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ISBN : 2253115541
Éditeur : Le Livre de Poche (2007)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.09/5 (sur 2074 notes)
Résumé :
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort.
Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde dispara... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (324) Voir plus Ajouter une critique
LydiaB
LydiaB26 novembre 2012
  • Livres 5.00/5
Envoûtée... Je suis envoûtée par l'écriture de Philippe Claudel qui est capable de s'adapter selon les thèmes choisis. Je viens de finir son roman dystopique, L'Enquête, et j'ai l'impression, avec La Petite fille de Monsieur Linh, d'avoir affaire à un autre auteur. Quelle prouesse ! Ici, le style est concis et sous une fausse simplicité se cache une histoire poignante.

Je ne résumerai pas le livre, la quatrième de couverture le fait très bien et est là pour ça. Mais attendez-vous quand même à une surprise de taille à la toute fin (à la dernière page pour être précise). Parce que tout le talent de Philippe Claudel, c'est de nous faire découvrir l'histoire non pas à travers la voix de Monsieur Linh - ce n'est pas le narrateur - mais à travers ses yeux . de ce fait, le lecteur est happé par cette magnifique histoire de l'exil, du déracinement, de l'amitié qui naît dans le nouveau pays avec M. Bark. Il souffre mimétiquement, aurait envie de venir à la rescousse de ce pauvre homme dont la seule préoccupation est sa petite fille, Sang diû. Oui mais voilà... c'est justement parce qu'on est envahi par tous ces sentiments qui se bousculent au fur et à mesure de la lecture qu'on passe à côté de certains détails qui ont une importance capitale... Mais je n'en dis pas plus... Il faut lire le livre !

Et dire que j'aurais pu passer à côté d'un tel auteur si une amie, qui se reconnaîtra, ne m'avait pas engagée fortement à le lire ! Quel beau gâchis cela aurait été !
Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9ratur..
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marina53
marina5302 juin 2014
  • Livres 4.00/5
Le bateau quitte définitivement le pays. A bord, des dizaines de personnes comme Monsieur Linh regardent avec tristesse la terre s'éloigner. Cette maudite guerre lui aura décidément tout pris, son fils et sa femme, sa liberté, ses rizières et elle aura détruit son village et par là-même l'espoir d'y mourir en paix. Sa petite fille, Sang diû, âgée de 3 mois, tendrement serrée contre lui est tout ce qui lui reste. Pour elle, il ne veut pas baisser les bras et veut lui offrir une vie convenable et décente. C'est à l'arrière du bateau pour profiter le plus longtemps possible de la vue de ses terres qu'il passera la plupart du voyage qui dure des jours entiers. Et c'est dans une ville grise, froide et triste qu'il débarque, une ville sans saveur et sans odeur. Il sera logé dans un dortoir avec d'autres réfugiés. le confort n'y est pas, les autres familles font du bruit, les hommes jouent au mah-jong, les enfants turbulents courent partout mais les femmes lui apportent de quoi manger. Mais, surtout, Monsieur Linh est avec sa petite-fille qu'il ne quitte jamais. Il n'osera pas sortir dans les premiers jours et passera ses journées seul au dortoir. Il se décide un jour de prendre l'air, ne serait-ce que pour la petite. Il ne connaît pas ce pays, ni cette ville aux rues sinueuses et encore moins la langue. Mais, qu'importe, il va rencontrer ce jour-là, sur un banc, un vieil homme dont il ne comprend pas les paroles mais il aime le son de sa voix, à la fois chaleureuse et mélancolique...
Philippe Claudel, tout comme Monsieur Linh avec sa petite fille, nous berce avec ses mots. Cette amitié improbable entre deux hommes que tout semble séparer est juste incroyable et tendre à souhait. Seule la solitude et la perte de ses racines pour l'un et sa femme pour l'autre font que seuls les regards et le ton de la voix peuvent rapprocher. le langage du coeur prend ici tout son sens. L'auteur nous raconte à travers Monsieur Linh son exil forcé, le nouveau pays à conquérir, ses rencontres et ses amitiés naissantes. Monsieur Linh est un homme bon, juste, au grand coeur et terriblement protecteur envers sa petite fille qu'il ne peut lâcher. L'écriture de Philippe Claudel est à la fois tragique, épurée et sensible ce qui rend ce petit roman touchant, sincère et attendrissant.
