ISBN : 2253115541
Éditeur : Le Livre de Poche (2007)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.03/5 (sur 543 notes) Ajouter à mes livres
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par pastelsab, le 08 mai 2011

    pastelsab
    Lettre d'excuse à Philippe Claudel
    Cher Monsieur Claudel,
    Est-ce la providence qui m'a fait éplucher les journaux de la semaine, justement le jour de votre passage ? Si j'avais lu l'article, à peine deux heures plus tard, je vous aurais manqué. L'annonce de votre venue dans une ville proche de la mienne, où j'étais persuadée que vous ne mettriez jamais les pieds, me précipite dans une espèce d'exaltation incrédule. Mon fatalisme tempère mon enthousiasme et ne croit pas qu'il peut vous rencontrer ni vous parler réellement. Sans mon consentement, il a érigé, par protection, une barrière invisible et infranchissable entre vous et moi.
    Devant le miroir, je m'observe d'un œil critique et décide de troquer ma tenue décontractée contre une robe plus habillée. Ma volonté de paraître de mon mieux devant vous est futile, mais le respect que je vous porte mérite un effort vestimentaire. Durant le trajet, une part de moi élabore des scénarios extravagants, tandis que l'autre tente de tempérer un enthousiasme à la limite de l'hystérie. Dans le cinéma, je calcule. Ne pas m'asseoir trop prêt ni trop loin de l'écran. Etablir une distance de sécurité et regretter un instant de ne pas avoir le cran de m'installer au premier rang pour vous voir mieux et baver malencontreusement sur vos chaussures.
    A votre arrivée, je me place sur le bord de mon siège, suspendue à vos lèvres. Ma voisine trouve que vous faites trop de discours. Son ennui me paraît incongru. le film, oui, mais l'occasion de vous entendre en parler, c'est de l'or. L'œuvre est accessible à tous mais l'auteur on le devine à peine derrière et lorsqu'on l'a devant soi, on a envie qu'il explique tout.
    « Tous les soleils » commence et je vous oublie en faveur de votre œuvre. J'avais préparé des mouchoirs, qui ne serviront pas. Vous me surprenez. En visionnant « Il y a longtemps que je t'aime » mes sanglots auraient rempli une bassine. Mais celui-là, c'est autre chose. Gai, sentimental, absurde, il frôle le tragique sans jamais y basculer. Pourtant, à la fin, lorsque les morts observent les vivants, je me surprends à verser une larme. Vous n'avez pas perdu la main.
    Après le film, j'écoute les questions du public avec affliction. Il me semble que personne n'apprécie votre présence à sa juste valeur. L'un vous interroge sur votre patronyme. Vous répondez d'une boutade : « Je m'appelais Proust mais j'ai pris un pseudonyme ». Un autre vous confond avec le responsable de la distribution du film, tandis, qu'un dernier vous parle de son livre préféré, qu'il souhaite faire dédicacer s'il parvient à trouver un stylo. Vous répondez très cordialement. Mais, ma patience, contrairement à la vôtre, a des limites. Pourquoi personne ne parle du contenu du film ? Je rassemble mon courage et lève la main, vous m'apercevez et tendez votre bras vers moi pour que je prenne la parole. C'est mortifiant tout ce monde, je déteste parler en public. J'aurais voulu vous avoir en face de moi sans cet auditoire. Je vous pose une question sur le rapport entre les adultes et les enfants. La réponse, il me semble l'avoir perçue mais je cherche une confirmation de votre part. Vous développez le paradoxe, les enfants sont plus matures que les adultes. Une autre interrogation sur l'apparition des morts me vient à l'esprit, mais je n'ose la poser car elle me paraît trop métaphysique et je ne désire pas vous mettre dans l'embarras.
    Alors que les gens sortent de la salle, je reste assise sur mon siège, un peu assommée. L'eau à la bouche d'une discussion, qui n'aura jamais lieu.
    A l'entrée, je vous aperçois, seul. Vous paraissez si accessible que je n'hésite pas à me planter devant vous. La volonté de vous remercier est plus forte que mon embarras. Peut-être aurais-je dû y réfléchir à deux fois, peut-être, aurais-je dû préparer quelque chose car me voilà complètement désemparée. « Je voulais vous dire merci… » je commence, mais, ensuite, il ne vient à mes lèvres qu'une pluie de clichés : « J'ai lu tous vos livres… » Vous semblez poliment flatté. J'enchaîne avec un compliment ridicule vous comparant à un Dieu vivant descendu du ciel. Je ne suis pas certaine que ma métaphore vous enchante. « Il ne faut rien exagérer » vous tremperez. J'acquiesce. Evidemment j'en fais trop, mais je ne trouve par d'autres mots pour vous faire comprendre l'importance de cette rencontre. Toute la discussion, je m'égare et vous parle de moi alors que je désirais vous parler de vous et de votre écriture.
    Je vous explique mon sentiment de m'être fait bernée lors de la lecture de La petite fille de Monsieur Linh. « La scène où l'obus tombe sur la poupée au lieu de la petite fille, je me suis sentie soulagée, quelle chance que ce ne soit pas l'inverse... » Vous m'aidez : « Plus tard, on apprend que c'est le contraire… » Je continue sur ma lancée : « Oui, vous arrivez toujours à me surprendre. Pourtant, je le sais et je me méfie de vous. » Vous riez : « Oui vous avez raison de vous méfier. » J'insiste : « Mais vous réussissez toujours à me mener en bateau. » Quelques secondes de silence. Je me sens complètement stupide. Il me semble que je suis passée à côté de l'essentiel. J'aurais pu développer mon propos, vous dire que j'étais si impressionnée, que j'ai relu le livre une deuxième fois, à l'affût de tous les indices manqués et troublée par ce nouvel éclairage à la fois touchant et cruel. Pourtant, je conclus. C'est trop difficile, votre présence me paralyse. « Merci. » je répète. Alors que je fais mine de m'en aller, vous me tendez votre main. A la fois, étonnée et reconnaissante, je la sers entre la mienne.
    Dans la rue, le regret m'envahit de n'avoir pas su transmettre la joie que j'ai de lire vos livres. J'aurais dû souligner la musicalité parfaite de votre écriture. Combien cette douce mélodie de mots que vous parvenez à composer, apparemment sans effort, me régale. Je n'ai pas su vous parler de vos personnages et de leurs failles, qui révèlent toute la complexité de l'humanité. Un équilibre parfait d'ombre et de lumière, qui coexiste à l'intérieur de chaque être. J'aurais voulu vous dire que votre écriture respire la bonté et que cette qualité, je la suppose vôtre. J'aurais voulu vous faire comprendre combien vous m'avez fait rire, pleurer, combien vous m'avez choquée, aussi, parfois. Savoir vous parler de votre façon si simple et si juste de retranscrire les sentiments d'amour, d'amitié, d'espoir mais aussi de violence et d'intolérance. J'aurais voulu vous faire comprendre combien ce que vous faites est important. J'aurais voulu vous écouter, mais je n'ai pas osé me taire et laisser s'installer le silence. Coupable de brièveté, je vous écris cette lettre d'excuse.
    Mais peut-être avez-vous déjà entendu ces paroles un milliard de fois. Peut-être que mon simple « merci » n'était pas si dérisoire et que vous avez perçu dans mes non-dits, plus de sens, que dans mes paroles...
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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 06 novembre 2011

