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ISBN : 2234057736
Éditeur : Stock (2007)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.04/5 (sur 850 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Je m'appelle Brodeck et je n'y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache.

Moi ne n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans s... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par carre, le 17 mai 2012

    carre
    Fin de la seconde guerre mondiale, dans un village, un étranger est assassiné. Brodeck rédige des notices sur la nature pour son administration. Sollicité par les villageois, il accepte d'écrire un rapport sur les faits qui ont conduit à ce drame. Méticuleux, ordonné, en quête de vérité, il se lance dans cette rédaction après avoit obtenu l'accord de ces concitoyens, de faire apparaitre la vérité même si celle-ci dérange.Les âmes grises sont devenues noires, très noires, Claudel construit son roman comme un puzzle, d'un personnage à l'autre, d'une période à une autre, il ne juge pas, il décrit ce que Brodeck découvre, pas besoin d'apporter de jugement, les faits se justifient d'eux-même, "l' Anderer" a payé de sa vie, la lacheté, la peur de l'inconnu, l'intolérance dans ce qu'il a de plus abject. L'histoire au final est intemporelle, la bétise humaine apporte son lot d'horreurs à n'importe qu'elle époque. Claudel réussit un roman qui hante, qui glace. Son écriture est nette, précise, sans fioriture et c'est tout simplement bouleversant. Ca sert aussi à ça la littérature.
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    • Livres 5.00/5
    Par fredho, le 07 juin 2013

    fredho
    Après la seconde guerre mondiale et sa déportation dans les camps de concentration, Brodeck rentre dans son village et retrouve sa femme Emilia qui a perdu la raison et s'est enfermée dans un mutisme suite à un traumatisme.
    Par la suite Brodeck va occuper un travail qui consiste à rédiger des rapports sur la vie du village (la nature, les saisons, le gibier, la flore).
    Un soir il se rend à l'auberge et assiste à un meurtre qui implique des hommes et les notables du village. La victime surnommée « L'anderer » (l'autre) est un inconnu mystérieux débarqué de nulle part, mais qui au fur à mesure de son séjour a réveillé des choses qui s'étaient endormies et a mis en lumière "des vérités profondes des âmes du village".
    A la demande du maire, Brodeck est contraint de rédiger un rapport suite à l'événement.
    Mais la cruauté de cette mort va bousculer sa conscience.
    Au fil de la lecture, l'histoire du village, ses secrets, ses silences se dévoilent et nous découvrons avec horreur que la seconde guerre mondiale a réveillé la laideur des hommes.
    Brodeck fil conducteur du récit, observe les coupables du meurtre mais surtout ces notables impunis d'un passé pas très glorieux.
    Certains villageois rongés par la culpabilité dénoncent à Brodeck les ignominies humaines subies par des innocents pendant la seconde guerre mondiale.
    Face à ses révélations et sa conscience, Brodeck fera-t-il un acte de courage au moins une fois dans sa vie et dénoncer ses notables véreux et sans scrupules...
    Et pourquoi Brodeck parmi tous ces coupables ne se sent pas tout à fait innocent ?
    Garde-t-il lui aussi un secret inavouable ?
    Un récit éclaté qui s'oriente au fur et à mesure de la lecture, un roman puissant qui met mal à l'aise, et vous noue la gorge.
    P.Claudel arrive avec élégance et beauté dans l'écriture à dépeindre la laideur des hommes, c'est glaçant, poignant, certains passages sont émotionnellement presque insupportables, on ne peut rester hermétique à ce récit plein de douleur.
    A mes yeux un roman aussi inoubliable que « Les âmes grises » deux romans qui mettent en évidence les blessures, les faiblesses, les failles humaines et l'indicible horreur de l'homme.
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    • Livres 5.00/5
    Par ladesiderienne, le 25 mars 2013

