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ISBN : 2070416216
Éditeur : Gallimard (2002)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 911 notes)
Résumé :
Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même.

L'enquête a révélé qu'il n'était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu'il n'était rien d'autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien.

Près d'être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condam... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (111) Voir plus Ajouter une critique
Marple
Marple17 avril 2016
  • Livres 4.00/5
Les réalités sordides, les faits divers et les gens hors norme fascinent et inspirent Emmanuel Carrère, au point qu'il en fait des livres, créant même par là un genre littéraire à part. Ici, il s'attache, ou s'attaque, ou les deux, à Jean-Claude Romand, faux médecin qui a fait la une de tous les journaux en 1993, quand il a tué sa famille pour éviter qu'elle découvre ses impostures.
Bien plus qu'un documentaire, ce livre est à la fois une enquête approfondie sur la tragédie et tous les dérapages qui y ont conduit, une réflexion sur la mythomanie, mais aussi le journal d'un homme normal qui essaie de comprendre un fou. Chaque chapitre étudie un aspect particulier de l'Adversaire : son enfance, l'argent, le procès, sa vie amoureuse, son quotidien en prison, ses attitudes bizarres, les réactions de ses amis… Cela rythme le récit et permet, non pas de comprendre, mais de connaître et de réfléchir.
Officiellement neutre et en retrait, Emmanuel Carrère nous fait à mon sens passer beaucoup de choses de ses convictions et de ses émotions, et c'est ça que j'ai trouvé le plus intéressant. Ainsi quand il ironise sur le comportement aberrant de l'Adversaire la nuit du drame, raconte l'escalade délirante de ses mensonges ou s'étonne du peu de questions posées par ses proches ou les administrations. Dans son texte, cette histoire deviendrait presque drôle, si elle n'était si dramatique et bouleversante...
Selon les pourtant redoutables critiques du Masque et la Plume, Emmanuel Carrère aurait tort de retourner à la fiction, tant il est doué dans ces récits inspirés du réel… Et je suis bien d'accord avec eux !
Challenge Petits plaisirs 19/xx et challenge PAL
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ahasverus
ahasverus26 juin 2013
  • Livres 4.00/5
Cette histoire est absurde et terrifiante parce qu'elle est vraie.
Jean-Claude Romand est un menteur, un homme qui ne pouvait pas décevoir. Il devait, comme disait Céline, présenter toujours comme un petit idéal universel, un surhomme du matin au soir, le sous-homme claudiquant qu'on nous a donné.
Il s'était inventé très vite une vie brillante dans laquelle il était l'ami de Bernard Kouchner et le patient de Léon Schwartzenberg. Il ramenait de faux souvenirs de ses faux voyages au Japon, échafaudait une fausse carrière prestigieuse et un faux sale cancer contre lequel il luttait courageusement et pudiquement.
Jean-Claude Romand transpirait beaucoup dans son obstination permanente à berner le vrai monde. Un jour, à 39 ans, il a su que sa concentration suintante n'allait pas suffire à mentir plus avant. Alors cet homme gentil et si modeste a pris la 22LR de rigueur, celle de Dupont de Ligonnès et des drames domestiques. Il a tué Florence, sa femme, et Caroline et Antoine, ses enfants. Puis il a regardé la télévision, fait un peu de rangement, et il est parti déjeuner chez ses parents. Avec la 22LR de rigueur. Puis il a tiré sur sa mère, de face,sur son père, de dos. Il est allé voir sa maîtresse. Il a bien essayé de l'assassiner un peu aussi. Mais il a renoncé et il s'est excusé. Il est retourné à son domicile. A 4 heures du matin, il a mis le feu au grenier, et il a avalé une boite de médicaments. Comme ça coïncidait avec l'heure de passage des éboueurs et comme les médicaments étaient périmés, comme il était à la fenêtre et comme les pompiers sont arrivés très vite, Jean-Claude Romand est le seul membre de la famille Romand qui ait survécu à Jean-Claude Romand. Voila.
L'Adversaire se rapproche par son traitement sociologique de l'excellent Tout, Tout de Suite de Morgan Sportes. Il nous apporte des éclairages intéressants sur cette histoire, quand bien même on a tout vu, et tout revu : Faites entrer l'accusé, le Roman d'un Menteur de Gilles Cayatte, ou enfin le film avec Daniel Auteuil inspiré du présent livre.