    Malaura
    La guerre qui fait rage depuis de nombreuses années a tout pris à Monsieur Linh. Son pays ravagé, son village détruit, son fils et sa belle-fille morts dans les rizières, il ne lui reste rien…sauf, le plus important peut-être, qui permet de se raccrocher à l'existence, une vie, une petite vie à s'occuper.
    Cette petite vie c'est Sang Liû, sa petite-fille, un bébé de quelques semaines trouvé au milieu du saccage, miraculeusement épargné par les bombes.
    Alors, pour cette enfant si calme, si sage, cette petite fille de l'aube, Monsieur Linh a décidé de partir à jamais.
    La petite blottie tout contre lui, il a entrepris un long voyage en bateau vers un pays étranger dont il ne connait pas la langue et au terme duquel il a été placé dans un centre de réfugiés.
    Dans cette ville sans odeur, froide et grande, où les gens vont et viennent, pressés, indifférents, où la foule « est noueuse comme un serpent de mer », Monsieur Linh se sent perdu.
    Un jour pourtant, alors assis sur un banc, la tête emplie d'un passé détruit et Sang Liû bien serrée contre sa poitrine, un homme vient lui parler. Monsieur Bark est un grand homme sympathique, au visage chaleureux. Il est seul, il est veuf, il est triste.
    Alors, entre ces deux hommes qui ne comprennent rien à la langue de l'autre, qui se méprennent même sur leur nom respectif, une amitié profonde naît, faite de petits riens, de l'apaisement d'une voix grave et profonde, de l'odeur de cigarettes, de l'échange de menus présents, de promenades, d'une main amicale posée sur l'épaule.
    Cette amitié, c'est un baume au cœur pour Monsieur Linh et pour Monsieur Bark, c'est l'espoir qu'ils n'attendaient plus, c'est l'espérance qui les rattache à la vie car « ce peut-être aussi cela l'existence ! Des miracles parfois, de l'or et des rires, et de nouveau l'espoir quand on croit que tout autour de soi n'est que saccage et silence ! ».
    Comme ces artisans patients qui cisellent leurs œuvres dans la discrétion et l'humilité, Philippe Claudel parfait ses livres avec cet effacement de soi et ce naturel qui donnent au final de grands ouvrages, de ceux qui atteignent à l'universel par cette émotion juste qu'ils communiquent.
    Roman de l'amitié, roman de l'exil, roman des ravages de la guerre même si celle-ci - comme c'est souvent le cas avec l'auteur - reste en arrière-plan, roman profondément humain, « La petite-fille de Monsieur Linh » bouleverse et ébranle par l'humanisme de son propos, par l'empathie qu'il fait naître en nous, par la sincérité et la lumière qui émanent d'une écriture tout en simplicité et fluidité, tout en réserve et demi-teinte.
    Si les sujets qui y sont abordés sont graves - la guerre, la perte, l'exil, la solitude dans un monde d'indifférence et d'anonymat – ils sont néanmoins traités de façon moins sombre que dans « Les âmes grises » ou « Le rapport de Brodeck » et laissent émerger de belles lueurs d'espoir comme les rayons de soleil jouant à travers les bambous dans le village de Monsieur Linh.
    La lecture, dans le dépouillement et la souplesse des mots, se fait ici plus sereine, plus éthérée, d'une grâce aérienne, on aimerait même dire d'une grâce « asiatique » tant l'ensemble s'écoule dans la douceur d'une tristesse ouatée, cotonneuse, feutrée.
    C'est beau, c'est poignant, c'est lumineux…c'est ce refrain plein d'espérance que chante tout bas Monsieur Linh à l'oreille de Sang Liû :
    « Toujours il y a le matin, toujours revient la lumière, toujours il y a un lendemain, un jour c'est toi qui sera mère »
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    • Livres 5.00/5
    Par butineuse, le 20 avril 2012