    ladesiderienne
    Ce roman est aussi noir que sa couverture, aussi noir que l'âme humaine qu'il dissèque. Sa construction est basée sur des sous-entendus, des non-dits. L'auteur ne révèle rien ou si peu. Par un savant et magistral jeu de puzzle, en nous proposant des allers-retours entre le passé et le présent, il laisse au lecteur le soin de construire l'histoire. Il ne la situe pas vraiment, ni dans l'espace, ni dans le temps (même si on comprend qu'elle se déroule après la seconde guerre mondiale) car la peur, la violence et la lâcheté sont universelles et intemporelles.
    Les protagonistes de son livre se soumettent aussi à la loi du silence, de la soumission face à la suprématie du groupe, la loi des plus forts ou des plus nombreux.. Brodeck se tait ; envahi par la culpabilité, il subit, persuadé qu'ainsi il purge sa peine. Seule, l'écriture va lui servir d'exutoire. Emelia s'est réfugié dans son mutisme, sans doute pour ne pas avoir à raconter l'indicible. Diodème, l'ami, rongé par le remord, dénoncera quelques coupables dans une lettre avant de se donner la mort, mais ce sera trop tard. Seul, le curé du village, comme il le dit lui-même, sert d'égout à toutes les horreurs qui lui sont révélées car on le sait lié par le secret de la confession.
    Il va suffire d'un homme pour briser temporairement cet équilibre malsain. Cet "Anderer", dont on ne sait ni qui il est, ni d'où il vient et dont on ignore les motivations, en servant de révélateur à toute la laideur, va y laisser la vie. Une fois de plus, au lieu de faire face, Brodeck va choisir la fuite...
    C'est un livre superbement bien écrit avec des phrases qui frappent et qui interrogent. C'est un livre puissant car même après l'avoir refermé, le malaise demeure :
    Et nous, qu'aurions-nous fait ?
    Et moi, qu'aurais-je fait ?
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    • Livres 5.00/5
    Par Malaura, le 03 septembre 2011

    Malaura
    Au lendemain de la Seconde Guerre, dans un petit village frontalier de l'Allemagne, un drame est survenu.
    Le meurtre d'un homme, un étranger, venu s'installer quelques mois plus tôt dans le village.
    Parce qu'il a fait quelques études, Brodeck, le narrateur, est chargé par les villageois d'écrire un rapport sur les évènements qui ont conduit au drame.
    Alors, endossant la charge de la parole collective, Brodeck écrit.
    Consciencieux à l'extrême, il ne veut rien cacher de ce qu'il a vu.
    Sous sa plume, peu à peu la vérité se dévoile, un ballet macabre se met en mouvement, le ballet des villageois capables des pires agissements quand la peur les anime, le ballet de la cruauté des hommes et de la collaboration.
    Brodeck déroule ainsi le fil de la culpabilité, des crimes collectifs et des responsabilités individuelles, et montre toute l'ambivalence des liens entre l'écrivain qu'il est obligé d'être et la communauté qui le pousse à écrire tout en ayant peur du pouvoir de ses mots.
    Philippe Claudel continue de scruter le visage du mal en approfondissant le thème de la haine de l'autre, et du mal infligé au nom de cette haine.
    Formidablement construit, d'une écriture simple, limpide et poétique, « Le rapport de Brodeck » pose la question de l'altérité et de la confrontation au collectif.
    Qu'est-ce qu'une foule ? Qu'est-ce qu'une société et comment une société nous regarde-t-elle ? Comment intègre-t-elle, expulse-t-elle ou sacrifie-t-elle celui qui est différent ?
    L'auteur met en roman le groupe, comment il se conduit et comment il devient inhumain.
    Ni le mot Juif, ni le mot Shoah n'est ici évoqué et pourtant on comprend très vite que la catastrophe qui vient de se produire est de cette nature.
    L'auteur, sans jamais rien nommer, ni la guerre, ni le problème de la différence, donne une portée universelle à son propos et explore le moment où une partie de l'humanité décide de façon génocidaire d'en supprimer un autre.
    Tout le talent de Claudel consiste à toucher le lecteur par la suggestion plutôt que par l'évidence.
    Ainsi la guerre l'est en arrière-plan, non de manière frontale mais de façon indirecte, intuitive, sensorielle, dans la suggestion et la mémoire. le lecteur est d'autant plus touché qu'il ne l'est pas de plein fouet mais plutôt par une sorte de perspicacité, d'empathie.
    L'émotion est d'autant plus intense que l'action se déroule dans un petit village champêtre, au cœur d'une nature d'une exceptionnelle beauté. Claudel construit ainsi un roman de la nature, une histoire d'hommes souffrant au milieu du plus bel endroit du monde et par ce biais, montre l'abominable surgissant au milieu du beau.
    Peintre exceptionnel, l'auteur s'intéresse aux gens du quotidien et comme avec « Les âmes grises », dresse une galerie de portraits saisissants de réalité.
    Les évènements s'entrelacent dans une chorégraphie admirable. le village, la vie quotidienne, sa nature, ses couleurs y sont décrits au plus fin pinceau.
    Certes, le roman est grave, son atmosphère sombre, la noirceur des âmes et l'opacité des consciences soulignées à grand trait charbonneux.
    Cependant, derrière le pessimisme et le tragique, émergent de belles lueurs d'espoir.
    Car c'est aussi un roman de l'amour dont il s'agit.
    L'amour entre Brodeck et sa femme Emélia sans qui il n'aurait pu surmonter l'atrocité des camps, cet amour qui est le sel même de la vie et qui fait tenir bon malgré tout.
    Enfin le but ultime de ce roman n'est pas de montrer une humanité noire mais de souligner la noirceur pour justement l'éclaircir.
    Que le lecteur fasse alors un travail sur lui-même, vis-à-vis des autres et du monde, pour dissiper cette abominable noirceur.
    Brodeck nous dit à la fin de son rapport « de grâce, souvenez-vous ».
    Assurément nous n'oublierons pas.
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    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 13 mars 2013