La petite fille de Monsieur Linh n'attend plus que vous...
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Eve-Yeshe
Eve-Yeshe04 février 2016
  • Livres 5.00/5
C'est l'histoire d'un vieil homme, Monsieur Linh, qui fuit son pays natal car son fils et sa belle-fille sont morts tués par un obus dans la rizière. Une seule survivante, sa petite-fille Sang-Liu, à côté de sa poupée déchiquetée.
Il décide de quitter définitivement son pays pour fuir la guerre et offrir une vie plus décente à sa petite-fille et à lui-même. Il voit la côte s'éloigner, regarde une dernière fois son pays s'estomper au loin puis disparaître.
La traversée est difficile, il est balloté par la houle, le vent, car on est bien loin d'une croisière. Arrivé, il va être logé dans un appartement avec deux autres familles qui le regardent à peine, se contentant de poser une assiette de nourriture devant son lit.
Il se sent seul, aussi bien dans l'appartement que dans la rue, (il s'éloigne jamais trop car il a peur de se perdre) et il va croiser un homme rondouillard, sympathique et une amitié va se créer entre eux malgré l'obstacle de la langue.
Ce que j'en pense :
C'est une très belle histoire. J'ai dévoré ce livre sur lequel je me suis ruée, ayant à peine terminé « le rapport de Brodeck ». Tellement sous le charme de l'écriture de Philippe Claudel qu'il fallait que je me précipite sur tout ce que cet auteur a écrit.
Une envie irrépressible, presque compulsive, addictive… et je n'ai pas été déçue. Ce livre est un bijou.
Monsieur Linh est un personnage auquel on s'attache immédiatement, tant son destin est tragique : perdre sa famille dans ces conditions, fuir pour survivre avec pour seule raison de subsister sa petite-fille qu'il va nourrir comme il a vu faire sa famille, mâcher le riz pour le réduire en bouillie et le mettre dans la bouche de l'enfant. L'enfant lui donne la force d'avancer encore, alors qu'il serait si facile parfois d'abandonner le combat, la résistance.
L'auteur nous raconte, la traversée qui rappelle les boat-people mais qui fait résonner la tragédie des migrants qui fuient leur pays pour risquer leur vie dans la Méditerranée, depuis quelques mois pour fuir la guerre, les guerres, les dictatures…
Puis la survie, dans un logement étroit avec la cohabitation avec ses compatriotes qui ne le voient pas arriver avec bienveillance, loin s'en faut. Chacun pour soi dans la jungle.
le soleil viendra d'un autre homme désemparé dont la femme est décédée depuis peu et qui continue à vivre, en ayant perdu son âme-soeur. Ces deux êtres, se ressemblent tellement dans leur chagrin, leur vie devenue précaire. Ils sont en mode survie, il leur faut trouver ce petit quelque chose qui les fera avancer.
Ce livre raconte très bien l'exil, le déracinement, la perte, le deuil, la difficulté de la langue qui fait qu'on se sent enfermé : les sons ne sont pas les mêmes, les parfums non plus, tous les repères ont sauté, et comment on traite les migrants aussi (cf. le parcage dans une maison de retraite). on ne peut s'empêcher de penser aux camps de réfugiés.
L'importance, la force de l'amitié entre deux hommes qui ne communiquent que par le regard mais vont devenir un soutien l'un pour l'autre, se soigner mutuellement…
Un roman court, cent quatre-vingt deux pages, mais d'une telle intensité qu'on en sort bouleversé, tant les mots sont percutants. Certaines phrases sont non eulement très belles, mais d'un telle intensité qu'elles percutent le lecteur, l'interpellent…
Encore un coup de coeur évidemment….
Note : 9/10
Lien : http://eveyeshe.canalblog.com/archives/2016/02/0..