    butineuse
    Emouvante histoire de ce grand-père, Monsieur Linh, devant quitter sa terre natale dont il n'a connu que son village, devenue la terre de ses morts, avec comme seuls bagages une petite valise et un bébé, sa petite-fille.
    Arrivée dans un pays inconnu, avec des gens qui ne lui ressemblent pas, une langue qu'il ne comprend pas, des voitures qu'il n'a jamais vues et toujours... son bébé. Monsieur Linh a tout perdu. Il partage désormais un dortoir avec d'autres exilés qui se moquent de sa maladresse. Dans cette ville inconnue où les gens s'ignorent, il va pourtant se faire un ami, Monsieur Bark, un gros homme solitaire. Ils ne parlent pas la même langue, mais ils comprennent la musique des mots et la pudeur des gestes cette amitié lui donne de l'espoir, de la force, du courage. Monsieur Linh est un cœur simple, brisé par les guerres et les deuils, qui ne vit plus que pour sa petite fille. La guerre avait emmené ce veillard dans une folie douce.
    Très touchant.
    Philippe Claudel accompagne ses personnages avec respect et délicatesse. Il célèbre les thèmes universels de l'amitié et de la compassion. Ce roman possède la grâce et la limpidité des grands classiques.
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    • Livres 4.00/5
    Par Missbouquin, le 08 février 2012

