistant à faire dialoguer philosophie et cinéma, Ollivier Pourriol dévoile les grandes théories du désir à l??uvre dans des films aussi variés que le Mépris, Kingdom of Heaven, Heat, Beau Travail, Casino, Eyes wide shut, Eros, THX 1138, Blow Up ou Toy Story.Fruit des conférences Studiophilo - où la philosophie est expliquée par le cinéma, et le cinéma par la philosophie - ce livre nous fait comprendre ce qu?est le désir, tout en nous ouvrant les yeux sur certaines scènes célèbres du cinéma : Sartre nous éclaire sur les fesses de Brigitte Bardot dans le Mépris, Hegel sur la lutte à mort entre al Pacino et Robert de Niro dans Heat, Girard sur le désir mimétique dont sont victimes les jouets de Toy Story, Deleuze sur l?électricité sexuelle de Sharon Stone dans Casino, Platon sur les vertiges de l?amour dans Les ailes du désir.Un livre précis, ludique et accessible qui unit cinéma et philosophie dans leur désir commun : désirer toujours plus, et toujours mieux.











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