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pastelsab
pastelsab08 mai 2011
  • Livres 5.00/5
Lettre d'excuse à Philippe Claudel
Cher Monsieur Claudel,
Est-ce la providence qui m'a fait éplucher les journaux de la semaine, justement le jour de votre passage ? Si j'avais lu l'article, à peine deux heures plus tard, je vous aurais manqué. L'annonce de votre venue dans une ville proche de la mienne, où j'étais persuadée que vous ne mettriez jamais les pieds, me précipite dans une espèce d'exaltation incrédule. Mon fatalisme tempère mon enthousiasme et ne croit pas qu'il peut vous rencontrer ni vous parler réellement. Sans mon consentement, il a érigé, par protection, une barrière invisible et infranchissable entre vous et moi.
Devant le miroir, je m'observe d'un oeil critique et décide de troquer ma tenue décontractée contre une robe plus habillée. Ma volonté de paraître de mon mieux devant vous est futile, mais le respect que je vous porte mérite un effort vestimentaire. Durant le trajet, une part de moi élabore des scénarios extravagants, tandis que l'autre tente de tempérer un enthousiasme à la limite de l'hystérie. Dans le cinéma, je calcule. Ne pas m'asseoir trop prêt ni trop loin de l'écran. Etablir une distance de sécurité et regretter un instant de ne pas avoir le cran de m'installer au premier rang pour vous voir mieux et baver malencontreusement sur vos chaussures.
A votre arrivée, je me place sur le bord de mon siège, suspendue à vos lèvres. Ma voisine trouve que vous faites trop de discours. Son ennui me paraît incongru. le film, oui, mais l'occasion de vous entendre en parler, c'est de l'or. L'oeuvre est accessible à tous mais l'auteur on le devine à peine derrière et lorsqu'on l'a devant soi, on a envie qu'il explique tout.
« Tous les soleils » commence et je vous oublie en faveur de votre oeuvre. J'avais préparé des mouchoirs, qui ne serviront pas. Vous me surprenez. En visionnant « Il y a longtemps que je t'aime » mes sanglots auraient rempli une bassine. Mais celui-là, c'est autre chose. Gai, sentimental, absurde, il frôle le tragique sans jamais y basculer. Pourtant, à la fin, lorsque les morts observent les vivants, je me surprends à verser une larme. Vous n'avez pas perdu la main.
Après le film, j'écoute les questions du public avec affliction. Il me semble que personne n'apprécie votre présence à sa juste valeur. L'un vous interroge sur votre patronyme. Vous répondez d'une boutade : « Je m'appelais Proust mais j'ai pris un pseudonyme ». Un autre vous confond avec le responsable de la distribution du film, tandis, qu'un dernier vous parle de son livre préféré, qu'il souhaite faire dédicacer s'il parvient à trouver un stylo. Vous répondez très cordialement. Mais, ma patience, contrairement à la vôtre, a des limites. Pourquoi personne ne parle du contenu du film ? Je rassemble mon courage et lève la main, vous m'apercevez et tendez votre bras vers moi pour que je prenne la parole. C'est mortifiant tout ce monde, je déteste parler en public. J'aurais voulu vous avoir en face de moi sans cet auditoire. Je vous pose une question sur le rapport entre les adultes et les enfants. La réponse, il me semble l'avoir perçue mais je cherche une confirmation de votre part. Vous développez le paradoxe, les enfants sont plus matures que les adultes. Une autre interrogation sur l'apparition des morts me vient à l'esprit, mais je n'ose la poser car elle me paraît trop métaphysique et je ne désire pas vous mettre dans l'embarras.
Alors que les gens sortent de la salle, je reste assise sur mon siège, un peu assommée. L'eau à la bouche d'une discussion, qui n'aura jamais lieu.