    Missbouquin
    Un Vietnamien quitte son pays sur un bateau, avec uniquement une valise et sa petite-fille, bébé, dans les bras. Ses enfants sont morts pendant la guerre, ainsi le suppose t-on car il y a peu de repères spatiaux et temporels. On suppose également qu'il aborde aux Etats-Unis où il va être placé dans un centre d'accueil. Toute sa vie est désormais centrée sur le bonheur de sa petite-fille.
    Ce que j'en ai pensé
    Le texte est rythmé par la berceuse que chante Monsieur Linh à sa petite fille, pour la calmer, et qui représente l'espoir, la lumière de ce court roman :
    "Toujours il y a le matin
    Toujours revient la lumière
    Toujours il y a un lendemain
    Un jour c'est toi qui seras mère."
    Dès l'incipit, le style est posé : un style un peu haché mais dont les mots vont droit au but, le cœur.
    "C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui."
    Puis l'auteur pose le cadre du récit, centré sur la petite fille qui est tout pour Monsieur Linh désormais. Il sera alors passif vis-à-vis de tout ce qui ne la concerne pas.
    "L'enfant est sage. C'est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d'autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l'on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire."
    Tout au long du texte, par petites touches (tellement petites que je me suis fait avoir comme une lectrice débutante ...), se dessine l'horrible vérité. Mais la brieveté du texte et l'importance de cette révélation m'empêche de vous en dire plus.
    Au final, un roman qui parle de perte, de désespoir, de déracinement, dans un style pudique, mais aussi d'amitié au-delà des langues, et d'amour au-delà des continents.
    Un roman qui ne peut se terminer que par un silence. le temps de digérer ce texte fort, et de se remettre de cette lecture puissante et bouleversante.
    A lire absolument. Et à relire.

    Lien : http://wp.me/p1Gkvs-zc
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    • Livres 5.00/5
    Par Audreyy, le 01 mai 2012

    Audreyy
    Franchement, c'est à lire ! Ce petite livre est une petite merveille.
    Je trouve que le résumé n'est pas très explicite, il n'explique pas clairement de quoi il retourne.
    Monsieur Linh est une personne âgée qui à cause de la guerre, doit quitter son pays alors qu'il vient de perdre son fils et sa belle fille. Tout ce qu'il lui reste, c'est sa petite fille Sang-diû et cette valise noire qui contient quelques bricoles. Il m'a fallu que peu de pages pour m'attacher à cet homme. Cet homme arrive dans un pays inconnu très différent du sien. Il ne parle pas cette langue, ce qui fait qu'il ne peut pas comprendre ce qu'on lui dit. Alors, il fait preuve de solitude et reste toujours avec sa petite-fille jusqu'au jour où il va croiser un homme, sur un banc en face d'un parc. Entre ces deux personnages se lient une grande amitié. Très forte. Ils se comprennent qu'avec les yeux. Une grande amitié qui va nous amener au dénouement final. Dénouement brutal, inattendu et pour le moins troublant.
    Je passe plusieurs choses importantes mais je suis obligée de le faire si je ne veux pas vous faire comprendre la fin. Car c'est ce qui fait l'importance du livre. C'est la fin qui fait tout le charme du roman. Sans oublier qu'il nous fait passer par plusieurs thèmes, comme le mal d'un pays étranger, l'amitié, les relations grand-parents et enfants, la perte d'êtres chers qui peut affecter beaucoup plus qu'on ne le croit.
    C'est le second livre de cet auteur que je lis et c'est un encore un livre bouleversant et très touchant, tout comme Les Âmes grises. J'aime beaucoup l'écriture de cet auteur, j'aime ses mots et sa manière de raconter. Vraiment, un petit bijou de lecture.
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Citations et extraits

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  • Par Aproposdelivres, le 22 août 2009

    C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.

    Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.

    Le voyage dure longtemps. Des jours et des jours. Et tout ce temps, le vieil homme le passe à l’arrière du bateau, les yeux dans le sillage blanc qui finit par s’unir au ciel, à fouiller le lointain pour y chercher encore les rivages anéantis.

    Quand on veut le faire entrer dans sa cabine, il se laisse guider sans rien dire, mais on le retrouve un peu plus tard, sur le pont arrière, une main tenant le bastingage, l’autre serrant l’enfant, la petite valise de cuir bouilli posée à ses pieds.