Et c'est normal si Carrère nous éclaire de lumières absentes de ces documentaires : un livre s'adresse à un endroit de la réflexion inaccessible à la télévision ou au cinéma, qui ne laissent le temps de réfléchir à rien.
Au-delà du récit, l'auteur pose les bonnes questions, celles qui nous taraudent. Il explore les origines et les raisons du mensonge, son découpage , sa bascule, sa force. Il nous décrit les moments de sincérité possibles de Romand et nous amène à nous demander si le menteur croyait en ce qu'il avait commencé par feindre.
Le style de Carrère se prête aux beaux romans et conviendrait aux amateurs de citations ("""L'avocat général écoutait le témoin de la défense avec un sourire de chat qui digère.""" ou encore """Le destin avait voulu qu'il attrape le mensonge et ce n'était pas sa faute s'il l'avait attrapé."""). Cependant à aucun moment il n'en fait trop et l'ouvrage court reste très pudique.
Ce qui me bouleverse, ce n'est pas que tu aies menti, c'est que désormais je ne pourrais plus te croire, écrivait Nietzsche. Romand est devenu l'Incroyable au grand I. Il est libérable en 2014 et la question de la récidive se posera. Puis celle de sa réinsertion. Quel naïf au grand N est prêt à lui faire confiance ?
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marina53
marina5318 juin 2012
  • Livres 4.00/5
Sachant que ce récit d'Emmanuel Carrère raconte l'histoire vraie de ce Jean-Claude Romand, on ne peut-être que déstabilisé à la fin de cette lecture.
Carrère relate les faits, sans prendre position, autant que l'on peut l'être.
Toute la vie de Romand ne s'est construite que sur des mensonges: faux diplômes de médecin, fausse carrière, liaison, cancer, arnaques financières au sein de sa propre famille. le poids de tous ces mensonges l'ont entraîné dans une folie meurtrière puisqu'il assassinera toute sa famille ainsi que ses parents.
Comment cet homme a-t-il pu tromper ses proches pendant tant d'années? Dans quel intérêt? Pourquoi cette folie soudaine?
Chacun d'entre nous pourra tenter d'y apporter des réponses, même si la vérité nous échappe.
Un récit terrible et troublant, voire "fascinant".
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palamede
palamede14 février 2016
  • Livres 3.00/5
J'ai lu il y a quelque temps L'invention de nos vies, un roman où Karine Tuil analyse avec justesse l'engrenage du mensonge, démontrant comment une première tromperie peut entraîner le menteur dans une logique qui lui fait commettre des actes de plus en plus graves pour ne pas être découvert.
Bien sûr et heureusement, tous les grands menteurs ne deviennent pas des assassins comme Jean-Claude Romand, un homme intelligent qui a abattu toute sa famille pour masquer une vie d'imposture partie d'un examen de médecine qu'il n'a pas passé. Un jusqu'au-boutisme dépassant l'entendement que seule la folie peut expliquer, mais l'explication n'est pas satisfaisante.
Emmanuel Carrère se garde d'avancer une théorie quelconque sur le comportement de l'assassin. le récit est factuel et nous laisse toute la latitude d'interprétation pour essayer de comprendre comment une vie peut basculer à partir d'un détail de son histoire. Qu'un homme apparemment ordinaire puisse accomplir des actes épouvantables, uniquement parce qu'il se sent acculé, nous inquiète et rend cette histoire et ce roman fascinants.
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Mademoiselle_Lecture
Mademoiselle_Lecture05 octobre 2014
  • Livres 4.00/5
Le 9 janvier 1993, je n'avais même pas six ans. Il est vrai que j'aurais pu entendre parler de cette histoire plus tard mais cela n'a pas été le cas. C'est donc avec des yeux complètement innocents que j'ai commencé ce roman, qui n'en est pas vraiment un.
Ce fameux jour, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants et ses parents avant de tenter de se tuer. C'est un crime abominable ! Mais quelle n'est pas la surprise de la police lorsque l'enquête démontre que Jean-Claude Romand n'était pas le médecin qu'il prétendait être. Il ne mentait pas pour cacher une sombre vérité. Il mentait tout simplement. Il n'était pas autre chose qu'un médecin, il n'était rien. Pendant dix-huit ans, il a menti à tout son entourage. Jusqu'au jour où le poids du mensonge l'a écrasé…
Emmanuel Carrère a pris un risque en s'attaquant à cette histoire. Est-il possible de raconter un drame pareil sans prendre parti ? Eh bien, oui ! L'auteur réussit à rester neutre.