A l'entrée, je vous aperçois, seul. Vous paraissez si accessible que je n'hésite pas à me planter devant vous. La volonté de vous remercier est plus forte que mon embarras. Peut-être aurais-je dû y réfléchir à deux fois, peut-être, aurais-je dû préparer quelque chose car me voilà complètement désemparée. « Je voulais vous dire merci… » je commence, mais, ensuite, il ne vient à mes lèvres qu'une pluie de clichés : « J'ai lu tous vos livres… » Vous semblez poliment flatté. J'enchaîne avec un compliment ridicule vous comparant à un Dieu vivant descendu du ciel. Je ne suis pas certaine que ma métaphore vous enchante. « Il ne faut rien exagérer » vous tremperez. J'acquiesce. Evidemment j'en fais trop, mais je ne trouve par d'autres mots pour vous faire comprendre l'importance de cette rencontre. Toute la discussion, je m'égare et vous parle de moi alors que je désirais vous parler de vous et de votre écriture.
Je vous explique mon sentiment de m'être fait bernée lors de la lecture de la petite fille de Monsieur Linh. « La scène où l'obus tombe sur la poupée au lieu de la petite fille, je me suis sentie soulagée, quelle chance que ce ne soit pas l'inverse... » Vous m'aidez : « Plus tard, on apprend que c'est le contraire… » Je continue sur ma lancée : « Oui, vous arrivez toujours à me surprendre. Pourtant, je le sais et je me méfie de vous. » Vous riez : « Oui vous avez raison de vous méfier. » J'insiste : « Mais vous réussissez toujours à me mener en bateau. » Quelques secondes de silence. Je me sens complètement stupide. Il me semble que je suis passée à côté de l'essentiel. J'aurais pu développer mon propos, vous dire que j'étais si impressionnée, que j'ai relu le livre une deuxième fois, à l'affût de tous les indices manqués et troublée par ce nouvel éclairage à la fois touchant et cruel. Pourtant, je conclus. C'est trop difficile, votre présence me paralyse. « Merci. » je répète. Alors que je fais mine de m'en aller, vous me tendez votre main. A la fois, étonnée et reconnaissante, je la sers entre la mienne.
Dans la rue, le regret m'envahit de n'avoir pas su transmettre la joie que j'ai de lire vos livres. J'aurais dû souligner la musicalité parfaite de votre écriture. Combien cette douce mélodie de mots que vous parvenez à composer, apparemment sans effort, me régale. Je n'ai pas su vous parler de vos personnages et de leurs failles, qui révèlent toute la complexité de l'humanité. Un équilibre parfait d'ombre et de lumière, qui coexiste à l'intérieur de chaque être. J'aurais voulu vous dire que votre écriture respire la bonté et que cette qualité, je la suppose vôtre. J'aurais voulu vous faire comprendre combien vous m'avez fait rire, pleurer, combien vous m'avez choquée, aussi, parfois. Savoir vous parler de votre façon si simple et si juste de retranscrire les sentiments d'amour, d'amitié, d'espoir mais aussi de violence et d'intolérance. J'aurais voulu vous faire comprendre combien ce que vous faites est important. J'aurais voulu vous écouter, mais je n'ai pas osé me taire et laisser s'installer le silence. Coupable de brièveté, je vous écris cette lettre d'excuse.
Mais peut-être avez-vous déjà entendu ces paroles un milliard de fois. Peut-être que mon simple « merci » n'était pas si dérisoire et que vous avez perçu dans mes non-dits, plus de sens, que dans mes paroles...
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Malaura
Malaura06 novembre 2011
  • Livres 4.00/5
La guerre qui fait rage depuis de nombreuses années a tout pris à Monsieur Linh. Son pays ravagé, son village détruit, son fils et sa belle-fille morts dans les rizières, il ne lui reste rien…sauf, le plus important peut-être, qui permet de se raccrocher à l'existence, une vie, une petite vie à s'occuper.
Cette petite vie c'est Sang Liû, sa petite-fille, un bébé de quelques semaines trouvé au milieu du saccage, miraculeusement épargné par les bombes.
Alors, pour cette enfant si calme, si sage, cette petite fille de l'aube, Monsieur Linh a décidé de partir à jamais.
La petite blottie tout contre lui, il a entrepris un long voyage en bateau vers un pays étranger dont il ne connait pas la langue et au terme duquel il a été placé dans un centre de réfugiés.
Dans cette ville sans odeur, froide et grande, où les gens vont et viennent, pressés, indifférents, où la foule « est noueuse comme un serpent de mer », Monsieur Linh se sent perdu.