    cicou45
    Que dire après une telle lecture ? Que l'on n'en ressort indéniablement pas indemne, comment le pourrait-on d'ailleurs, en sachant que de telles atrocités ont eues lieu, et il y a à peine un peu plus d'un demi-siècle de cela ?
    L'histoire se déroule dans un village qui doit probablement se situer dans l'Alsace actuelle, en tout cas un village très proche de la frontière allemande et cela, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. de cela, le lecteur est sûr car il est déjà fait mention des camps de concentration puisque le protagoniste, Brodeck (personnage principal dont on ne connaît pas le prénom) y a été détenu pendant presque deux ans. Notez comme cela est étrange que l'on ne connaisse pas son prénom alors que l'on connaît celui de sa femme, Emélia, de la vieille femme qui l'a recueilli, Fédorine et de celle qu'il appelle sa fille, tout en sachant pertinemment que celle-ci ne peut pas être de lui, Poupchette. Est-ce le procédé de déshumanisation qui a été mis en place par le programme nazi consistant à priver un homme de son identité qui s'opère ici ? Peut-être...Tout comme les autres hommes du village n'en ont pas d'ailleurs. Peut-être tout simplement parce que ces dernier se sont rendu coupables d'atrocités durant cette période de guerre ?
    Le rapport de Brodeck fait référence à une commande que lui a faite implicitement le maire du village ainsi que d'autres figures importantes de retranscrire le passage, dans leur village, de celui qu'il ont toujours appelé l'Anderer (L'Autre), du jour de son arrivée jusqu'à la fameuse nuit de l'Ereigniës (L'innommable, la tragédie qui devait s'ensuivre pour que le village puisse oublier -oublier les horreurs qu'ils ont accomplies afin de pouvoir continuer à -non pas vivre, mais du moins survivre).
    Un roman que j'avais envie de lire depuis bien longtemps et que je suis vraiment heureuse d'avoir enfin découvert car cet ouvrage mérite vraiment d'être lu. Même si le lecteur est un peu perdu, au début du roman, dans l'espace spatio-temporel, il s'imprègne rapidement dans l'atmosphère de ce dernier. Parfois, certains mots n'ont pas besoin d'être dits pour qu'on les comprenne...A lire !
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Critiques presse (2)