Et pourtant, il va échanger avec Jean-Claude Romand, sous forme de lettres principalement. Emmanuel Carrère va s'intéresser profondément à cette histoire, la vivre, la comprendre mais toujours avec le recul nécessaire pour ne pas sombrer.
Cela donne un livre neutre mais sans aucune froideur. J'ai découvert la vie de Jean-Claude Romand à bonne distance. Pas trop près pour éviter les bouleversements (même s'il est impossible de rester impassible face à ces meurtres, mensonges, trahisons…) mais pas trop loin pour être touchée.
Un livre différent pour une histoire terrifiante. Sait-on vraiment qui est l'autre ?
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Citations & extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
TempuslegendaeTempuslegendae09 février 2013
Dans une fiche descriptive de lecture destinée à des lycéens, j’ai relevé un extrait de note, capital à mon sens concernant «L’Adversaire».
« “Adversaire” n’est pas un roman. Ni un document, ni un essai, ni un fragment d’autobiographie. C’est le livre dans lequel Emmanuel Carrère a mis le meilleur de tous ses autres livres, comme s’il n’avait écrit jusqu’à présent que pour en arriver enfin là; à ce point de rencontre de l’écriture avec lui-même.
Du talent, tout le monde savait qu’il en avait.[…] Une belle écriture limpide et nette qui vous entrainait au fond du gouffre comme on va en promenade; une observation aigüe, presque sociologique, de la vie quotidienne et des liens rassurants de l’appartenance sociale que venait brusquement troubler et trouer l’irruption des passions, des pulsions et des angoisses…»
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Eric75Eric7522 août 2011
Seules les parties civiles ne le regardaient pas. Assise juste devant moi, entre ses deux fils, la mère de Florence fixait le plancher comme si elle s'accrochait à un point invisible pour ne pas s'évanouir. Il avait fallu qu'elle se lève ce matin, qu'elle prenne un petit déjeuner, qu'elle choisisse des vêtements, qu'elle fasse depuis Annecy le trajet en voiture et à présent elle était là, elle écoutait la lecture des 24 pages de l'acte d'accusation. Quand on est arrivé à l'autopsie de sa fille et de ses petits-enfants, la main crispée qui serrait devant sa bouche un mouchoir roulé en boule s'est mise à trembler un peu. J'aurais pu, en tendant le bras, toucher son épaule, mais un abîme me séparait d'elle, qui n'était pas seulement l'intolérable intensité de sa souffrance. Ce n'est pas à elle et aux siens qui j'avais écrit, mais à celui qui avait détruit leurs vies. C'est à lui que je croyais devoir des égards parce que, voulant raconter cette histoire, je la considérais comme "son" histoire. C'est avec son avocat que je déjeunais. J'étais de l'autre côté.
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WhiteWalkersWhiteWalkers12 août 2014
"Vous avez compris, m'a-t-il demandé, ce que son avocat est en train d'essayer ?"
Je n'avais pas compris.
"Il veut le faire craquer. Il se rend compte que ça manque de tripes. Mais il ne se rend pas compte que c'est horriblement dangereux de faire ça. Je peux vous le dire, ça fait 40 ans que je trimbale mon carton dans tous les tribunaux de France. Ce type est un très grand malade. Il se contrôle, mais si on se met à le titiller là où il ne peut plus contrôler, il va se fissurer devant tout le monde et je vous assure, ça va être épouvantable. On croit que c'est un homme qu'on a devant nous, mais en fait ça fait longtemps que ce n'est plus un homme. C'est comme un trou noir, et vous allez voir, ça va nous sauter à la gueule. Les gens ne savent pas ce que c'est, la folie. C'est terrible. C'est ce qu'il y a de plus terrible au monde".
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clarinetteclarinette01 juillet 2008
"Je suis entré en relation avec lui, j'ai assisté à son procès. j'ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d'imposture et d'absence. D'imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu'il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d'autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m'a touché de si près et touche, je crois, chacun d'entre nous."
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marina53marina5319 juin 2012
Je voulais t'écrire
un "je ne sais quoi"
de doux, de paisible
quelque chose de l'invisible,
un "je ne sais quoi"
d'aimable
d'agréable
un "je ne sais quoi"
qui calme
qui charme
un "je ne sais quoi"
qui donne confiance
même dans le silence
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