Un jour pourtant, alors assis sur un banc, la tête emplie d'un passé détruit et Sang Liû bien serrée contre sa poitrine, un homme vient lui parler. Monsieur Bark est un grand homme sympathique, au visage chaleureux. Il est seul, il est veuf, il est triste.
Alors, entre ces deux hommes qui ne comprennent rien à la langue de l'autre, qui se méprennent même sur leur nom respectif, une amitié profonde naît, faite de petits riens, de l'apaisement d'une voix grave et profonde, de l'odeur de cigarettes, de l'échange de menus présents, de promenades, d'une main amicale posée sur l'épaule.
Cette amitié, c'est un baume au coeur pour Monsieur Linh et pour Monsieur Bark, c'est l'espoir qu'ils n'attendaient plus, c'est l'espérance qui les rattache à la vie car « ce peut-être aussi cela l'existence ! Des miracles parfois, de l'or et des rires, et de nouveau l'espoir quand on croit que tout autour de soi n'est que saccage et silence ! ».
Comme ces artisans patients qui cisellent leurs oeuvres dans la discrétion et l'humilité, Philippe Claudel parfait ses livres avec cet effacement de soi et ce naturel qui donnent au final de grands ouvrages, de ceux qui atteignent à l'universel par cette émotion juste qu'ils communiquent.
Roman de l'amitié, roman de l'exil, roman des ravages de la guerre même si celle-ci - comme c'est souvent le cas avec l'auteur - reste en arrière-plan, roman profondément humain, « La petite-fille de Monsieur Linh » bouleverse et ébranle par l'humanisme de son propos, par l'empathie qu'il fait naître en nous, par la sincérité et la lumière qui émanent d'une écriture tout en simplicité et fluidité, tout en réserve et demi-teinte.
Si les sujets qui y sont abordés sont graves - la guerre, la perte, l'exil, la solitude dans un monde d'indifférence et d'anonymat – ils sont néanmoins traités de façon moins sombre que dans « Les âmes grises » ou « le rapport de Brodeck » et laissent émerger de belles lueurs d'espoir comme les rayons de soleil jouant à travers les bambous dans le village de Monsieur Linh.
La lecture, dans le dépouillement et la souplesse des mots, se fait ici plus sereine, plus éthérée, d'une grâce aérienne, on aimerait même dire d'une grâce « asiatique » tant l'ensemble s'écoule dans la douceur d'une tristesse ouatée, cotonneuse, feutrée.
C'est beau, c'est poignant, c'est lumineux…c'est ce refrain plein d'espérance que chante tout bas Monsieur Linh à l'oreille de Sang Liû :
« Toujours il y a le matin, toujours revient la lumière, toujours il y a un lendemain, un jour c'est toi qui sera mère »
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Citations & extraits (130) Voir plus Ajouter une citation
anlixelleanlixelle16 mai 2016
Aujourd'hui, Monsieur Linh est vieux, et fatigué. Le pays inconnu l'épuise. La mort l'épuise. Elle l'a tété comme les chevreaux avides le font avec leur mère, et que celle-ci se couche sur le flanc parce qu'elle n'en peut plus. La mort lui a tout pris. Il n'a plus rien. Il est à des milliers de kilomètres d'un village qui n'existe plus, à des milliers de kilomètres de sépultures orphelines des corps morts à quelques pas d'elles. Il est à des milliers de jours d'une vie qui fut jadis belle et délicieuse.
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AproposdelivresAproposdelivres22 août 2009
C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.

Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le vieil homme le passe à l’arrière du bateau, les yeux dans le sillage blanc qui finit par s’unir au ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les rivages anéantis.

Quand on veut le faire entrer dans sa cabine, il se laisse guider sans rien dire, mais on le retrouve un peu plus tard, sur le pont arrière, une main tenant le bastingage, l’autre serrant l’enfant, la petite valise de cuir bouilli posée à ses pieds.

Une sangle entoure la valise afin qu’elle ne puisse pas s’ouvrir, comme si à l’intérieur se trouvaient des biens précieux. En vérité, elle ne contient que des vêtements usagés, une photographie que la lumière du soleil a presque entièrement effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé une poignée de terre. C’est là tout ce qu’il a pu emporter. Et l’enfant bien sûr.