  • Lecturejeune , le 01 mars 2008
    Lecture jeune, n°125 - Au fil des années, les jurés du « Goncourt des lycéens » choisissent des livres forts, qui ne peuvent laisser indifférents. Brodeck, anti-héros de ce roman, rédige des comptes-rendus sur la flore, le climat et tout ce qui relève de la nature dans cette zone montagneuse, située de manière indéterminée dans l’est de la France. On y parle un dialecte non identifiable, fortement mâtiné d’allemand, et une armée d’occupation y a séjourné naguère. Brodeck doit écrire un rapport sur le meurtre collectif d’un étranger (surnommé Anderer, c’est-à-dire « l’autre ») auquel il n’a pas participé mais dont il doit innocenter les coupables. Le lecteur ne découvre pas ce rapport mais celui qu’il écrit secrètement ; un puzzle qui se construit au fil de ses enquêtes, de ses émotions, de ses retours dans le passé. Il nous livre ainsi l’itinéraire en zigzag d’un’ réchappé des camps de concentration où il a mené une vie de chien, tenu en laisse par un gardien, celui d’un homme qui, même dans la pire déchéance, restera porté par l’amour pour sa femme. Ce récit qui tient aussi de la parabole et du conte explore plus avant encore que dans Les Âmes grises les racines du mal présentes en chaque homme, ses lâchetés et sa culpabilité, la violence du groupe et celle d’une société agnostique. Par-delà la figure de Brodeck, lui-même étranger et double de « l’autre » (Anderer) assassiné par les villageois, l’auteur dénonce la tendance génocidaire de l’être humain, son refus et sa détestation de l’autre quel qu’il soit, et le besoin irrépressible de déverser sa haine sur un bouc émissaire. Dans ce voyage aux frontières de l’inhumain et de la barbarie, l’auteur tient le lecteur en haleine : impossible de lâcher ce livre dérangeant, tragique, parfois lyrique et poétique. Un vrai coup de coeur ! Marie-Françoise Brihaye
  • Lecturejeune , le 01 mars 2008
    Lecture jeune, n°125 - « Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien ». Dans ce roman proche de la fable, Philippe Claudel pose les questions de l’identité, de l’altérité et de la culpabilité. En un temps et un lieu indéterminé, Brodeck incarne la figure de l’Autre, de l’étranger, de celui qui, différent, dérange et est rattrapé par la cruauté des hommes. C’est un autre lui-même qui est assassiné par les habitants du village : l’Anderer, un homme venu de nulle part, avec une jument et un âne – mademoiselle Julie et Socrate – à l’apparence étrange, au caractère doux et dont la simple présence attise la haine. « Ça ne pouvait que se terminer comme ça. Cet homme, c’était comme un miroir, il n’avait pas besoin de dire un seul mot. Et les miroirs ne peuvent que se briser. » Dans une langue travaillée – que l’on peut juger trop métaphorique, trop ornée… – l’auteur crée une atmosphère saisissante où petite et grande histoire s’enchevêtrent. Une fois encore, les lycéens du prix Goncourt élisent un ouvrage sombre, une destinée douloureuse qui interroge la notion d’humanité. Hélène Sagnet

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Citations et extraits

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  • Par ladesiderienne, le 22 mars 2013

    "Les hommes sont bizarres. Ils commettent le pire sans trop se poser de questions, mais ensuite, ils ne peuvent plus vivre avec le souvenir de ce qu'ils ont fait. Il faut qu'ils s'en débarrassent. Alors ils viennent me voir car ils savent que je suis le seul à pouvoir les soulager, et ils me disent tout. Je suis l'égout, Brodeck. Je ne suis pas le prêtre, je suis l'homme-égout. Celui dans le cerveau duquel on peut déverser toutes les sanies, toutes les ordures, pour se soulager, pour s'alléger. Et ensuite, ils repartent comme si de rien n'était. Tout neufs. Bien propres. Prêts à recommencer. Sachant que l'égout s'est refermé sur ce qu'ils lui ont confié. Qu'il n'en parlera jamais, à personne. Ils peuvent dormir tranquille, et moi pendant ce temps, Brodeck, moi je déborde, je déborde sous le trop-plein, je n'en peux plus, mais je tiens, j'essaie de tenir. Je mourrai avec tous ces dépôts d'horreur en moi.
    Vois-tu ce vin ? Et bien c'est mon seul ami. Il m'endort et me fait oublier, durant quelques instants, toute cette masse immonde que je transporte en moi, ce chargement putride qu'ils m'ont tous confié. Si je te dis cela, ce n'est pas pour que tu me plaignes, c'est pour que tu me comprennes...Tu te sens seul de devoir dire le pire, moi, je me sens seul de devoir l'absoudre."
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  • Par mandarine43, le 18 octobre 2011