    Une sangle entoure la valise afin qu’elle ne puisse pas s’ouvrir, comme si à l’intérieur se trouvaient des biens précieux. En vérité, elle ne contient que des vêtements usagés, une photographie que la lumière du soleil a presque entièrement effacée, et un sac de toile dans lequel le vieil homme a glissé une poignée de terre. C’est là tout ce qu’il a pu emporter. Et l’enfant bien sûr.

    L’enfant est sage. C’est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d’autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l’on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire.

    Six semaines. C’est le temps que dure le voyage. Si bien que lorsque le bateau arrive à destination, la petite fille a déjà doublé le temps de sa vie. Quant au vieil homme, il a l’impression d’avoir vieilli d’un siècle.

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  • Par Colette, le 04 avril 2010

    Une voiture les emmène dans les rues qu'il n'a jamais vues. C'est la première fois que Monsieur Linh monte dans une voiture. Il est effrayé. Il se blottit dans l'angle du siège, presse sa petite fille contre lui. Elle ne paraît pas inquiète. Sa belle robe brille sous les reflets du jour. Pourquoi la voiture va-elle aussi vite? A quoi cela sert-il? Monsieur Linh se souvient du rythme des charrettes tirées par les buffles, du long et souple balancement, qui fait parfois dormir, parfois rêver, et du paysage qui change avec une lenteur précieuse, une lenteur qui permet de regarder vraiment le monde, les champs, les forêts, les rivières, et de parler avec ceux que l'on croise, d'entendre leurs voix, d'échanger des nouvelles. La voiture est comme un coffre jeté d'un pont. On y étouffe. On y entend rien d'autre qu'un sourd et inquiétant rugissement. Le paysage tourbillonne au-dehors. On ne peut rien en saisir. On a l'impression qu'on va s'écraser bientôt.
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  • Par zazimuth, le 29 septembre 2010

    Cette source n'est pas une source ordinaire, dit Monsieur Linh au gros homme. On raconte que son eau a le pouvoir de donner l'oubli à celui qui la boit, l'oubli des mauvaises choses. Lorsque l'un d'entre nous sait qu'il va mourir, il s'en va vers la source, seul. Tout le village sait où il va, mais personne ne l'accompagne. Il faut qu'il soit seul à faire le chemin, et seul à s'agenouiller ici. Il vient boire l'eau de la source et aussitôt qu'il l'a bue, sa mémoire devient légère : ne restent en elle que les jolis moments et les belles heures, tout ce qu'il y a de doux et d'heureux. Les autres souvenirs, ceux qui coupent, ceux qui blessent, ceux qui entaillent l'âme et la dévorent, tous ceux-là disparaissent, dilués dans l'eau comme une goutte d'encre dans l'océan. (p.147)
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  • Par Colette, le 03 avril 2010

    Parfois, un peu de la fumée de sa cigarette atteint les narines du vieil homme, et il se surprend à respirer cette fumée, à la faire entrer le plus possible en lui. Ce n'est pas vraiment que la fumée lui soit agréable, celle des cigarettes des hommes du dortoir est affreuse, mais celle-ci est différente, elle a une bonne odeur, un parfum, le premier que le pays nouveau lui donne, et ce parfum lui rappelle celui des pipes que les hommes du village allument le soir, assis au bord des maisons, tandis que les enfants infatigables jouent dans la rue, et que les femmes en chantant tressent les bambous.
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  • Par Nanne, le 23 septembre 2009

    Chaque jour, Monsieur Linh retrouve Monsieur Bark. Lorsque le temps le permet, ils restent dehors, assis sur le banc. Quand il pleut, ils retournent au café et Monsieur Bark commande l'étrange boisson, qu'ils boivent en serrant les tasses entre leurs mains. Désormais, le vieil homme dès qu'il se lève attend ce moment où il ira rejoindre son ami. Il se dit dans sa tête "son ami", car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le gros homme est devenu son ami, même s'il ne parle pas sa langue, même s'il ne la comprend pas, même si le seul mot dont il se sert est "Bonjour". Ce n'est pas important.
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Vidéo de Philippe Claudel

Bande annonce du second film de Philippe Claudel : Tous les soleils.








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