L’enfant est sage. C’est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d’autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l’on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire.

Six semaines. C’est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite fille a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il a l’impression d’avoir vieilli d’un siècle.

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fredhofredho25 avril 2013
"J'avais 20 ans. Qu'est-ce qu'on sait à 20 ans? Moi, je ne savais rien. Je n'avais rien dans ma tête. Rien. J'étais encore un grand gosse, c'est tout. Un gosse. Et on a mis un fusil dans mes mains, alors que j'étais presque encore un enfant. J'ai vu votre pays, Monsieur Tao-Laï, oh oui, je l'ai vu, je m'en souviens comme si je l'avais quitté hier, tout est resté en moi, les parfums, les couleurs, les pluies, les forêts, les rires des enfants, leurs cris aussi."
Monsieur Bark tourne son regard noyé vers le ciel. Il renifle fort.
"Quand je suis arrivé, que j'ai vu tout cela, je me suis dit que le paradis devait y ressembler, même si le paradis, je n'y croyais déjà pas trop. Et nous, ce paradis, on nous a demandé d'y semer la mort, avec nos fusils, nos bombes, nos grenades..."
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ColetteColette04 avril 2010
Une voiture les emmène dans les rues qu'il n'a jamais vues. C'est la première fois que Monsieur Linh monte dans une voiture. Il est effrayé. Il se blottit dans l'angle du siège, presse sa petite fille contre lui. Elle ne paraît pas inquiète. Sa belle robe brille sous les reflets du jour. Pourquoi la voiture va-elle aussi vite? A quoi cela sert-il? Monsieur Linh se souvient du rythme des charrettes tirées par les buffles, du long et souple balancement, qui fait parfois dormir, parfois rêver, et du paysage qui change avec une lenteur précieuse, une lenteur qui permet de regarder vraiment le monde, les champs, les forêts, les rivières, et de parler avec ceux que l'on croise, d'entendre leurs voix, d'échanger des nouvelles. La voiture est comme un coffre jeté d'un pont. On y étouffe. On y entend rien d'autre qu'un sourd et inquiétant rugissement. Le paysage tourbillonne au-dehors. On ne peut rien en saisir. On a l'impression qu'on va s'écraser bientôt.
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marina53marina5303 juin 2014
Ne restent en elle que les jolis moments et les belles heures, tout ce qu'il y a de plus doux et d'heureux. Les autres souvenirs, ceux qui coupent, ceux qui blessent, ceux qui entaillent l'âme et la dévorent, tous ceux-là disparaissent, dilués dans l'eau comme une goutte d'encre dans l'océan.
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Videos de Philippe Claudel (45) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Claudel
12 avril 2016
Cette causerie à la Librairie Monet, animée par Tristan Malavoy, sera l?occasion de discuter de son plus récent roman, L?arbre du pays Toraja, paru aux Éditions Stock.
Notre invité :
Écrivain traduit dans le monde entier, Philippe Claudel est aussi cinéaste et dramaturge. Il a notamment publié Les Âmes grises, (Prix Renaudot 2003), La Petite Fille de Monsieur Linh (Prix européen Euregio 2006), le Rapport de Brodeck ( Prix Goncourt des lycéens 2007 et Prix des libraires du Québec 2008).En 2013, il remportait le Prix Jean-Jacques Rousseau de l?autobiographie pour son essai Parfums.
Son premier film Il y a longtemps que je t?aime remporta en 2008 le César du meilleur premier film ainsi que le prestigieux prix britannique BAFTA du meilleur film étranger en 2009. Sa plus récente réalisation, Une enfance, a obtenu le Bayard d?Or du meilleur scénario au Festival international du film francophone de Namur en 2015.
Membre de l?académie Goncourt, Philippe Claudel réside en Lorraine où il est né en 1962.
Le livre :
» Qu?est-ce que c?est les vivants ? A première vue, tout n?est qu?évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu?est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d?Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? «
Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L?Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.
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