    Depuis longtemps, je fuis les foules. Je les évite. Je sais que tout ou presque est venu d'elles. Je veux dire le mauvais, la guerre et tous les Kazerskiwrs que celle-ci a ouverts dans les cerveaux de beaucoup d'hommes. Moi, je les ai vus les hommes à l’œuvre, lorsqu'ils savent qu'ils ne sont pas seuls, lorsqu'ils savent qu'ils peuvent se noyer, se dissoudre dans une masse qui les englobe et les dépasse, une masse faite de milliers de visages taillés à leur image. On peut toujours se dire que la faute incombe à celui qui les entraîne, les exhorte, les fait danser comme un orvet autour d'un bâton, et que les foules sont inconscientes de leurs gestes, de leur avenir, et de leur trajet. Cela est faux. La vérité c'est que la foule elle-même est un monstre. Elle s'enfante, corps énorme composé de milliers d'autres corps conscients. Et je sais aussi qu'il n'y a pas de foules heureuses. Il n'y a pas de foules paisibles. Et même derrière les rires, les sourires, les musiques, les refrains, il y a du sang qui s'échauffe, du sang qui s'agite, qui tourne sur lui-même et se rend fou d'être ainsi bousculé et brassé dans son propre tourbillon.
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  • Par caro64, le 28 septembre 2010

    Je ne sais pas si l’on peut guérir de certaines choses. Au fond, raconter n’est peut-être pas un remède si sûr que cela. Peut-être qu’au contraire raconter ne sert qu’à entretenir les plaies, comme on entretient les braises d’un feu afin qu’à notre guise, quand nous le souhaiterons, il puisse repartir de plus belle.

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  • Par ladesiderienne, le 21 mars 2013

    Je n'étais plus un jeune homme. J'avais vieilli de plusieurs siècles dans le camp. J'avais fait le tour de la question. Mais à mesure que nous autres là-bas faisions ce curieux apprentissage, nos corps s'évaporaient. Moi qui étais parti rond comme une bille, je voyais désormais ma peau épouser mes os. Nous finissions tous par nous ressembler. Nous étions devenu des ombres pareilles les unes aux autres. On pouvait nous confondre, on pouvait en éliminer quelques unes chaque jour, parce qu'on pouvait en ajouter quelques autres aussitôt, et cela ne se voyait pas. Les mêmes silhouettes et les mêmes visages osseux occupaient toujours le camp. Nous n'étions plus nous-mêmes. Nous ne nous appartenions plus. Nous n'étions plus des hommes. Nous n'étions qu'une espèce.
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  • Par Nousha, le 15 janvier 2009

    Qui a donc décidé de venir fouiller mon obscure existence, de déterrer ma maigre tranquillité, mon anonymat gris, pour me lancer comme une boule folle et minuscule dans un immense jeu de quilles? Dieu? Mais alors, s'Il existe, s'Il existe vraiment, qu'Il se cache. Qu'Il pose Ses deux mains sur Sa tête, et qu'Il la courbe. Peut-être, comme nous l'apprenait jadis Peiper, que beaucoup d'hommes ne sont pas dignes de Lui, mais aujourd'hui je sais aussi qu'Il n'est pas digne de la plupart d'entre nous, et que si la créature a pu engendrer l'horreur c'est uniquement parce que son Créateur lui en a soufflé la recette.
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